Dialogues en australien (donc anglais avec expressions typiques) dans ce chapitre
Merci à Yasmina, et HAVE A GOOD READ


6. Avancer pour assumer ses torts


« Vous êtes vraiment culottés, quand même... » marmonna Rin, accoudé à sa fenêtre et l'œil fixé sur l'horizon, la baie de Sydney.

Sousuke lâcha un léger rire, et glissa ses pieds hors de ses chaussures pour grimper sur le lit grinçant, et aller admirer la vue aux côtés de son meilleur ami. Il siffla d'admiration, son cœur se gonflant encore plus en voyant le ciel orange au couchant. Puis il laissa tomber sa grande main sur la tête du nageur, ébouriffant ses mèches rougeoyantes.

« Attentionnés, surtout. T'es pas content de revoir ta sœur et ton meilleur pote? »

Une grimace dévoilant des dents acérées lui répondit, et un rire secoua la poitrine du Tokyoïte.

« Et si j'étais pas chez moi, hein?

– Je ne t'ai pas demandé le programme de ta semaine pour des prunes. On est venus parce qu'on savait que tu étais libre. Et tant qu'à faire, on te l'a caché pour mieux te faire la surprise.

– Mmh. »

Rin bascula sa tête en avant, relâchant une large bouffée d'air, pour mieux glisser son bras autour des épaules du brun, et le coller contre lui deux secondes.

« T'as raison, j'suis vraiment super content en fait, fit-il d'une voix qui trahissait son émotion. Merci, vraiment.

– Hey, te mets pas à pleurer, hein. »

Un grognement lui répondit, et il lâcha l'autre étudiant. Sousuke ne se rendait pas encore complètement compte d'où il se trouvait, ayant au final peu vu du pays depuis son débarquement quelques heures plus tôt. Lui et Gou, ayant contacté la famille d'accueil de Rin, s'étaient fait conduire jusque chez lui. Il se remettait même à rire en repensant à la tronche qu'il avait eu lorsqu'il avait poussé sa porte.

Gou n'avait pas pu rester longtemps, Lori voulant la ramener avant que la route ne soit trop encombrée pour conduire. Elle avait alors laissé son frère avec son meilleur ami, ravie de pouvoir discuter avec les deux Australiens et d'entraîner son anglais. Sousuke avait voulu rester avec lui, quand bien même il n'y avait pas beaucoup de place dans son appartement, pour ne pas déranger la famille, et aussi parce qu'il était bien ici pour une seule raison : Rin.

« Ça a été, le vol?

– Long, mais tranquille. Je comprends maintenant, il fait froid dans ce pays, je vois pas qui voudrait y aller en vacances.

– Normal, c'est l'hiver en ce moment.

– En tout cas, ouais, on a rien oublié, et puis on a parlé de l'école primaire avec Gou, c'était sympa. »

Le nageur hocha la tête, puis laissa planer son regard sur la silhouette large de son ami. Il finit par se jeter à l'eau.

« Et... ton épaule? »

Il n'avait jamais osé aborder le sujet pendant leurs discussions skype, pour ne pas casser l'ambiance. Mais maintenant qu'il le voyait en chair et en os, il ne pouvait rien faire d'autre que se rappeler de la condition du brun, de ce qu'il s'était passé il y a moins d'un an, et de ce qu'il lui avait dit au printemps dernier, avant qu'il ne reparte en Australie.

Et que fut son soulagement quand un sourire, qu'il trouvait sincère, lui répondit.

« Ça va à son rythme. J'ai pu recommencer à m'entraîner un peu.

– Tu veux dire... »

Sousuke le coupa rapidement, son visage se faisant un peu plus amer :

« Sur des machines. »

Un léger 'ah' échappa au rouquin, dont la bonne humeur se dissipa. Fort heureusement, son meilleur ami le connaissait bien, et il lui suffit d'un regard pour comprendre qu'il fallait le rabibocher.

