Sangs, deuxième trimestre.
Chapitre V
Severus
oOo
Voldemort observait Plume Percevent, et Plume Percevent observait Voldemort.
Il n'y avait personne d'autre dans la salle où le Lord Noir siégeait sur son trône, son fils debout face à lui. Les portes étaient fermées.
- Bonsoir, Père, fit enfin Plume d'un ton neutre.
Voldemort le fixa un instant de ses yeux écarlates, puis secoua la tête.
- Inutile de te dire combien je suis déçu, soupira-t-il enfin. Pas surpris, mais déçu.
Il avait l'attitude bon enfant d'un père réprimandant son enfant pour une peccadille. Plume lui-même tenta de réprimer un léger sourire.
Leurs relations avaient toujours été si complexes. Pour Voldemort, Plume était avant tout un fabuleux outil. Un successeur potentiel. Un lieutenant. Un animal familier. Un sujet d'étude. Une source de projets et de déceptions. Pour Plume, Voldemort était quelqu'un à tromper. A tromper non pas seulement sur le plan politique, mais sur le plan personnel. Quelqu'un dont il ne pourrait jamais suivre les idées. Quelqu'un dont il respecterait le pouvoir, sans désirer le suivre. Une source de contrainte et de fascination.
Ensuite il y avait la haine. Une haine diffuse, sans véritable fondement, une répulsion irraisonnée qui peut exister chez les êtres qui représentent une menace l'un pour l'autre, parce qu'ils sont de pouvoirs égaux, parce qu'ils sont presque l'image l'un de l'autre, parce qu n'ont pas les mêmes idéaux alors qu'ils sont si proches.
Et puis il y avait cette sorte d'amour malsain qu'ils se portaient. Un amour bien loin d'une quelconque tendresse ou même affection, un amour dû au fait qu'ils savaient qu'ils se ressemblaient, qu'ils étaient pareils, du même sang, un amour qu'ils tentaient de rejeter sans y parvenir. Une sorte d'admiration réciproque, pour la voie que l'autre avait choisi de suivre, une compréhension instinctive de la façon dont l'autre fonctionnait, et qui n'était pas loin de la sienne-propre… Un sentiment qui, même s'il se craignaient l'un l'autre comme la peste et ne se seraient jamais accordé la moindre confiance, les rendaient bizarrement joyeux et à l'aise quand ils se retrouvaient en présence l'un de l'autre, peut-être à cause de l'absurdité de la situation, ou de leur vie, allez savoir…
- Désolé, Papa.
Voldemort pouffa légèrement. Mais pas de façon sympathique. Puis son visage redevint comme avant. Inexpressif.
- La défection de Snape me déçoit bien plus que la tienne. Tu as toujours été une telle petite chiffe molle. Inutile de se demander de quelle façon tu as pu l'embarquer là-dedans. Je n'aurais jamais pensé que mon propre fils pût devenir une vraie petite pute, cracha-t-il.
La remarque aurait été douloureuse, eut-elle été vraie. Plume sentit ses lèvres se tordre moqueusement. Il avait tellement envie d'ébranler les certitudes oh-si-certaines de son père…
- Pauvre Papa… Severus te trahis depuis qu'il a quinze ans. Même ton cher Daelmanis doit le savoir, à présent. Tu as toujours été tout seul, Papa, tu comprends toujours pas ça?
Voldemort ne se fâcha pas, ne se déstabilisa même pas. Il se pencha juste en avant, les yeux brillants.
- Tu veux partir sur ce terrain-là? Tu es fier de tes amis, n'est-ce pas? Fier, malgré ce que tu es, d'avoir des gens qui prétendent que tu peux compter sur eux? Tu les crois sincères? Tu crois que Whitewinter ne me rejoindrait pas, si ça famille signait un accord avec moi? Tu crois que Tamalo'th ne te tuerait pas, si une crise le prenait? Tu crois que ton grand-père est fier de toi? Et toi, si tu redevenais ce que tu es vraiment, tu crois que tu les reconnaîtrais, que tu les épargnerais? Laisse-moi rire.
Plume, étrangement calme, tourna et retourna les arguments dans sa tête. Il ne sentait pas blessé. Il y avait longtemps qu'il avait compris que tout ce que disait son père visait à blesser, et qu'il ne se laisserait plus avoir. Il haussa les épaules.
- Ca m'est égal. Comme ça on est à égalité. (Il ajouta d'un air chafouin, à nouveau joueur: ) Et je remarque que tu ne trouves rien à dire sur Severus.
Un sourire joua juste sur les lèvres presque inexistantes du Lord Noir.
- C'est vrai que c'est incroyable ce qu'un joli cul peut réduire à néant un esprit exceptionnel…
- Je prends ça comme un compliment, fit sobrement Plume.
- … mais, navré de te décevoir, il semblerait que ledit esprit exceptionnel se soit repris. A ton avis, grâce à qui ai-je organisé l'enlèvement de Potter?
Le sang de Plume se glaça brutalement et des milliers d'épines de glace s'enfoncèrent dan son cœur.
- Je ne vous crois pas, articula-t-il fermement.
Le sourire de Voldemort se fit jouissif.
Reprends-toi, raisonna Plume, il se fout de toi. Severus n'aurait pas fait ça. Il n'a aucune raison…
- Ce que tu penses n'à aucune importance, de toutes manières, fit son père en se redressant.
… à moins qu'il ne m'aime plus? Non non non non NON! C'était faux.
Il recommença à respirer.
- Je ne vous crois pas quand même, répéta-t-il.
- Tu es mignon, fit Voldemort en s'avançant vers lui. Bien sûr que non, Severus ne t'as pas trahi. Tant pis pour lui. Mais tu m'as trahi, toi, et il n'y a plus de quoi rire.
Plume vit les yeux de son père et comprit qu'il n'était plus le temps de jouer.
- Parce que ta trahison ne signifie pas seulement un retard dans mes plans, siffla le Lord Noir, mais ma propre mort. Et qu'il en est simplement hors de question, ajouta-t-il en saisissant son fils à la gorge, trop rapidement pour que Plume ait seulement le temps de le voir faire un geste. Tu n'est pas sensé changer de côté, Plume, chuchota-t-il en avançant son visage vers le sien, tu n'en a même pas le droit.
Des étoiles dansaient devant les yeux du jeune homme, qui ne trouva que la force de coasser:
- Oui mais c'est fait… et je me demande… ce que ça va donner…
Voldemort lui jeta un regard méprisant.
- Cette Prophétie dure depuis des centaines d'années. Potter et toi finirez par vous entretuer de toutes manières. Tu ferais mieux de le comprendre maintenant.
- J'ai toujours… été un peu lent… gargouilla Plume en songeant vaguement que la scène était digne d'un drame antique ou d'un thriller.
Il allait tourner de l'œil quand son père le lâcha brutalement.
- Très bien, fit Voldemort en se saisissant d'un objet appuyé contre son siège. Dans ce cas, je vais tenter d'influencer les choses à ma manière.
L'épée transperça Plume de part en part et se ficha dans le mur. Le jeune homme jeta un regard surpris au visage qui lui faisait face, à peine à quelques centimètres du sien, puis abaissa les yeux vers la lame, enfoncée dans son ventre. Son regard remonta de nouveau, mais toute surprise en avait disparu, et ses yeux n'affichaient plus que douleur, une douleur affreuse, incrédule, effrayée, une douleur qui niait l'évidence – je ne veux pas mourir – puis qui l'acceptait, acceptait le fait que peut-être, dans quelques instants, il n'y aurait plus rien du tout.
Le Lord Noir se redressa et contempla son fils. Qui l'avait déçu. Fui. Menacé. Gêné. Combattu. Rejeté…
- Dommage, fit-il simplement en se détournant.
- Dommage, répéta doucement Plume en écho.
/je vais mourir je vais mourir ooh j'ai maaal…/
- Papa?...
/j'ai si maaal jamais eu mal comme ça…/
- Comment tu as rencontré Maman?...
/que quelqu'un arrête ça Severus j'ai mal…/
Seul le silence lui répondit.
oOo
Un couloir, encore un couloir… À droite, à gauche… Mon Dieu, Severus n'avait jamais remarqué combien les couloirs étaient longs. Mais, d'habitude, il n'était pas vraiment pressé d'aller retrouver Voldemort. Là si. Théorie de la relativité…
Il entendit vaguement qu'on l'interpellait, loin derrière. Tant pis. Ils n'avaient qu'à se dépêcher. Lui, il voulait voir Plume.
Ah. La porte.
- IGNAE DELENTAE!
Plus de porte. Explosée.
Il stoppa net sur le seuil. Où?
Là.
Plume, épinglé au mur, comme un papillon sombre traversé par une épingle d'argent…
- PLUUUUUUME! Plume, non… Plume…
La tête se redressa péniblement, deux yeux embués rencontrèrent les siens.
- Severus?
Un chuchotement… Un sourire léger, si léger…
- Je suis content…
Plume eut un hoquet, un peu de sang coula sur ses lèvres. Severus se précipita.
- Ne parle pas! Ne bouge pas, on va te sortir de là!
- A… arrête de me secouer, idiot… ça fait mal…
L'homme, confus, relâcha son étreinte. Plume le regarda, les lèvres crispées, tentant vainement de sourire.
- Je… je suis heureux… que tu sois là…
- Bien sûr que je suis là, chuchota-t-il en repoussant les cheveux châtains du front trempé de sueur. Je serai toujours là, demain quand tu te lèveras, et…
- Arrête…
Un nouveau hoquet, encore du sang… Les mains du jeune homme s'agrippèrent à ses épaules.
- Severus…
Une larme coula le long de sa joue.
- … j'aurais aimé… passer encore une journée… avec toi… Pouvoir… t'engueuler… encore une fois… te faire rire… encore une fois… Que tu me dises… que ma bouffe était dégueulasse… que j'étais chiant… Que tu me souries… une dernière fois… Et puis… une dernière nuit…
Encore un hoquet. Severus essuya le sang d'une main tremblante, le regard désespéré. Plume soupira.
