Lana et moi avions attiré tous les regards, depuis le groupe juste devant nous jusqu'à ceux qui étaient déjà arrivés devant le restaurant, tellement nos rires étaient complètement fous et absolument incalmables. Pour faire court : on n'entendait que nous dans toute la rue. J'en pleurais, et plus je riais, plus elle en rajoutait, imaginant pour moi et Charmant, que j'avais hypothétiquement embrassé, une vie indigne des contes de fées avec une Snow hyper jalouse qui ferait tout pour nous pourrir la vie, transformée en super villain à la Regina, et plus son conte déviait, plus on riait, plus elle était finalement en train de me raconter une version ultra moderne de Shrek croisé avec un mauvais porno. C'était gonflé, hystérique, n'avait ni queue ni tête, mais bon dieu, cela faisait un bien fou. Et devant nous, Hook n'arrêtait pas de se retourner, probablement sérieusement inquiété par notre hilarité, persuadé qu'on ne pouvait parler, forcément, QUE de lui. Parfois, tout en riant, je soutenais son regard, sachant pertinemment que ne faisais que le faire encore macérer. Cela n'avait pas échappé à Lana, qui, approchant le petit restaurant, s'est un peu calmée.
-Bon, plus sérieusement...Toi et le pirate ?
-Qui a dit que c'était le pirate...
-OOoooh. Ohh. Tu avoues au moins, fille de joie, qu'il y a anguille sous roche avec l'un d'eux !
-Fille de joie ?
Nouveau fou rire, sous les regards décontenancés des autres, maintenant tous groupés devant le restaurant. Lana a remis son berêt en place sur sa tête, il glissait à force de subir ses rires, et elle m'a jeté un regard de biais.
-Et le bisou sur le front à Ikea, c'était quoi ?
Je me suis arrêtée net.
-Tu as vu ?
-Je vois tout. Tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisser seule avec lui sans surveillance ?
Et vlan, le rose me montait de nouveau aux joues.
-Il a été gentil, voilà tout...
-Oui, bien sûr. Il a été gentil...
Je piquais du nez, sans trop savoir quoi dire. Et à vrai dire, je ne savais pas précisément quoi ressentir non plus.
Oh oui. Ce baiser était parfait. Ce qui était, finalement, peu dire. J'avais du mal à rester concentrée tant j'étais troublée, et une nuée de papillons avait élu domicile dans mon abdomen, ce qui était le signe definitif de quelque chose d'anormal, et surtout, d'impossible. Pour tellement de raisons...La première, relativement évidente, était Emma. Pas le genre de nana avec laquelle j'avais envie d'entrer en concurrence. Et même si elle n'était pas présente, physiquement, avec nous, elle était omni-présente, son essence était dans les airs autour de nous. Et quand bien même il aurait rangé Emma dans un coin de son esprit, nous n'étions pas du même monde, ni de la même dimension, et surtout, nous avions des milliers de pages de dizaines de contes de fées entre nous.
Et puis...Et puis, si...Allez tenter quelque chose tout en sachant que, dérrière, tous mes efforts se concentrent dans l'objectif global : les renvoyer à Storybrooke. Sans moi. Mon esprit refusait tout net de céder à quelque chose qui était destiné à s'éteindre si prématurément.
Et pourtant...La partie raisonnée de mon être hurlait à corps et à cri que c'était une bêtise sans nom. Mais l'autre, elle était plus silencieuse, mais elle me poussait petit à petit vers une decision passionnée. Et je n'étais pas quelqu'un d'impulsif. Oh non, loin de cela.
Pour être parfaitement honnête, si j'avais du vendre la terre entière et tous ses habitants pour un autre baiser, rien qu'un, je signais sur le champ.
Lana a fait entrer tout le monde dans l'arrière salle par un petit chemin jouxtant le restaurant. Disons que sur les 5 millions de gens qui avaient vu la série sur M6, je ne savais pas qui pourrait réagir positivement, et qui pourrait perdre le nord ou être dangereux.
