RÉDEMPTION

Auteur : Niacy, et oui !
Disclaimer : Les personnages inspirés de cette fic sont issus de l'imagination ô combien fertile et prolifique de ce cher Masami Kurumada ! Je vais tenter une approche pour me les approprier mais c'est pas gagné^^ !


Nouveau chapitre et cette fois, j'ai essayé de ne pas le faire trop long. Raté ! Nouveau record avec 20 500 mots et pourtant, j'ai coupé - sacrilège ! - mais je ne pouvais raisonnablement pas laisser un chapitre à 26 000 mots ; déjà que le précédent dépassait les 18 000.

Je ne veux pas vous effrayer, ni vous donner une indigestion, mais j'ai cru comprendre que cela ne vous dérangeait pas trop, alors...

Voilà ! Je vous laisse découvrir ce chapitre VII qui j'espère vous plaira.

Merci à Seiiruika, Ariesnomu, Tàri, Hyoga dC, Millnium d'argent et Ikky007 pour leurs encouragements chaleureux. Un petit clin d'œil à Ariesnomu pour son coup de pouce pour Mù ( perso que je ne maîtrise pas ).

Bonne lecture à vous...

Biz, Niacy^^.


Précédemment : Après leur mise au point pour le moins radicale, Hyôga et Shina continuent de s'apprivoiser et à vivre ensemble. Mais bon, ce n'est jamais de tout repos entre eux.

Milo, lui, affronte son confrère : le doux et mystérieux Mù, et vient lui demander de l'aide. Mais bien entendu, là non plus, rien n'est facile, ni gratuit.


Chapitre VII : « Lorsque les cœurs se révèlent... » (1ère partie)

« Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'établissement d'une autre. »

Duc de La Rochefoucauld. Maximes.


Depuis ce petit accrochage, l'atmosphère était un peu plus détendue entre les deux chevaliers d'Athéna, ce n'était pas non plus les discussions à bâtons rompus autour du feu de cheminée, mais un semblant de paix régnait dans la maison de bois, le soir venu. Il n'y avait plus ces lourds silences si pesants, ni ces non-dits qui martelaient leurs esprits. Les journées se suivaient et se ressemblaient aux rythmes des entraînements quotidiens, du lever du soleil à la tombée de la nuit, dans une quiétude qui ravissait ces deux êtres solitaires.

Malgré le froid, le vent, tel un véritable chevalier des glaces, Shina ne lâchait rien, recherchant sans cesse à dépasser ses limites, forçant l'admiration du Cygne qui, devant un tel acharnement et un tel travail, ne pouvait que louer de la combativité avec laquelle le chevalier du Cobra prenait en main sa convalescence. Malgré les douleurs qui l'handicapaient, jamais elle ne se plaignait, en demandant toujours plus et bientôt, du moins était-ce son souhait, elle aurait totalement récupéré.

Shina souriait derrière son masque. Elle avait retrouvé une certaine estime d'elle-même, cette fierté qui faisait d'elle un combattant acharné et redoutable, qui n'avait peur de rien, ni de personne. Il y avait peu de temps encore, son esprit était embrumé par la colère, la frustration et la vengeance. Cet état d'esprit négatif ne la représentait pas et l'avait affaibli bien plus que son corps lui-même.

Depuis que Hyôga avait accepté de combattre contre elle l'autre jour, un poids s'était envolé de ses épaules. C'était comme s'il avait accepté le chevalier qu'elle était ; qu'il reconnaissait sa valeur. Ce n'était pas tant qu'elle en avait besoin, son opinion lui importait peu - en fait, rien ne comptait plus que sa propre perception d'elle-même - cependant, dans un coin enfoui de son cerveau, elle ne pouvait nier que son regard sur elle revêtait une importance capitale, une sorte de reconnaissance. Pourquoi donc ? Alors là, elle serait bien en mal de le dire !

Bien sûr, Hyôga était toujours aussi impassible et dédaigneux dans sa façon d'être, comme il l'avait toujours été depuis qu'elle le côtoyait quotidiennement, mais elle y était habituée à présent. Il resterait toujours un être froid et mystérieux, se livrant peu, toujours dans ses bouquins le soir venu, mais cette attitude distante n'était pas portée particulièrement contre elle. Shina l'avait enfin compris. Le chevalier du Cygne était comme cela, un point c'est tout. Et d'une certaine manière, cela lui plaisait. Une force tranquille, un calme serein, une constance rassurante... le tout se reflétant dans cet œil unique, insondable, noyé sous des mèches d'un blond si parfait qui lui rappelait la couleur et la lumière du soleil de Grèce : celui qui la berçait le matin, la tyrannisait l'après-midi et la réconfortait le soir avant de l'abandonner quelques heures.

Son corps aussi allait mieux, les douleurs s'estompaient peu à peu avec les courbatures qui allaient de pair. Le froid était toujours aussi difficile à supporter et il lui fallait lutter pour résister à l'envie de rester au pied du feu alors que les températures atteignaient à peine les moins quinze degrés centigrades - et dire qu'ils étaient en été ! - mais étrangement ce même froid endormait ses douleurs et les entraînements devenaient de plus en plus aisés. Sa puissance et sa rapidité revenaient un peu plus chaque jour et Hyôga qui n'était pas un très bon combattant au corps-à-corps - comme quoi, elle n'avait pas menti sur ses capacités d'attaque, il fallait l'avouer - progressait lui aussi, conférant par-là même un intérêt supplémentaire à l'entraînement.

D'une pirouette, elle évita la jambe puissante du Slave qui s'évertuait à la faucher et atterrit en un claquement sec de talon sur la glace, les bras tendus à l'horizontale pour conserver son équilibre sur cette patinoire géante. Un sourire amusé se glissa sous son masque d'acier tandis qu'elle ajustait un coup de coude bien senti dans les côtes de son partenaire. Par réflexe, le Russe esquiva habilement l'attaque, bloqua le bras tendu de son adversaire et plaqua son dos armuré contre son torse.

Shina tourna la tête, vexée de s'être laissée avoir de la sorte, et fixa son opposant droit dans les yeux. Leurs corps fatigués s'appuyaient l'un sur l'autre en une courte pause salvatrice, contact intensifié à chaque respiration ample des deux chevaliers qui ne se quittaient pas du regard. Leurs visages étaient près l'un de l'autre, à peine quelques centimètres les séparaient. Shina se tendit et ne put empêcher ses yeux de se fermer lorsqu'un souffle frais effleura son masque pour glisser jusque dans son cou, entraînant une déferlante de frissons le long de son échine.

« Le combat est fini », résonna sourdement la voix froide et posée de Hyôga.

Un rictus moqueur naquit sur le visage caché de la jeune femme.

En es-tu si sûr, Hyôga ?

D'un coup de hanche rapide, se saisissant également du bras dénudé du Russe qui la maintenait, Shina se pencha vers l'avant et le propulsa vers le sol gelé. Celui-ci, bien que s'y étant attendu, ne put se réceptionner et tomba comme une pierre.

Maintenant une pression verticale sur le bras du Cygne, la pointe acérée du talon de chevalier d'argent s'enfonça quelque peu dans les abdominaux de son adversaire démuni, marquant par la même sa victoire.

« Oui, maintenant, le combat est terminé, Hyôga. »

Elle accentua la pression sur son corps pour empêcher toute tentative d'esquive russe. Un hochement de tête la renseigna sur l'abandon de celui-ci. Shina jubilait. Bien que loin de ses aptitudes ordinaires en ce qui concernait le combat au corps-à-corps, elle n'en était pas moins vaillante et puissante en ce domaine qu'elle privilégiait plus que tout lors d'un combat.

Pourtant, celle-ci perdit toute contenance et resta un bref instant interdite. Ses yeux scrutaient avec avidité, curiosité et surprise chaque centimètre carré du visage du Russe qui se relevait promptement. Ne venait-il pas de sourire ? Là, juste à l'instant ? Interloquée, Shina ne pouvait détacher son regard de cet homme. Elle n'aurait pu le jurer, mais pourtant...

Elle le regarda évoluer tranquillement et attrapa machinalement la couverture polaire qu'il lui tendait. Ses traits n'esquissaient pas la moindre trace d'expression quelconque. Toujours ce faciès de marbre d'où rien ne transparaissait. Elle avait dû rêver.

Le soleil se couchait déjà derrière les glaciers, colorant la neige d'or, de rouge et de violet. La magnificence du paysage lui coupait le souffle. Elle commençait à comprendre pourquoi Hyôga aimait cet endroit, la tranquillité qui d'abord l'avait effrayée, l'apaisait à présent ; les couchers de soleil n'expliquant pas tout.

Shina frissonnait sous la couverture qui l'enveloppait. Dès lors qu'elle cessait tout effort, la sueur qui la recouvrait devenait une pellicule glacée qui se figeait pour l'emprisonner dans un écrin rigide, lui brûlant la peau. Ses doigts effilés crochetèrent la mince protection de tissu qui l'entourait pour ramener chaque pan un peu plus vers elle.

Hyôga ouvrait la marche, abrité sous son manteau fourré qu'il venait négligemment de poser sur ses épaules. Shina commençait à regretter son entêtement ridicule pour montrer sa bravoure au Russe. Il y avait de cela plusieurs jours, elle avait refusé l'offre qu'il lui avait faite, arguant qu'elle était tout à fait capable d'endurer les températures extérieures et que cet inconvénient mineur n'aurait pas raison d'elle. Non, mais quelle imbécile ! Elle était en Sibérie, par Athéna ! Mais qu'est-ce qu'elle croyait ? Heureusement qu'elle avait accepté de porter ces affreuses jambières de fourrure sinon, elle ne savait pas comment elle pourrait encore marcher.

La fraîcheur s'accentuait de seconde en seconde, mais ne semblait pas le gêner outre mesure. La démarche souple et vive malgré la neige qui lui arrivait à mi-mollet, la force tranquille et la sérénité qui se dégageaient de sa personne faisaient de Hyôga un chevalier des glaces dans toute sa splendeur. Shina ne pouvait s'empêcher d'admirer ce Monsieur Glaçon comme elle le surnommait - pour elle-même gentiment - pour sa prestance, sa patience et son calme. Le haïssant tout d'abord, le respect avait fini par avoir le dessus dans le flot de sentiments qui envahissait son esprit.

Ne quittant pas des yeux la blondeur de ses cheveux, le chevalier du Serpentaire suivait son hôte avec attention, car bien qu'elle soit ici depuis un certain temps, les lieux gigantesques lui étaient toujours inconnus et elle était bien incapable de se repérer dans ce désert glacé. Les sites d'entraînements variaient en fonction de la météo, surtout du vent et de son orientation. Tous différents, mais pour la 'touriste' qu'elle était, ils se ressemblaient tous. Aujourd'hui, le vent venait du nord, drainant avec lui l'air glacial du pôle, s'insinuant sous les vêtements trempés par la sueur. Leur terrain d'exercice se trouvait à cinq kilomètres de la maison de Hyôga, car abrité par un mur de glace éternelle de plusieurs mètres de haut.

Ils étaient à mi-chemin et enfin, au loin, la petite maison de Hyôga se dessinait, prenant simplement l'allure d'un point noir à l'horizon, mais elle était synonyme de chaleur, élément qui ressemblait plus à la jeune femme. Le regard porté sur cet objectif salutaire, Shina filait, courait presque pour retrouver cette cabane propice au repos, et ce faisant, elle ne vit pas l'obstacle qui lui barrait la route.

Hyôga avait stoppé net et ce fut surprise qu'elle buta contre lui. Elle réalisa que ce qui empêchait sa progression vers la chaleur était le bras tendu à l'horizontale du Russe qui lui intimait ainsi sa volonté de cesser leur avancée.

« Mais qu'est-ce que…?

— Chut ! », la coupa-t-il.

Hyôga avait l'index posé sur ses lèvres comme pour s'assurer qu'elle comprenait le besoin de silence qu'il demandait. Shina ne chercha pas plus de renseignement.

Son visage était plus tendu que d'habitude, ce qui n'avait rien de rassurant sachant qu'il montrait rarement ses émotions. Fronçant des sourcils, elle tendit l'oreille pour comprendre ce qui avait attiré son attention, mais elle n'entendait que le rugissement sourd du vent autour d'eux. Hyôga s'accroupit d'un geste vif, aussitôt imité par une Shina de plus en plus perplexe.

Mais qu'est-ce qui se passe ?

Le chevalier du Cygne lui jeta un coup d'œil rapide par-dessus son épaule et s'avança prudemment en direction du rebord de la falaise qui se situait à une dizaine de mètres. A contrecœur, Shina l'imita, après un regard interrogateur que malheureusement le Russe ne put voir derrière son masque.

A trois mètres du précipice, Hyôga s'allongea dans la poudreuse et se glissa doucement jusqu'au bord. Après un regard glacé qui lui ordonnait presque de le suivre, Shina obtempéra, non sans jurer intérieurement contre l'esquimau rampant. Maintenant tant bien que mal la fourrure sur ses épaules, le chevalier d'argent se vautra dans la neige qui lui arrivait à mi-épaules et, à la force des coudes, s'échina à retrouver le Russe. Suivant la chevelure blonde de Hyôga qui dépassait à peine de la neige environnante, elle se posta à sa gauche et coude contre coude, ils s'immobilisèrent dans un bel ensemble.

Immobiles comme des statues de glace, les deux chevaliers n'esquissaient pas le moindre geste. Du moins, Shina s'y évertuait-elle le plus possible, en luttant contre les spasmes de ses muscles frigorifiés. Prêtant une oreille attentive à son environnement, elle parvint à discerner un bruit étrange parmi ceux alentour, un son non-identifié qui parvenait d'un peu plus bas. Hyôga se risqua à jeter un petit coup d'œil vers le contrebas de la falaise puis, tournant la tête vers elle, l'incita à en faire de même.

Qu'est-ce qui pouvait bien être à l'origine de ce bruit sourd et lourd ? La tête penchée sur le côté, elle se concentra davantage. C'était quelque chose qui retombait sur le sol... Était-ce des grognements ? Des voix ? Difficile de juger avec le sifflement du vent qui jouait avec les arêtes tranchantes de glace de la falaise. L'expression du visage de Hyôga avait retrouvé son impassibilité ordinaire, mais était-ce parce qu'il n'y avait rien de grave ou bien parce qu'il savait ce qu'il y avait en bas ? L'excitation et l'angoisse se mêlaient tour à tour dans son esprit. Peut-être allaient-ils devoir combattre ? Shina adorait cela, mais bizarrement, cette idée lui semblait déplacer dans cette plaine sibérienne désertique, comme une envie de ne pas troubler la quiétude environnante.