- C'est idiot… ce que je dis? Mais c'est vrai… je t'aime tellement… tu ne peux pas savoir comment je t'aime… ça me brûlait parfois… tellement je t'aimais…
- Plume!
Le jeune homme ferma douloureusement les yeux, puis les rouvrit. Severus était en larmes, et ses yeux hurlaient.
- Pourquoi… tu pleures? Il ne faut pas pleurer… Tu vas foutre… la raclée à mon père, hein?
- Plume… je t'aime… je t'aime…
Severus sanglotait doucement, lui caressant le visage en tremblant, glissant ses doigts dans ses cheveux.
- Oh…
Le jeune homme eut un sourire… lumineux…
- C'est la première fois… que tu me le dis… sauf un soir… où tu étais bourré… mais ça ne compte pas… bien sûr…
- Plume… je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime… ne me laisse pas… je sais que c'est trop tard, mais je t'en prie… ne me laisse pas… je t'aime…
- Merci…
A peine un souffle, ô Merlin… laissez-le-moi…
- Veille sur Harry… et n'embête pas trop Sirius… grimaça le jeune homme.
- TU N'A PAS LE DROIT DE MOURIR!
Un petit rire.
- C'est pas moi… qu'a décidé… à choisir…
Plume s'interrompit et ferma les yeux, le visage crispé. Douleur…
Mal.
J'ai mal.
- Je t'aime…
- Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime…
- Je t'aime, je t'aime…
- Je t'aime…
Severus se pencha et l'embrassa, doucement, tendrement, passionnément, lentement, délicatement.
Severus…
- Je… suis fatigué… si fatigué…
- Plume…
Le jeune homme ferma les yeux et sa tête retomba.
oOo
Plume.
Il ne bouge plus.
Plume.
C'est une blague, n'est-ce pas?
Plume.
Plume ne peut pas mourir.
Plume.
Non.
Plume.
Relève la tête, sourit-moi!
Plume.
Je t'aime!
Plume.
Je refuse!
Plume.
Je ne veux PAS!
Plume.
Réveille-toi…
Plume.
S'il te plaît!
Plume.
S'il te plaît…
Plume.
Seigneur… s'il vous plaît…
Plume.
Que quelqu'un…
Plume.
… fasse quelque chose…
Plume.
… je veux…
Plume.
… me réveiller…
Plume.
… de ce cauchemar…
Plume.
Je t'aime…
Plume…
oOo
- Plume…
- Poussez-vous, Severus.
Mme Pomfresh le repoussa doucement, détachant doigt par doigt ses mains crispées, agrippées au tissu.
- Non…
- Nom de dieu Severus, lâchez-le!
Le Maître des Potions se recula, obéissant machinalement.
Dumbledore s'approcha et il commença à parler rapidement à voix basse avec l'infirmière. Severus ne tentait même pas de les écouter, les yeux fixés sur le visage blafard, sur les lèvres où éclatait de temps à autre un ridicule bulle de sang.
Puis le vieux sorcier s'empara du pommeau de l'épée et, articulant un sort, l'ôta d'un geste. Plume s'affala par terre avec un hurlement de douleur.
- NE LE TOUCHEZ PAS!
Mais des mains s'emparèrent de Severus, l'empêchèrent de s'approcher. Il y eut des cris confus, puis une douleur violente à la tête. Sûrement ce salaud de Black qui en avait profité pour le frapper, pensa-t-il machinalement avant de perdre conscience.
§§§§§§§
Severus regarda autour de lui.
Ils étaient à l'entrée d'une forêt. Une cinquantaine de silhouettes sombres masquées d'argent. Un peu plus loin derrière, dans la plaine, une quantité appréciable de monstres divers "patientaient" en se chamaillant. Il réprima une grimace de dégoût, puis se souvint que personne ne pouvait voir son visage et se laissa aller. Répugnant.
- Allons-y, intima une voix sèche, trop sèche.
Le Maître. Severus sentit son cœur se mettre à battre plus vite en se tournant vers lui. Son Maître. Voldemort.
L'homme pour qui il donnerait sa vie.
oOo
Ses lèvres prononcèrent les deux mots et l'homme en face de lui s'effondra dans un éclair de lumière verte.
Pas exactement, l'homme, en fait. Un elfe, fin, élégant, gracieux, au visage délicat déformé par la colère et la douleur.
Severus l'enjamba et passa au suivant.
oOo
Ils avaient battu en retraite. Disparu dans les bois qu'ils connaissaient si bien.
Une seule était restée, au centre du cercle des Mangemorts qui se resserrait.
Une.
Jeune, belle – la plus belle femme que Severus ait jamais vue. Puissante, folle de rage.
Folle.
Il n'y avait pas trace de raison dans ses yeux étranges. Une envie de tuer – ce qu'elle faisait très bien, par ailleurs – et… de… l'amusement.
Elle bondit et trancha la tête d'une des silhouettes d'une main négligente, frappa d'un coup de pied une autre qui s'envola contre un tronc d'arbre, encaissa sans broncher le coup d'un Orc qui termina coupé en deux, et éclata de rire quand un Endoloris rebondit sur elle.
Le silence était absolu dans les rangs des serviteurs du Lord Noir. Peur, sentit Severus. Admiration. Respect. Mais surtout peur.
Les rangs s'écartèrent devant le Maître, dont les yeux écarlates, illuminant son beau visage, brillaient dangereusement.
Il leva sa baguette.
- Stupefix.
La jeune elfe s'effondra.
oOo
Des morts.
Des morts, partout.
Des Orcs. Des Trolls. Des humains. Des elfes.
Des corps monstrueux ou gracieux.
Grotesques.
Morts.
Severus se pencha et vomit brutalement.
oOo
- Ah, non, pas encore moi! Elle a failli m'arracher l'œil la dernière fois, la petite pute!
- Quelle idée de t'approcher si près de la cage, aussi!
L'homme haussa les épaules.
- Je ne vais pas lui lancer sa bouffe, quand même.
- Et ta baguette, elle sert à quoi, abruti? Dis plutôt que tu avais envie de te rincer l'œil, mmh?
Rires gras.
- Sacrément bien roulée, quand même.
- Tu plaisantes?! Je tuerais pour passer une nuit avec une nana comme ça.
- Ouais, et elle te boufferait les couilles –
Nouveaux rires.
- Il n'y a que le Maître qui parvienne à en faire quelque chose… le veinard.
L'un des hommes fit la grimace.
- "Veinard", je ne sais pas. Tu as entendu les hurlements d'hier?
Léger silence.
Tout le Château avait entendu les hurlements, pensa Severus. Et tout le Château s'était demandé ce qu'on allait retrouver dans la chambre du Maître après ça. Un lord noir en miette ou une elfe torturée.
Et c'était un Voldemort souriant qui en était sorti trois heures plus tard, traînant une elfe calme, mais intacte et impassible, jusqu'à sa cage dans les cachots.
- Tu crois qu'elle est vraiment humaine? Enfin, "elfique", quoi?
- Peut-être qu'elle est simplement timbrée…
- Enfin elle occupe le Maître et ça nous fait des vacances…
Severus acquiesça mentalement et continua sa lecture.
oOo
- Tiens, Snape, va lui donner ça.
Les Mangemorts avaient cessé de l'appeler "minus" après qu'il les ait tous rendus sexuellement impuissants pour deux mois. Ce qui avait fait sourire la Maître. Il en avait été très fier à l'époque.
A l'époque…
- Et gare à tes doigts!
Severus entra dans le cachot et referma la porte derrière lui. La cage trônait au centre de la pièce, faiblement éclairées par des torches grésillantes. Pas de trace de la lumière du jour. Jamais.
Il fit quelques pas, son plateau à la main. L'elfe s'était roulée en boule dans un coin. La splendide robe dont l'avait la vieille parée Voldemort avait été lacérée avec rage. Comme toutes les précédentes.
Le pied de Severus rencontra un caillou, et en une seconde elle fut debout, ses mains s'agrippant aux barreaux, lançant des regards furieux. L'adolescent s'arrêta à distance, s'accroupit et fit glisser le plateau vers elle. Comme elle ne bougeait pas, il se redressa et la regarda.
Pas de folie. Pas de folie dans ces yeux étranges. De la fatigue. De la lassitude. De la fierté, aussi. De la curiosité. Du calcul. De l'espoir. Puis de la résignation. Tout ça. Tout ça dans un regard.
Embarrassé, il détourna la tête.
- Bon appétit quand même, marmonna-t-il, moitié sincère, moitié ironique.
Un rire désenchanté lui répondit. Puis une voix rauque, chaude et fraîche à la fois, douce, veloutée.
- Quel est ton nom?
- Severus Snape, s'entendit-il répondre, en réalisant que c'était sans doute une énorme connerie.
L'elfe renifla.
- Et bien, Severus Snape, je te souhaite bon courage.
Puis elle mordit dans un morceau de pain.
Le lendemain, elle s'était échappée.
oOo
- Je ne l'ai jamais vu aussi en colère…
- Crabbe est resté dix minutes sous l'Endoloris…
- Faut croire qu'il y tenait, à sa petite pute…
- J'ai entendu dire que le clan Percevent s'était évaporé…
- On est dans la merde…
oOo
- RETROUVEZ-LA-MOI!
Voldemort était hideux.
Severus se demanda comment il n'avait pu s'en rendre compte. Comment il n'avait pas remarqué la lente dégradation qui s'emparait du corps de Tom Elvis Jedusor.
Et qui s'emparait peut-être de lui-même.
oOo
- Pr Dumbledore, je voudrais vous parler…
Le vieil homme lui adressa un sourire charmant.
oOo
- Mon fils.
Severus s'approcha et s'accroupit près de l'enfant.
De grands yeux étranges se fixèrent sur lui. De grands yeux qu'il imaginait sans problèmes gagnés par la folie la plus totale, par le désespoir ou la souffrance.
Voldemort parlait et il ne l'entendait pas.
- Plume, murmura-t-il.
§§§§§§§
Severus ouvrit un œil. Puis l'autre.
L'odeur aseptisée de l'infirmerie lui fit brièvement faire la grimace, puis il se rappela.
