Mademoiselle M

Chapitre 7
Il est minuit

Un temps glacial s'abattait sur la ville de Londres. Les rues étaient recouvertes d'une légère couche de neige. Tout était intact, aucune trace de pneu ou de pas ne venait gâcher le sol immaculé, en cette matinée où la lune était encore présente dans le ciel nuageux. Après quelques temps d'accalmie les flocons reprirent lentement leur chute, venant rejoindre leurs prédécesseurs sur le sol. La beauté de ce magnifique spectacle cessa cependant quand le son de pas sur la neige se fit entendre.

Janis marchait dans les rues désertes de la capitale, emmitouflée dans ses vêtements, son bonnet masquant son visage. Elle avait encore à la main ce sac si lourd dont le poids lui tirait le bras. Elle arriva enfin chez elle et exécuta ces gestes devenus habituels : ouvrir le placard, déposer le sac, se déshabiller et se rendre dans la salle de bain. La jeune femme, en retirant son haut, laissa apparaitre une multitude de marques rouges sur ses côtes, la douleur était malgré tout supportable, elle avait l'habitude de ce genre de chose. Elle prit une douche bien chaude avant de s'installer devant sa télévision. Elle n'éprouvait aucun signe de fatigue en dépit de la nuit qu'elle venait de passer. Les heures défilaient sans que Janis ne bouge. Cela faisait longtemps qu'elle ne travaillait plus avec Molly, d'ailleurs celle-ci s'inquiétait pour elle, la jeune légiste n'avait eu aucun contact avec elle depuis son dernier jour à la morgue. Mais ce soir ils allaient tous la revoir pour fêter Noël chez Holmes et Watson. Elle ne désirait pas vraiment s'y rendre, non pas qu'elle n'aimait pas les fêtes de Noël mais elle savait que tout ça était organisé seulement pour distraire le détective. Puis elle sourit en pensant à ce sociopathe qui n'arrivait pas à la déduire, et cette idée lui donna assez de motivation pour si rendre : voir Sherlock tenter de la percer à jour en vain était jouissif.

Il se faisait tard à présent et Janis devait s'habiller pour la soirée. Mais comment ? Elle fit les cent pas et se décida enfin à enfiler un jean slim, un débardeur et un pull. Elle laissa ses cheveux détachés puis mit ses chaussures, revêtit une grosse doudoune, son bonnet et ses gants. Maintenant prête pour rejoindre ses amis, elle sortit dans le froid hivernal. Elle sourit sans raison dans le taxi avant de grimacer en se souvenant de son maquillage inexistant. Peu importait. Elle n'y allait pas pour séduire mais pour passer un bon moment.

Elle arriva au 221B Baker Street, de nouveau un sourire se dessina sur son visage, puis frappa à la porte d'entrer. Madame Hudson qui lui ouvrit avait sa mine chaleureuse habituelle.

- Mademoiselle Mortan je suis ravie de vous voir. Entrez au chaud.

La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois et entra dans le hall, appréciant la chaleur qui l'enveloppa dans l'entrée. Elle retira ses affaires puis suivit Madame Hudson à l'étage. Au fur et à mesure qu'elle montait elle pouvait entendre une douce mélodie de violon retentir dans l'appartement au-dessus. C'était évidement Sherlock qui jouait.

- Mademoiselle Mortan, dit le détective dos à Janis, stoppant sa mélodie. Vous avez fait une chute ? - Exactement ! répondit la jeune femme.

A peine était-elle arrivée qu'il commençait ses déductions, si seulement Sherlock avait juste concernant la « chute » de Janis. Gardant son rictus aux lèvres, elle salua John. Celui-ci lui souffla discrètement la présence de Gregory Lestrade, debout dans un recoin de la pièce. La jeune femme ne l'avait pas remarqué. Elle sentit une immense joie naître en elle qu'elle réussit cependant à contenir.

- Bonsoir inspecteur, c'est un plaisir de vous voir en notre compagnie ce soir, déclara-elle chaleureusement.
Sherlock resta attentif aux moindres faits et gestes de Janis et Lestrade, celui-ci lui renvoyant son salut. Quelques minutes après Molly entra dans la pièce avec un sublime manteau chic. La brune resta bouche bée devant son amie qui était ravissante.

