Coucou les loulous !

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle : la mauvaise, c'est que j'ai bêtement commencé à jouer à Mass Effect, et maintenant je passe plus de temps à essayer de pécho des extraterrestres (et à sauver le monde, mais ça on s'en fout) qu'à écrire post-injé.

La bonne, c'est que ça m'a quand même pas empêché de vous faire un chapitre ! et je dis MERCI à vos reviews, c'est vraiment la seule chose qui a réussi à m'arracher à Mass Effect pour me faire écrire ! (pour le reste, c'est à dire manger, dormir, aller au taff... rien ne marche ! Laissez-moi rester sur mon vaisseau T_T)


Post-injection 7

Claire :

Le centre de recherche hospitalier était archi-isolé. Pour aller rendre une simple visite à un patient il y avait quatre barrières de sécurité à passer. Etrange pour un hôpital, d'autant plus qu'il n'y avait pas grand monde à l'intérieur. A part les chercheurs et le personnel hospitalier, je n'ai croisé personne. Muller et Nivans semblaient être les seuls patients.

Il était onze heures, l'heure d'ouverture des visites. Chris à frappé à la porte de leur chambre et est entré directement, Sherry et moi à sa suite.

Dans le lit près de la porte, j'ai reconnu le lieutenant Nivans malgré son changement d'apparence. Dans le lit coté fenêtre, un jeune homme qui devait être Jake Muller regardait la télé. On s'est tous salués maladroitement.

- Piers, a ensuite demandé Chris, tu de souviens de ma sœur Claire ?

- Bien sûr, a murmuré Nivans du bout des lèvres. Bonjour Miss Redfield.

Son premier réflexe a été de fuir mon regard, mais il s'est repris et a planté ses yeux dans les miens presque avec défi. Chris m'avait prévenue que je serai son premier contact extérieur en dehors de Sherry et de lui, et que Piers avait du mal à accepter son apparence. Effectivement, Nivans avait eu l'air surpris et mal à l'aise quand il m'avait vu entrer. Je ne pense pas que ma présence ici le rendait très heureux, au contraire. Je pouvais le comprendre étant donné notre peu d'affinités, mais de mon coté je ne ressentais absolument pas la même chose. Pour tout dire, j'étais bêtement submergée d'émotion.

Je n'avais pas compris l'ampleur du sacrifice avant de l'avoir devant mes yeux.

Physiquement, ça allait, j'avais vu pire. Chris et Sherry me l'avaient dépeint comme couvert de mutilations effrayantes, mais Steve était pire. Là au moins, l'homme que j'avais en face de moi était vivant, et surtout il avait cette lueur humaine dans les yeux. Est-ce que mon frère se rendait compte de la chance qu'avait eu son lieutenant de ne pas avoir perdu sa conscience ? Le plus important c'était ça. Ça comptait bien plus qu'un bras et un visage. Bien plus que la vie. C'est ce qu'il y a de plus horrible, de regarder quelqu'un qu'on aime dans les yeux et de n'y rien voir d'humain. Je le sais, je l'ai vécu.

N'y pense pas, ma fille. Reviens au présent.

En plus de la tâche de mutation qui s'étendait sur son visage, le lieutenant Nivans semblait tout frêle. La manche droite de son T-shirt était fermée par des agrafes. Il avait l'air tellement vulnérable et perdu comme ça, tellement peu sûr de lui et en même temps désireux de montrer qu'il était fort, que ça a remué quelque chose dans mes tripes. L'instinct maternel. Comme quand j'ai rencontré Sherry, et quand je me suis rendue compte que Steve avait un sérieux complexe d'abandon.

Je suis allée vers Piers et j'ai pris sa main dans les deux miennes. T'es beau, avais-je envie de lui dire. T'as sauvé mon frère. T'es magnifique. Aucune cicatrice pourra jamais altérer ça, t'es la personne la plus belle que j'ai jamais rencontré.

Il avait trainé mon grand frère hors d'un immeuble en train d'exploser (et je rappelle que Chris pèse plus de 100 kilos), il l'avait couvert face à sa hiérarchie, puis il était allé le récupérer au fin fond d'un bar glauque au bout du monde et il lui avait rendu la mémoire. Et ça c'était rien. Ça c'était que le début.

