Chapitre 6

Il tombait. Il ne comprenait même plus pourquoi il tombait, pourquoi la gravité n'avait pas mis un terme à sa chute. Il ne comprenait plus rien. Il se demandait simplement à quel moment sa tête allait heurter le sol avant de se fendre dans un magma de sang et de douleur. Peut-être que s'il était suffisamment rapide, il ne sentirait rien. Peut-être. Ou peut-être que ça ferait mal. C'était plausible, bien plus que son hypothèse précédente.

Un sourire amer étira ses lèvres. Il n'aurait jamais imaginé mourir de façon aussi idiote. Il avait quoi... dix-neuf ans ? La vie devant soi, comme on dit. Tu parles. Sa vie, elle était foutue depuis son premier jour sur Terre. Depuis le moment où ses yeux s'étaient ouverts sur l'atrocité du monde qui l'entourait. Après quoi, ne restaient que des souvenirs nébuleux qu'il s'efforçait d'oublier, de dissiper dans les limbes de son esprit. Sans grand résultat, apparemment.

Ça commençait de la même façon à chaque fois. D'abord, il voyait sa mère et son sourire édenté, puis son père, sa barbe de trois jours et ses cheveux hirsutes. Après, c'était vague. Un jardin ensoleillé, un pommier, une branche qui se casse, un corps qui tombe, raide comme un manche à balai. L'aube de Stanislas Folk s'était levée sur la mort. Celle de sa mère. Accident de jardinage. Vraiment stupide. Il avait cinq ans. Ou peut-être six, sept, ou huit, il n'en savait trop rien. Il n'avait pas besoin de savoir.

Le souvenir suivant était noir. Noir de monde et noir de peur, de sanglots et de colère. Il ne comprenait pas. Pourquoi tous ces gens qu'il ne connaissait pas étaient agenouillés sur cette tombe trop large, trop grande, trop grise, trop froide. Pourquoi son père gardait le silence et sa distance alors qu'il voulait se nicher entre ses bras. Pourquoi le nom de sa mère était gravée sur cette pierre laide, si laide qu'il en avait vomit. Ou peut-être était-ce le chagrin, qui était la cause de cette nausée soudaine. Il n'en savait trop rien.

Et ensuite ? Ensuite... une nouvelle maison. Avec des volets bleus, sa couleur préférée. Papa qui ne parlait pas et le portrait de maman suspendu sur un mur. Un lézard au soleil. Un chat qui paressait sur un rempart de pierres. Une entaille sans gravité sur sa main. Et lui, seul, au centre de ce petit monde nimbé de silence et de lumière artificielle. Ses mains enduites de peinture rouge, aussi rouge que les gouttes qui s'éparpillaient sur le sol après qu'il ait - malencontreusement - brisé le vase de Grand-Mère. Des perles pourpres qui maculaient ses vêtements. Un sourire extatique qui roulait sur ses lèvres. Et son père qui criait.

Et ensuite ? Ensuite... papa buvait, Stanislas regardait. Le liquide ambré, d'abord, puis les tremblements de papa, après. Ses sursauts de fureur. Et la petite voisine, la jolie Lorelei, Lilas ou Loren, il ne savait plus, (mais ça n'a vraiment pas d'importance) qui tressait des couronnes avec les pissenlits du jardin. Puis la corde, légère mais solide, pendue au grand chêne, et le corps disloqué de son père qui traînait et ondulait sous la caresse du vent.

Et ensuite ? Ensuite... c'était moins flou. Moins flou, mais douloureux quand même. Poudlard, les coups de coude dans les côtes, ses jambes trop courtes, son corps trop frêle, les regards noirs de ses aînés, son incapacité à se faire des amis au sein de sa maison.

Onze ans. La rencontre - affreuse - de Peeves. Un banc qui s'écroulait, des élèves qui riaient, des larmes qui coulaient.

Douze ans. Il regardait les autres élèves voler au-dessus du terrain de Quidditch, seul dans les gradins, loin du ciel et des siens.

Treize ans. Pré-au-lard sous la neige. Une solitude persistante.

Quatorze ans. Oliver Smith refusait de lui parler à la bibliothèque. Pas grave, pas grave. C'était un con, de toute façon.

Quinze ans. Les BUSEs et le sourire en coin d'Alison Walker.