- Molly ! Tu es superbe ce soir !
- Oh Janis ! Je suis heureuse de te voir.
Tout le monde était présent. Ladite Janis retourna près de la fenêtre tandis que Greg proposait à boire à Molly. Il lui rapporta quelques secondes plus tard une coupe de champagne.
- Je pensais que vous seriez dans le Dorset pour Noël, lui-dit la légiste.
- On y va demain avec ma femme. On s'est remis ensemble, annonça-t-il d'un ton naturel.
À ces mots Janis ferma les yeux et serra son verre. Elle avait envie de hurler, mais elle ne le pouvait. Alors elle resta immobile, les yeux fixés sur la rue. Mais rapidement elle retrouva le sourire quand Sherlock prit la parole.
- Elle couche avec un prof d'E.P.S.
Le silence se fit. Janis, un sourire sadique aux lèvres, regarda discrètement Lestrade décomposé par ce qu'il venait d'entendre. Après l'intervention du détective, le reste de la soirée se déroula tranquillement ou presque. Molly avait dû se rendre à l'hôpital avec Sherlock et John. Il ne restait plus que Madame Hudson, Lestrade et Janis.
- Je vais vous laissez les enfants. Je commence à être fatiguée, leur annonça Madame Hudson.

- Oh mais je ne vais pas tarder moi aussi, répondit Janis.
La logeuse salua le petit monde puis alla se coucher. Assise dans le canapé, la brune fixait le crâne en face d'elle puis elle entama la discussion.
- Étrange l'affaire de Sherlock.
- Quel affaire ? demanda Lestrade.
- Vous n'êtes pas au courant ? Cette femme qu'il ne parvient pas à déduire.

Dès qu'elle le pouvait la jeune femme se moquait du détective. Chose assez rare. Mais à ce moment précis elle en avait l'occasion, d'autant plus que le sociopathe n'arrivait pas non plus à la percer à jour, elle. Lestrade en apprenant ça ne la prit pas au sérieux. Les talents de Sherlock Holmes, l'homme le plus intelligent et le plus sûr de lui qu'il connaissait étaient mis à l'épreuve par deux femmes ? Janis insista pourtant en lui donnant simplement quelques exemples. Ils décidèrent après de sortir à l'extérieur pour se promener et parler. C'est ainsi qu'ils commencèrent une longue marche tout en discutant. Ils riaient et se tutoyaient comme ils l'avaient fait auparavant. C'était le soir de Noël. Les rues recouvertes de neiges étaient silencieuses. Ils s'étaient arrêtés sur un banc face à la Tamise. Le froid passait à travers leurs vêtements et leur mordait la peau mais ils n'y accordaient aucune importance. Le simple fait d'être seul ensemble leur faisait oublier le temps glacial.

- J'aime beaucoup cette période de l'année, déclara Janis. Je trouve que c'est apaisant, calme. Être au chaud sous les draps avec une bonne tasse de thé, devant un film...
La jeune femme se perdait dans ses paroles, son esprit était ailleurs. Gregory la regardait amoureusement, comme il l'avait toujours fait. Elle reprit le cour de ses pensées et tourna la tête vers le policier, plongeant ses yeux dans les siens. Il était ravissant, charmant, avec une expression de tendresse dessinée sur son visage, comme il l'avait avant. Elle descendit son regard sur la forme de sa bouche, bleuie par le froid. Elle voulait retrouver le goût de ces lèvres qui lui avait tant manqué. Lestrade, les yeux noirs de désir la contemplait alors que les battements de son cœur ne cessaient d'accélérer. Sans s'en rendre compte, ils s'étaient rapprochés l'un de l'autre, leurs cuisses se frôlant. Janis ne voulait plus faire semblant, être une jeune femme froide et rigide, elle souhaitait arrêter cette mascarade, arrêter de refouler son amour pour Greg. Mais elle recula confuse, baissant la tête.

- Pardon... Je... Vous êtes marié.
Gregory lui sourit puis il attrapa son visage en coupe et l'attira à lui pour l'embrasser fougueusement avant de répondre.
- C'est toi que je veux. Toi. Arrêtons un peu cette comédie. Je n'aime plus ma femme. Elle me trompe. Je le sais.

Janis sourit jusqu'aux oreilles et se jeta dans ses bras, répondant au baiser avec autant de passion. Elle était aux anges. Non elle ne rêvait pas. Elle devenait, redevenait même, bel et bien la maîtresse de Gregory Lestrade, détective inspecteur à Scotland Yard.

Plus tard dans la soirée, les deux amants étaient lovés l'un contre l'autre, liés par le même sentiment, les mêmes émotions. Ils étaient unis dans leur ébat. La tête de Janis reposait contre le torse de Greg. Elle se redressa, s'allongea sur lui, plongea son regard dans le sien et lui sourit. Il alluma alors la lampe de chevet et put découvrir alors le corps de la femme qu'il aimait recouvert de multiples marques rouges et de bleus.
- Tu t'es battu? demanda Gregory.
- Oh non ce n'est rien. Juste une petite chute.
Janis se mordilla la lèvre, elle venait évidement de lui mentir. Mais à quoi bon dire la vérité maintenant ? Elle était si bien, elle ne voulait en aucun cas briser le moment qu'ils partageaient. Elle l'embrassa à nouveau. Il la serra contre lui.
Minuit sonna, c'était Noël.