Chapitre 7 – Cheminement intérieur
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Ils arrivèrent une heure et quart plus tard sur les lieux, une raffinerie désaffectée dans la banlieue Est de Fredericksburg.
Ils descendirent du camion et commencèrent à s'équiper. Ziva contempla la raffinerie. Elle était gigantesque. Ziva la trouva sinistre et monstrueuse.
Gibbs, bien sûr, était déjà sur place, discutant avec les membres des autorités locales et un groupe de vigiles tenant deux bergers allemands en laisse.
Ducky, bien sûr, n'était pas encore sur place. Jimmy allait encore être félicité pour ses talents de conduite et d'orientation.
Gibbs salua ses interlocuteurs d'un signe de tête et se dirigea vers son équipe.
« Les vigiles ont trouvé le corps d'un homme en tenue de simple marin, au fond d'une fosse. Enfin, ce sont les chiens qui l'ont trouvé, car l'endroit est assez inaccessible. Une partie de la machinerie et des structures au dessus de la fosse s'est effondrée il y a un an et demi, et le cadavre gît contre cet amas de métal. D'après l'état du corps décrit par les vigiles, il semble être là depuis longtemps, les informa Gibbs.
- Le décès pourrait dater de cet effondrement ? demanda Tony
- Cela semble peu probable. Les lieux ont dû être fouillés, à l'époque » répondit Gibbs. Puis il ajouta :
« Les services techniques de la police locale vont apporter des groupes électrogènes et des projecteurs. La nuit va tomber dans à peu près une heure, et on va en avoir pour un bon moment, rien que pour accéder à l'endroit où se trouve le corps. Vous n'aviez rien de prévu pour ce soir, j'espère ? » finit-il d'un ton ironique.
Aucun ne lui fit le plaisir de lui répondre.
« Nous allons avoir besoin des vigiles pour nous guider sur les lieux, on va donc devoir attendre Ducky pour y aller » continua Gibbs, irrité.
Mais son irritation ne dura pas trop longtemps, car le camion du médecin légiste arriva dans les cinq minutes suivantes.
Toute l'équipe, accompagnée de deux vigiles, se mit en route quelques minutes plus tard. Ducky ne put emporter la civière règlementaire. Elle était trop encombrante, le chemin était trop long, les accès trop exigus, et les escaliers étroits trop fréquents, selon les vigiles. Ils emportèrent seulement, en plus de leur équipement habituel, un sac mortuaire.
Les vigiles étaient bien sûr en tête du groupe. Suivaient Ducky et Palmer, puis Tony, McGee et Ziva. Gibbs fermait la marche.
Ziva trouva étrange que Gibbs, contrairement à d'habitude, ne soit pas en tête du groupe. Puis quelques secondes plus tard, elle rougit en croyant deviner ce qu'il faisait. Etait-il en train de la «mater» ?
Le sentiment d'être observée la frappa à nouveau, mais beaucoup plus fort que ce matin même. Elle en avait presque les cheveux qui se hérissaient sur la nuque.
Au détour d'un corridor, elle aperçut une plaque de métal poli comme un miroir, quelques mètres plus loin sur une paroi. En passant devant, elle put constater, qu'en effet Gibbs, derrière elle, ne perdait pas une miette de son anatomie. Elle sentit son cœur qui battait un peu plus vite que de raison.
Concentre-toi donc sur ce que tu fais ! se dit-elle.
Et c'est vrai qu'elle avait besoin de toute son attention.
Le chemin était de plus en plus difficile, de plus en plus désorientant. Tout n'était que métal rouillé et torturé, enchevêtrements complexes de tuyaux, poutrelles, et conduites, et forêts de fours, réservoirs, et autres machines inconnues. Ils devaient souvent monter, descendre des escaliers, parcourir des corridors allant à gauche, à droite, emprunter des passerelles surplombant des espaces inhospitaliers, tapissés de machines monstrueuses, et sur lesquelles il ne ferait pas bon tomber. Et ils devaient même parfois enjamber des conduites ou échelles tombées au sol. De plus l'intérieur de la raffinerie était assez sombre, et accentuait l'aspect sinistre de l'endroit. Ziva était de plus en plus mal à l'aise. Elle détestait tout ce qui l'entourait.
Gibbs, lui, admirait la vue splendide qu'il avait sous les yeux depuis qu'ils s'étaient mis en marche, spécialement quand il fallait monter un escalier. Gibbs venait de décider qu'il adorait les escaliers.
Devant lui, la respiration de Ziva était de plus en plus audible. Gibbs crut, à sa grande surprise, qu'elle commençait à être fatiguée.
Il quitta à regret son point de vue et vint à sa hauteur. Sans lui demander son avis, il prit le plus gros sac qu'elle portait à l'épaule, et le mit sur la sienne.
Il lui sourit gentiment.
Elle lui sourit timidement.
Il retourna à l'arrière du peloton.
Elle rougit encore un peu plus.
Il reprit sur le champ sa contemplation.
Elle s'aperçut qu'elle avait oublié de protester.
