Bonjour, bonsoir tout le monde, ici Kermadec ! Aujourd'hui, c'est le jour du "Passage préféré". Le mien n'a rien d'original, mais j'ai fait de mon mieux pour vous l'enrober dans une scène improbable n_n Bonne lecture !


Votre présence dans le Repos du Guerrier est très appréciée aujourd'hui. Les tenanciers ont accueilli un groupe d'une quarantaine de personnes, et deux bras supplémentaires ne sont pas de trop pour assurer le service. Vous avez accepté de les aider avec plaisir. Vous apportez donc les plats aux visiteurs, tout en négociant avec Grunlek à chaque fois que vous le croisez. Il insiste pour vous rémunérer à la fin de la journée, ce que vous refusez net. Vous rendez simplement service à des gens que vous appréciez. Il y a beaucoup de travail, ce soir-là. En plus du groupe qui est arrivé sans prévenir, les habituels quidams du coin attendent leur pinte. Une file s'est crée, qui s'étend jusqu'à l'extérieur de la bâtisse. Les tenanciers sont tellement sous pression qu'ils ont accepté de laisser Mani gérer la caisse de la taverne. Etant donné le succès que le Repos du Guerrier connaît ce soir, vous craignez que la lecture de Bob doive être annulée. Lorsque vous lui posez la question, le mage s'insurge.

"Annuler ma lecture? Jamais ! Ces messieurs, dames nous font l'honneur de leur présence, je dois leur offrir le meilleur divertissement possible. J'ai sélectionné, sans vouloir me vanter, un chapitre inoubliable !

- C'est une excellente nouvelle ! Répondez-vous. Au fait, Bob, tous ces gens, là, vous savez qui ils sont? Ils ont l'air… importants.

- Je n'en ai pas la moindre idée, mais c'est sans importance. Tout le monde est le bienvenu au Repos du Guerrier !"

Les paroles du mage vous rassurent, mais vous jetez tout de même un regard en coin vers les nouveau venus. Ils sont tous rassemblés du même côté de la salle, et ont demandé à avoir des tables rapprochés, pour qu'ils puissent tous s'entendre. Ce qui vous perturbe, en dehors du fait qu'ils discutent tous à voix basse et rapide, ce sont leurs vêtements. Tous portent une longue cape rouge grenat qu'ils ont refusé d'ôter. Vous ignorez la teneur exacte de ce rassemblement, mais vous pressentez que leur présence ici sera, elle aussi, inoubliable.

Compte tenu des circonstances, le pyromage est obligé de s'installer, non pas sur son estrade habituelle, mais sur une des tables. Afin de faire honneur à leurs nombreux clients du jour, Bob a jeté son dévolu sur l'une des tables occupées par les hommes en rouge. Ceux-ci ont protesté, mais un long discours du tenancier a fini par les convaincre. Selon vous, ils ont surtout fini par céder dans l'espoir que cet extravagant hurluberlu achève au plus vite sa lecture. Enfin, et tandis que vous vous occupez toujours de servir les clients, Bob Lennon peut entreprendre son récit.

"Dans l'imaginaire collectif, Aventuriers et Héros sont synonymes. Mon opinion sur le sujet est plus nuancée. En vérité, plus ma rédaction de cet ouvrage avance, plus je m'interroge sur le sens profond de ces notions.

Le souvenir de Bragg, Intendant de la Vieille Tour que j'évoquais dans un chapitre précédent, a ravivé en moi de nombreux souvenirs. Il serait trop ambitieux de ma part de vouloir consigner ici toute l'étendue de notre quête et toute l'importance que cet homme a eu dans le destin du Cratère. Cependant, il m'est impensable de rédiger mes Mémoires sans consacrer quelques pages au moment le plus stupide de notre vie d'Aventuriers. En effet, même si nous étions conscients, à l'époque, de l'importance capitale de notre tâche, notre comportement a pu, par moments, nous couvrir de ridicule. En écrivant ces lignes, j'espère à la fois alléger quelque peu le poids qui pèse sur ma conscience, mais aussi prouver au monde qu'être un Aventurier ne signifie pas toujours être un héros.