Potter. Le plan foireux pour le sauver. Plume épinglé au mur, avec une épée dans le ventre.
Plume était mort.
Le cœur battant, il attendit quelques secondes, attendit son esprit lui souffle que ce n'était qu'un cauchemar, un foutu cauchemar. Et plus il attendait, plus les détails lui revenaient. Les murs suintant. Le sang partout. Le sourire tremblant de Plume.
Plus de Plume.
Alors qu'ils approchaient de la fin de toute cette histoire de merde…
Il se sentait si vide. Il se mordit la main. Dieu miséricordieux. Il voulait simplement mourir.
Il resta un moment, prostré, à imaginer ce que serait une vie sans Plume. Toute la merde de sa vie sans la seule chose qui lui faisait encore tenir le coup. Il se foutait de Poudlard. Il se foutait de Dumbledore. Voldemort au pouvoir le laissait même indifférent.
Si vide…
Il décida qu'il allait enfin se reposer. Une petite potion ferait ça bien proprement. Il se leva en chancelant, écarta les rideaux qui entouraient le lit, et chercha ses vêtements des yeux. L'infirmerie était tranquille et silencieuse, bercée par la respiration des quelques blessés et malades présents. Au moins, le reste de l'attaque avait bien dû se dérouler, songea-t-il distraitement.
A moins qu'il n'y ait eu beaucoup de morts.
Il réalisa que ça n'avait aucune importance pour lui et se dirigea vers la sortie.
Une plainte aigue le fit sursauter. Severus hésita machinalement. Quand un sanglot étouffé retentit, il soupira et fit demi-tour. Ce n'était pas parce qu allait se suicider tranquillement qu'il devait laisser une autre personne crever avec lui.
Il avait le cœur trop bon, tiens.
Plume en avait toujours été persuadé.
Il repoussa Plume de ses pensées et se dirigea vers le lit, tout au fond de la pièce, d'où provenaient les gémissements. La personne semblait aussi désespérée que lui. Très bien. Ils pourraient peut-être échanger des astuces pour quitter cette vallée de larme plus aisément. L'idée le fit sourire. Il se sentait légèrement euphorique depuis qu'il avait décidé de laisser tout ça une bonne fois pour toute. L'idée de mourir lui semblait brusquement formidable et il se demandait pourquoi il ne s'y était pas résolu plus tôt.
Ce qu'il aperçut en écartant les rideaux lui ôta immédiatement toutes ces idées stupides de la tête.
Pour une des rares fois de son existence, il resta sans penser. Puis il se sentit envahi d'un immense soulagement et d'une envie de tout jeter contre les murs, et d'étrangler ce stupide gamin étendu devant lui qui lui avait fait croire qu'il était mort, nom de dieu, et il n'avait jamais eu si peur que depuis l'incident des années plus tôt où Plume était tombé dans ce clocher, et il allait le tuer pour lui avoir fait ça une fois de plus. Puis il se calma, s'assit au bord du lit, et passa doucement la main sur le front couvert de sueur de la foutue lumière de sa vie.
Deux yeux embués s'entrouvrirent, voguèrent un instant, puis semblèrent l'apercevoir. Plume ouvrit légèrement la bouche, mais seul un gémissement en sortit.
- Chut, murmura Severus en apercevant enfin l'impressionnant bandage qui entourait le ventre du jeune homme.
Une main faible saisit son poignet, et il s'allongea avec précaution contre son amant, calant sa tête au creux de son épaule. Plume eut un léger soupir et referma les yeux.
Le monde semblait brusquement magnifique.
Quand il se réveilla à nouveau, il faisait jour et deux prunelles magnifiques le fixaient, à quelques centimètres de son nez.
- Hey, souffla péniblement Plume.
Severus resta un moment silencieux, encore partagé par le soulagement et la colère. Puis il se redressa et se dégagea soigneusement.
Plume gisait toujours sur le dos, les mains bien à plat le long de son corps, la tête tournée vers lui, une expression incertaine sur le visage.
- Comment te sens-tu? demanda Severus à voix basse, d'un ton professionnel.
Son visage n'exprimait rien.
- Ca fait un mal de tous les diables, murmura le jeune mercenaire.
- Repose-toi, fit Severus en s'éloignant. Je préviendrai Mme Pomfresh.
Il sortit avant que Plume n'ait pu ajouter quelque chose
oOo
Quelques heures plus tard, une quinzaine de personnes se trouvaient réunies dans le bureau de Dumbledore. Black manquait à l'appel, remarqua Severus avec un léger étonnement. Et Plume était encore à l'infirmerie. Les effectifs commençaient finalement à se vider, songea-t-il amèrement.
Par contre, Potter était présent, le regard perdu dans la contemplation des carreaux de la fenêtre.
- Bien, entama Dumbledore, et Severus avait moins envie que jamais de l'écouter. Commençons par le meilleur, fit-il avec un sourire encourageant. Harry est de nouveau parmi nous, il n'y a eu aucun mort, bon nombre de Mangemorts sont sous les verrous et le Château de Voldemort en Albanie est entre nos mains.
Les visages présents ne manifestèrent que peu d'enthousiasme. Dumbledore soupira.
- Le mauvais, à présent. Voldemort a de nouveau disparu, réfugié chez l'un de ses alliés sans aucun doute. Et Sirius Black est suspecté de trahison. (Severus dressa l'oreille malgré lui.) Harry, fit gentiment le vieil homme, tu peux nous répéter ce qui s'est passé?
L'adolescent raconta la nuit de son enlèvement d'une voix morne. Severus ne pouvait en croire ses oreilles. Black faire du mal à son maudit filleul?
- C'est complètement stupide, prononça-t-il froidement malgré lui quand Potter se fut tu. (Il nota que tous les regards se tournaient vers lui, celui de Lupin avec espoir.) Black collaborer avec Voldemort?
- C'est pourtant ce qui semble être arrivé, fit doucement Dumbledore.
Ce gentil regard bleu donnait parfois envie à Severus de se mettre à hurler hystériquement. Surtout en ce moment.
- Black est un abruti, s'énerva-t-il, mais c'est aussi le plus stupidement loyal Gryffondor que j'ai hélas rencontré. (Merlin, voilà qu'il le défendait; mais si Black était vraiment un traître, tout son système de valeur s'effondrait.) Il n'aurait jamais fait une chose pareille, et surtout pas avec l'aisance que Potter semble avoir prêtée à son ravisseur…
- Professeur… intervint calmement Tamalo'th. Cela ne nous viendrait jamais à l'idée. Mais parfois une personne n'est pas maîtresse de ses actions.
- Il était bien trop buté pour être sensible à l'Impero et –
- Avez-vous déjà entendu parler de la Fièvre Insane?
Severus se tut brusquement.
- Oui, fit-il au bout d'un moment.
- Il arrive que certains sorciers en soient frappés, ajouta simplement le démon-dragon.
Les petits rouages du cerveau de Severus fonctionnaient à plein régime. Etait-il possible que Black, après douze ans à Azkaban et quatre autres années difficiles ait perdu l'esprit?
- Est-ce que c'est possible? demanda-t-il finalement à Tamalo'th.
Le Mercenaire haussa les épaules.
- Il n'y a pas de symptômes extérieurs réels à cette maladie. M. Black peut très bien, bien qu'il paraisse entièrement sain d'esprit, en être touché.
Un bruit étouffé les fit tous pivoter sur place, pour voir Potter sortir précipitamment.
- Fait chier, marmonna finalement Whitewinter, résumant leurs pensées.
- Il n'y a malheureusement rien à faire si c'est la vérité, fit tristement Dumbledore. Je vous en prie, messieurs, il faudrait maintenant nous concerter sur le moyen de localiser Volde –
- Allez vous faire foutre, Albus, s'entendit gronder Severus. Avant tout, nous allons mettre au clair pourquoi le Lord Noir a enlevé Potter, et surtout pourquoi il ne l'a pas tué. De quelle façon il est entré en contact avec Black. (Tous le regardaient sans rien dire, mais sans sembler vouloir l'interrompre.) Pourquoi Plume n'est pas mort, alors que son père lui a passé une épée au travers du corps. (Il rassembla ses souvenirs de la scène.) Ce que vous avez fait de cette épée, par ailleurs. Et ce qu'est devenu Daelmanis. De toutes façons, Voldemort est loin et nous n'avons rien à gagner à savoir où il est si c'est au fin fond d'une grotte de Trolls. Alors c'est parti: dites-nous d'abord pourquoi, pourquoi Voldemort ne peut-il pas tuer Potter et Plume.
Un silence impressionnant suivit ses paroles.
- Dites-leur, répéta-t-il. Racontez à ceux qui ne la connaissent pas cette foutue Prophétie, la vraie, la grande, qui englobe même celle de Trelawney.
La moitié de l'assistance ouvrit de grands yeux.
- Qu'est-ce que…? commença Whitewinter.
- Severus. Il n'est pas encore temps, dit fermement Dumbledore.
- Dans ce cas quand sera-t-il temps, par l'Enfer?!
- Cela suffit. (Le Directeur se redressa.) Madame, Messieurs, la réunion est terminée pour aujourd'hui.
Quand il quitta la pièce, Severus avait un goût de bile sur la langue.
oOo
Il marcha à grands pas vers ses appartements, tremblant de rage et de fatigue. Il ne s'était jamais senti aussi impuissant et perdu. A quoi jouait le vieux fou? Merlin, à quoi jouait le vieux fou? Il respectait Dumbledore, mais il ne supportait plus ses mystères permanents. Il ne comprenait pas.
Il poussa violemment la porte de ses appartements. Et cet abruti de Black, non, Black était trop… trop "Black" pour être touché par le Fièvre Insane. Cette saloperie n'atteignait que les grands sorciers, les êtres exceptionnels, fins et intelligents, et Black était trop absurdement sûr de lui. Dumbledore devait le sentir, pourquoi, pourquoi ne le croyait-il pas?
- Severus?
Il s'immobilisa au milieu de son salon. Puis s'avança jusqu'au seuil de la chambre. Plume était étendu dans le lit, et le regardait d'un air curieux.
- Pourquoi es-tu sorti de l'infirmerie? demanda-t-il brusquement.
