Bonjour à tous
Merci à ceux qui prennent le temps de me laisser des reviews, ça me fait vraiment super plaisir :)
Voici donc le septième chapitre, en espérant que vous aimerez !
Bonne lecture
tara1990 : Sur ce point je suis d'accord, sa curiosité la perdra. Tu crois qu'elle va apprendre pourquoi il a tué Dumbledore ? Mais qui a dit que de mon point de vue il était resté fidèle à Dumbledore ? héhé, Qui sait … (quand à l'histoire de pacte, je crois que tu as mal compris, le diable, pour moi, c'est une métaphore. Tu vas comprendre dans ce chapitre de quoi je voulais parler.) Merci en tout cas de me suivre, ça me fait super plaisir ^^
arwen76 : Merci de ta (très longue) review. Tu as vraiment osé me menacer de m'envoyer à l'hôpital avec un seul bras dans le plâtre de sorte que je puisse quand même écrire ? lol Peut-être que je vais retarder le moment de t'envoyer le prochain chapitre… XD
Chapitre n°7 : Point de non-retour
Lorsque le professeur Rogue dévoila la peau vierge de son bras, Dumbledore sembla stupéfait, tout comme Hermione. Elle possédait des connaissances suffisamment étendues pour savoir qu'une potion de ratatinage faisait rajeunir, mais pas disparaître un tatouage, à plus forte raison s'il était fixé à la peau par de la magie noire. L'absence de la marque confirma ses doutes : il avait retrouvé son corps d'adolescent. Certes, une potion de vieillissement ferait grandir son corps, toutefois il ne redeviendrait plus le même qu'avant, il ne pourrait redevenir ce Rogue façonné par les épreuves. Le vieillissement se réaliserait par rapport à son corps actuel, sans prendre en compte les éléments extérieurs, par conséquent, la marque ne réapparaitrait pas.
Le mangemort ne sembla pas vraiment troublé par son changement d'apparence. Elle se souvint alors avec quelle insistance il avait voulu connaître son âge, et la panique qui l'avait pris en l'apprenant. C'était donc la disparition du sombre tatouage qui le contrariait tant.
- Alors Albus, convaincu ?, lança-t-il.
- Le sait-il ? S'en est-il rendu compte ?, demanda le vieux sorcier, à présent inquiet.
- Non. Le seul moyen qu'il le sache serait de nous convoquer par le biais de la marque, mais aucune réunion n'était prévue avant vendredi soir. S'il n'y a aucun imprévu, il ne l'apprendra pas avant minimum demain.
- Je vois… Il faut vous redonner votre ancienne apparence avant vendredi au plus tard.
- C'est impossible, répliqua froidement Rogue. Le parchemin sur lequel je prenais mes notes a été détruit dans l'explosion. Pour refaire cette potion, il me faudrait des jours de recherches. Et quand bien même je trouverais les quantités exactes de chaque ingrédient et leur ordre, il faudrait fabriquer l'antidote correspondant selon des lois compliquées, ce qui peut prendre plus d'une quinzaine de jours. Jamais je n'aurais fini avant la fin de la semaine. A la fin du mois peut-être si j'ai de la chance.
Rogue expliqua sa situation en fixant le tableau, les bras croisés, tandis que les deux yeux bleus du directeur parurent lire au fond de lui. Hermione ne comprenait pas comment le professeur Rogue pouvait rester de marbre devant ce regard du directeur, qui donnait l'impression déstabilisante de passer sous rayons X.
- Dans ce cas, il n'y a pas beaucoup d'alternatives, Severus. Je suis désolé.
Hermione regarda le tableau, sans saisir les propos de celui-ci. Ce ne fut pas le cas de Rogue.
- Je refuse de rester caché toute ma vie !, s'exclama-t-il. Je ne suis pas Black, je ne vivrais pas comme un criminel en fuite !
- Ecoutez-moi Severus, vous n'avez pas le choix. Il faut la marque pour percer les défenses du manoir, et vous savez comment réagira Lord Voldemort si vous ne vous présentez pas à sa réunion.