Oui, on aurait tout à fait pu nous accuser de chercher à les garder pour nous, d'une façon ou d'une autre. Mais dans le cas contraire, c'aurait été bien pire. Ils seraient devenus animaux de foire, tout juste bons à être exposés, et qui sait ce qui leur serait arrivé si les autorités avaient appris que des personnages, maîtrisant la magie, venus d'un autre monde, était arrivés par chez nous, en un clin d'oeil ? Leur sort n'aurait pas été beaucoup plus à envier que celui d'un hypothétique alien de Roswell dans la zone 51. Ils n'auraient pas facilité leur retour, c'était évident. Alors, plutôt que de risquer leur sécurité, je préférais, et Lana partageait bien mon avis, éviter que trop de gens ne se rendent compte de leur venue. Et Marco, je pouvais avoir confiance aveuglément en lui.
L'arrière salle n'était pas immense, mais elle était chaleureuse. Les murs étaient tapissés d'un papier peint couvert de petits motifs italiens, depuis le colisée ou la tour de pise jusqu'à la pizza ou les pâtes, en passant par la vespa, le pont des soupirs, celui du Rialto, les oliviers, et tant d'autres imprimés régulièrement sur un fond jaune orangé. Le sol était couvert d'une moquette lourde et pourpre, et au fond de la salle, Marco avait mis une grosse bûche a brûler dans la cheminée. Tout un pan de la salle était en baie vitrée qui donnait sur la terrasse extérieure, mon endroit préféré où passer une soirée durant l'été. Il avait fait lui-même sa terrasse en bois sombre, et avait installé en contrebas quelques chaises longues et deux parasols carrés, juste au bord du petit ruisseau qui coulait. Son jardin était fou, touffu, il avait mélangé les genres, mais je pouvais passer des heures à lézarder avec Lana, sachant qu'il nous portait toujours une attention particulière. Ce soir, on ne voyait pas le jardin à cause de l'obscurité, mais j'avais l'impression de partager avec tout le monde quelque chose d'intime, de précieux, et ils ne s'en rendaient peut être pas compte, mais ça avait, au moins pour moi et Lana, une importance conséquente. Si ils venaient a rompre le sort et rentrer demain, je savais que j'aurais au moins ce soir comme souvenir à chérir.
Au milieu de la pièce trônait une table imposante, carrée, où nous pourrions tous nous assoir ensemble-chose qui manquait terriblement à la maison, clairement-alors que j'entendais Marco et son accent chantant dans la salle principale. Je me suis assise à côté de Lana, et, à sa gauche, Graham, et à ma droite, Hook. Au moins ces deux là ne pourraient pas s'envoyer des trucs à la tronche ou terminer en pugilat. Pile au moment où j'allais faire part de cette conclusion à Lana, Hook a attrappé un des pots plein de gressins que Marco avait posé à notre attention, a tiré le plus grand batonnet et s'en est servi pour attaquer Graham dérrière moi et Lana.
-Can't help, hu ?
Lana a récupéré le gressin et a retourné l'arme contre lui, utilisant le bâton pour taper sur la tempe du pirate, le faisant râler, me faisant rire, et Graham de son côté avait cette expression malicieuse du "bien fait pour ta gueule, tu n'avais qu'à pas commencer". La soirée s'annonçait bien.
Les deux couples se sont assis en face de nous, et, sur le côté gauche, Leroy s'est assis à côté de Archie, et à droite, Granny, Ruby et Tinker Bell. Tout le monde semblait apprécier l'endroit, et la façon dont la table était dressée, familiale, sur une nappe d'un vert brillant. Marco avait disposé ici et là les pots de gressins et des petites coupelles d'olives vertes et noires, et avait laissé au milieu de la table un panier de pain grillé à l'ail et à la tomate, et une bouteille massive d'huile d'olive aromatisée, qui servait de centre de table. L'hospitalité de Marco n'était pas une légende, mais là, il s'était donné un mal fou. J'esperais juste que personne n'allait avoir la bonne idée d'utiliser les olives ou les tartines comme projectiles...Et gardais un oeil sur Hook, qui semblait d'une humeur joyeuse-ou alcoolisée-et evidemment dirigée vers Graham. Si j'avais su que ces deux là passeraient leur temps à se chamailler comme de jeunes chiots, j'aurai probablement mis plus de distance entre eux deux, et surtout, je ne nous aurais pas mis, nous, au milieu. Marco n'était même pas encore venu nous saluer que Lana retirait déjà un gros morceau d'olive de ses cheveux.
