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Toute guillerette, je repris le chemin du retour. Tout en consultant ma montre, je constatai avec dépit qu'il me restait plus d'une heure à tuer. Sachant que le trajet en métro ajoutée à la marche à pied ne me prendrait pas plus d'une demi-heure, je décidai d'errer un peu sur la grande place devant le centre commercial. Je pris quelques photos, discutaient avec quelques jeunes, jusqu'à ce qu'un jeune homme, pas beaucoup plus vieux que moi à première vue, vint me parler.

« Excuse-moi ! Tu n'es pas d'ici je me trompe ? »

« Non, je suis française » répondis-je avec un sourire.

« Oh ! Tu ne ressembles pas des masses à une européenne pourtant. »

« Je sais oui, j'ai été adoptée, je suis coréenne au départ. »

« Je vois » réfléchit-t-il alors que son portable se mit à sonner, une seconde.

Je profitais de ces quelques minutes pour le détailler : 1m75 environ, des cheveux châtains clair ébouriffés dans un style décontract et chic. Il portait une chemise grise et noire sur un jean large noir, le tout accompagné de baskets gris-argent, d'un bracelet en métal et cuir et d'un lacet autour du cou. Très bien habillé, je devais avouer. Quand au visage, mmmh… maintenant que je le voyais à la lumière (il était à contre jour jusqu'alors), je restais bouche bée. Le souvenir d'un poster me traversa, surprise, je regardai de droite et de gauche à l'affut d'une troupe de groupies enragées, mais non, personne. Personne n'était là à stalker le grand YamaPi ! Parce que oui, ce jeune venu me parler était le chanteur et acteur Yamapi. Choquée, je clignai des yeux deux ou trois fois, mais non, il ne disparut pas. Il raccrocha et se tourna de nouveau vers moi avec un sourire.

« Tu as des yeux super jolis, c'est rare ce vert pour une coréenne. »

« Je sais je dois être un croisement. »

« Tu m'as dit que tu étais coréenne et française, mais tu parles bien le japonais aussi. »

« Je suis en troisième année de japonais à la fac de Paris en fait ! »

« Ah, c'est donc ça ! Tu as un peu de temps ? »

« Euh j'ai une bonne demi-heure devant moi, ensuite je dois retourner chez…. »

« ? »

« Chez les amis qui m'hébergent. »

« Ah ? Bon dans ce cas, tu veux que je t'y raccompagne ? »

« Mmh, tu n'as pas peur ? »

« De ? »

« Te faire agresser… »

« Ah, tu m'avais donc reconnu… »

« C'est un problème ? Tu sais, je ne suis pas une hystérique et je n'ai pas l'intention de te sauter dessus. »

« Bon, alors tout va bien. Non, en fait, les japonaises ne sont pas trop violentes, de temps en temps elles approchent pour un autographe, mais en général elles n'osent pas, et regardent de loin. »

« Je vois, ça doit être agréable de pouvoir se balader sans être assailli. »

« Très. On y va ? Où est-ce ? »

« Oh ! Euh ils vivent à deux pas de Shinjuku. »

« C'est tout près ! On peut même y aller à pied ! »

« Oh, bah pourquoi pas ! »

« C'est parti ! »

Je souris devant son enthousiasme. Jamais je n'aurai imaginé qu'un jour un garçon vienne me parler, et qu'en plus cela soit une des plus adorées idoles du pays. Mais puisque mon enlèvement m'avait fait atterrir au paradis, autant en profiter ! Nous marchâmes quelques minutes dans le silence, avant que je me décide à poser la première question.

« Dis, comment c'est la vie d'artiste ici ? »

« Question inhabituelle… Je me serai plutôt attendu à ' tu es célibataire ?' »

« Pfou ! » Ris-je, « c'est bien le cadet de mes soucis ! Je repars pour la France ce soir, ou demain matin, alors bon, savoir si une star est seule ou en couple ! C'est votre vie, vous en faites ce que vous voulez ! »

« Simple remarque, c'aurait pu déboucher sur quelque chose d'intéressant qui sait ? »

« Qu'est ce que tu insinues ? » Demandai-je en le regardant bizarrement.

