Disclaimer: Le monde d'Harry Potter ainsi que ses personnages appartiennent à J.K. Rowling, aux divers éditeurs et à Warner Bros Inc. Cette fiction est écrite à but purement non lucratif, et en aucun cas avec une intention de violation de copyright.

Note de l'auteur: Voici le chapitre 7 de ma fiction, qui est plus long jusqu'ici. Je ne répéterai jamais assez à quel point écrire cette histoire me passionne. Je pense que le rythme des publications en dit beaucoup, de toute façon. J'espère qu'elle continue de vous plaire :)

Remerciements aux guest-reviewers suivants: hinae, Lolapousse, annaria, Kisis et jjul. Vos reviews sont lues, appréciées et parfois je regrette de ne pouvoir y répondre plus personnellement :)


Chapitre 7

OoOoOoO


Potter était un véritable désastre en potions.

Vraiment, Draco aurait dû s'en rappeler. Après tout, il avait été dans la classe du crétin pour cette matière durant de –trop –longues années à Poudlard. Il avait vu le professeur Rogue l'humilier à chaque cours, insulter ses mixtures, les lâcher sur le sol de façon régulière.

A l'époque, Draco s'était réjoui de la mortification de son ennemi, mais l'avait majoritairement mise sur le compte de l'antipathie réciproque que se portaient l'Elu et le Professeur de Potions.

Preuve lui en avait été apportée lorsque Rogue avait accédé au poste de Professeur de Défense Contre les Forces du Mal, et que le vieux Slughorn avait décidé que Potter était un génie et que le monde entier devait se prosterner devant lui.

La réalité était que Potter était une catastrophe ambulante à proximité d'un chaudron, et Draco avait échappé à plusieurs calamités depuis qu'il avait commencé la préparation. Il avait fini par reléguer Potter à une tâche qui n'impliquait aucune interaction avec le liquide bouillonnant. À savoir, la découpe des ingrédients.

Potter avait fait la moue, mais n'avait pas protesté. Tous deux savaient parfaitement l'importance de travailler vite et bien. Le temps leur était compté, et Draco ne pouvait se permettre d'échouer.

A présent, ils se trouvaient dans la petite arrière-boutique de Maria, qui avait été désignée atelier annexe de Sainte-Mangouste pour quelques jours, Draco ayant fermement refusé de travailler dans les laboratoires de l'hôpital. Trop cliniques, trop froids. Trop tristes.

Seul le ronronnement du feu sous le chaudron et le tac-tac-tac du couteau de Potter venaient rompre le silence, et Draco était perdu dans la confection délicate de la première partie de la potion.

Après avoir ajouté deux gouttes de sang de salamandre, il attendit patiemment les une, deux, trois, quatre, cinq secondes requises avant de brasser en grands cercles dans le sens des aiguilles d'une montre.

La sueur dégoulinait sur son front, brûlait ses paupières, et il prit garde à ne pas la laisser souiller le liquide, essuyant son visage moite du revers de sa manche. La chaleur était presque insupportable, et il mourait d'envie de respirer de l'air non pollué par les effluves acides des plantes qui se décomposaient doucement dans l'eau brûlante.

Les sourcils froncés, il observa un instant son travail. Les bouillonnements étaient trop importants pour ce stade de la préparation, et risquaient de fausser les effets de la potion. Il baissa le feu et tira sa baguette de sa poche. Murmura une douce litanie de charmes rafraîchissants.

Il poussa un soupir de soulagement lorsque l'ébullition fut remplacée par de légers frissons agitant la surface opaque. La mixture avait pris une couleur bleue rassurante, claire comme un ciel d'été.

Une pincée de sel noir, trois feuilles de Sauge à Lutin. Ses mains opéraient leur danse rassurante, volaient au-dessus du chaudron fumant, saisissaient les ingrédients les uns après les autres, débouchaient, versaient, remuaient, changeaient la température du feu. Perdu dans son ballet familier, concentré uniquement sur les petits sifflements de la potion indiquant que chaque ingrédient avait trouvé sa place dans la mixture, il ne remarqua pas immédiatement que le bruit régulier du couteau frappant le bois avait cessé.