-Hoooooooooooooooooooooook for fuck's sake !
Elle avait l'air en furie, et il m'a regardée en tentant d'obtenir comme monnaie retour de ce baiser un semblant d'aide. Je lui faisais un "non" convaincu de la tête.
-You threw the olive, you missed your aim terribly, you pay the price. I'll arrange your funerals.
Il a grimacé un "very funny, love" et j'ai haussé les épaules.
Lana a fait rouler l'olive entre ses doigts et le lui a jeté en pleine tronche, le petit aromate lui atterissant dans l'oeil. En face, Rumpelstiltskin avait un sourire convenu.
-Had I thought that you'd be defeated by an olive, I wouldn't have spent that much time worrying about you.
-Shut up, crocodile.
Lana avait rapproché entre elle et Graham les olives, et d'un regard convenu, deux nouveaux projectiles partaient en direction de ma droite, dont une qui acheva sa course dans sa chemise très ouverte.
Fou rire à table.
Marco a débarqué, et avec son accent fort prononcé, menaçait d'office Hook de le "noyer dans le ruscello" si il continuait a incruster sa moquette d'olives. Graham et Lana sont repartis de plus belle à rire, Hook a râlé que ce n'était pas de sa faute, Marco m'a demandé quelle langue ils parlaient, Belle a essayé d'éloigner les olives des deux vrais perturbateurs sans succès, nouvelle salve d'olives, Marco a protesté mollement en riant, Rumpelstiltskin a rapproché de Graham et Lana l'autre pot d'olives, Granny s'est demandé quelle mouche nous avait tous piqué, Hook a commencé à se défendre en se servant de son assiette comme d'un bouclier, Marco la lui a repris des mains, Ruby lui a glissé la sienne, Marco a ramassé toutes les assiettes, j'ai essayé de stopper les olives en plein vol en vain, Leroy et Archie ont commencé à compter tout haut les points, les Charmant riaient en constatant qu'avoir une famille nombreuse devait ressembler à ça tous les jours, Hook a fini par se lever probablement pour aller taper Graham de plus près, et Marco a fini par calmer tout le monde en posant sur la table une bouteille de Campari, une de Prosecco, et une bouteille de Martini.
-Basta con la bataille. Now...Drinksse ! It's on ze housse !
Moins de dix minutes après, tout le monde-même moi, oh, après moi la fin du monde-avait été servi en cocktail "negroni sbagliato" et avant de boire, Gold s'est levé et a trinqué à ma santé et à celle de Lana.
-To our generous and lovely hostesses. You are being of a fabulous help, and whatever happens, you'll be in our hearts forever.
Dans un brouhaha général et joyeux, tout le monde a trinqué, et pour la première fois de ma vie, j'ai senti que je comptais. Que j'avais une importance, que des gens comptaient sur moi. J'aurai aimé plus que tout immortaliser cet instant sur péllicule, mais je préférais regarder lentement tout le monde, chaque visage, chaque sourire, sans savoir ni pour combien de temps je les avais avec moi, ni comment tout cela allait se terminer. J'essayais de tout mon coeur de profiter de cet instant précis, dans toute sa fragilité, son absence de promesse, chose que jamais je n'avais su faire. Oh, j'étais heureuse. Mon coeur était gonflé de cette chance unique.