« Eh oui, les conneries parfois ça met longtemps à disparaître. Je récolte ce que je sème.

– Arrête, personne mérite ça...

– Ouais. Mais j'assume, Rin, fit-il avec force. Il y a pas mal de trucs que j'ai du mal à assumer, mais pas ça. Cette épaule, je me la suis ruinée tout seul. Et je la réparerai. »

Le nageur inspira longuement, s'humidifiant les lèvres, puis hocha la tête, comme pour tenter de se persuader que tout irait bien.

« Okay... Okay. Je te fais confiance.

– J'espère bien. »

Rin passa une main dans ses cheveux, la mâchoire serrée, et murmura :

« C'est juste que je suis tellement loin, je passe mon temps à me demander ce que vous faites, ce que je rate... forcément, y a des moments où je flippe.

– Ressaisis-toi, cela ne fait que quelques mois. Et puis, tu es là pour gagner, tu n'as pas le temps de t'inquiéter pour nous.

– Je sais... je vais pas tout lâcher, hein, c'est juste que... »

Sa gorge se serra, il se l'éclaircit, et Sousuke, quand il l'entendit, se hérissa, pour jurer :

« Non mais tu déconnes...

– Je t'emmerde j'y peux rien! »

Il alla enfermer son meilleur ami entre ses bras, et le poussa à se laisser aller, non sans le traiter une énième fois de bébé.

/

Un splash retentit, le brun plongeant dans l'eau sans une hésitation. Makoto l'avait observé faire sans être capable de dire quoique ce soit, s'attendant à ce que ça finisse ainsi dès que Haru avait ouvert sa veste en apercevant la piscine, sans personne dedans, de l'Iwatobi Returns.

Makoto se tourna vers Sasabe avec un petit sourire contrit, ce à quoi celui-ci lui répondit :

« Bah, t'inquiète pas! J'ai l'habitude, et puis il a l'air content!

– Encore désolés de venir alors que vous veniez de fermer... »

Le coach lui fit un grand sourire qui signifiait qu'au contraire, il était plus que ravi de les revoir. Le châtain eut à peine tourné sa tête, intrigué par un bruit de pieds nus traversant le couloir en courant, qu'il vit passer à toute vitesse un Nagisa tirant un Rei hurlant derrière lui, pour mieux le précipiter dans la piscine. Haru sortit rapidement la tête de l'eau, leur envoyant un bref regard courroucé pour avoir brisé sa nage.

« Haru-chan, tu veux bien nager pour nous! Qu'on voie tes progrès!

– Non.

– Alleeeeeeez...! Rei-chan et moi on voulait voir à quel point tu étais beau!

– Nagisa-kun, enfin, laisse-le tranquille! »

Makoto s'esclaffa en regardant ses amis se chamailler gentiment, et regretta avoir laissé son sac chez lui avant de venir, étant ainsi incapable d'aller les rejoindre.

Ils étaient arrivés en fin d'après-midi, et n'avaient pas eu de pause depuis. A peine leur pied posé dans leur ville natale qu'un blond survolté était arrivé, et n'avait cessé de babiller, de leur poser des questions, de raconter tout ce qu'ils avaient raté. Et lorsqu'il leur avait demandé ce qu'ils voulaient faire, et que Haru avait évidemment répondu 'nager', ils s'étaient rendus à la piscine de leur enfance, à la grande joie de leur ancien coach.

« Et toi, Makoto-senpai, tu as continué de nager?

– Oui, acquiesça-t-il avec un doux sourire. Je vais régulièrement à la piscine de l'université. Il y a beaucoup de monde, par contre, c'est parfois contraignant. »

Nagisa enchaîna, leur racontant ce qu'était devenu le club du lycée en leur absence. Ils étaient presque une dizaine désormais, et iraient aux préfectorales juste après les vacances. En revanche, ils craignaient que leur équipe de relais n'aille pas loin, ajouta-t-il, glissant ses doigts dans l'eau, pour voir ensuite le liquide s'échapper de sa prise.

