House jouait avec son téléphone depuis environ quinze minutes, il le lançait en l'air, le rattrapait in extremis, lui faisait faire le maximum de tour en l'air. Il se fichait qu'il se brise par terre si jamais il ratait son coup : il n'était pas matérialiste. Enfin, il ne l'était que pour les objets qui avaient de la valeur à ses yeux : sa guitare, son coffret en bois planqué sous le lit, de vieilles photos avec Stacy. Il était un peu nerveux : il voulait appeler Wilson, c'est pour cela qu'il faisait faire des cascades à son téléphone. Il en venait même à espérer qu'il rate son coup et qu'il se casse en mille morceaux. D'un seul coup, il se décida : il fallait faire vite, comme pour enlever un pansement. Il ouvrit son téléphone et composa le numéro de Wilson. Il cherchait à toute vitesse ce qu'il allait pouvoir dire. Déjà quatre sonneries. Il luttait pour ne pas raccrocher. Six sonneries…

- Le numéro de votre correspondant n'est plus attribué, dit lentement une voix féminine.

House raccrocha. Il avait pourtant appelé sur son fixe, c'était bizarre. Il composa alors le numéro du portable de Wilson. Il tapotait ses doigts sur le rebord de son canapé lorsqu'il entendit la même voix féminine que tout à l'heure, lui disant que le numéro n'était plus attribué. Un sentiment de malaise l'envahit soudainement. Il attrapa le flacon de vicondin le plus proche et en goba deux. Il regarda sa montre : vingt trois heures. Il ne réfléchit pas davantage : il attrapa ses clés de moto et bondit hors de son appartement.

Des bruits sourds firent sortir Cuddy de son sommeil. Elle détestait être réveillée en sursaut et surtout en pleine nuit. Elle regarda son réveil : minuit. Elle pesta un coup avant de se lever. Elle avait reconnu ces bruits : ceux d'une canne. Elle se demanda pourquoi House venait tambouriner à sa porte : il n'était pas de garde, il avait résolu son cas en fin d'après midi. Elle appréhendait ce qui allait se passer. Elle entrouvrit légèrement la porte et quand elle fut sûre que c'était bien House, elle l'ouvrit en grand. Il avait une mine effroyable. Il portait plus que d'ordinaire son poids sur sa jambe saine, signe d'une plus grande souffrance venant de son autre jambe. Cuddy le remarqua tout de suite.

- J'ai appelé Wilson, dit House d'une voix rocailleuse.

Cuddy lui lança un regard interrogateur. Elle avait l'intention originelle de lui crier dessus, mais avec cette réplique, elle se ravisa. Elle regarda House sortir son téléphone de sa poche et il lui montra l'écran : Wilson appart' y était écrit. Il avait mis le haut parleur. Elle ne voyait pas trop où il voulait en venir.

- Le numéro de votre correspondant n'est plus attribué, dit lentement une voix féminine.

House rangea son téléphone et dit :

- J'ai ensuite tenté son portable, j'ai eu le même résultat. Je suis allé à son appartement… J'ai réveillé une charmante demoiselle…Mais pas de Wilson…Il lui a néanmoins demandé de dire, que si un jour un boiteux la réveillait en pleine nuit… De dire qu'il fallait être là avant et que maintenant ce n'est plus la peine…

House ravala sa salive difficilement.

- Maintenant arrêtez de me gonfler avec Wilson, il ne veut plus de moi… Arrivera ce qui arrivera, déclara-t-il en tournant les talons.

Cuddy sentit son estomac tomber dans ses talons. Elle saisit le bras de House pour lui faire faire volte face. Il se retourna lentement. A ce moment précis, House sembla terriblement fatigué.

- Laissez moi… S'il vous plait…

Il avait dit ça dans un murmure, c'était tellement peu dans ses habitudes. Il ne regardait pas Cuddy dans les yeux, il ne voulait pas d'affrontement, ça aussi ce n'était pas son habitude.

- Pourquoi ? demanda Cuddy.

House fit rebondir sa canne.

- Je ne veux pas vous faire du mal, lâcha-t-il.

Il crispa sa main sur sa canne sous l'effet de la douleur. Lisa était toujours sous le choc de sa déclaration, elle regardait House qui grimaçait à cause de sa jambe.

- Je suppose que vous êtes venu avec votre moto ?

Pour toute réponse, il hocha la tête.

- Entrez, je ne vous laisse pas partir dans cet état.

House resta un moment sur le pas de la porte, hésitant.

- Maintenant que vous m'avez réveillée, je ne vous laisse pas vraiment le choix.

Il leva les yeux au ciel, ne fit aucune remarque et entra. Lisa ferma la porte et dit :

- Allez vous asseoir sur le canapé, je vais voir ce que je peux trouver pour votre jambe.

- Je suis sûr qu'un doliprane ou deux feront l'affaire, répondit House alors que Cuddy avait déjà disparu.