Seize ans. Il embrassait un garçon sur la bouche. C'était bon. Meilleur que les lèvres d'Alison. Ça pétillait dans sa poitrine. Jusqu'à...

Dix-sept ans. Insultes, regards torves, coups de poings, sortilèges, ASPICs et désillusion. L'autre ne l'aimait pas, il voulait juste prendre son pied. Il l'avait fait.

Dix-huit ans. Sa formation d'Auror accélérée. Il était bon, à ce qu'il paraît. Et on avait besoin de gars pour trier les dossiers.

Dix-neuf ans. Cyrus Macmillan. Cyrus Macmillan. Cyrus Macmillan. Une balafre sur sa joue droite. Une pierre tombale. Encore. Une lettre de renvoi. Il buvait. Comme un chaudron vide et percé, il dépensait ses derniers gallions pour un verre d'hydromel dans un bar miteux de Birmingham. Puis l'arrivée d'une femme, vieille, ridée, mais carrée. Corinna MacSilver. Un poste à pourvoir. Un entraînement acharné.

Et ensuite ? Rien. Il n'y avait pas de suite. Que les yeux de Potter, son air apathique et sa pipe au coin des lèvres. L'odeur acidulée qu'il trimballait avec lui. C'était tout ce dont il avait besoin de se rappeler.

Et une dégringolade interminable depuis le toit d'un train dans les ténèbres qui s'étiolaient un peu plus à chaque instant.

- Il se réveille. Ferme les rideaux, Skye.

- On dirait un Inféri.

- Tu rigoles ou quoi ? Bien sûr qu'il n'a pas l'air en pleine forme, t'as vu ses blessures ? Franchement, Skye...

- Ta gueule, Mila. Bon, je vais passer un coup de miroir à MacSilver.

La chute cessa, son corps ne se fracassa pas contre le sol dur. Stanislas ouvrit les yeux, la bouche pâteuse, le crâne en feu. Il était dans un lit blanc, moelleux, en vie. Il avisa la bassine posée à côté de lui, puis vomit.

*.*.*

James se laissa aller contre le dossier de son siège, indolent. Face à lui, Corinna MacSilver faisait les cent pas dans son bureau, manifestement préoccupée. Il y avait de quoi : le sérum avait disparu dans la nature et Spurius Shafiq échappait toujours aux baguettes expertes des Aurors. L'enquête approfondie qu'ils menaient sur son cas était vouée à l'échec, c'était certain. Il n'y avait qu'à voir le personnel qu'ils engageaient... Stanislas Folk, non mais franchement. Le gamin n'avait pas le moindre instinct de survie. James souffla un nuage de fumée opaque, ses doigts glissant le long de sa pipe, les yeux mi-clos. Que ça faisait du bien d'être enfin soi.

Il n'avait qu'à cligner des yeux pour chasser Folk de ses pensées. Il se mordit les lèvres en songeant à ce qu'il avait dû faire pour sauver le blond. Il ne comprenait toujours pas pourquoi il l'avait fait, d'ailleurs. Ça lui reviendrait plus tard, dans la soirée, sûrement. Ou pas. Mais ce n'était pas l'essentiel. Stanislas Folk ne serait jamais essentiel.

- Je ne comprends toujours pas comment vous avez fait.

- Je vous l'ai déjà dit, MacSilver... le talent, ricana James en posant ses jambes sur le bureau de la vieille femme. Quelque chose dont vous manquez, vraisemblablement.

- Enlevez vos pieds de mon bureau, Potter.

- Mais tout de suite.

Il n'en fit rien, se contentant d'arborer son habituel sourire arrogant. Ah, comme il était plaisant de taquiner cette bonne à rien de MacSilver. Elle lui avait presque manqué, alors qu'il était enfermé dans cette cage de verre ridicule que Wart avait dressée pour lui. Presque.

- Il n'est pas possible de transplaner en plein milieu d'une chute, continua MacSilver, les poings sur les hanches.

- Techniquement, ce n'est pas Folk qui a transplané - il est bien trop bête pour y avoir pensé - mais moi.

- Vous.

- Moi. Et vous le savez, car les vulgaires bracelets qui nous relient vous ont transmis nos faits et gestes dès que nous les avons enfilés.

- Non.

- Non ?

