Chapitre 7

Daniel ne leva pas les yeux de ce qu'il faisait quand il entendit les craquements des pas sur la terre à l'extérieur de sa tente. L'artéfact qu'il tenait était petit, et la petite brosse qu'il utilisait pour ôter les débris de son motif élaboré était si fine qu'il avait du mal à voir à la faible lumière que procurait la lampe sur sa table. Cela avait été une longue journée, bien que réussie, et il voulait terminer ce qu'il faisait avant de s'effondrer dans son sac de couchage et tomber raide pour la nuit. Par conséquent, il n'était pas d'humeur aux interruptions et grogna en son for intérieur lorsqu'il entendit quelqu'un soulever le battant de la tente.

« Daniel ? »

La voix le surprit, probablement une des très rares qui pouvaient amener un sourire à ses lèvres alors qu'il levait la tête. « Sam ! » rayonna-t-il. « Que faites-vous ici ? » Et puis son visage grimaça et son ventre se noua. « Ce n'est pas Jack, n'est-ce pas ? »

« Non, » dit-elle brièvement, « il n'y a eu aucune nouvelle. » Elle fit deux pas à l'intérieur de la tente. « Je viens juste vous voir, » dit-elle, jetant un coup d'œil à sa maigre installation. « Mes pieds commençaient à me démanger d'être coincée sur Terre. »

Daniel plaça doucement l'artéfact sur la table et se leva. « Eh bien, c'est bon de vous voir, » dit-il, s'avançant vers elle. « Asseyez-vous. Voulez-vous du café ? Du thé ? »

« Non, » lui assura-t-elle. « Juste un peu de compagnie. Vous m'avez manqué. »

« Vous aussi, » dit-il, donnant à son épaule une pression affectueuse et la guidant vers l'une des deux chaises de camping. « Ce furent huit longues semaines. » Il sourit et agita la main en montrant autour de lui, « Mais nous avons fait des progrès surprenants – vous ne pouvez pas vraiment voir dans le noir, mais les fouilles sont immenses. »

Sam saisit son expression et l'imita. « Vous semblez excité, » dit-elle. « Je suis heureuse que ça aille bien. »

« Et vous ? » demanda-t-il, remarquant qu'elle était plus sombre qu'à l'accoutumée. « Tout va bien au SGC ? Vous ne vous noyez pas dans la paperasse de Jack ? »

Elle gloussa un peu en entendant cela. « Son bureau n'a jamais paru aussi net. »

« Je lui rappellerai de vous dire merci quand il reviendra, » promit Daniel. Mais ses mots provoquèrent une grimace sur le visage de Sam et elle baissa les yeux sur ses mains là où elles étaient réunies sur son giron.

« Si, » dit-elle d'une voix basse.

« Quand, » répliqua-t-il.

Sam hocha simplement la tête, fixant toujours pensivement ses mains. « Je me demande où il est. »

« Je sais, » répondit Daniel, « moi aussi. » Il secoua la tête. « Je n'arrive toujours pas à croire qu'il est parti comme ça, sans aucun avertissement, aucune discussion. Juste – pouf. »

Sam fronça les sourcils et s'affala un peu plus sur la chaise, étirant ses longues jambes devant elle. « Je suis un peu fâchée pour ça, » avoua-t-elle. « Je veux dire, je sais qu'il avait ses raisons. Mais il devait savoir ce que nous ressentirions, non ? Et il l'a fait quand même, parce que ça l'arrangeait. »

« Je crois que nous ne savons pas vraiment quelles étaient ses raisons, » dit Daniel, lui jetant un coup d'œil d'un air entendu. « N'est-ce pas ? »

Les yeux de Sam étaient fixés sur un point juste devant ses orteils. « Non, » dit-elle doucement, « je suppose que non. »

Daniel changea de position sur sa chaise et prit l'artéfact sur lequel il était en train de travailler, le manipulant tout en parlant. « Je prévois de les découvrir, cependant, » dit-il, « quand il reviendra. »

« Si, » corrigea Sam.

