Disclaimer : absolument rien ne m'appartient, ceci est la traduction de la fanfic 'A Rose Among the Briars' de Mercury Gray, j'ai simplement reçu son autorisation de traduire sa fic selon certaines conditions. Je vous invite fortement à aller lire la version originale si vous vous débrouillez en anglais, elle est enregistrée dans mes histoires favorites ;)

Chapitre 7

Lève-toi et revêt ton feuillage, que l'on te voit,

T'avançant, telle le printemps, fraîche et verte,

Et aussi belle que la Flore. Ne t'embarrasse pas

De bijoux pour ta robe ou tes cheveux :

N'aie crainte les feuilles te parsèmeront

En abondance de gemmes :

De plus, l'aube du jour a laissé,

Quelques perles orientales oubliées

Viens les recevoir tant que la lumière

S'accroche aux mèches de rosée de la nuit :

Et que Titan sur le mont oriental

Se retire, ou bien se tienne droit

En attendant que tu t'avances. Toilette, robe, sois brève dans ta prière :

Peu de lits sont meilleurs que lorsque le mois de Mai s'avance.

Corinna's Going A-Maying, Robert Herrick (1)


Le mois de Ivanneth passa à la fois lentement et rapidement aux yeux de Rhoswen - rapidement lorsqu'elle était dans les Maisons ou qu'elle s'occupait de son propre jardin, lentement lorsqu'elle était invitée à dîner avec l'Intendant. Les repas avec Denethor semblaient à présent durer une éternité, car aucun choix soigneux de plat, aucune nourriture préférée ou encore une conversation agréable ne pouvaient effacer la marque noire que son invasion dans le jardin de Finduilas avait créé dans sa cote auprès de Denethor. Elle savait que Boromir faisait de son mieux (elle le voyait essayer à chacune de ses visites) pour cajoler son père et le faire sortir de cette sombre humeur à son encontre, et lentement, très, très lentement, la montagne de rancœur commençait à diminuer.

Il était étrange, pensait Rhoswen, que de dénigrer une personne un jour et le suivant être capable de l'apprécier entièrement, mais les retours réguliers de Boromir rendaient ce revirement dramatique un peu plus facile à supporter. Leur discussion dans le jardin ce jour-là avait porté ses fruits, et chaque retour était une occasion de parler un peu plus et de s'habituer à la compagnie de l'autre. Et elle l'aimait encore plus pour cela.

La pluie menaçait Iavor et les festivités du Jour des Récoltes, mais les nuages avaient gracieusement accepté de se détourner du Pelennor sans laisser tomber une seule goutte, et les chariots au toit ouvert menant les nobles dames jusqu'aux champs purent quitter la cité à l'heure prévue assez tardive de la matinée, vers neuf heures.

À l'évidence les autres dames ne trouvaient pas cette heure aussi tardive que Rhoswen. « Oh, les moissonneurs sont debout pour terminer les récoltes depuis que l'aube est assez claire pour qu'on puisse y voir suffisamment, » disait l'une des jeunes femmes. « Cependant je ne vois pas pourquoi nous devons y être aussi tôt. Un simple coup de faucille et nous sommes quittes, pouvant fuir ce misérable soleil. »

J'ai manifestement été élevée dans un endroit différent, se dit Rhoswen, essayant de ne pas rire face à l'idée que neuf heures était bien trop tôt pour se lever. Elle parcourut le chariot du regard, constatant que les autres, bien que portant des vêtements simples, n'était pas habillées pour un dur travail comme elle pouvait l'être. Sa robe était brute et bricolée à la main, de couleur fauve, semblable à celles qu'elle portait lorsqu'elle jardinait, facilement lavée et recousue. Mais même si la couleur était similaire à ce que les autres portaient, son bricolage se démarquait à des lieux à la ronde face aux tons de soie et de taffetas. Elle regarda ses chaussures de travail et essaya de dissimuler la pointe en cuir bien abîmée derrière ses jupes. Mais elle n'eut pas besoin de se cacher longtemps, l'attention des femmes rapidement tournée vers une troupe de jeunes hommes de la cité chevauchant vers elles, menée par Boromir, un large sourire s'étalant sur son visage.

« Vous avez l'air d'une paysanne, » cria Boromir depuis l'arrière du chariot, riant lorsque Rhoswen leva les yeux au ciel.

« Aujourd'hui j'en suis une, monseigneur, » cria-t-elle en retour. Il y avait des murmures derrière elle, certaines des jeunes femmes remarquant apparemment seulement maintenant comment elle était vêtue, mais Rhoswen n'accordait plus d'importance à ce qu'elles pouvaient dire, le sourire de Boromir était suffisant pour compenser tout ce qu'elles pouvaient penser d'elle.

Ce fut au tour de Boromir de lever les yeux au ciel, souriant, et de secouer la tête. « En ce cas prenez en plaisir, ma dame, peut importe ce que vous êtes. »

Les cavaliers dépassèrent le chariot, les menant jusqu'aux champs, et Rhoswen se rassit sur son siège, écoutant le bruit du vent au lieu des rumeurs irréfléchies des jeunes femmes l'entourant.

Les champs vers lesquels on les conduisaient avaient déjà une large coupure les parcourant, les visages de centaines de travailleurs à peine visible au-dessus des grandes céréales dorées. Les dames trébuchèrent hors du chariot, peu habituées à un moyen de transport si peu élégant, essayant de se redresser avec toute la dignité qu'elle pouvaient rassembler, Rhoswen remarquant qu'elle évitaient l'aide des fermiers qui étaient manifestement émerveillés par leurs élégants visiteurs.

Un groupe de femmes qui travaillaient jusqu'ici dans les champs s'était à présent formé près de la bordure des champs où le blé n'avait pas encore été coupé, attendant que leur aide festivalière arrive. Rhoswen, qui était à l'avant du chariot, se tenait à présent à l'arrière du groupe de dames, un des dernières à quitter leur convoi, et regardait attentivement la procédure, retenant ce qu'elle voyait afin que son tour venu elle sache quoi faire.

Les autres dames furent rapides à saisir les faucilles tendues, fendant de façon inélégante les tiges du blé les attendant, et ramenant maladroitement les ballots jusqu'aux poulies de traction. Mais les yeux de Rhoswen n'examinaient plus les nobles dames à présent, mais les filles de fermiers se tenant sur le côté, murmurant entre elles. À l'évidence elles étaient aussi peu impressionnées par les efforts des nobles de la cité que les nobles par la somme de travail qu'il faudrait encore pour transformer le blé qu'ils avaient si négligemment rassemblé en pain.

