Chapitre 7
Le lendemain matin, Lilo se réveilla de bon heure, après une bonne nuit de sommeil. Se levant, elle traversa le salon et trouva Sherlock endormit dans le sofa. Cela la fit sourire de le voir endormit, tournant le dos à la pièce. Puis, elle se dirigea vers le pallier pour aller prévenir madame Hudson de son réveil et lui demander ce qu'elle avait à manger pour le petit-déjeuner. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle tomba sur un homme de grande taille et de bonne corpulence.
- Bonjour, toi, fit le grand monsieur très impressionnant. Saurais-tu où se trouve mon frère Sherlock ? Je dois lui parler.
Lilo ouvrit grand les yeux, le regarda ébahie pendant un instant et s'enfuit dans le salon pour sauter sur le sofa où Sherlock dormait et le réveilla à grand renfort de coup de petits poings sur sa poitrine.
- Debout ! cria-t-elle. Debout !
- Lilo ! se fâcha Sherlock, furieux d'être réveillé de la sorte. Arrête ça tout de suite ! Mais qu'est ce qu'il te prend ?
- Y a ton frère dans l'entrée, lui expliqua-t-elle toute hystérique.
Sherlock se redressa très vite en apprenant que son frère aîné était dans l'entrée, manquant de faire tomber la petite qui s'agrippa à lui.
- Mon frère ? répéta-t-il bêtement.
- Précisément, Sherlock, fit la voix un peu moqueuse de celui-ci.
Son frère Mycroft se tenait dans l'entrée de la porte du salon, jouant avec son parapluie.
- Ok Lilo, fit Sherlock en déposant la gamine par terre. Va jouer quelque part, veux-tu ?
- C'est la… hum, survivante de ton enquête, c'est cela ? demanda l'aîné des frères Holmes.
- C'est ça, grommela Sherlock, mécontent de s'être fait surpris par son frère. Ne t'approche pas trop d'elle, Mycroft, tu risques de lui faire peur !
Lilo, curieuse comme tout les enfants de cet âge là, s'approcha de Mycroft, pour tenter sans doute de découvrir si le grand frère était aussi grave que le petit.
- Alors, c'est toi le grand ours ? lui demanda-t-elle en songeant à l'histoire du petit ourson.
- Pardon ? fit ce dernier, se demandant si en plus d'avoir prit deux cent grammes, il avait encore grandi.
- L'histoire de cette nuit, fit l'enfant pour lui expliquer d'où elle sortait cette appellation.
- J'ai dû… hum, toussota Sherlock, hésitant, raconter une histoire à une heure du matin.
- Je vois, fit laconiquement Mycroft, ne sachant que penser de tout cela.
Son frère cadet qui racontait une histoire à une gamine, à une heure du matin ? Incroyable.
- C'est vrai que c'est un gros nounours, ton frère ! conclu Lilo, se tournant, souriante, vers Sherlock pour lui faire comprendre qu'elle avait bien écouté l'histoire brouillonne de la nuit.
- Un ours au régime, fit Mycroft, piqué au vif par la remarque « gros » alors qu'il faisait des tonnes d'effort pour garder la ligne. Jeune fille ?
- Je m'appelle Lilo, j'ai quatre ans et demi ! fit-elle pour se présenter.
- Quatre ans et demi ! s'esclaffa Mycroft. Sherlock, tu prends tes assistants au berceau, maintenant ?
- Très fin Mycroft, fit ce dernier, souhaitant que son frère ne fut jamais venu chez lui ce matin.
- Et bien, poursuivit son aîné, profitant de la situation, avec un baby-sitter pareil, je suis étonné que tu sois encore en vie, ma petite.
Pour une fois qu'il pouvait damner le pion de son cadet, il n'allait pas s'en priver.
- Je le discipline très fort, tu sais, lui dit l'enfant toute sérieuse. C'est pour faire baisser son taux de méchanceté !
Elle sortit le dessin de sa poche pour lui montrer les traces de bleu qui avaient disparu suite aux efforts de Sherlock.
- Tu vois, fit-elle en agitant le dessin devant son nez, il a déjà baissé.