Intrigué, il leva la tête. Sa respiration se bloqua un instant dans sa gorge lorsqu'il surprit sur lui le regard vert, lorsqu'il prit conscience de l'expression de l'autre homme. Quelque-chose proche de l'affection dansait dans ses yeux, mais le léger froncement de ses sourcils indiquait qu'il était perdu dans ses pensées.

Draco sentit ses joues brûler sous le regard attentif. Se racla la gorge.

Potter sursauta comme un enfant pris en faute et reprit le tranchage du pied de sa Vesse-de-Loup avec une conviction toute nouvelle.

Draco tenta de diriger toute sa concentration vers la préparation, mais le regard de Potter avait déposé une cicatrice invisible sur la peau humide de son front, jusqu'à l'intérieur de son crâne. Avait tracé une traînée ardente de questions qu'il ne pouvait pas poser.

« Potter, on fait une pause. Il faut laisser la potion chauffer vingt minutes sans la toucher, et je suis épuisé. »

Un soupir de soulagement se fit entendre de l'autre bout de la table. Draco retint un sourire.


OoOoOoO


Maria avait déserté les lieux, arguant qu'ils n'auraient pas besoin d'elle et qu'ils seraient plus à l'aise à deux dans le minuscule atelier. Le clin d'œil qu'elle avait décoché à Draco derrière le dos de Potter racontait une toute autre histoire. Draco l'avait fusillée du regard.

La température de la salle principale du café était plus agréable que celle de l'atelier, et Draco poussa un grognement d'aise lorsque la fenêtre ouverte laissa entrer une brise fraîche. D'un coup de baguette, il alluma le gaz et y fit glisser la bouilloire. Potter, qui l'avait suivi, s'affala sur une chaise. Les yeux fermés, la tête renversée en arrière. Draco tenta de ne pas se laisser distraire par une goutte de sueur qui voyageait le long de son cou offert.

Il étouffa un juron et, lorsque le sifflement insistant de la bouilloire le tira de sa contemplation, il ne put s'empêcher de ressentir un élan de gratitude pour l'innocent objet.

Une pluie de feuilles de thé au fond de la théière. La fumée blanche à l'odeur boisée qui s'échappa du récipient lorsqu'il y versa l'eau frémissante. La précaution toute britannique qu'il mettait dans la préparation du breuvage ne manqua pas de faire sourire Potter. Draco tenta d'agir comme si ce sourire ne faisait pas palpiter son cœur.

Bientôt, ils furent installés face à face, une tasse dans les mains. Draco tenta de ne pas grimacer devant les deux sucres que Potter jeta dans son thé. Apparemment, son effort fut vain, car le sourire de Potter s'élargit et il sirota une gorgée. Poussa un soupir théâtral, et papillonna des cils en direction de Draco.

La bouche de Draco était si sèche qu'il manqua de s'étouffer avec sa propre lampée.

Bordel.

Ce fut Potter qui brisa le silence.

« Je ne sais pas pourquoi tu fais ça, Malf…Draco, mais…je tenais à te remercier. »

Surpris par la soudaine utilisation de son prénom, Draco se tortura les méninges pour trouver une réponse adéquate. Il finit par se décider pour un grognement évasif.

« Je ne savais plus quoi faire, » continua Potter. Il secoua la tête, toute trace de joie effacée de son visage. « J'ai passé toute mon adolescence à m'entendre dire que j'étais né pour sauver le monde sorcier. Lorsque Rosie est tombée malade et que je n'ai rien pu faire pour elle, lorsque je n'ai rien pu faire pour aider les personnes que j'aime le plus au monde j'ai… » sa voix se brisa. Il poussa un étrange petit rire étranglé. « Tu vas trouver ça horriblement égoïste, mais j'en ai voulu à la terre entière. On m'a élevé en me rabattant les oreilles à me dire que j'étais destiné à sauver le monde, et je n'étais pas capable de sauver trois enfants ? Et tous ces gens me tournaient autour en me disant à quel point j'étais un héros, un Sauveur,» il cracha le mot comme une insulte.« Je n'ai jamais choisi d'être un sauveur. Tout ce que je voulais, c'était être normal, vivre une vie normale ou personne ne ferait de choix pour moi. Ron, Hermione et Luna…ils ont fait plus pendant cette guerre que je ne l'ai jamais fait. Eux l'avaient, le choix, et ils ont fait celui de risquer leurs vies et celles de leurs familles pour se battre du bon côté. Ils méritent le titre de héros mille fois plus que je ne le mérite. Et ils ne méritent certainement pas ça. » Ses mains tremblaient. La cuillère tinta violemment contre la porcelaine de la tasse. « Personne ne mérite ça, » finit-il d'une voix basse.

