Regina revint brutalement à la réalité, l'air remplissant soudain ses poumons et la lumière du jour la frappant de plein fouet à travers les fenêtres de son bureau. Elle se redressa, désorientée. Elle s'était endormie sur le canapé, complètement habillée. Curieusement, elle ne se souvenait pas du moment où la fatigue l'avait emporté sur la caféine.

En revanche, elle se souvenait avec une terrible exactitude des deux rêves de cette nuit intense. Les images étaient effrayantes de précision, de la même façon que toutes les nuits d'avant, sauf que cette fois cela n'avait plus rien à voir avec les collines vertes et les bois sauvages de son enfance. Et cette fois, elle n'avait pas été seule avec les fantômes de son passé. L'exaspérante Emma s'était introduite dans son imagination, d'une façon ou d'une autre, et Regina ne doutait pas que cela soit lié aux événements de la veille... Difficile de sortir de ses pensées une femme pareille.

Se frottant les yeux pour s'éclaircir l'esprit, la maire regretta son geste en voyant que ses doigts étaient à présent couverts de maquillage. Elle alla jeter un œil à l'horloge de la cuisine. 9h, et Henry n'était visiblement pas levé. Un samedi matin, rien de plus normal. La réalité du quotidien calma la maire, qui après un grand verre d'eau monta se changer et se rincer le visage. Comme d'habitude, elle osa à peine jeter un œil à son pâle reflet. Le matin, elle n'était guère que l'ombre d'elle-même, épuisée par ses songes nocturnes.

Ses pensées errantes finirent par la faire réaliser un détail, qu'elle fut choquée de ne pas avoir remarqué auparavant ; Emma Swan était la même personne que la mystérieuse Blanche, bien que celle-ci paraissait âgée de plusieurs années de moins. En vérité, réalisa-t-elle, une partie de son esprit le savait depuis le début. Mais comment était-ce possible que la blonde soit apparue aussi vite dans ses rêves, à peine était-elle arrivée à Storybrooke, et était-elle consciente de la nature magique de ceux-ci ?

Quelque chose se cachait derrière sa présence, outre le fait qu'elle cherchait probablement à lui arracher Henry. Cette femme n'était décidément qu'une paria, et une menace dont elle aurait dû se débarrasser plus tôt.

Pourtant dans l'univers onirique, elle avait fait preuve d'un courage étonnant face aux ennemis de Regina...

Celle-ci laissa tomber sa brosse à dents, comprenant brutalement les bribes de discussion qu'elle avait perçu pendant qu'elle était ficelée à l'arbre. Emma était la fille de Charming et Snow. Leur enfant abandonnée, qui avait disparu le jour où elle avait mise en place la malédiction. Dans cette ville, elle n'était guère plus qu'une étrangère et il était à parier qu'elle ne sache rien de l'identité de ses parents, mais son retour ne pouvait signifier qu'une chose.

Si Emma découvrait la véracité de ses rêves et en venait à croire les babillages d'Henry, la blonde serait-elle capable de briser le charme et de révéler la vérité ?

Les doigts serrés sur le bord de l'évier, les sourcils froncés, Regina réfléchissait à toute vitesse et tentait de résister à sa brutale envie de tout détruire dans la pièce. Sa respiration se fit lourde de peur, avant de se calmer lentement et finalement elle se redressa, sa décision prise.

Emma Swan était peut-être brave et pleine de bonnes intentions dans ces moments nocturnes, mais les rêves magiques avaient la réputation d'altérer la personnalité réelle des rêveurs. La maire était certaine qu'une fois face à un véritable choix, la blonde n'hésiterait pas à détruire le sortilège.

C'est pourquoi elle frapperait la première.


Le premier matin chez Mary Margaret s'avéra plus qu'agréable pour Emma, qui n'en pouvait plus de ses nuits agitées et ne rêvait que de rester le cul au fond du canapé face à la télé, de préférence un verre de vin à la main et un bol de glace dans l'autre ; ce qu'elle put faire, puisque sa colocataire était visiblement de sortie. En revanche, ce à quoi elle ne s'attendait pas fut la sonnette d'entrée qui raisonna en fin de matinée, la sortant de son film. Elle éteignit la télé et alla ouvrir.