- Non. Il semblerait que les runes n'étaient pas « réveillées » lorsque vous avez sauvé la vie de votre collègue.

- N'exagérons rien, j'ai juste retardé le moment de sa mort. Qui viendra bien assez tôt, j'en suis sûr.

- Je n'aime pas du tout votre ton.

- Et je n'aime pas du tout votre robe. Cette couleur saumon ne vous sied absolument pas au teint.

MacSilver lui lança un regard glacial avant de se saisir du coupe-papier qui trônait fièrement sur son bureau. James se demanda vaguement si elle comptait le lui envoyer à la tête. Auquel cas, il devrait sortir sa baguette magique, histoire de contrer le coup et d'éviter de se faire hacher en rondelles.

- Pour être exacte, j'ai eu l'impression que les runes de vos bracelets étaient bloquées, trop absorbées par un autre flux de magie, et nous empêchaient donc de suivre en direct ce qui se passait au sommet de ce train.

- Ah ?

- Vous savez quoi, Potter ? Je suis même prête à parier que ce flux étranger de magie... était le vôtre.

James se raidit sur sa chaise. MacSilver le scruta intensément. Elle ne pouvait pas savoir, se dit-il. Comment l'aurait-elle pu ? James n'avait parlé de son don à qui que ce soit. Excepté à Lily et Albus, bien sûr, mais Lily était morte et n'avait certainement jamais rencontré Corinna MacSilver de sa vie, et Albus n'aurait tiré aucun profit de son pouvoir s'il s'était confié à ce sujet à MacSilver. Après tout, leurs intérêts divergeaient. Sensiblement. Quant aux parents de James... non... peut-être. Il s'en assurerait, à coup sûr. Pour le moment, il devrait se contenter de faire profil bas. Ce dont il n'avait pas l'habitude, il fallait bien le reconnaître.

- Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez, MacSilver. Votre grand âge vous fait délirer, il serait peut-être temps de prendre votre retraite.

- Assez ! aboya MacSilver. Vous êtes insolent.

James ricana mais ne rétorqua pas, trop heureux de voir qu'elle ne s'attardait pas sur le sujet. La vieille femme recommença à s'agiter, décrivant des cercles dans son bureau comme un Zouwu en cage. James préféra se concentrer sur le décor austère de la pièce plutôt que sur les pas incessants de son employeuse. Ses yeux balayèrent l'office, cherchant un endroit où se poser. Ni le secrétaire imposant de la directrice ni son armoire à glace ne lui donnèrent satisfaction. Il commençait à s'ennuyer sérieusement lorsque le miroir qui transmettait en direct ce qui se passait à l'entrée du bunker de l'Organisation Secrète Sorcière bourdonna. Un visage chevalin apparut à la surface. James plissa les yeux, reconnaissant la Guérisseuse à qui Stanislas Folk avait été confié à leur arrivée. Elle s'appelait Skye, si ses souvenirs étaient exacts, et ne devait pas avoir plus de trente ans en dépit de sa chevelure grise foisonnante.

- Mrs MacSilver ?

- Ah, Miss Wreath. Des nouvelles de l'Agent Folk ?

- Tout à fait, madame. Il vient de se réveiller.

Ses lèvres se tordirent en une grimace désappointée avant qu'elle n'ajoute :

- Il est dans un piteux état, pour tout vous dire. Mila pense qu'on devrait le faire ausculter à Ste Mangouste.

- Nous verrons cela si son état s'aggrave. Pour l'instant, je préfère le garder ici, sous surveillance. Ce sera tout, Skye, vous pouvez partir.

- Bien, madame.

- Une dernière chose : vous examinerez l'Agent Potter quand j'en aurais fini avec lui.

Skye Wreath acquiesça puis s'évapora dans un tourbillon de mèches argentées après lui avoir lancé un regard intrigué. James l'ignora délibérément, portant sa pipe à ses lèvres. Quoiqu'en dise MacSilver, il ne laisserait pas la Guérisseuse l'approcher à plus de deux mètres.

- Revenons à nos hippogriffes, soupira la vieille femme. Les Aurors ont investi le laboratoire des Moldus anti-sorciers, comme je vous l'ai dit précédemment. Mrs Wart a été arrêtée alors qu'elle essayait de prendre la fuite en direction de Cambridge. Quant à son mari, il est bel et bien mort. Leurs petites activités clandestines sont donc terminées.