Lorsqu'on tendit la faucille à Rhoswen, elle se tourna vers la jeune fille lui ayant donné l'objet pour le lui rendre. « Montrez-moi encore, » demanda-t-elle, regardant la jeune femme sourire un peu, déconcertée par la requête de la dame, puis rassembla une poignée de céréales, tranchant vers elle de façon experte les tiges à un niveau égal. « C'est donc ainsi, » dit Rhoswen, se penchant profondément dans le blé, comme la jeune fille venait de le faire, avant de trancher vers elle avec un outil imaginaire.

« Je crois que ma dame a saisi le mouvement, » répondit cette dernière en lui rendant la faucille.

« Quel est votre nom ? » demanda Rhoswen, se saisissant de l'objet, observant le tranchant de la lame. Mieux vaut ne pas approcher cela trop près de soi.

« Olnith, ma dame, » répondit la jeune fille, un peu intimidée qu'une des grandes dames lui demande son nom.

« Et bien Olnith, vous me surveillerez jusqu'à ce que je le fasse correctement, » annonça Rhoswen, se penchant au-dessus des céréales pour prendre une bonne poignée avec sa main droite, balançant la lourde faucille à travers la plante, sentant la lame couper les tiges, laissant la poignée se détacher dans sa main.


Le soleil s'éleva dans le ciel, et alors que les tréteaux étaient préparés pour le festin des récoltes, Boromir avait bien du mal à retrouver sa promise. Elle n'était pas avec les autres dames rassemblées sous un chapiteau pour échapper au soleil de midi, bien que Boromir ne se soit pas réellement attendu à ce qu'elle s'y trouve. Elle n'était pas non plus avec les cuisiniers préparant le banquet, une possibilité que Faramir avait suggéré après que le chapiteau n'ait pas révélé la promise de son frère.

« Où est Rhoswen ? » demanda Boromir à voix haute, plaçant une main au-dessus de ses yeux pour parcourir du regard les champs devant lui. « Les autres dames sont revenues depuis longtemps déjà. »

« Rhoswen est-elle la dame avec les cheveux sombres et la robe dorée ? » demanda un des fermiers se trouvant à côté. Boromir acquiesça, s'attendant à entendre que quelque chose de terrible lui était arrivé. « Je crois qu'elle se trouve toujours avec les faucheurs, monseigneur ! » dit le fermier en riant.

Boromir fronça les sourcils, et il s'avança à grandes enjambées dans les champs, tenant toujours sa main pour protéger ses yeux du soleil alors qu'il parcourait les champs du regard à la recherche de la robe fauve de Rhoswen et de ses cheveux noirs.

Une silhouette se tenait plus loin dans les champs, agitant son bras à son attention, criant quelque chose qu'il ne pouvait entendre. Il marcha rapidement sur le sol de chaume et de tiges brisées jusqu'à ce qu'il puisse mieux l'entendre alors qu'elle rapprochait ses mains de sa bouche et criait. Il s'agissait de Rhoswen. « Venez me rejoindre, monseigneur ! Montrez à votre peuple que Boromir est aussi bon avec une faucille qu'avec une épée ! »

« Un défi, créature malicieuse ? » demanda Boromir, criant en réponse et souriant à la vue de Rhoswen dans les champs, sa jupe coincée dans sa ceinture, révélant d'agiles jambes blanches et d'élégants pieds chaussés de cuir. Ce soleil l'a à nouveau rendue audacieuse. Quelqu'un avait trouvé un foulard qu'elle avait noué autour de sa nuque pour la protéger du soleil, et un fichu était enroulé autour de sa tête, ramenant ses longs cheveux noirs en arrière. Sa robe était parsemée de tiges rétives et alors qu'il se rapprochait il en aperçut d'autres dans ses cheveux, telles des paillettes d'or face au noir de ses cheveux. Son sourire était large et plein de joie, et quelque chose dans le cœur de Boromir bondit de la voir si heureuse. Je ne crois pas l'avoir jamais vu sourire de cette façon depuis son arrivée dans la cité, se fit-il la remarque. Elle est une créature de plein air, c'est certain.

« Votre dame a bien travaillé de son propre côté, » cria une des jeunes fermières se tenant près d'elle. « Elle est ici depuis presque deux heures ! »

« Et je n'ai fait que la moitié du travail de Olnith ! » cria également Rhoswen. « Mais elle a été très patiente avec moi ! »

« Venez prendre quelque chose à boire ! La journée devient chaude et vous n'êtes pas habituée à un tel travail, » dit Boromir, désignant un arbre près d'eux où plusieurs fermiers échauffés, de même que quelques larges cruches reposaient à l'ombre.

« Pas avant que vous ayez vous-même essayé ! » cria Rhoswen en réponse. Les autres jeunes filles se tenant dans le champ laissèrent échapper un bruit de surprise, riant presque entre elles à l'idée de ce que Rhoswen proposait. « Ou n'avez-vous aucun talent pour les travaux d'une simple femme ? » ajouta-t-elle, faisant rire encore plus fort les jeunes filles.

« Oh, vous allez avoir votre réponse, charmante jeune femme, » répondit Boromir, retirant sa tunique et retroussant les manches de sa chemise jusqu'aux coudes, s'avançant dans le champ là où les jeunes femmes étaient en train de travailler, jetant sa tunique sur un tas de fichus écartés près d'elles et d'une cruche d'eau. « À présent, montrez-moi donc ce qu'il faut faire, » dit-il, regardant celle que Rhoswen avait appelé Olnith.

« Ma dame peut vous le montrer elle-même, elle s'en sort très bien maintenant, » répondit la jeune paysanne, hochant la tête vers Rhoswen, qui donna sa faucille à Boromir pour lui montrer avec son propre corps comment se pencher vers le blé et le saisir. « Non, comme cela, » dit-elle en plaçant sa main dans le dos de Boromir pour le courber davantage. « Maintenant bougez votre bras, » continua-t-elle en couvrant sa main de la sienne pour le guider, « et coupez. »

Boromir ne s'était jamais retrouvé aussi proche de Rhoswen, et la sensation était étrange : son corps plus petit, rendu chaud par les efforts de la matinée, pressé près du sien, son bras s'abaissant pour se joindre à celui de Boromir, telle une plante grimpante s'accrochant à la branche plus large d'un arbre, espérant se saisir d'un peu de sa fougue. Il n'était pas étranger au corps d'une femme, mais la compagnie monnayée d'une courtisane ne procurait pas les mêmes sensations ou la même stabilité ou … une proximité involontaire. Alors qu'elle guidait sa main en bas pour couper à nouveau, il réalisa que ce n'était pas une mauvaise sensation, seulement une rassurante, une sensation pleine d'amour et d'espoir. C'était une attitude naïve, il le savait. Et il en voulait encore plus.