« Ça peut pas marcher à tous les coups, hein? » s'était esclaffé Nagisa, un peu de déception au fond de sa voix.

Ils ne restèrent pas longtemps, l'équipe d'entretien arrivant. Ils dirent alors au revoir à Sasabe, qui réussit à faire promettre à Haruka de revenir avant la fin de la semaine, et qu'il lui montre à quel point sa nage avait évolué.

Le quatuor se baladait le long de la digue, et Makoto se sentait si bien, l'odeur et le paysage familier lui rappelant tant de souvenirs. La nuit était belle, et les étoiles scintillaient sur la mer calme de la marée basse. Au loin, quelques bateaux revenaient de la pêche nocturne, et les voix fortes des pêcheurs faisaient écho jusqu'au rivage.

Leurs pieds piétinant le sol de béton gris clair, Nagisa frappa dans un gravillon.

« Ah, soupira-t-il. C'est quand même dommage que Gou-chan ne soit pas avec nous.

– C'est vrai, renchérit Rei, finissant de mettre sa veste pour mieux se protéger de la brise fraîche du soir. Nous pensions que toute l'équipe se retrouverait, mais elle nous a annoncé au dernier moment partir en Australie retrouver Rin-san! »

Le châtain sourit doucement, tandis que Haru cillait, ses yeux quittant la vue de la marée échouant lentement sur le sable.

« Elle est allée voir Rin...? murmura-t-il.

– Il n'aurait pas pu t'en parler, le rassura son meilleur ami. Ils ont décidé de lui faire la surprise. »

Immédiatement, sa formulation les fit réagir :

« Ils? »

Il ouvrit la bouche, prit au piège, puis expliqua rapidement :

« Euh, oui, Gou-chan s'y rend avec Yamazaki-kun, c'est lui qui m'en a parlé.

– Sou-chan? s'exclama le blond, un grand sourire lui grimpant aux lèvres.

– Je ne savais pas que tu t'entendais avec Sousuke-san. » s'étonna le nageur de papillon.

Il passa une main derrière son crâne et raconta leur rencontre à l'université, omettant évidemment la façon dont la discussion avait été, comment dire, introduite. Haru, lui, écoutait d'une oreille distraite, restant un peu en recul du groupe en fixant la mer, mais cette fois-ci comme s'il cherchait quelque chose à regarder pour éviter de l'écouter.

Makoto se mordait les lèvres en l'observant, ne sachant pas vraiment pourquoi l'autre réagissait comme ça. Il se doutait que ça avait un rapport avec Sousuke, mais sans aucune idée de leur froid, il ne savait pas comment réagir. Au moins, se disait-il, il aurait tout le loisir de pouvoir discuter avec lui cette semaine, et il ferait en sorte qu'il lui explique enfin tout. S'il y avait bien une chose qu'il avait comprit suite à leur première et seule altercation, c'était que de garder des choses pour lui n'apportait rien de bien.

« Hey Haru-chan, alors, tu t'es trouvé une copine à Tokyo? changea de sujet Nagisa, reculant pour aller s'accrocher à la veste de son senpai, qui sursauta, et le regarda avec le plus d'incompréhension dont il était capable, avant de se renfrogner.

– Ça ne m'intéresse pas. » répondit-il simplement. Cependant, le visage du nageur de brasse laissait penser qu'il avait une idée derrière la tête, qui se confirma quand il glissa :

« Un copain alors?

– Non, tonna-t-il.