- Mais l'objet de notre mission s'est évanoui dans la nature, souligna nonchalamment le jeune homme, en expirant un nuage de fumée opaque à l'odeur entêtante.

- C'est une catastrophe. Merlin sait ce que Spurius Shafiq pourrait bien faire de ce sérum... d'autant plus que les Aurors ne sont pas fichus de lui courir après.

James esquissa un sourire mielleux et se mordilla la lèvre inférieure. Les Aurors ne trouveraient pas Shafiq mais lui le pourrait, il s'en était assuré. Spurius Shafiq n'était qu'un obstacle - certes, assez conséquent - sur le chemin de la résurrection de sa sœur adorée, il saurait s'en débarrasser sans trop d'efforts. Pour cela, il aurait besoin de Folk, évidemment, mais il ne comptait pas en informer MacSilver tout de suite. Il lui fallait d'abord méditer un plan et s'attirer les bonnes grâces de son partenaire provisoire. Albus avait laissé entendre qu'il lui fournirait de plus amples informations à son propos, pour étayer ses pistes, et James avait remarqué que son collègue possédait un certain talent pour se jeter dans les ennuis à bras le corps. Folk n'était pas comme lui, il ne s'accrochait pas à la vie. Il lui préférait l'audace et la justice, quitte à se faire décorer le visage ainsi que pouvait en témoigner la balafre présente sur sa joue droite. Un homme doté d'un tel caractère pouvait s'avérer facilement manipulable si l'on savait quelles ficelles actionner. Or James Potter entendait bien dégoter rapidement ses ficelles. Stanislas Folk servirait sa cause, consciemment ou non.

*.*.*

James sortit du bureau de Corinna MacSilver près d'un quart d'heure plus tard, après avoir mis au point le dossier sur lequel il travaillait. La vieille femme lui avait expressément demandé de rendre visite aux Guérisseurs recrutés par l'OSS mais le jeune homme avait toujours éprouvé une nette aversion pour le corps médical et préférait se soigner seul. Cette fois-ci ne dérogerait pas à la règle. Sans compter que les traitements dont bénéficiait James différaient considérablement de ce dont les Médicomages ordinaires avaient l'habitude de voir.

James fourra sa pipe dans la poche de son long manteau noir puis dégaina sa baguette magique. Il contempla la lanière de cuir dotée de runes qui encerclait son poignet avant de la tapoter avec l'extrémité de sa baguette. Le bracelet, bien qu'inerte, pour le moment, le reliait toujours à Folk. Il n'avait pas daigné le retirer pour le faire faire examiner aux Matérialistes qui s'occupaient de confectionner divers gadgets destinés à améliorer les missions des Agents de l'OSS. Seul le sort de transplanage jumeau était encore actif. Le filet de magie qui faisait office de liaison entre les deux hommes empêchait les autres sorts de fonctionner. James esquissa un sourire satisfait lorsque le bracelet diffusa un soupçon de chaleur dans son corps. Sa magie vibrait à l'intérieur, se mêlant à celle de Folk. Si James écoutait attentivement, il pouvait presque entendre le cœur de son collègue battre par l'intermédiaire de l'objet. C'était divin. Pour l'heure, le lien était ténu : James avait pris son traitement et Folk se tenait à une distance respectable. Mais James prévoyait de réduire cet espace. Cela faisait deux jours que Folk se reposait dans sa chambre et Skye Wreath venait d'avertir MacSilver - ainsi que James, par la même occasion - de son réveil.

James ne s'était jamais aventuré dans les couloirs du bunker réservés aux locataires permanents, lui-même jouissant d'un minuscule appartement de fonction dans le quartier de Spitalfields, au-dessus du marché aux fleurs de l'ancienne Duval Street. Cette rue auparavant connue sous le nom de « Dorset Street » était fameuse pour avoir été le spectacle de certains des meurtres perpétrés par Jack l'Eventreur, en 1888, et pour les commerces de prostituées qui y étaient alors établis. Maintenant, seuls les badauds en mal d'histoires sordides venaient y faire un tour, espérant découvrir les secrets du célèbre assassin du Londres du XIXème siècle, sans grand résultat.