« Monseigneur, avez-vous écouté ? » demanda Rhoswen, le tirant de sa rêverie.

« Ma dame me distrait, » dit-il d'une voix rauque, et réalisant ce qu'elle faisait, elle se retira vivement comme si elle avait été brûlée, faisant rire quelques unes des autres jeunes femmes.

« Et bien, c'est une bel homme, aucun doute là-dessus » dit une des jeunes filles alors que Rhoswen reculait pour observer les autres.

« Il n'y a aucune honte à le distraire, ma Dame, » murmura discrètement Olnith, ayant à l'évidence entendu le commentaire du Capitaine-Héritier. « Et il y a distraction et distraction, si vous voyez ce que je veux dire. »

Rhoswen rougit et Olnith rit à nouveau, refusant de partager la cause de sa gaieté aux autres lorsqu'elles lui demandèrent. Après plusieurs mouvements, Boromir dut admettre sa défaite. « Mesdames, je m'incline, » annonça-t-il, souriant à travers la sueur s'écoulant de son front. « Je vous supplie de me relâcher. »

« Oh, laissez-le donc partir et se faire apporter son vin par la Dame. Elle l'a mérité. » dit une des fermières avec un large sourire.

« Merci de m'avoir enseigné, » dit Rhoswen à Olnith, lui rendant le foulard que la jeune femme lui avait prêté pour qu'elle l'enroule autour de sa nuque. « Et au moins vous avez pu rire à mes dépens. »

« Merci d'avoir appris, ma Dame, » répondit Olnith. « Et nous ne rions pas de vous, seulement des autres se moquant de vous mais ne pouvant faire la même chose. »

« Avez-vous un jeune prétendant ici ? » demanda Rhoswen, essuyant de manière peu élégante son front du dos de la main. Olnith acquiesça, souriant et désignant un groupe de jeunes hommes travaillant dans le champ d'à côté, chargeant les hauts chariots à l'aide des poulies. Devant le doigt qu'elle pointait, un jeune homme se redressa et salua avec son chapeau, soufflant un baiser aux deux femmes, obtenant un gloussement de la part de Olnith. « Il s'appelle Cuhon, » dit la fille de fermier, se détournant pour ne plus le distraire.

« Et bien allons chercher du vin pour nos deux hommes, » dit Rhoswen en la guidant en dehors du champ pour aller vers les tables. « Il est bientôt l'heure du repas de midi. »

Le vin avait été apporté des vignobles poussant sur le flanc des montagnes du Lossarnach dans des fûts dans lesquels des géants auraient pu boire, chacun occupant à lui tout seul un chariot, tiré par un couple de solides bœufs. Olnith s'excusa de devoir rentrer chez elle pour une quelconque raison, et Rhoswen s'attarda près du chariot, attendant.

« Dame Rhoswen ! » l'appela quelqu'un, et elle se tourna pour voir Faramir s'avancer derrière elle avec un paquet sous les bras.

« J'en déduis que mon frère vous a trouvé, » dit le Capitaine des Rôdeurs avec un sourire, attrapant une tige dans les cheveux de Rhoswen avant de la jeter au sol.

« C'est le cas en effet, » répondit-elle en louchant vers ses cheveux pour essayer de voir s'ils restaient quelques tiges évidentes qu'elle pouvait retirer. « Et je me suis amusé à ses dépens à cause de cela, mais je pense qu'il y survivra. »

« On m'a chargé de vous remettre ceci, » dit Faramir, tendant à Rhoswen le paquet bien emballé. « Je pense que vous en aurez besoin d'ici peu. »

Le paquet renfermait une coupe, travaillée astucieusement dans l'argent et parcourue tout autour du bol par des feuilles en relief. Rhoswen éleva la coupe pour apercevoir à la lumière du jour qu'il ne s'agissait pas juste de feuilles, mais également d'une délicate guirlande de roses, portant un sceau gravé de deux lettres elfiques. « Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda-t-elle à Faramir en désignant les deux lettres.

« Celle-ci est un B, et l'autre un R, » expliqua Faramir, les désignant chacune à Rhoswen. « Avant que vous ne me remerciez, je dois vous dire que ce présent n'est pas de moi, mais de mon père, » admit-il dans le silence qui suivit tandis que Rhoswen observait la coupe. « Il est trop fier pour vous l'offrir lui-même, je pense qu'il redoute que vous pensiez qu'il vous a pardonné et que vous ne deveniez plus aussi prudente que vous l'étiez ces derniers jours. Il est de coutume que la coupe utilisée aujourd'hui serve à nouveau le jour du mariage. De tels objets sont un grand héritage, et celui-ci a été aux mains des forgerons depuis au moins un mois. »

« Il est magnifique, Seigneur Faramir, » dit sincèrement Rhoswen. « Et je sais que je le chérirai, peu importe de qui il provient. »

« Remplissez-le d'abord, et chérissez-le après, » lui conseilla Faramir. « Ils vous attendront bientôt aux tables ! »

Rhoswen acquiesça, allant vers les vignerons et tenant la coupe le temps qu'on lui la remplisse à partir d'un des tonneaux posés sur un chariot, avant de l'apporter précautionneusement vers les grandes tables écartées des autres, auxquelles Denethor et ses fils étaient attablés, Faramir se glissant rapidement sur son siège alors que la file de jeunes femmes s'avançait, chacune portant une coupe de vin.

Boromir se leva alors qu'elle approchait de sa table, et elle lui tendit silencieusement la coupe, s'inclinant légèrement ce faisant. Le visage de ce dernier brillait de sueur, et ses mains étaient également chaudes de sa dernière leçon de fauchage. « Prise en bénédiction et donnée en remerciements, » dit-il, versant un peu du vin sur le sol à ses pieds, avant de prendre une grande gorgée de la coupe. Il la lui tendit et elle s'en saisit avec hésitation, prenant seulement une petite gorgée avant de la lui rendre. Il n'était pas excessivement riche, n'ayant passé qu'une seule année en fût, mais il était fort et étrange au goût, et elle lutta pour ne pas grimacer.