Mycroft n'en demandait pas tant. Il était même aux anges en remarquant la gêne, fort discrète dont son frère semblait atteint, subitement.
- Fascinant Sherlock, fit-il avec des sarcasmes dans la voix. Tu t'es trouvé un psy de quatre ans ?
- Fiche moi la paix, Mycroft, lui dit-il en le chassant de sa main. J'ai plus important à faire. Lilo ? Cuisine !
- Pff, soupira l'enfant en apprenant qu'elle devait migrer vers la cuisine. Pourquoi je peux jamais rester ?
- Cuisine, ordonna-t-il encore une fois, comme s'il avait affaire à un chien refusant d'obéir.
- Ce n'est pas juste, ronchonna Lilo en traînant les pieds.
Malgré tout, Lilo partit en direction de la cuisine, laissant les deux frères seuls.
- Pourquoi es-tu venu chez moi ? demanda Sherlock, curieux de savoir ce que son frère lui voulait.
- Comme toujours, Sherlock, je m'inquiète pour toi.
- Je vais bien, lui répondit Sherlock.
- Tu travailles sur cette histoire sordide des sept meurtres dans un squat, c'est ça ? Et tu te retrouves avec une petite fille sur le dos... Pauvre petite !
Mycroft ne voulait pas imaginer ce que cette pauvre petite fille devait endurer, en compagnie de son frère, qui n'était pas la personne adéquate pour consoler une enfant qui avait perdu toute sa famille. Il était loin de se douter de ce que son cadet avait enduré, comme douleur, dans un certain endroit...
- Où veux-tu en venir, Mycroft ? demanda froidement Sherlock.
- à rien du tout, mais je te trouve… fatigué, Sherlock.
- Demande à Scotland yard, pourquoi je suis si fatigué. Et tiens, pendant que tu y es, demande leur de passer un test de Q.I.
- Tu exagères, le gourmanda son frère, amusé.
- Oh, non !
- Tout le monde n'a pas notre niveau de réflexion, fit l'aîné des frères.
- Un minimum requis, ce serait parfait, soupira Sherlock, repensant à toutes les bourdes que les policiers avaient déjà commises. Même Lilo est plus perspicace que certain inspecteur du Yard !
- C'est bien, acquiesça Mycroft. Tu l'appelles par son prénom. Cela veut dire que tu ne la considères pas comme une chose décorative dans ton salon. Je trouve qu'elle t'a changé un peu, et en mieux.
- N'importe quoi, fit le cadet sur la défensive.
- Et puis, cette histoire de niveau de méchanceté, je trouve ça grandiose, fit Mycroft, amusé par la perspicacité de l'enfant et sa manière de gérer le mauvais caractère de Sherlock.
- C'est une gosse, se défendit Sherlock. Elle s'amuse, c'est tout.
- Elle t'a bien cerné ! s'esclaffa Mycroft. Et puis, c'est étonnant de voir une enfant traumatisée se rapprocher d'un être qui est incapable d'avoir des sentiments. Qu'en penses-tu ?
- Je n'en sais rien, Mycroft. En tout cas, c'est un véritable chewing-gum, cette gamine ! Elle ne me lâche pas d'une semelle et elle a failli me castrer, hier soir...
Mycroft leva un sourcil, surpris de la dernière phrase de son frère. Le castrer ? Lui ?
- Plaît-il ? demanda-t-il en proie à de vives interrogations, en premier sur sa bonne ouïe qui lui semblait déficiente depuis cinq secondes, et en deuxième lieu sur la perte de raison de son frère.
- Elle m'a frappé, avec le manche du tisonnier, parce que je moquais d'elle, lui expliqua Sherlock.
- Te frapper ? fit Mycroft, ayant peur d'avoir mal compris. Elle a quatre ans !
- Ouais, marmonna Sherlock. Elle a de la force pour une gamine de quatre ans !
Puis désignant son entrejambe, il expliqua :
- En dessous de la ceinture, en plus. L'endroit le plus sensible du corps humain. J'ai eu la même voix qu'un chanteur de chorale qui n'a pas encore mué, pendant plus de deux heures.