Draco resta silencieux quelques secondes et posa lentement sa tasse sur la table. Il posa ses paumes sur le bois, rassuré par sa solidité et sa fraîcheur.

« Potter. »

Il ne se connaissait pas ce ton autoritaire. Il fut surpris lui-même par la dureté de sa voix. Potter leva la tête et le regarda d'un air mi étonné, mi suppliant.

« Potter, » répéta Draco d'une voix plus douce. « je ne vais pas prétendre comprendre. J'ai grandi dans un monde si différent du tien que la simple idée serait risible. On m'a appris à détester tout ce que tu représentais. » Draco vit Potter grimacer. « C'est vrai. » dit-il simplement. « Mais quelqu'un qui compte beaucoup pour moi m'a dit un jour que la colère ne fait jamais avancer. En vouloir au monde entier ne sauvera pas ces enfants. T'en vouloir à toi-même n'arrangera rien. Quand on se trouve dans la situation où ceux que l'on aime sont menacés, il n'y a plus de héros, plus de perdant. Dans cette situation, on fait ce que tout le monde fait. On fait de son mieux pour protéger les gens que l'on aime, c'est tout. L'égoïsme n'existe plus. » Il prit une profonde inspiration. « Je n'ai jamais regretté d'avoir fait ce que j'ai fait, Potter. A Poudlard. J'en ai regretté les conséquences, le mal que mes actes ont fait à tant de personnes, mais si je me retrouvais devant la même situation, je le referais sans hésiter. Pour sauver ma mère. »

Potter resta silencieux, après ça. Draco finit rapidement sa tasse et se leva.

« Allez, Potter. Allons faire de notre mieux. »


OoOoOoO


A la fin de la journée, ils étaient tous deux trop épuisés pour parler. Draco sentait le moindre de ses nerfs frissonner d'épuisement, et sa bouche lui semblait emplie de cendres.

« Tu peux y aller, Potter, » soupira-t-il d'une voix lasse en repoussant une mèche humide de transpiration derrière son oreille. Il grimaça. Il allait devoir supporter ça cette nuit, il était hors de question qu'il rentre chez lui prendre une douche.

Potter le fixa d'un air interrogateur.

« Mais…et toi ? »

« Je dois rester dormir ici, » répondit Draco. « Je ne peux pas abandonner la potion. Je dois la remuer toutes les trois heures. »

Potter cligna des yeux plusieurs fois d'un air perplexe.

« Je reste ici aussi, » finit-il par annoncer.

« Ne sois pas stupide, Potter. Il n'y a pas de raison pour qu'aucun de nous deux n'ait une bonne nuit de sommeil. »

Potter émit un petit rire.

« Je ne reconnaîtrais pas une bonne nuit de sommeil si elle dansait toute nue devant moi. Je n'ai pas eu une bonne nuit de sommeil depuis plus de deux ans. Je pense que je peux en supporter une de plus. »

Draco était trop épuisé pour argumenter. Il agita une main d'un geste vague.

« Comme tu veux »

Il tira sa baguette et s'appliqua à transfigurer une des tables en un lit de camp spartiate. Il vit du coin de l'œil Potter faire de même, et constata avec amusement que le résultat final était rose fuchsia. Potter avait l'air mortifié et regardait l'objet avec horreur. Draco ne put s'empêcher de pouffer.

« Tu as quelque-chose à m'avouer, Potter ? »

Potter lui lança un regard noir et, sans un mot, pointa vivement sa baguette sur le lit de Draco. Qui se couvrit de rayures de toutes les couleurs de l'arc en ciel.

« Gâcher des sorts non-verbaux pour ça, Potter. Tu es un enfant. »

Potter haussa les épaules, mais un petit sourire amusé jouait sur ses lèvres. Sourire qui disparut à une vitesse alarmante lorsque Draco commença à déboutonner sa chemise.

« Malfoy que –qu'est-ce que… ? »

Draco leva les yeux au ciel.