Le regard du jeune homme se peina légèrement.
- Mme Pomfresh a estimé que je pouvais rester ici tant que je ne faisais pas d'efforts. Elle m'a bourré de potions et s'est extasiée devant mes capacités de récupération, ajouta-t-il avec une tentative de sourire.
Severus se frotta les yeux.
- Merci d'avoir songé à me prévenir, fit-il d'une voix cassante. Très bien. Reste ici, mais ne m'ennuie pas.
Il y eut un silence.
- Je me fais transpercer le bide par une épée et c'est tout ce que tu trouves à me dire? demanda enfin Plume d'une voix incrédule.
- Que veux-tu que je te dises d'autre? répliqua-t-il avec agressivité. C'est ma faute, peut-être?
Plume écarquilla les yeux.
- Bordel, souffla-t-il, dire que j'ai cru mourir, et que je ne pouvais penser qu'à toi à ce moment. (Avec une grimace, il se redressa difficilement.) Heureux de voir que tu t'es inquiété pour moi, fit-il d'une voix blanche.
- On peut savoir ce que tu fais? demanda froidement Severus tandis que le jeune homme repoussait laborieusement ses draps.
- Je me casse. Navré de t'avoir fait perdre de ton précieux temps, fit Plume d'une voix tout aussi fraîche.
- Bien sûr, siffla Severus, va répandre tes entrailles sur le pas de ma porte. (Il le repoussa dans le lit.) Reste là, tu m'entends?
- Je ne –
- Ecoute-moi, continua l'homme avec colère en le bâillonnant de sa main, j'en ai assez d'être toujours continuellement derrière toi, assez de ton inconscience, assez de ton mépris des inquiétudes des autres. J'en ai assez que pour toi tout aille toujours bien, alors que rien ne va bien, j'en ai assez de ton incurable optimisme alors que l'on vit un véritable cauchemar. J'en ai assez d'avoir à m'inquiéter pour toi, pour te voir ensuite revenir le sourire aux lèvres comme si rien ne s'était passé. J'en ai assez de toi, et de Tamalo'th, et de Whitewinter, toujours en train de rire alors que nous allons tous mourir. Alors fous-moi la paix. Disparaît. Retourne dans tes appartements, laisse-moi.
Il relâcha lentement la pression de sa main, mais Plume n'essaya pas de parler. Mortellement pâle, il se contenta de le fixer. Puis il le gifla, avec un cri de colère.
- Comment peux-tu dire ça de moi!
Puis il essaya de bondit hors du lit, mais s'effondra et termina au sol, se tenant le ventre à deux mains, gémissant de douleur.
- Je vais chercher l'infirmière, fit froidement Severus en quittant la pièce.
oOo
Ils se réunirent de nouveau trois jours plus tard. Cette fois, Plume était présent, installé dans un des fauteuils, et Weasley, Zachary et Whitewinter étaient en train de bavarder avec lui quand Severus arriva, tandis que les autres le regardaient d'un air plus serein que quelques jours auparavant.
Severus et lui ne s'étaient pas parlé depuis.
Puis la réunion commença, mais exceptionnellement ce ne fut pas Dumbledore qui prit la parole.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire à propos de Black? fit calmement Plume quand tout le monde se fut assis.
Remus le lui répéta tandis que dans un coin, Potter regardait fixement le plancher. Plume resta un instant pensif.
- Harry, prononça-t-il enfin tranquillement.
L'adolescent leva un regard fatigué.
- Tu as revu Daelmanis, après ça?
Le Survivant hocha la tête.
- Il t'a reparlé de Sirius?
Tous les regards allaient de l'un à l'autre.
- Oui. (Comme Plume ne disait rien, l'adolescent ajouta d'une voix morne: ) C'est lui qui m'a avoué que Sirius était avec eux. Il me… (Sa voix se brisa.)… il me disait qu'il fallait que je comprenne que Sirius avait passé toute sa vie injustement enfermé à Azkaban, et que je ne devais pas lui en vouloir.
- Il a essayé de te séduire? demanda toujours aussi calmement Plume.
Le garçon hocha doucement la tête.
- Seulement essayé?
Une lueur soudain furieuse brûla dans les yeux verts.
- Vous me prenez pour qui?!
Plume leva une main apaisante.
- D'accord. (Il se tourna vers son cousin.) Luke, où est Black?
- En bas, dans les cachots.
- Tu veux bien aller le chercher? Avec votre permission, Pr Dumbledore, ajouta-t-il poliment.
Le vieux sorcier, le visage impénétrable, hocha la tête.
Tout le monde resta silencieux en attendant que le démon-dragon revienne avec Black. Dumbledore restait, impassible, à son bureau. La plupart des autres fixaient Plume avec curiosité et un peu d'espoir. Griffe Percevent et le Grand Chef avaient en plus une lueur de fierté dans l'œil. Severus se renfonça dans son fauteuil.
La porte se rouvrit et Tamalo'th traversa la pièce pour retourner s'asseoir. Puis Black apparut, le pas hésitant, menotté, mais avec dans le regard quelque chose que Severus ne connaissait que trop bien: la damnée fierté des Gryffondors.
- Je vous en pire, asseyez-vous, fit toujours poliment Plume en lui désignant une chaise au centre du bureau.
Black jeta un coup d'œil autour de lui, mais ne dit rien, même après s'être attardé sur son filleul. Il s'exécuta.
- Dimus Daelmanis est un maître de la manipulation, commença le jeune professeur de DCFM sans préambule. Certains d'entre vous le savent déjà, mais on peut se retrouver aisément à lui confier des choses dont on avait à peine conscience.
Personne ne bougea.
- Mais Daelmanis n'est pas seulement un individu doué pour exploiter les faiblesses des autres. Ce qui le rend exceptionnel, c'est de pouvoir dénicher ces faiblesses, au plus profond de chacun. (Il fixa un instant le tapis.) J'avais treize ans, et il savait déjà qui était la personne la plus importante à mes yeux, alors que je le savais moi-même à peine, et il m'a même taquiné là-dessus. (Son regard clair se posa sur Severus.) Que savait-il sur toi tu l'as rencontré?
- Que je trahissais Voldemort, répondit Severus, que je ne l'aimais plus.
Et il réalisa qu'il venait seulement de le comprendre, de comprendre que le démon s'était joué de lui pendant longtemps.
- Et vous? demanda Plume à Dumbledore.
- Combien j'aimais Grindelwald, répondit doucement le vieil homme.
Les regards se tournèrent un par un vers l'adolescent qui devait sauver le monde et qui fixait ses mains tremblantes.
- M. Lupin, dit doucement Plume, vous êtes le plus vieil ami de M. Black. Regardez-le s'il vous plaît.
Le loup-garou s'exécuta, et Severus eut un instant peur, puis comprit que Remus n'allait pas se laisser influencer, qu'il regarderait vraiment. Et Black, les yeux plongés dans le regard aigu et doré, ne dis rien du style "Cette fois ne te trompe pas, Remus", non, il attendis.
- Il n'est pas fou, murmura finalement Remus en se rasseyant. Il n'est pas fou.
- Harry, s'il te plaît?
L'adolescent dut s'y reprendre à deux fois pour oser lever la tête, et ses yeux étaient rougis et il se mordait la lèvre. Puis il bondit de sa chaise.
- Je suis désolé Sirius, fit-il dans un sanglot avant de disparaître à nouveau.
Tout le monde se regarda.
- Je peux retourner me coucher maintenant? dit enfin Plume.
Alors il y eut des éclats de rire, des excuses, un Sirius avec un sourire fatigué. Whitewinter marmonna quelque chose comme "Beuh, je voulais un baiser d'amour et un beau mariage, moi." et Severus se retrouva à serrer la main de Black.
- Excusez-moi, mais maintenant on pourrait revenir à cette histoire de Prophétie? les coupa la voix pratique de Killian Zachary.
Les regards se tournèrent vers lui, puis vers Dumbledore. Ce dernier soupira.
- Et bien soit. Mais je n'en veux pas un mot à Harry. Pas encore.
Les autres acquiescèrent d'un air plus ou moins curieux, mais Severus vit Plume fronder légèrement les sourcils.
Dumbledore fit un geste de la main, et une épée apparut sur son bureau.
- L'arme que nous avons si désagréablement retrouvée dans le ventre de Plume n'est pas n'importe quelle épée, commença-t-il.
oOo
Severus retourna dans ses appartements et y tourna en rond deux bonnes heures. Puis il sortit et partit en direction de ceux de Plume.
Le jeune homme n'était pas dans son lit, mais était allongé dans le divan qui faisait face à la fenêtre, enroulé dans une couverture, les yeux fixés sur la splendide vue du lac.
- Je peux faire quelque chose pour toi? demanda-t-il sans lever les yeux.
- Je suis désolé.
Plume le regarda. Puis se redressa et s'assit, avec une petite grimace, puis le regarda à nouveau.
- C'est malin, fit-il calmement. J'avais prévu de te renvoyer toutes tes paroles au visage jusqu'à ce que tu t'excuses. Mais tu t'excuses avant. (Il sourit légèrement, sans le quitter des yeux.) Et ça doit être une des premières fois que je t'entends t'excuser, alors ça me coupe tous mes moyens.
- J'ai eu du mal à le dire, convint Severus d'un ton neutre.
Plume avait l'air timide.
- Tu ne veux pas t'asseoir?
Ils restèrent un moment côte à côte, à regarder le paysage.
- Je suis immature? demanda finalement Plume.
- Non. Tu souris juste tout le temps. Et ce n'est pas de ta faute s'il t'arrive toujours quelque chose
- Je suis désolé, dit aussi Plume.
- Pourquoi?
- Pour t'avoir fait peur, je suppose.
- Peur? (Severus resta un instant pensif.) J'avais juste décidé d'aller m'empoisonner avec une de mes potions avant de te trouver dans l'infirmerie. C'est toi qui l'as échappé belle.
- Kwa?! protesta Plume en se tournant vers lui. Mais tu es stupide!
- Oui, je suppose, convint Severus. (Comme Plume n'ajoutait rien, il se tourna à son tour vers lui, haussant les sourcils.) Et bien quoi?