Nous avions perdu la trace de Bragg depuis plusieurs semaines. Théo venait de décéder -temporairement, mais nous l'ignorions alors- et notre groupe accueillit avec plus ou moins de bonne volonté Viktor Oppenheimer, Magister-Inquisiteur de l'Eglise de la Lumière. Il avait été comme un père de substitution pour Théo, et son objectif, en prenant la route avec nous, était de comprendre ce qui était arrivé à son petit protégé.

Notre but commun consistait donc à retrouver l'Intendant Bragg, qui s'était enfui, emportant avec lui les Codex, objet de toute notre attention. Nos recherches nous ont conduit au sein d'une des églises vouées au culte des Murmures. Là-bas nous attendait Sœur Maeda, qui disposait d'informations utiles à notre périple.

Je n'ai jamais vraiment apprécié les Eglises. Ma nature et ma soif de connaissances ne sont pas compatibles avec une quelconque foi. (C.d.p. : Hérésie !). Mon compagnon Théo crierait certainement à l'hérésie, s'il lisait ces mots. (C.d.p. : Ah merde, je suis trop prévisible.) Cependant, je suis persuadé que lui-même partagerait mon opinion, s'il avait vécu cette rencontre avec Maeda.

Cette femme nous a accueilli dans son Eglise, qui n'était en fait qu'un piège vicieux soi-disant destiné à nous tester. Je n'ai jamais compris la démarche de cette vieille folle. Nous venions chercher des informations, nous avons affronté une gargouille monstrueuse, qui aurait pu nous conduire à notre perte.

Fort heureusement, nous sommes sortis vainqueurs de ce combat inutile. Blessés, mais vivants, nous avons enfin obtenu ce que nous voulions. Maeda nous a présenté Arcana, une femme bien plus intéressante qui pourrait nous conduire à l'Intendant. Prétendument satisfaits, nous avons quitté l'Eglise… Ave la ferme intention de nous venger.

Nous avions un plan très simple : foutre le feu au bâtiment. Les lecteurs voudront bien me pardonner la vulgarité de mes propos, mais ma colère envers les Murmures ne s'est pas tarie, malgré les années. Notre plan, donc, était basique, mais, aveuglés sans doute par notre rancœur, notre soif de vengeance n'a pas pu être satisfaite. J'ai bien réussi à lancer quelques gerbes de flamme sur le toit du bâtiment, mais j'imagine que le feu a pu rapidement être maîtrisé… En fin de compte, le seul véritable affront que nous ayons commis émana de Viktor et de Lumière, le destrier de Théo. Excédé, blasé et épuisé par le combat contre le monstre, le Magister n'a rien trouvé de mieux à faire que d'ordonner au cheval de déféquer devant l'Eglise. Cette action fut notre seule véritable réussite, ce jour-là.

Ainsi, si un jour, quelqu'un m'interroge sur la notion d'héroïsme, je le redirigerai poliment vers la sortie de l'auberge. Ce n'est pas chez nous qu'il obtiendra sa réponse."

Bob paraît satisfait de sa lecture et attend, le regard fier, les premiers vivas du public. Si quelques applaudissements se font entendre, vous êtes surtout interpellés par les clients encapuchonnés, qui se lèvent tous les uns après les autres. Le mage est encerclé par ces individus, qui détachent leurs capes d'un geste théâtral. Sur leurs vêtements, les symboles de plusieurs Eglises luisent, à l'image des regards menaçants de leurs porteurs.

"Monsieur Lennon, au nom de nos Eglises, nous ne tolérerons pas de tels propos hérétiques ! Vous méritez la mort !"

Un lourd silence s'abat sur le Repos du Guerrier. Bob, acculé, lance un regard à ses camarades.

"On reprend du service? Demande-t-il

- Avec plaisir ! Lui répond Mani. A l'attaque !"

Vous ne comprenez pas très bien ce qui se produit. Par réflexe, vous vous emparez du premier objet qui vous tombe sous la main. Armé de votre serpillière, vous vous ruez vers les prêtres, déterminé à sauver l'auberge et ses propriétaires. Tout en assénant un violent coup sur le crâne dégarni d'un disciple de l'Air, vous décrétez que, de toute manière, l'héroïsme, c'est surfait.