« Ne l'avez-vous pas aimé ? » demanda Boromir, prenant la coupe de ses mains pour la poser sur la table se tenant entre eux. « Laissez-moi nettoyer vos lèvres, » murmura-t-il, se penchant sur la table pour doucement poser ses lèvres sur les siennes. Un appel bruyant s'éleva des autres tables, et Rhoswen se détourna de son baiser pour regarder les fermiers et leurs familles, qui chahutaient et acclamaient la démonstration du Capitaine-Héritier.

Lorsqu'elle se retourna, elle trouva ses yeux pleins d'espièglerie. « Vos lèvres sont douces. Prendrez-vous une autre gorgée ? » demanda-t-il, murmurant d'une voix basse et grave.

Elle se pencha et l'embrassa à nouveau, plus longtemps et plus fort cette fois-ci, goûtant chaque once de vin sur ses lèvres. Derrière elle les cris devinrent plus fort encore.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire, vile petite créature, » murmura Boromir, son visage chargé d'un sourire satisfait, lorsqu'elle recula.

« Pardonnez- » commença à s'excuser Rhoswen, son visage devenant écarlate derrière sa peau rougie par la soleil.

« Épargnez-moi vos excuses et donnez moi à nouveau votre pêché, » ordonna Boromir, la coupant court. « Et ne laissons pas non plus cette table entre nous. »

Alors qu'elle s'asseyait, il semblait que Boromir avait lancé une nouvelle tradition : après avoir bu dans leur coupe, beaucoup des jeunes hommes saisissaient l'opportunité d'embrasser leurs futures mariées, même avec des pères désapprobateurs et des mère les surveillant. Denethor faisait certainement partie de ces parents-là, bien que personne ne puisse dire s'il désapprouvait que son fils embrasse sa promise d'une façon aussi dévergondée ou que Rhoswen l'approuve et le suive. « Dame Rhoswen, vous êtes aussi brune qu'une fille du Sud, » dit-il d'un ton réprobateur alors qu'elle s'asseyait. « Votre peau a terriblement brûlée. »

« J'ai un onguent pour cela, monseigneur, cela ne fera plus aussi mal d'ici quelques jours, » dit Rhoswen, perdant un peu de sa gaieté alors que Denethor fronçait les sourcils en la dévisageant. « Et cela disparaîtra bientôt, avec les soins appropriés. »

« Je ne pense pas que cela était sage de rester au soleil aussi longtemps. C'est indigne, » dit sévèrement Denethor.

« C'était un travail honnête, » répondit Rhoswen, semblant peu certaine de sa propre défense.

« Voyez-vous comme le peuple l'apprécie à présent, Père ? » demanda Boromir. « Elle a gagné leur confiance aujourd'hui. C'est ce que devraient faire tous les bons dirigeants, m'avez-vous un jour appris. »

Denethor fronça les sourcils une dernière fois et ne dit rien d'autre sur ce sujet du reste du repas, montrant un fort contraste avec le reste des fêtards, et tous semblaient prendre du bon temps. Lorsque le repas se termina l'Intendant et le reste de la cour se levèrent pour partir les fermiers continueraient de festoyer et de danser jusque tard dans la nuit, mais les palais et les langues raffinés sentaient avoir peu d'intérêt à demeurer ici.

« Rhoswen, ne rentrez-vous pas également ? » demanda Boromir, gardant un œil sur son père, qui se mettait en selle pour rentrer vers la cité, et Rhoswen, semblant vouloir continuer à discuter avec ses nouveaux amis les faucheurs de ce matin.

Rhoswen quitta son siège pour le rejoindre et lui parler, regardant Olnith et les autres derrière elle. « Je préférerai rester un peu plus longtemps, et discuter avec Olnith et sa famille, » dit-elle. « Ou votre père trouvera-t-il cela terriblement incorrect ? »

« Pourquoi souhaitez-vous rester ? » demanda Boromir.

« Peut-être trouverez-vous quelque chose que vous pourrez changer lorsque vous deviendrez Intendant à la place de votre père, » suggéra Rhoswen. « Ou peut-être cela sera simplement une agréable conversation entre amis. Vous leur montrerez que leurs maux vous importent, et un souverain de confiance est meilleur qu'un peu fiable. »

« On dirait que vous êtes allée dans la bibliothèque de Faramir, » accusa Boromir, voyant secrètement que ce qu'elle disait faisait sens.

« Vous m'avez dit apprécier mon audace, monseigneur, » répondit Rhoswen, et Boromir soupira.

« Vous me tenez, ma dame. Je vais présenter nos excuses à Père. »

Denethor ne fut pas ravi de l'entendre, mais il autorisa son fils à rester au village, chevauchant vers la cité avec le reste de chariots pleins de nobles attendant de retrouver leurs plateaux dorés et leurs chaises capitonnées.

« C'est un triste jour quand même les traditions n'arrivent pas à donner le sourire dans le Gondor, » dit-il chagriné, regardant les chariots prendre le chemin du retour. « Autrefois nous aimions nous rappeler les jours d'antan. Mais je crois que nos préoccupations actuelles surpassent le besoin de les honorer. »

« Avant, ils seraient restés dehors toute la nuit durant pour le festin, » ajouta Faramir. Il était également resté derrière, ne souhaitant pas être le seul à chevaucher avec son père. « Et il y aurait eu de la musique, et de la danse, et encore plus de gaieté et de joie. Vous trouverez encore cela ce soir avec les gens du peuple. »

« Où vous rendez-vous, monseigneur Faramir ? » demanda Rhoswen alors que Faramir se détournait pour les quitter.

« Je m'en vais chercher des chants, ma dame, » répondit-il, inclinant légèrement sa tête. « Nous ne chantons plus assez dans la cité à mon goût. Et les gardes de nuit sont longues en Ithilien. »

Rhoswen acquiesça, prenant la main de Boromir et marchant vers les côtés d'un champ où la jachère commençait, l'herbe courte près des bords mais devenant presque aussi grande qu'un homme lorsque l'on s'avançait. Il y avait déjà une petite foule de jeunes gens, assis sur l'herbe courte avec des chopes de bière et des vestiges du festin, échangeant des blagues et riant. Le rire s'atténua un peu lorsque Rhoswen et Boromir s'approchèrent, et Olnith se leva, lissant sa jupe comme si elle allait les recevoir dans son entrée.