- Il pensera que je l'ai trahi, ou que j'ai été tué.
- Exact. Et s'il vous voit encore en vie, il se rabattra sur la première solution. Or, vous savez comme moi l'avertissement qu'il vous a donné lorsque vous êtes revenu vers lui il y a trois ans.
- Lord Voldemort ne pardonne pas, l'interrompit Rogue, dégouté. Je le sais.
- Il a déjà accepté vos excuses la première fois, vous laissant, pour la seule et unique fois de sa vie, une seconde chance, il ne vous en donnera pas de troisième.
- Je peux prendre le risque. Et si cela doit finir ainsi, je mourrai en ayant essayé. C'est ce que vous avez toujours voulu pourtant : que je revienne vers lui, ajouta-t-il avec amertume.
- Pas si cela doit vous conduire droit au suicide.
- J'ai encore le droit de choisir comment je veux mourir Albus, ne me retirez pas ça en plus !
- Vous vous retirez ce droit vous-même, en laissant Lord Voldemort le choisir à votre place. De plus, ce n'est pas de cette façon que vous protégerez Son fils. Bien au contraire.
Rogue s'apprêta à répliquer, mais referma finalement la bouche, amer.
- Severus, il y a une chose dont je voudrais être sûr. Pouvez-vous illuminer ce bureau ?
Le professeur fixa avec étonnement le portrait, comme si son occupant devenait fou, du moins encore plus que d'habitude. Ne souhaitant pas discuter, et sachant que le vieux directeur ne lui donnerait pas la raison d'une telle demande avant son obtempération, Rogue prit sa baguette :
- Lumos.
Seulement, rien ne se produisit. Rogue recommença, et une lumière vacillante apparut au bout de sa baguette, bien plus faible qu'elle n'aurait dû l'être.
- C'est bien ce que je pensais. Cela complique les choses, car il est désormais impensable que vous vous présentiez à lui sous cette forme. Un jeune homme incapable de pratiquer la magie ne lui serait d'aucune utilité, il vous tuerait aussitôt. D'un autre coté, vous pouvez être soulagé, Severus, car ce ne sera pas la peine de vous cacher. Vous étudierez ici, comme un étudiant ordinaire.
- Pardon ?
- Ce retour de votre corps dans le temps a provoqué une perturbation dans votre magie. Vous devez réapprendre à la contrôler. Et pour ce faire, rien de mieux que d'étudier ici-même.
- Et comment passerais-je inaperçu ?, railla-t-il, Même Londubat me reconnaitrait !
Rogue parut regretter immédiatement sa question lorsque le visage du directeur s'éclaira d'une joie et d'une malice incontestable.
- Pouvez-vous me laisser un instant seul avec miss Granger ? Je voudrais parler d'un certain point avec elle.
Le professeur lança un œil noir à la personne concernée, puis partit dans un tourbillon de cape qui provoqua un demi-sourire d'Hermione. Les bonnes habitudes ne se perdent pas.
Dès qu'il fut sorti, Hermione se tourna vers le tableau du directeur. Après avoir assisté à une telle scène, elle doutait de tout. Etait-il possible que cet homme ait vraiment supprimé le vieux sorcier ? Certes, Rogue n'était pas tendre avec lui dans ses propos, cependant quelque chose ne collait pas, comme si une sorte de respect transparaissait derrière ses paroles emplies de venin. Dumbledore l'avait toujours défendu, la trahison du mangemort lui avait couté la vie, et pourtant il tentait d'élaborer une stratégie pour l'aider, pour le sauver. Dommage qu'elle ne puisse réfléchir à cette situation au calme.
- Vous vouliez me parler monsieur ?
- Oui miss. Je voudrais vos suggestions. Je suppose que vous maitrisez la métamorphose humaine ?
- Dans les grandes lignes oui. Je connais la théorie, bien sûr, et nous en faisons un peu en classe, mais nous avons à peine commencé le programme, et puis c'est vraiment très difficile...
- Cela ne fait rien, l'interrompit Dumbledore en levant la main. C'est bien suffisant pour une élève aussi brillante que vous. Vous allez modifier l'apparence de Severus afin qu'on ne puisse le reconnaître.
