Trop d'Amour Te Tuera
7 – Le test des potions
Ils passèrent l'après-midi dans le laboratoire de Severus. C'était la première fois que Lorena y entrait. Le Maître des Potions était très personnel concernant son labo et il ne laissait pratiquement quiconque – et encore moins des étudiants – y accéder. C'était une salle tranquille, à côté de ses appartements, à côté de son bureau dans les cachots.
Lorena s'arrêta en chemin. Comme à chaque fois qu'elle entrait dans un nouvel endroit, elle resta sur le pas de la porte, attentive à tous les sons susceptibles de lui donner plus d'informations sur les lieux. Un feu était allumé dans la cheminée à sa gauche, où des bûches brûlaient doucement. Quelque chose était en train d'infuser dans un chaudron non loin à sa droite et elle en déduit qu'il y avait une table dans cette direction. Sinon, c'était le silence et elle attendit que son professeur la dirige, car ses oreilles ne pouvaient rassembler plus d'information qu'elles ne le pouvaient.
Severus l'observait, conscient que le silence et l'immobilité de la jeune fille n'étaient pas dus à un manque d'intérêt ou pire, à l'ennui. Une évidente concentration se lisait sur le visage de Lorena. Ses oreilles et ses narines bougeaient légèrement. Severus avait l'impression qu'elle ressemblait à un animal sur une piste, guettant le prochain mouvement de sa proie.
Puis elle comprit. Une odeur subtile de cannelle flottait dans l'air, avec celle des roses et des asphodèles. Elle rechercha dans sa mémoire à quelle potion cela pourrait correspondre. Peut-être qu'il y avait des amandes aussi.
"Venez avec moi, Mlle Nottingham."
Lorena saisit son avant-bras. "Vous étiez en train de préparer, ou vous êtes sur le point de préparer un élixir calmant," lui dit-elle.
Il s'arrêta dans son mouvement. "Oui… comment avez-vous deviné ?" demanda-t-il, la curiosité l'emportant.
"L'odeur des divers ingrédients utilisés. Je peux les sentir." Son regard était toujours dans le vide mais pendant une seconde ou deux, Severus se demanda réellement si elle était aveugle ou pas. Il oubliait qu'elle avait sa main posée sur son bras. "Non, Professeur. Je suis bien aveugle. Appelez ça seulement… de la perception extra sensorielle."
Severus retira la main de la jeune fille de son bras un peu brusquement, pour lui prendre le coude et la guider vers la table. Il lui prit la main pour la poser sur le rebord de la table. "Vous y êtes. Vous avez raison, en effet, bien que ces ingrédients peuvent entrer dans la composition d'autres potions." Il avait l'air en colère tout à coup et Lorena se demanda si c'était parce qu'elle avait deviné par la télépathie de contact. Elle ne pouvait pas l'en blâmer, elle savait combien c'était un homme réservé. Elle aurait dû s'en douter et elle demeura silencieuse devant le mode professoral de Severus. Vaut mieux lâcher prise, lui obéir aveuglément – pour ainsi dire – et me faire oublier. Cinq années passées en classe avec lui et chez Serpentard lui avaient appris que lorsque l'ouragan Rogue était sur le point de toucher terre, elle avait intérêt à faire le gros dos en silence.
Elle se soumit à sa volonté. Après tout, elle était l'une de ses étudiantes. Quelques minutes après, elle sentit un couteau glissé dans sa main gauche et quelques boutons de rose dans sa main droite. Severus se tenait maintenant derrière elle, elle pouvait sentir ses bras autour d'elle, son soufflé sur son cou tandis qu'il mettait le couteau et les boutons de rose dans ses mains. "Comme vous savez tout ce qu'il en retourne, allez-y !" murmura-t-il d'une voix basse et grondante.
Lorena resta maîtresse d'elle-même et ne dit rien. Lorsque le Maître des Potions était dans cette humeur, l'insolence était futile. Elle prit un bouton de rose entre le pouce et l'index et elle commença à le couper très finement et soigneusement. L'odeur de rose s'imposa encore plus mais ce n'était pas gênant. Elle l'aimait bien et honnêtement, ce n'était pas là la pire odeur dans l'art subtil et exact de préparer les potions.