« Quand. »

Ils restèrent silencieux, et Daniel se rendit compte que Sam était profondément perdue dans ses pensées. Il commençait à se demander pourquoi elle était venue à mi-chemin à travers la galaxie juste pour s'asseoir dans un silence morose quand elle parla à nouveau. « J'ai vu Joe ce week-end, » dit-elle.

« Oh, » acquiesça Daniel, soulagé du changement de sujet. « Comment va-t-il ? »

« Bien, » répondit-elle. « Nous sommes allés skier. »

« C'était bien ? »

« Oui. » Elle le dévisagea alors puis passa délicatement la langue sur ses lèvres avant de dire, « Il m'a demandé de l'épouser. »

Les sourcils de Daniel se relevèrent brusquement. « Oh ! » s'exclama-t-il, surpris. « Hum, félicitations ! »

« Je n'ai pas dit oui, » répondit-elle avec un petit sourire.

« Oh. » Il fronça les sourcils. « Alors… désolé. Je suppose. »

« Je n'ai pas dit non, non plus. »

Daniel fit les gros yeux. « Alors… je ne sais pas quoi dire ! Que lui avez-vous dit ? »

Elle haussa les épaules. « Que j'avais besoin d'y réfléchir. C'est une décision importante. »

« Oui, » acquiesça Daniel, son esprit dérivant vers son propre mariage. Il soupira, sa tristesse douce-amère. « Mais, quand c'est bien, on sait. »

Il observa Sam comme il parlait, et vit donc la façon dont elle serra la mâchoire et ferma brièvement les yeux. C'était un geste de tristesse et de regret, réalisa-t-il. Mais tout ce qu'elle dit fut, « Oui, on sait. On sait quand c'est bien. » Et puis très doucement, si doucement que Daniel doutait qu'elle avait l'intention de dire les mots tout haut, elle murmura, « Même quand c'est une erreur, on sait que c'est bien. »

Il eut soudain mal de voir Sam si déprimée. Et si seule. Jack lui manquait, plus qu'elle ne l'admettrait. Et elle tenait à lui, il était sûr de cela. Il ressentit un soudain élancement de sympathie pour Joe et se demanda si l'homme comprenait la situation dans laquelle il s'était impliqué.

« Combien de temps restez-vous ? » lui demanda-t-il doucement.

« Jusqu'au matin seulement, » répondit-elle, levant les yeux sur lui. « Si vous avez un endroit où je pourrais dormir ? »

Il sourit. « Toujours, » promit-il, se levant et allant vers le petit coffre qui contenait ses affaires personnelles. Soulevant le couvercle, il sortit une bouteille à moitié pleine de cognac. « A but médical, » lui dit-il, récupérant deux petits verres en retournant à table. Il remplit généreusement les verres et en tendit un à Sam. Elle le prit avec un sourire de remerciement, mais avant qu'elle ne puisse le porter à ses lèvres, Daniel leva son verre en un toast. « Aux amis absents, » dit-il.

« Aux amis absents, » répéta Sam, trinquant son verre contre le sien. « Où qu'ils soient, et quoi qu'ils fassent. »

oOoOoOo

La pièce dans laquelle Jack était couché était petite et les fenêtres ne nécessitaient pas de carreaux car la température n'était jamais froide et les gens étaient trop pauvres pour se permettre un tel luxe. Mais la brise de nuit qui dérivait à travers la fenêtre ouverte était la bienvenue sur sa peau nue, alors qu'il était étendu au milieu des draps entortillés et fixait les étoiles aliens au-dessus de lui. C'était une des choses à laquelle il ne s'habituait jamais quand il était off world, le fait qu'il n'arrivait pas à reconnaître les étoiles. Cela lui disait plus que tout le reste qu'il était très loin de chez lui. Et, en cette occasion, très loin de ses amis.