Hésitante de prime abord, Shina avança sa tête du précipice et, comme happée par le vide, recula instinctivement. Hyôga regardait droit devant, son visage caché derrière son bandage masquant son expression. Il attendait sans doute qu'elle lui donne son avis sur la situation. Les mains sur le bord comme pour s'assurer une prise sécurisante, le chevalier du Cobra s'avança de nouveau, le corps tendu, les muscles pétrifiés par le froid et le stress.

Ce fut le cœur battant à tout rompre, les yeux écarquillés et la bouche ouverte que Shina se figea devant la scène qui se jouait à plusieurs mètres en contrebas.

« Mais… mais qu'est-ce que c'est que ça ? Hyôga… »

Jamais, elle n'avait vu pareil spectacle. N'osant détourner la tête, du coin de l'œil, son regard se posa sur le profil passif de son hôte. Puis machinalement, elle s'avança un peu plus du rebord pour mieux en apprécier la vue.

Shina voulait rire. Elle ignorait pourquoi, mais son cœur se gonflait d'une joie soudaine et souveraine. Un large sourire se dessinait déjà largement sur ses lèvres, mais elle devait se retenir. Se retenir ? Mais pourquoi ? Ce n'était pas comme si quelqu'un pouvait la voir. Et puis si tel était le cas, la seule personne près d'elle était Hyôga et étrangement, cela ne la dérangeait pas plus que cela. Enfin, plus maintenant !

Shina porta son attention sur le spectacle qui s'offrait devant elle. Elle en avait entendu parler, mais jamais dans son esprit, l'idée ne l'avait effleurée qu'un jour, elle aurait pu en voir pour de vrai.

Tout en bas de la falaise de glace, plus de trente mètres sous eux, une petite famille d'ours polaire se promenait nonchalamment sur la banquise. Une énorme bête d'au moins huit cents kilos - autant qu'elle puisse en juger de par son ignorance quant à ce sujet - avançait d'une force tranquille vers le nord. Son pelage aux longs poils blancs virant un peu sur le jaune se fondait avec les congères environnantes. Il était suivi d'une autre bête deux fois plus petite, la femelle probablement, qui grognait sur une petite boule de poil blanche comme la neige. Seuls leurs petits yeux bruns et leurs truffes noires au vent tranchaient avec la surface immaculée de la banquise. Leurs grognements semblaient être une douce mélodie aux oreilles de la jeune femme qui ne voulait pas rater une miette de ce spectacle inattendu.

Comment cela était-il possible ? Comment un lieu aussi vide et froid pouvait abriter la vie ? Comment se faisait-il que pareille merveille puisse exister ici, dans ce désert blanc ? Trop de questions se bousculaient dans son esprit. Jamais spectacle ne lui avait donné autant d'émotion et de bonheur gratuit. Était-ce parce que seules la solitude et la tristesse avaient habité son esprit et son cœur ces derniers temps qu'elle s'émerveillait ainsi ou bien était-ce simplement la beauté sauvage et éclatante de cette scène surnaturelle, pour elle vivant en recluse sur une île désertique et aride, qui réchauffait son cœur ? Avant d'être prisonnière de cette prison de glace, Shina se demandait si l'émotion l'aurait emportée à ce point. Il lui semblait pourtant que rien avant ne l'ait jamais ému. Aurait-elle perdu son cœur de glace ? Un soupir amusé s'échappa de sa bouche. Elle et son cœur de glace, elle pouvait bien parler de Hyôga !

« C'est très rare d'assister à un tel spectacle. D'ordinaire, ils sont plus au nord à une vingtaine de kilomètres d'ici, mais le manque de nourriture a dû les faire migrer. »

Shina se retourna doucement vers celui qui venait de parler, sans toutefois quitter des yeux ces animaux majestueux. La voix qu'elle entendait était bien celle de Hyôga, mais le ton employé était différent de d'habitude. Où était donc cette pointe d'arrogance si familière à son oreille ? C'était bien le chevalier du Cygne qui parlait, mais elle avait l'impression qu'il ne s'agissait pas du même homme avec lequel elle vivait depuis plusieurs jours. Non, la personne qui était à ses côtés parlait à mots couverts avec une douceur dans la voix qu'elle ne lui connaissait pas. Une voix chaude et apaisante, empreinte d'humanité si l'on pouvait dire.

De plus en plus intriguée par son hôte mystérieux, elle oublia les objets de sa fascination quelques instants pour regarder plus attentivement son voisin, essayant de percer cet homme nouveau.

La tête enfoncée dans son cou comme pour se protéger du vent, Hyôga regardait droit devant les animaux qui marchaient sereinement vers l'horizon qui se teintait déjà des couleurs sombres de la nuit naissante. Plissant des yeux comme pour y déceler une quelconque expression, Shina scrutait le visage impavide de son confrère. Mais masqué par sa chevelure, battue par le vent, et son bandage, elle ne pouvait voir l'expression du Cygne. Pourtant, elle aurait parié tout ce qu'elle avait sur le fait, qu'à cet instant précis, Hyôga n'avait plus son masque de froideur tant son attitude était détendue et semblait dégager la paix intérieure.

« Tu vois l'ours en tête, deux fois plus gros que les autres ? Il s'agit de Volia. »

Hypnotisée par le blond, la jeune femme obéit naturellement au doigt tendu qui lui indiquait la direction de son attention et posa son regard sur ledit ours.

« Je le connais depuis mon enfance. Il était en quelque sorte un de mes compagnons d'entraînement. Je me suis souvent exercé sur lui à tester mes attaques glaciaires... Je l'ai martyrisé, je ne sais pas combien de fois, et pourtant, il revenait toujours. »

Shina sourit devant le ton doux et nostalgique qui s'échappait de la voix veloutée du Slave. Elle était ravie, en fait. C'était l'ange blond qui lui parlait et non pas le glacial Chevalier du Cygne. Se pouvait-il qu'il la considérait un peu plus que comme une simple présence encombrante à ses côtés ?

« Il ne venait pas souvent vers nous, mais dès qu'il avait le malheur de trop s'approcher, Camus m'ordonnait d'aller le combattre.

— Mais c'est horrible d'utiliser cette pauvre bête. Elle ne vous avait rien fait, s'offusqua-t-elle étrangement, elle si peu concernée par autre chose qu'elle-même d'ordinaire. Il faut être vraiment sans cœur p…

— Non, pas du tout, la coupa-t-il rapidement, mais calmement. Je le croyais aussi au début, mais en fait... Camus voulait le protéger des villageois qui l'auraient chassé sans relâche pour avoir sa fourrure et sa viande. En le faisant fuir, il le sauvait… D'ailleurs, c'est lui qui lui a donné son nom : ça signifie Liberté ou Volonté en russe. Il n'était pas ce démon, ce monstre de glace sans cœur que tout le monde pensait qu'il était. Non, Camus aimait les hommes, les animaux et la nature. Malgré son air distant et glacial, il était bel et bien un vrai protecteur de l'humanité, un grand chevalier d'or. »

Shina baissa la tête un instant devant la voix empreinte de fierté et d'estime que Hyôga éprouvait pour son maître et surtout face à son regard perturbant droit et décidé qui semblait la défier de dire le contraire. Elle s'en voulait des propos infâmes et orduriers qu'elle avait tenus sur ce chevalier qu'en fait, elle ne connaissait pas du tout. Toutes ces paroles blessantes, ces médisances n'avaient été que pures spéculations, des on-dit outrageants et infondés ; convaincue que tout n'était que vérité, sans jamais penser, ne serait-ce une seule seconde, que cela pouvait être tout le contraire. Pourquoi l'aurait-elle fait, d'abord ?

Pourtant, Hyôga ne lui en avait tenu aucune rancune apparente, jamais le sujet n'avait été évoqué entre eux. Après 'l'incident', ils étaient retournés dans leur routine plus ou moins silencieuse, faisant table rase des mots durs qu'elle lui avait crachés à la figure, oubliant les jours précédents de tension extrême qui s'étaient joués entre eux.

Shina releva la tête et de peur de croiser à nouveau son regard, son regard d'acier se porta vers les trois mammifères. Telle une douce mélodie, elle se laissa porter par les chuchotis doux et apaisants du jeune homme qui lui parlait en grec avec une pointe d'accent russe qu'elle ne se lassait pas d'entendre. Il fallait souligner que rares avaient été les discussions dépassant plus de deux phrases avec son hôte, alors la jeune femme appréciait cet échange, pour le peu, inhabituel. Il continua à lui raconter la vie de Volia, ses habitudes, sa vie de famille. Un tel respect transparaissait dans sa voix ! Un instant, on aurait pu croire qu'il lui parlait d'un ami.

Alors que les animaux s'éloignaient doucement, Hyôga la tira de sa rêverie en lui tapotant l'épaule droite. Surprise et peu habituée à ce qu'il initie un contact physique avec elle en dehors des entraînements, elle tourna la tête vivement, lâchant un hoquet de surprise. Hyôga avait déjà reculé et se tenait debout, le regard posé sur la maisonnette. Le chevalier des glaces avait repris le dessus sur l'ange. A contrecœur, Shina quitta son point de vue sur la petite famille et le rejoignit.

Le froid était terrible, leurs vêtements étaient trempés par la neige et les températures descendaient trop rapidement au goût de la jeune femme qui serrait la couverture humide contre ses flancs. Ce fut avec satisfaction qu'enfin, ils franchirent le seuil de la maison pour s'abriter des flocons qui s'abattaient à nouveau paresseusement sur la plaine déserte.

Tapant des pieds sur le sol pour se défaire de la glace qui agrippait ses chaussures et ses mollets, Shina n'avait de cesse de se frotter les bras pour réactiver la circulation sanguine de ses membres engourdis. D'une flambée de cosmos, son armure la quitta pour se reformer près de l'urne sacrée du Cygne. Hyôga avait posé son manteau sur la patère et avait déjà disparu derrière la porte en bois à côté de la cheminée, désespérément vide de flammes.

Elle se retrouva seule dans cette pièce, où l'obscurité prenait plus d'importance de seconde en seconde. Le silence s'invitait et Shina n'aimait pas cette sensation qu'elle ressentait : l'isolement. Hyôga était parti dans l'autre pièce et elle n'aimait pas cela. Pas ici. Pas maintenant. Pas après avoir été témoin de ce cadeau qui lui avait été offert : celui d'avoir vu la Vie. Oui, la vie dans cette contrée désolée, mais surtout, la vie dans sa voix. De lui-même, il s'était montré 'humain'. A cette évocation, un léger sourire se redessina sur son faciès masqué. Elle avait été touchée par cette facette, elle avait entendu l'ange blond. Et elle s'était sentie vivante. Elle ne savait pas pourquoi, ni comment, mais cette preuve de considération envers elle l'avait vraiment touchée. Hyôga était...

« Tiens, prends ça ! »

Elle sursauta. La voix froide mais calme dudit Hyôga résonna à ses tympans, brisant par la même le silence qui régnait dans la pièce. Elle se retourna et se retrouva pratiquement nez à nez avec lui. Malgré cette proximité, seuls sa chevelure claire et l'éclat intense de son unique œil lui furent visibles. Tout le reste de son visage était masqué par les ombres de la nuit. Juste un reflet d'or et une pépite étincelante.

Nouveau sourire un peu bêta de la jeune femme, soudainement intimidée par son voisin.

« Tu auras plus chaud. »

Elle sentit sur ses avant-bras dénudés, le moelleux d'un tissu chaud qui chatouillait sa peau glacée. Elle baissa les yeux, se détachant ainsi de son hypnotisme et prit le tas de vêtements qu'il lui tendait. Elle se mordit la lèvre inférieure lorsque ses doigts effleurèrent ceux de Hyôga par inadvertance. Son cœur se mit à battre la chamade. Une douce chaleur envahissait ses joues, lui donnant furieusement chaud tout à coup. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Elle ne se contrôlait plus lorsqu'il se montrait si prévenant, cela ne lui ressemblait pas. Ni à lui, ni à elle. Elle devait se reprendre et vite ! Pour qui la prendrait-il ?

« Il ne faudrait pas que tu tombes malade. Tu es trempée.

— A qui la faute ?, grogna-t-elle pour la forme, satisfaite de ne pas entendre le son de sa voix trahir son émotion.

— La mienne, j'en conviens. »

Surprise par cette réponse, Shina releva la tête pour planter ses yeux dans ceux de son vis-à-vis. Entre ombre et lumière, son regard inquisiteur accrocha une mèche de cheveux blonde qui caressait l'arrondi de sa joue gauche. Un clignement de paupière révéla le bleu pur et pénétrant de son œil et elle ne put réprimer cette phrase qui éclata dans sa tête telle une révélation divine : Par Athéna, il est d'une beauté remarquable.

Encore plus troublée que précédemment, elle esquissa un pas en arrière, pour se donner une certaine contenance. Hyôga, lui, n'avait pas cillé une seconde. Il se tenait le dos droit, fier et la fixait dans les yeux, comme à son habitude. Il venait de reconnaître un tort, lui, le fabuleux Chevalier des glaces, et pourtant, son visage n'exprimait toujours aucune émotion, pas même l'esquisse de la plus petite gêne quant à cet aveu. Non, il était semblable à lui-même. Il aurait annoncé que le repas était prêt, qu'il n'aurait pas eu une autre attitude.

Il était vraiment passé maître dans l'art de masquer ses émotions. Longtemps, elle l'avait cru sans cœur, mais à présent qu'elle l'avait côtoyé de plus près, elle savait qu'il n'en était rien. Oh, non !

Un mouvement fugitif devant elle et déjà, la silhouette du Russe disparaissait dans les ténèbres. Ce fut sa voix, sur sa gauche, qui lui indiqua sa direction : la cheminée et sa douce chaleur...

« Normalement, je me contente de les approcher doucement sans me vautrer dans la neige, mais…

— De quoi ? », papillonna-t-elle des paupières derrière son masque, incrédule. Shina s'était figée, n'étant pas certaine d'avoir bien saisi le sens de cette phrase.

Hyôga s'interrompit sous l'éclat de voix surpris de la jeune femme.

« Est-ce que j'ai bien compris ce que tu viens de dire, Hyôga ?

— Ma phrase était parfaitement claire, alors je pense que...