Elle le sentait rester derrière elle. Son corps ne touchait pas celui de la jeune fille mais elle pouvait sentir sa présence. Elle savait qu'il ne lui ferait pas de mal, mais il pouvait être si menaçant parfois, en particulier lorsqu'il parlait d'une voix basse, détachée, et presque douce. Une voix dangereuse. Lorena se contrôla et se concentra sur sa tâche. Elle savait que si elle se coupait, quelques gouttes de sang pouvaient interagir avec les autres ingrédients et le résultat final ne serait pas atteint.
Elle continua sur sa lancée, éminçant les boutons de rose, prenant son temps pour ce faire. Elle restait silencieuse, trouvant un réconfort dans le silence. Elle pouvait se calmer aussi pour faire face aux prochaines étapes. Severus lui mit un mortier et un pilon entre les mains. "Mettez-y les amandes qui se trouvent à votre gauche." Son ton était toujours froid.
La main gauche de Lorena chercha sur sa gauche et elle saisit une amande. Mais au lieu de la jeter directement dans le mortier, elle la mit sous son nez pour la sentir. C'était bien une amande. Satisfaite, elle la jeta finalement dans le mortier.
Severus eut un petit sourire moqueur. La fille n'était pas idiote. Il en vint même à apprécier qu'elle ait vérifié. "Vous ne me faites pas confiance, Mlle Nottingham ?" demanda-t-il avec un ton sarcastique.
Elle perçut la raison derrière sa question. "Si, Professeur, mais vous ne serez pas toujours derrière moi. J'ai besoin d'entraîner mes réflexes de vérification, c'est tout." Elle s'abstint de commenter qu'elle n'avait fait que sentir l'amande – elle aurait pu mordre dedans.
Severus ne dit rien. Elle avait raison – une fois de plus. Elle écrasa les amandes, une par une. Lorsqu'elle eut fini, il la mena vers l'autre côté de la table. Il lui prit la main et bientôt, elle sentit la matière froide d'un chaudron. "Vous reconnaissez ça ?" demanda-t-il brusquement.
"C'est un chaudron, monsieur," dit-il.
"Bien. Maintenant vous savez à quel température il doit arriver afin de pouvoir concocter la potion correctement."
Lorena ne pouvait pas y croire. Il l'égarait délibérément ! "Je suis désolée, Professeur. Le premier ingrédient doit être ajouté dans de l'eau froide. Par conséquent, je ne chaufferai pas le chaudron." Son ton était doux mais ferme.
Severus ne dit rien. Très bien, ce n'était pas une potion difficile, mais tout de même. Sans notes, après une année passée loin du moindre chaudron, elle se rappelait les instructions et les étapes à suivre.
Bien. Clairement, la magie n'est pas tout, pensa-t-il.
"Quel ingrédient devrait être utilisé en premier ?"
"Les asphodèles," répondit-elle d'une voix sûre.
"Vous en êtes sûre, Mlle Nottingham ?" Cette fois-ci sa voix était douce, presque caressante. Mais toujours dangereuse. Lorena le savait et n'hésita pas dans sa résolution.
"Oui. Les asphodèles. S'il vous plaît."
Severus obéit, trop heureux de voir qu'il avait enseigné au moins une étudiante qui avait si bien retenu. Il lui apporta les fleurs et elle les versa dans l'eau froide du chaudron. Une fois qu'elle eut terminé, elle cherchait autour du chaudron de ses mains afin de s'assurer qu'il ne restait rien autour. Puis elle recula d'un pas et avança la main devant elle. Le feu s'alluma sous le chaudron.
Lentement, le feu, gentiment, doucement, le feu, se répéta-t-elle silencieusement. Le feu diminua afin que la potion puisse infuser tranquillement. Il n'était pas nécessaire de faire flamber. Elle préparait une potion, elle ne cuisinait pas un barbecue après tout.
Severus la regarda. Il savait qu'elle pouvait déclencher un feu à distance, sans un mot. Le professeur de D.F.C.M. de sa première année à Poudlard avait été plutôt impressionné par ses aptitudes à faire de la magie sans baguette. Elle avait dû démontrer ses autres talents à cet égard dans une réunion avec ledit professeur, Severus (son Directeur de Maison et lui-même expert en Magie Noire) et le Directeur.
Après quelques minutes, elle trempa son petit doigt dans l'eau pour évaluer la température. A ce stade, ce n'était pas un problème. Lorena versa les boutons de rose émincés. Après, alors que l'eau bouillonnait gentiment, elle ajouta la cannelle avec les amandes. "J'ai besoin d'un agitateur en argent, s'il vous plaît, Professeur." Elle savait qu'il se tenait derrière elle. Elle pouvait sentir sa présence malgré l'absence de contact physique entre eux.