A côté de lui, Arla s'étira, se positionnant pour que sa tête repose plus confortablement sur son épaule. Il bougea son bras pour qu'elle soit plus à l'aise, avant de l'envelopper par-dessus ses épaules gracieuses alors qu'elle s'installait contre lui. C'était bon, décida-t-il, de la tenir et d'être tenu en retour. Cela faisait longtemps – trop longtemps – depuis qu'il avait savouré l'unique réconfort d'être aussi près d'une autre personne. Pas depuis Laira, et il lui semblait que c'était il y a très, très longtemps. Et avant ça ? Sara.

Ses doigts dessinaient négligemment le long du bras d'Arla, savourant le contact de sa peau chaude et lisse contre la sienne. Elle était jeune et belle, et il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle elle voulait être avec lui. Pourtant elle était là. Pas de façon permanente – c'était convenu – mais au cours de la dernière semaine, elle avait choisi de partager son lit et qui était-il pour protester ? Il prendrait le plaisir où il le trouvait, peu importait combien éphémère il était. Il savait qu'ils ne seraient plus sur Incara beaucoup plus longtemps ceci était le calme avant la tempête et son instinct lui disait que la tempête qui se préparait serait féroce et mortelle. Leur mission s'approchait de sa conclusion, la poudre était sèche et tout ce qu'il fallait maintenant c'était que quelqu'un allume la mèche. Et ce quelqu'un, il savait, serait Jack O'Neill, Colonel.

Son esprit dérivait alors qu'il était étendu en train de fixer les étoiles. Cela faisait huit semaines qu'il était parti huit semaines depuis qu'il avait affronté les protestations indignées de Daniel et le silence stoïque de Teal'c. Huit semaines depuis qu'il avait entendu Carter crier son nom, d'une voix pressante et pas sans colère. Huit semaines depuis qu'il s'était retourné pour la regarder le fixer, troublée, ses yeux pleins de reproche. Il se demanda ce qu'elle pensait de lui maintenant, si elle le méprisait comme un lâche qui s'était enfui, ou si elle comprenait. Peut-être qu'elle ne pensait pas du tout à lui? Mais il espérait qu'elle comprenait. Il espérait que Hammond avait expliqué pourquoi il avait besoin de partir pendant qu'il avait encore l'occasion de se reprendre. Il espérait, mais n'en était pas certain.

« O'Neill ? » murmura Arla, passant sa main sur son torse. « Vous êtes agité. N'arrivez-vous pas à dormir ? »

« Désolé, » dit-il doucement, « je ne voulais pas vous réveiller. »

« Ca ne me dérange pas, » le rassura-t-elle, « c'est une belle nuit pour être éveillée. Les étoiles semblent si brillantes. »

Il sourit et la serra plus étroitement. « Oui, elles le sont. »

« Vous pensez à votre monde, » dit-elle après un instant. « A vos amis. »

Il hocha la tête. « Juste envie d'une pizza, » lui dit-il, dans une tentative pour la détourner du véritable cheminement de ses pensées.

Mais pour autant qu'elle parût jeune, Arla était perspicace. « Pourquoi cela vous rend-il triste de penser à vos amis ? »

« Qui a dit que j'étais triste ? »

« Vos yeux me le disent, » répondit-elle, se soulevant sur un coude pour regarda son visage. Dans la lumière des étoiles, ses traits étaient perdus dans les ombres, bien qu'il pouvait voir l'éclat sombre de ses yeux sous ses longs cheveux. « Il n'y a aucune joie dans vos yeux, O'Neill. »

Il soupira, regardant à nouveau le ciel. « Eh bien, » dit-il lentement, « je suppose que mes amis et moi nous ne nous sommes pas séparés dans les meilleurs termes. »

« Vous vous êtes disputés ? » demanda-t-elle, passant délicatement une main sur sa poitrine.