Les couloirs du bunker s'enfonçaient profondément sous la terre, plus encore que les locaux du Ministère de la Magie. Les néons magiques grésillaient au-dessus de sa tête lorsqu'il pénétrait dans un nouveau couloir, lui indiquant la marche à suivre. Les murs étaient nus, les portes des bureaux closes à double-tour. James descendit un escalier de marbre dont les marches se montrèrent capricieuses - il finit par les contrôler à l'aide d'un sort - avant de parvenir dans un corridor attribué au personnel de l'Organisation Secrète Sorcière. Il poussa une porte équipée d'un sortilège de détection de mouvements et d'identité, et pénétra dans un vaste hall, magiquement éclairé par des bougies. L'atmosphère qui y régnait était beaucoup plus chaleureuse que dans le reste des lieux. Des étagères en bois étaient fixées le long des murs, encombrées d'ouvrages poussiéreux, de parchemins vierges et de plumes d'oie. Des numéros flottaient au-dessus des portes et leurs occupants allaient et venaient dans un incessant remue-ménage, vêtus de leurs uniformes sportifs de l'OSS ou de vêtements communs.

James remarqua une jolie jeune femme qui s'occupait d'empiler des serviettes de bain sur son charriot volant. Il décida de lui demander sa route, non sans prendre un malin plaisir à la surprendre au passage.

- Je cherche la chambre de Stanislas Folk, lui dit-il d'un ton impérieux en parvenant à sa hauteur.

Elle sursauta violemment, faisant tomber le linge de bain sur le sol avant de se tourner vers lui, sans le regarder dans les yeux. A la place, elle fixa ses mains jointes, visiblement troublée.

- Chambre 394, lui dit-elle d'une voix enrouée.

James utilisa sa baguette magique pour la localiser. Il la repéra quelques minutes plus tard et s'aperçut que la porte était entrouverte : la Guérisseuse qui était apparue tout à l'heure dans le miroir magique de MacSilver en sortit en se pinçant l'arrête du nez, l'air dégoûtée. Une petite brune au teint verdâtre la précéda, tenant une bassine entre ses bras. Le récipient dégageait une odeur âcre de vomis parfaitement répugnante. James jugea préférable de lancer un sortilège d'imperméabilité olfactive sur son nez avant de pénétrer dans la pièce.

La chambre de Stanislas Folk était plongée dans la pénombre. Le mobilier se résumait à un lit d'une taille convenable recouvert de draps gris souris, d'une malle à double-fond (James en possédait une de la sorte, dans son Manoir Ecossais), d'une commode, d'un bureau et d'une salle de bain attenante. Une cape ornée de fourrure était jetée en travers de l'unique fauteuil de la salle, mais il n'y avait pas la moindre trace des vêtements ensanglantés que le blondinet avait revêtus durant leur brève - mais périlleuse - mission.

Folk se retourna dans son lit en grommelant, alors que James refermait la porte de la chambre derrière lui. Folk se redressa sur ses oreillers et lui jeta un coup d'œil méfiant.

- Potter, le salua-t-il d'un ton cordial quoique froid.

James répondit à son salut par un sourire doucereux. Il fit apparaître une chaise et prit place aux côtés de l'alité. Celui-ci sortit vivement sa baguette magique de sous son traversin, l'air furieux, et la dirigea vers son torse.

- Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je viens me repaître des délicieuses odeurs que ton estomac nous offre, répondit négligemment le jeune homme en basculant sa tête en arrière de manière à ne plus voir son interlocuteur, les yeux mi-clos.

- Très spirituel, vraiment.

- Pointe ta baguette ailleurs que sur moi, Folk. Tu me dois bien ça.

James entendit un soupir puis plus rien. Il rouvrit un œil paresseux et alluma sa pipe, sans tenir compte du reniflement contrarié de Folk. Ses états d'âme ne l'intéressaient pas.

- Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu voulais, reprit Folk en s'agitant dans son lit.

- Tu ne me l'as pas demandé.

- Maintenant, je te le demande. Qu'est-ce que tu me veux, Potter ? Me soutirer un « merci » pour m'avoir sauvé la vie ?

- Je ne te pensais pas orgueilleux au point de me refuser des remerciements amplement mérités.

- Je ne le suis pas, répliqua le blond.

James haussa un sourcil sarcastique en avisant la rougeur qui s'étalait sur ses joues, synonyme de mensonge.