« Je ne sais pas toi, Potter, mais je n'ai personnellement aucune intention de dormir dans ces vêtements. » Il retira sa chemise, l'étendit devant lui et fronça du nez. Il avait vraiment eu très chaud dans la journée. « En fait, je pense sérieusement à les brûler. »

Potter était écarlate.

« Oh, pour l'amour du ciel, retourne-toi, si voir un homme torse-nu blesse ta virilité hétérosexuelle, Potter, » cracha Draco. Il avait voulu donner un ton moqueur à sa remarque, mais elle résonnait amèrement même à ses propres oreilles.

« Ma – tu –quoi ? » bégaya Potter.

« Ton éloquence, comme toujours, est saisissante, » répondit Draco d'un ton sarcastique. Il déboucla sa ceinture.

Potter émit un bruit étrange, à mi-chemin entre le glapissement et le grognement, et se retourna d'un seul mouvement.

Draco soupira. Il se débarrassa rapidement de son pantalon et se glissa sous la couverture.

« C'est bon, Potter. Il n'y a plus rien d'offensant pour tes yeux de vierges effarouchée. »

Potter se tendit, mais ne se retourna pas. Il passa simplement son t-shirt par-dessus ses épaules et une partie de Draco oublia sa fatigue à une vitesse alarmante. Il ferma les yeux. Se força à penser à la chose la moins sexuelle du monde. MacGonagall en sous-vêtements. Un Veracrasse. Pas les épaules musculeuses de Potter et son dos nerveux.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était l'heureux propriétaire d'une érection pour le moins déplacée, et Potter et son dos avaient imités Draco et s'étaient glissés sous les draps.

Draco soupira.

La nuit allait être longue.


OoOoOoO


Tout arriva à la vitesse de l'éclair.

Draco, le dos moulu par les réveils fréquents, les allers-retours dans l'atelier et le lit inconfortable, se redressa en grimaçant. La pendule murale indiquait huit heures. Le jour ne s'était pas encore levé, mais une douce lueur argentée baignait la pièce. Saisi, il sauta sur ses pieds et tira sa baguette de sous son oreiller.

« Potter, » appela-t-il suffisamment fort pour que l'homme se réveille en sursaut. Potter cligna des yeux et regarda stupidement autour de lui.

« Lumos » murmura Draco, même si la pièce était presque aussi claire qu'en plein jour.

Un Jack Russel argenté se tenait devant lui, langue pendue. Draco se demanda un instant si la scène faisait partie d'un rêve très étrange.

« Il y a eu un problème avec Rose. Harry, nous avons besoin de toi. Maintenant. »

La voix paniquée de Weasley résonna longtemps dans la pièce. Pendant une minute, le temps parut figé. Aucun des deux ne bougea, ni même ne respira. Immobiles, deux cœurs battant à tout rompre, se faisant écho des vibrations d'une voix déformée par la peur.

Tout se remit en mouvement.

Potter fut le premier à se secouer. Il attrapa ses vêtements et les passa, tenta de boutonner sa chemise de ses doigts nerveux. Sans réfléchir plus avant, Draco l'imita. Suivit Potter à l'extérieur du café, verrouilla la lourde porte d'un coup de baguette. Referma ses doigts sur le poignet tendu. La peau était froide, sous ses mains brûlantes. Il sentit les pulsations affolées du pouls de l'homme.

La Rue Errante disparut dans un flou nauséeux.


OoOoOoO


Les voix se brouillaient, s'entrecoupaient. La chambre blanche était bondée. Infirmières, Guérisseurs et Aides-Soignants se pressaient autour du lit en un bourdonnement de cris et d'ordres aboyés. Rose était invisible sous la marée humaine qui s'agitait autour d'elle.

Potter entra le premier. Personne ne parut prêter attention à sa tenue débraillée. Il avisa une femme que Draco reconnut comme étant Maura Hopkins, la directrice du service.

« Que se passe-t-il ? »

« Elle s'enfonce. Son cœur a lâché il y a quelques-minutes. Nous sommes parvenus à le faire repartir, mais il est très faible. Elle a perdu connaissance. Il faut faire quelque-chose, sans quoi nous allons la perdre. »

« On ne peut rien faire, les sorts de Guérisons sont trop forts, ils empireraient son état !, » hurla Potter, les joues écarlates. La femme ne sourcilla pas et Draco en ressentit une bouffée d'admiration réticente.