Elle sentit bientôt un agitateur en argent placé dans ses mains. Elle évalua le fin objet en métal. Comment va-t-elle vérifier que c'est de l'argent et non de l'or ? se demanda Severus. Il ne tarda pas à avoir sa réponse. Lorena porta une extrémité à la bouche et mordit dedans. C'était bien de l'argent. "Désolée d'endommager votre équipement, Professeur." Cette fois-ci, c'était elle qui était sarcastique.
Elle remua la potion neuf fois dans le sens des aiguilles d'une montre, puis neuf fois dans le sens contraire. Elle régla l'intensité du feu, le réduisant un peu, une main toujours en direction de la base du chaudron. "Maintenant il faut laisser infuser pendant une heure."
Severus était impressionné – et il en fallait beaucoup pour que cela arrive. Mais il ne montra pas qu'il l'était. "En effet." Il lui prit le coude et l'entraîna doucement pour lui faire faire le tour du laboratoire. "Laissez moi vous montrer les lieux. Nous reviendrons ici pour d'autres exercices. Sortez votre baguette, vous en aurez besoin pour lire."
Sa main sur celle de la jeune fille, guidant sa baguette, il lui montra les étagères où des dizaines et des dizaines de bouteilles et de fioles étaient stockées. Elles étaient alignées par ordre alphabétique de leur nom. Il posa l'extrémité de sa baguette sur chaque étiquette afin qu'elle puisse lire les noms dans son esprit. Ils parcoururent ainsi toutes les bouteilles, terminant à temps pour qu'elle puisse revenir à sa potion qui infusait toujours doucement.
Elle ajouta d'autres ingrédients qu'elle avait réunis dans certaines des bouteilles stockées sur les étagères qu'elle venait tout juste de voir.
Après deux heures, l'élixir était prêt. La couleur et la texture étaient telles que prévues. Severus regarda la jeune fille. Il glissa une fiole dans sa main. "Maintenant vous allez le verser dans cette fiole et en boire le contenu."
Lorena était incertaine pendant quelques secondes. Elle pouvait vérifier plusieurs détails pendant la préparation de la potion, mais elle ne pouvait pas évaluer si le résultat final était correct. "Professeur…"
"Oui, Mlle Nottingham ?" Sa voix était toujours soyeuse mais elle savait que lorsqu'il avait ce ton, il pouvait être… dangereux. Elle se sentit tout à coup mal à l'aise en sa présence. Elle voulait s'enfuir du labo, des cachots et courir dans le soleil. Un soleil qu'elle ne verra plus jamais. Elle comprit qu'elle était à sa merci.
"L'élixir… il est supposé avoir une jolie couleur rose. Comment… à quoi ressemble-t-il maintenant ?"
Severus sourit moqueusement. Il voulait lui dire d'utiliser sa perception extra sensorielle. Mais elle avait levé ses yeux gris pale vers lui et tout ce qu'il ressentit alors fut… de la compassion – qu'il fut surpris de pouvoir ressentir en réalité. Elle était parvenue à préparer une potion correctement, le moins qu'il pouvait faire était de lui répondre.
Il y avait quelque chose d'autre. Ses cheveux noir de corbeau, longs et bouclés, ses yeux gris pâle, sa peau claire, le souvenir de son corps sous le sien l'année dernière, tout cela se mélangea dans son esprit. Elle n'avait que 17 ans mais elle paraissait plus vieille, une femme.
"Il est en effet d'une jolie couleur rose," concéda-t-il doucement.
La jeune fille lui sourit. "Merci," lui murmura-t-elle. Puis elle réalisa qu'il avait toujours sa main sur la sienne et la fiole. Sa main était chaude et avait une prise rassurante, la renvoyant au jour précédent, devant la maison de Hagrid, lorsqu'il l'avait saisie par la taille, lorsqu'elle presque manqué une marche, s'il ne l'avait pas rattrapée par la taille. Aucun homme ne l'avait touchée ainsi, comme lui l'avait fait, et elle se sentit délicieusement troublée à cette pensée.
Elle leva la main avec la fiole pour la mettre sur la table. Puis elle sentit qu'il lui mettait quelque chose dans son autre main. Une louche. Bien, C'est le même processus que lorsque je mange quelque chose, pensa-t-elle.