— Ne pense pas !, ordonna-t-elle. Oh, non ! Ne pense plus du tout, même ! Je t'en saurais gré ! »

Shina n'en croyait pas ses oreilles.

Alors comme cela, 'normalement', tu te contentes d'approcher les ours, tout simplement ! Mais pour qui tu me prends ? Comme si j'étais incapable d'en faire autant ? Non mais c'est pas croyable ! Quel manque de considération ! Je suis Chevalier, par Athéna ! Et un Chevalier d'argent qui plus est ! Non, mais de quel droit se permet-il de me juger ?

La colère s'insinuait en elle, bouillonnante et vibrante, prête à éclater comme au premier jour. Elle le croyait différent… Elle pensait qu'il avait changé, qu'il la considérait comme son égal - même si elle lui était supérieure hiérarchiquement parlant - mais non, toujours cet air supérieur, cette condescendance envers elle ! Cela la rendait malade. Elle le détestait. Les poings serrés, la mâchoire crispée, la jeune femme tentait tant bien que mal de se contrôler, pour ne pas lui sauter au cou, pour ne pas l'étrangler pour de bon, cet esquimau présomptueux.

Qu'est-ce qui lui prenait tout à coup ? Qu'est-ce qu'il avait encore dit pour la vexer ? Hyôga avait cru un moment que la Shina coléreuse et aigrie du début avait disparu pour laisser place à quelqu'un d'assez sympathique pour un Chevalier d'argent, mais force de constater qu'il n'en était rien. Quelle mouche l'avait piquée ? Il n'avait rien dit ou rien fait de mal qui puisse la mettre dans un état pareil, et pourtant il pouvait sentir la rancœur émaner de la jeune femme.

Dans les ténèbres de la pièce malgré la fenêtre près de son lit qui apportait un peu de clarté, il distinguait sa silhouette sombre qui se découpait du reste de la pièce. Il devinait son corps tendu, ses muscles bandés prêt à surgir de l'ombre pour fondre sur lui. Aussi sûrement que s'il l'avait eue sous les yeux en pleine lumière, il voyait, derrière les quelques mèches vertes plaquées sur son masque d'acier, son regard noir qui le transperçait. Comment devait-il réagir afin de ne pas envenimer la situation ? Il n'en savait strictement rien, tout était toujours mal interprété. Quoi qu'il fasse, il aurait tort.

« Shina ?

— Oh, lâche-moi ! »

Hyôga fronça imperceptiblement les sourcils, surpris par l'intonation agacée de la voix de sa colocataire.

« Qu'est-ce qui se passe ? Encore, aurait-il voulu rajouter.

— Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ?, demanda-t-elle plus fort, une pointe moqueuse en sus. Non, mais je rêve ! J'aurais tout entendu ! »

Elle s'était avancée vers lui, faisant claquer ses talons sur le sol en bois avec rage et, à quelques centimètres de son visage, s'immobilisa pour planter son regard d'acier dans le sien, impassible.

« Monsieur-je-suis-meilleur-que-tout-le-monde-et-je- me-charge-de-vous-le-faire-comprendre !

— …

— Mais pour qui tu te prends, Hyôga, hein ? De quel droit tu te permets d'émettre un quelconque jugement sur moi ?, s'emporta-t-elle en le poussant violemment au niveau des épaules.

— Un jugement ? »

Le jeune homme était perdu et ne comprenait pas du tout pourquoi elle réagissait ainsi.

« Oui, parfaitement ! Un jugement ! Tu me regardes de ton air supérieur comme si j'étais une moins-que-rien mais je suis CHEVALIER !... Un Chevalier d'argent même ! Et toi, toi, tu n'es qu'un Chevalier de bronze ! »

Elle le repoussa à nouveau, ses ongles s'enfonçant dans ses chairs, l'obligeant à faire un pas en arrière pour se stabiliser.

« Alors cesse tout de suite de penser à ma place !, ordonna-t-elle froidement. De quel droit... ? Non, mais de quel droit... ?

— Shina, rep... »

Elle ne lui laissa pas la moindre possibilité de répliquer.

« De quel droit es-tu intervenu au Sanctuaire, d'abord ? »

Sa voix venait de monter d'un cran, sèche et empreinte d'une colère qui ne demandait qu'à sortir. Il l'avait compris, la moindre parole de sa part et elle ne répondait plus de rien. Alors, Hyôga obéit et écouta calmement les remarques acerbes de la jeune femme, les intégra pour les analyser à mesure qu'elle crachait son venin.

« Je ne t'ai rien demandé à ce que je sache. »

Elle commençait à crier à présent, le repoussant toujours plus énergiquement.

« ...

— De quels droits m'as-tu kidnappé pour m'emprisonner ici ? » Elle rugissait littéralement, enfonçant toujours ses ongles acérés dans les muscles de ses épaules, plus fort à chaque réplique. Elle était en colère et c'était un euphémisme. « De quel droit as-tu jugé mes capacités d'approcher ou non des ours, hein ?

— ...

— Non, mais tu te prends pour qui ? Tu me prends pour qui ?

— Je…

— Tais-toi ! », cracha-t-elle. Elle s'était immobilisée face à lui, son index martelait seul, à présent, sa poitrine. « Je ne veux pas t'entendre !... Hyôga, je ne suis pas une de ces midinettes qui a peur de son ombre, ni une fille qui a besoin qu'on se porte à son secours ! Je suis un Chevalier ! Tu comprends ? Un Chevalier, tout comme toi. Alors tes pensées aussi pures soient-elles, tu te les gardes ! »

Le regard rivé sur la bouche immobile du masque qu'arborait Shina, Hyôga ne lui donna pas le plaisir de répliquer. Une confrontation, encore. Que cherchait-elle ?

Toujours face à lui, elle posa les poings sur ses hanches, en signe de supériorité peut-être, il ne savait pas. Cependant, cette position le fit reculer d'un pas, comme mû par l'instinct de survie. Elle le menaçait ouvertement. Il devait réfléchir très vite à une façon de désamorcer l'humeur massacrante de sa collègue sinon, il ne pouvait prédire ce qui se passerait. Mais surtout ne pas lui montrer le trouble qui l'habitait. Comme le disait Camus, la moindre brèche dans sa carapace de glace et l'ennemi s'y infiltrait immédiatement. Et l'ennemi, en l'occurrence, c'était Shina. Et nul doute, qu'elle saurait trouver la faille et l'exploiter.

« Tu fuis, Cygnus ? »

Merde ! Imperceptiblement, Hyôga se redressa, toujours le regard rivé au sien, il serra les mâchoires et s'efforça de lui présenter un visage de marbre, imperméable à la moindre émotion qui l'envahissait. Un bloc froid, mort et une voix neutre et posée.

« Shina, tu te méprends à mon sujet.

— Ah oui ? J'aimerai bien voir ça, Cygnus. »

Il n'aimait pas la façon dont elle prononçait son titre. Une pointe de moquerie, comme si elle se jouait de lui. Il n'aimait pas cela du tout, mais il devait passer outre et faire fi de ses répliques quelles qu'elles soient !

« Je suis intervenu au Sanctuaire, comme je l'aurais fait avec n'importe lequel de mes amis…

— On n'est pas ami !... Et je doute même que tu en aies. »

Je n'aurais pas dû utiliser ce mot, frère d'armes aurait mieux convenu.

Ne prenant pas gré de cette remarque, le Russe poursuivit froidement sans se démonter : « On a combattu ensemble... pour sauver Athéna. D'une certaine façon, nous avons remis nos vies dans les mains de l'autre. Nous sommes, comme tu le dis : des Chevaliers. Des Chevaliers qui se respectent les uns les autres. Venir en aide à ceux qui en ont besoin fait partie de nos attributions.

— Je n'avais pas besoin de toi. Jamais ! »

Ne voulant pas remettre de l'huile sur le feu, Hyôga ignora sa réponse. De toute façon, elle trouverait toujours quelque chose à lui redire pour son intervention au Sanctuaire. Elle ne le lui pardonnait pas ; il l'avait bien compris.

« Et je ne t'ai pas kidnappé, non plus. Tu es libre et tu le sais ! Une femme comme toi ne se laisse pas emprisonner. Admets-le !

— Je… »

Elle avait levé la main pour le gifler, mais il la stoppa dans son élan. Pressentant le coup, Hyôga s'était saisi de son poignet.

« Cette situation, moi non plus, je ne l'ai pas choisie, alors il faut en prendre notre partie. Quant à la famille d'ours polaire, si nous ne nous sommes pas approchés, ce n'est pas à cause de toi… Je ne remets pas en cause tes qualités de Chevalier, bien que tu en doutes. La femelle ne te connaît pas, tout simplement. Les ours polaires sont connus pour être les plus grands prédateurs terrestres. Leurs réactions sont imprévisibles surtout quand la vie de leur petit est en jeu. Volia et elle auraient pu nous faire passer un sale quart d'heure malgré nos aptitudes au combat. »

Il avait fait mouche. Il vit les muscles de son cou saillir, comme si elle serrait les mâchoires. Mais la connaissant, la partie n'était pas finie. S'il ne la tenait pas en respect rapidement, la situation pourrait encore dégénérer. Et il ne voulait pas à avoir à courir derrière elle en pleine nuit dans la plaine déserte. Une fois suffisait amplement.

A son grand regret, il avait vu juste car, sans se démonter, le Chevalier d'argent retenta de le gifler, avec sa main gauche cette fois-ci ; malheureusement pour elle, son attaque perfide fut également maîtrisée par la poigne solide du Russe.

Il la tenait en sa possession, à présent. Il y avait toujours eu une relation de force entre eux, depuis le premier jour. Ils n'avaient su communiquer que de cette manière, à qui aurait le pouvoir sur l'autre, mais la question n'était pas là. Hyôga se fichait éperdument d'avoir de l'ascendant sur elle. Ce qu'il voulait, c'était la paix, rien d'autre. Qu'on le laisse tranquille avec ses doutes, sa culpabilité et ses remords. Mais avec elle, c'était tout bonnement impossible. Jamais, elle ne lâchait quoi que ce soit, toujours sur la défensive, tout le temps sur le qui-vive. N'avait-elle confiance en rien, ni en personne, si ce n'était en Athéna ?

Plongeant droit son regard dans les orbes d'acier qui lui faisaient face, Hyôga s'interrogeait de plus en plus sur celle qui partageait sa vie depuis plusieurs jours à présent. Pourquoi tant de rage et de haine envers les autres ? Envers lui ? Qu'est-ce qui avait pu la conduire à de telles extrémités ? Mais à ses questions, le Cygne savait qu'il n'obtiendrait aucune réponse, en tout cas pas dans un avenir proche, il en était certain. Trop d'animosité entre eux, trop de rivalité peut-être, trop d'incompréhension.

La sentant se débattre pour échapper à son contrôle, Hyôga resserra quelque peu sa prise sur elle, et d'un mouvement souple, écarta ses poings qui se dressaient entre eux et rapprocha leurs corps, doucement, la forçant à faire un pas vers lui. Plus près, encore plus près, trop près peut-être. Oui, beaucoup trop près, assurément.

A présent, à peine quelques centimètres les séparaient. A chaque respiration, il pouvait sentir sa poitrine frôler son torse, juste une sensation très légère, mais déjà beaucoup trop intime. Trop intime pour lui qui voulait rejeter son côté humain, ses émotions. Comment se contrôler alors qu'elle se trouvait si proche de lui ?

Elle ne bronchait pas, ni ne tentait de s'éloigner. Tout juste, une légère tentative d'échappatoire, un soubresaut dans ses avant-bras, rien de bien défini. Et toujours ses orbes gris et sans vie qui le fixaient sans détour, qui le dévisageaient, qui l'hypnotisaient. Et toujours cette question qui le hantait de plus en plus à chaque minute : mais que pouvait bien cacher ce masque ? Qui s'abritait derrière ce faux-semblant ?

Ses mains glissèrent lentement sur les fins poignets pour assurer une meilleure prise. Un mouvement doux, presque caressant, et ses doigts trouvèrent leur place au milieu de ses paumes de main, empêchant par la même tout mouvement de poignet qui lui donnerait l'impulsion de se débattre.

Son souffle se fit plus court, le sien également et il dut déglutir pour calmer le rythme trop rapide que son cœur commençait à prendre. Un emballement étrange pour l'insensible bronze qui luttait intérieurement pour ne pas se laisser submerger par la chaleur que ce simple contact engendrait chez lui. Une envie accrue d'accentuer le mouvement, un besoin presque douloureux de la sentir plus près de lui. Hyôga n'aimait pas ça, cette sensation, ce... désir. Car c'était bien ce qu'il ressentait, là, immédiatement. Une brûlure dans ses entrailles qui se propageait à tout son corps.

Et toujours ce silence entre eux, cette tension qui les quittait trop rarement.

« Lâche-moi, Cygnus. »

Ce n'était pas un ordre, ni une requête. Pas une once d'amabilité, ni d'animosité. Sa voix était ferme, mais pas autoritaire. Alors, Hyôga n'écouta pas. Il ne voulait pas.

Au contraire, son étreinte se fit plus appuyée. Un petit gémissement s'échappa de la femme qu'il tenait sous son joug, dans ses bras. Presque dans ses bras. D'un mouvement fluide, il avança vers elle, se rapprocha davantage qu'il ne l'était déjà et passa ses bras prisonniers derrière son dos, collant tout son corps contre le sien, sa poitrine s'écrasant contre son torse.

Toujours leur regard rivé l'un à l'autre...
Et toujours ce silence lourd et pesant entre eux...
Encore cette tension, difficile à définir, qui les liait...
Et encore le désir troublant qui ébranlait tout son être...

Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, la proximité le rendait mal à l'aise et pourtant, c'était bien lui qui l'avait initié, ce contact. Une intimité imposée de force... Malgré lui, contre sa volonté, son corps bougea. Son visage s'approcha du sien, impénétrable. Son nez se perdit dans sa chevelure humide et sa bouche glissa jusqu'à son oreille pour lui murmurer :

« Shina, je ne suis pas ton ennemi et je ne l'ai jamais été. »

Elle l'écoutait, immobile. Pas la moindre réponse, pas la plus petite réplique cinglante, ni un léger soubresaut. Rien. L'avait-elle entendu ? Il resta ainsi deux peut-être trois secondes avant de briser cette proximité.