Je ne trouvais plus du tout ça cinglé, ce qu'il s'était fait. Je trouvais ça sublime.

- T'as tenu ta promesse, Piers, ai-je articulé la voix chargée d'émotion. Tu m'as ramené mon frère vivant. Merci. Je l'oublierai jamais.

Son air buté s'est évanoui. Vu comme le courant était mal passé entre nous autrefois, il ne devait pas s'attendre à mon soudain élan de tendresse.

- Je n'ai fait que mon devoir, m'a-t-il répondu déstabilisé.

J'ai souri, attendrie. Ce que je prenais avant pour du mépris et de la mauvaise volonté chez lui m'apparaissaient maintenant comme de la timidité et un touchant manque de confiance. Je voyais enfin pourquoi Chris l'aimait tant.

Je me suis assise sur son lit. J'avais envie de l'embrasser comme un marmot, un bisou sur chaque joue : la normale et la mutée. Mais on n'était pas assez proches, de quoi j'aurais l'air ? J'ai quand même appuyé ma main sur son genou quand je me suis tournée vers le lit voisin.

Jake Muller le Terrible, fils de Wesker et petit ami de ma protégée, avait les mêmes yeux métalliques que son père. Heureusement, il n'avait pas le coté froid et dangeureusement charismatique qu'avait notre ennemi et qui mettait tout le monde à ses pieds. Il faut dire que Muller était tout jeune, malgré sa balafre et son crane rasé.

Pour le moment, il était soigneusement occupé à m'ignorer en regardant la télé. J'ai rassemblé mes forces pour lui sourire. Il ne s'agissait pas de faire de la peine à Sherry.

- Alors c'est toi, le grand méchant loup ?

Il m'a jeté un regard en coin.

- Exact. Vous êtes lequel des trois petits cochons ?

Merde, non ! Chris m'avait prévenu que ce type avait un humour moisi. Sherry a commencé à l'engueuler, mais j'ai pas pu m'empêcher de rire. C'était tellement con !

- Claire Redfield, me suis-je présentée en lui tendant la main. Enchantée. Je suis la soeur de Chris et aussi la grande soeur de substitution de Sherry.

Il a serré ma main de mauvaise grâce.

- Jake Muller.

On s'est tous installés. Sherry sur le lit de Jake, moi sur celui de Piers, et Chris sur le fauteuil en face. On a fait connaissance. Je dois dire qu'au début, Piers et Jake n'étaient pas très chaleureux envers moi. Piers faisait bien quelques efforts, mais il était nerveux. Pour ne pas les brusquer je suis restée un peu en retrait dans la conversation, et à force de les observer j'ai soudain eu une révélation:

Le lieutenant Nivans ne serait pas un peu beaucoup amoureux de mon frère par hasard ?

Je ne sais pas exactement à quel moment ça a fait tilt dans ma tête, peut-être à une inflexion particulière dans sa voix, ou bien au regard paniqué qu'il avait eu une seconde, suite à une remarque peine de sous-entendus de Muller. En tout cas, ça m'a soudain paru être une évidence, et plus j'y réfléchissais, plus j'en étais sûre. Rien qu'à voir comme il regardait Chris, là maintenant. Comme il était nerveux et faisait attention à ses gestes.

Et même rétrospectivement tout allait dans ce sens, depuis la mauvaise humeur au rendez-vous arrangé d'il y a deux ans jusqu'à l'injection du virus le mois dernier.

Ça m'a serré le coeur. Pauvre petit.

C'est génial de tomber amoureux, mais il n'a pas une chance : mon frère est hétéro. En plus, Chris m'avait dit que son lieutenant venait d'une famille de militaires très praticante et très stricte. Ça ne devait pas être facile pour lui.

A voir la façon dont Piers gardait la machoire serrée, j'étais certaine qu'il ne l'avouerai jamais. Ça m'a fait encore plus de peine. Depuis combien de temps il l'aimait ? Deux ans ? Trois ? Plus que ça ? Combien de temps ça durerait encore sans qu'il ne dise rien ?