– Aaah, toujours aussi coincé! Tu ne vas pas finir ta vie tout seul quand même! »

L'étudiant ne fit que rouler des yeux, jetant enfin un coup d'œil à Makoto, demandant peut-être un peu de renfort. Celui-ci se dit alors que c'était une bonne opportunité pour se venger de son silence lorsqu'il s'agissait de Sousuke, et lança donc :

« Ne t'inquiète pas pour lui, Nagisa. Il est de toute façon trop occupé à bouder dès que Rin est mentionné pour ça. »

Nagisa se mit à rire à gorge déployée, serrant le brun dans ses bras en criant qu'il était 'trop mignon!'. Quelques gloussements s'échappèrent aussi de Makoto, accompagné de Rei, qui lui dit cependant d'une voix basse :

« Et toi, Makoto-senpai? »

Le châtain se sentit un peu rougir, puis s'esclaffa, de gêne cette fois.

« Eh bien, je n'y pense pas trop non plus... je n'ai pas vraiment le temps, je me dis que je pourrais y réfléchir quand j'aurais mon diplôme. Mais j'ai rencontré des gens charmants, alors qui sait. »

Leur chemin s'arrêta bien vite, et ils durent se séparer avant que les deux Terminales ne ratent leur dernier train. Ils promirent de se revoir le lendemain au Returns, Nagisa laissant sous-entendre qu'il amènerait peut-être une caméra pour pouvoir ensuite faire partager les exploits de leur ex-membre phare car futur champion national. Haru n'était pas très à l'aise avec l'idée, mais tenter de faire changer d'avis le blond n'était pas dans ses cordes. Peut-être, se disait-il, s'il arrivait à faire tomber sa caméra dans la piscine... non, c'était quand même cher payé-

« Haru? »

La voix de son ami interrompit ses pensées, alors qu'ils remontaient le port jusqu'à la colline sur laquelle se trouvaient leurs maisons. Les parents de Makoto l'attendaient, voulant profiter du soir, et de ses frères et sœurs endormis pour mieux discuter des derniers mois passés loin d'eux. Haru, lui, se contenterait de rouvrir sa maison vide, irait se recueillir sur la tombe de sa grand-mère, puis se coucherait.

Il releva ses yeux des pavés, croisant le regard aux reflets vert forêt de l'autre étudiant, dont le visage semblait étrangement sérieux.

« Tu... avais dis que tu me raconterais. Pour toi et Yamazaki-kun. »

Le nom fit se tordre l'estomac du brun, qui tourna immédiatement la tête.

« Pas maintenant.

– Je veux qu'on en parle cette semaine, insista-t-il. Le plus tôt possible, sinon cela restera dans l'air, et si toi tu ne veux pas en parler, moi j'y pense et j'aimerai vraiment que tu me le dises. »

Le nageur inspira doucement, pour mieux expirer son air. Il chercha ses mots quelques instants, puis murmura :

« Je ne vois pas comment expliquer. »

Makoto tourna le regard, laissant ses pupilles traîner sur le paysage de son enfance, les petites maisons en briques blanches et bois, l'atmosphère unique de sa ville natale. Au coin d'une rue à peine éclairée, il y avait un ancien abri de bus, il incita alors son ami à venir s'asseoir quelques minutes avec lui.

L'espace n'était pas trop sombre, la lumière semblait presque verte car passant à travers les feuilles épaisses d'un arbre planté à côté de la petite masure en bois encore plus jolie maintenant qu'elle était laissée à l'abandon, envahie par l'herbe se faufilant à travers le sol en pierre un peu brisé, et par des rochers qui avaient dû rouler jusque-là après un énième tremblement de terre. Les cigales chantaient, et une file de fourmis surgit d'un creux, se dirigeant vers les arbres à proximité.

Le silence était confortable, rassurant, et ce n'est que lorsqu'il fut certain d'avoir laissé assez de temps à son meilleur ami pour rassembler ses pensées qu'il parla, sa voix n'étant que murmure pour ne pas briser la quiétude nocturne :

« Je te connais, Haru. Et je sais qu'il doit s'être passé quelque chose pour que parler de lui te bloque comme ça. Et je pense savoir pourquoi. Je... » un léger rire lui échappa. « J'ai un peu embelli tout à l'heure. La première fois qu'il s'est adressé à moi, c'était pour me dire de faire comme s'il ne m'avait jamais croisé. »

Il s'adossa au bois derrière lui, l'odeur forestière lui caressant le nez.