« Pouvons-nous nous joindre à vous ? » demanda Rhoswen, sa main proche dans celle de Boromir. Le Capitaine-Héritier se sentit à nouveau vieux, même si Rhoswen avait encore l'âge pour être avec ces jeunes gens, lui ne l'avait certainement plus. Il avait trente-neuf ans, et le plus vieux ici devait en avoir vingt-huit.

« J'vois pas comment nous pouvons refuser, » dit un des jeunes hommes, son ton désapprobateur tranchant fortement avec les rires et les sons joyeux que Rhoswen et Boromir avaient entendu en chemin.

« Rhoswen, voici Cuhon, » dit Olnith, coinçant sa main dans celle du jeune homme, souriant pour ôter sa moue, essayant de rompre le silence. « Cuhon, fils de Culin. »

« Vous êtes un homme chanceux Cuhon, fils de Culin, » dit Rhoswen, la silence la mettant mal à l'aise. « Olnith est la meilleure des femmes. »

« Pourquoi lorsque c'est vous qui dites cela elle sourit, et lorsque c'est moi elle fronce les sourcils ? » demanda Cuhon, regardant d'un air suspicieux son amour. Olnith parut mystérieusement supérieure pendant un moment, gardant ses raisons tues.

« Peut-être par'cque quand tu l'dis tu attends quelque chose, » dit un autre jeune homme de façon libertine, faisant rire le reste de la compagnie et rougir Rhoswen, gloussant nerveusement en même temps que les autres. Sa main serra celle de Boromir plus fort, et il la tint à ses côtés, essayant de lui dire qu'il était là sans parler. Le rire détendit tout le monde, et bientôt les pintes circulèrent dans leur direction, leur faisant comprendre qu'ils étaient bienvenus.

« Les festivités risquent d'être courtes cette année, » disait Cuhon, passant un bras autour de Olnith pour l'approcher de lui alors qu'elle se rasseyait. « En temps normal nous s'rions restés debout toute la nuit, peut-être à dormir sous les étoiles. Vous vous en souvenez peut-être mieux que moi, monseigneur. P'lus le temps pour cela maintenant. »

« L'ombre ? » demanda Boromir.

« De plus petites choses que cela nous importunent, » dit l'autre jeune homme, ricanant. « Le mur extérieur, il s'est délabré ces dernières années, et cela s'empire. Les loups y traînent à présent, ainsi que d'autres sortes d'immondices. L'est pas sûr d'être dehors la nuit tombée. Si l'intendant tenait 'tant sois peu à son peuple, y réparerait le mur au lieu d'envoyer ses troupes ailleurs et d'surveiller là-haut dans sa tour. » Cuhon jeta un regard accusateur au fils de celui qu'il méprisait si ouvertement, le défiant de dire autrement. Il avait bu, devina Boromir, ils avaient tous bu ! Mais aujourd'hui Boromir n'était pas d'humeur pour répondre à de petites offenses mesquines, et il acquiesça simplement en reconnaissance.

« Réparer le mur serait une sage chose à faire, à la fois pour le peuple et pour l'armée, » répondit platement Boromir. « Je verrai si je peux convaincre l'Intendant de s'en rendre compte. »

Cuhon acquiesça, toujours méfiant concernant Boromir, mais cette fois-ci il garda ses objections pour lui-même, et la discussion se tourna vers d'autres sujets. Finalement une des femmes se leva, souriant, et plaça ses mains sur ses hanches. « Je m'ennuie de rester assise. Jouons à un jeu ! »

« 'Sommes trop vieux pour les jeux, Elweth ! Assieds-toi et laisse Joren te chatouiller, si t'as envie de jouer. »

« Trop vieux pour le Batifolage ? » répliqua Elweth, son sourire laissant comprendre qu'elle connaissait déjà la réponse.

« Jamais trop vieux pour le Batifolage ! » s'exclama quelqu'un à l'autre bout du groupe, se levant pour jouer à ce que pouvait être ce jeu.

« Qu'est ce que le … Batifolage ? » demanda Rhoswen à Olneth alors que le groupe se séparait, les femmes d'un côté et les hommes de l'autre, une des filles les plus âgées dirigeant les opérations.

« C'est un jeu auquel nous jouions étant enfants, bien que les règles aient changées en vieillissant. Les hommes sont les Alouettes et nous les femmes sommes les Feuilles. Si une alouette attrape une feuille, il est autorisé à la manger ou … à … lui prendre quelque chose, » expliqua Olnith.

« Prendre quelque chose ? »

« Certaines Feuilles donnent plus que d'autres, et certaines Alouettes demandent plus à certaines feuilles, » dit Olnith, pointant du doigt une jeune fille vaguement jolie à la lourde poitrine et un sourire de connivence. Rhoswen se rappela d'elle de ce matin, il s'agissait de celle qui avait dit que Boromir était bel homme, Meleth. « Et certains risquent de demander beaucoup d'elle. Brin a ses yeux sur elle pour le mariage, après que les récoltes soient finies et le grain vendu. Tout comme Cuhon a ses yeux sur moi, » dit-elle fièrement. « Même si je ne sais pas si c'est la même chose pour Meleth. »

« Doit-on céder quelque chose que l'on ne veut pas ? »

« Ils n'exigeront rien d'bien terrible de votre part, ma dame, ils ont trop peur de ce que le Capitaine-Héritier leur ferait. Mais c'est le bon moment pour faire quelques culbutes, vu que les pères ne nous surveillent pas de trop près, » dit la paysanne, dévisageant Cuhon avec un regard réfléchi. « Ils y f'ront pas attention dans tous les cas, » dit-elle avec pragmatisme, se détournant alors que Cuhon croisait son regard. « On va s'marier après les récoltes de toute façon. »

« Les Feuilles s'en vont, le vent les emportent ! » cria quelqu'un.