Le pire dans tout ça, c'est que Chris est tellement à la masse quand il s'agit d'amour qu'à moins qu'on ne lui colle une preuve devant les yeux, il ne s'en rendrait jamais compte. Piers s'était arraché le bras et injecté le virus C pour sauver l'homme qu'il aime, et celui-ci n'en aurait jamais conscience. C'était cruel.

J'ai de nouveau pris sa main, et je lui ai encore répété, à voix basse, merci merci et merci d'avoir sauvé mon grand frère.

- Vraiment, Claire, c'est rien m'a-t-il répondu gêné. N'en parlons plus.

Les autres discutaient entre eux, ils ne nous écoutaient pas.

- Chris est un peu con par moments, lui ai-je glissé à l'oreille, mais il tient énormément à toi. Énormément.

Il a rougi, et a retiré sa main. Je pense qu'il a compris que j'avais compris. Je n'ai rien ajouté, je n'avais pas l'intention de le mettre mal à l'aise.

Chris pourrait être tellement heureux !

Sherry m'a interpelée et je me suis mélée à la conversation du lit d'en face. On a déballé le repas que mon frère avait cuisiné la veille pour nous cinq et on a mangé tous ensemble devant la télé. En zappant, on est tombés sur la fin d'un épisode des Simpson. Jake, Sherry et moi avons vite perdu le fil de la conversation, on s'est mis à regarder comme des demeurés. Je regarde les Simpson depuis que je suis gamine, je connaissais cet épisode par coeur et Jake et Sherry aussi. Rien ne fédère plus notre génération que des rediffusions.

Chris en a profité pour dire à son lieutenant :

- Au fait, Piers, il faut que je te parle de quelque chose. Tu peux me suivre dans le couloir ?

- Bien sûr.

Ils se sont levés et nous ont laissés devant nos Simpson. A la fin de l'épisode, Jake a paru se rappeler où il était et ce qu'il faisait, et il est immédiatement redevenu froid et méfiant envers moi. Ce garçon avait tout d'un post-ado mal dans sa peau sous ses airs de brute, mais il était pas méchant.

Le moment ou j'ai commencé à bien l'aimer, c'est quand je l'ai entendu appeler sherry Supergirl. J'ai trouvé ça génial.

Malheureusement, il était surtout jaloux comme pas deux. Quand Sherry lui a dit qu'elle avait dormi chez moi, il l'avait mal pris. Je pense qu'il avait peur qu'elle me préfère à lui, quelque chose comme ça. Le truc qu'il avait pas compris, c'est que Sherry c'est ma petite soeur, mon bébé, ma princesse. Je veux bien la partager, mais il l'aura pas pour lui tout seul. Il était mal barré pour la vie de couple, s'il ne supportait pas les amis de sa copine.

Enfin, Sherry mise à part, il y avait une hostilité de gamin dans son attitude envers moi et mon frère. Comme s'il était persuadé qu'on le détestait et que du coup il nous détestait aussi. Je me demande bien pourquoi il pourrait penser ça.

Quoiqu'en y réflichissant, c'était pas bien sorcier :

- Dis-moi, Jake, qu'est-ce qu'on t'a dit sur ton père ?


Jake :

Claire Redfield. Avant de la rencontrer, j'imaginais un genre de catcheuse avec des cuisses larges comme des pneus de camion. Chris Redfield avec des cheveux, en fait. Brrr. Du coup je me suis senti con quand j'ai vu entrer ce petit bout de femme souriante, qui n'avait rien à voir avec son gros frangin.

Sherry m'avait raconté cinquante mille fois comment Claire l'avait sauvée à Racoon City. Elle en parlait comme si c'était le Messie. Ça m'énervait de devoir écouter ça tout le temps. Je suis sûr que Sherry ne parlait jamais de moi comme ça à personne. Du coup, je l'aimais pas avant même de la connaitre. Putain, Sherry pouvait pas avoir quelqu'un d'autre comme meilleure amie ? J'avais déjà du mal avec un Redfield, alors deux pitié tuez-moi !

Double-face non plus l'aimait pas, cette Claire Redfield. Enfin c'est ce que je croyais jusqu'à ce qu'elle s'asseye à coté de lui et qu'ils commencent à se murmurer des messes basses, Nivans, sale vendu !