« Je n'ai pas vraiment cherché plus loin, tu sais... il y a juste eu un jour où, par hasard, j'ai dû lui adresser la parole parce que je devais faire passer un mot à tous les étudiants encore présents dans le bâtiment. J'ai été plutôt surpris, parce qu'il n'a pas été aussi froid cette fois-là, il était même étonné que je vienne le prévenir au lieu de, je cite, le laisser mourir comme un con. »

Malgré lui, un rire lui échappa en se rappelant de la tête qu'avait eu le brun lorsqu'il l'avait approché.

« Enfin, au final, on a un peu discuté, rien de bien grandiose, mais ce qu'il montre à tout le monde n'est pas tout à fait vrai. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il nourrit des chats abandonnés tous les soirs en chantant des berceuses aux orphelins, mais c'est un masque. Je ne le connais pas suffisamment bien, cependant je peux t'assurer qu'il n'est pas mauvais. Juste... brusque, et sûrement mille fois plus maladroit quand il s'agit d'exprimer ce qu'il pense que toi. »

Haru ne disait rien, il l'écoutait sans l'interrompre, ses mains croisées sur ses genoux, et penché vers l'avant. Il glissa doucement, tandis que la dernière fourmi de la file s'en éloignait, partant à l'aventure dans d'autre failles ouvertes du sol :

« Tu as l'air de beaucoup l'aimer. »

Makoto secoua la tête, grognant :

« Aimer, je n'irais pas jusque-là, mais disons que je le comprends. Je vois ce qu'il essaie de montrer, et je sais que ce n'est qu'une façade. Il m'a demandé si j'avais pitié de lui, et c'est le cas : j'ai pitié parce que je crois que trop peu de gens n'arrivent à voir qu'il est quelqu'un de bien. Et je pense que c'est aussi ton cas. »

Fermant les paupières, le brun se redressa, mais ne croisa toujours pas ses yeux. Il laissa le silence s'infiltrer entre eux, quelques minutes. Le minuscule animal avança, et disparut au fond d'un creux sombre.

Puis Haru raconta.

/

Sousuke était certain qu'il avait rarement eu une semaine aussi vivifiante. Rin les avaient emmenés, lui et sa sœur, aux quatre coins de Sydney, était parti en excursion un peu à l'écart de la ville avec eux. Ils avaient marché le long des plages, admiré les immenses falaises, la mer turquoise. Ils avaient vu des animaux qu'ils ne connaissaient pas, ils avaient goûté à de la nourriture qu'ils n'auraient jamais osé toucher auparavant. A un moment, l'idée de repartir avait fait mal au brun, mais il l'avait gardé pour lui. Car il ne serait qu'un fardeau, ici, et qu'il ne pouvait pas abandonner ses études, laisser sa mère s'inquiéter encore une fois pour lui.

« T'as vu? C'est cool Paddington hein? »

Rin ne cessait de blablater alors qu'ils remontaient les rues, accompagnés des parents adoptifs du jeune homme. Gou acquiesça avec joie, puis trottina jusqu'à son frère qui était parti un peu en un avant, lui demandant de lui montrer les magasins qui valaient la peine d'être vus.

Sousuke se retrouvait seul avec les deux Australiens, et était peut-être un peu mal à l'aise, mais fort heureusement, ils se mirent rapidement à converser avec lui, tout en laissant leurs yeux glisser sur l'architecture à l'ancienne du quartier, contrastée par les enseignes des boutiques branchées qui s'y trouvaient.

« Hey, watch your bag, love, dit Russell à sa femme. Some could flog ya.