« Je sais parfaitement ça, Guérisseur Potter. Je n'ai rien d'autre à vous proposer. »

Draco entendit vaguement un infirmier s'exclamer « elle s'enfonce de nouveau » avant de saisir Potter par l'épaule. Celui-ci se tourna vers lui, les yeux fous. Draco ne lui laissa pas le temps de se dégager.

« Et une potion de Stase ?,» demanda-t-il d'une voix pressante.

Potter se dégagea brusquement.

« Une potion de Stase ne la sauverait pas !, » aboya-t-il.

« Je sais, Potter, » répondit Draco sur le même ton, « mais cela stabiliserait son état et nous laisserait le temps de finir la potion avant qu'il ne soit trop tard ! Au rythme où vont les choses, elle ne tiendra pas la nuit, bordel ! »

Potter le regarda une fraction de seconde.

« C'est très risqué. Si elle réagit mal, nous accélérerons les choses plutôt que de les ralentir. » Draco s'apprêta à insister, mais Potter se tourna vers la pièce bondée. « PATIL, » hurla-t-il. Une infirmière au teint mat se précipita vers eux. Elle n'accorda pas un regard à Draco.

« Oui ? »

« Potion de Stase, sortez-moi le nécessaire et préparez la patiente, vite. »

« Bien, Guérisseur Potter. »

La jeune femme se précipita vers l'armoire et en tira une bouteille remplie de Potion de Stase transparente. Ainsi qu'une seringue enveloppée dans un charme stérile.

« BOUGEZ-VOUS, » hurla-t-elle au personnel qui bloquait le passage. Ceux-ci s'écartèrent prestement. Potter saisit Draco par le poignet et le tira jusqu'au bord du lit. Comme dans un état second, il vit la petite fille sur le lit, pâle comme la mort. La boule bleue qui signalait l'état de son cœur battait de façon irrégulière. L'infirmière lui dégagea le bras sans cérémonie et appliqua une compresse à la saignée du coude.

« Elle est prête, » annonça-t-elle à Potter après quelques instants.

Draco retint Potter.

« De l'Essence d'Aubépine. Dans la chambre. Il y en a ? »

Potter hocha la tête en direction de l'infirmière qui se précipita ne nouveau vers l'armoire stérile.

« Malfoy, ce n'est pas le moment d'expérimenter… »

« Pour l'amour du ciel, Potter, je n'expérimente pas. L'essence d'Aubépine combinée avec la potion de Stase en réduira les effets secondaires, notamment les risques d'infarctus du myocarde. »

Potter hocha brusquement la tête. Draco se rendit vaguement compte que le silence était retombé dans la pièce et suivait leur échange. Le petit cœur battait de plus en plus lentement, de plus en plus faiblement, le sang représentés par les petits nerfs bleutés peinait à circuler.

Potter supprima le filtre stérile d'un coup de baguette et saisit la seringue. Draco le vit prélever minutieusement trois millilitres de Potion de Stase. La veine fut trouvée avec diligence, et l'aiguille s'enfonça dans la peau translucide du petit bras. Piston pressé. Le liquide parcourut les veines.

« Combien d'Aubépine ?,» demanda l'infirmière à Potter.

« Dix centilitres, voie orale, » répondit Draco au regard impérieux que lui lança le Guérisseur.

L'infirmière Patil tendit un flacon à Potter, qui se précipita. Tendit sa baguette vers la gorge de Rose.

« Deglutio, » l'entendit marmonner Draco. Il le vit incliner le flacon, vit couler le liquide rouge sang dans la bouche. Vit la gorge fonctionner, avaler la potion.

Le silence était assourdissant.

L'espace d'une seconde, la boule bleutée cessa de battre. Personne ne bougea. Personne ne parla.

La boule frémit.

Pulsations lentes, mais régulières. Les vaisseaux vibrèrent au rythme du sang envoyé dans le corps.

« Elle est stable !, » s'écria l'infirmière.

Le soupir de soulagement fut collectif.

Potter parut s'affaisser. Dans les veines de Draco, l'adrénaline courait comme une traînée enflammée. Il sentit ses jambes se dérober et se rattrapa de justesse à la table de nuit.

Draco aperçut de l'autre côté de la vitre les parents de Rose. Hermione pleurait contre l'épaule de Ron, qui se tenait raide comme un piquet, le visage blanc comme un linge, les lèvres serrées en une mince ligne.