- Et ils ne sont pas amplement mérités. Cette mission était un véritable fiasco.

- Fiasco, répéta James en faisant rouler les lettres sur sa langue, pensif.

- La Gazette du Sorcier est au courant de ce qui se trame au 21 Lost Road, l'informa le blond en pointant du doigt l'exemplaire froissé qui gisait sur ses couvertures.

- Et alors ? L'affaire des Moldus anti-sorciers n'est plus de notre ressort. Les Aurors ont repris les rênes. Ce n'est pas de notre faute s'ils ne sont pas discrets. Notre tâche consiste à présent à trouver le sérum que Spurius Shafiq a dérobé.

Stanislas Folk laissa planer un silence, puis :

- Bien. Et comment on fait pour le retrouver ? Mettre la main sur Shafiq relève de l'impossible. Tu sais comment on l'appelait, chez les Aurors ? Le vide, Potter. Le vide.

- Tu n'es plus chez les Aurors, Folk, glissa James en se levant de son siège.

Folk lui rendit son regard morne, les bras croisés sur sa poitrine bandée. James lui sourit, goguenard, avant de tirer sur les couvertures qui recouvraient partiellement son torse. Des bandages imbibés de sang s'étendaient à perte de vue sur sa peau. Le jeune homme tenta de se débattre et de ramener les couvertures sur son corps mais James ne lui en laissa pas le temps. Il immobilisa son poignet droit, propulsant sa baguette magique contre le mur à l'aide d'une pichenette et le maintint fermement sur le matelas. Folk le fusilla du regard.

- L'impossible, reprit James dans un murmure, fait partie de notre profession.

Il frôla du doigt les protections qui l'empêchaient de voir les dégâts que Shafiq avaient causé sur lui, ignorant les sifflements erratiques de Folk. Un éclair de douleur lui traversa les yeux lorsque James appuya plus fort sur son abdomen.

- Tu ne vas pas laisser le vide s'échapper, Folk, n'est-ce pas ? susurra-t-il à son oreille, mielleux.

- Ne me touche pas, marmonna Folk en détournant le regard.

James relâcha la pression qu'il exerçait sur le poignet de Folk avant d'enrouler ses mains autour de son cou, obligeant le blond à renverser sa tête contre son oreiller. Il aurait pu l'étrangler. Mais il ne le ferait pas. Des perles de sueur dégoulinaient le long du front blafard du jeune homme, visiblement fiévreux.

- Tu ne vas pas le laisser te détruire ?

James caressa de son pouce la balafre qui ornait la joue du jeune homme qui tâchait d'échapper à son emprise.

- Tu ne vas pas le laisser te marquer sans rien dire...

- Non, grelotta son collègue. Lâche-moi, je vais...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase mais James avait anticipé sa réaction. Folk rendit les restes de son dernier repas sur son lit dans un concert de gémissements.

- Nom d'une gargouille, jura faiblement Folk en se massant le ventre.

- OH ! PAR LES GLANDES DE MERLIN ! Skye, il remet ça !

James se retourna et découvrit les deux Guérisseuses de tout à l'heure, armées d'un attirail clinique destiné au jeune homme. Elles ne bronchèrent pas en voyant qu'il était dans la pièce mais lui intimèrent silencieusement de leur faire de la place afin qu'elles nettoient Folk. James se laissa choir dans sa chaise, un brin moqueur, et profita du spectacle qui s'offrait à ses yeux. Elles obligèrent le jeune homme à se lever - à grand renfort de menaces en tous genres - et l'installèrent sur le fauteuil de son bureau, plaçant d'office une bassine propre entre ses mains pendant qu'elles fourraient les draps dans un panier qui lévitait à côté d'elles. Le panier s'envola hors de la pièce sitôt qu'elles eurent défait le lit, et James aperçut la jolie jeune femme de tout à l'heure le réceptionner avant de partir avec son chariot volant. Elles ordonnèrent au blond de rester droit pendant que la dénommée Skye Wreath découpait les bandages suintants avec un « Diffindo » exécuté minutieusement. Folk lui lança un regard de défi par-dessus sa bassine, mais n'osa pas ouvrir la bouche, ce qui amusa vaguement le brun.

- C'est vilain, constata l'autre Guérisseuse en étudiant les hématomes et les blessures qui marbraient la peau du jeune homme.