« J'insinue que tu me plais, idiote. »

« Heeeeeh ? Achète-toi des yeux coco ! Pfff, qu'est ce qu'il faut pas entendre ! »

« Je ne plaisante pas, je te trouve jolie. En plus tu as la tête sur les épaules, pas hystérique… »

« Je suis désolée, Tomohisa, mais… »

« Oh, je comprends bien, quelqu'un doit attendre ton retour avec impatience en France hein ? »

« Non…en fait, les circonstances de ma présence ici ne sont pas joyeuses… »

« Ah ? »

« Je… Il y a quelques jours, je me suis fait agressée, et enlevée, alors que je rentrais chez moi avec ma sœur. J'ai été amenée ici, on m'a jetée devant un immeuble, inconsciente, à mon réveil, j'avais perdu la mémoire. Elle est déjà en grande partie revenue, mais il reste des zones d'ombre… »

« Ah…je ne sais pas quoi te dire… »

« Il n'y a rien à dire, je suis en vie, et ça déjà, c'est un soulagement. Je vais retrouver mes parents dès ce soir, et puis je rentrerai chez moi, et tout ira bien. »

« Tes agresseurs…ils t'ont… ? »

« Non…J'ai été rouée de coups, trainée par terre, mais ils ne m'ont pas touchée autrement… »

« Bon… »

« Merci. »

« De ? »

« C'est gentil de t'en soucier… »

« C'est normal, enfin pour moi… »

« Merci… »

« … »

Nous étions arrivés devant l'immeuble des garçons. Je consultai ma montre : 13h26. Ils devaient être rentrés depuis un bon quart d'heure. Je me retournai avec un sourire vers mon « ami », sourire qui se figea en voyant son expression fermée, dure.

« Hey ? Qu'y a-t-il ? »

« …Tu loges chez les Tohoshinki ? »

« Tu les connais ? »

« Qui ne les connaît pas ? »

« C'est vrai… mais vu la tête que tu fais, tu n'as pas l'air de les porter dans ton cœur. »

« Oh à part le plus vieux, j'ai rien contre eux… »

« Jae Joong…. »

« Ouais, lui… Il a l'air gentil comme ça, mais c'est un hypocrite, il est super froid ! »

« J'ai pu constater oui, il m'a détestée dès la première seconde… »

« Les quatre autres sont sympas, je m'entends bien avec Junsu… »

« Nounours! »

« Hein ? »

« Non rien ! J'ai rien dit ! »

« Bon…je…vais te laisser ici alors… »

« Merci bien, c'est gentil de m'avoir ramenée ! »

« Je…je peux prendre ton numéro ? »

« Mon…n... ? Oh ! Euh si tu veux oui. Alors… . .xx. »

« Merci, on pourra discuter même de loin comme ça. Peut-être viendrais-je faire un tour pour visiter ton pays ! »

« Ça serait un plaisir ! Et puis, il y a aussi internet ! Mais on verra ça plus tard ! Au revoir ! Et merci encore ! »

« Au revoir (en français) ! »

Je ris. Puis il tourna les talons et disparut au coin de la rue. Je secouai la tête, perdue entre euphorie et rêverie. Je me retrouvai amie d'une des plus grandes stars japonaises de cette décennie… Je regagnai l'ascenseur en sautillant. Arrivée au douzième étage, je sortis et me dirigeai vers la porte. La douce mélodie issue du piano me parvint du couloir. Je frappai, la mélodie d'arrêta. La porte s'ouvrit sur mon « ennemi », Jae Joong. Il me jeta un regard étrange, et s'effaça pour que j'entre. A l'intérieur, Yoochun et Junsu étaient avachis sur le canapé, Yunho dans la cuisine occupé à préparer du thé. Seul manquait Chang Min, qui ne tarda pas à se montrer, les cheveux encore mouillés, il sortait de la douche. Je leur demandai calmement de se rassembler…

« J'ai eu des nouvelles… » Commençai-je.

« De la police ? » (JS)

« Oui. J'ai pu leur parler. Ils m'ont dit que mes parents étaient en route… »

« Ils viennent au Japon ? » (YC)

« Oui, ils arrivent ce soir, à Narita, vers 17h30… »

« Alors tu t'en vas ? » (CM)

« Oui…je rentre chez moi…. »

« Enfin une bonne nouvelle ! » (JJ)

« Hyung ! » (YH)

« C'est rien ! » Calmai-je le leader… « Oui c'est une bonne nouvelle. Oh et puis… Junsu, merci pour les vêtements que tu m'as prêté, je vais me laver puis je m'habillerai avec ceux que j'ai pris tout à l'heure. D'ailleurs, Yoochun...merci bien pour l'argent, je vais te redonner ce qu'il reste… »

« Non, non, gardes-y. C'est rien du tout. » (YC)

« J'y tiens… »

« Bon… » (YC)

« Je… merci pour tout….je vous dois la vie » murmurai-je, mes yeux se remplissant de larmes. « Je vous suis vraiment reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour moi ces trois derniers jours et… j'espère n'avoir pas été trop insupportable. Jae Joong, Chang Min, je suis désolée d'avoir perturbée votre quotidien… »

« Gnnn… » Marmonnèrent-ils de concert.