Sans même que je n'ai eu à y penser, ou à réfléchir, j'ai fait un clin d'oeil discret à Hook, auquel il n'a répondu qu'en souriant. Son verre était déjà vide, et Marco, bien décidé à laisser la partie normale de son restaurant à tourner toute seule, l'a rempli à nouveau sans lui laisser le temps d'avoir soif. Et bien sûr, Hook ne s'est pas fait prier pour abuser de la gentilesse de Marco, qui, de son côté, était trop heureux de pouvoir prendre soin de nous pour se rendre compte qu'avant que Hook n'ai étanché sa soif, il aurait vidé la cave de Marco.
Sauf que ce que je n'avais pas forcément remarqué, puisque j'étais quand même complètement obnubilée par Hook, c'est que si les filles-sauf Granny, qui avait une sacrée descente-sirotaient leur cocktail à toute petite dose, les garçons-ouais, ouais, TOUS les garçons, y compris Charmant et Archie-avaient tendance à ne pas se rendre compte que malgré sa généreuse brioche et sa moustache brossée, Marco incarnait la discrétion en remplissant leurs verres au fur et à mesure, et quand, avant même que l'entrée de notre menu spécialement concocté par Marco-tomates mozzarella, un grand classique-ne soit servie, l'italien est venu s'étonner que trois bouteilles de chaque alcool avait déjà été vidés, j'ai compris que nous allions avoir un problème certain.
Ca n'a pas loupé.
L'entrée s'est passée sans trop de problèmes, tout le monde était affamé, et les assiettes de Marco étaient plus que généreuses. Son huile d'olive était parfumée au basilic, et le trait de vinaigre balsamique de la production de son père qui vivait à Modène donnait au plat un goût de paradis. Certains d'entre eux n'avaient jamais goûté la vraie mozzarella des bufflons, et les premières expressions de surprise ont vite cédé à une pluie de compliments en plus ou moins deux langues pour Marco.
Regarder Gold, Charmant, Leroy et Archie s'essayer à l'italien était franchement drôle, et Marco a fini par lâcher l'affaire devant leur "delicioso" qui ressemblait à tout sauf à de l'Italien. Tinker Bell et Ruby s'y sont elle aussi frottées, avec plus de succès. Marco avait apprécié.
-You zee, my friendze, Girlze are ooooolways baitter at languazes.
De notre côté, Lana avait tapé sur l'épaule de Hook par dérrière moi, décidée à lui faire dire trois mots en français.
-Hey, Hook, wanna try some basic french ?
Cet idiot n'avait pas vu venir la blague, probablement déjà trop imbibé d'alcools italiens pour saisir la notion d'ironie ou de sarcasme. Le reste de la table avait bien compris que Lana allait se payer une tranche de pirate, et même si j'avais un peu pitié pour lui, il appelait les blagues à ses dépens. Il a regardé Lana avec des yeux petillants.
-Sure love, bring it on.
Pourvu qu'il n'engage pas la conversation sur notre baiser...Je n'avais pas vraiment envie de debattre de mon troupeau de papillons en public. Lana a tiré sa chaise, Hook a fait de même en manquant de se manger un coin de table dans le front, et, alors qu'ils étaient face à face, en attendant le plat-lasagnes pour tout le monde, Granny était partie en cuisine voler les secrets d'un vrai italien pour sa recette-tout le monde s'est levé et s'est mis plus au moins autour d'eux, éveillant tout de même les soupçons de Hook.
-Y'all never saw a pirate speaking french or what ?
Lana avait un sourire canaille, de coin, soutenue par Graham qui avait carrément ses mains sur ses épaules. Ah ouais, et c'est moi la fille de joie ?
-Okay, repeat after me. Je...
-Jé...
-No. Je. Jeeeee.
-Jééééééé.
-Je. Jeeeeeee. Je.
-Jéééeuh.
-Almost there. Je.
-Je.
-Yeah ! That's it. Je suis...
-Jé souis.
-No. Je suis.
-J'essouie.
-Come on, pay attention. Je suis. Jeeeee suis.
-Jeeeeee suisse.
-Je suis.
-Je suis.