Lorena toucha le chaudron. Il n'était plus chaud. Elle toucha la fiole et la louche, estimant leurs capacités de contient respectives. Deux louches devraient suffire à remplir la fiole, selon ses estimations. Elle plongea la louche dans l'élixir. Elle prit la fiole alors et la positionna au-dessus du chaudron. Au cas où elle en renverserait à l'extérieur, la substance ne serait pas perdue. Le moment de vérité était arrivé et elle se tint ferme dans sa résolution.
Je peux contrôler le mouvement de la matière. Je peux contrôler l'élixir se déplaçant de la louche vers la fiole. Cependant, je n'ai pas fait ça depuis que je suis devenue aveugle. Il faut dire que je n'avais jamais eu besoin de le faire auparavant.
Elle imagina la scène. Elle découvrit qu'imaginer le mouvement du liquide du chaudron vers la louche puis dans la fiole, était la clé pour réussir l'opération. Elle hésitait à déplacer les objets car elle ne pouvait pas les voir, ni voir où ils pouvaient atterrir, elle s'abstenait alors d'utiliser ce talent qu'elle possédait, depuis qu'elle était devenue aveugle. Ce serait la première fois depuis ce moment-là qu'elle utiliserait ses capacités psychokinétiques. Avant d'être aveugle, elle n'avait jamais eu besoin d'utiliser le sortilège d'Attraction, lui préférant sa psychokinésie. Depuis qu'elle était devenue aveugle, elle utilisait le sortilège à la place. Désormais, elle serait heureuse d'utiliser sa psychokinésie pour mettre en bouteille les potions et autres substances.
La louche sortit du chaudron, touchant gentiment la fiole en verre, dans un bruit musical. Avec ses doigts, Lorena repéra le bec de la louche et le goulot de la fiole. Elle versa le liquide lentement. Lentement, doucement, là... Elle répéta l'opération une seconde fois, contente que pas une goutte du liquide ne se soit éparpillée sur ses doigts.
"Voilà, Professeur," dit-elle tout en lui tendant la fiole.
"Buvez-en."
Lorena sembla hésiter.
"Vous me faites confiance, Mlle Nottingham ?"
Toujours cette voix… Elle aurait parié que l'homme avait dû jeter un charme sur sa propre voix. "Oui, bien sûr, Professeur."
"Alors buvez-en." Une pause. "Maintenant."
Cela signifiait que sa potion était consommable, si ce n'était un succès. Lorena porta la fiole à ses lèvres et la but toute, ses yeux gris pâle et vides toujours ouverts et fixés sur lui.
"Comment vous sentez-vous maintenant ?"
"Cela faisait bien longtemps que je n'avais bu de ma propre potion, monsieur, je dois l'avouer." Elle s'arrêta, reposant la fiole sur la table. "Je me sens… bien. Relaxée… Comme si… je flottais…" Elle ferma les yeux. Soudain, elle glissa vers le sol. Severus la rattrapa avant qu'elle ne puisse même toucher terre. Son corps était maintenant mou entre la table et lui. Maintenant c'est sûr que vous êtes relaxée, Mlle Nottingham, pensa Severus avec un soupir.
Il la prit dans ses bras pour la porter et l'emmena dans la chambre de la jeune fille, la couchant doucement sur le lit. Il arrangea les oreillers afin que sa tête puisse reposer confortablement. Ses cheveux noirs étaient étalés sur le tissu de couleur grise de l'oreiller. Il lui enleva les chaussures et lui mit les jambes sur le lit. Il remarqua son jupon en dentelle qui apparaissait sous la robe. Il réarrangea ses vêtements.
Vous vous rappeliez de la potion parfaitement mais vous avez négligez le fait que vous ne deviez en boire qu'une seule gorge ou deux pour éviter… l'effet relaxant, pensa-t-il avec une lueur amusée dans ses yeux sombres. Elle n'avait bu de toute la fiole remplie seulement à moitié, ce qui était déjà bien trop. Au moins, la potion avait été correctement préparée.
Pendant un moment, Severus la regarda. Elle était là, couchée sur un lit, complètement abandonnée, prête pour qui la prendrait. Il songea qu'il le pourrait après tout, ils étaient seuls, il n'y avait personne pour les surveiller. Avec le charme approprié jeté sur elle, elle n'en conserverait même pas le souvenir… le souvenir de ce qu'il pourrait lui faire…
Severus se rappelait aussi qu'il devrait garder cet élixir à portée de la main. Il pourrait s'avérer utile un jour où l'autre, au cas où il aurait besoin de la droguer après tout. La droguer pour quoi faire ? Il connaissait la réponse et préféra quitter la chambre avant que ses pensées concupiscentes le submergent au-delà de toute imagination.