Il aurait voulu que ce trajet ne finisse jamais.
Elle avait envie de quitter ce lieu au plus vite.
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Au bout de trente minutes de crapahutage, ils arrivèrent enfin à l'endroit où était le corps du marin décédé. En effet, seuls des chiens pouvaient savoir qu'un cadavre se trouvait là. Ils accédèrent au fond d'une gigantesque fosse en descendant, par paliers successifs, l'un des trois escaliers métalliques qui étaient situés sur l'un des côtés de la fosse. Celle-ci faisait à-peu-près 60 mètres de long, 30 de large, et 15 de profondeur. Ces dimensions auraient pu leur donner un sentiment d'aisance et de liberté, mais il n'en était rien.
La fosse était composée de machines complexes et biscornues, mais surtout, elle était cernée par une multitude de poutrelles, chaudières, cheminées et tubulures, qui 15 mètres au-dessus, semblaient très menaçantes. C'est une portion de cet jungle métallique, qui s'était effondrée il y a un an et demi, sur le côté gauche de la fosse, encombrant en partie le dessous de l'escalier qu'ils venaient d'emprunter. Le corps du marin n'était pas visible du haut de la fosse, car il était en bordure de cet amas de métal, qui le dissimulait à la vue.
De sinistres grincements métalliques émanaient des structures qui jouxtaient l'emplacement de celles qui s'étaient écroulées.
« Etes-vous certains que tout ceci ne va pas s'effondrer également ? c'est juste au-dessus de nous ! » demanda Gibbs aux vigiles, restés à sa demande en haut de la fosse.
- Certains, Monsieur, la commission technique est passée le mois dernier, et a déclaré que le site était stabilisé, répondit William, l'un des vigiles.
- Merci. Bon, on y va. Tony, dessins. McGee, récolte d'indices. Ziva, photos »
Après avoir distribué les tâches, Gibbs fit un petit tour d'inspection de sa scène de crime, puis s'adressa au médecin légiste qui s'était déjà mis au travail.
« Alors, Ducky, premières estimations ?
- A première vue, il y a en effet plusieurs mois que ce malheureux jeune homme est décédé. Je dirais entre six et huit mois. Il n'y a aucune marque de blessure par arme à feu ou bien arme blanche. Par contre ceci est la cause de la mort, compte tenu de l'importante quantité de sang qui en a échappé, dit Ducky, en désignant le côté gauche de la tête du marin. Regarde, une partie du crâne s'est détachée, probablement sous l'effet de l'impact lorsqu'il a heurté le sol.
- Il aurait pu être frappé très violemment à la tête par un objet contondant, argumenta Gibbs
- Non, Jethro, regarde toutes ces gouttelettes de sang, au sol, tout autour du crâne et de la flaque de sang. Ce sont des gouttes de dispersion. C'est bien au très violent contact de la tête sur le sol qu'il s'est ouvert le crâne et qu'il est mort ensuite, très rapidement, je dirais, au vu de la quantité de sang répandu. Sans aucun doute, ceci est le résultat d'une chute d'une bonne hauteur.
- Il serait donc tombé du haut de la fosse. Ou a été poussé. C'est donc là-haut que nous trouverons la solution. Tony, McGee, remontez, et allez examiner le haut de la fosse. D'après Ducky, la mort est due à une chute.
- Ok, Boss » répondirent les deux hommes en remballant leur matériel et en remontant l'escalier qui les avait menés au fond de la fosse.
Gibbs commença à prendre des notes sur son calepin.
« Voilà, j'ai terminé, Jethro. Il faudra bien sûr que je procède à des examens toxicologiques complémentaires, informa le médecin légiste.
- OK Ducky, tu peux embarquer le cadavre » indiqua Gibbs, ce que firent aussitôt Palmer et le médecin légiste.
« Demande à l'un des vigiles de vous aider au transport du corps et de vous escorter pour le retour, Ducky » ajouta Gibbs
Le médecin acquiesça d'un signe de tête et quitta les lieux.
Gibbs continua pendant une à deux minutes à prendre des notes. Puis il s'adressa à Ziva.
« Ziva, vous n'avez pas encore fini avec les photos ? demanda Gibbs, agacé.
- Deux secondes, Gibbs, je me dépêche. Il fallait que Ducky enlève le corps pour que je puisse terminer » répondit-elle en ronchonnant.
Qu'est-ce qu'il croyait ? Elle n'avait qu'une hâte, c'était quitter ce lieu sinistre qui l'oppressait. Et ce grincement métallique infernal, qui semblait même s'amplifier ! Si seulement il pouvait s'arrêter, il lui mettait les nerfs à vif.
« Magnez-vous les fesses, David, c'est là-haut que ça se passe » dit-il en désignant le haut de la fosse, où Tony et McGee continuaient leurs relevés d'indices.
Ziva chercha quelque chose de sarcastique à répliquer, mais elle n'en eut pas le temps.
Un bruit gigantesque de métal torturé se fit entendre.
L'enfer s'abattit sur eux.
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A suivre… Prochain chapitre : « Blessures »