Bon, c'est vrai qu'elle inspirait plutôt la sympathie avec son sourire et son ton affectueux, mais j'allais pas me faire avoir. J'en ai marre que les Redfield me volent les gens que j'aime.

Ça plaisait pas à Sherry, que je ferme pas ma gueule devant sa bestah. Je suis sûr qu'elle la préfère à moi d'ailleurs, c'est obligé. Plus j'ai la rage, plus Claire rigole et fait la gentille. C'est perdu d'avance, je fais pas le poids, moi, devant un sourire pareil. Du coup ça me fout encore plus en rogne et je descend encore plus dans l'estime de Sherry. Elles se connaissent depuis quinze ans, en plus, merde !

Et puis après avoir fait son numéro de charme, Claire est passée à l'offensive : Elle a abordé le sujet de mon père. J'allais morfler. Mais vraiment, m'attaquer sur mon père, c'est pas juste, et c'est pas loyal. Surtout qu'elle avait attendu qu'on soit seuls avec Sherry. Claire Redfield était une petite garce, en fait.

Elle a commencé en me demandant l'air innocent ce que son frérot chéri m'avait dit sur mon père.

Du mal, du mal, et encore du mal. J'avais fini par assimiler que j'étais le fils d'une raclure, c'est bon.

C'est plus ou moins ce que j'ai répondu a Claire, et elle m'a souri :

- Chris a mal vécu la trahison de Wesker, mais il n'avait pas que des mauvais cotés.

- Ah ouais ?

Première fois que j'entends ça. La chose la plus flatteuse qu'on m'ait jamais dit sur mon père, c'est que ce n'est pas parce que j'étais son fils que je serais forcément aussi pourri et cruel que lui. C'est moyen. L'air de m'en foutre, j'ai dressé l'oreille.

- Déjà, a commencé Claire, il était plutôt beau gosse.

Sérieux ? Pourquoi on me l'avait jamais dit, ça ?

- Et puis il était très charismatique. Tous ses hommes étaient prêts à mourir pour lui, Chris l'admirait énormément.

Purée, ça non plus je le savais pas. J'ai demandé, comme j'avais demandé à Chris :

- Il était badass ?

Le sourire de Claire s'est élargi :

- Super badass.

Elle m'a parlé de mon père en bien, ou en tout cas elle m'a parlé de ses bons cotés. Parfois elle butait sur les mots, et son regard se couvrait d'un voile sombre. En filigrane je comprennais bien qu'il lui avait fait du mal à elle aussi, mais elle ne l'a jamais mentioné. J'appréciais. Chris m'avait assez traumatisé avec mon père pour les cinquante ans à venir.

Je commençais à me dire que j'avais mal jugée cette fille. Elle faisait peut-être partie de cette très rare catégorie de personnes : les gens profondément bons. Jusqu'ici je ne connaissais qu'une seule personne de cette catégorie : Sherry. Et je me suis dit que si Sherry était devenue si bien, si douce et courageuse, c'était peut-être vraiment sous l'influence positive de sa copine.

Ça m'a fait vraiment du bien d'entendre des choses positives sur Wesker. Les Redfield sont orphelins, et d'après Sherry Claire était trop jeune à la mort de ses parents pour se souvenir d'eux. C'est pour ça qu'elle a dû comprendre.

Si j'étais un mec bien, j'aurais pu lui dire merci mais on se refait pas.

- Tu veux que je te dise un secret ? M'a demandé Claire en baissant la voix.

- Dis toujours.

Je feignais l'indifférence mais elle m'avait déjà apprivoisé.

- Wesker a mit une tannée à Chris, quand ils étaient plus jeunes. Et sans le moindre effort. C'est pour ça que Chris l'a mauvaise, en plus du fait qu'il ait très mal vécu sa trahison parce que c'était son premier capitaine quand il est entré chez les STARS.

Tiens, Redfield s'était bien gardé de me raconter ça aussi. J'ai rigolé. Merci, papa, d'avoir foutu une branlée à Chris Redfield avant de crever. Tu restes une ordure, mais t'auras au moins fait ça de bien dans ta vie.

- Lui dis jamais que je t'ai raconté ça, sinon il va me tuer, a dit Claire.

- Tu rêves ! Je vais me foutre de sa gueule dès qu'il revient !