Yeah, Sousuke, be careful, there is a lot of pickpockets over there. »

Il mit un instant à comprendre qu'ils lui disaient de faire attention à son sac, mais la question s'échappa de sa bouche sans qu'il y réfléchisse :

« Why? »

La blonde s'esclaffa, et haussa les épaules :

« It's a foreigners place, not a bunch of our mates come here.

Well, Rin likes it! répliqua Russell, sans que le brun ne saisisse ce qu'ils disaient.

Can't be stuffed, he's a bit of a paddo trendy. »

Les deux se mirent à rire, d'une blague que eux seuls comprirent, bien que leurs derniers mots firent réagir Rin.

« I'm not!

Oh yes you are. Why d'you think it was meant as an insult?

Your tone betrays ya! »

Lori s'approcha de Sousuke tandis que son mari continuait d'embêter le japonais, sous les rires de sa petite sœur.

« You have been Rin's friend for a long, don't you?

Yes, fit-il en hochant la tête. We... were I think seven. »

Elle hocha la tête, et enchaîna, continuant à lui poser des questions sur son amitié avec Rin :

« You like swimming as much as him, right? »

Un sourire sincère accompagnait sa question, et vu sa formulation, il comprit qu'elle faisait en sorte de ne pas aborder les points qui faisaient mal, en rapport avec la natation. Il se demanda pourquoi Rin leur avait raconté ses problèmes, mais se souvint qu'il lui avait dit avoir parlé de lui après qu'elle l'ait vu via skype.

« Yes I do. »

Elle hocha la tête, et ajouta simplement :

« Do not give up. »

Il n'osa pas lui dire qu'il ne saisissait pas ce qu'elle venait de lui dire, croyant comprendre qu'elle lui disait de ne pas donner quelque chose en haut, et qu'elle parlait des sans-abris faisant la manche au bout de la rue. Il hocha alors la tête sans trop être sûr.

Ils revinrent à la conversation qu'avait Rin avec l'Australien, qui continuait d'embêter Rin à propos du quartier. Sousuke se mit à rire de bon cœur quand il comprit enfin que le coin de la ville que Rin aimait tant était celui des boutiques où la plupart de la clientèle était homosexuelle.

Arriva le soir, et, leurs membres moulus par la journée passée à crapahuter dans les rues, ils s'effondrèrent sur le lit de Rin. D'habitude, l'un d'entre eux, chacun son tour, dormait sur le sol dans un sac de couchage, mais ils étaient trop fatigués pour ça cette nuit. Alors ils s'étaient glissés sous les couvertures, et avaient éteint la lumière.

Mais aucun d'eux ne s'était endormi. Ils pensaient à trop de choses, à la journée, à ce qui viendrait ensuite. Rin, lui, alluma son portable et retomba sur le message de Haru, qui ne quittait pas son esprit depuis des semaines. Le son du ressac, au loin, sembla s'amplifier tandis qu'il pensait à son vieil ami, en ce moment de l'autre côté de l'océan. Il entendit un piaillement d'oiseau, ses yeux restant accrochés aux idéogrammes inscrits sur son écran.

Il ne savait pas comment aborder le sujet, avant tout car il n'était pas certain de comprendre le message. Ces mots, il le savait, avaient un sens sûrement plus profond qu'il ne pouvait l'imaginer. Si Haru lui en avait parlé, c'était que ce n'était pas quelque chose de banal.

Ils étaient dos à dos, et Rin se rappela de cette nuit où il avait parlé à Haru, il y a presque un an. Cette fois, son cœur ne battait pas la chamade en sentant la chaleur de l'autre à proximité. C'était son meilleur ami, et il était relaxé. Mais il avait une boule dans la gorge, qui fit craquer son chuchotement :

« Sousuke... y a un truc dont je veux te parler. »

Les draps se soulevèrent, et il comprit que le brun s'était redressé, sûrement pour mieux l'écouter. Un battement d'aile retentit quand l'oiseau prit son envol.