Ses mains relâchèrent ses poignets, presque à regret. Son corps se détacha du sien, si brûlant. Il ne put soutenir son regard qu'il devinait noir et coléreux derrière ce masque d'indifférence. Après quelques pas en arrière, il se retourna et fixa la porte de la salle de bains.

« Je suis désolé si mon attitude t'a d'une quelconque façon blessée. Ce n'était pas mon intention… Et sache, que je ne considère pas le fait de s'excuser comme une faiblesse. Il faut beaucoup de courage pour reconnaître ses erreurs et les assumer. Tout le monde ne peut pas s'en enorgueillir… »

Et le Russe disparut derrière la porte en bois qui se referma silencieusement derrière lui, laissant une Shina désappointée, médusée et silencieuse.

« Je ne suis pas ton ennemi et je ne l'ai jamais été. »

Cette phrase anodine tournait en boucle dans sa tête, tandis que ses yeux fixaient la porte en bois qui venait de se refermer devant elle. Bien sûr qu'il n'était pas son ennemi, elle le savait.

Shina ne pouvait plus esquisser le moindre geste, tant la surprise lui avait scié les jambes. Ce n'était pas tant cette phrase qui la perturbait, mais la façon dont il la lui avait dite. Tout doucement à l'oreille, presque... tendrement. Un frisson irrépressible parcourut son échine pour s'arrêter dans ses reins provoquant un plaisir délicieux et douloureux dans son ventre. Un souffle doux, une voix rauque qui lui avait murmuré ces mots presque... sensuellement.

Et Shina restait là, debout, immobile au centre de la pièce. Son esprit à des lieues de là, perdu elle ne savait où. La seule chose dont elle avait encore conscience était son corps qui se sentait ridiculement vide et froid. Pas froid parce que la température de la pièce n'était pas très élevée mais froid parce que les bras de Hyôga ne l'entouraient plus. Et vide, parce que tout simplement personne ne l'avait jamais touchée à ce point.

Lui, l'homme de glace si indifférent ; lui, qui n'offrait que trop rarement une trace d'humanité, l'avait prise dans ses bras. Bon d'accord, il l'empêchait de le gifler, mais après ? Pourquoi ce rapprochement ? Il aurait pu se contenter de simplement lui dire ces mots ou faire bien autre chose. Elle ne comprenait pas.

Elle revoyait son œil briller comme rarement elle l'avait vu. D'ordinaire, il n'y avait rien dans son orbe translucide, juste un froid mur de glace saisissant et perturbant, mais pas là. Non, il y avait eu autre chose. Était-il perturbé ? Par ce qu'elle avait dit ? Par elle ?

Shina se secoua la tête mentalement à cette idée saugrenue. Elle fabulait complètement. Qu'est-ce qu'il pouvait ressentir pour elle ? Non. Qu'est-ce qu'il pouvait ressentir tout court ?

Ce questionnement eut le don de lui faire reprendre ses esprits et la recadrer dans la réalité. Elle devait oublier cette sensation étrange qui la parcourait et se recentrer.

« Je ne suis pas ton ennemi et je ne l'ai jamais été. »

A y réfléchir un peu plus, c'était vrai qu'elle avait agi avec lui comme elle l'aurait fait avec un ennemi, justement. A cet instant, des brides de combat à Asguard ou au Sanctuaire de Poséidon lui revinrent en mémoire. Comment avait-elle pu oublier que tous avaient combattu au péril de leur vie pour sauver Athéna qui endurait mille tourments lors de sa lutte acharnée contre le dieu des Océans ? Comme elle, Hyôga avait offert sa vie pour que l'un de ses compagnons d'armes arrive vivant au palais pour sauver Athéna. A plusieurs reprises, le Chevalier du Cygne avait oublié sa propre vie au nom de sa déesse. Ils avaient lutté ensemble.

Non, bien sûr qu'il n'était pas son ennemi. Ne l'avait-il pas sauvé des mains de Borée ? Ne l'avait-il pas soigné et protégé dans sa propre maison ? Ne l'avait-il pas aidé à se remettre de ses blessures et entraîné ? Oui, oui et encore oui. Malgré son attitude rigide et fermée, qui n'avait rien d'outrageant comme elle aimait penser, il l'avait supportée, elle et sa mauvaise humeur. Il lui avait même montré un petit peu de son être intérieur en la personne de l'ange blond ; peut-être malgré lui, bien évidemment. Quoique ? Cet après-midi, il avait volontairement parlé de son passé, de sa vie ici avec Volia, avec son maître. Elle sourit à demi. Non, en fait, il s'était montré beaucoup plus humain et chaleureux qu'elle ne l'avait pensé.

La honte venait de tomber sur ses épaules. Le poids de la culpabilité se fit si lourd tout à coup qu'elle dut s'asseoir sur le lit.

A présent, le bruit de la douche se faisait entendre dans l'autre pièce.

Alors pourquoi agissait-elle ainsi ? Était-ce un excès d'orgueil parce que le bronze qu'il était avait réussi à sublimer son cosmos pour atteindre la puissance d'un Chevalier d'or ? Était-ce de la jalousie parce qu'à présent quoi qu'elle fasse, il serait toujours plus puissant qu'elle ne le serait jamais ? Comment avait-elle pu être assez puérile pour agir de la sorte ? Elle n'était pas mieux que Borée finalement !

Shina se mordit la lèvre inférieure à sang. Si elle en avait été capable, des larmes auraient probablement coulé le long de ses joues. Chose qui ne lui était pas arrivé depuis très longtemps, son cœur était trop sec pour cela. Elle venait d'en prendre conscience à l'instant. De quel droit s'était-elle permise de le juger lui et son maître ? Toute cette rage qu'elle lui vouait, en fait, c'était contre elle qu'elle aurait dû la diriger ! Elle venait de lui faire exactement ce qu'elle lui reprochait.

Hyôga avait raison lorsqu'il parlait des excuses. Elle le savait. Pourtant, jamais elle n'en avait donné, à personne, pas même à Athéna alors qu'elle combattait pour sa perte lorsqu'elle était à la solde du Grand Pope.

« Jamais, je n'ai… à Athéna… »

Shina balbutiait ces mots à haute voix, prenant à peine conscience que non, effectivement, elle n'avait jamais présenté ses regrets à sa déesse pour ses actes passés. Elle avait combattu, oui. Elle avait voulu mourir pour elle, oui. Mais jamais, elle ne s'était excusée. Pas un mot, alors qu'elle l'aurait tuée de ses propres mains à l'époque si Seiya...

Ses poings se serrèrent avec rage, au point que les jointures de ses phalanges en devinrent blanches. Quel piètre Chevalier, elle était !

Sa tête, trop lourde, retomba entre ses mains. Comme c'était difficile de faire face à ses erreurs et douloureux. Ses longs doigts se perdirent dans sa chevelure de jade, tandis qu'un petit gémissement franchissait la barrière serrée que formaient ses lèvres.

Après quelques instants, recroquevillée sur elle-même, son regard se posa sur le tas de vêtements que Hyôga lui avait donné et qui gisait sur le sol, là où elle les avait fait tomber pour s'en prendre au Russe. Doucement, la jeune femme fit quelques pas, se baissa pour les prendre dans ses bras, comme si ces bouts de tissu pouvaient lui apporter un peu de réconfort. S'asseyant à nouveau sur le lit, elle passa sa main dessus pour les caresser comme s'il s'agissait d'un animal apeuré. Mais c'était elle qui était apeurée, presque terrifiée même.

L'eau coulait toujours dans la salle de bains. Hyôga. Son hôte si mystérieux et fascinant. Elle devait lui parler. Sa rédemption lui viendrait des excuses qu'elle ferait à ceux qu'elle avait blessés : Hyôga tout d'abord, puis Athéna, cela allait de soi. Pour les autres... il serait bien assez tôt. Il ne fallait rien précipiter, non plus !

Résignée, Shina retira ses vêtements humides qui lui collaient à la peau. Un frisson glacé la parcourut tout entière. Elle avait froid. La jeune femme se saisit des habits trop grands que le Cygne lui avait prêtés. Tandis qu'elle enfilait un épais pull en laine, ses doigts se posèrent sur ses côtes bandées. La douleur se rappelait à ses bons souvenirs. Une grimace traversa son visage. Décidément, elle n'arrivait pas à s'en dépêtrer. Après avoir revêtu le pantalon un peu trop grand pour elle, Shina se leva et décida d'allumer un grand feu pour se réchauffer, elle et l'atmosphère glaciale des lieux.

Le jet de la douche venait de s'éteindre.


La porte se ferma en un claquement sec, isolant enfin l'hôte de l'isba.

Un tas de vêtements soigneusement plié atterrit sur la chaise attenante à la douche.

Dans un silence religieux, après quelques pas lourds sur le plancher, le seul son qui se répercuta dans la petite salle de bains fut le froncement d'un tissu qu'on retirait avec lenteur, puis le bruit mat d'une étoffe qui s'échouait nonchalamment sur le sol, rapidement suivie par une autre et encore une autre, jusqu'à ce que l'homme soit nu.

Une main pâle se referma sur le robinet et le tourna doucement. Une cascade d'eau chaude s'échappa du pommeau de douche avant d'emporter, avec elle, la silhouette fatiguée du Chevalier du Cygne.

Le jet bouillant s'abattait sur sa nuque, comme une lourde chape de plomb qui s'acharnerait à vouloir le faire plier sous son poids. Ses mains plaquées sur la faïence de la douche, sa jambe droite pliée légèrement en avant pour lui apporter un parfait maintien, Hyôga ne chercha pas à se défaire de cette brutale caresse, pourtant si salvatrice.

Qu'est-ce qui m'a pris ?

La tête basse, un flot lourd et contenu d'eau s'amusait à charrier, le long de la chevelure blonde du Russe, plaquée sur ses joues et son cou, des perles translucides qui se perdaient à la commissure de sa bouche entrouverte. Des sillons luisaient sur la peau veloutée, dessinant les creux et les courbes du corps fin mais musclé du Slave qui s'abandonnait au délice de ces caresses bienfaitrices.

Le Chevalier du Cygne avait perdu son visage de marbre, celui qu'il s'échinait à maintenir et à faire sien à longueur de temps. Ses traits fins dépeignaient un visage las et ennuyé. Il était si fatigué. Ses paupières s'ouvrirent doucement, ses longs cils s'élevèrent malgré le poids de quelques gouttes d'eau qui les ornaient délicatement... Un regard d'un bleu délavé apparut, révélant deux orbes si clairs qu'un instant la couleur semblait disparaître pour ne révéler qu'un iris transparent.

Un éclat brillant scintilla dans ses prunelles avant de s'évanouir dans un clignement de paupière. Une perle glissa avec une lenteur insoutenable le long d'une joue légèrement rougie sous le jet de la douche et se perdit au coin d'une bouche qui se referma en un pli amer. Un sanglot sembla s'échapper de la cabine. Mais avec toute cette eau et le bruit du jet, qui pourrait jurer qu'il s'agissait là d'une manifestation trahissant l'état d'esprit plus que soucieux et torturé du Russe ? Personne et peut-être encore moins le principal concerné.

Un long moment, il se laissa bercer par le flou cotonneux et chaleureux des vapeurs d'eau qui l'entouraient. Son corps semblait se détendre à mesure que le jet bouillant battait ses muscles noués, mais ça ne chassait pas la tempête qui sévissait dans son corps.

Les gouttes d'eau rebondissaient les unes après les autres dans le bac blanc, dans la flaque qui entourait ses pieds. Hyôga se laissait aller à la contemplation des sillons humides qui zébraient la peau pâle de sa cuisse fuselée. Il se laissait hypnotiser par cette eau qui s'échappait immuablement dans le siphon. Son propre corps n'était plus qu'une vague silhouette, un semblant d'enveloppe charnelle que son regard résigné ne voyait pas. Il était lavé, vidé, épuisé de cette lutte perpétuelle qui se jouait dans son esprit.

Faire le vide...
Oublier...
Rien qu'un instant de paix...

Juste cela. Il n'en demandait pas plus. Son esprit tentait de s'évader, noyé sous le bruit mat et assourdissant du jet qui résonnait à ses oreilles en un murmure apaisant.

Son poing se serra de rage. Il ne se reconnaissait plus. Pourquoi avait-il agit de la sorte ? C'était prendre le bâton pour se faire battre ! Il était déchiré par son devoir de Saint de glace et son instinct en tant qu'homme. Son corps criait oui, alors que son esprit hurlait non. Il allait devenir fou. Il n'y avait pas d'autre explication. Ne pouvait-il pas tout simplement taire toutes ses émotions, ses sentiments si douloureux et oublier ? Non, oublier était un droit, mais lui, il ne le méritait pas. Pas après toutes les horreurs qu'il avait commises. Un mal de tête terrible et lancinant cognait dans son crâne. Ses poings se crispèrent dans sa chevelure, alors que son front se posait sur le carrelage glacé de la douche.

Les yeux clos, il ne voyait pourtant qu'une seule chose : une vague silhouette. L'ombre d'un visage sans expression. Son cœur se serrait. Des orbes glacés qui plongeaient en lui. Son cœur se déchirait. Une chevelure de jade. Son cœur pleurait.


...


Temple du Bélier, Sanctuaire d'Athéna

Une large porte en bois massif se referma lourdement. Milo s'y appuya de tout son poids en soufflant profondément. Il venait de passer l'heure la plus longue qu'il n'ait jamais vécue, depuis un très long moment. Il était vidé. C'était fou ce qu'un entretien avec Mù pouvait être difficile nerveusement.

Ses paupières se refermèrent sur ses beaux yeux turquoise.

Tout s'était pourtant bien passé. Mù avait été cordial et accueillant. Son sourire ne révélait aucune mesquinerie, ni la moindre animosité. Tout dans l'Atlante respirait la bonté et la grandeur d'âme. Après lui avoir proposé à boire, il l'avait laissé prendre la parole, devinant que si Milo était venu le voir, ce n'était pas juste pour une simple visite de courtoisie.

Le Grec avait été calme à l'image de son collègue et avait pu exposer rapidement les raisons de sa venue. Mù l'avait écouté sans mot dire, en buvant son thé, son regard d'améthyste rivé sur lui, le fixant sans jamais ciller. Par Athéna, que ses yeux l'avaient perturbé ! Il les revoyait encore : deux orbes magnifiques d'une couleur si rare que c'en était troublant. Un regard pénétrant et très profond, adouci par son absence de sourcil. Le fougueux Scorpion s'était senti démuni et très mal à l'aise face à lui tout à coup et avait dû boire sa tasse de thé au jasmin d'une seule traite pour pouvoir reprendre une contenance acceptable. Et Zeus savait à quel point, il détestait ça ! Mù avait dû s'en apercevoir, car ce fut avec un sourire compatissant qu'il avait accepté de l'accompagner jusqu'au chevet du Cygne, sans plus d'explication.