En un quart d'heure, Claire Redfield venait de gagner mon amitié. Elle est impressionante cette fille.

- D'ailleurs, ça fait un moment qu'ils sont dehors, a remarqué Sherry. A votre avis qu'est-ce qu'ils font ?

Sherry et moi on s'est regardés et on a rigolé. A force de théoriser sur l'avenir ou l'absence d'avenir du pairing ChrisxPiers, c'était un peu devenu une private joke entre nous.

- A ce propos, a demandé Claire d'un air soupçonneux, il y a pas un truc que je devrais savoir ?

Mince, elle doit se douter de quelque chose, elle est plus futée que son frangin. Elle avait peut-être été réglo avec moi, mais hors de question que je balance Nivans, il m'avait fait promettre de garder le secret, et j'avais beau être un connard de temps en temps, jamais je...

- Si, a répondu Sherry sans aucun scrupules. Piers est amoureux de ton frère. Et c'est pas une amourette d'été, c'est archi-sérieux.

J'y crois pas ! Supergirl, tu me déçois. J'ai essayé de rattraper les choses :

- Ouais mais Redfield le sait pas et Nivans veut pas qu'il le sache. Alors on tient notre langue.

Claire a hoché la tête.

- D'accord. Je m'en doutais. Depuis combien de temps ça dure ?

Ni Sherry ni moi ne le savions. Perso, j'avais l'imression que Double-face fantasmait sur son capitaine depuis la création du monde, mais c'est pas réaliste. A mon avis il le kiffe au moins depuis qu'il est entré sous son commandement, voir même avant puisqu'il a tout fait justement pour le rejoindre au BSAA.

Claire nous a raconté comment Nivans et elle s'étaient retrouvés embarqués dans un rendez-vous arrangé il y a deux ans. On a hurlé de rire, putain Redfield, quel boulet ! Je plains Nivans, mais c'était quand même bien marrant.

Chris est alors rentré dans la chambre, suivi de son toutou préféré. On a arrêté de rigoler d'un coup. C'était trop cramé qu'on se foutait de leur gueule, mais ils ont rien compris ces nuls. Ils devaient pas regarder assez de séries pour ados.

Double-Face tirait la tronche. Bon ben c'est sans doute pas pour se rouler des pelles qu'ils étaient sortis dans le couloir.

Pendant le reste de l'après midi, Nivans a plus trop parlé. A la fin des horaires de visite, quand tout le monde est parti, je lui ai demandé ce qui lui arrivait. Il a replié les genoux comme il fait à chaque fois quand il est déprimé ou qu'il fait la gueule, c'est à dire à peu près tout le temps, en fait.

- J'me suis fait virer, a-t-il boudé.

- Virer de quoi ? Du BSAA ?

Il a hoché la tête, maussade.

- Chris m'a donné la lettre. Apparement, ils sont tous très fiers de ce que j'ai fait mais il veulent pas me garder parce que je ne remplis plus les critères physiques d'admission.

- Ouais, normal, quoi.

Je veux dire, le jour où l'armée embauchera des amputés, il y aura de quoi s'inquiéter. Piers m'a fait un regard assassin. Mauvaise réponse, on dirait. J'ai dit pour me justifier :

- Me dis pas que tu pensais sérieusement qu'ils allaient te garder ? T'as perdu un bras, bonhomme, qu'est-ce que t'irais faire au milieu d'un champ de bataille ? Tu peux même plus porter un sac à dos !

- Y a des solutions ! Je peux porter un sac en bandoulière, je peux me mettre aux armes à une main, tout ce qu'il me faut c'est de l'entrainement. Il y a des moyens différents de faire les choses, sinon ça sert à quoi que je fasse tous ces efforts ?

Il parlait des efforts du quotidien, auquels j'assistait tous les jours : Ecrire, s'habiller, faire ses lacets, couper sa viande avec une seule main... Il lâchait jamais l'affaire, il se décourageait pas.

- Merde, a-t-il murmuré, c'est encore tout un pan de ma vie qui...

Ses yeux brillaient. Il n'a jamais fini sa phrase. A la place, il a enfonçé le nez dans la veste de Redfield comme s'il sniffait de la colle.