Mycroft ricana, tout en jouant avec son parapluie, et Sherlock rêva de lui faire manger ce stupide parapluie jusqu'à la dernière tige, quand son aîné reprit la parole :
- Et John, comment va-t-il ? demanda-t-il, soucieux de la bonne santé mentale de ce médecin qui était assez fou pour partager un appart avec Sherlock.
Mycroft, au départ, avait même pensé que ce médecin voulait présenter une thèse pour un congrès psychiatrique, prenant Sherlock comme exemple vivant pour sa thèse.
- Il va bien, il flirte, ou du moins il essai de flirter avec une collègue à lui.
Mycroft eut un sourire ironique en écoutant son frère parler de la dernière conquête de John :
- Et tu es trop occupé avec cette gosse pour lui pourrir ses rendez vous. Il doit l'adorer, cette petite ! Plus de colocataire excentrique pour l'interrompre au plus mauvais moment...
- Si tu vois les choses comme ça, marmonna Sherlock qui ne comprenait pas ce que John pouvait bien trouver à cette fille.
Lilo était toujours dans la cuisine, en train de faire des bulles avec du produit à vaisselle, lorsque John entra pour se préparer un petit déjeuner.
- Tu n'es pas en train d'embêter Sherlock ? demanda-t-il en embrassant la petite sur le haut du crâne.
- Non, fit-elle en pouffant de rire dans ses mains. C'est son frère qui le fait pour le moment. Et ça fait grogner Sherlock comme un Jack Russel enragé.
L'image fit sourire John et il se retint pour ne pas rire. Il poursuivit :
- Mycroft est ici ? demanda-t-il, étonné d'apprendre que l'aîné était dans le salon.
- Oui ! fit Lilo en levant les bras en l'air pour signifier à John qu'il avait donné la bonne réponse. Le gros nounours de l'histoire de cette nuit ! Mais il a fait une drôle de grimace quand j'ai dis qu'il était gros...
Evidemment, pensa John, vu tous les efforts que Mycroft faisait pour perdre cinquante grammes, vu aussi le nombre de fois où il plaçait, dans la conversation, ses allusions, à peine déguisées, à ses régimes incessants. Oser le traiter de « gros nounours » devait le faire bondir.
- Ah oui, fit-il pensif, tu vas finir par rencontrer tous les personnages de l'histoire, toi !
- Cool ! fit l'enfant au comble du bonheur à la perspective de croiser le macaque amoureux d'une truite.
Mycroft sortit de leur salon, au bout d'une bonne heure de discussion avec son frère, et vint dire au revoir à Lilo et à John.
- Pourquoi tu as un parapluie ? demanda Lilo, intriguée et curieuse. Il pleut pas dehors !
- ça, c'est mon petit secret, lui répondit Mycroft, d'une voix douce. Bien, je vous dit au revoir jeune fille, à vous aussi, John.
- Au revoir, Mycroft, le salua, en retour, John.
Sherlock les rejoignit ensuite dans la cuisine.
- Alors ? demanda John. Que voulait ton frère ?
- Rien, éluda Sherlock. Il venait prendre des nouvelles, c'est tout.
- Il est gentil ton grand frère, fit Lilo. Mais il est un peu bizarre.
- C'est un tic de famille, chez les Holmes, d'être bizarre, étrange, hors du commun... fit John avec malice.
Il en connaissait un rayon, lui, sur les manies, les folies, les troubles du comportement des frères Holmes. Et encore, il n'avait pas rencontré les parents de ces excentriques rejetons. Il n'osait imaginer ! Déjà que Mycroft lui avait fait part des ambiances plombées, à Noël, par Sherlock.
- Bien, fit Sherlock en se levant, sans faire attention à la remarque de John sur leurs bizarreries. Je dois retourner au labo, pour finir mes expériences.
- Je peux venir, minauda Lilo. S'il te plait, je serai très sage, ajouta-t-elle avant qu'il n'ait le temps de refuser.
- Rappelle-toi ce que t'as dit Lestrade, fit John pour enfoncer le clou.
- Bon, soupira Sherlock. Allez, viens le chewing-gum ! On y va.