« Mary Margaret n'est pas là, vous pouvez revenir plus- »

Elle s'arrêta, bouche bée, en se retrouvant face à Regina. Un faux sourire plaqué aux lèvres et un tuperoir à la main, la maire entra sans attendre et lança d'une voix faussement joviale :

« Je viens prendre des nouvelles, comment se passe la cohabitation ? J'espère que ton coté bordélique ne dérange pas ta très chère hôte ? J'ai amené un peu de tarte aux pommes, je suis sûre qu'elle te plaira. »

Emma tenta de répondre mais les mots se bousculèrent dans sa bouche, trop choquée qu'elle était par le comportement de la brune, qui avait posé le tuperoir sur le comptoir puis s'était assise sur l'un des tabourets avec un air pratiquement royal qui rappela à Emma son alter ego majestueux de la nuit dernière.

Bon sang, comment savait-elle déjà qu'elle vivait ici ? Et qu'elle n'était pas très douée pour le rangement ? Ce détail-là était plutôt facile à deviner, certes... Mais cela n'expliquait pas qu'elle épie ainsi Emma.

Elle hésita un instant, la première chose lui venant à l'esprit étant digne d'un moment de réflexion. Oserait-elle amener le sujet sur le tapis ? D'une voix hésitante, elle marmonna très bas, presque dans l'espoir que Regina ne l'entende pas :

« Est-ce que je suis la seule à avoir ces rêves... ? »

Elle fit un vague geste de la main pour finir sa question, puis le regard perçant de Regina la fit se figer. Le doute transparut sur les traits régaliens de la brune, avant qu'elle ne paraisse prendre une décision.

« Non, tu n'es pas la seule. D'ailleurs, j'aimerais savoir pourquoi tu m'as menti. Blanche, vraiment ? »

Emma avait d'abord cru que le tutoiement utilisé par la maire était insultant et passager, mais visiblement Regina avait finit de jouer des faux-semblants et attaquait de plein front, avec une franchise déconcertante.

« Disons que je ne savais pas si c'était réel ou bien... Et j'avais peur que tu te mettes en colère après moi... Et puis franchement, partager des rêves ? C'est n'importe quoi, je croyais que ça n'existait que dans les films de science-fiction et les... »

Emma s'interrompit en réalisant qu'un sourire sardonique était né sur les lèvres de Regina, amusée par la vue d'une Emma embarrassée et se débatant avec la réalité.

Prise d'une pulsion, la brune descendit de son siège et attrapa le menton d'Emma pour lui voler un baiser. Le regard que lui décocha ensuite celle-ci en valait largement la peine. Au diable le bon sens, quitte à se débarrasser de la blonde, autant profiter jusqu'au dernier instant de sa délectable personne.

Délectable ? Venait-elle réellement de penser cela ? Un bruyant soupire lui secoua les épaules, et elle mit le sujet de coté. Réfléchir serait pour plus tard, pour une fois qu'elle serait débarrassée de la blonde pour de bon ; la tarte aux pommes ferait ce travail-là. Peut-être bien qu'Emma n'avait pas réalisé que les rêves étaient magiques, mais elle restait une menace à éradiquer.

Grâce à ses talons, elle arrivait pratiquement à la même hauteur qu'Emma et elle plongea ses mains dans ses cheveux, rapprochant son visage du sien pour souffler contre ses lèvres :

« Sais-tu à quel point je t'ai détesté, quand tu as quitté ce bureau ? »

Pétrifiée comme une proie prise dans les filets d'une araignée, Emma retint sa respiration pour ne pas montrer le tremblement de ses lèvres, ni l'envie brûlante de la prendre à nouveau, ici même. Si Mary Margaret rentrait à l'improviste...

« Excuse-moi, c'était un peu malvenu... Je peux me rattraper, n'est-ce pas ? » parvint-elle enfin à formuler.

Tirant légèrement sur les boucles jaunes, Regina vint lover son corps contre le sien et soupira à nouveau, d'envie cette fois.

« Il n'y a qu'une seule façon que nous soyons quittes », répondit-elle.

D'un pas habile, elle força la blonde à reculer jusqu'au comptoir, dégagea le tupéroir de là et d'un geste intima à Emma d'y monter.

« Dis-moi, Emma... », commença-t-elle tandis qu'elle laissait courir ses doigts sur le ventre chaud de la blonde. « Qu'as-tu pensé de la reine Regina ? J'ai de l'imagination, n'est-ce pas ? »

La jeune femme écarquilla les yeux, se penchant pour embrasser sa comparse dans l'idée de la faire taire. Mais celle-ci était décidée à savoir et en réponse elle mordit dans la lèvre inférieur d'Emma. Un gémissement de douleur échappa à celle-ci, le goût de son sang se répandant dans leurs deux bouches.