- Hé, Double-Face arrête ça, c'est pas si grave. Y a tout un tas de gens qui perdent leur job, c'est pas la fin du monde.

- Techniquement je perds pas que mon job. Je perds aussi mes armes et mon habitation. J'ai pas d'autre logement que le dortoir du BSAA.

- Mais tu fais comment pendant tes permissions ?

- J'en profite pour partir en vacances. Payer un loyer pour y vivre quatre semaines par an, ça sert à rien.

Un silence. J'accuse le coup.

- T'as pas de la famille, des parents ?

- Si, mais on est plus en contact.

- Depuis quand ?

Il a soupiré:

- Depuis que je me suis barré de "l'institut spécialisé" où ils m'ont envoyé après que je leur ait dit que j'étais gay.

Putain, vie de merde du début à la fin. Qu'est-ce que je suis supposé répondre à ça moi ? Un truc réconfortant et intelligent, allez, j'me lance :

- Plus de bras, plus de taff, nulle part où aller... Si on était dans un reportage sur TF1 tu finirais dans la drogue et la prostitution.

Gagné : ça l'a fait rire. C'est pas pour me vanter mais je suis balèze, quand même. Je mériterai un diplôme de gestion du rire de Double-Face. Son Redfield chéri le fait pas autant marrer.

- Le BSAA me verse une pension, m'a-t-il rassuré. Je pourrais m'installer dans un motel quand je sortirai d'ici. L'hôpital veut m'interdire de quitter l'Etat de toute façon, et je devrai revenir régulièrement pour faire des check-up.

Depuis quelques temps, il était effectivement question que Nivans quitte l'hôpital. Il était guéri, parait-il. Les chercheurs et les médecins n'étaient pas d'accord, mais Redfield faisait des pieds et des mains pour le faire sortir. Je sais que tout le monde se fout de mon avis et que ce n'est pas la question mais je le dis quand même : ça m'énerve grave. Voilà.

- Le truc qui me dégoûte, a repris Nivans, c'est que tôt ou tard Chris va repartir en mission, et moi, je vais rester là. Il va avoir une nouvelle équipe, avec un nouveau lieutenant... Te fous pas de moi, mais ça me tue de penser que je serai pas là pour le protéger.

- T'en as déjà assez fait, pour le protéger, ai-je répondu sombrement.

Il n'a pas répondu, pensif. On a pas idée de s'arracher des bras pour les gens qu'on aime. Qu'est-ce qu'il avait à risquer, encore ?

- Pourquoi tu lui dis pas que tu veux qu'il reste là ?

- Je peux pas.

Evidemment. Quelle question. Merde, qu'est-ce que ça peux m'énerver cet amour complètement déséquilibré. Chris l'a belle, il va repartir en mission sans se soucier du mec qui s'est sacrifié pour lui et qui se sacrifie encore tous les jours en lui disant rien.

- Et si tu t'installais chez lui ? ais-je soudain proposé.

Nivans a rougi.

- Pourquoi je ferais ça ?

- Il te doit bien ça. Comme ça tu le verras à chaque fois qu'il sera pas en mission, et tu pourras continuer à manger sa bouffe ! En plus c'est le meilleur moyen de le pécho, tu pourras fouiller dans ses tiroirs à sous-vêtements...

- Jake...

- Tu pourras faire semblant de t'endormir sur son épaule quand vous regardez la télé... Ah nan nan nan, tu pourras carrément lui dire que tu fais des cauchemars pour dormir dans son lit !

- Jake...

- Eeeeeeeeeeeeeet... tu pourras le mater sous la douche !

J'ai pas eu le temps de faire de clin d'oeil parce que je me suis pris un coussin en pleine poire. J'ai explosé de rire. Nivans était tout rouge, on aurait dit une tomate à moitié pourrie coté droit.

- Je te jure, Jake, t'es malsain. Toi aussi t'es amoureux de Chris ou quoi ?

- Ça risque pas. J'essaie de te trouver des ouvertures, c'est tout.

- Merci mais c'est pas la peine. D'abord, Chris habite avec sa soeur, j'aurais pas trop le champ libre pour mater en douce.

- Alors là, je suis sûr que tu peux mettre Claire de ton coté.

- ... Et ensuite, Il ne m'a pas proposé. Je vais pas débarquer chez eux comme ça sans leur demander leur avis.