- Moi ?, s'étonna Hermione, inquiète de jouer une part si importante dans la dissimulation de ce qui restait malgré la situation un traitre, un mangemort.
- Oui miss, vous. Je me serais bien accordé ce plaisir, mais hélas je ne le peux plus., déclara le vieux directeur avec un regret sincère dans la voix. Et pour ce faire, je voudrais avoir vos idées.
L'élève jeta un coup d'œil sur la porte du bureau derrière laquelle avait disparu le professeur Rogue. Visiblement, elle n'avait pas le choix. Mais la jeune sorcière demeurait troublée par cette demande, surtout pour aider Rogue à se cacher. Elle n'aurait pas été attristée par sa mort, et voila que la dernière victime connue de Rogue lui demandait d'aider à protéger son assassin.
- N'ayez pas peur de proposer, Severus ne vous entend pas, ajouta le directeur avec un clin d'œil amusé.
La jeune sorcière respira profondément. Puisqu'on ne lui demandait pas son avis, elle essaya de répondre à ses attentes.
- Et bien je suppose que la première chose à changer serait ses cheveux. Noir, c'est beaucoup trop évident. Il faudrait les éclaircir. Le mieux serait en blond, mais il me tuerait.
- En effet miss, le blond serait à éviter, confirma le directeur en riant.
Hermione ne put s'empêcher de rire doucement quand l'image de son professeur avec des cheveux comme ceux de Lucius Malefoy s'imposa à son esprit. Une telle simplicité à plaisanter la laissa surprise, mais l'esprit léger de Dumbledore semblait contagieux.
- Si on le fait brun, cela rendra son teint moins maladif, et peut-être pourrais-je modifier un peu la coupe, dégager plus son visage, pensa-t-elle à haute voix en tentant de rester sérieuse malgré toutes les images qui lui apparaissaient. Avec des yeux marrons assez clairs et d'une forme un peu différente par exemple, son expression s'en trouverait radoucie. Il faudrait aussi changer quelques détails qui le rendent trop reconnaissable, comme son nez, la forme de sa mâchoire… Je peux modifier de petites choses mais si le sort doit rester actif longtemps je ne peux pas apporter trop de modification. Cela utiliserait beaucoup trop de réserve magique.
- C'est déjà bien miss, c'est déjà bien, la rassura Dumbledore avec un clin d'œil. Allez chercher Severus, et lancez-lui les sortilèges, en informulé si vous le pouvez.
La Gryffondor hocha la tête avant de se diriger vers la porte. Gardant sa baguette dans la main droite, elle ouvrit la porte de son autre main et le professeur rentra à nouveau dans le bureau.
Tandis qu'il s'avançait, Hermione profita d'être derrière lui pour modifier son apparence tel qu'ils en avaient convenus avec le directeur. Le changement fut surprenant.
Outre les cheveux et les yeux bien plus clairs, elle changea sa coupe en raccourcissant un peu ses cheveux, dégageant ainsi son visage. Elle parvint également à modifier légèrement la forme de ses yeux, sa mâchoire, l'épaisseur de ses sourcils, la régularité de ses dents, et la grandeur de son nez. Toutefois, elle prit garde à ce que les modifications ne soient pas influencées par ses goûts, le but n'étant pas de le rendre beau, juste différent. Il fallait éviter qu'il se fasse remarquer, par conséquent, le transformer en apollon ne l'aiderait pas vraiment à se fondre dans la masse. Sans compter que s'il se retrouvait à être dragué par des filles, il la tuerait sans doute sur le champ.
Hermione fut assez satisfaite du résultat. Si elle n'avait pas assisté et participé à sa métamorphose, elle ne l'aurait jamais reconnu. Seule son expression pouvait le rendre reconnaissable, et pour cela, il n'existait aucune solution.
- Severus, nous avons transformé quelques unes de vos caractéristiques physiques. Il nous faut maintenant décider de votre nouvelle identité.
