Chapitre 7 : The Dark Mark

If you ever feel like something's missing
Things you'll never understand
Little white shadows sparkle and glisten
Part of a system plan

All this noise, I'm waking up
All this space I'm taking up
All this sound is breaking up

White shadow, Coldplay


Je passe ma main sous l'oreiller pour attraper ce qui y est dissimulé.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? je souffle, mais seul un miaulement de Mornille me répond.

C'est une boîte. Non, plutôt un petit coffre.

Il est en bois, finement gravé, avec un système de fermeture complexe en métal forgé. Sur le dessus, je reconnais les armoiries de la famille Black : un écu flanqué de deux lévriers rampants et blasonné d'un chevron, de deux étoiles et d'une épée. De fines arabesques ont également été gravées sur le coffre. Le bois est verni et lisse sous ma main.

Je retourne le coffre pour mieux l'inspecter. Un bruit sourd se fait alors entendre à l'intérieur, comme si le coffre contenait quelque chose. Je le secoue un peu. On dirait un objet plat, un livre peut-être.

Le coffre est fermé, et évidemment, il n'y aucune trace de la clé. Je retourne les oreillers et les draps dans l'espoir qu'elle s'y trouve, sans succès. Je ne me rappelle pas non plus avoir trouvé une clé en fouillant la chambre.

Cette trouvaille ne me sera pas bien utile si je ne peux pas l'ouvrir. Je passe doucement ma main sur les flancs de la boîte tout en réfléchissant à une solution. Peut-être que si j'apporte l'objet chez un serrurier il parviendra à me l'ouvrir… D'ailleurs il me semble me rappeler que Cass' sait crocheter les serrures, je pourrais commencer par là.

Soudain, ma main passe sur une nouvelle aspérité. C'est une gravure qui a l'air un peu plus en relief que les autres. Je retourne le petit coffre : sur le flanc gauche, dans un coin, il y a un symbole gravé. Il est un peu différent des autres. On dirait un crâne humain. Il a un long filet qui lui sort de la bouche et qui s'enroule en formant le symbole de l'infini. Un long filet comme…

Un serpent. Non, c'est impossible…

Au bout du filet, je reconnais la tête d'un serpent avec ses petits crocs acérés, prêts à attaquer.

Mon sang se glace dans mes veines. Ce n'est pas possible, ce n'est tout simplement pas possible…

J'ai très bien reconnu ce symbole. Ça ne fait pas l'ombre d'un doute…

C'est la marque des Ténèbres.

Qu'est-ce que la marque des Ténèbres fait sur un objet appartenant à la famille Black ?


Ceux qui ont déjà vu la marque des Ténèbres savent ce qu'elle représente. Le désespoir. La haine. La destruction. Moi mieux que personne sait ce qu'elle signifie, ce qu'elle implique. Je pensais avoir mis toutes ces histoires derrière moi. J'avais enfin pu tourner la page. Et voilà qu'elle est là, sous mes yeux, sur ce coffre, dans la maison des Black. C'est comme un mauvais rêve. Je vais réveiller demain matin et rien de tout cela ne sera réel.

Je crois que je commence à comprendre ce que ma mère cherchait à me cacher toutes ces années. Cette famille est encore plus folle que je ne le pensais.


Le bruit de la sonnette de l'entrée me fait sortir de mes pensées. Surpris, je m'empresse de remettre le petit coffre à sa place et descends quatre à quatre les escaliers pour ouvrir. Sur le pas de la porte se tiennent deux personnes. La première est une brune aux cheveux ébouriffés et touffus. Elle tape frénétiquement du pied sur le sol, trahissant son agacement. Je la reconnais presque instantanément : Hermione Granger, la rédactrice en chef du World Today. Le genre de personne qui déteste les journalistes dans mon genre et nous considère comme une espère à éradiquer.

L'homme qui l'accompagne est un grand roux au visage constellé de tâches de rousseurs. Il est vêtu d'un costume, cravate desserrée et deux premiers boutons détachés. Il a déjà l'air plus aimable que sa compagne.

« Vous… vous êtes le nouvel ami d'Harry ? demande-t-il, surpris. Mais je croyais qu'il était avec…

- Ron ! s'exclame sa compagne, furieuse. Arrête de dire des bêtises, tu veux ? Tu n'écoutes vraiment jamais quand je te parle ! Harry a un nouveau colocataire !

Est-ce que j'ai bien entendu ce que je crois que je viens d'entendre ?

- Drago Malefoy, je suppose ? ajoute t-elle en se tournant vers moi avec un petit sourire gêné.

- C'est moi, je réponds.