- Et ben demande leur alors ! Ils vont pas te dire non !

En disant ça, je savais bien que Piers ne le ferait pas. Il préfèrerait crever dans le caniveau dévoré par les rats que demander au mec qu'il aime de l'héberger le temps d'apprendre à gérer son handicap. Je comprendrai jamais la logique.

Enfin bon, c'est Nivans. Dans sa romance avec Redfield, il se fait baiser sur toute la ligne et pas comme il voudrait.

Qu'est-ce que j'aimerais pouvoir dire à ce capitaine de mes deux mais fais un peu gaffe putain, tu vois pas qu'il est amoureux de toi ?! J'hallucine qu'il se rende compte de rien, je passe mon temps à faire des sous-entendus, à lancer des perches pour qu'il comprenne, Nivans frôle la syncope a chaque fois mais Redfield pige que dalle ! Jamais vu un mec aussi bouché du cerveau.

Je suis pas certain que Piers soit heureux avec lui. Je reconnais que Redfield s'occupe de lui du mieux qu'il peut, il est tout le temps fourré ici, il ramène à manger, il fait attention à lui et tout et tout, mais des fois ça va trop loin. Il l'infantilise carrément. Il veut lui couper sa viande, il veut l'aider à s'habiller, c'est limite s'il lui donne pas la becquée ! Alors que Nivans bosse dur, justement, pour réapprendre à se débrouiller tout seul.

Un exemple : Nivans peut passer un après midi entier à essayer de fermer la fermeture éclair de son gilet avec une seule main. Il y arrive, il est tout content, il frime, il pense que son capitaine va être fier de lui en voyant comme il remonte la pente. Là-dessus, le capitaine arrive, et sans même lui laisser le temps de faire quoi que ce soit : t'as pas froid ? Attends, je vais te fermer ton gilet.

Et Piers moufte pas. Il dit merci, et c'est tout. Je SAIS qu'il a envie de montrer a Chris de quoi il est capable, alors pourquoi il dit rien ? Pourquoi il dit jamais rien à Chris ? C'est ça, l'amour ? ça me rends dingue !

Autre exemple : tout à l'heure, dans le couloir, Redfield lui a apparemment annoncé que le BSAA l'avait viré. Et bien je suis sûr et certain que Nivans lui a répondu un truc du genre "je comprend. C'est normal. Je m'y attendais et j'ai d'autres projets." Et après, qui c'est qui doit se taper les pleurnicheries et les questions existentielles ? C'est bibi !

C'est pas que je me plaigne d'entendre Nivans râler, il a largement le droit. Mais il joue une telle comédie avec Redfield que parfois j'ai envie de me taper la tête dans les murs. Le problème, je crois, c'est qu'il est trop amoureux, c'est pas sain. Il fait attention tout le temps, il baisse jamais sa garde, et Redfield ce pigeon qui ne capte toujours rien... Ça me stresse, voilà. Ils devraient baiser un bon coup et arrêter de me stresser.

Par contre, un truc qui m'impressionne chez Nivans, c'est qu'il n'a pas du tout l'air d'associer l'amour et l'honnêteté. Il passe son temps à mentir sans vergogne à son capitaine. J'ai eu un choc quand, le lendemain du jour où j'avais piqué la veste de Redfield, celui-ci a demandé :

- Au fait, Piers, je n'ai pas oublié ma veste ici hier ? Impossible de la retrouver.

Piers a répondu tout naturellement :

- Non, je ne crois pas. Je ne me rappelle pas vous avoir vu avec une veste hier. Regardez sous le lit on ne sait jamais.

Quand il est parti, j'ai pris ma voix aigüe pour dire à Nivans :

- Oh non, Jake, c'est mal ! Donne-moi la veste, je la rendrai à mon capitaine chéri-d'amour dès qu'il reviendra.

- Elle était sous mon oreiller, m'a répondu Piers froidement. J'allais pas la sortir et lui dire Ah oui tiens, la voilà, elle est sous mon oreiller parce que j'ai dormi avec !

Machiavélique. J'aurais pas cru. Mais j'étais content qu'il la garde, cette veste, parce qu'au fond, c'était un peu mon cadeau. Dommage que son nouveau doudou ne l'empêche pas de faire des cauchemars.