Un grand sourire se dessina sur le visage halé du huitième gardien, laissant apparaître une rangée de dents bien blanches et alignées. Il ne put réprimer un ricanement amusé. Comment un homme comme Mù pouvait-il le mettre dans un tel état ? Lui, le dernier assassin en titre de la garde dorée !

Mais Milo connaissait déjà la réponse. Bien que du même âge que lui, Mù était d'un calme olympien et d'une sagesse digne de celle du Vieux Maître. Il avait tout de même été le disciple du Grand Pope, le vrai ! Shion, l'ancien Chevalier d'or du Bélier. Ce n'était pas rien, non plus. Qui pouvait se targuer d'avoir bénéficié de l'enseignement d'un Chevalier d'or ? A sa connaissance, il y n'avait qu'Aïolia avec son frère aîné, Hyôga avec Camus -il ne put réprimer un petit rictus amusé- et Mù.

Toutefois, Milo restait sur ses gardes. Le Tibétain avait accepté de venir avec lui, mais ne lui avait fait aucune promesse. Et connaissant la réputation du premier gardien, si celui-ci accédait à sa requête, cela ne se ferait pas sans contrepartie. Car bien que Mù soit le Saint d'or du Bélier, il n'était pas un mouton bien gentil qui acceptait tout sans rechigner. Le chemin qui menait à sa demeure à Jamir en était un parfait exemple. Pour pouvoir bénéficier de son aide, tout Chevalier, quel qu'il soit, devait prouver sa valeur ou le bien-fondé de sa cause.

Il ne fallait pas se laisser berner par sa beauté, ses grands yeux énigmatiques, son sourire rassurant ou sa longue chevelure mauve, car derrière cette finesse de trait ou cette bonté qui transparaissait de sa personne se cachaient un redoutable Chevalier. Peut-être même l'un des plus puissants de l'ordre de la chevalerie. N'avait-il pas pour mission de protéger la première maison du Zodiaque ? Celle par laquelle les ennemis d'Athéna passaient inévitablement ? Il était le premier rempart de la déesse, celui parmi les douze qui combattrait le plus d'ennemis.

Oui, sans aucun doute, Mù était un grand Chevalier d'or, doté d'une volonté de fer, d'un grand courage, d'une noblesse d'âme certaine et d'une gentillesse sans égale... Bien sûr, le Grec pensait cela en toute objectivité, pas parce qu'il avait accepté de l'accompagner au chevet de Hyôga. Même sans cela, Milo aurait considéré l'Atlante ainsi, mais il fallait bien avouer que sa réponse plutôt favorable à sa requête ne pouvait que jouer en sa faveur !

Les mains dans ses cheveux pour écarter quelques mèches rebelles de son front, Milo ne put masquer le soulagement qu'il avait de savoir qu'il y avait, peut-être, une petite lumière au bout du tunnel et elle s'appelait Mù du Bélier.

Se redressant, le Grec se décolla de la porte des appartements de 'son sauveur' et, un sourire béat aux lèvres, prit la direction des marches ascendantes du Sanctuaire.

« Milo ! »

La voix de Mù résonna derrière lui. Ledit Milo se figea soudainement, comme foudroyé.

Par Athéna, ne me dites pas qu'il refuse maintenant ? Non, non, non. Pitié !

Ce n'était peut-être pas très noble de penser ainsi pour un Chevalier d'or, mais au point où il en était rendu, Milo s'en fichait éperdument. Respirant un grand coup, se parant de son air le plus détaché, le Scorpion se retourna vers l'homme qui l'interpellait :

« Mù ? Il y a un problème ? », demanda-t-il le plus naturellement possible, un léger froncement de sourcil à l'appui.

Le premier gardien se tenait bien droit dans l'encadrement de la porte et posait sur lui son regard pénétrant. Des orbes violets qui pouvaient lire en lui sans aucun doute. Le saurait-il d'ailleurs, si tel était le cas ? Cet échange muet ne dura qu'une fraction de seconde, mais pour des hommes comme eux, capable de se déplacer à la vitesse de la lumière, c'était long une fraction de seconde !

« Tu es parti si vite que tu ne m'as pas dit quand tu souhaitais que je t'accompagne.

— Ah ! Euh... Dans une heure, le temps que je me prépare, ça te va ? »

Un franc sourire lui fut adressé en guise de réponse, au grand soulagement de Milo.

« Très bien. A tout à l'heure. »

Un hochement de tête plus tard et le huitième gardien du Zodiaque avait disparu entre les colonnes du premier temple. Non, vraiment Mù était quelqu'un de bien.


Après avoir négocié son passage dans la cinquième maison, gardée par son fidèle ami du Lion, Milo descendit les marches ancestrales à une vitesse impressionnante, comme porté par l'allégresse. Cependant, il se figea en pleine course sur le parvis arrière du temple du Bélier, n'étant pas certain que sa vue ne lui jouait pas un tour.

Mù l'attendait patiemment, adossé à l'ombre de l'une des hautes colonnes de marbre de son temple, les bras croisés sur la poitrine. Il y avait quelque chose d'étrange. Tandis qu'il s'avançait plus calmement vers lui, il ne put s'empêcher de le détailler. Sa longue chevelure mauve était coiffée en catogan et des mèches encadraient son visage fin ; sa tête baissée, il ne pouvait voir plus en détail ses yeux, si intrigants. Ses larges épaules, qui semblaient taillées dans le roc, étaient mises en valeur par un tee-shirt clair qui épousait parfaitement ses formes. Milo ne put s'empêcher de se faire la réflexion que le Bélier était vraiment bien bâti. Son jean, parfaitement ajusté, révélait la puissance de ses cuisses et accentuait l'impression de longueur de ses jambes. Tee-shirt ? Jean ?

Ses sourcils se froncèrent, créant une ride marquée sur son front. Ah, c'était ça, le détail qui l'avait perturbé !

Ce fut à cet instant, où l'illumination atteignit le Scorpion, que l'Atlante releva la tête et lui adressa un large sourire.

« Milo, je me demandais si j'avais bien compris l'heure.

— Ah euh... Oui, désolé du retard, répondit-il mécaniquement, le regard toujours rivé sur la silhouette nouvellement révélée du Tibétain. Aïolia s'est subitement découvert l'âme d'un Bouddha... et s'est senti dans l'obligation... de me faire passer au crible, comme Shaka le...

— Quelque chose ne va pas, Milo ? »

La voix douce et avenante de Mù le tira de sa pseudo-contemplation.

« Si, si... Mù, je peux te poser une question ? Ne le prends pas mal surtout, ce n'est pas une critique...

— Toutes les critiques ne sont pas mauvaises. Qu'est-ce qu'il y a ?

— Tes vêtements...

— ...

— Où... Que sont devenus tes vêtements habituels ? Ceux que tu portes tout le temps ? Tu sais le châle, ton pantalon en toile... Tout ça, quoi. »

Un rire léger et cristallin lui répondit, laissant le Scorpion sans voix et perplexe.

« Milo, tu sais, je ne vis pas seulement au Sanctuaire ou à Jamir. Moi aussi, il m'arrive de sortir sur le continent, de vivre comme tout le monde. »

Le Grec se sentit soudainement très bête. Pas une seule seconde, il n'avait imaginé que Mù pouvait être un homme comme lui, 'normal'. Non, pour lui, le Tibétain était à part, différent. Définitivement, le Bélier lui plaisait énormément.

Se remettant de sa surprise, il enjoignit l'Atlante à le suivre avec un grand sourire.

Sur le chemin les menant à Hyôga, le Scorpion se détendit peu à peu au contact du Bélier. La bonne humeur régnait entre les deux hommes qui avaient rarement eu l'occasion d'échanger ensemble. De vraiment discuter. Les entraînements en communs ou les conseils ne pouvaient décemment pas être assimilés à des discussions. Il était vraiment dommage d'avoir attendu tout ce temps et la tragédie qui touchait son ami Hyôga pour que Milo fasse un premier pas vers Mù. Mais mieux valait tard que jamais. Il en parlerait à Aïolia et ils se réuniraient tous : Mù, Aldébaran, et même Shaka que le Lion affectionnait tant - pour une raison qu'il ne s'expliquait pas - et ils apprendraient à mieux se connaître.

Sur l'embarcation sommaire qui les menait sur la côte grecque, les deux hommes s'observaient discrètement. Une certaine gêne persistait entre eux malgré tout. Le soleil brillait de ses rayons bienfaiteurs. La mer paisible s'amusait à leur renvoyer des éclats douloureux de lumière, les forçant à plisser les yeux. Les mains sur le bastingage, un large sourire incrusté sur un visage offert à l'immensité de la mer Egée, Milo respirait à plein poumon l'air iodé, tandis que ses longues boucles bleues s'emmêlaient avec sauvagerie, pour ne pas changer. Il détestait cette tignasse indisciplinée mais bon, Camus l'aimait. Il passait son temps à caresser ses cheveux lorsqu'il dormait la tête sur ses genoux et Milo aimait plus que tout sentir ses doigts glacés sur lui, même dans ses cheveux ! Alors, il ne les coupait pas, pour lui, même maintenant ; et puis, il s'y était fait, enfin presque.

Le regard joyeux du Grec se posa sur le profil de l'Atlante qui semblait lui aussi plongé dans ses pensées. Une de ses mèches mauves claquait sur sa joue, mais le Bélier ne semblait pas s'en apercevoir. Avec la mer lumineuse en arrière-plan et l'éclat du soleil qui se reflétait dans sa longue chevelure, il semblait être un être surnaturel perdu parmi le commun des mortels. Mù avait-il déjà aimé quelqu'un ? Peut-être était-ce le cas ? Il n'en savait rien, il ne le connaissait pas assez pour lui demander, de plus cela ne le regardait pas. Il n'y avait pas grandes rumeurs qui circulaient sur son compte, alors on pouvait penser que non. Que savait-on du premier gardien du Zodiaque exactement ? Juste, ce qu'il voulait bien que l'on sache de lui, c'est-à-dire pas grand chose.

En y regardant de plus près, au fond de ses prunelles améthyste se lisait une certaine tristesse. Milo n'était pas connu pour sa discrétion et espérait que Mù ne s'offusquerait pas de cette... observation minutieuse, mais habitué à percer les mystères des Saints de glace, il avait pris cette mauvaise habitude. Comment deviner autrement ce que pensait vraiment Camus ou Hyôga ?

Voulant chasser ce petit air mélancolique du regard de l'Atlante, Milo se mit à meubler le silence et parla sans discontinuer jusqu'à destination, sous les sourires bienveillants de son nouvel interlocuteur.


Les deux hommes avançaient d'un pas alerte et déterminé le long des couloirs de la clinique de la Fondation Graad. Milo, un large sourire aux lèvres, précédait le Tibétain pour le mener à la chambre de Hyôga. Il était fébrile comme un enfant qui attendait un cadeau. Mù ne lui avait rien promis, pourtant. Juste qu'il acceptait de venir et de juger la situation de ses propres yeux. Mais Milo ne pouvait se départir du fait que l'Atlante devait avoir... Non, Mù était la solution au problème de Hyôga ! Certainement que le premier gardien du Zodiaque allait toucher le cœur du Russe pour le ramener avec eux, il trouverait les mots qui lui donneraient envie de revenir dans la réalité.

Mù observait son confrère du huitième temple avec circonspection. Il le connaissait peu, mais suffisamment pour savoir que Milo parlait beaucoup. Trop, pour être naturel, d'ailleurs. Il le savait loquace et bavard, mais généralement, il l'était avec Aïolia, pas avec ceux qu'il côtoyait peu.

Le Scorpion était un homme assez sûr de lui, voir moqueur par moment et fier de sa personne. Ne se mêlant pas aux autres chevaliers, si ce n'étaient ceux de son ordre, soit les Saints d'ors, et encore. Il était un homme difficile à cerner, deux facettes sur un même visage. Il le savait dangereux lors d'un combat, c'était un vrai guerrier qui aimait se battre contre des adversaires puissants et prenait un certain plaisir à leur infliger mille douleurs, même si son attaque ultime laissait la possibilité d'une vie sauve pour son assaillant. Sauve ? La mort ou la folie... Sa réputation n'était plus à faire à ce niveau-là, mais Milo était également connu pour sa loyauté envers Athéna, sa noblesse, son sens du sacrifice et pour une certaine sagesse, car il était assez intelligent pour ravaler sa fierté et reconnaître ses torts le cas échéant. Il avait un bon fond et un grand cœur derrière cette apparence surfaite et son arrogance trompeur.

L'image que le Grec lui renvoyait aujourd'hui était à l'instar de cette personnalité peu connue que Mù soupçonnait. L'Atlante ne ressentait pas cette assurance qui l'habitait d'habitude, au contraire. Derrière ses sourires en coin, ses plaisanteries et son air détaché, il devinait une grande souffrance, une déchirure. Il le cachait très bien d'ailleurs, mais c'était indéniable, Milo souffrait beaucoup.

Ils pénétrèrent un hall lumineux et s'engouffrèrent dans un petit couloir pour prendre un ascenseur. Milo ne parlait plus, se contentant de lui sourire simplement. Sa gêne était palpable, alors le Bélier ne chercha pas plus en avant.

Derrière de lourdes portes à double battant se trouvait le service où résidait Hyôga depuis plusieurs semaines. Les deux hommes franchirent le seuil et Mù fut étonné de voir tout le personnel hospitalier les accueillir aussi chaleureusement. Les hôpitaux n'étaient pas réputés pour être des lieux très conviviaux. D'un geste de la main, Milo salua quelqu'un en direction d'une porte sur leur gauche. Intrigué, Mù tourna la tête, jusqu'à s'en dévisser le cou pour voir ce qui avait retenu l'attention du Scorpion. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit une horde de femmes en blanc, agglutinées derrière la vitre du pupitre infirmier, qui rougissaient à vue d'œil devant le sourire éclatant de Milo ! Des petits cris hystériques traversèrent alors la barrière de verre et des regards langoureux furent lancés dans leur direction.