Applaudissements dans le public. Je ne crois pas qu'ils aient jamais eu l'occasion de rendre à Hook la monnaie de sa langue de vipère, et ils n'allaient pas laisser passer leur chance. Rumpelstiltskin rayonnait littérallement, pendant que Hook saluait son audience, cabot qu'il était.
-Okay. Je suis un...
-Je suis une...
-Un. Je suis un.
-Je suis un.
-Imbécile.
-That means pirate, right ?
Lana gardait son sang-froid et ne riait pas, alors que Belle, dont l'éducation par les livres lui avait probablement enseigné un peu de français, suffisament pour qu'elle comprenne où Lana en venait, faisait passer en téléphone arabe la signification de ce qu'elle allait lui faire dire. Snow a rigolé dans ses mains, Charmant a eu l'air vaguement choqué avant de rire, et Leroy a chuchoté "yeah, that's right".
-Yes, it means pirate. Je suis un imbécile.
-Je suis un immebéssile.
-Almost. Je suis un imbécile.
-Je suis un...Imbécile !
Et il triomphait, ce con. Il était particulièrement fier de lui et de ses progrès dans la langue de molière. Rumperstiltskin a eu un mouvement de tête vers lui.
-That's right. You are an...Imbécile.
Tout le monde riait, Hook y compris, et Marco est arrivé avec le plus gros plat de Lasagnes que je n'avais jamais vu, et est reparti en cuisine pour revenir avec un saladier géant de salade mélangée et de tomates cerises. En se rasseyant, alors que Marco commençait à servir, Graham a chuchoté quelque chose dans l'oreille de Lana, qui s'est mise à rire, et lui a chuchoter elle aussi quelque chose, et il a ri à son tour. J'ai envoyé un coup dans les côtes de ma meilleure amie.
-Quoi ?
-Fille de joie, hmm ?
-Jalouse.
J'imitais son timbre de voix du mieux que je le pouvais.
-"Oh là là, mais c'est pas grave qu'il soit mort, après tout, ce n'était que le toutou de Regina, il était mou du genou" hein ?
Elle m'a tiré la langue.
-Oh ça va. J'ai appris à le connaître, voilà tout.
-Oui je vois ça...
-Laisse moi donc fricoter avec le sheriff, et occupe-toi plutôt des bisous de l'imbécile.
-Tu avoues !
-Je n'avoue rien du tout, puisqu'il n'y a rien à avouer !
-Menteuse.
-Dragueuse de pirates.
-Tombeuse de cadavres.
-Hé, on ne touche pas aux morts.
Elle s'était cependant rassombrie, et je m'en voulais de lui avoir rappelé le statut de Graham. Peut être que quelque chose serait jouable...Peut être qu'en avançant, on arriverait à un compromis, ou une solution. Beaucoup de peut être, et si peu de certitudes.
A contrecoeur, Granny a du se rendre à l'évidence : les lasagnes de Marco étaient un chef d'oeuvre, et elle s'est resservie trois fois. Pareil pour le Tiramisu. Quitte à être chez un italien, autant le faire avec passion.
Le repas terminé, personne n'avait vraiment envie de rentrer déjà, tout le monde avait fort apprécié Marco, et, une fois le restaurant vidé de ses convives habituels, nous avons rejoint l'autre partie, et surtout, le très grand salon entouré de canapés de vieux cuir noir qui faisait face à un système de karaoké qui servait, deux fois par mois, à organiser la soirée chanson & pizza qui avait pas mal de succès, au point que Marco ne soit obligé de prendre des reservations, une semaine à l'avance.
Je voyais où tout cela allait mener, et je commençais à me dire que la soirée ne faisait que commencer.
Toutes les filles ont pris un cappucino, mais les garçons, au moment où ils allaient demander un espresso, se sont vus refuser le café quand Marco a sorti autant de verres miniatures qu'il y avait de poivrots-Charmant faisant toujours partie de la course-et une bouteille d'une longueur inhabituelle de Limoncello, la célèbre liqueur de citron Napolitaine.