« Euh, ok, je t'écoute. »

Rin inspira, mais ne se retourna pas. Il ne voulait pas voir le visage de Sousuke lorsqu'il lui parlerait de ça. Il éteint son portable.

« J'ai discuté avec Haru, l'autre jour. »

Le simple nom tendit l'air entre eux deux. Sousuke ne répondit pas, le laissant parler, mais il devinait que son visage devait s'être fermé.

« Je saurais pas vraiment te dire comment on en est arrivés à parler de ça... mais tu m'avais dit, toi-même, qu'on avait qu'à parler de votre histoire bizarre, si je voulais une conversation. Je l'ai fait. »

Aucun bruit du côté de son ami. Rin ne savait pas comment le prendre. Néanmoins, il s'éclaircit la gorge et poursuivit, ses pupilles fixées sur l'ombre du brun sur le mur face à lui :

« Il a pas été mieux que toi, à me dire que c'était rien. On a fini par raccrocher. ...mais juste après il m'a envoyé un message, et il s'est déconnecté.

– Qu'est-ce qu'il disait? »

La voix grave de son meilleur ami trancha sur la sienne, qui lui paraissait trop hésitante, trop fluette. Alors il roula sur le dos, et sa main devant ses yeux, répondit clairement.

« Tu lui aurais demandé de me laisser tranquille. »

Seul le ronronnement du frigidaire, et le tic-tac de l'horloge lui répondirent. Il avala durement sa salive, et répéta :

« Me laisser tranquille. Qu'est-ce qu'il voulait dire par là? Qu'est-ce que t'as fait? »

Le brun glissa une main dans ses cheveux, toujours sans répondre. Et lorsque, agacé, Rin se redressa pour l'obliger à le regarder, Sousuke bascula en arrière et lui tourna le dos, soufflant :

« Comme d'habitude, Rin. J'ai fait mon connard, et ça a marché.

– Mais qu'est-ce que ça veux dire, sérieux, je comprends pas! »

Sousuke prit une grande inspiration, son regard posé sur le mur en face de lui. Il était blanc cassé, un peu sale, et Rin avait pris soin de cacher la misère en le recouvrant de souvenirs. Des photos de sa famille, de ses amis, deux petits posters, des coupures de journaux sportifs où son nom, ou celui de Haru, pouvaient être cités. Il ne lâcha pas le visage souriant de son meilleur ami, son large sourire surmonté de deux pommettes roses vives. Puis il ferma les yeux.

« Je ne voulais que deux choses, c'était ce relais, et te voir gagner. Je t'avais vu, en Première, et tu sais que j'ai trouvé ton relais avec les autres magnifique. Mais t'aurais pu ruiner tes chances de réussir, d'arriver au sommet, et je refusais de voir ça. J'ai paniqué. »

Un rire sec lui échappa, alors que, pour la première fois, il ne pouvait plus fuir et se devait d'assumer ses actions.

« J'ai vu Nanase, et j'étais jaloux, parce que tu faisais des relais avec lui, parce qu'il te fait sourire, parce que tu m'as lâché pour lui, et que la seule chose que je voyais qu'il avait fait en retour, c'était te faire louper ta chance de te qualifier aux nationales. Alors j'ai été le voir, et il l'a bien formulé, je lui ai explicitement et physiquement fait comprendre de te laisser tranquille. »

Il expira par les narines, et semblait frustré, mais continua :

« Je sais que c'était débile, mais je savais pas quoi faire d'autre. Au final, évidemment il n'a pas spécialement commencé à t'oublier, mais on a vraiment pas finis en bons termes. Surtout que la seconde fois qu'on s'est parlés, il m'a dit qu'il savait pour mon épaule, et encore une fois, j'ai eu peur que tu finisses par le savoir, que tu ne veuilles pas que je fasse le relais. Alors je lui ai à nouveau pas très bien parlé. »

Sousuke serra le poings, et la cadence de sa voix s'accéléra sous le poids de ses actions semblant tellement irrationnelles maintenant qu'il les prononçait.

