Une ruelle déserte. 4h du matin. Deux corps sont enlacés contre un mur sale et grisâtre.
Seul un lampadaire à la lumière vacillante les éclaire.

Scène de tendresse? Peut être bien. Approchez vous. Un des deux garçons ne bouge plus.
Pourtant un infime souffle émane encore de sa bouche. Un peu de vie. Encore.

(…)

Pov Tom.

Mon dos me fait mal. Foutu mur en béton. Je n'ai peut être pas emmené Bill dans le coin le plus chaleureux de la ville.
Mais dans la panique, je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir. Bref.

Il est encore complètement amorphe. Et je ne peux rien faire. Juste le serrer un peu plus fort contre moi.
Il gémit. De douleur. Ils ne l'ont pas loupés ces connards.

Mon calme habituel commence à laisser place à la colère. Pure et dure. Celle qui vous donne envie de tout casser.
Et d'être là pour le protéger.Je déteste la violence. Encore plus la violence gratuite.

Il fait soudain un brusque mouvement, et son t-shirt se soulève légèrement. Des bleus, tournant maintenant au violet, s'étalent devant mes yeux.Je les effleure légèrement. Comme si, d'une simple caresse, je pouvais les faire disparaître.

Au contact de mes doigts glacés, je le sens frémir. Imperceptiblement.

Il ouvre alors les yeux. Je vois bien qu'il est surpris. C'est vrai que je ne l'avais pas habitué à avoir ce type de contacts.
Ce n'est pas mon genre
.Je retire alors immédiatement ma main.

Mais en apercevant ses prunelles sombres, je repense à notre soirée en boîte. A ses déhanchés si sensuels, à son corps ondulant contre cette fille.Il ne bougeait pas sur la musique. Il l'épousait de toute son âme.

Le rouge me monte rapidement aux joues. Bien malgré moi.

Comme voulant mettre un terme à ma gêne, il murmure:«Tom?... Merci».«De rien Bill».

Je le colle alors encore un peu plus contre mon cœur, comme voulant retarder le moment où il se détachera de moi.
Il ne bouge toujours pas. Puis, délicatement, sa tête vient se poser contre mon torse, tandis que ses doigts tremblants s'agrippent à ma veste.

Je retiens mon souffle et hésite à comprendre la signification de l'accélération brutale de mon rythme cardiaque.

Il me dit alors: « Tu sais je...je ne suis pas toujours comme ca». Je ne sais pas de quoi il parle. Mais je sens de petits sanglots, qu'il tente de retenir, secouer son corps si frêle.«Je ne suis pas faible Tom… pas aussi faible…non, pas aussi faible…».

Je ne réponds pas et me contente de caresser ses cheveux pour tenter de l'apaiser. «C'est bon Bill. C'est fini».
Un rire sans joie mouillé de larmes. «Non ce n'est fini Tom. C'est encore loin d'être fini».

J'avance alors timidement ma main, voulant essuyer les pleurs qui dégoulinaient maladroitement sur ses joues.
Mais il s'écarte brutalement de moi, et les essuie rageusement avant de se lever. «Je ne suis pas si faible Tom».
Son ton est froid. Et mon cœur se serre tandis que l'air glacial de la nuit remplace peu à peu la chaleur de son corps. «Je sais Bill».

Mais au fond, je suis perdu. «Qu'est ce qui ne sera jamais fini?».

Sourire amer. Il reste calme, terriblement calme. «Pourquoi Tom? Pourquoi suis-je à ce point dépendant des autres?»
Je ne comprends toujours pas. «Dépendant? Tu vis avec nous depuis 15 jours maintenant, bien sûr que tu sais vivre seul».
Piètre réponse. Je pressens rapidement que ce n'est pas ce qu'il attendait.

«Non Tom. Même à l'appartement… Tu sais bien que j'ai encore besoin de Lucas. Il voit bien que je suis perdu. Alors il fait tout à ma place. Il veut m'aidermais en réalité ca me bouffe… ca me bouffe autant que ca me rassure putain». Sourire désabusé.

Le masque tombe. Enfin. L'espace d'un instant je suis en face du «vrai» Bill. Bill, le gamin qui n'a toujours pas grandi.
Même à 20
ans. Plus d'arrogance ou de mépris dans sa voix. Juste une infinie tristesse.

Alors je le laisse parler. Je sais qu'il en a besoin.

«En partant de chez moi, je pensais que…avec l'appartement et tout… je pensais que j'allais enfin pouvoir vivre. Vivre par moi-même.Quel con j'ai été!».Cruelle désillusion. De rage, son poing s'abat avec violence contre le mur en béton.

«Bill…». Je m'avance de quelques pas et lui saisit doucement le poignet.
Un faible sourire s'inscrit alors sur son visage «Tu sais Tomdes fois j'aimerais que l'on cesse d'être aussi gentil avec moi. Je voudrais qu'on me bouscule un peu. Je crois que j'en ai besoin». Sa voix n'est alors plus qu'un faible murmure.

Je me rendis alors compte que je venais de lire un nouveau chapitre. Un autre chapitre du livre que constituait la vie de Bill.
Les choses m'apparaissaient un peu plus clairement, même si les zones d'ombres restaient nombreuses.

Bill ne voulait plus que l'on vive à sa place, comme l'avait fait ses parents, ou comme continuait de le faire Lucas.
Non, ce dont il avait réellement besoin, c'était d'un soutien.Un soutien pour qu'il puisse à nouveau avancer. Mais seul cette fois-ci.

C'était cela qu'il recherchait en acceptant cette colocation. Il était indépendant mais pas trop, car nous étions là.
Une demi-mesure
. Rien de radical.

«D'accord». Je venais silencieusement d'accepter sa requête. Et il le savait.
Il me fixa alors intensément dans les yeux, quand soudain des bruits de pas se firent entendre.
Il tressaillit et se rapprocha instinctivement de moi…

Lucas et Chloé débarquèrent alors essoufflés et complètement paniqués «Ouf, vous êtes encore là!».
Je leur avais envoyé un message pour leur indiquer où nous étions. Pour qu'il puisse nous rejoindre.

Comme prévu, Lucas se précipita vers Bill. Il le détailla sous tous les angles, cherchant des blessures invisibles.
Il voulut le porter dans ses bras jusqu'à la voiture.Mais Bill refusa, affirmant qu'il pouvait encore parfaitement marcher.

Il me lança alors un sourire éclatant. Non, il ne voulait plus de cette vie par procuration.
Et maintenant qu'il avait un allié, il ferait tout pour y mettre fin.