- Ouaiiiis ! hurla la gamine à s'en crever les tympans. Je peux être un chewing-gum à la fraise ?
- à ce que tu veux, lui répondit-il pour avoir la paix. Mais n'oublie pas tes jouets, cette fois-ci ! John, j'ai besoin que tu ailles voir Lestrade, pour établir l'identité des cadavres avec les dossiers de l'immigration. Je veux tous savoir d'eux. Il y aura sûrement des indices sur la manière dont ils sont entrés en contact avec la sœur de Lilo.
- Mais pourquoi tu n'y vas pas toi-même ? fit John, qui avait d'autres projets, notamment avec Sarah puisqu'il voulait profiter du fait que Sherlock était occupé avec la gamine et qu'il lui fichait une paix royale, ces derniers temps, pour « approfondir » leur relation.
- Parce que je trouve, que depuis le début de cette enquête, tu es un peu au chômage technique ! lui balança de manière diplomatique son ami, les deux mains appuyées sur la table, tête penchée vers lui. Allez, viens Lilo !
- Il veut te dire, de manière polie, que tu fous rien, alors que lui il bosse, fit la gamine à l'adresse d'un John médusé. J'arrive ! cria-t-elle ensuite à Sherlock.
- Ben, voyons ! fit John, estomaqué de la remarque. Comme si ce n'était pas moi qui m'occupais des courses et de tout le reste. Il a de l'audace, lui.
Lilo couru dans les escaliers rejoindre Sherlock qui appelait déjà un taxi. Elle le retrouva sur le trottoir, un taxi s'arrêta et ils montèrent dedans. Lilo sortit son dessin et gomma une partie du bleu.
- Qu'est-ce que tu fais ? l'interrogea-t-il, se demandant pourquoi elle gommait du bleu alors qu'il n'avait pas été « gentil ».
- Je descends encore ton niveau de méchanceté, fit-elle, toute fière de sa méthode éducative.
- C'était purement ironique, ma remarque envers John, lui expliqua-t-il car il se doutait, qu'à cet âge là, une enfant ne savait pas reconnaître l'ironie.
- Oui, lui dit-elle pour lui signifier qu'elle avait bien saisi l'ironie de sa remarque à John. Mais tu es resté poli avec lui, c'est gentil.
- à ce rythme là, il va vite finir blanc, ton dessin ! lui dit Sherlock.
Elle se tourna vers lui et le regarda en haussant les épaules de désespoir devant l'ampleur de la tâche qu'il lui restait à accomplir. Et aussi, du fait que Sherlock pensait que ça allait se terminer très vite, le dessin bleu.
- Non, regarde la tête est même pas finie ! expliqua-t-elle patiemment. On a encore beaucoup de travail ! Tu veux essayer d'être gentil avec Molly, cette fois ?
- J'ai quelques expériences à faire, pour l'instant, lui dit-il sans vouloir lui répondre par l'affirmative.
- Oui, mais si jamais Molly est là ?
- De toute façon, fit-il en regardant par la fenêtre, tu peux le gommer entièrement ton dessin ça ne sert à rien ! La condition, pour obtenir les clef du labo, c'est de réciter, par cœur, les quelques compliments que John m'a appris.
- Ça, c'est pas gentil ! fit l'enfant outré.
- Oui, mais elle le sait pas !
- Bien sûr que si ! lui dit Lilo, étonnée qu'il ne l'ait pas compris.
- Ah, oui ? Demanda Sherlock, avec sarcasmes. Comment tu le sais ?
- Une fille fait toujours la différence entre un acteur et un homme sincère !
- Tu crois cela ?
- Bien sûr ! se défendit Lilo. Il y a une grande différence quand on le dit avec le cœur !
- Alors, Molly doit avoir un souci de perception ! ironisa le détective.
- Bien sûr que non ! martela la gamine, en se disant qu'elle devrait tout lui apprendre, à ce détective qui ne savait rien sur les autres. C'est toi qui as rien compris !
- Et en quoi n'aurai-je rien compris ? demanda Sherlock, avec un petit air de « monsieur je sais tout ».