Marco a servi un shot jaune fluo a Charmant, Gold, Leroy et Archie, puis à Tic et Tac qui n'étaient séparés que par un coin de canapé que j'occupais. Si sobres, ils s'envoyaient de la bouffe à la tronche, bourrés, cela pouvait vite virer à la guerre civile.
-We drink at threeeeeeeeeee mah friendze...Uno...Two...Tréééééééé.
Premier shot de limoncello. Minuit moins le quart. Charmant a trouvé le liquide "so good I want to bring one home", Gold a décidé que c'était "better than magic", Leroy a conclut "must be made by fairies", Archie a pouffé "taste like heaveeeeen", et Graham a presque hurlé "worth being back from the dead". Hook, seul, persistait dans un "rhum is still better, mate" qui a forcé Marco à lui doubler sa seconde dose.
Lana et moi, encore à peu près sobres, regardions les shots couleur stabilo descendre, et la bouteille de Marco se vider sans trop savoir comment celà allait se terminer, mais quand Marco a allumé sa télé et son lecteur karaoké, Lana et moi savions que la nuit allait être longue.
Premiers à se prendre au jeu, Leroy, Ruby et Tinker Bell qui ont repris-pardon, massacré- "we are the champion". Marco n'était pas fou, les faire chanter sur de l'italien revenait probablement à nous assurer une semaine de pluie, et déjà que sur Queen, les résultats n'étaient pas brillants, mieux valait ne pas tenter le diable.
Marco a ensuite sorti son chapeau, et a mis dedans tous les noms de ceux qui voulaient se prendre au jeu. Soit...Tous les onze.
-Alora...We are going to pick randomelyyy due or tre nome. I need an innocent hand !
Lana s'est levée, et Marco l'a regardée, étonné.
-I said "innocent", cara.
Lana a eu l'air choqué, puis s'est rassise en riant, et Marco a demandé à Snow de tirer les deux noms qui allaient chanter sur le titre suivant...Qui n'était autre que "Ti amo", puisque Marco voulait finalement jouer avec ses règles.
Snow a d'abord tiré le nom de Graham, sous les "cheers" ravis de tout le monde. Et j'allais souffler une connerie à Lana quand, finalement, tirant le deuxième nom, Snow est partie dans un fou rire, montrant le papier à Charmant qui a annoncé, presque aussi hilare que sa femme "that could not be any better...Hook".
Sur le coup, j'étais persuadée qu'ils allaient refuser, tous les deux, mais à ma grande surprise, Graham s'est levé, a tendu sa main à Hook, et Marco leur a tendu les deux micros, lançant le titre.
Et ils y ont mis du coeur, les cons, rangeant grace à leur dégrès d'alcoolémie leur animosité habituelle, et pour un peu, on aurait pu croire que ces deux-là vivaient en concubinage depuis toujours ou presque.
-Si il lui roule un pelle à la fin du titre, je te jure que je ne m'en remettrai pas.
Mais non. Malgrè une chorégraphie branlante imbibée de Limoncello, une fois le titre terminé, ils se sont fait un high five raté-Graham a tapé l'épaule de Hook et Hook aurait pu lui crever un oeil-avant de se rassoir et de redevenir les deux gamins turbulents du groupe.
La partie de Karaoké a duré encore un moment. Temps pour chacun de chanter tout avec tout le monde, depuis les duos les plus attendus, couple par couple, grand mère et petite fille, jusqu'aux plus hallucinants-et voir tous les garçons, Marco compris, sur YMCA restait quelque chose que jamais je n'oublierai. Cela confirmait une nouvelle fois que dans notre demi-dimension de différence, nous avions un grand pan de la culture en commun, et certainement la culture musicale. Chaque pas que nous faisions dans cette direction, j'avais l'impression que Storybrooke était toujours plus près, comme si c'était le village voisin.
Alors que cela ne l'était pas. Même si je voulais croire le contraire.