Lorena se réveilla soudainement. Elle était cependant confuse. Elle fit un effort pour se souvenir des événements précédents de l'après-midi. Elle se trouvait dans le labo avec le Professeur Rogue. L'élixir de relaxation. Tout était bien allé jusqu'au moment où… où elle l'avait bu.
J'ai bu de ma propre potion. Bon, d'accord. Elle réfléchit pendant un instant. Puis la vérité se fit jour en elle. Elle en avait trop bu ! Zut ! J'ai bu la moitié de la fiole alors que je n'aurais dû qu'en prendre une gorgée ou deux seulement. Elle soupira. Elle portait toujours sa robe sur elle mais plus ses chaussures. Elle comprit alors que le Maître des Potions l'avait très probablement portée dans sa chambre afin qu'elle puisse y dormir. Il avait pris soin d'elle. Elle n'avait jamais pensé que le Professeur Rogue puisse être si doux, si attentionné, si gentil.
Elle remit ses chaussures, qu'elle avait retrouvées. Elle entra dans la salle de bains pour se rafraîchir en se jetant un peu d'eau sur son visage. Elle se sentait en grande forme bien que l'effet relaxant de l'élixir se soit dissipé. Son ouïe fine entendit la cloche sonner au loin. Six heures. Le dîner serait servi dans une heure. Elle avait le temps de regarder la bibliothèque de Severus, vu qu'il l'avait gentiment invitée à le faire. Maintenant qu'elle contrôlait le charme de lecture qu'il avait jeté sur la baguette de la jeune fille, elle allait en profiter à fond.
Un peu avant sept heures, Severus revint à ses appartements. Il trouva Lorena en train de lire assise dans le sofa, baguette en main, le plaisir évident sur ses traits. Elle leva son visage du livre qu'elle lisait lorsqu'elle l'entendit entrer.
Il la regarda. Elle avait sa baguette en main pour lire mais il sentait bien qu'elle était prête à l'utiliser dans un tout autre but. Elle était prudente et en même temps, confiante dans les mesures de protection du château.
"Bonjour Professeur !" fit-elle avec un sourire.
C'était la première fois depuis bien longtemps que quelqu'un l'accueillait avec un sourire. D'habitude, le Professeur Rogue était reçu avec la peur. Ou le ressentiment. Ou le mépris. Ou la haine. Ou tous ces sentiments à la fois. A l'exception d'Albus Dumbledore. Mais une jeune femme… Pendant une seconde ou deux, il se sentit troublé.
"Comment vous le saviez que c'était moi ? Cela aurait pu être quelqu'un d'autre."
Indifférente à son ton bourru, Lorena répondit : "J'ai reconnu vos pas, monsieur."
"Quelqu'un d'autre aurait pu utiliser de la Potion Polynectar pour me remplacer et imiter mes pas," dit-il.
"Je m'en serais aussi rendu compte."
Bien sûr qu'elle s'en serait aperçu, pensa-t-il. "C'est l'heure du dîner, Mlle Nottingham. Je suppose que les effets de l'élixir se sont dissipés."
Elle sourit. "Oui, il y a une heure environ. Ecoutez, monsieur… je suis désolée à ce sujet. Je n'aurais pas dû oublier ses effets. C'était stupide de ma part."
"En effet. Je pense que vous vous en souviendrez désormais. Parce que la prochaine fois, vous n'échapperez pas à la meilleure partie de la préparation de la potion." Il s'arrêta. "C'est-à-dire le nettoyage du chaudron et des autres instruments et ustensiles."
Lorena étouffa un petit rire, ayant perçu l'humour derrière le sarcasme. Elle referma le livre et glissa sa baguette dans sa manche droite, avant de se lever pour rejoindre la Grande Salle. Severus saisit gentiment le coude de la jeune fille pour la guider. Elle le laissa faire, il semblait être revenu à une attitude plus courtoise.
Ils entrèrent dans le réfectoire. Severus la mena vers la table en premier, s'assurant que tout allait bien pour elle avant de prendre place lui-même avec le reste du personnel enseignant. Hagrid était assis au bout de la table, entre les Professeurs Flitwick et Chourave. Il préférait ne venir que pour les dîners seulement.