« Je…vais me doucher maintenant… Est-ce que l'un de vous pourrait m'emmener à l'aéroport ensuite ? »

« Bien sûr ! On t'accompagne ! » (YC)

« Merci ! »

Je filai avec mes sacs à la salle de bain où je m'enfermai, laissant couler les larmes trop longtemps retenues. Je ne les connaissais pas plus que ça, et pourtant, les quitter me faisait mal… j'ôtai mes vêtements (enfin le jogging à Junsu) et me glissai dans la cabine de douche. Le jet chaud me fit du bien et une fois propre et sèche, j'enfilai mon nouvel ensemble, ravie d'être de nouveau bien habillée. Je pris le DVD dans le sac et regardai la pochette, mélancolique. Je pris une décision : je ne parlerai à personne d'eux, de mon aventure ici. Je ferai comme si de rien n'était, comme si je n'avais jamais quitté la France, ou alors, je dirais que j'ai été recueillie par une famille. Je soupirai et sortis de la salle de bain. Je croisai Jae Joong, qui me jeta encore un regard étrange, avant de filer dans sa chambre. Je passai rassembler mes affaires, enfin les vêtements déchirés que j'avais à mon arrivée, dans la chambre à Yunho. Puis je rejoignis le salon. Ne restai que Yoochun, qui s'était mis au piano, jouant l'air de « Toki wo tomete », une de leurs dernières sorties. Je le regardai silencieusement, savourant la mélodie qui flottait dans la pièce. Les paroles me venaient toutes seules, et je ne me rendis compte que je chantais qu'en entendant sa voix se mêler à la mienne. J'ouvris les yeux, que j'avais inconsciemment fermés en écoutant la musique, et souris. Je m'approchai de lui, m'installai à son côté devant le piano, et nous continuâmes à chanter, jusqu'à la fin. A la dernière note, on se regarda en souriant.

« Nos voix s'accordent bien » chuchota-t-il, comme ému.

« C'est vrai… » Acquiesçai-je.

« Tu t'en vas vraiment aujourd'hui alors… » (YC)

« Mes parents viennent me chercher oui. »

« Je…non oublie… » (YC)

« Je ne vous oublierai pas, promis. »

« J'espère bien ! Je voudrais que tu prennes nos numéros, à Yunho, Junsu et moi, pour pouvoir nous donner de tes nouvelles de temps en temps… » (YC)

« Vraiment ? Pas de souci ! Je serai heureuse de rester en contact avec vous…en fait…je pensais revenir faire mes études ici, en septembre…. Avec des amies… »

« C'est vrai ? Ca serait super ! Mais on risque d'être en Corée, ou ailleurs à ce moment là… » (YC)

« Je sais bien, mais un Master dure deux ans, donc j'imagine bien vous recroiser à Tôkyô dans ces deux ans… »

« Surement… » (YC)

« J'en parlerai à mes parents et à mes deux amies…. »

« Et ensuite tu me tiens au courant ! » (YC)

« N'en parle pas aux autres, tu seras mon complice dans cette affaire ! Pendant quelques semaines, je ne donnerai de nouvelles qu'à toi, pour les faire mariner un peu… Il faudra trouver un code pour qu'ils ne se rendent pas compte de la combine ! Marine est une grande fan de Yunho… et Akiko craque pour Changmin…. »

« Ah ? » (YC)

« Oui ! Je sens que tout ça va être marrant ! »

« J'ai hâte de voir ça ! Mais d'un autre côté, c'est triste que tu t'en ailles… » (YC)

« Pour six mois à peine, tu vas survivre ! »

Je ris en me levant, sans remarquer son regard triste. Je consultai l'horloge murale : 16h58 !

« Yunhoooo ! »

« Oui ? » (YH)

« C'est 17h ! »

« Mince ! Les gars c'est l'heure, en route ! » (YH)

« On arrive ! » (JS & CM)

« Jae Joong ? » (YH)

« Je reste ici. » (JJ)

« Tsss… A toute à l'heure alors. » (YH)

« Ouais. » (JJ)

« On est parti ! » (JS)

Nous prîmes la superbe Audi A8 de Yoochun. Il était 17h32 quand nous entrâmes, aussi discrètement que possible, dans l'aéroport national de Narita. Je cherchai sur le terminal l'avion en provenance de Paris.

« Porte 7 ! » Annonçai-je.

« Ah ! » (YC)

« Les garçons… je vais y aller seule je crois, pas sûre que j'aie le courage de tout supporter… Alors, je vous dis au revoir, même adieu en fait, ici… »

« Je comprends, j'espère que tu feras bon voyage… » Dit Yunho, d'une voix émue.

« Junsu, Chang Min, Yoochun…. Je suis heureuse de vous avoir rencontré… merci pour tout. Vous remercierez et direz adieu à Jae Joong pour moi hein ? Même si ça ne lui fait ni chaud ni froid… »

« Pas de problème princesse… » (JS)

Incapable de rajouter quoique ce soit, je les pris un à un dans mes bras, et fus très surprise de voir Chang Min répondre à mon étreinte. Je leur offris un dernier sourire à travers mes larmes et m'enfuis en courant vers le terminal 7.