« Et maintenant on court ! » cria Olnith, s'avançant dans les hautes herbes alors qu'un autre cri retentissait. « Les Alouettes sont libres de s'envoler, plus aucune cage de les retient ! »

Cela la ramena dans son enfance, à se cacher dans les herbes hautes. Olnith avait couru dans une direction, Rhoswen une autre, écartant l'herbe et s'élançant à travers, riant alors qu'elles couraient. Un homme nommé Brin la trouva le premier, son visage se décomposant légèrement lorsqu'il vit qu'il ne s'agissait pas de Meleth. Il ne prit rien, repartant bondir à travers l'herbe, mais le suivant fut un fermier que Rhoswen ne reconnut pas, même s'il aurait pu être le frère de Cuhon. Il sourit et dit d'une traite « De vous je ne demanderai qu'un baiser, ma Dame, et rien de moins. »

« Prenez votre baiser alors, » répondit Rhoswen, rendue téméraire par le rire et la bière. Ses baisers n'étaient pas comme ceux de Boromir, sa barbe rugueuse et peu soignée, et ses lèvres insistantes, comme si elles essayaient d'arracher plus qu'un baiser de sa bouche. Ses mains étaient trop lourdes, et Rhoswen fut soulagée de le voir partir, lorsqu'il disparut à nouveau dans les herbes, un sourire narquois sur le visage. Elle courut dans les hautes herbes en regardant régulièrement par-dessus son épaule, et finit par percuter un mur de chair. Elle serait tombée au sol si la montagne humaine ne l'avait rattrapée, la tenant jusqu'à ce qu'elle retrouve l'équilibre. Il s'agissait de Boromir.

« Si je vous attrape, puis-je vous garder ? » demanda-t-il, et Rhoswen rit.

« Je ne sais pas, monseigneur, » admit Rhoswen, soudainement tout à fait conscience de la proximité de son corps. Ses mains étaient chaudes et son visage rougit par l'effort et le rire.

« Cette Meleth est désespérée qu'on la trouve. Elle piétine tout sur son passage comme un sanglier sauvage. »

« Et lui avez-vous pris quelque chose ? » demanda Rhoswen, rougissant de jalousie pendant un moment, pensant à la généreuse Meleth se trouvant dans ce champ avec son promis, son Boromir.

« Un baiser. Dans l'esprit du jeu et sur la joue. Elle semblait assez déçue. »

« Et que voulez-vous de moi, monseigneur ? »

« Je veux m'asseoir et arrêter de courir partout comme une oie pour embrasser d'autres filles et plutôt vous embrasser vous, Rose Blanche. » Son baiser chassa au loin le souvenir de celui du fermier, et son cœur s'emballa, Il m'aime ! Il m'aime ! C'était un long et doux baiser. Sa peau brûlée criait de douleur sous son toucher, mais elle n'en avait cure – la douleur partirait bien assez tôt lorsque ce serait fini. Le baiser s'approfondit, et les mains de Boromir se serrèrent autour de sa taille. Une petite balise de détresse s'alluma dans son esprit alors qu'elle sentait ses mains s'égarer si près de ses jambes et de ses jupes, et de ses endroits de femme. Fais attention à ce qu'il n'aille pas trop loin ! Mais sa prise se relâcha, et il recula sa tête. « Mmmm … j'ai pris trop de vin, » dit-il, souriant, les yeux mi-ouverts. « Vos baisers me rendent somnolent, Rose Blanche. »

« Pourquoi m'appelez-vous ainsi ? Vous et votre père m'appelez tous les deux Rose Blanche. Je n'avais pas un tel surnom en Anfalas. »

« Rose Blanche ? Je ne sais pas. Cela vous va bien. »

« Pas aujourd'hui du moins, » dit-elle d'un ton chagriné. « Aujourd'hui je suis une Rose avec des coups de soleil. » Elle toucha avec précaution la peau de ses joues, d'un ton rouge rosé au soleil et chaud au toucher.

« Mais ma rose tout de même. Plus belle que toutes ces feuilles flirtant dans tous les sens. » dit Boromir, s'accroupissant encore plus bas dans l'herbe alors qu'une Feuille courait par là, criant de façon à ce que tous puissent l'entendre « Je suis une feuille, belle et libre ! »

Rhoswen gloussa. « Meleth ? » demanda-t-elle à voix basse. Boromir acquiesça silencieusement, écoutant Meleth s'en aller. « J'ai oublié de demander à Olnith comment se termine le jeu, » dit Rhoswen d'un air contrit, attendant que les sons s'étouffent dans l'herbe.

« Probablement quand toutes les feuilles ont été trouvées par les alouettes qui voulaient les trouver, » répondit Boromir, s'allongeant sur le sol pour l'observer. « Comment cela se fait-il que cela soit si facile pour vous ? » demanda-t-il, se redressant en s'appuyant sur un coude pour entendre sa réponse, faisant tourner un brin d'herbe entre ses doigts alors qu'il attendait.

« Qu'est-ce qui est si facile ? » demanda Rhoswen, se tournant vers lui.

« Tout cela, » répondit Boromir en désignant les champs tout autour et le rires qui leur parvenaient. « D'être … l'une d'entre eux. Avec Olnith et Cuhon vous êtes si … libre et naturelle, alors que j'ai bien du mal à parler. »

« J'ai été élevée dans un lieu plus petit, » répondit Rhoswen. « Je n'ai pas été élevée en pensant que j'étais au-dessus de certains travaux, ni assez fière pour refuser de les effectuer. Vous dites ne pas être courtisan, et cela est vrai la plupart du temps- » Boromir lui donna une tape joueuse sur le bras pour ces paroles, et Rhoswen l'attrapa au vol, avant de lui renvoyer le geste. « Mais vous avez toujours été élevé par un homme qui sait où est sa place, et que celle-ci est bien au-dessus que tout autre homme. Quand ma mère mourut, on me confia à une nourrice qui pensait que je devais jouer avec plus d'enfants de mon âge, jusqu'à mes onze ans où l'on me récupéra pour m'instruire un peu plus de mes devoirs de dame. J'ai du mal avec vos dames de noble naissance, mais je suis chez moi au milieu des fermiers. Ils ne jouent à aucun jeu de mots, n'ont aucun … programme. Je les connais. Leur travail est honnête. »

« Vous jouez à assez de jeux de votre côté. Et je ne pense pas que vous ayez pu être malhonnête dans quoi que ce soit que vous ayez accompli. »

« Je mens à votre père, » répondit Rhoswen. « Il père ne voit que la jeune femme qui portera l'enfant de son fils. Il ne voit pas la simple d'esprit cachée derrière. »

Tu vois, elle aussi a deviné les raisons de père. « Dites à nouveau que vous êtes simple d'esprit et je devrai vous embrasser pour vous arrêter, » menaça Boromir, prêt à mettre à exécution sa menace sous n'importe quel prétexte.