Quelque peu déstabilisé, l'Atlante leur fit un timide signe de main qui produisit un effet similaire sur leurs admiratrices du jour. L'éclat de rire du huitième gardien le ramena à lui et Mù comprit que cela devait être routinier pour son camarade qui semblait s'amuser d'être le centre d'attention de ces petites mains. Chose qu'il lui confirma de suite, son égo de mâle gonflé à bloc.

Complice malgré lui, le Bélier poursuivit son chemin en compagnie du Scorpion, lorsque tout à coup, il fronça ses points de vie, qui tenaient lieux de sourcils, et se figea un instant au milieu du couloir. Comme un mauvais pressentiment l'assaillait. Ses orbes violets scannèrent les lieux avec avidité à la recherche d'une quelconque anomalie, d'un élément confirmant son impression. Rien. Perplexe, il rattrapa Milo qui ne semblait pas faire attention à cette étrange sensation. Le doute prit possession de lui. Ce n'était pas normal, pas du tout.

A mesure qu'ils s'enfoncèrent dans le couloir, une gêne curieuse s'insinua en lui. Il entendait comme une complainte muette qui berçait ses oreilles en un lointain murmure, une mélodie d'une tristesse infinie.

Mù s'arrêta devant une porte jaune pâle d'où ce chant sinistre semblait parvenir. Sa main blanche se posa sur le panneau de bois et un frisson glacé dévala son échine. Il ne s'était pas trompé. C'était de cette chambre que lui parvenait ce triste appel glacial.

« Mù ? »

L'intéressé sortit de ses pensées pour tourner son regard améthyste vers l'homme qui l'appelait. Milo le fixait avec incrédulité et s'était retourné. Plusieurs pas les séparaient.

« Tu viens ? »

L'atlante fronça à nouveau ses points de vie devant le visage perplexe de Milo qui semblait lui poser une question muette. Mù ne comprenait pas. N'était-il pas arrivé à destination ? Il l'aurait pourtant juré.

« N'est-ce pas… ?

— La chambre de Hyôga ? », coupa le Grec, un sourire désabusé aux lèvres. « Non. C'est celle de Shina. » Devant l'étonnement qui transparaissait sur le visage d'ordinaire serein du Bélier, Milo poursuivit : « Si j'ai demandé ton aide, c'est parce qu'il se passe ici des choses pas très nettes que je ne m'explique pas.

— Je vois. »

Sans un mot de plus, le Bélier rejoignit son camarade et tous deux s'arrêtèrent à la chambre voisine. Un nouveau frisson glacé parcourut tout son être et pourtant, il n'avait pas froid. L'aura qu'il avait ressentie précédemment, émanant de la pièce voisine, semblait redoubler d'intensité.

« Il est ici. »

La voix de Milo, emplie de respect, le surprit. Mù sourit à demi. Le Grec l'étonnait beaucoup, dans le bon sens du terme. Il n'était vraiment pas l'homme superficiel qui paraissait être. Il était touché par l'abnégation et l'amitié profonde qu'il portait à ce Chevalier de bronze, seul homme à l'avoir battu en combat singulier. Le Scorpion s'avérait être un véritable ami et Mù sentit son cœur se gonfler de contentement à l'idée que ce brave Chevalier ait fait appel à lui pour l'aider. Ce n'était pas une poussée d'orgueil, mais il était touché de la confiance qu'il mettait en lui et espérait sincèrement être à même de l'aider.

La porte s'ouvrit lentement révélant un spectacle surprenant. Un léger courant d'air frais habitait la petite chambre du Russe. Rien n'était gelé, mais chacun des objets, qui se trouvaient sous ses yeux, donnaient l'impression d'être prêts à se faire engloutir par une pellicule de glace.

Une plainte silencieuse frappa ses tympans et vint s'inscrire dans son cœur. Il y avait une tristesse infinie et une douleur diffuse dans ce gémissement sourd qui l'entourait.

C'était donc d'ici qu'émanait cette triste mélodie ? Pourtant, j'étais certain que cela venait de la chambre de Shina. Qu'est-ce qui se passe vraiment ici ?

Mù observa Milo qui avançait d'une démarche assurée vers la fenêtre pour l'ouvrir en grand, laissant par-là même les rayons chaleureux du soleil baigner la chambre de leur vive lumière. Puis le cosmos doré de celui-ci s'éleva doucement autour de lui pour réchauffer le lieu de quelques degrés centigrades, ce qui eut le bénéfice d'atténuer le chant macabre qui sifflait à ses oreilles.

Un pincement au cœur de l'Atlante se fit sentir. Combien de fois, le Grec avait-il effectué ces gestes ? Cela semblait être devenu une habitude ancrée en lui, car sans plus d'explication, une chaise lui fut tendue. Milo lui souriait, ne s'apercevant pas que ce qu'il venait de faire était tout sauf quelque chose de naturel.

« Assieds-toi, Mù », lui proposa-t-il.

Puis l'imitant, Milo se tourna vers le Russe et commença à lui parler comme si de rien n'était. Un monologue bien rôdé à première vue, des banalités : le temps qu'il faisait, les nouvelles du Sanctuaire puis enfin sa présence en ce lieu avec un visiteur très spécial.

« Milo ? »

Celui-ci se tourna vers lui, un sourire triste sur ses lèvres.

« Je sais, je suis ridicule. Mais le médecin a dit qu'il pouvait peut-être m'entendre, qu'il lui fallait une stimulation pour le réveiller. Alors, je parle. Aïolia dit que j'ai l'air bête, mais…

— Non, ce n'est pas bête, Milo. »

Un sourire forcé lui répondit, avant qu'une chevelure bleue ne cache le visage du Grec qui s'était retourné vers le Russe. Sans doute, était-il gêné de lui révéler cette expression consternée qui ceignait ses traits à présent.

« Milo, cette aura glacée que l'on ressent, c'est quelque chose d'habituel ?

— Toi aussi, tu l'as sentie ? Malheureusement, oui... Hyôga semble vouloir maintenir la pièce dans une sorte de... comment dire ? D'atmosphère glaciale. Peut-être qu'il se croit en Sibérie ? Je n'en sais rien. » Le Grec fit une courte pause avant de reprendre sur un ton plus léger : « Si ce n'est qu'une fois, j'ai trouvé sa chambre entièrement congelée. Une pellicule de glace recouvrait chaque objet, du sol au plafond. Une vraie patinoire ! J'ai dû intervenir avec mon cosmos pour réchauffer l'air et limiter les dégâts. Sinon, qui sait ce qu'il ferait, hein ? Un saint de glace, perdu en pleine ville d'Athènes en période de canicule ! Le secret entourant les chevaliers d'Athéna serait drôlement remis en question. »

Les prunelles turquoise du Scorpion le fixèrent avec une tristesse saisissante, aussi sûrement que s'il lui criait à quel point il était navré de la situation actuelle. Mù en fut quelque peu retourné, peu habitué à voir un autre homme, un Chevalier d'or et Milo de surcroît, paraître si fragile et désemparé. Cependant, l'expression de son visage viril tranchait totalement avec celle de son regard et ne laissait pas entrevoir la moindre faiblesse, tout comme sa voix, posée et puissante qui reprit de plus belle :

« Depuis, il semble avoir compris, car cela ne s'est pas reproduit. J'aime à penser que, dans son subconscient, Hyôga m'a entendu... Enfin bref, toujours est-il que le froid persiste ici, tout le temps, quoi que je fasse. Peut-être que cela le rassure ? Comment savoir ? Le problème, c'est que je ne suis pas là tous les jours et que cette maudite habitude qu'il a n'est pas passée inaperçue. Les infirmières m'ont à plusieurs reprises fait part de leurs interrogations sur ce phénomène étrange.

— Je comprends, répondit l'Atlante avec un sourire.

— Et à ton attitude de tout à l'heure, je pense que tu as compris que cela ne se limite pas à cette chambre… »

Ce n'était pas une question, mais une affirmation que Mù confirma d'un léger hochement de tête.

Un éclat de compréhension brilla dans les yeux violets de l'Atlante, au même instant. Le froid qu'il avait ressenti devant la chambre de Shina, c'était Hyôga qui l'avait généré ! ? Tout comme ce chant sinistre qui, lui aussi, s'était exporté dans la pièce voisine. Mais pourquoi ?

« Celle de Shina aussi, si je te suis bien. »

Milo le regarda à nouveau, un visage grave et fermé qui toucha, encore une fois, le Bélier. Il pouvait ressentir toute la peine et le questionnement du Scorpion qui vraisemblablement ne comprenait pas ce qui arrivait. Lui non plus, d'ailleurs.

« Si je comprends bien, Hyôga gèle aussi la chambre de Shina. Mais pourquoi ? »

Un soupir désabusé s'échappa des lèvres du Scorpion.

« Si je le savais, je... »

Il se tut, le regard baissé sur le faciès pâle et impavide du jeune Russe qui dormait sans que leur discussion ne le dérange d'aucune façon.

« Pour être franc, Mù, je n'en sais rien. En ce qui concerne Shina, pénétrer la chambre d'une femme-chevalier est interdit lorsque celle-ci ne porte pas son masque. Même aux vues des circonstances particulières - il insista sur le dernier mot - je n'ai pas pu désobéir à cette loi stupide. C'est sans doute l'une des seules règles que je respecte encore, lança-t-il en blaguant. Je ne sais pas ce qu'il y fait au juste. Les infirmières parlent juste de températures très fraîches. Pourquoi ? Alors là, je crois que c'est la question à cent mille dollars... C'est comme si son aura semblait attirée vers elle. »

Mù écoutait avec attention ce que Milo lui révélait. A priori, ils étaient arrivés à la même conclusion.

« C'est vrai que je ressens comme un lien entre eux. » Devant l'air surpris de son homologue, Mù poursuivit : « Rien de bien précis. Juste qu'effectivement, ils semblent communiquer entre-eux. Mais je ne peux pas t'en dire plus, désolé.

— Mù, je t'avais promis de tout te raconter si tu venais jusqu'ici. Merci d'avoir fait tout ce chemin alors qu'on se côtoie peu… »

Mù posa sa main pâle sur celle bronzée de Milo et lui fit signe de se taire avec un sourire d'une bonté touchante qui réchauffa instantanément le triste Scorpion.

Milo, quelle est donc cette tristesse infinie que je ressens émanant de toi ? Qu'est-ce qui a pu t'affecter au point que ton cœur, à toi aussi, pleure sans discontinuer ?

Le regard bon et mystérieux de l'Atlante accrocha celui de son vis-à-vis.

Pas de mot.

Mù n'avait pas eu besoin d'explications plus tôt dans l'après-midi. La voix rauque et mal assurée, ainsi que le regard quelque peu fuyant du fringant Scorpion avaient suffi à l'intriguer plus que de raison. Qu'est-ce qui pouvait faire que Milo, si sûr de lui, voire prétentieux, daigne venir dans son temple lui demander un service ; si ce n'était un problème épineux et insoluble ? Sans doute, celui-ci avait-il retourné la question dans tous les sens avant de quérir son aide.

Même si peu de choses les unissait, ils n'en étaient pas moins de fervents défenseurs d'Athéna et des frères d'armes ! Ne serait-ce que pour l'avenir incertain qui se profilait devant eux, ils devaient se soutenir les uns les autres. Tous les cinq, les derniers Chevaliers d'or, ils s'étaient tous rapprochés malgré certaines gênes évidentes qui persistaient à ce jour, mais la confiance est un sentiment qui s'apprivoisait et se travaillait sur le long terme…

L'oreille attentive, le Bélier écouta religieusement le huitième gardien lui raconter toute l'histoire du Cygne et le peu d'éléments qu'Aïolia avait accumulé lors de ses investigations dans le Sanctuaire.

Ainsi, il apprit que Hyôga se noyait dans une culpabilité sans cesse croissante malgré son énergie pour la masquer. Mù s'en voulut un peu. Combien de fois avait-il senti un trouble dans l'aura glacée du Chevalier de bronze, lorsque celui-ci traversait son temple pour accéder à celui de son maître ? Oh, un trouble à peine perceptible, à qui n'y prêtait pas attention ; le jeune slave en digne disciple du Verseau excellait lui aussi pour masquer ses émotions ; pourtant, il y avait cette légère variation dans son cosmos qui l'avait intrigué alors. Il aurait voulu lui parler à l'époque, mais ils se connaissaient peu et malgré son empathie, ce n'était pas à lui d'intervenir auprès de Russe. Il le savait soutenu et il avait eu raison d'avoir confiance en Milo.

Durant cette année, Hyôga avait tenté plusieurs fois de faire face à sa douleur sans jamais parvenir à franchir le cap difficile de l'acceptation. La guerre avait laissé des stigmates marqués au fer rouge sur son cœur déchiré, le devoir lui imposant d'ôter la vie de ses deux maîtres puis de son ami d'enfance ; le Russe n'arrivait pas à surmonter ce sentiment tenace d'avoir trahi ceux qu'il aimait. Enfin, c'était ce que Milo avait cru deviner derrière les longs silences, les regards mélancoliques, la trop grande froideur qu'il dégageait et ses incessants allers-retours entre la Sibérie et le Sanctuaire.

Et puis était arrivée cette fameuse journée...

Ce jour 'anniversaire', pierre noire qui marquait les mémoires d'une date funeste, dont la simple évocation faisait se teindre les prunelles assurées des gardiens dorés d'un abattement et d'une rancœur insoutenable.

Jour néfaste, où tous leurs idéaux avaient été balayés d'un revers de la main. Joie, peine, souffrance, incompréhension, douleur, espoir, déception… Tous les sentiments qu'un homme pouvait éprouver avaient été malmenés, piétinés, sans restriction aucune, exacerbés par la haine, le doute, la dévotion ou un aveuglement judicieusement installé dans les esprits. Une main de fer qui broyait les cœurs et les âmes des chevaliers d'Athéna qui s'entretuaient. Une main divine qui jouait avec un plaisir sadique à torturer ces valeureux guerriers pour une envie de vengeance Titanesque.

Marine, Chevalier d'argent de l'Aigle, en venant s'entretenir avec son amie avait découvert un sinistre spectacle. La maison du Saint d'Ophiuchus n'existait plus. Seul gisait un amoncellement de pierres, de poutres et de tuiles fracassées à l'endroit où se dressait jadis la modeste habitation de Shina. Une brèche avait creusé un profond et large sillon engloutissant en partie son logement, pour s'étendre jusqu'au rebord abrupt du terrain aride dont le pan entier qui surplombait la vallée avait été emporté dans une chute vertigineuse.