L'interpelé jeta un regard assassin à Hermione, qui eut bien du mal à ne pas rire en l'imaginant à nouveau en blond platine. Cela exaspéra encore plus le mangemort. Néanmoins, il ne chercha pas à savoir à quoi il ressemblait désormais, comme s'il n'accordait aucune importance à son apparence.
- Je suggère quelqu'un que vous êtes censé avoir tué, continua Dumbledore sans prêter attention aux réactions des deux autres.
- Pendant une des dernières missions, nous avons été chargés de nous occuper de la famille King, des sangs-pur qui ont refusé de nous rejoindre, expliqua Rogue, impassible. Ils avaient un fils, Killian, qu'ils ont élevé eux-mêmes sans l'envoyer dans une école de magie. J'ai dû le tuer pendant un duel mais personne n'en a été directement témoin.
- C'est un très bon choix Severus. Puisqu'il n'allait pas à Poudlard, personne ici ne sait à quoi il ressemble, et apparemment personne n'a la preuve qu'il est vraiment mort. Vous pouvez aisément vous faire passer pour lui.
- S'il vous plait, pourrais-je faire une suggestion ?, intervint timidement Hermione.
- Oui miss ?, l'y autorisa le directeur.
Elle songea brusquement qu'elle risquait gros à présent si cette histoire venait à se savoir. Si quiconque apprenait qu'elle avait aidé Rogue à se cacher, elle serait accusée de complicité. Bien qu'elle ne pût désormais revenir en arrière, elle devait penser à aller jusqu'au bout, sinon, dans le cas contraire, il y aurait trop à perdre.
- Il y a un moyen de rendre le subterfuge indiscernable, et du même coup de faire en sorte que Vous-Savez-Qui ne s'aperçoive pas que vous n'avez plus votre marque. Si vous vous présentez dès maintenant à la directrice, nous pouvons faire en sorte que le vous adolescent et le vous adulte apparaissent parfois au même endroit. Puisque vous êtes assez différent du vous adulte que tout le monde connait, personne ne songera à faire le lien si un Killian King apparait en même temps et au même endroit qu'un Severus Rogue adulte.
- Expliquez-vous miss, demanda le directeur, très intéressé et voyant à peu près où elle voulait en venir.
- Et bien je pourrais prendre votre ancienne apparence grâce à un peu de Polynectar, continua Hermione malgré cette petite voix qui l'accusait de creuser sa tombe de ses propres mains. Je suis sûre que dans votre bureau nous pourrons trouver des cheveux que vous avez perdus lorsque vous étiez adulte. Ainsi, de temps en temps je pourrais faire quelques apparitions pendant que vous êtes au même endroit. Personne ne se doutera que vous êtes réellement le professeur. De plus, le vous adulte pourrait avoir peu à peu un comportement inhabituel, comme punir les Serpentards plus que de raison, et particulièrement les fils de mangemorts. Ainsi, lorsque votre fuite sera annoncée elle ne surprendra personne car ils se souviendront tous que vous étiez vraiment étrange ces derniers temps. Puis, on s'arrangera pour faire croire à votre mort. De cette manière, le mangemort Severus Rogue aura cessé d'exister aux yeux de tout le monde, tandis que l'élève Killian King sera parfaitement hors de soupçons.
Elle termina, les yeux fixés sur le bout de ses chaussures, et les deux autres se tournèrent vers elle, étonnés qu'une telle idée lui soit venue si vite.
« C'est une idée extraordinaire miss !, s'exclama Dumbledore avec un enthousiasme débordant. Nous ferons donc cela, n'est-ce pas Severus ?
- Tant que nous n'avons pas de meilleure idée, je suppose que je n'ai pas le choix.
- Très bien, c'est donc décidé, vous resterez ici cette nuit et toute la journée de demain. Mercredi matin, vous vous présenterez devant les grilles, réclamant de voir Minerva. Miss Granger terminera la fabrication du Polynectar en ajoutant les cheveux, car je me souviens que vous en gardez du neutre dans votre réserve. Sous votre forme elle assurera vos cours, tandis qu'elle se fera passer pour malade.