« On s'est pas adressés la parole plus de trois fois au lycée, et à chaque fois ça a été super tendu. C'est pour ça que j'aime pas parler de lui et c'est réciproque. On s'entendait bien au collège, mais maintenant c'est chimique, j'y peux rien, et vu ce que j'ai pu lui dire, il n'a pas non plus envie de me voir. C'est tout. »

Le silence s'installa à nouveau, et Rin gardait son regard dirigé vers le pied du lit, ne bougeant pas. Sousuke, lui, jura dans sa barbe, car il ne voulait pas ça, que Rin ne pouvait pas rester silencieux, et finit par lâcher :

« Dis quelque chose bon sang!

– Tu veux que je te dises quoi? »

Sa voix était tremblante, tremblante de colère, et le brun se détesta un peu plus en l'entendant. Surtout quand il vit le rouquin se recroqueviller un peu sur lui-même et pester :

« Bordel Sousuke... t'as dis à Haru de plus me voir, tu l'as menacé?

– Je sais, je suis désolé, tu veux que je te dises quoi de plus!?

– J'en sais rien! »

Le cri résonna dans l'appartement, et Rin crispa sa main sur sa propre mâchoire, refusant toujours de croiser le regard de son ami.

« Je... Ça me tue, Sousuke. Que tu penses qu'il pourrait risquer mon futur. Tu le connais pas, putain! Tu te rends pas compte à quel point t'as tort! »

Sa main se ferma alors qu'elle montait à sa chevelure.

« Il m'a sauvé, Sousuke. Haru m'a sauvé. Je t'ai dit que je voulais arrêter la natation, lorsque j'étais en Australie, mais ça a duré des années! J'ai recommencé qu'après être revenu au Japon, parce que quand j'ai nagé contre lui, je me suis senti revivre! »

Il serra les dents, et siffla :

« J'ai nagé, et à ce moment-là, je ne voulais que gagner, je ne pensais à rien d'autre. J'ai fini par le battre, et je me suis dit que je pouvais enfin passer à autre chose, mais c'était le contraire : j'avais toujours qu'une envie, et c'était celle de nager à ses côtés. Alors quand j'ai été retiré du relais... j'ai pété un câble, et encore une fois, je pensais à ça. »

Il secoua la tête, les souvenirs de cette journée encore frais dans sa mémoire, et se sentit frissonner en se rappelant du regard qu'avait eu Haruka, ces yeux bleus désespérés de ne pas le voir s'en aller.

« Tu m'as vu partir, fit-il d'un ton un peu plus calme, bien que son ton reste grave. Mais tu ne l'as pas vu ensuite. Il est parti à ma poursuite, il m'a trouvé. Il m'a dit qu'il voulait pas nager si j'étais pas avec lui... C'est grâce à lui que j'ai pas arrêté la natation, que je suis là aujourd'hui. »

Son cœur lui sembla lourd en se rappelant de la voix du brun, cette voix débordant de sincérité, celle-là même qui l'avait enfin fait comprendre que l'amitié n'était pas ce qu'il voulait de sa part.

« Il tient tout autant à moi que toi, Sousuke... reprit-il, la voix définitivement cassée. Tu pouvais pas savoir, mais c'est ça, entre nous. Et l'idée que tu ais voulu tout détruire, ça me... ça me fait super mal. »

Sousuke avait écouté sans dire un mot, gardant une main devant son visage, et battant des paupières lorsqu'il sentit des larmes venir mouiller ses cils. Cependant, il savait que sa respiration inégale trahissait son état.

« Je suis désolé, Rin. Vraiment désolé. »

Rin se recoucha, dos à lui. Il ne lui répondit pas.

« J'espère que tu me le pardonneras un jour. »

A suivre...