Un silence de mort régnait sur les lieux. Pas un bruissement d'arbres, pas le moindre écho des entraînements des apprentis qui résonnait encore à cette heure-là d'habitude dans cette partie isolée du Sanctuaire, même les stridulations des criquets s'étaient tues, comme désolés du drame qui s'était joué à cet endroit. Marine avait alors cherché son amie avec l'idée que celle-ci ne se trouvait pas dans les décombres. Après tout, Shina était puissante et toujours sur ses gardes. Ce fut un éclat incongru dans les déblais qui avait attiré son attention et l'avait conduite à s'aventurer plus près des lieux de l'accident. Le soleil couchant, presque éteint, se reflétait péniblement sur une partie à peine visible des gravats.

Ils avaient été trouvés. Tous les deux. Enfouis sous des tonnes de pierres, recouverts par une poussière humide qui semblait s'accrocher à une matière collante et rigide. Aidée par des gardes qu'elle avait réquisitionnés, les décombres furent déblayés laissant à leur grande surprise un spectacle hallucinant.

Une barrière transparente faisait rempart autour de deux corps solidement imbriqués l'un avec l'autre. Un homme à la chevelure blonde, protégeait un corps inerte, le nez enfoui dans une chevelure à la couleur de jade, caractéristique de la propriétaire de ce qui tenait lieu jadis de maison. Rapidement, ils avaient compris qu'il s'agissait de Shina et de Hyôga, tous deux abrités derrière un bloc de glace qui les protégeait du poids harassant des ruines. Comme par enchantement, celle-ci s'était évaporée pratiquement sous leurs yeux, dévoilant les corps meurtris et inconscients des deux Chevaliers d'Athéna.

Malheureusement, l'infirmerie du Sanctuaire s'était vue démunie face à ce cas plus qu'étrange. Shina, très blessée, devait bénéficier d'une intervention chirurgicale de toute urgence sur le continent, tandis que le Russe semblait plonger dans une léthargie, toute sauf naturelle.

Depuis, le Russe n'avait pas repris pied dans la réalité, 'dormant et rêvant' dans cette chambre, comme l'avait précisé le médecin. Il n'y avait rien à faire, juste attendre le bon-vouloir d'un homme qui ne voulait pas affronter la réalité. Quant à Shina, après une opération difficile et un petit séjour délicat en réanimation, sa vie n'était plus menacée, du moins physiquement ; car elle aussi était plongée dans un coma inexpliqué. Depuis, l'aura du Russe n'avait de cesse de croître, imprégnant le lieu d'une atmosphère glaciale, franchissant les murs pour envahir la chambre de Shina - qui heureusement jouxtait la sienne. Quelques fois, un simple courant d'air frais flottait dans l'air, d'autres fois une véritable chape de glace menaçait de recouvrir toute la chambre, variant au gré des jours, des heures sans logique aucune.

La première théorie pour expliquer cet accident - comment le qualifier autrement - avait été qu'il y avait eu un éboulement, un glissement de terrain, mais cela n'expliquait en rien la brèche, ni l'état miséreux de la maison de Shina. L'idée d'un tremblement de terre avait également été soulevée. Phénomène qui aurait juste touché cette partie désertée de l'île et dont personne n'aurait senti les secousses ? Très étrange... Et puis, les marques qui recouvraient le Saint d'Ophiuchus, blessures suspectes, étaient inhérentes à un combat, à n'en pas douter ! Entre Hyôga et elle ? Milo le réfutait farouchement.

Le comportement suspect de certains gardes, les silences trop lourds de sens lorsque le sujet était mis sur le tapis, tout cela avait poussé Aïolia à approfondir ses investigations. Il n'y avait rien de naturel dans cet 'accident'. Aucune personne étrangère au Sanctuaire n'avait pénétré l'Enceinte Sacrée, les chevaliers d'or l'auraient tous ressenti tout de suite. La crainte, les regards fuyants, tous ces éléments confortaient le Lion dans l'idée qu'il s'agissait d'une confrontation interne. A noter, l'attitude farouche, rebelle et peu avenante du Chevalier d'argent qui devait à coup sûr s'attirer les foudres de ses compagnons d'armes, gardes et apprentis. Aïolia avait marqué un point sur le fait que mettre à mal une femme-chevalier, telle que Shina, nécessitait de la puissance et de la ruse. Par conséquent, peu de personnes était capable la battre ; quant à Hyôga, la force de son cosmos n'était plus à démontrer. Ce dernier argument les perturbait beaucoup. Le cinquième gardien poursuivait sa recherche avec l'aide de Marine, la liste des potentiels ennemis des deux blessés n'étant pas encore achevée malgré le temps déjà écoulé.

« Mù, je vais être franc avec toi. Prendre des chemins détournés n'est pas dans mes habitudes !

— J'avais cru comprendre cela, lui répondit-il quelque peu amusé, mais il se ravisa devant le visage sérieux du Scorpion.

— Si je t'ai fait venir jusqu'ici, c'est parce que je voudrais que tu lises dans les pensées de Hyôga et que tu trouves les mots pour le sortir de son coma. »

Mù écarquilla grands les yeux, n'étant pas certain d'avoir compris la demande du Grec.

« Tu veux que quoi ? Milo, tu n'es pas sérieux, rassure-moi ?

— Si, tout ce qu'il y a de sérieux !, répondit-il déterminé, le regard vissé au sien. Hyôga s'est…

— Je te coupe tout de suite ! » La main fine de l'Atlante s'était posée sur l'avant-bras du Grec, comme pour contenir son emportement. Une douceur qui tranchait avec le ton autoritaire avec lequel ses paroles étaient sorties de sa bouche. « Milo. Non. Je ne peux pas faire ça ! »

Comment lui expliquer ? Jamais, Mù n'utilisait ses pouvoirs atlantes pour lire les pensées des autres, tout comme il se refusait à utiliser sa psychokinésie pour figer ses adversaires lors d'un combat. C'était contraire à sa philosophie et contre les enseignements que son maître Shion lui avait inculqués. Il ne le pouvait tout simplement pas.

« Pourquoi ? », s'écria le Grec, une étincelle rouge éclatant un centième de seconde dans ses orbes turquoise.

Ses larges mains saisirent les épaules du Tibétain et commencèrent à le secouer d'avant en arrière, geste trahissant son désarroi. Mù n'essaya pas un instant de se défaire de l'étreinte Scorpionne, cela ne ferait qu'envenimer les choses. Milo était un homme impulsif, voire violent lorsqu'il se laissait dominer par sa colère, mais il était aussi suffisamment intelligent pour savoir quand s'arrêter. Et il ne dut pas attendre longtemps pour avoir confirmation de ses réflexions, car déjà, son corps ne subissait plus les secousses violentes, il ne ressentait plus, non plus, le poids des mains du Grec sur ses épaules. Seulement, si le Scorpion s'était calmé en ce qui concernait son attitude agressive, il n'en était rien pour le ton grave et presque menaçant de sa voix :

« Tu vois bien qu'il souffre, Mù ! Tu l'as senti ! Je le sais, il ne peut pas en être autrement ! Sa douleur imprègne toute la pièce, son âme pleure ! Ne me dis pas…

— Calme-toi, Milo, dit-il d'une voix apaisante tout en prenant les mains du Grec qui serraient avec force ses genoux. Reprends-toi, s'il te plait... Je suis vraiment désolé, mais je ne peux pas. Ce que tu me deman...

— Pourquoi, Mù ?, l'interrompit-t-il. Fais-le juste une fois ! Qu'est-ce que ça te coûte, franchement ? »

Milo s'était redressé violemment, écartant ses mains comme si elles le brûlaient, faisant tomber sa chaise par la même occasion. Il regardait le Bélier avec colère et semblait se contenir difficilement, la crispation de sa mâchoire parlait pour lui. Mù ressentait tout le désarroi qui habitait son être. Milo souffrait réellement de la situation. Mais Milo ne lui avait pas laissé le temps de lui expliquer.

Après avoir soupiré bruyamment, comme pour se ressaisir, le huitième gardien poursuivit d'une voix sourde et grave qui emplissait toute la pièce :

« On ne peut pas le laisser ainsi ! Il ne le mérite pas ! Il a combattu bravement et tu le sais, Mù ! Il s'est retourné contre la volonté de Camus qui l'avait missionné, puis contre son autre maître, Cristal, pour finalement les tuer tous les deux. Tu sais les épreuves qu'il a subies et je suis sûr que tu peux aisément deviner que se retourner contre celui qui vous a tout appris et que vous aimiez le plus au monde doit être terriblement difficile. Mets-toi à sa place !, cria-t-il. Pourrais-tu défier ton propre maître ? Aller jusqu'à le tuer pour défendre Athéna ?

— Je ne le saurais jamais, Milo. Alors cesse d'aborder ce sujet. »

Mù s'était dressé tout à coup, plongeant ses prunelles améthyste, devenues dures, dans celles de son vis-à-vis. Ils s'affrontèrent ainsi un long moment, avant que Milo ne baisse les yeux, vaincu, au grand soulagement du Bélier. Il avait dû comprendre qu'il y avait certain sujet à ne pas aborder avec l'Atlante.

Son maître lui avait été arraché, assassiné par... Saga. Son cœur se serra à cette simple pensée. Trop de souvenirs douloureux, trop de peine, trop de regret, trop d'amour perdu... Shion avait confiance en lui. Mù croyait plus que tout que Saga ne l'aurait jamais blessé, lui, et encore moins trahi. Mù pensait que peut-être... Un éclat d'une tristesse infinie brilla dans les prunelles violettes du Bélier, que Milo dut voir s'il se fiait à son léger froncement de sourcils et à sa voix balbutiante à présent.

« Excuse-moi ! C'était un mauvais exemple... Mais Mù », Milo s'emporta à nouveau, « il a dû se battre contre les personnes qu'il aimait le plus au monde, ses maîtres et…

— Je sais tout ça, Milo », soupira-t-il, pour calmer les clameurs de son confrère.

Devant le ton doux mais résigné et surtout, le regard pénétrant de l'Atlante, où tristesse et mélancolie se mêlaient, le coléreux Scorpion se ressaisit et le ton de sa voix descendit de plusieurs décibels.

« Pourquoi Mù ? Pourquoi refuses-tu ? C'est pour son bien, pourtant.

— Je comprends très bien la situation… Mais, je ne peux...

— Non, je ne crois pas !, le coupa-t-il froidement, la colère sous-jacente vibrant dans sa voix.

— Milo, tempéra le Tibétain, devinant que celui-ci se laissait encore dominer par ses instincts destructeurs. Ce que tu me demandes... c'est de violer son esprit !

— Non, ce n'est pas ça…

— Peut-être pas dans tes intentions qui sont généreuses et nobles, mais dans les actes, si. C'est exactement ça.

— Mais… Mù, je ne peux pas le laisser comme ça. Ce n'est pas une vie de rester allongé dans un lit toute la journée. Il est Chevalier, par Athéna ! Je n'accepterais pas qu'il reste comme ça. Cam... »

Le Grec se tut subitement, Mù termina pour lui :

« Camus. C'est bien cela ? »

Milo se retourna, lui présentant son dos, où cascadait sa longue chevelure ondulée. L'Atlante le vit prendre de grandes inspirations, tout en serrant compulsivement ses poings. L'aura du Scorpion bouillonnait littéralement, Mù pouvait ressentir une grande rancœur et une douleur cuisante dans son cœur. Il poursuivit d'une voix qui se voulait douce et non-agressive pour le huitième gardien, visiblement très sensible sur tout ce qui concernait le Verseau :

« Je sais que Camus t'était proche. Ce doit être difficile pour toi : tu as perdu un ami.

— Mon meilleur ami, marmonna-t-il.

— Faire revenir Hyôga ne changera rien au fait que Camus n'...

— Je le sais bien, Mù !, coupa-t-il sèchement. Et le problème n'est pas là. Ce que je veux dire... c'est que Camus ne s'est pas... sacrifié pour que son disciple rêve dans un lit d'hôpital. Pour une raison que j'ignore, en plus, et qui visiblement n'a rien à voir avec son devoir de Saint. »

Un silence gêné et malsain s'installa entre eux.

Milo ne voulait pas accepter, même s'il comprenait parfaitement le point de vue du premier gardien.

Faisant les cent pas dans la pièce sous le regard inquisiteur de Mù, qui s'était rassis sur sa chaise, les jambes croisées, Milo respirait profondément pour tenter d'endiguer le flot bouillonnant de colère qui incendiait ses veines. L'Atlante était la solution. Lui seul pouvait aider Hyôga et le tirer de cette léthargie pour la moins malsaine. Il devait absolument trouver un compromis.

A la fenêtre de la chambre du Russe, le Grec sortit son paquet de cigarettes qui dormait dans la poche avant de sa chemise et porta un bâton de nicotine à ses lèvres. Il sentait le regard de l'Atlante dans son dos. Deux prunelles améthyste qui ne le jugeaient pas, non, Mù n'était pas comme cela, mais qui montraient que le Tibétain n'approuvait pas son attitude, aussi sûr que s'il voyait les yeux sans sourcil du Bélier.

Un point avait été soulevé à l'instant et avait ravivé une peine immense dans le cœur du Scorpion. Le simple fait d'évoquer son amour le mettait au supplice et les mots « mon meilleur ami » lui avaient écorché la bouche d'une façon qu'il n'aurait jamais imaginée. Pourtant, il les avait prononcés des centaines de fois ces trois mots, mais là, c'était renier son Verseau. C'était mentir. C'était un peu comme l'oublier, et cela, jamais Milo ne le pourrait. Il avait si mal. Son cœur saignait et il luttait de toutes ses forces, de toute son âme pour que cette douleur ne transparaisse pas à travers son cosmos, pour que personne ne sache, à fortiori Mù qui était doté d'une sensibilité hors du commun.

Alors Milo fumait, seul remède qu'il ait trouvé pour se calmer. Il exhalait de longues bouffées de nicotine, se perdant dans les volutes bleutées qui l'entouraient tout entier et semblaient former une barrière entre le monde extérieur et lui. Une barrière éphémère certes, mais tangible malgré tout. Il lui fallait juste quelques minutes pour se reprendre et réfléchir.

De longues minutes passèrent et le Scorpion cherchait toujours le moyen de convaincre son compagnon d'armes, les yeux perdus sur le parc arboré qui s'étendait au pied du bâtiment. Son regard se noya dans les feuillages verdoyants qui se balançaient nonchalamment, il se laissait porter par leurs bruissements rassurants qui chantaient à ses oreilles, sous la caresse du vent brûlant de l'été grec. Dans son dos, son compagnon d'armes n'avait pas esquissé le plus petit geste, immobile sur sa chaise près du Russe.