Sans rien dire, Rogue traversa le bureau pour ouvrir une porte dans le fond, qui donnait apparemment dans les anciens appartements du directeur, laissant Hermione avec le portrait de celui-ci.
Une fois seuls, Hermione put s'exprimer beaucoup plus librement. Elle ne se gêna pas de montrer au directeur qu'elle lui en voulait de l'avoir mise dans cette situation. Si Rogue se faisait prendre, ils seraient deux à être punis. Par conséquent, elle désirait maintenant savoir pourquoi elle vendait ainsi son âme.
- Monsieur, très franchement, après tout ce qu'il a fait, je ne comprends pas pourquoi vous faites tout ça pour lui. Il vous a tué de sang froid alors que vous lui aviez sauvé la vie !
- Avez-vous confiance en mon jugement miss ?
- En votre jugement oui. Je vous ai toujours fait aveuglément confiance. En ce qui concerne vos méthodes, beaucoup moins, répondit Hermione, complètement consciente du sous-entendu.
- Je vois. Vous aviez tout compris n'est-ce pas ?, questionna Dumbledore tristement.
- Compris quoi ? Que pour vous Harry n'est qu'un pion ? Oui, en effet.
Elle n'avait pas voulu être aussi agressive, mais malgré tout, il s'agissait de sa faute si elle risquait sa vie. Dumbledore, de son coté, ne sembla pas s'en formaliser.
- Je ne peux vous expliquer miss, mais gardez espoir, se contenta-t-il simplement de dire. Sachez en tout cas que quoi que vous en pensiez, le professeur Rogue a le droit à cette seconde chance, même s'il n'en veut pas. C'est pourquoi je voudrais que vous me fassiez une promesse.
- Laquelle ?
- De veiller sur lui. Même si vous blâmez Severus Rogue, donnez une chance à Killian King.
Hermione le regarda dans les yeux, sans se soucier de ce regard qui, jusqu'à peu, la troublait tant. En cet instant, elle trouva la force de le soutenir avec hargne.
- Une promesse est une promesse monsieur, et de toute façon s'il coule, moi aussi. Je ferais donc en sorte qu'il ne soit pas découvert. En revanche, si j'ai le moindre doute, le moindre, qu'il a essayé de prendre contact avec des mangemorts, de former des plans contre nous, de faire du mal à Harry ou ne serait-ce qu'y penser seulement, cette promesse ne tiendra plus et je n'hésiterais pas une seule seconde à la briser.
- Je n'en doute pas miss. J'espère que vous comprendrez pourquoi j'agis ainsi. Un jour.
- Certainement pour la même raison que vous manipulez Harry : faire avancer une à une vos pièces jusqu'à la victoire, sans vous soucier une seule seconde de ce que vos pions endurent pour vous, pris dans un engrenage qu'ils ne peuvent comprendre et qu'ils sont obligés de subir.
Et sans lui laisser le temps de répondre, Hermione sortit du bureau en claquant la porte avant de descendre quatre à quatre les escaliers.
Elle tremblait de rage. Si elle n'avait pas souhaité parler aussi franchement au directeur, elle ne le regrettait en rien. Elle n'était pas qu'une petite Miss Je-Sais-Tout incapable de faire autre chose que de dire oui à tout en suivant aveuglément les professeurs. Elle possédait aussi des sentiments, des amis, une vie, dont elle venait de suspendre au-dessus une épée de Damoclès particulièrement tranchante. Et non contente de trahir ses amis, cela les mettait en danger. Dire au vieil excentrique, anciennement leur directeur, ses quatre vérités l'avait grandement soulagée.
Elle savait pourtant fort bien que ce comportement ne lui ressemblait pas. Une seule fois, elle avait ressenti ce besoin de se défouler : lorsqu'elle avait frappé Malefoy en troisième année. A ce moment aussi, elle avait surpris tout le monde, y compris elle-même. Mais, dans les deux cas, cela faisait trop longtemps qu'elle refoulait ses sentiments. Les laisser s'exprimer ainsi était particulièrement libérateur, tandis que l'adrénaline qui fourmillait encore en elle lui prodiguait un sentiment agréable d'accomplissement.