« Simple dans d'autres sens, je veux dire. Ne serais-je pas simple si la seule chose que je souhaitais faire lors de votre retour de Osgiliath serait de vous entraîner dans les cuisines et vous donner à manger pendant que vous parlez de ce qu'il s'est passé depuis notre dernière conversation ? »

Boromir haussa les épaules, admettant qu'une partie de son raisonnement était vrai. « Que me donneriez-vous à manger ? » demanda-t-il, à la fois réellement intéressé et essayant de faire la conversation.

« Du pain blanc avec de la poitrine de poulet et des carottes au miel. Une soupe à la citronnelle et des tartes de bœuf haché et un pudding de pommes cuites. »

« Et c'est tout ? » demanda Boromir avec un dégoût feint. « Je ne pense pas que je pourrais vous aimer s'il s'agissait d'un repas entier. »

« Les hommes ! » s'écria Rhoswen, levant les yeux au ciel, feignant sa propre moue de mécontentement. « Pensez-vous tout le temps avec votre estomac ? »

De temps en temps nous pensons avec d'autres parties en-dessous de nos estomacs, pensa Boromir, son sang s'excitant alors que ses oreilles saisissaient à travers l'herbe d'autre sons que celui des criquets et du vent. Un peu plus loin quelqu'un gloussait et se retenait pour ne pas être entendu. Il y avait un étrange bourdonnement dans sa tête, comme si quelqu'un murmurait à son oreille, très, très doucement. Et il faisait également de plus en plus sombre - était-ce un nuage qui occultait le soleil ? Il leva les yeux. Ces nuages étaient un peu plus loin. Il s'entendit parler, mais réalisa qu'il ne pouvait choisir ses paroles.

« Les champs sont grands. Je ne pense pas que quelqu'un nous entendrait. »

« Monseigneur ? »

« Et un bébé engendré maintenant ne naîtrait que en … Lothron, peut-être, ou au maximum d'ici la mi-année. Cela serait durant l'année de fiançailles, et certains considèrent cela légitime. » Avait-il réellement pensé cela ? Oui, lorsque Meleth avait pressé son corps contre le sien, remontant ses jupes au-dessus de ses cuisses, il y avait pensé. Et il avait été grandement tenté.

« Vous ne savez pas de ce dont vous parlez … » prévint Rhoswen, s'éloignant de lui, sa jupe s'accrochant dans un enchevêtrement d'herbe, dévoilant ses mollets et ses magnifiques petites chevilles. Une image emplit soudainement son esprit, de corps ondulants et de peaux moites de sueur. Laisse-donc faire, laisse-toi consumer … c'est une femme, et tu es un homme, et tu as des besoins …

« Ils laisseraient passer, pour nous ! Je sais que vous avez une part de méchanceté en vous, de témérité. Pourquoi ne pas tout laisser sortir, maintenant ? Je sais que vous l'avez désiré, » dit Boromir, son cœur battant de plus en plus vite, le désir grandissant dans sa poitrine, le besoin de la conquérir et de la soumettre. Soudainement tout semblait si clair, si simple. La voix dans sa tête le pressait de continuer, sans merci, les mots aussi clairs que le jour. Allons, c'est ton devoir ! Ils ne le sauront jamais. Elle n'a jamais connu ça, elle pourrait peut-être apprécier … Te souviens-tu de ce matin, lorsqu'elle a pressé son corps contre le tien ?

En l'espace de quelques secondes il l'avait saisie, l'embrassant passionnément, presque cruellement. Il pouvait l'entendre à présent, tout entendre, les soupirs et les exclamations, et cela l'emplissait. Par tous les droits, elle aurait déjà du être sienne !

Elle dégagea son visage et il ne pu déchiffrer son expression. N'avait-elle pas apprécié ? Mais lorsqu'il s'avança pour l'embrasser à nouveau, il ne fut pas accueilli par de la chaleur et des lèvres lui rendant son baiser, mais par une paume forte et résolue sur sa joue.

« N'étais-ce pas un bon baiser, ma dame ? Laissez-moi ré-essayer. Allons, nous sommes seuls, sans personne pour nous faire de reproches. Faisons ce que les politiques avaient prévu. » Sa voix devenait froide, autoritaire.

« Je n'en ferai rien, et ne vous laisserez pas ce droit, » déclara Rhoswen, s'éloignant de lui dans l'herbe, se débattant pour se remettre sur ses pieds.

« Pourquoi reculez-vous ? Je ne suis pas un voleur ! »

« Vous n'êtes pas vous-même ! »

« Comment pourriez-vous savoir ce que je suis ? » demanda vicieusement Boromir, et son visage rencontra à nouveau la main de Rhoswen, secouant son esprit à travers une vaste éclipse de ténèbres. Lorsqu'il ouvrit les yeux et la regarda à nouveau, le voile de sombre brouillard avait quitté ses yeux, et il pu voir qu'il l'avait blessée, gravement blessée.

« Je vous sais meilleur que les mots que vous venez de prononcer, » cracha Rhoswen. « Je sais que vous avez de l'honneur, et que vous ne prendrez pas aussi facilement le mien. J'ai dit aujourd'hui être une paysanne, mais pas une putain. »

Le mot honni ''putain'' toucha Boromir comme si elle l'avait à nouveau frappé, et ne fit que rendre sa vue encore plus claire. L'ombre ayant pris possession de lui s'était éloignée, et rapidement. Sa vue était normale, le ciel clair à nouveau. Il se sentit soudainement sale, comme si un montre hideux s'était échappé des profondeurs de son être. « Rhoswen ... » supplia-t-il. Comment lui faire comprendre ? Il n'avait pas été lui même, quelqu'un d'autre s'était emparé de lui !

« Laissez-moi seule ! » cria-t-elle, tombant et trébuchant dans le champ, ne prêtant pas attention à l'herbe qui se refermait autour d'elle dans son sillage, empêchant de déterminer par où elle était partie.

« Rhoswen ! » appela à nouveau Boromir. « Rhoswen ! » Il trébucha aveuglément dans les céréales, étreignant l'herbe, comme s'il pouvait la retrouver de cette façon. « Rhosw- » Ses yeux avaient parcouru l'herbe devant lui, mais pas le sol qu'il foulait, et ses bottes, se coinçant dans un nœud d'herbe, le firent trébucher, l'envoyant la tête la première contre le sol, sa tête cognant la terre et un voile noir venant couvrir ses yeux.