Ce soir-là, il y avait de la soupe pour tout le monde. Une grosse soupière fumante trônait au milieu de la table, près de Lorena. Elle la huma et apprécia la bonne odeur. Puis elle eut un souvenir tout à coup : lorsqu'elle avait versé l'élixir dans la fiole cet après-midi. Elle n'avait jamais été très douée pour faire ça depuis qu'elle était devenue aveugle mais de manière inattendue, elle avait réussi à le faire dans le labo de Severus. Elle comprit qu'elle y était parvenue en contrôlant la matière avec son esprit jusque dans une mesure bien précise. C'était bien plus que déplacer un livre ou même des meubles.
Elle voulait renouveler l'expérience. Elle avait besoin de savoir si ce qui s'était passé dans le labo n'avait pas été qu'une simple coïncidence. Si elle pouvait le refaire à chaque fois. Elle se leva de sa chaise. Elle prit la louche dans la soupière et en remua le contenu, comme si c'était une potion. "Qui veut de la soupe ?" demanda Lorena.
Les autres convives en furent tout étonnés. Le silence tomba dans la Grande Salle tout à coup. Les professeurs arrêtèrent leurs conversations. Seuls les yeux de Dumbledore souriaient derrière ses verres en demi-lune.
"Qui veut de la soupe ?" demanda encore une fois Lorena, sa voix s'élevant seule dans la Grande Salle. Elle percevait bien cette fois-ci qu'elle avait l'attention de tout le monde, car un silence complet l'entourait. "Est-ce que quelqu'un aurait jeté un sort de silence sur moi ou quoi ?" fit-elle remarquer avec humour.
Le Professeur Dumbledore lui tendit son assiette qui fit un bruit métallique contre la soupière. Lorena sentit l'assiette et imagina la soupe sortant de la soupière, continue dans la louche, pour venir dans l'assiette. Elle commença à y verser une louche de soupe. Elle recommence et comprit que son imagination pouvait remplacer sa vision physique. Son imagination, fondée sur la perception de son environnement, pouvait devenir son oeil intérieur.
Les autres membres du personnel, voyant qu'elle ne se rendait pas ridicule, commencèrent à lui donner leurs assiettes. Lorena parvint à remplir les assiettes de soupe sans en renverser ailleurs. La concentration pouvait se lire sur son visage car c'était là un exercice qu'elle n'avait pas beaucoup pratiqué. Mais elle savait qu'elle pouvait le faire. Elle devait seulement renforcer ses muscles psychokinétiques et faire confiance à son œil intérieur.
Les professeurs furent surpris aussi. Les Professeurs Chourave et McGonagall parlaient entre elles, échangeant leurs impressions dans un murmure. Le Professeur Flitwick était ébahi et il fixait toute la scène avec des yeux émerveillés. Hagrid sentait la fierté lui gonfler le coeur. Quant au Professeur Rogue… Seul Albus Dumbledore avait tendu son assiette pour se faire servir.
Severus observait étroitement la jeune fille. Il pouvait la voir servir, comme les autres. Comme les autres, il avait remarqué sa performance. Il se souvenait combien elle s'était sentie si peu sûre d'elle dans son labo, avant de verser l'élixir dans la fiole. Combien elle s'était concentrée sur cette simple tâche pour parvenir à un résultat décent. Il comprenait qu'elle voulût renouveler l'expérience, cette fois-ci avec la soupe, juste pour s'assurer que tout cela n'était pas arrivé par hasard. Il pouvait le comprendre aisément. Il savait que préparer une potion exigeait plusieurs essais fructueux, avant de pouvoir affirmer que l'on parvenait à la faire correctement. Il devait reconnaître qu'il admirait la persévérance de la jeune fille. Une fois qu'Albus eût été servi, il tendit sa propre assiette.
Mais ce n'était pas là la seule chose que Severus observait. Il regardait aussi le corps de la jeune fille. Sa silhouette "en sablier" et le souvenir de ses mains sur la taille de la jeune fille, de son corps sous le sien, tout cela le rendit particulièrement sensible à elle. Ses longs cheveux bouclés couleur de jais, suivaient ses gestes dans un mouvement gracieux. Et maintenant, il pouvait la regarder comme ses collègues le faisaient – mais pas pour les mêmes raisons.
Severus ne la trouvait pas jolie. Seulement divinement belle.
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