- Là tu es supposé m'embrasser, et après tout va bien, expliqua patiemment Plume.
- Oh.
- Oui.
Il s'exécuta. Les lèvres de Plume étaient aussi douces et souples que d'habitude, et pourtant il avait l'impression qu'il y avait des années qu'il ne les avait pas embrassées. Deux bras fins s'enroulèrent autour de son cou, des doigts agiles se glissèrent dans ses cheveux. De léger et doux, le baiser se fit plus profond. Caressant lentement la langue de Plume avec la sienne, Severus sentait son cœur battre sourdement. Dieu qu'il tenait à lui.
Ils se séparèrent lentement.
- Maintenant porte-moi jusqu'au lit, chuchota Plume.
Ce n'était franchement pas raisonnable. Mais même une épée au travers du ventre ne faisait pas le poids contre la lueur dans les yeux entrouverts de Plume, et ses lèvres rougies. Sans le lâcher, Severus se releva et le souleva. Il le posa délicatement sur le grand lit, s'allongea, se pencha et posa ses lèvres sur la gorge du jeune homme.
- Tu devrais te déshabiller d'abord, fit sourdement ce dernier en l'attirant plus près de lui.
Severus ne prit pas la peine de répondre, et l'embrassa longuement derrière l'oreille, laissant ses doigts déboutonner agilement la chemise de son amant. Puis il se rappela la blessure et se redressa.
Une large cicatrice s'étalait sur le ventre plat du demi-elfe. Plus large que Severus n'en avait jamais vue. Il fit courir ses doigts dessus.
- Elle est laide, non? murmura Plume. Et sa jumelle occupe mon dos.
- Moi je l'aime bien, répondit distraitement Severus.
- Tu as de drôles de goûts, dit Plume avec une légère amertume.
- Non. (Il approcha son visage du sien.) Puisqu'elle fait partie de toi.
Il sentit Plume se figer tandis qu'il l'embrassait à nouveau. Curieux, il le regarda.
- Severus, fit sérieusement le jeune homme, si tu commences à me sortir des choses pareilles, je ne te laisserai jamais sortir de mon lit.
Severus sourit légèrement, et tout ce qui pouvait rester de tension disparut.
- Ca me va, fit-il en se baissant pour lui mordiller un téton.
Ils avaient toute la nuit, pensa-t-il avec satisfaction en ôtant ses robes entre deux baisers. Toute la nuit pour toucher Plume et lui faire produire d'adorables petits bruits. Il termina de déshabiller le jeune homme, caressant ses jambes, mordillant ses cuisses. Il le prit dans sa bouche, lui arrachant un gémissement de protestation, puis des cris de plaisir. Il le pénétra, lentement, doucement, bien loin de la fougue avec laquelle ils se soulageaient habituellement. Il ne savait pas combien de milliers de fois ils avaient déjà joui ensemble, parfois même de façon assez honteuse pour les laisser un moment gênés – puis pour recommencer quelques instants plus tard. Il connaissait leurs corps par cœur, savait quelle réaction provoquerait chaque caresse, et pourtant, il n'avais jamais autant adoré Plume.
Ils firent l'amour une première fois lentement, juste pour la joie de se retrouver, puis, comme presque toujours, leurs gestes se firent plus passionnés. Si Plume poussait parfois un grognement de douleur dû à son ventre, Severus savait jusqu'à quel point il pouvait se permettre d'être brutal et quand s'arrêter. Il savait comment rendre fou la petite chose sous lui, comment l'amener à délirer dans le creux de son oreille. Il savait supporter et apprécier les griffures et les morsures qu'ils s'échangeaient, maintenir Plume sous lui jusqu'à ce qu'il demande grâce. Il savait que le lendemain, le lit ressemblerait à un champ de bataille, et qu'ils auraient du mal à bouger tous les deux, et que Poppy les regarderait d'un air désapprobateur, et Merlin qu'il s'en moquait. Il avait Plume contre lui, sa peau brûlante sous ses mains, son souffle et ses cris dans son oreille, son sexe contre le sien. Tout était – très – magnifiquement – bien.
oOo
- Après ça, je suis immortel, gazouillait Plume en observant la lumière du matin à travers ses doigts écartés.
Severus sourit paresseusement. Il s'étonna une fois de plus que tout ce qui l'énervait chez n'importe qui d'autre le faisait sourire chez Plume. C'est ça l'amûr, lui murmura une petite voix romantique qu'il envoya chier. Il prit Plume dans ses bras et l'embrassa sur l'épaule. Et si ils s'en allaient très loin dans une île tropicale et qu'ils oubliaient tout ça?
- Et si on s'en allait très loin dans une île tropicale et qu'on oubliait tout ça? demanda Plume, en ajoutant: On s'enverrait en l'air à longueur de journée et on mangerait des noix de coco.
- Que des noix de coco? remarqua Severus.
- Il doit y avoir des crabes, aussi. Je soignerais amoureusement tes coups de soleil, et on vendrait des coquillages. Quant finalement tu aurais attrapé un cancer de la peau, et que je serais devenu obèse à force de me bourrer de fruits de mer, on reviendrait ici et on ferait mourir Voldemort de frayeur. Non?
- On va proposer ça à Dumbledore, conclut Severus.
oOo
- Donc tu étais de mauvaise humeur parce que Dumbledore ne voulait pas révéler la Prophétie à tout le monde, disait Plume un peu plus tard.
- Oui.
- Ce n'est pas grave, je te pardonne, fit Plume en l'embrassant sur le nez. Mais je ne vois vraiment pas pourquoi il ne voulait pas, ajouta-t-il en se ré-adossant aux oreillers. Et surtout pourquoi il ne veut pas le dire à Harry.
Ils contemplèrent un moment le baldaquin.
- Severus?
- Oui?
- Est-ce que tu mentirais à Dumbledore?
- Il y a un an je t'aurais que c'était hors de question et surtout inutile, dit finalement Severus.
- Et maintenant?
Il y eut un encore plus long silence.
- Je ne sais pas.
Plume se serra contre lui.
- Je suis très content de ne pas être le seul à m'interroger sur lui, fit-il calmement.
oOo
"J'ai besoin de Robes Sombres pour le Totinutriment", avait dis Severus Snape en regardant Albus Dumbledore droit dans les yeux.
Et Plume et Harry se dirigeaient donc vers la Forêt Interdite.
Le demi-elfe devait presque parfois remorquer son élève amorphe. Quand ils se furent enfoncés bien plus loin que le camp où Mercenaires, sorciers et elfes continuaient à s'entraîner, Plume le saisit par les épaules, le fit asseoir sur une souche, et lui raconta ce que Dumbledore voulait qu'il continue à ignorer.
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Sept ans et demi plus tôt.
- C'est bon, ça suffit pour aujourd'hui.
- Quoi déjà?!
- Plume… soupira Luke. Tous les autres sont hors d'état de continuer.
Le jeune homme regarda autour de lui d'un air étonnée. En effet, tous ses condisciples gisaient à terre, plus ou moins agonisants.
- Ben alors?
- Ce n'est pas parce que tu es increvable en ce moment que tu dois prendre ton cas pour une généralité, maugréa son cousin. Prend pitié de nous…
- Mais ça fait que cinq heures qu'on s'entraîne!
Un gémissement collectif monta autour de lui.
- D'accord, d'accord…
- Allez, quartier libre. On remet ça demain.
Plume partit en trottinant vers les dortoirs sans attendre les autres qui tentaient de se remettre debout. Ca n'allait pas du tout, ces jours-ci. Mais alors pas du tout.
Avec un soupir d'agacement il saisit quelques affaires et se dirigea vers les douches. Les autres préfèreraient aller manger d'abord. Il serait tranquille.
Non, décidemment pas du tout, continua-t-il en se déshabillant. Il voulait ses vacances, il avait droit à ses vacances, il méritait ses vacances… Que les dieux trolls damnent le Grand Chef qui estimait que deux mois de vacances étaient tout simplement inenvisageable pour un honnête Mercenaire Ecarlate. Il voulait voir Severus, nom d'un Veracrasse. Il voulait arrêter d'y penser tout le temps, et surtout de se sentir tout le temps frustré. Il avait dix-huit ans, crotte de crotte, et les hormones des démons-dragons étaient fichtrement impossible à ignorer. Non mais.
Il se glissa avec un petit soupir sous la douche, et tourna le robinet d'eau chaude. Une douche brûlante ferait du bien à tous ses petits muscles endoloris…
/ L'été précédent, le soleil qui tape, et Sev et lui réfugiés dans la chambre. Ses mains, sa langue, partout, la sueur qui dégouline, les draps poisseux et froissés, et le corps chaud, chaud, chaud…/
- Merdeuuuuh!
Plume coupa l'eau chaude d'un geste énervé. Bon, bon, bon, finalement une douche froide calmerait ses ardeurs. Glaciale, même.
/ De la neige, la première chute, et lui pieds nus et en pyjama en train de sourire comme un con, et Sev qui sort et qui l'embarque fermement pour le ramener à l'intérieur, et qui entreprend de la réchauffer… /
- Bordeeeleuuuuh!
Plume se laissa aller contre la paroi de la cabine de douche, fermant les yeux. Il voulait s'envoyer en l'air, tout de suite.
Il soupira, frémissant au contact glacé du carrelage contre sa peau. Si Severus l'avait trouvé dans cet état, ils seraient déjà en train de s'embrasser comme des fous furieux. Leurs deux corps étaient collés l'un contre l'autre, et les mains, les belles mains de Sev auraient glissé le long de son ventre, de ses hanches… La température de la cabine de douche augmenta de quelques bons degrés.
Trois minutes plus tard, il gisait par terre, flottant béatement dans les limbes post-orgasmiques. Puis il ouvrit paresseusement les yeux… et Luke dans l'embrasure de la porte, la bouche grande ouverte.
- Oups. Désolé! fit joyeusement son cousin.
Un silence.
- Sort de ma douche immédiatement!
Luke s'enfuit sous une pluie de bouteilles de shampooing et de savon, et Plume referma violement la porte de la douche. Il entendit le démon-dragon glousser de l'autre côté.