« Réponds-moi », intima la maire, ses mains encerclant soudain Emma tandis qu'elle pressait ses seins contre le ventre de la blonde et continuait de mordiller sa lèvre coupée.

Emma céda aisément, se redressant avant de glisser ses doigts dans la sombre chevelure de sa tortionnaire. Elle eut le souffle coupé face au spectacle de ce visage animé par le désir, et pourtant toujours aussi dur, et un frisson la secoua. Ces yeux là étaient bien plus profonds, que ceux qu'elle avait eut le temps étudié quand il n'y avait eut qu'elles deux et la prairie sans fin. Ces yeux là exigeaient des réponses, et elle s'empressa de les donner.

« Je l'ai trouvé sublime, et terrifiante. Plus sublime que terrifiante, à vrai dire... Elle était juste un peu impressionante et elle avait sérieusement l'air de vouloir me faire fouet- »

Sa phrase s'acheva dans un cri, aussitôt étouffée par la main que Regina plaqua sur sa bouche ; son autre main était descendue beaucoup trop vite, pressée d'atteindre son but, et s'était déjà logée entre le jean et le boxer d'Emma. Celle-ci fronça les sourcils quand le contact disparut aussi vite qu'il était apparut, et involontairement elle avança les hanches. Dans le même temps, elle laissa sa langue frôler la paume pressée contre sa bouche, mais n'obtenant en réponse qu'un regard glacial, elle finit par en lécher toute la longueur sans la moindre subtilité.

La respiration de Regina s'accéléra visiblement et elle retira sa main comme si elle s'était brûlée.

« Et la très jeune Regina, comment était-elle ? » demanda-t-elle dans un murmure, sans regarder Emma.

En quelques gestes précis et efficaces, elle défit le jean d'Emma et le fit descendre le long de ses cuisses, tandis que la blonde continuait son récit.

« Elle ne te ressemblait pas du tout. Pleine de chaleur et de joie de vivre, difficile de croire que ça pourrait être la même personne que toi. Elle était tellement innocente que... »

À nouveau elle fut coupée avant d'avoir finit de répondre, lâchant un hoquet de surprise quand Regina glissa deux doigts en elle sans même finir de la déshabiller. Visiblement, elle n'avait pas usé des bons mots et la brune voulait le lui faire sentir.

« Regina ! » protesta-t-elle, mais les lèvres pleines de la maire la firent taire, de même que sa langue venant chatouiller la sienne.

Quelques battements de cœur plus tard, la blonde commença à trembler de plaisir contre sa comparse. Jamais n'aurait-elle imaginé que sentir Regina en elle lui ferait ainsi tourner la tête. Les cuisses serrées autour de sa taille comme par peur qu'elle disparaisse à tout moment, les premiers gémissements commencèrent à lui échapper et elle sentit sa comparse sourire contre ses lèvres.

Ces dernières changèrent soudain de cible, traçant le contour de son menton avant de venir se presser contre son cou. La voix rauque de la brune s'éleva encore, guère plus qu'un murmure.

« Et laquelle préfères-tu ? »

La réponse fut quasiment instantanée, de même que le mouvement de bassin que donna Emma pour venir se presser contre elle et aller une fois de plus à la rencontre de sa main.

« Toi », répéta-t-elle plusieurs fois, avant que l'orgasme ne la frappe et qu'elle ne supplie cette fois le prénom de Regina.

S'enfonçant une dernière fois en elle, la brune resta un moment le souffle coupé, les yeux fixés loin derrière Emma, qui tentait de descendre de son nuage. Elle se retira doucement et recula, quasi titubante. Que lui avait-il pris de poser cette question ? Elle savait où cela les mènerait, et pourtant restait bousculée par l'émotion qui l'avait envahit en entendant la réponse. Pourtant cela ne signifiait rien. Ce qu'Emma avait vu, n'était qu'un maigre fragment de la réalité. Sa réalité.

« Passez un bon dimanche, Miss Swan », lança-t-elle d'une voix qui se voulait formelle mais s'avéra rauque et maladroite, avant de partir aussi vite qu'elle était entrée.

Emma comprit brutalement ce qu'elle avait voulu dire par « Il n'y a qu'une seule façon que nous soyons quittes ».