Il soupira. « Quelque chose comme ça. »

Elle acquiesça et traça d'un doigt fin et élégant son sourcil. « Est-ce que Carter est un de vos amis ? »

Il cligna des yeux de surprise, soudain méfiant. « Que savez-vous de Carter ? »

Arla sourit. « Seulement que vous avez dit son nom, » lui dit-elle, « pendant que vous dormiez la nuit dernière. »

Jack grimaça légèrement. « Vraiment ? » Il se rappela le rêve, saisissant et érotique. « Je n'ai rien dit d'autre, n'est-ce pas ? »

« Non, » répondit Arla, ses yeux sombres brillants de curiosité. « Parlez-moi de Carter. Il est votre ami ? »

« Elle – je l'espère, » répondit-il. « Mais il n'y a pas grand-chose à dire. »

« Ah, » acquiesça Arla, ses lèvres se retroussant en un sourire langoureux qui était complètement à l'opposé du sourire vif et enthousiaste de Sam. « Vous l'aimez. »

Jack se figea à mi-réflexion. « Qui a dit ça ? »

« Encore vos yeux, Jack O'Neill, » lui dit Arla. « Ils sont très chaleureux, » dit-elle, « mais personne ne vous a dit combien ils étaient expressifs ? »

Il fronça les sourcils, détournant les yeux de son visage inquisiteur. « Pas vraiment, non. »

Arla se déplaça, soupirant d'un air heureux alors qu'elle se nichait contre son torse, ses longs cheveux étalés sur son épaule. « Vous l'aimez, » insista-t-elle. « Pourquoi cachez-vous cela ? »

Il ne répondit pas tout de suite, mais il savait qu'elle ne serait pas satisfaite avec une autre dénégation et, pour dire la vérité, il voulait lui dire pourquoi. « Parce que j'essaie de ne pas l'aimer, » dit-il enfin. « J'essaie vraiment très fort de ne pas l'aimer. »

Elle se redressa, surprise. Juste comme il avait su qu'elle le serait. « Pourquoi ? » demanda-t-elle, choquée. « Pourquoi essayez-vous une chose si anormale ? »

« Parce que je n'ai pas le droit d'avoir ce sentiment pour elle, » dit-il doucement.

« Pas le droit ? » répéta Arla. « Qui interdit cela ? »

« Il y a le règlement, » commença-t-il, mais voyant sa totale incompréhension, il secoua la tête. « Vous ne comprendriez pas, » lui assura-t-il. « Votre peuple et le mien sont en quelque sorte… différents. »

« Anise m'avait averti que les Tau'ri ont des inhibitions concernant la démonstration d'affection physique, » répondit-elle. « Mais je n'avais pas réalisé que cela s'étendait à votre vie émotionnelle aussi. C'est une chose d'interdire cela, » dit-elle, faisant un geste entre eux, « mais interdire d'aimer ? Je n'arrive pas à comprendre pourquoi une société ferait une telle chose. »

« Vraiment ? » demanda Jack, surpris. « C'est une puissante émotion – elle affecte vos loyautés, vos décisions. C'est… dangereux. »

Arla inclina la tête d'un côté, le regardant avec curiosité. « Croyez-vous que vos sentiments pour Carter soient dangereux ? »

« Non, » dit-il après réflexion. « Pas vraiment. Je veux dire, je ressens ça depuis longtemps et ça n'a jamais affecté mon jugement. » Il fronça les sourcils, « Eh bien, peut-être une fois. Mais je n'ai jamais mis quelqu'un d'autre en danger. »

« Et Carter ? » demanda-t-elle alors. « Ressent-elle un tel amour pour vous ? »

Il dut déglutir avant de répondre, et même alors sa voix était rauque. « Non, » dit-il, la vérité sur ses lèvres vive et douloureuse. « Je ne pense pas. Peut-être l'a-t-elle ressenti, ou pensé l'avoir ressenti, mais plus maintenant. Elle est avec quelqu'un d'autre. »