Tentant avec peine de se remettre de ses émotions, elle s'arrêta brusquement après avoir passé la gargouille qui gardait le bureau. Des bruits étranges lui parvenaient sans qu'elle ne puisse les identifier. Repérant qu'ils semblaient provenir d'un renfoncement du mur derrière une armure, elle sortit sa baguette et avança dans cette direction, tout en essayant de faire le moins de bruit possible. Arrivée à quelques mètres, elle alluma sa baguette d'un Lumos à peine murmuré. Parvenue juste à coté, elle comprit enfin l'origine de ces sons : des ronflements. Et à la lueur de sa baguette, elle découvrit Harry et Ron dormant profondément.
Elle les secoua tous deux, plus qu'étonnée de les trouver là, surtout endormis. Ils se réveillèrent aussitôt et leur air ébahi n'échappa pas à leur amie.
- Merde alors Harry, qu'est-ce qu'on fait ici ?
Ron se leva d'un bond, aida son meilleur ami à faire de même et ils sortirent de leur cachette.
- Que s'est-il passé ? Pourquoi étiez-vous là ?
- Ca c'est ce que j'aimerai savoir !, s'exclama Harry.
- Je me souviens qu'on était dans la salle commune, on s'inquiétait de ne pas te voir revenir. On avait commencé à descendre les grands escaliers, mais après je ne me souviens de rien.
- Moi pareil.
Hermione comprit du même coup pourquoi Rogue ne l'avait pas suivie tout de suite dans le bureau du directeur. Il les avait repérés et empêchés de mettre leur nez dans ses affaires. Il ne fallait surtout pas que ces deux là découvrent la vérité.
- C'est sûrement une blague d'élèves qui était destinés aux Carrow. Ce ne serait pas la première fois, proposa-t-elle avec autant d'assurance que possible.
- Probablement. Un sort de sommeil, c'est simple à réaliser. Mais et toi 'Mione, qu'est-ce qu'il s'est passé, pourquoi reviens-tu si tard ?
- Il m'a donné plus de travail que d'habitude.
Hermione s'apprêtait à arrêter là son explication, mais un détail lui revint en mémoire. Pendant qu'elle aurait l'apparence du professeur, elle devrait faire croire qu'elle se trouvait à l'infirmerie et que c'était trop grave pour recevoir la moindre visite. Pour rendre dès à présent cette histoire un peu plus crédible, elle ajouta :
- Mais c'est vrai qu'il s'est passé quelque chose. Je devais nettoyer les chaudrons, et dans l'un deux j'ai fais tomber un ingrédient, je ne me souviens plus lequel. Il s'est dégagé des vapeurs insupportables. J'ai eu peur qu'elles ne soient toxiques mais apparemment ce n'était pas le cas.
- Pour que tu fasses une telle maladresse, tu devais vraiment être fatiguée. Ce bourreau te donne beaucoup trop de travail, plains-toi !
- Et à qui ? Non Harry, c'est inutile, en plus c'était la dernière. Ne t'inquiète pas, d'accord ?
Harry grommela quelque chose mais n'insista pas davantage. Ron glissa son bras autour des épaules d'Hermione, espérant la réconforter. Elle le laissa faire et ils rentrèrent en silence dans leur salle commune. Ron déposa alors un léger baiser sur sa joue avant de suivre Harry dans le dortoir des garçons.
La jeune sorcière resta un moment immobile, le regard fixé sur la porte derrière laquelle ses deux amis avaient disparu. Abuser leur confiance ne lui plaisait vraiment pas. Toutefois, elle n'avait pas le choix.
Elle inspira profondément, et une fois au calme, elle ressortit à nouveau de la salle commune. Elle eut de la chance de ne croiser aucun des deux Carrow, ni élèves de Serpentards les seuls autorisés à patrouiller dans les couloirs avec Rogue. Arrivée dans la réserve, elle crut qu'elle ne trouverait jamais la base du Polynectar dont elle avait besoin.