Écrasant son énième mégot sur le rebord de béton qui entourait la fenêtre, le Grec sourit, d'un rictus amusé. Car même si Mù était un homme têtu comme le voulait son signe ; Milo, lui, était un prédateur, ne lâchant pour rien au monde une proie lorsqu'il la tenait sous son joug. La mâchoire serrée, la fumée sortant presque de ses oreilles d'avoir trop réfléchi, il se redressa imperceptiblement, l'œil turquoise animé d'une lueur d'espoir. Il se retourna aussitôt vers son vis-à-vis, franchit d'un pas alerte les quelques mètres qui les séparaient, avant de s'asseoir à califourchon, sur la chaise qu'il venait de retourner. Plantant son regard aiguisé dans celui paisible du Bélier, il déclara :

« Mù, et si tu essayais seulement d'entrer en communication avec lui ? Pas une introspection poussée, juste un contact ; tout ce qu'il y a de plus simple. Tu lui parles, tu le rassures en lui disant qu'il ne risque rien à l'extérieur. Ce n'est pas violer son esprit ça, non ?

— Ça ne fonctionne pas comme cela.

— Tu peux tenter le coup. Juste une fois. Si c'est un échec, je ne te redemanderai plus rien. Et tu auras ma reconnaissance éternelle.

— Milo… »

Un sourire ravageur lui faisait face, marque d'une confiance à toute épreuve pour le séduisant Scorpion. Cette mimique déboussola un peu le Tibétain, car cela tranchait vraiment avec l'expression douloureuse, puis colérique qui avait ceint les traits virils du visage du Grec quelques instants plus tôt. Et Mù préférait vraiment le voir comme cela, heureux et souriant. Réellement.

Après une courte hésitation, Mù poursuivit :

« Tu dois savoir quelque chose d'important avant de t'emporter et de te réjouir trop vite. Milo, il faut que tu saches que si je n'entre pas en contact avec les pensées des autres sciemment, c'est qu'il y a une autre raison que le fait de 'violer' un esprit. » Mù s'éclaircit la voix et fixa attentivement son compagnon d'armes pour s'assurer de son écoute entière et totale. « Lorsque je fais cela, je dois être en communion avec l'autre et par conséquent avec tout ce qui m'entoure. Tu dois comprendre que si j'accède à ta demande, je n'entrerai non seulement en contact avec l'esprit de Hyôga, mais aussi avec le tien. »

Le regard plus qu'interloqué qui lui fit face et le visage plus sombre le persuadèrent de continuer dans ses explications.

« Ce n'est pas de la télépathie, comme lorsque nous communiquons par cosmos interposé. Quand je… Quand j'entre en contact avec les personnes qui se trouvent dans mon champ d'intervention mental, toutes leurs pensées, sentiments et secrets me sont alors révélés. Si je parviens à entrer en contact avec lui, chose que je ne garantis pas, je saurai tout de toi également. Comprends-tu toutes les conséquences que cela peut entraîner ? Milo, je …

— Fais-le ! S'il te plait. Il ne t'en voudra pas. Je le connais et il te connaît. Hyôga est intelligent et il comprendra. Jamais, il ne te fera le moindre reproche, ce n'est pas son genre et je lui dirai que tout vient de moi…

— J'assum…

— Je prendrai tout sur moi. Point final. Je préfère le voir bien en vie et en colère contre moi que dans cet état lamentable. Ce n'est pas lui, ça !

— Mais toi ? Je saurai tout de toi, Milo. Tes doutes, ton passé, tes pensées, tes sentiments... Tout me sera révélé.

— Tu n'apprendras rien de plus que tu ne saches déjà ! Tu auras juste les images. Je n'ai pas un passé glorieux. J'ai fait le mal autour de moi et pris la vie de nombreuses personnes. Et je ne suis pas connu pour être quelqu'un de particulièrement vertueux. Je n'ai rien à cacher. Et puis de toute façon, je sais que tu n'es pas une personne qui propage les cancans et qui me jugera. J'ai toute confiance en toi. »

Le regard pénétrant de l'Atlante se posa sur Milo qui, les bras sur le dossier de la chaise, s'était redressé le dos droit pour appuyer ses dires. Il était déterminé à n'en pas douter. Milo avait été prévenu des risques et des conséquences. Un sourire compatissant et attendri lui répondit. Mù était vraiment heureux de connaître cette facette si rare que le Scorpion lui offrait et fier de pouvoir le compter parmi les Chevaliers d'or, un ami aussi, peut-être...

Mù soupira profondément. Son regard se porta à tour de rôle sur le Grec qui l'observait avec attention, tâchant de lire dans ses pensées - quelle ironie ! - puis sur le Russe qui dormait devant eux, sans que cette discussion houleuse ne le dérange plus que cela.

« D'accord. Recule-toi, Milo ! Si tu es loin de moi, j'aurai moins de prise sur toi, mais je dois te demander de rester dans la pièce. Cela risque de durer un certain temps et je n'aurai peut-être pas conscience de ce qui m'entoure.

— Je n'avais aucunement l'intention de partir de toute façon. Je suis un vrai pot de colle quand je veux », lui répondit-il amusé, le soulagement et la joie irradiant son visage à présent.

Un sourire amusé illumina celui de l'Atlante. De ça, il en était déjà convaincu.

Mù approcha sa chaise de la tête du Russe et appliqua ses mains sur son front et sur son cœur. Après un dernier regard pour Milo qui se tenait toujours debout, ses boucles azurées cascadant sur ses épaules, les bras croisés sur la poitrine, signe ultime de détermination et de confiance ; le Tibétain ferma les paupières et se concentra sur Hyôga.

Milo serra un peu les mâchoires. Mù allait pouvoir lire tous ses secrets. Tous. La voilà, la condition pour avoir son aide ! Il savait que ce n'était pas une volonté curieuse ou malsaine du Bélier, mais une contrepartie nécessaire, le prix à payer pour sortir le Cygne de sa léthargie cruelle.

Son cœur accélérait son rythme imperceptiblement dans sa poitrine. Il saurait pour Camus et lui. Mais qu'allait-il voir exactement ? Des images, des voix, des impressions, des sensations... Quoi ? Milo n'avait pas osé lui demander de peur de lui montrer sa réticence et de lui donner l'impulsion d'arrêter sa… Comment cela ça s'appelle au fait ? Ce n'est pas de la télépathie, une intrusion mentale ? Bref, il fallait que Mù le fasse.

Cependant, en dédramatisant un peu ce que Mù verrait de lui, Milo espérait que cela suffirait pour que la psyché du Bélier ne pénètre pas trop son esprit et son cœur. Mais de cela, il n'en savait rien et seul l'avenir le lui dirait.

Mù avait fermé les yeux, son visage doux ne reflétait aucune expression particulière juste, la paix et une confiance sereine. Hyôga ne risquait rien avec lui. N'est-ce pas ? Une de ses mains fines et délicates reposait sur la peau blême du front du Russe. Il était d'ailleurs difficile de discerner la différence de carnation entre les deux hommes. Le soleil grec n'avait pas perverti la peau diaphane de l'Atlante, pourtant Mù sortait très souvent à l'extérieur de son temple. Était-ce ses origines qui le protégeaient de la brûlure des rayons de l'astre diurne ?

Faisant un pas en arrière, Milo buta contre la porte de la chambre et, après avoir bien pris appui sur ses pieds, il s'adossa confortablement contre le ventail qui s'avérerait être son unique soutien durant l'inspection méticuleuse que Hyôga et lui-même allaient subir. Et puis, comment son corps et son esprit allaient-ils réagir face à l'invasion atlante ? Il n'en avait aucune idée. S'asseoir ne lui était pas venu à l'idée. Mieux valait prévenir une quelconque intrusion dans la pièce ; si la porte s'ouvrait au moment le moins opportun, il le saurait tout de suite et ainsi pourrait stopper Mù avant que ne soit révélé leur manigance. Enfin, si on pouvait appeler cela, ainsi !

De longues minutes passèrent sans que rien ne se passe. L'expression de Mù n'avait pas fléchi un instant, un visage angélique et paisible d'une pâleur troublante, encadré par deux mèches parmes qui soulignaient ses traits fins et accentuaient l'étrangeté de ses paupières closes relevées de ses deux points de vie rouges ; ni son corps qu'il tenait droit, ses muscles puissants parfaitement détendus, ses pieds plaqués sur le sol pour le stabiliser au mieux. Mù était tout simplement beau.

De même, Milo ne ressentait rien. Pas la moindre sensation, désagréable ou non, d'une tentative d'approche vers lui. L'Atlante se jouait-il de lui ? Non, ce n'était pas son genre.

Pour plus de sérénité, le Scorpion doré préféra fermer son esprit en se forgeant des barrières mentales solides et emplies de détermination. Peut-être que cela bloquerait les ondes inquisitrices et…

Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

Les yeux turquoise de Milo s'agrandirent tout à coup, sa bouche s'ouvrit pour laisser échapper un souffle court, alors que son corps se raidissait sous l'impulsion de l'intrusion dont il était sujet. Comme à une réaction de défense, tous ses muscles se tendirent, son rythme cardiaque se mit à accélérer pour battre beaucoup trop fort dans sa poitrine. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Jamais son corps n'avait réagi de cette façon ! Il n'avait pas peur, ni ne se sentait en danger et pourtant tout son être refusait cette conquête forcée de son enveloppe charnelle.

La voix de Mù résonna à ses oreilles, lui demandant doucement et avec beaucoup de chaleur de se détendre et de ne pas résister. Facile à dire ! Mais comment oublier que des ondes voulaient pénétrer chaque fibre de votre corps pour atteindre les méandres de votre cerveau et de votre esprit torturé ? Comment oublier que vous alliez être mis à nu et que tout ce qui vous caractérisait : passé, sentiments et secrets ; allait être découvert ?

Serrant les mâchoires, Milo barricada son esprit tout en tentant de se relaxer sous l'intrusion insistante et pourtant sereine qui demandait l'autorisation d'entrer en lui. Se sentant plus ou moins à l'abri et en sécurité, il accéda à la requête de l'Atlante, non sans une pointe de crainte quant à ce qui pourrait arriver par la suite. Les sensations, que Hyôga pourrait ressentir à son tour, effleurèrent son esprit, mais le doute s'évanouit aussitôt lorsqu'une douce chaleur vint l'entourer et l'apaiser.

Une caresse légère sur sa peau entraînait une cascade de frissons le long de son échine, lui rappelant le doux plaisir qu'il pouvait ressentir dans les bras de son Camus, et se répandait sur son corps comme pour le protéger d'une quelconque agression extérieure. Ses paupières hâlées se refermèrent sur les lacs bleus de ses yeux, scrutant jusque-là les deux hommes qui entraient en communion à quelques pas de lui.

Sous l'effet d'un apaisement soudain mais bénéfique, Milo oublia toutes ses barrières mentales et laissa en désuétude tous ses doutes et inquiétudes pour se laisser aller aux douces ondes qui picotaient sa peau. Depuis combien de temps ne s'était-il pas senti à ce point détendu ? A l'abri et en sécurité ? Depuis combien de temps son cœur n'avait-il pas été si serein ?

Il était bien. Heureux et détendu. En confiance et en sécurité. Son rythme cardiaque avait repris sa cadence lente et tranquille dans sa poitrine, sa respiration se faisait ample et profonde. Il aurait été en pleine méditation que cela aurait été la même chose ? Était-ce ce bien-être que Shaka ressentait lors de ses longues introspections ? Il faudrait qu'il lui demande, car si tel était le cas, il comprenait mieux ses longues heures passées à méditer. Milo sourit intérieurement. Non, il ne se voyait pas faire ça : aller voir l'Indien pour des conseils, alors qu'ils se s'échangeaient que peu de mots ; et encore moins se mettre en tailleur dans des coussins pour ça. Déjà qu'il avait du mal à rester tranquille dans son canapé !

Ses idées vagabondèrent sous les bienfaits de l'onde apaisante de l'aura Atlante. Car, le Scorpion en était certain, là, il ne s'agissait pas du cosmos doré du Bélier. Donc, il laissa son esprit s'évader et se surprit à penser à... Aïolia. Son ami qui le couvait, presque à l'étouffer. Milo avait essayé de l'éloigner de lui, profitant de sa garde pour manigancer tout cela dans son dos et à présent, c'était vers lui que ses pensées se dirigeaient. Il était au cinquième temple, en pleine astreinte. Il le voyait encore dans son armure resplendissante qui lui donnait un charisme affolant. Le Lion dans toute sa splendeur : force, bonté et puissance.

Celui-ci l'avait questionné tout à l'heure d'un air soupçonneux, lui demandant où il se rendait tout à coup. Le visage grave et déterminé de son compatriote le rendait perplexe. Aïolia se prenait toujours trop au sérieux lorsqu'il revêtait son armure. Cependant, le petit clin d'œil et le sourire qu'il lui avait adressé avaient réchauffé son cœur. Il était son ami, son meilleur ami à présent et il lui avait menti... par omission. Les remontrances et les hochements de tête réprobateurs seraient pour plus tard, il était pressé, Mù l'attendait. Mù allait délivrer Hyôga. Celui-ci se réveillerait et son Camus serait fier de lui et...

« Camus. »

Les yeux du Grec s'ouvrirent soudainement, écarquillés comme jamais auparavant. Ses orbes turquoise fondirent sur le visage de l'Atlante qui avait prononcé ce prénom. Il commença à paniquer. Par Athéna, mais qu'est-ce qu'il voyait ?

Seule conclusion possible : Mù savait.

A suivre...


Voili, voilà...

J'ai été ponctuelle ! Un mois presque jour pour jour depuis le chapitre précédent. La suite n'est malheureusement écrite qu'au tiers, je vais tenter de tenir l'échéance. Pour dire la vérité, je n'écris pas dans l'ordre chronologique et de ce fait, j'ai planché sur une autre partie de la fic. Mais tout est dans la tête, il n'y a plus qu'à coucher les mots sur le clavier. Plus facile à dire qu'à faire ! Bref, j'arrête de raconter ma vie, je vous embrasse et j'espère vous retrouver pour la suite.

Merci d'avoir perdu un peu de votre temps pour me lire.

Biz, Niacy.