- Désolé, répéta-t-il. Je te cherchais pour t'annoncer des nouvelles.
- …
- Tu vas me faire la gueule cent sept ans? Je suis tombé à un mauvais moment, c'est tout…
- …
- Tu sais, c'est compréhensible hein, pour quelqu'un de ton âge…
- Luke… ta gueule.
- Je t'énerve?
- Un peu, oui.
- Fuh fuh fuh… Tu pensais à ton amant mystérieux?
- JE T'EMMERDE!
- Quand est-ce que tu nous le présenteras? On est tous très impatients de le rencontrer tu sais.
- JE VAIS T'ECLATER LA TRONCHE!
- Je le connais, peut-être?
- NAON!
- Un petit camarade d'école?
- Luke, dégage…
- Oui, ça m'étonnerait que ce soit un elfe du clan Percevent…
- Luke, je sors de la douche.
Il commença à s'habiller mais Luke, le dos tourné, ne lâchait pas le morceau.
- Un élève alors? marmonnait-il. Où quelqu'un des environs? Pourquoi tu veux pas me le dire? ronchonna-t-il.
- Parce qu'il a un caractère horrible et qu'il n'est pas très public.
- Ah. Je suis de plus en plus curieux. Tu me le présenteras? Je suis de la famille, après tout.
- J'aime mieux pas, vous finiriez par vous entretuer.
oOo
Quelques minutes plus tard, ils se dirigeaient vers le réfectoire.
- Qu'est-ce que tu voulais me dire, au fait?
- Ah. C'est à propos des rumeurs concernant ton père, comme quoi il ne serait pas mort. Grand Chef voudrait que tu nous serves d'intermédiaire entre ton ancien directeur, Dumbledore, et nous.
- D'accord.
- Par ailleurs, Dumbledore vient dans trois jours visiter la Forteresse et s'entretenir avec Grand Chef. Je crois qu'ils veulent que tu sois là.
- D'accord.
Luke soupira.
- Ca t'arrive de réagir normalement? Je t'annonce que Voldemort risque de revenir une nouvelle fois au pouvoir, que pour la première fois de l'histoire les Mercenaires vont s'allier avec les humains, que tu vas jouer un rôle important là-dedans, que le plus puissant sorcier actuel va venir dans trois jours, et tout ce que tu trouves à dire c'est "d'accord"?
Le jeune homme la fixa avec inquiétude.
- Calme-toi, Luke, c'est mauvais pour la tension de s'énerver comme ça, tu sais.
Luke hésita à le tuer sur place, puis réalisa qu'il n'aurait peut-être pas l'avantage, et se contenta de lever les yeux au ciel.
- Enfin bref… Il arrive avec quelques autres personnes de Poudlard – vu que c'est les vacances, ça ne semble pas poser de problèmes – et ils passeront le week-end ici.
Plume s'arrêta.
- Quelques autres personnes?
- Moui, d'après ce que j'ai entendu il y aura deux professeurs, MacGonagall et Snape, tu dois les connaître je suppose, et puis Maugrey Fol-Œil, l'ancien Auror, et quelques elfes et quelques nains variés et diverses… Plume?
- Mmh… Hein? Vouiii?
- Tu me le dis si je ne t'intéresse pas… C'est quoi ce sourire débile?
- Qui? Où ça? Moi?
- Oui.
- Mais non, mais non, tu te fais des idées!
BING. (Bruit d'un Plume rencontrant l'angle d'un mur.)
- Ahahahaaaah! Que je suis maladroit! Bon, on va manger?
- Oh Merlin.
- …
- Non. Ne me dis pas que c'est Fol-Œil?! fit Luke en se tenant le cœur.
- NON MAIS CA VA PAS?!
oOo
- Snape? demanda Luke un quart d'heure plus tard, alors qu'ils s'étaient installés au pied d'un arbre pour manger.
- Oui, marmonna Plume.
- Oh oh oooh… tu a corrompu un professeur? fit Luke d'un air réjoui.
Plume lui jeta un regard fatigué, mais fatigué…
Mais tout bien observé, il avait raison.
- Oui, fit-il d'un air satisfait en gobant une pomme dauphine.
- Je suis fier de toi. Et qu'est-ce qu'il a de spécial?
Plume se gratta la tête.
- Il est beau?
- Euh… non.
- Gentil, alors?
- Non.
- Doué au lit?
Plume eut un sourire béat.
- Intelligent?
- Moui.
- De l'humour?
- D'une certaine façon.
- Tu as l'intention de parler plus?
Plume plissa les yeux.
- Il est très grand. Très mince. Brun avec les yeux noirs, et devant lui tu te sens petit, petit, petit. Il a une putain de voix. Il est très froid. Il descend des imbéciles tous les matins au petit déjeuner. Il a trente ans. Je tue le premier qui ose se demander à quoi il ressemble nu. Voilà.
- C'est cool.
- Voui.
oOo
Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus…
- Plume, tu peux me passer la confiture?
Le jeune mercenaire fit circuler le pot de moutarde sans cesser de sourire béatement.
Severus-va-venir! Severus-va-venir! Severus-va-venir!
- C'est pas la confiture, ça…
- Laissez tomber, les gars, bailla Luke.
- Kessk'il a?
- C'est un printemps tardif pour lui.
Les autres haussèrent les épaules et finirent leur petit-déjeuner. On n'entendait que le bruit des mâchoires et des fourchettes quand…
- AH NAN MAIS CA VA PAS DU TOUT!
Le cri fit sursauter la salle entière et tous, furieux et tâchés, se tournèrent vers plume qui s'était brusquement redressé. Le jeune homme cligna des yeux et regarda autour de lui.
- Oh… excusez-moi! déclara-t-il avec son plus charmant sourire.
Les autres se rassirent en grommelant. Il était trop tôt dans la journée pour déclencher une bagarre.
- Luke!
L'instructeur fut brusquement arraché à ses tartines, traîné dans un couloir et plaqué contre un mur.
- Koi? Koi? Koi?
- Les invités… y vont être logés où?
- Ben… dans l'Aile Nord, je suppose…
- Celle où on entend tout à travers les murs?
- Ouais c'est ça. Oooooh…
Luke eut un sourire sadique.
- T'as pas de chance dis-moi…
Plume eut Le Sourire Sadique.
- Si. Parce que je suis ton cousin adoré, et que tu vas me prêter tes appartements.
- …
- …
- Alors là tu peux toujours rêver pour que je passe une nuit dans les dortoirs.
BRAAACK! (Bruit du poing de Plume s'enfonçant dans le mur à deux centimètres de l'oreille droite de Luke.)
- Mais bien sûr! dit précipitamment ce dernier. Tu ne penses tout de même pas que je vais refuser ça à mon cousin adoré, voyons!
- Aaaah… je savais que je pouvais compter sur toi.
Plume lui fit un gros poutou sur la joue et s'éloigna en gambadant, plantant là son Sous-Chef mort de rire. Ce môme était irrésistible.
BOM!
- PLUME TU NE PEUX MEME PAS REGARDER OU TU VAS?!
- Désolé Grand Chef! Je pensais à autre chose!
- Comme d'habitude, quoi! Où est cet imbécile de Luke?
- Cinq mètres plus loin. Hé, l'imbécile, tu as entendu?!
- Pourquoi personne ne m'aime? gémit Luke en s'approchant.
Le Grand Chef eut un air légèrement embarrassé, puis se reprit.
- Les invités arrivent dans une heure. Allez vous préparer.
Puis il s'éloigna à grands pas.
Plume et Luke se regardèrent et commencèrent à compter.
- Un… Deux… Trois…
- C'EST QUOI CE TROU DANS LE MUR?!
- Moi et Plume on bavardait…
- On dit "Plume et moi". La première personne se retrouve toujours à la fin, c'est une formule de politesse.
- Je n'ai pas à être poli avec toi.
- Tu m'aimes plus?
- GROUILLEZ-VOUS!
- Oui Chef!
oOo
Une heure plus tard.
- Pourquoi faut être bien habillé?
- Parce que c'est un truc sérieux.
- Ah.
Plume avait revêtu son plus beau costume, aux couleurs brunes et bleues. Il repoussait régulièrement du pied sa cape encombrante. Luke portait une tenue écarlate, rebrodée de blanc.
- Chuis comment?
- Classe. Tu vas pouvoir séduire MacGonagall.
- Il y aura peut-être de mignonnes petites elfes?
- Les elfes méprisent les humains.
- Je suis un démon-dragon.
- C'est pire.
- FERMEZ-LA!
- Oui Chef!
Le Grand Chef était paré d'un somptueux habit gris perle, et se tenait, majestueux, devant les portes ouvertes de sa Forteresse. Une cinquantaine de ses hommes se tenaient respectueusement derrière lui, vêtus de leurs plus beaux vêtements.
- Il est chouette comme ça notre chef!
- Ouais, on n'imaginerait pas en le voyant que c'est un fou sanguinaire.
- Et qu'il a un sale caractère.
- Et qu'il a peur des araignées.
- Et qu'il déteste les choux de Bruxelles.
- Et qu'il finit bourré tous les soirs.
- Et…
Le Grand Chef semblait prêt à les tuer tous deux à coups de sceptre quand…
- Les voilà!
… nos deux zigotos furent sauvés par l'arrivée des visiteurs.
Plume sentit son cœur se mettre à gigoter.
Severus-est-là! Severus-est-là! Severus-est-là! Severus-est-là!
Dumbledore apparut le premier, vêtu d'une grande robe émeraude, souriant aimablement, les yeux pétillants. MacGonagall et Maugrey le suivaient, élégamment vêtus, puis…
Severus.
En noir, comme d'habitude. Mais avec des robes somptueuses, aussi somptueuses que celles de ce Noël où il s'était passé plein de choses. Et des grandes bottes. Classe.
On dirait un ogre, je veux me faire manger, je délireuuuuh…
- Plume. Tu baves partout, chuchota Luke.
- Agaaaah…
- Il fait un peu peur, hein?
- Voui…
- Tu m'écoutes?