Cependant, alors qu'elle commençait à se demander si Rogue en gardait bien, elle remarqua un tiroir qui se fondait dans la décoration de l'armoire et qui n'était que difficilement visible. Prise d'un pressentiment, elle l'ouvrit et découvrit à l'intérieur toute une série de potions. La moitié d'entre elles pouvaient être mortelle à la moindre petite erreur de préparation, et l'autre partie se révélait être souvent des poisons tous plus violents les uns que les autres. Dans un coin, du véritasérum.
Elle trouva un flacon contenant la potion recherchée. Il ne restait plus qu'à y ajouter le dernier ingrédient. La fiole toujours dans la main, elle pénétra dans le bureau de Rogue. A l'aide d'un Lumos, elle chercha au sol, priant pour qu'il ne soit pas maniaque au point de tout laver chaque jour, auquel cas elle était sûre de ne rien trouver. Malheureusement, cela semblait être le cas, car elle ne trouva absolument rien par terre.
Découragée, elle se releva et avisa soudain le siège devant le bureau. Prise d'une inspiration elle s'en approcha et vit, dans le tissu, un cheveu noir d'une vingtaine de centimètres. Elle l'attrapa et le glissa dans le flacon, regardant la potion prendre une couleur plus noire que la nuit. Au moins, elle ne prenait pas l'apparence boueuse du Polynectar que Ron et Harry durent avaler lors de leur seconde année.
Elle approcha le récipient de sa bouche, songeant avec un sourire que cette fois-ci elle ne se tromperait pas. Au moins, elle ne se retrouverait pas avec une tête de chat pendant plusieurs semaines. Non, elle aurait juste la tête de la chauve-souris des cachots.
Avant de changer d'avis, elle avala une gorgée du liquide et posa aussitôt le flacon sur le bureau, craignant de le lâcher à cause des convulsions nerveuses lors de la transformation.
Elle s'appuya alors contre le dossier de la chaise, essayant de penser à autre chose qu'à son corps qui commençait à devenir douloureux. Il lui semblait que quelqu'un tirait sur sa tête pour la faire grandir, lui donnant l'impression que ses muscles ou ses os ne tarderaient pas à craquer. La souffrance était sans cesse croissante et l'embrasait toute entière. Bientôt, la douleur l'aveugla et la fit lâcher prise ; elle tomba à genoux, les mains crispées au sol, sa peau se déformant continuellement. Alors qu'elle était sur le point de perdre connaissance, les vagues de douleur s'arrêtèrent d'un coup, la laissant immobile, allongée face contre terre. Un éclat de rire bref, à mi-chemin du sanglot lui échappa. Elle n'ignorait pourtant pas que la fatigue décuplait l'effet des potions et la douleur leur étant liée.
Lentement, elle s'appuya sur ses mains pour se relever. Celles-ci étaient blanches, blafardes, plus grandes que les siennes, mais fines. Une fois debout, Hermione toucha ce nouveau corps, plus grand que le sien, si bien qu'elle se sentait maladroite au moindre geste. Elle passa une main dans les cheveux gras et raides qui touchaient presque ses épaules, effleura son visage amaigri, son nez long, ses joues un peu creusées. Visiblement il s'agissait bien du corps de son professeur qui était désormais sien.
Son uniforme étant à présent bien trop court, elle n'eut pas besoin de remonter sa manche pour voir la marque des ténèbres sur son avant bras gauche. Elle put, pour la première fois, la regarder de plus près. Le serpent sortait de la bouche de la tête de mort, puis s'enroulait sur lui-même en descendant près du poignet. La marque ressortait étrangement sur la peau pâle, hideuse, rappelant l'allégeance du corps qu'elle avait emprunté.
Se souvenant qu'elle ne pouvait pas rester ainsi indéfiniment, elle s'assit à « son » bureau, se saisit d'une plume ainsi que d'un parchemin, et chercha comment présenter la situation à la directrice sans éveiller de soupçons.
Et voila ^^ J'espère que ce chapitre vous a plu.
Prenez le temps de mettre une review, ça peut prendre une minute, et ça fait tellement plaisir :)