- Ça devrait guérir, Mila, soupira Wreath en jetant un regard aigu à James. Dites donc, vous, vous voulez bien nous aider ?

- Pardon ?

- Il faut quelqu'un pour nettoyer ça, dit-elle en pointant l'arcade sourcilière de Folk. Nous avons déjà fort à faire avec son torse, son dos, ses bras et ses jambes.

James hésita un instant. L'expression paniquée de Folk le convainquit cependant de prendre le coton désinfectant que lui tendait la Médicomage. Il s'efforça de masquer son sourire vicieux mais ne dut pas parvenir au résultat escompté car Folk s'agita sur son siège, récoltant des remarques autoritaires de la part des deux Guérisseuses :

- Ne bougez pas, espèce d'idiot.

- Tu as entendu, Folk ? ronronna James en s'agenouillant à côté de lui. Ne bouge pas.

- Ta gueule, Potter, bredouilla Folk en fermant les yeux.

James éclata d'un rire froid avant de tamponner l'arcade sourcilière endommagée du jeune homme. Le maléfice de cicatrisation commençait déjà à faire effet. Folk marmonnait à chaque fois que l'une des deux Guérisseuses s'attaquait aux plaies qui recouvraient son dos ou ses bras mais ne rouvrit pas les yeux, serrant le bracelet qui le liait à James de toutes ses forces. Son souffle spasmodique s'écrasait sur le visage de son collègue, brûlant. Le brun jeta son coton dans une corbeille avant de reculer.

- On va devoir le mettre sous calmants jusqu'à ce soir, grommela Wreath.

- Merlin bénisse les antibiotiques, rit l'autre. Vous avez fini, Potter ?

- Oui, répondit Folk à sa place en plongeant son visage dans sa bassine. Il a fini.

James ponctua ses paroles d'un hochement de tête approbateur. L'arcade sourcilière de Folk était le dernier de ses soucis.

- Dans ce cas, si vous ne tenez pas à doucher Folk en notre compagnie, vous feriez mieux de partir, l'avertit Wreath.

- Je suis sûr que Folk meurt d'envie que je le douche, ironisa le jeune homme en replaçant sa pipe entre ses lèvres, ignorant le regard désapprobateur des Guérisseuses.

- Dégage, éructa Folk.

- Avec plaisir.

James tourna les talons et ferma les yeux, parvenu sur le pas de la porte. Avait-il vraiment échoué son coup ? Il allait s'en aller lorsqu'un râle de Folk retentit dans son dos.

- Attend... Potter...

- Oui ? répondit James, onctueux.

- Tu ne m'as toujours pas dit... pourquoi tu étais venu...

James sourit intérieurement, amusé. Il avait visé juste. Il tourna complètement vers son collègue qui avait relevé la tête de sa bassine et le fixait d'un air hagard.

- Je suis venu parce que - même si ça m'arrache les dents de te le dire -, je voulais te féliciter pour le magnifique combat que tu as livré sur le train.

- Quoi ? balbutia Folk, abasourdi.

- Oh non, je ne répète jamais deux fois un compliment.

Ou un mensonge.

- Maintenant, si tu es intéressé pour... attraper le vide et sauver l'humanité d'un grand danger, contacte-moi. Il serait dommage de se priver de ton potentiel...

Il quitta la chambre 394 sur ces paroles mystérieuses, persuadé que Folk mordrait à l'hameçon.


Alors vous faites une overdose de James ou pas ? :)

Sinon, point info (la fille chiante, bonjour) :

- La rue dans laquelle est situé le domicile de fonction de James Sirius Potter est réellement l'ancienne Dorset Street (ensuite connue sous le nom de Duval Street) située dans le quartier de Spitalfieds, à Londres. En 1888, un célèbre meurtrier connu sous le nom de Jack l'Eventreur (bien qu'on ne sache toujours pas qui c'est à l'heure actuelle) y a commis des crimes (absolument épouvantables) (ne checkez pas les photos, croquis ou autres avant de dormir). Maintenant, Duval Street n'existe plus (vraiment), un marché aux fleurs y a été ouvert ainsi que des parkings ou je ne sais trop quoi. Tout est bien expliqué sur Wikipédia si ça vous intéresse.

- Le numéro de chambre de Stanislas Folk fait référence à une réplique culte de Severus Rogue ;)