Plume ne l'écoutait pas du tout, parce que Severus venait de l'apercevoir et le détaillait d'une manière telle qu'il aurait difficilement pu écouter.
- Tu as de la vapeur qui te sort par les oreilles…
Severus. Severus. Severus. Severus. Severus. Severus. BON ILS SE GROUILLENT LES AUTRES?!
Grand chef était en train de serrer cérémonieusement la main de Dumbledore, lui exprimant la joie qu'il ressentait à l'accueillir ainsi, et patati, et patata. Ce qui ne lui allait pas du tout. Plume commença à pouffer.
- … en cette journée qui marquera le début…
- Mmpfff…
- Plume, calme-toi.
- Excuse-moi, c'est juste Grand Chef…
- C'est vrai que…
- … de la lutte contre Voldemort, l'union…
- Mmmppfffrtt…
- … de tous les peuples magiques d'Angleterre, que dis-je, du monde…
- MWAHAHAHAHAHAHAHAH! BWAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH! MUAHAHAHAHAHAH!
- Bordel encore ces deux abrutis!
Grand Chef était d'un coup nettement moins cérémonieux.
- Foutez-les aux cachots!
- Nan, nan, Chef, c'est promis on arrête, regardez, on se tait, on dit pu rien et… MWAHAHAHAHAHAH!
Dumbledore sourit gentiment.
- Oh, mais c'est Plume Percevent!
- Je vous le refile, si vous voulez, soupira le Grand Chef.
Severus se massait le front d'une main lasse. Mais le coin de ses lèvres se retroussait.
- Bon, dit enfin le grand Chef, on laisse tomber le blabla et je vous fais visiter chez moi? proposa-t-il à son invité.
- Avec plaisir, acquiesça Dumbledore.
- Très bien. C'EST BON VOUS TOUS! VOUS POUVEZ RENTRER! Non, pas vous, fit-il à Luke et Plume, vous venez avec nous.
- Bien Chef!
- Comment allez-vous, Plume?
- Très bien professeur Dumbledore! Je suis content de vous revoir. Professeur MacGonagall… M. Maugrey… Je vous présente Luke Tamalo'th, mon cousin… tout va bien à Poudlard?
- Ca va, ça va… Nous parlerons de tout cela tout à l'heure. Pour l'instant, j'ai hâte de visiter cette fameuse Forteresse!
Et le vieux sorcier entra à l'intérieur à la suite de son hôte. Luke fit un clin d'œil à Plume et offrit galamment son bras au Pr MacGonagall. Plume ne tarda pas à se retrouver seul avec Severus, et s'inclina devant lui.
- Pr Snape…
Severus hocha la tête.
- M. Percevent.
- Je vous trouve fort élégamment habillé aujourd'hui.
- On m'a légèrement forcé la main, siffla l'homme.
- J'aime Dumbledore. Me ferez-vous l'honneur de me laisser vous présenter la Forteresse?
- Je vous suis.
Ils avaient fait un petit arrêt dans un coin sombre avant de rejoindre les autres, et Plume était en train de se dire que le petit arrêt allait peut-être durer un peu plus longtemps et que ce n'était pas si mal, quand Severus le lâcha avec un hoquet de surprise. Etonné, Plume se retourna et leva les yeux: du mur contre lequel il était appuyé dépassait une tête en pierre à l'expression amusée.
- Candide!
- Navré de vous interrompre, mais je crois que les autres vous attendent un peu plus loin, s'esclaffa le Gardien avant de disparaître dans la muraille.
Grommelant, Plume entraîna un Severus encore sous le choc.
Ils visitèrent successivement le Réfectoire, la Bibliothèque, la Salle d'Armes, les trois Salles de Combat, les Réserves, la Forge, et enfin… les Ecuries.
- MELILOOOT! beugla le Grand Chef en pénétrant dans la grotte.
Le jeune Palefrenière émergea d'une botte de paille, l'air endormi.
- Voici le Pr Dumbledore. Fais-lui donc visiter ton domaine.
Les invités s'approchèrent de la balustrade et restèrent bouche bée devant la grotte de taille titanesque où s'agitaient des dizaines de dragons scintillants. Loin, très loin au fond, la lumière du jour filtrait au travers de la sortie. Melilot laissa les sorciers, elfes et nains contempler quelques minutes le spectacle, puis bondit sur la rambarde en claquant des mains et en lançant un étrange cri guttural. Les dragons dressèrent aussitôt la tête, à l'écoute. Elle poussa un long sifflement en montrant les visiteurs du doigt, et les formidables montures poussèrent en chœur un rugissement terrifiant, à tomber par terre.
- Ils vous disent bonjour, fit-elle fièrement.
Les autres demeurèrent muets, sous le regard amusé des quatre Mercenaires.
- Incroyable… fit enfin Dumbledore, et il avait réellement l'air soufflé. Vous les utilisez vraiment pour voler?
- Nous ne les "utilisons" pas, fit froidement l'enfant. Nous volons avec eux parce qu le veulent bien.
Dumbledore s'inclina légèrement.
- Je vous prie d'excuser mon maladroit choix de mots, mademoiselle.
Melilot hésita, puis sourit.
- Je vous pardonne… si vous faites un tour avec moi.
- Sur un dragon?!
- Vous devriez accepter, conseilla le Grand Chef. Vous n'en aurez pas l'occasion une nouvelle fois, je le crains.
- Je… et bien pourquoi pas?
- C'est parti!
- Maintenant?
- Oh… C'est plus prudent d'essayer avant manger, au moins pour la première fois.
Melilot se dirigea vers une ouverture taillée dans la roche.
- D'autres amateurs? demanda aimablement le Grand chef.
- Plus de mon âge! déclara résolument Maugrey.
Les elfes et les nains déclinèrent poliment. MacGonagall redressa le menton.
- Si je n'abuse pas…
- Je me ferais un plaisir de vous emmener avec moi, répliqua galamment Luke.
MacGonagall sourit, visiblement charmée. Plume se tourna vers son sorcier, toujours captivé par le spectacle en contrebas.
- Et vous, Pr Snape?
Severus cligna des yeux et se redressa.
- Avec joie.
Avec un grand sourire, Plume rejoignit Melilot et Luke dans la sellerie.
- Qui m'a encore piqué mon mord! s'indignait l'instructeur. Je suis sûr que c'est encore cet idiot de Derffin'th…
- Il est ici, ton mord, dit Melilot en l'extirpant d'un tas de couvertures.
- Oh. Merci. Tu as changé de rênes?
- Amy m'a brûlé les anciennes…
- Où son les sangles de rechanges? demanda Plume.
- Dans le coffre, comme d'habitude.
- Oui mais c'est la première fois que j'ai un passager…
Je vais voler avec Sev, ouah!
- Il y a quoi entre toi et le type en noir?
Plume regarda l'enfant qui le fixait, l'air innocent.
- Melilot. Tu es beaucoup trop en avance pour ton âge.
- Je sais. Vous êtes ensemble?
- J'en ai marre d'être entouré de gens intelligents, grommela Plume. On peut rien leur cacher.
- Tu t'ennuierais avec des imbéciles, remarqua Luke.
- C'est ton amant, alors, affirma Melilot. Il a l'air assez effrayant. Mais intelligent.
- C'est à peu près ça.
Plume empoigna l'énorme mais légère selle, la bride, les six sangles supplémentaire, et sortit, suivit des deux autres. Ils rejoignirent le groupe qui patientait, toujours fasciné par les dragons.
- Je commence, déclara la petite fille. Professeur Dumbledore?
Le vieux sorcier saisit la petite main qu'elle lui tendait, et ils descendirent les escaliers.
- Restez au bas des marches.
Melilot déposa la selle et, saisissant sa bride, s'engagea entre les dragons. Les autres, du haut de la balustrade, la virent se diriger vers une bête de petite taille, d'une douce teinte violette, qui baissa la tête à son approche et ouvrit une gueule terrifiante pour qu'elle puisse y glisser le mord.
- Viens là, fit la petite fille.
Le dragon la suivit en rampant jusqu'au bas de l'escalier.
- Voilà Améthyste. Dites-lui bonjour.
La voix du puissant sorcier ne trembla pas.
- Bonjour.
La dragonne gronda doucement et le renifla, puis lui donna un petit coup de tête qui faillit le renverser.
- Bien.
Melilot tendit la main vers la selle, qui s'éleva doucement jusqu'au dos du dragon, où elle s'ajouta et se sangla délicatement. Le dragon s'avança ensuite jusqu'à une sorte de promontoire.
- Vous pouvez monter sur son dos. Mettez-vous à l'arrière, ici.
Dumbledore grimpa et s'assit tant bien que mal, silencieux. L'enfant repoussa sa cape vers l'arrière, et entreprit de lui lier solidement les jambes à la selle, au moyen de six sangles qu'elle avait amenées: deux pour les cuisses, deux pour le pli des genoux, deux pour les chevilles. Puis elle grimpa souplement devant lui et s'attacha de même, là où les sangles étaient déjà présentes. Puis elle leva la tête.
- On s'attend dehors?
- D'accord, à tout de suite, répondit Luke.
Melilot fit un signe de la main, puis se tourna vers son passager et lui sourit.
- Détendez-vous. Une fois habitué au rythme, tout va tout seul. N'hésitez pas à vous accrocher aux poignées. Vous pouvez hurler si vous voulez.
Avec ça, elle se pencha et parla doucement à la dragonne, qui se mit à ramper vers la porte, puis disparut au regard des autres.
- Pourquoi vos selles ont-elles une forme étrange? demanda Maugrey.
Luke déposa la sienne sur la rambarde et lui expliqua.
- La partie avant est celle où s'assoit le démon-dragon, solidement sanglé. L'arrière sert à transporter du matériel ou des passages, mais plus rarement. Chacun possède sa propre selle, adaptée à soi et à son dragon, et lui apporte les modifications qu'il désire. La mienne a un fourreau à l'avant. Celle de Plume deux poches pour le casse-croûte en cours de route…
- Ben quoi?
- Prête, Pr MacGonagall?