Il était trois heures quand nous sommes sortis. Marco avait grandement, généreusement réduit la note, ne nous laissant qu'à peine cent vingt euros à payer, et il avait de lui-même antidaté le chèque de Lana au début du mois. Il lui a demandé de lui envoyer un texto quand nous serions arrivés, parce que c'était bien la nature de Marco de se soucier des gens jusqu'au bout.
Et puis nous sommes sortis, en groupes moins organisés qu'à l'aller. Les charmants et Leroy en tête, puis Gold et Belle, suivi par Tinker, Ruby, Granny qui ne marchait pas très droit et Archie, et enfin, Lana qui avait pris Graham par le bras-sheriff ivre mort, bel exemple-et finalement, bonne dernière grâce à ma vitesse d'escargot, moi et Hook, qui avait probablement le plus haut taux d'alcoolémie de tout le groupe, mais tenait spectaculairement la route, marchant bien plus droit que Graham, avec qui Lana peinait à suivre un chemin en ligne continue.
La plupart des lumières de la ville étaient éteintes, ce qui me rendait nerveuse. J'avais hâte que nous arrivions, voilà tout. J'essayais de faire attention à ne pas glisser avec mes béquilles, puisqu'il avait vraisemblablement plu pendant que nous passions une soirée parfaite.
-Je suis une imbécile !
Difficile de résister à Hook, pété comme un coing, qui braillait à qui voulait l'entendre qu'il était le roi des cons. Je ne pouvais m'empêcher de le corriger en riant.
-Un. Je suis un imbécile.
-Je suis...Un un bécile ?
-That's it.
Il avait avancé plus vite, et s'était placé face à moi.
-Why are you laughing, love ?
-You did not questionned what Lana taught you, isn't it ?
Sa palette d'expressions en dix secondes est passée de "tu blagues ?" à "je vais lui faire la vie", en passant par "et moi comme un con j'ai pas marché, j'ai courru".
-You could have told me !
-Oooh no, I would not have missed this for the world.
-You're a mean lady !
Il se rapprochait de moi. Les papillons dans mon ventre s'affolaient à nouveau. Non non non non non nooon...
Hook était maintenant à une distance de plus en plus courte de moi, et je n'allais rien faire pour l'en empêcher. Tant pis pour les...Conventions, ou ce qui arriverait demain. Cette fois, je suis allée à sa rencontre, et je lui ai montré qu'il n'était pas le seul à savoir faire...ça.
Cette fois, ça a duré. Longtemps. Parce que ni lui, ni moi ne voulions nous séparer.
Cette fois, j'ai eu l'impression que rien d'autre ne pouvait plus compter, ne devait plus compter.
Cette fois, j'ai ressenti comme un courant qui a traversé mon corps en miettes, et d'un coup, les blessures n'ont plus fait si mal, les fractures ont cessé d'être aussi graves, comme si mon processus de guérison avait été soudainement accéléré. Grandement.
Cette fois, même à bout de souffle, je me fichais bien que la tête ne me tourne à cause du manque d'oxygène.
Cette fois...Cette fois...Cette fois...
Cette fois, il y avait une ombre a dix mètres de nous qui grognait.
-Oh mon dieu...
Mon agresseur était là, prêt à nous attaquer. Maintenant que je pouvais le voir, même si brièvement, je voyais clairement que sa structure n'était humaine que partiellement. Il tenait plus de l'animal que d'autre chose, mais avait deux jambes et deux bras, portait un jean sombre et ce hoodie qui semblait fait d'obscurité et non de tissus. Hook, en le voyant si près de nous, s'est mis entre moi et la créature.
-I won't let it hurt you.
Et la bête, dans un grognement sourd, s'est jetée sur lui, avec une force et une fureur que je n'avais encore jamais vu. Même pas avec moi. Elle allait le mettre en pièces, et même si je voyais Graham et Lana appeler les autres et foncer à notre rencontre, je craignais que le temps ne nous manque.
Alors, j'ai du intervenir.
(to be continued)