- Je suis Hermione Granger et voici Ron Weasley. Nous sommes des amis d'Harry. Est-ce qu'il est ici ? demande t-elle en jetant un œil par-dessus mon épaule dans l'espoir d'apercevoir notre star nationale.

- Monsieur Potter s'est malheureusement absenté.

Ce qui signifie, très chère Granger, que je vais avoir l'immense honneur de pouvoir te laisser sur le pas de ma porte.

- Absenté ? Où est-il allé ? s'inquiète Granger.

- Très sincèrement, je l'ignore, il se trouve que je ne suis pas son secrétaire. Ni son petit ami, d'ailleurs.

Je vois Weasley rougir de la tête aux pieds. Visiblement, il avait encore l'espoir que je n'ai pas compris sa remarque de tout à l'heure.

Donc Potter est gay… Intéressant. Vu le regard noir que Granger vient de me lancer, c'est un sujet sensible.

Si Granger sait que je suis journaliste people elle doit être en train de criser intérieurement. Je vois à son regard qu'elle s'apprête à sortir une réplique assassine, mais son compagnon intervient alors :

- C'est pas sa voiture là-bas ?

Il désigne une berline noire qui vient de tourner au coin de la rue.

Une Audi. Une putain d'Audi. Pourquoi je ne suis pas devenu un écrivain célèbre moi déjà ? Ah oui, je n'ai pas le talent.

- Si, je crois bien, répond Granger, qui parait se détendre un peu.

La voiture se gare et Potter en sort, Ray Ban sur le nez, t-shirt blanc et... tiens, enfin un pantalon correct (a-t-il fini par réaliser qu'il fallait porter des vêtements à sa taille ?). Il aurait presque du style aujourd'hui, s'il n'avait pas tout gâché avec cette paire de… Sont-ce des baskets ? Yeurk !

- Ron ? Hermione ?

- Harry ! s'exclame Granger. On avait dit qu'on se voyait cette après-midi ! Pourquoi faut-il que tu ne nous tiennes jamais au courant de ce que tu fais ? Nous sommes tes amis !

- Hermione… tente d'intervenir Weasley.

- Je sais, fait Potter en levant les bras au ciel en signe de défaite. Je… j'étais très occupé cette semaine. On rentre à l'intérieur pour en parler ?

Il nous invite tous d'un geste à rentrer dans la maison.


Je suppose qu'une personne normalement constituée serait retournée sagement dans sa chambre et aurait laissé Potter et ses amis tranquilles. C'est ce qui s'appelle avoir un minimum de savoir-vivre.

Je suppose aussi que je vous ai attendri avec mon histoire d'écrivain raté, et que vous commencez même à me trouver sympathique. Vous vous dites : c'est un chic type, malgré son boulot de fouille-merde. Il va un jour ou l'autre retourner dans le droit chemin pour une quelconque raison obscure (prise de conscience religieuse, grand amour…). Le genre de chic type qui n'espionne pas les autres, et surtout pas leur nouveau colocataire.

Regardons les choses en face deux minutes. Est-ce que vous croyiez franchement que je m'embarrasse avec ce genre de considérations morales ?

La réponse est non. J'ai envie de savoir de quoi Potter et ses copains vont discuter. Alors je fais ce que tout bon journaliste de la presse people sait faire quasiment aussi bien que de rouler la réputation de quelqu'un dans la boue : écouter aux portes. J'ai bien senti que Weasley et Granger ne venaient pas là uniquement pour faire la causette. J'ai l'impression qu'il se passe quelque chose. Je veux savoir quoi.

Et là, vous vous dites sûrement que je m'intéresse un peu trop à Potter. Sur ce point, vous faites erreur. Je le fais dans un objectif purement professionnel. Enfin, je crois.

Bon et puis, au pire, on s'en fout de mes raisons, non ?

« Harry, tu es au courant qu'on s'inquiète pour toi en ce moment ? fait Granger.

J'entends surtout la voix de Granger, qui doit être plus proche de la porte. Celles de Weasley et Potter sont étouffées.

- Ce que tu fais est trop dangereux, poursuit Granger. Et puis, pourquoi ne veux-tu pas que l'un de nous deux t'accompagne ?

- …

- Ne dis pas n'importe quoi. Ron est ton agent.

- …

- Je ne comprends pas pourquoi ça t'obsède autant… Ils ont pourtant tous été arrêtés non ?

- …

- Harry… Tu prends vraiment trop de risques dans cette histoire. Qui sait ce qui pourrait se passer si tu publies quoi que ce soit ?

- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire mais…

- …

- Et puis avec ce… ce Malefoy chez toi. Imagine qu'il découvre quoi que ce soit. Tu ne peux pas lui faire confiance.