Potter s'était levé. Il sortit de la pièce à grands pas, s'approcha du couple. Murmura quelques mots. Draco vit les yeux de Weasley s'écarquiller, sa main agripper l'épaule de sa femme, comme pour se soutenir. Son corps entier se tendit, et Potter le prit fermement dans ses bras. Draco regarda les épaules de l'homme, secouées de sanglots et de frissons.

Il se sentit soudain très fatigué.

Il s'éclipsa de la pièce et se mit à la recherche d'une sortie.


OoOoOoO


Il trouva la sortie du personnel, nichée dans une large ruelle. Assis sur les marches, le menton appuyé sur ses genoux relevés, Draco observa le ballet des gens pressés qui passaient, leur attaché-case ou leur sac à main serrés contre eux.

Ignorants du monde si semblable et si différent à la fois, caché dans l'ombre à quelques mètres d'eux.

« Tu es là. »

La voix le surprit, mais il ne sursauta pas. L'adrénaline dans ses veines avait refluée, et l'épuisement lui était tombé dessus comme une chape de plomb.

« Brillante observation, Potter,» parvint-il à marmonner.

Il sentit plus qu'il ne vit Potter s'asseoir à ses côtés. Froissement souple du tissu fripé. Une tasse brûlante fut fourrée entre ses mains.

« Meilleur café du monde, » annonça Potter d'une voix rendue rauque par la fatigue.

Méfiant, Draco fronça du nez en prenant une gorgée. Il ne put retenir un grognement de satisfaction lorsque sur ses papilles explosa le goût à la fois amer, riche et sucré.

Le jour se levait, baignait la ruelle d'une lueur grisâtre. Ils restèrent longtemps en silence, à contempler les ombres se lever sur les murs au fur et à mesure que la lumière envahissait la ville. Les bruits urbains se réveillaient. Klaxons de voiture, rideaux de magasins, éclats de voix.

« Tu lui as probablement sauvé la vie, tu sais. »

Draco releva la tête, surpris. « Pardon ? »

Potter sourit. Ses yeux étaient fermement fixés sur le mur.

« Rose. Tu lui as probablement sauvé la vie. »

Draco secoua la tête, mais resta silencieux. Il regarda sa montre.

« Nous devons retourner au café. Nous occuper de la potion. »

Potter acquiesça. Tous deux se levèrent, face à face. Il y eut un moment de flottement durant lequel aucun des deux ne fit le moindre mouvement, puis Potter leva lentement le bras et referma ses longs doigts sur son poignet. Draco leva les yeux vers Potter. Regard rivé sur le sol. Draco prit le geste pour ce qu'il était.

Une marque de confiance. Une offrande de paix.

Il n'était pas sûr d'avoir imaginé la légère caresse des doigts dans le creux de son poignet au moment où il les fit transplaner.


OoOoOoO


À peine quelques mots furent échangés dans le cours de la journée. Ils travaillèrent en silence, laissèrent les pauses s'étirer confortablement autour d'innombrables tasses de café, grignotèrent les sandwiches que Maria leur déposa à midi. Lentement, mais sûrement, la potion prenait forme. Elle donna à Draco quelques frayeurs en refusant de s'épaissir, mais la crise fut évitée avec célérité (et un charme coagulant de Potter).

Le soir venu, Draco était exténué. De cette fatigue profonde qui ne venait qu'avec les mauvaises nuits et les efforts continus. Les muscles endoloris, il s'étira.

Comme la veille, Potter refusa de partir. Draco ne put s'empêcher de ressentir une pointe de soulagement à l'idée de ne pas se retrouver seul dans le café.

Malgré son éreintement, Draco ne parvint pas à trouver le sommeil allongé sur son lit inconfortable, il fixa le plafond légèrement éclairé par le réverbère qui brillait dans la rue. Il pensa à sa mère, et se rendit compte avec une pointe de tristesse que c'était la première fois depuis des années qu'il était séparé d'elle aussi longtemps. Il l'imagina, seule dans la maison sur la colline, absorbée dans le soin de ses fleurs, et son cœur se serra. Il se promit de lui rendre visite dès le lendemain.