Lorsqu'il se réveilla, le temps semblait avoir considérablement passé. Le soleil était descendu encore plus bas dans le ciel de l'après-midi, et le vent, du moins le peu qu'il y en avait, faisait toujours se mouvoir paresseusement le blé d'avant en arrière, dans une vague dorée. Il n'y avait plus aucun signe de Rhoswen, et Boromir maudit le démon silencieux qui l'avait fait se conduire ainsi. Quel droit avait-il de lui demander cela ? Et maintenant elle était partie, s'échappant de lui comme une biche apeurée, trahie par la seule personne en laquelle elle pensait pouvoir avoir confiance.

« Fou ! » souffla Boromir à lui-même. « Elle ne répondra plus à mon appel à présent. » La scène changea de couleurs l'espace d'un instant, l'herbe dorée prenant un ton jaune moins brillant, et le Capitaine leva les yeux vers le ciel pour voir un nuage s'avancer, suivi par une horde, chacun semblant plus inquiétant que l'autre. Un roulement de tonnerre crépita dans le ciel, et un peu plus loin il pensa entendre la pluie tomber plus fort. L'orage approchait. Et lorsqu'il sera là elle se retrouvera seule au milieu de nulle part, sans cape ou capuchon, pensa sombrement Boromir. Elle n'est pas retournée au village. Il marcha en silence vers les derniers fêtards, retrouvant son frère dans la meilleure des humeurs, occupé à échanger des vers avec un des fermiers du village. Entraînant Faramir à l'écart, les nouvelles de Boromir rendirent rapidement grave son plus jeune frère.

« Nous devrions dépêcher des cavaliers. On ne peut la laisser dehors sous l'orage. Et elle est seulement une femme, elle n'a pu aller bien loin ! » Faramir était hâtif et prenait rapidement des décisions, mais lorsque son frère resta sur place, un air de culpabilité sur le visage, Faramir sut qu'il y avait plus que cela dans l'histoire. « Mon frère, pourquoi s'est-elle enfuie ? » demanda-t-il doucement.

« Je lui ai demandé quelque chose de déshonorant, Fara. J'ai demandé quelque chose qu'elle n'aurait pas du me céder, » dit misérablement Boromir. « Je ne sais pourquoi j'ai fait cela, seulement que c'est le cas, et maintenant … elle est partie ! »

« La seule chose qui importe pour l'instant est de la trouver, » conseilla Faramir. « Chevauche avec nous, et il n'y aura pas besoin de dire pourquoi elle est partie. »

Boromir acquiesça, suivant le sillage de son frère tandis que celui-ci donnait des ordres et indiquait les directions dans lesquelles chercher, causant brutalement l'arrêt de la fête alors que les fermiers prenaient leurs chevaux pour parcourir les champs les plus éloignés, et que les femmes couvraient les endroits où les montures ne pouvaient aller.

Il semblait qu'ils cherchaient depuis peu de temps lorsque la pluie commença à tomber, d'abord en fine bruine bienvenue, puis ensuite à verse, le ciel devenant si sombre et gris qu'il était difficile de voir, et le sol glissant à cause de la boue et de l'herbe piétinée. Partout à travers les champs les gens criaient son nom, et la douleur dans le cœur de Boromir n'en devenait que plus acérée. Où pouvait-elle être allée ?

Il était aux bords des champs à présent, où un sentier pour les cavaliers courait le long du Rammas Echor. Le mur s'effondrait à cet endroit, une des plus vieilles parties laissée aux loups comme l'avait mentionné Cuhon. Des loups, se souvint Boromir, son cœur s'enfonçant encore plus profondément.

« Monseigneur ! » cria quelqu'un un peu plus loin sur le sentier. « Monseigneur, nous l'avons trouvée !

Boromir poussa son cheval en direction du cri, suivant le sentier le long du Rammas Echor jusqu'à une autre partie effondrée. Boromir parcourut la pierre grise du regard à travers l'averse, jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait : une forme humaine revêtue d'un brun fauve, recroquevillée le long du mur de pierre, trempée par la pluie qui tombait. Boromir mit immédiatement pied à terre et accourut vers elle, la vague de joie l'ayant envahi pour l'avoir retrouvée chassant la mélancolie et la fatigue qu'avait apporté la pluie.

Rhoswen laissa échapper un gémissement de douleur lorsqu'il la souleva, la cheville gonflée et la peau pulsant à cet endroit. Mais ses yeux restèrent fermés. « Faites attention, monseigneur, » dit quelqu'un. « Elle s'est probablement tordue la cheville. »

Mais Boromir était au-dessus de tout avis ou conseil, la seule chose qui l'importait était la jeune femme bercée en travers de sa selle comme une poupée molle, ne répondant pas lorsqu'on l'appelait. Il laissa son cheval galoper tout le long du retour jusqu'à Minas Tirith, parcourant les rues vidées par la pluie. Des cris retentirent alors que son cheval entrait avec fracas dans le sixième niveau, les flancs trempés par la sueur et la pluie, cavalier et cheval respirant difficilement.

« Appelez l'Intendant, faites venir un guérisseur ! »

« Êtes-vous blessé monseigneur ? » demanda quelqu'un alors qu'il confiait Rhoswen et glissait lui-même de son cheval, atterrissant un peu maladroitement.

« Examinez-là d'abord, » grinça Boromir en désignant Rhoswen, qui était promptement menée à l'intérieur. « Je n'ai pas besoin de sangsues pour l'instant. » Il se précipita à l'intérieur de la Maison du Roi, grimpant les escaliers jusqu'à sa chambre et son lit. Il ne se sentait pas bien, son estomac se retournant. Et sa tête ! Sa tête raisonnait comme un tambour de guerre ! Il réussit juste à retirer sa tunique trempée et ses bottes avant de s'écrouler sur son lit, épuisé.

(1) je n'ai jamais eu autant de difficultés à traduire un poème, il est vraiment très très dur à comprendre, mais même si c'est pas très esthétique en français, je tenais à vous le laisser ^^


Et voilà chapitre terminé !

Alors, vous a-t-il plu autant qu'à moi la première fois que je l'ai lu ? C'est vraiment un de mes chapitres préférés, et qui est important pour la suite ^^

Un grand merci à La Plume d'Elena, Symbelmyn, ma Toutouille, Neiflheim et TS pour leurs reviews au dernier chapitre, c'est vraiment super agréable d'avoir un tel retour !

Normalement le chapitre suivant sera dimanche prochain, mais ayant mes résultats de concours pendant la semaine, en fonction de ces derniers je ne sais pas si j'aurai le temps de traduire, on verra ^^

Bonne fin de week-end, bises !

Mimi :)