D'ailleurs, j'ai pas parlé des cauchemars. On en fasait tous. Une nuit sur deux, Nivans se réveillait en hurlant, et je l'engueulais pour m'avoir réveillé. La nuit suivante, c'était moi qui me réveillais en sursaut et Nivans se foutait de ma gueule. Sherry ne criait pas, mais les rares fois où on avait pu passer la nuit ensemble, elle se débattait dans son sommeil et appelait au secours de sa toute petite voix d'enfant de douze ans. Redfield... ça je sais pas, Dieu merci je n'ai jamais eu à partager une chambre avec lui. De toute façon, ce mec est tellement stéroïdé que je suis sûr qu'il se réveille toutes les deux heures pour faire des pompes sans quoi il meurt d'un arrêt cardiaque.

Au jour le jour, on va bien. On peux se permettre d'avoir des problèmes de coeur et de chômage, et on a de la chance pour ça. Parce que dans le fond, on a tous été traumatisés. Parfois quand je regarde Nivans, avec son bras amputé et sa double-face qui ne guérira jamais, je me dit qu'on en a trop vu, on a qu'à tous se tirer une balle. Et pourtant il s'en remet, lui. Il pense à autre chose, il se paye même le luxe d'être amoureux. Moi à coté je suis qu'une tache, j'ai même jamais été foutu de dire je t'aime à Sherry.

Mais quand même, je change. Et comme un con, je m'attache. Alors Nivans t'as beau être complètement stupide avec Redfield, je te laisserai pas finir sur le plateau télé de Confessions Intimes à raconter comment t'as sombré dans la prostitution pour te payer ton crack.

- T'inquiète pas, Double-face, lui ai-je dit. Quand je serais sorti d'ici et que j'aurais acheté mon palace, t'auras une chambre avec vue sur la piscine.

Il a encore rigolé, je suis trop fort. Puis il s'est levé pour aller faire du sport dans la salle à coté. Pour passer le test d'aptitudes physiques d'entrée au BSAA, il faut faire quinze tractions. Nivans n'arrivait plus à en faire cinq, et ça le faisait rager. Il m'a proposé de venir mais je trouve ça trop creepy de le regarder faire des tractions avec un seul bras, alors j'ai dit non. Avant qu'il sorte, je l'ai appelé :

- Attends !

- Oui ?

- Tu vas peut-être le prendre mal, mais faut pas : t'es mon meilleur ami gay.

je sais pas pourquoi j'ai soudain eu autant envie de lui dire ça.

Il m'a fait un regard hautain :

- Vu le nombre de gens qui te rendent visite ici, je pense qu'on peut dire que je suis ton meilleur ami, tout court.

Ce sale Batard ! Mais j'ai rigolé. Bien vu. Meilleur ami tout court, la classe !


fini !

Quand je parle de la télé, je sais que je devrais mettre des noms d'émissions et de chaines américaines vu que cette fic se passe aux USA, mais je les connais pas alors je reste sur la télé française, comme ça c'est plus simple.

ça m'a fait du bien de me remettre au POV Jake ! j'espère que j'ai pas trop laissé libre court à ma joie en écrivant n'importe quoi :x

Vous savez, je commence à avoir une idée de plus en plus précise de la fin, et je pense que cette fic devrait faire autour de 15 chapitres. C'est vraiment qu'une estimation, mais si c'est juste, ça voudrait dire qu'à priori, on en est presque à la moitié !

Et quand je me suis rendue compte de ça, j'ai complètement flippé :O ! j'espère que vous avez pas trop l'impression que je tourne en rond, je vous JURE que je suis la trame que j'avais prévu, c'est juste plus lent que ce que j'imaginais, mais c'est pas du tout du remplissage parce que j'ai plus d'idées (j'espère que ça donne pas cette impression) ! j'ai PLEIN d'idées ! :D

dans ma tête, tout ce que vous avez lu jusque là ça faisait genre trois chapitres... le sens des réalités...

Pour finir, je ne le répèterai jamais assez : MERCI POUR LES REVIEWS !

Sur ce, je vous laisse, je retourne à mes extraterrestres bisexuels ! \^v^/