- Ça lui fait plaisir que, tous les jours, tu réfléchisses à ce que tu vas lui dire, comme choses gentilles ! C'est comme si tu pensais un peu à elle tous les jours. Après tout, un sociopathe est pas obligé d'être gentil, puisque c'est sa maladie de pas savoir être gentil...
- Je n'y avais pas pensé, fit Sherlock. C'est John qui t'as expliqué ça ?
- Et madame Hudson !
Bande de traîtres, pensa Sherlock. Faire passer son comportement sociopathe pour une maladie.
- Alors à quoi sert ton dessin ? fit-il en désignant du menton le dessin amputé d'un peu de couleur bleue.
- Bah, fit l'enfant en lui faisant un regard pétri de gentillesse. C'est mieux de vouloir guérir que d'accepter la fatalité d'être condamné à être seul toute sa vie, non ?
- Tu sors des phrases, toi ! lui dit-il, ébahi qu'à cet âge elle soit déjà capable de tenir des raisonnements logiques.
- J'essaie de comprendre, à mon niveau. Je suis toute petite et c'est difficile de comprendre les grands. Ma grande sœur disait toujours que dans la vie, il faut essayer et si ça marche pas, il faut réessayer ! La vie, c'est une succession d'échecs et c'est pas pour autant qu'il faut baisser les bras !
- Ta sœur t'a bien éduquée pour quelqu'un qui se noie dans la drogue ! lui lança-t-il, avec son tact légendaire.
- Elle se noie pas, le contredit Lilo, elle mange de la farine !
- Ah, oui, la farine ! fit-il comme s'il n'y avait plus pensé du tout. Dis-moi, Lilo... Comment, toi et ta sœur, avez-vous connu les personnes qui se trouvaient dans l'appartement ? Tu les connaissais avant ? C'étaient des gens de ta famille ?
- Des fois, on a pas besoin d'avoir des liens de sang, pour se sentir chez soi, philosopha-t-elle.
- Ça veut dire quoi ?
Soupirant de devoir tout lui expliquer, elle s'assit tout au bout de son siège et eu les yeux dans le vague en repensant à toute cette horreur dont elle avait été témoin, malgré elle.
- Maintenant, j'ai perdu mon chez moi... Qu'est-ce qui va se passer, si jamais on ne retrouve pas ma grande sœur ?
- Heu… fit Sherlock, se rendant compte qu'il se trouvait sur une mauvaise pente. On va la retrouver, ne t'inquiètes pas !
- J'aurais jamais dû ouvrir cette porte, fit l'enfant, se faisant mal elle même. Mais il avait dit que cette fois, ça serait différent.
Sherlock sursauta en entendant la dernière phrase de l'enfant et il se redressa sur son siège.
- Lilo, est-ce que tu connaissais le tueur ? C'est très important ! Lilo ?
- C'était les amis de ma sœur, tout ensemble, on formait une grande famille.
- Où les a-t-elle connu ?
- C'était ses amis de travail, lui expliqua-t-elle.
- Que fait ta soeur, comme boulot ?
- Elle fait la sécurité dans une grosse entreprise, lui dit-elle, les yeux un peu plus humides. Il a dit que s'ils vendaient l'information, ça allait mal se passer. Il était même venu à la maison pour tout leur dire. Mais en la vendant, ça nous aurait permis de quitter la maison, et d'en avoir une à nous, bien plus jolie, avec de l'eau chaude tout les jours ! Pourquoi j'ai ouvert la porte ? Maintenant on n'aura plus jamais de chez nous !
Lilo rejoignit ses petites jambes sur la banquette, les entoura de ses bras et cacha sa tête dedans. Puis, elle se mit à pleurer, sans faire beaucoup de bruit. D'après ce que pouvait en déduire Sherlock, on lui avait inculqué, très tôt, la façon de vivre en silence, de pleurer en silence et surtout, de ne pas faire de bruit pour éviter que quelqu'un les remarque.
Au vu de tout ce que cette petite de quatre ans connaissait du travail de sa sœur, et surtout de leur situation financière exacte, la grande sœur ne devait pas avoir les moyens de payer une baby-sitter. Donc, elle devait l'emmener avec elle au travail, d'où l'éducation du silence.