« J'en suis désolée, » répondit sincèrement Arla. « C'est une grande tristesse quand une telle situation arrive. Et maintenant je comprends ce que je vois dans vos yeux – un amour non partagé est une douleur difficile à apaiser. » Elle se pencha plus près, ses longs cheveux frôlant sa joue comme elle pressait ses lèvres sur les siennes. « Mais peut-être pouvons-nous essayer de l'apaiser, pendant un instant ? »

Son baiser était doux bien qu'exigeant, plein de promesses. Et ses mains vinrent se poser sur les douces courbes de ses hanches, les faisant courir sur son dos comme il la serrait plus étroitement contre lui. Jack laissa ses yeux se fermer et se perdit dans les sensations délicieuses qu'elle éveillait alors que leurs corps bougeaient lentement, délibérément, l'un contre l'autre. Et il essaya très fort d'oublier Sam d'oublier son sourire, son rire, et la façon dont son front se creusait de concentration d'oublier son enthousiasme, sa bravoure, et sa grande intelligence et d'oublier la sensation de ses lèvres et l'odeur enivrante de ses cheveux… « Oh, Dieu, Sam, » souffla-t-il alors que les souvenirs et l'instant présent commençaient à se mélanger. « Je te veux… »

« Alors cette nuit, je suis tienne, » vint la douce réponse, avec un léger accent.

Et il se permit d'y croire pour une fois, succombant enfin au fantasme.

« Sam… »

oOoOoOo

Sam était occupée. Elle s'était efforcée d'être toujours occupée durant ces dernières douze semaines. Occupée au labo, occupée à remplir certaines des responsabilités du Colonel au SGC, occupée à décorer sa nouvelle maison. Occupée. C'était plus facile de cette façon quand son esprit était occupé, elle n'avait pas le temps de réfléchir, de s'inquiéter ou de regretter son absence. Mais parfois, elle s'arrêtait. S'arrêtait simplement, et pendant quelques minutes, tout ce à quoi elle essayait si difficilement de ne pas penser remontait à la surface comme un poisson mort dans un étang.

Et, alors qu'elle était assise dans le bureau de Jack, le dernier rapport de la journée terminé, expédié et classé, elle s'arrêta. Ses mains immobiles sur son giron et elle s'adossa dans le confortable fauteuil et ferma les yeux, laissant les émotions monter. Il lui manquait. Elle était furieuse contre lui. Elle était inquiète pour lui. Elle était effrayée qu'il ne réussisse pas à revenir. Elle était nerveuse à l'idée de le revoir… Les émotions contradictoires, chaotiques traversaient son esprit, se poursuivant l'une après l'autre en une spirale tournoyante, la laissant troublée et mal à l'aise. Elle savait à peine ce qu'elle ressentait désormais une partie d'elle voulait lui hurler dessus pour être parti et de la laisser dans un tel état de trouble. L'autre partie voulait le serrer dans ses bras et apaiser la douleur qu'elle avait vue dans ses yeux cette nuit-là, il y a tant de semaines. Elle voulait lui parler, mais n'avait aucune idée de ce qu'elle devait dire.

Ouvrant les yeux, elle soupira et passa les doigts dans les cheveux. Elle était fatiguée et il était tard. Elle devrait rentrer chez elle. Seulement, elle ressentait une étrange réticence à partir être assise seule dans le bureau de Jack était réconfortant, d'une certaine façon. Elle pouvait sentir sa présence ici, comme si sa personnalité s'était en quelque sorte imprimée à la pièce. Négligemment, elle ouvrit le petit tiroir sous son bureau. Il était bourré de trucs en désordre et Sam sourit à la vue du yo-yo emmêlé et du porte-clés en émail noir, portant les mots, 'La vérité est ailleurs', qui se trouvaient au milieu d'un assortiment de stylos, de crayons et de disquettes qui remplissaient en grande partie le tiroir. Mais vers le fond, en un tas net, elle vit quelques photos. Curieuse, elle les sortit, son intérêt contrebalançant son sentiment de culpabilité. La première était de Kowalski avec Jack, ils tenaient tous les deux une bière et souriaient. La retournant, elle vit que la date correspondait peu de temps après la première mission sur Abydos et que Jack avait écrit, 'Bienvenue à la maison', au dos. Passant à la suivante, elle reconnut immédiatement Sara, et présuma que le bambin sur ses genoux était Charlie. C'était un bel enfant – aux cheveux blonds et de grands yeux bleus. Assez différents de ceux de son père. La photo suivante était de l'équipe – SG1. Elle se rappelait l'occasion, mais pas la photo. Daniel avait organisé une fête au pied levé pour sa promotion, une semaine environ après l'événement, et la photo était d'eux quatre se tenant sur son balcon avec le panorama urbain derrière eux et un verre en main, levé en signe de salut. Janet, se rappela-t-elle, avait un appareil photo. Jack devait avoir eu une copie. Retournant la photo, elle vit qu'il avait écrit 'Les gars' au dos. Comme s'il oublierait qui ils étaient !