Il savait que prendre plus de vicondin était l'over dose assurée, il avait déjà doublé la dose depuis son petit tour à l'ancien appartement de Wilson. Il s'en voulait d'être passé chez Cuddy, il voulait juste la réveiller en pleine nuit pour qu'elle lui foute la paix et qu'elle ne s'amuse plus à jouer la bonne samaritaine. Il ne savait pas exactement ce qui l'avait poussé à aller chez elle, il sentait que ça allait au-delà du simple fait de l'emmerder. Wilson était son confident, son ami et House ne pouvait plus se confier ou même discuter avec quiconque comme il le faisait avec Wilson. Il se leva pour partir, mais sa main se referma dans le vide : il n'avait plus de canne. Il soupira et se trouva idiot de ne pas avoir vu Cuddy la lui piquer.

- C'est ça que vous cherchez ?

- Oh, non, la canne c'est juste un artifice pour mettre Cameron dans mon lit.

- J'ai du baume chauffant pour les douleurs musculaires, je l'utilise quand j'ai couru, dit Cuddy en s'asseyant à côté de lui sur le canapé. Je sais que vous vous sentez mieux, une fois que Ingrid vous a massé.

- Je doute que vous réussissiez à l'égaler, répondit House. Vous voulez parier ?

- J'ai dépassé le stade du pari comme moteur.

- C'est pas ce que vous disiez en deuxième année.

- En attendant, c'est moi qui avais gagné. Baissez votre pantalon, ordonna Lisa.

House ne fit pas de remarque et s'exécuta. Il s'allongea sur le canapé et se laissa faire. Cuddy appliqua le gel et commença à le masser. Ses gestes n'avaient rien d'ambigus, c'étaient ceux d'un médecin. De la chaleur commençait à se diffuser dans les muscles de sa cuisse, mais la douleur était tenace. House, quand à lui, l'observait : elle ne le regardait pas et était concentrée.

- Qu'allez vous faire ? demanda Lisa.

- C'est-à-dire ?

- Vous le savez très bien.

- Je crois que le message est clair, non ?

Lisa consentit à détourner son regard de sa jambe pour le poser sur House.

- Vous allez continuer à avoir mal, dit Lisa.

- La douleur va décroître, comme la dernière fois, je pourrai revenir à des doses « standards ». Arrêtez de me protéger, je suis grand…

- Si je ne vous protégeais pas, vous auriez déjà rendu votre stéthoscope et vous seriez déjà en prison.

Elle n'avait pas tord sur ce coup là, mais House ne voulait pas l'admettre.

- Je vous signale que moi aussi je vous protège…Enfin, quelques fois…

Cuddy lui lança un regard interrogateur.

- Quand vous vouliez avoir le bébé du rouquin fan de Mozart, répliqua-t-il.

Lisa s'arrêta brusquement de le masser et lui jeta un regard noir.

- Je ne veux pas aborder ce sujet.

- Et moi je ne veux pas parler de Wilson ! se surprit-il à crier.

- C'est pas pareil, vous avez la possibilité de le retrouver. Téléphonez à ses patients, je suis sûre qu'il leur a donné un numéro de téléphone, une adresse… Alors que moi, je ne peux pas avoir ce que je désire le plus.

- Revoir Wilson, n'est pas ce que je désire le plus, figurez vous !! cria-t-il en se levant et en remettant son pantalon.

- Bien sûr que si ! Wilson est votre meilleur ami ! s'écria-t-elle en se levant à son tour.

House bouillonnait de rage ainsi que Lisa.

- Décidemment, à chaque fois que l'on se parle, il faut que ça dégénère, dit Cuddy en tentant de calmer sa voix.

House portait tout son poids sur sa jambe saine pour ne pas empirer la douleur.

- Redonnez moi ma canne, ordonna-t-il en tendant la main.

Elle ne sourcilla pas.

- Vous n'êtes qu'une sadique, dit-il les dents serrées.

Il fit un pas en avant pour la récupérer mais il s'écroula au sol. Cuddy se précipita pour le relever. House refusa son aide et se hissa tant bien que mal sur le canapé. Il se prit la tête dans les mains et se massa le front. Une grande fatigue s'insinua dans tout son corps. Lisa observa le brusque changement de situation et s'assit à côté de lui. Il releva la tête et dit :

- J'aurai du mourir dans ce bus. La vie ne devrait pas être aléatoire. Ce sont les drogués malheureux et misanthropes qui auraient du mourir dans l'accident. Amber et Wilson auraient du couler des jours heureux. Vous devriez pouvoir avoir ce bébé et j'aurai du mourir dans ce bus. Je ne veux pas avoir mal, je ne veux pas être malheureux…

Lisa en eut le souffle coupé. Elle ne savait pas quoi lui répondre. Elle posa sa main sur l'épaule de House qui ne la rejeta pas. Il ne la regardait pas, il regardait droit devant lui.

- Wilson me hait, je le sais…

Il sentit la main de Cuddy descendre sur son omoplate. House tourna la tête vers Cuddy pour croiser son regard. Elle y vit une grande tristesse ainsi qu'une grande lassitude. Lisa avait la gorge nouée, les mots s'obstinaient à vouloir rester coincés entre ses cordes vocales. House se prit la tête dans ses mains et sentit de nouveau la main de Cuddy lui frotter le dos, elle essayait de la réconforter du mieux qu'elle pouvait. Au bout de quelques instants elle lui dit :

- Je vais vous chercher une couverture, vous restez dormir ici, déclara-t-elle. Et pas la peine de discuter.

TBC...