La femme hocha la tête et saisit son bras. Il lui fit descendre les marches, et tout comme Melilot partit à la recherche de son dragon: fort et puissant, d'un noir profond, il s'agissait d'un Magyar à Pointes nommé Ebène. Il renifla la sorcière et voulut lui saisir son chapeau, la laissant mi-souriante mi-tremblante. Luke l'aida à monter et l'attacha, grimpa à son tour, et après quelques paroles rassurantes dirigea son dragon vers la sortie. Ils disparurent à leur tour.
- Pr Snape?
Severus suivit le jeune mercenaire.
- Votre main, s'il vous plaît. (Severus le regarda en haussant un sourcil.) Si vous descendez sans contact avec moi, ajouta Plume avec un sourire, vous serez réduit en cendre dès que vous aurez posé le pied en bas.
L'homme lui tendit la main et Plume entrelaça ses doigts aux siens. Ils s'engagèrent dans l'escalier.
- Tu as peur? murmura le demi-elfe.
- Je suis mort de trouille, dit impassiblement Severus.
Plume sourit et le laissa au bas des marches.
- BEBEEEEEE!
Il y eut un formidable rugissement, et une gigantesque masse vert pomme se jeta sur lui. Severus crut qu'il allait finir écrabouillé, mais le dragon stoppa à quelques mètres du jeune homme et abaissa la tête vers lui, la langue pendante.
- OukilébolebébéàpapaPlume!
Le mercenaire riait joyeusement, frottant le museau du dragonneau.
- Viens on va faire un tour!
Il lui passa sa bride et revint vers Severus.
- Elle s'appelle Fougère. Dis-lui bonjour.
- Bonjour.
La jeune dragonne le renifla doucement et eut un petit grognement. Plume lui parla doucement, puis lui mit la selle.
- Monte.
Le sorcier se jucha sur la bête avec précaution, Plume l'attacha, puis grimpa devant lui et se fixa à son tour. Puis il se retourna.
- Prêt?
Severus lui jeta juste un regard inexpressif.
- Très bien, sourit Plume. Fougère?
Le dragon s'ébranla. C'était une drôle de sensation, un mouvement souple et continu, sans secousses, mais très déstabilisant.
- Ca va?
- Pourquoi a-t-elle grogné tout à l'heure?
- Elle est très jalouse. Fougère? C'est parti!
Et ils s'envolèrent.
oOo
Ce qui frappa le plus Severus fut d'abord le silence. Un silence absolu.
Il ressentit une légère secousse, puis plus rien, et réalisa alors qu'ils étaient dans les airs. Qu'ils volaient. Sur un dragon. Il lui fallut quelques secondes pour assimiler l'information.
Et puis ce silence. Toute la multitude de petits bruits auxquels, machinalement, on ne fait plus attention – voix lointaines, machines – avait disparu. Il ne restait que le vent, qui sifflait légèrement à ses oreilles, lui chatouillait le nez et lui piquait les yeux.
Après le silence, ce fut la conscience aigue du dragon, sous lui, du battement régulier des ailes, du rythme de ce corps puissant. L'épaisse membrane écailleuse des ailes prenait appui sur l'air, les projetait en avant, puis revenait doucement, et recommençait, recommençait… Plume se pencha légèrement et Fougère vira vers la droite, glissant sans heurt sur un courant d'air chaud. Severus crut laisser son estomac sur place. Puis le rythme reprit.
Il regarda alors autour de lui: les hautes montagnes se dressaient de part et d'autre de la large vallée. La Forteresse s'encastrait là-haut, dans le flan gris-fer. La forêt couvrait les flancs rocheux. Mais tout paraissait si petit… Même la neige qui couvrait les sommets semblait toute proche, et les arbres défilaient à toute vitesse loin en dessous d'eux.
- Ca va?
Plume lui souriait, l'air heureux.
- Je comprends mieux ce que tu essayais de m'expliquer.
- Tu n'as encore rien vu!
Le jeune homme leva légèrement la main vers l'avant et la dragonne piqua vers le sol.
- Ca va toujours?
- Ca… ça va.
Ca allait même très vite.
Plume fit alors basculer son poids sur le côté, et Fougère partit en vrille.
- YAHOUUUUUUU!
Ca n'allait plus du tout.
Plume finit par se redresser.
- Tu me paieras ça, marmonna Severus.
- Fais attention à ce que tu dis, c'est toujours moi qui dirige!
Fougère reprit son rythme. C'était presque confortable. Plume se pencha en arrière, jusqu'à ce que sa tête s'appui sur le torse de Severus.
- Alors? Qu'est-ce que tu en dis? Oh! Les autres sont là!
Il se redressa avant que Severus n'ait pu répondre. Au loin, la petite silhouette de Luke leur fit un signe.
- Il nous propose une course. On y va?
Il agita la main en retour. Aussitôt les trois dragons plongèrent dans la même direction, cette fois-ci à toute vitesse, et Severus réalisa qu'en effet il était loin d'avoir tout vu.
oOo
Deux heures plus tard, quand les trois sorciers se furent un peu remis de leurs émotions, ils attaquèrent les choses sérieuses.
- Oh, Grand Chef, annonça Plume en prenant le demi-géant à part tandis que tout le monde s'installait. Je voudrais vous reparler de mes vacances.
- Pas le moment, grommela le mercenaire.
- Oui, mais, si j'ai bien compris, vous allez me confier une tâche importante dans les minutes qui vont suivre, non? demanda Plume d'un air innocent. Ca va être très difficile, il va falloir que je prenne beaucoup de forces?
- Messieurs, s'il vous plaît? fit Dumbledore dans leur direction.
- Ohlàlà, je me sens fatigué… murmura Plume.
Grand Chef grogna.
- D'accord. Tu auras ton mois d'août.
- Je veux repartir demain soir.
- Dans une semaine.
- Demain soir, et je promets d'être là le premier septembre à minuit une minute.
- Va t'asseoir, gronda le demi-géant.
- Merci Chef.
Plume s'installa avec un grand sourire.
- Je vois que comme nous vous êtes au courant que quelque chose se prépare en Albanie, disait Dumbledore. Nous ignorons encore si il s'agit réellement du vrai Voldemort, mais je propose que nous soyons prêt si c'est le cas.
Les autres personnes présentes hochèrent la tête.
- Je propose donc que les elfes, nains, mercenaires et sorciers travaillent ensemble. Ou de moins, corrigea-t-il en voyant de nombreux regards noirs s'échanger, qu'ils partagent leurs informations.
Ils y eut quelques grognements, mais dans l'ensemble positifs.
- Parfait. Je voudrais donc proposer, s'il est d'accord, Plume Percevent ici présent comme l'un de nos principaux intermédiaires, et ce pour plusieurs raisons. (Plume hocha la tête.) Premièrement, sa connaissance des mondes elfique, sorcier et mercenaire. Et deuxièmement, le fait qu'il soit le propre fils de Voldemort.
Il y eut quelques hoquets de surprise.
- Une autre personne jouera un rôle important si c'est bien de Voldemort dont il s'agit. Je veux bien entendu parler de Harry Potter, qui devrait commencer sa scolarité à Poudlard dans un peu plus d'un an. Maintenant… (Il fit lentement le tour de l'assemblée du regard.) Il est temps que je vous raconte quelque chose
Pendant qu'il commençait son récit, Plume remarqua distraitement qu'il n'avait pas abordé le rôle de Severus si Voldemort revenait.
On ne peut pas faire entièrement confiance à tout le monde, supposa-t-il.
§§§§§§§
Il était une fois les deux meilleurs amis du monde. Salazar Serpentard et Godric Gryffondor étaient deux puissants sorciers, et partageaient le même rêve. Seulement, les rêves ne se construisent pas avec de l'air et de la pluie, et ils eurent besoin de l'aide de Rowena Serdaigle et Helga Poufsouffle pour le mener à bien. Quand Poudlard se dressa enfin, tous les quatre se sentirent fiers et s'empressèrent d'enseigner leurs connaissances.
Mais Salazar, cultivé, d'origine noble et puissante, avait peiné à trouver un maître. Tous ceux à qui il s'était présenté, le cœur plein d'espoir, avaient prétendu douter de ses intentions et lui avaient préféré un disciple humble mais aisément manipulable, un disciple qui apprendrait et transmettrait la magie sans s'interroger sur sa nature-même, ainsi qu'il avait toujours été fait. Salazar posait trop de questions. Quand finalement un sorcier l'accepta, il se força à cacher sa curiosité et apprit sans mot dire. Mais il était à présent sorcier lui-même, et malgré l'amour qu'il portait à ses trois collègues, il ne pouvait s'empêcher de ressentir du ressentiment à l'égard de ces prétendus sages qui se confinaient dans la tradition.
Aussi commença-t-il à rechercher des élèves vifs, intelligents, et avides de savoir. Il visita les maisons nobles des environ, ramena des enfants à l'esprit critique et brillant. Rapidement, le fossé se creusa entre ses protégés et les autres élèves, et Rowena, Helga et Godric le lui reprochèrent. La connaissance devait progressez, admettaient-ils, mais elle devait rester maîtrisée. Salazar n'écouta pas. Petit à petit, il tomba dans l'obsession et accusa ses compagnons de conspirer contre lui. Il enferma dans les profondeurs du Château un monstre qui, prétendait-il, devait assurer sa sécurité.
Quand il ne fut plus possible de continuer ainsi, quand tout éclata, les deux meilleurs amis s'affrontèrent. Un combat loyal, à l'épée, où Godric finit par tuer son compagnon d'enfance. Le fils de ce dernier disparut plusieurs dizaines d'années, puis revint, et vengea son père. Le fils de Godric, fou de rage, se lança à sa poursuite et le tua à son tour, ainsi que son fils qui avait le même âge que lui. Mais il épargna son petit-fils. Voyant cela, Rowena énonça alors une prophétie qui durerait des siècles.
Et ainsi, chaque génération venge la précédente depuis. Poudlard a évolué, la brillante, trop brillante maison de Serpentard a oublié la raison de sa fondation, et s'est à son tour accrochée à la tradition. Et les derniers héritiers de Serpentard et de Gryffondor s'entre-déchirent encore.
§§§§§§§
A suivre.