Les pensées tournoyaient dans sa tête, retardaient le sommeil. Il écouta longtemps la respiration profonde de Potter. Une fois de plus, Draco se demandait à quoi devait ressembler sa vie, lorsqu'il rentrait chez lui. Avait-il quelqu'un avec qui partager ses soirées ? Rentrait-il pour trouver sa maison vide, froide et silencieuse ?

Lorsque vint le moment de brasser la potion, toutes les six heures dans la deuxième étape de la préparation, il n'avait toujours pas fermé l'œil, et sa tête tourna légèrement quand il se releva.

« Draco ?, » marmonna la voix ensommeillée de Potter lorsqu'il revint dans la pièce sur la pointe des pieds. Il se figea. Frappé par la vulnérabilité qui perçait dans la voix, frappé par l'écho pensif de son prénom dans le ton de Potter.

« Rendors-toi, » murmura-t-il.

Potter rit, un rire enroué et léthargique.

« Tu es bien placé pour me dire ça, Malfoy. Tu penses que je ne t'entends pas te retourner depuis des heures ? »

Potter s'était redressé, et sa silhouette se découpait dans l'ombre.

« Je n'ai jamais été un grand dormeur, » répondit doucement Draco.

« Viens. » se contenta de dire Potter.

Draco s'approcha d'un pas hésitant. Embarrassé, il s'arrêta près du lit de Potter. Le caractère du silence avait changé. Lourd de sens.

Draco poussa un cri de surprise. Potter l'avait saisi par le bras et il bascula lourdement sur le lit. En l'espace d'un instant, d'une fraction de seconde, son visage se retrouva à quelques centimètres de celui de Potter et il déglutit, toute fatigue envolée.

« P –Potter que… »

Potter le fit taire d'un sourire à peine visible dans l'obscurité.

« Je vais t'aider à t'endormir, » dit simplement Potter. Sa voix était presque un murmure.

Draco hocha la tête, un mouvement raide, gêné. Potter l'aida à se redresser et se plaça derrière lui. Posa ses mains sur sa nuque. Draco sentit la chair de poule se répandre de son cou à ses bras. Il frissonna.

« Potter, je ne suis pas sûr que ce soit –»

« Silence, Malfoy, » le coupa Potter, impérieux.

Draco se tut.

Sur sa nuque, les mains entamèrent une danse sinueuse. Pas assez de pression pour être désagréable, trop pour être une caresse.

Draco sentit ses muscles se relaxer. Il s'abandonna plus loin, s'appuya contre le torse solide. Sentit ses paupières s'alourdir.

Sa dernière pensée consciente fut qu'ils venaient probablement de faire quelque-chose de terriblement déplacé.

Il n'eût pas le cœur à se sentir coupable.


OoOoOoO


Draco poussa un soupir d'aise et étira ses membres ankylosés. L'eau brûlante les dénoua lentement.

Son sommeil avait été si réparateur que, malgré le fait qu'il n'ait duré que six heures, il se sentait débordant d'énergie.

Il s'était réveillé dans le lit de Potter, un peu paniqué. Avant de voir que l'autre homme avait élu domicile dans celui de Draco. Amusé par l'attention, il avait souri devant l'image de Potter endormi, une main sous la tête et sa tignasse de cheveux bruns ébouriffés. Pour la première fois depuis qu'il avait revu l'homme, il avait fait le rapprochement avec le Potter adolescent, ses grands idéaux et son arrogance naïve.

Comme le temps les avait changés.

Il s'était rapidement occupé de la potion, avait griffonné une note à l'intention de Potter, et avait transplané.

Draco sortit de sa douche et passa avec plaisir des vêtements propres.

« Mère ?, » appela-t-il en déboulant dans le salon.

Narcissa l'attendait, assise dans son fauteuil favori, un livre ouvert sur les genoux. Elle lui sourit, et Draco vit tant d'affection dans ce sourire que son cœur rata un battement.

« Bonjour, Draco. Tu me semble bien réjoui. »

Draco sourit.

« Comment allez-vous, mère ? »

Narcissa agita la main d'un geste élégant.

« Très bien, Draco, comme toujours, » elle le dévisagea d'un œil critique. « Allons prendre le petit-déjeuner, veux-tu ? J'ai l'impression que tu ne penses pas à te nourrir lorsque je ne suis pas là. »

Draco pouffa, mais suivit sa mère dans la cuisine.