La dernière photo était un peu écornée, mais néanmoins elle eut un impact puissant qu'elle ressentit au plus profond de sa poitrine elle avait été prise le même jour et était d'elle avec Jack, s'appuyant contre la rambarde du balcon, apparemment inconscient de l'appareil photo. Elle souriait et Jack riait. Ils semblaient si… normaux, pensa-t-elle. Juste comme un couple de gens ordinaires, savourant la compagnie de l'autre. Elle regarda plus soigneusement Jack, réalisant à quel point la vue de son visage lui avait manqué. Cela faisait deux ans que la photo avait été prise et ses cheveux étaient plus gris maintenant, mais autrement, il paraissait le même le même sourire en coin, les mêmes yeux sombres. Elle passa un doigt sur l'image, sentant de nouveau la douleur de son absence. Lentement, elle retourna la photo et lut ses mots. 'Juste Sam et Jack'. Elle sourit et ses yeux s'humidifièrent à la poignante vérité. Juste Sam et Jack, pour une fois. Pas de Major, pas de Colonel, juste eux. Dieu, pensa-t-elle, submergée par un soudain désir ardent alors qu'elle regardait leurs visages souriants une fois encore. Pourquoi ne pouvaient-ils pas être comme cela ? Pourquoi ne pouvaient-ils pas être juste Sam et Jack ? Etait-ce tant demander ?

La culpabilité se manifesta aussitôt à la suite de ses pensées comme elle se rappelait Joe. Elle jeta un coup d'œil à sa montre, réalisant qu'elle était en retard. Encore. Sa tête tomba dans ses mains et elle se demanda ce que diable elle faisait assise seule dans le bureau vide de Jack, quand elle pouvait – et devrait – être chez elle avec l'homme qui voulait l'épouser. Mais au plus profond de son cœur, elle connaissait la vérité, et cela ne fit rien pour apaiser son conflit intérieur.

« Cesse d'être une telle idiote, Carter, » se dit-elle, se redressant et remettant les photos de Jack dans le tiroir. « Ceci est la réalité. Gère-la. »

Se levant, elle éteignit l'ordinateur sur lequel elle était en train de travailler et se dirigea vers la porte, éteignant la lumière en sortant et referma la porte derrière elle. Mais elle n'avait pas fait deux pas vers l'ascenseur quand l'alarme se mit à hurler. Elle hésita, son cœur manquant un battement. Chaque fois que l'alarme résonnait, elle pensait que c'était peut-être Jack qui rentrait à la maison. Pourtant, ce n'était jamais le cas, et elle était fatiguée de se ruer en salle de contrôle pour être chaque fois déçue. Fermant les yeux, elle décida de l'ignorer. Elle était fatiguée, elle était déjà en retard, et elle allait rentrer chez elle. Peut-être qu'elle s'arrêterait en chemin et achèterait une bouteille de...

« SG1 en la salle d'embarquement. » La voix du Général Hammond dans le haut-parleur la figea pendant un millième de seconde avant qu'elle ne pivote sur ses talons et ne se rue dans le couloir.