- …

- D'accord, d'accord. Arrêtons de parler de ça. Pour l'instant. Mais Harry, je veux que tu me tiennes au courant de tes avancées, d'accord ? Je vais aller nous faire du thé… Vous voulez quoi tous les deux ?

Les pas de Granger se rapprochent de la porte. C'est le moment de s'éclipser.

Visiblement, il n'y a pas que cette maison qui a des secrets.


« Allo ? Drago ?

- C'est moi. Écoute maman je...

- Mon chéri ! Je commençais vraiment à m'inquiéter. Comment vas-tu ?

- Bien mais...

- Tu t'es bien installé dans la maison de Black ?

- Très bien. Mais comment étais-tu au cour...

- Enfin voyons, Severus Rogue est un ami à moi. Tu ne te souviens pas ? Il venait à la maison quand tu étais petit... Bref, il m'a dit qu'il avait vu mon fils dans son bureau l'autre jour. Mais pourquoi ne m'en avais-tu pas parlé ?

- Je... je ne sais pas. J'avais oublié.

Je l'entends pousser un soupir.

- Drago franchement... Tu ne crois pas que tu pourrais me donner un peu plus de nouvelles ?

Son ton est plein de reproches.

- Désolé maman, j'avais prévu de t'en parler...

- Oui, dans trois mois. Tu ne me dis jamais rien, Drago ! Il pourrait t'arriver n'importe quoi, j'ai l'impression que je serais la dernière à être au courant. Tu sais pourtant que je m'inquiète.

- Parce que toi tu me dis tout, c'est vrai. Jamais de secrets ou de choses que tu me caches, hein maman ?

Un silence à l'autre bout du fil.

- Drago... De... de quoi tu veux parler ?

- De ce qui est arrivé à papa, par exemple. Ou à tante Bella. Ah, et aussi du fait qu'il y a la marque des Ténèbres dans la maison Black.

- Chéri... De quoi tu parles ? La marque des Ténèbres ?

- Sur un coffre, dans la chambre de Regulus.

Elle semble hésiter.

- Tu… tu en es sûr ?

- Oh s'il te plaît maman, je ne suis plus un enfant. Ça ne marche plus avec moi. Je sais très bien que tu cherches à me cacher des choses sur ta famille… Mais là, j'ai besoin de réponses.

- Chéri, je... Ça n'est rien de très important tu sais.

- Alors tu peux m'en parler, non ? Si ça n'a pas importance...

- Drago, je ne sais pas si...

- Maman. S'il te plaît. Tu ne crois pas que tu me dois au moins ça ?

- Écoute chéri, pas au téléphone. On se voit demain soir si tu veux. Je passerai chez toi, ça me permettra de voir si tu es bien installé.

- Après-demain. Demain soir je couvre la remise des prix Dumbledore pour le Sunny Times.

- Après-demain dans ce cas. Je te ferais de la tarte aux pommes si tu veux. C'est ta préférée non ?

Elle essaye de prendre un ton léger pour détendre l'atmosphère. C'est à mon tour de soupirer.

- Comme tu veux... Mais tu ne te défileras pas cette fois. On se voit mardi maman.


Le lendemain

« J'ai une mauvaise nouvelle Drago… commence Zabini en entrant dans mon bureau, l'air embarrassé.

Je suis prêt pour partir pour la remise des prix. J'ai revêtu un costume de soirée et mis la tonne de gel réglementaire dans mes cheveux. Je suis vraiment pas mal avec les cheveux gominés. Et carrément bandant ainsi sapé. Dommage que je doive porter ce badge ridicule : Drago Malefoy – Sunny Times. Pff… Tout ça pour distinguer la plèbe –entendez pas là les journalistes et les paparazzis- des stars.

- Une mauvaise nouvelle ?

- Hum… En fait Michael s'est cassé le poignet hier. Du coup, il ne peut plus prendre de photos.

- Vous voulez dire qu'il ne va pas m'accompagner à la remise des prix ?

- C'est ça. D'où la mauvaise nouvelle… Je n'avais pas trop le choix…

- Quoi ?

- J'ai été obligé de le remplacer par Colin Crivey. Désolé. Je sais que tu ne l'aimes pas mais il n'y avait pas d'autre photographe disponible, avec le match de foot en même temps.

Quoiiiiii ? Sérieusement ? Oh non pitié, tout mais pas ça… Pas une soirée entière avec Colin Crivey !

- Ah et autre chose… ajoute Zabini.

Ne me dites pas qu'il y a « autre chose » ! Comment la situation pourrait-elle être pire qu'elle ne l'est déjà ?

- Mandy a fait une gaffe tout à l'heure et a dit à Colin que tu vivais avec Potter. Je préfère te prévenir.

Je n'aurais jamais dû dire que ça ne pouvait pas devenir pire.