En savourant son café et ses toasts, il l'écouta parler de ses fleurs, une expression passionnée sur le visage. Il remercia intérieurement Alfonso pour son idée, qui semblait avoir fait des miracles sur sa mère. L'étrangeté de la scène le frappa. Avant les évènements récents, tous deux passaient la plupart de leurs repas en silence, Draco perdu dans la lecture du journal, Narcissa distante et mélancolique. Il contempla l'image de sa mère, les joues rougies par l'excitation, ses mains s'agitant en gestes enthousiastes tandis qu'elle décrivait les progrès qu'elle avait fait dans sa serre.

« …et cet hypogriffe a-do-rable est venu me demander en mariage. »

« Pardon ?,» Draco releva la tête si vite qu'il sentit quelque-chose craquer dans sa nuque.

Narcissa haussa un sourcil fin, et un sourire malicieux vint éclairer son visage.

« Draco, mon fils, j'aurais pensé t'avoir appris à faire semblant de prêter attention lorsqu'on te parle de quelque-chose qui ne t'intéresse pas. »

Draco secoua vivement la tête.

« Non, mère, cela m'intéresse, vraiment. J'ai juste… »

« L'esprit ailleurs, » termina Narcissa d'une voix amusée, « j'ai cru remarquer. » Elle lui fit un clin d'œil. « Je suis heureuse pour toi, Draco. »

Draco sentit ses joues brûler, mais tenta de garder une expression impassible. Sirota son café pour s'empêcher de grimacer.

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, mère, » finit-il par répondre d'une voix égale.

« Non, bien sûr que non, » répondit-elle. Elle semblait se retenir de glousser et Draco jura dans sa barbe. Sa mère était trop perceptive pour son propre bien.


OoOoOoO


« Hum. Potter ? »

Le grattement de la plume sur le parchemin ne cessa pas, mais il fut gratifié d'un « Hmm » interrogateur.

Draco couva la potion d'un regard satisfait.

« Je pense qu'elle est terminée. »

« Ah, oui, très bien, très bien, Malfoy, » répondit Potter d'un ton distrait.

Amusé, Draco attendit quelques secondes que ses mots fassent leur chemin dans le cerveau de Potter. Il compta intérieurement.

Un.

Deux.

Trois.

« Attends…quoi ?»

Draco se mordilla la lèvre inférieure pour s'empêcher d'éclater de rire.

« La potion, Potter. La potion est terminée. »

La chaise tomba sur le sol et Potter se précipita vers le chaudron, une expression incrédule sur le visage.

« Quoi ? Vraiment ? Déjà ? »

« À laquelle de ces questions dois-je répondre ? »

Potter leva ses yeux écarquillés vers Draco.

« Tu veux dire qu'elle est prête à l'utilisation, » demanda-t-il d'un ton étrange.

« Hum. Oui, c'est exactement ce que je veux dire. »

« Oh, bon sang, » Potter avait l'air hautement exalté, « Malfoy, tu es… »

« Merveilleux ?,» plaisanta Draco.

« Oh. Oui, ça aussi, » répondit Potter d'un ton absent. Il se figea et Draco observa avec une pointe de fascination ses joues virer à l'écarlate.

« Il faut que je retourne à Sainte-Mangouste pour préparer les opérations, » marmonna Potter en évitant son regard. Il rassembla ses parchemins en une pile nette. Leva finalement la tête vers Draco.

« Sois à Sainte-Mangouste demain à midi. »

« Tu veux que j'assiste aux transferts ?, » demanda Draco, abasourdi.

Potter fronça les sourcils et le regarda comme s'il était particulièrement stupide.

« Ne sois pas idiot, Malfoy, je veux non seulement que tu assiste aux transferts, mais aussi que tu y participe. S'ils réussissent, ce sera grâce à toi. »

Draco ouvrit la bouche pour protester, mais Potter secoua fermement la tête.

« Demain, midi, hall de Sainte-Mangouste, » répéta-t-il d'un ton inflexible.

Draco hocha la tête en silence.

Potter fit un geste avorté en sa direction. Observa Draco une seconde. Un petit sourire apparut sur ses lèvres.

« À demain, Malfoy. »

Incapable d'articuler une réponse cohérente, Draco l'observa disparaître à travers la porte de l'atelier.


à suivre...