Sherlock avait déjà remarqué que, hormis le fait qu'elle posait plein de question, parce qu'elle le trouvait bizarre, Lilo était, en général, une enfant très silencieuse. Un courant d'air, disait sa logeuse. Personne ne l'entendait marcher ou faire le moindre bruit. Cela lui avait permis d'apprendre plus que ce qu'elle ne devait savoir.
Une enfant de quatre ans ne fait pas attention à certains détails, dans sa vie quotidienne. Sauf Lilo, du fait de sa situation peu banale dans la vie.
- Heu… fit Sherlock, se rendant soudain compte qu'au lieu de tenter de consoler la petite, il pensait à l'affaire. Lilo, ne pleure pas, fit-il gauchement, ne sachant pas comment faire pour stopper les pleurs ou quoi dire pour ne plus qu'elle se sente responsable. Ce n'est pas ta faute, tu ne savais pas ce qui allait se passer. Cela n'aurait rien changé, tu sais. Le meurtrier aurait sans doute défoncé la porte... Ce n'est pas de ta faute.
La petite renifla bruyamment, pas tout à fait convaincue par ce qu'il lui expliquait.
Sherlock, lui, ne savait pas trop quoi lui dire d'autre pour la consoler. Il savait, lui, que même si la gosse n'avait pas ouvert, cela n'aurait pas empêché le massacre. L'homme responsable de cette hécatombe aurait défoncé la porte. Tout à coup, tandis qu'il pensait à ce qu'il s'était passé et au fait que Lilo avait ouvert la porte, une question surgit dans son esprit et il se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt :
- Mais, si tu as ouvert la porte, comment se fait-il que tu sois toujours en vie ?
Lilo leva son petit visage ravagé par les larmes et le regarda.
- Quand j'ai ouvert et que j'ai vu qui c'était, j'ai voulu refermer la porte. Je suis trop petite pour regarder par le trou, je sais pas vérifier qui frappe. Donc, quand j'ai voulu refermer, à ce moment là, il a ouvert la porte avec son pied, j'ai prit la porte sur la tête. Ça fait mal...
- C'était donc ça, la coupure, fit Sherlock plus pour lui-même.
- Ensuite, les autres on tenté de le faire sortir, ils se sont tous battu et après...
Sa phrase resta en suspens, les faits étaient trop horribles, dans sa tête pour qu'elle continue. Elle se remit à pleurer, mais cette fois-ci, de grosses larmes inondaient ses joues et roulaient dans son cou, inondant le haut de ses vêtements.
- Je vois, fis Sherlock, mal à l'aise. Tu t'es cachée pendant que tout le monde se battait. Sans le vouloir, tu viens de faire avancer l'enquête une nouvelle fois, Lilo.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle en le voyant sortir son téléphone portable et pianoter sur le clavier.
- J'envoie tout ce que tu m'as dit à John. Il va le dire à Lestrade et nous verrons un peu plus clair. Dis-moi, Lilo, est-ce que ça te dirais de raconter ton histoire à un psy ?
- C'est quoi un psy ?
- C'est… C'est quelqu'un qui t'écoute et qui va t'aider !
- M'aider à quoi ?
Pourquoi les enfants posaient-ils autant de question ? se demanda-t-il.
- Heu… Il va t'aider à… Enfin, tu as dû avoir très peur, non ?
- Oui, c'est normal, je suis toute petite, moi.
- Je sais, lui dit-il pour tenter de la réconforter un peu du mieux qu'il pouvait. Il faut en parler, c'est tout, pour après, être guérie, ne plus faire de cauchemars, ne plus dire que c'est de ta faute, par exemple.
- Mais c'est ma faute, lui dit-elle. C'est moi qui a ouvert !
- Ce n'est pas toi qui les a tué, Lilo, lui dit-il, content d'avoir trouvé la phrase qu'il fallait. Ce n'est pas ta faute, le psy va…t'expliquer mieux que moi.
- D'accord ! fit l'enfant en hochant la tête de haut en bas.
- Bien, lui dit-il.
Le taxi les déposa devant l'hôpital et Lilo passa devant. Elle avait retenu la route vers les labos et elle n'avait plus peur.
