CHAPITRE 6 : Le match vengeur
Le grand jour était arrivé. Les play-off commençaient enfin. Tous les joueurs étaient à la fois stressés et excités. Comme Aomine le pensait, Kuroko n'était pas suffisamment rétabli de son passage à tabac pour participer au moins aux deux premiers matchs. Cela n'était pas gênant, étant donné que Harasawa ne l'avait pas prévu sur la feuille de match pour les deux premiers matchs, voulant le garder en réserve jusqu'au match contre Seirin, afin que ces derniers aient la surprise de le voir au maximum de ses capacités avec sa véritable lumière retrouvée. Cela laissait donc au passeur largement le temps de se remettre des coups qu'il avait encaissés. Il serait donc en pleine forme pour le match qu'il considérait, tout comme Aomine et Momoi, comme le plus important de sa vie. Ce serait donc depuis le banc qu'il assisterait aux victoires, il en était certain, de son équipe.
Pour leur premier match, ils devaient affronter Senshinkan. C'était un bon adversaire qu'il ne fallait pas sous-estimer. Mais pour notre basané, ce n'était qu'une équipe comme une autre. Il n'y voyait aucun challenge, et était sûr de les vaincre, comme l'année dernière, sans trop d'efforts. Ce ne fut pourtant pas tout à fait exact. Tōō gagna bien ce match, mais leur as était en sueur, plus qu'il ne l'aurait cru, sans pour autant être exténué, mais suffisamment pour qu'il reconnaisse intérieurement qu'il avait fait une légère erreur de jugement. Les rois de l'ouest avaient plutôt pas mal progressé en un an, il devait bien le reconnaître, mais pas à haute voix, il ne fallait pas exagérer. Il était Daiki Aomine, et il avait sa fierté. Même s'il avait retrouvé le goût de jouer grâce à Kuroko, il n'en restait pas moins lui-même. En tout cas, cette équipe s'était battue jusqu'au coup de sifflet final. Ils n'avaient rien lâché, même lorsqu'il fut évident qu'ils ne pourraient plus les rattraper au score. Cette attitude avait fait plaisir au dunker, sachant que c'était l'abandon de ses adversaires en cours de match qui avait commencé à le faire changer, en dernière année de collège.
Le deuxième match fut totalement différent. L'équipe était considérablement plus faible que Senshinkan, et encore plus que Tōō. La fin du troisième quart temps n'était même pas encore sifflée, qu'ils avaient déjà baissé les bras. Cela n'étonna personne. Ils étaient rentrés sur le parquet en étant persuadés de perdre. C'était limite s'ils ne tremblaient pas. Cette attitude défaitiste dégoûta tellement Aomine qu'il ne fit même pas l'effort de retenir leurs noms, et encore moins celui de leur équipe. Il demanda même, à l'occasion d'un temps mort, à se faire remplacer. Il préférait encore rester avec son Tetsu plutôt que de jouer contre des perdants. Et au moins, comme ça, il garderait ses forces pour affronter ceux qu'il attendait avec la plus grande impatience: Seirin. Avec l'agression contre Kuroko, il avait désormais une double raison de se venger. Et depuis qu'ils sortaient ensemble, il en faisait une affaire plus que personnelle. Il leur ferait regretter de s'en être pris à son copain. Il passa la fin du match à moitié perdu dans ses pensées vengeresses. Il observa aussi son chéri discrètement, le trouvant décidément vraiment trop craquant. S'il n'y avait pas tout ce monde, il lui aurait déjà sauté dessus. Le coup de sifflet final le ramena à la réalité. Il ne prit même pas la peine de jeter un œil au tableau des scores. Il savait que son équipe avait largement dominé le match, et qu'elle avait écrasé leurs adversaires. Le lendemain serait le troisième et dernier jour des play-off, et serait donc le jour où lui et Kuroko pourrait enfin affronter Seirin et se venger d'eux. Il ne pensait qu'à ça, alors qu'il se dirigeait vers les vestiaires en compagnie de ses coéquipiers, et il était sûr que son ombre pensait exactement à la même chose. En quittant le gymnase, chacun retourna chez soi, notre couple faisant, bien entendu, la route ensemble, main dans la main. Le trajet se fit en silence, chacun dans ses pensées sur le match du lendemain. A l'embranchement habituel, Aomine ne quitta pas Kuroko, le raccompagnant jusque devant la porte de sa maison. Il avait bien trop peur d'une nouvelle agression. D'ailleurs, il avait pris cette habitude dès le lendemain de celle-ci. Kuroko n'y trouvant rien à redire. Quelque part, il était content que son copain s'inquiète pour lui, et en plus ça lui faisait passer plus de temps avec lui. Ils s'embrassèrent chastement sur les lèvres avant de se séparer. Ils devaient rester concentrés sur leur prochain match.
La nuit fut agitée pour Kuroko, et plutôt courte. Il se leva pourtant plus déterminé que jamais. Il ne ressentait pas la fatigue de sa mauvaise nuit, sa motivation exacerbée prenant le dessus sur toutes autres choses qui n'étaient pas en rapport avec le match. Il n'était pas dans ses habitudes de vouloir humilier un adversaire, quel qu'il soit. Il était plutôt partisan du fairplay à toute épreuve. Mais dans ce cas-là, c'était différent. Il était celui qui avait été rabaissé plus bas que terre, qui avait été traité comme un objet, moins qu'un être humain. Il n'était plus temps d'être le gentil Kuroko, franc et serviable. Il étant temps de laisser la place au Kuroko combatif, fier et vengeur. Il avait confiance. Sa lumière serait avec lui. Et ses amis seraient dans les gradins, et ceux qui ne pouvaient être là à cause la distance le soutiendraient moralement, il le savait. Ce fut donc d'un pas décidé qu'il prit la route de chez Aomine, afin qu'ils se rendent ensemble au point de rendez-vous de leur équipe.
Une fois arrivée au gymnase, toute l'équipe s'enferma dans ses vestiaires, pour se préparer mentalement à ce match qui leur était si particulier. Les consignes du coach Harasawa et le discours de Wakamatsu ne firent qu'augmenter leur concentration et leur motivation.
L'heure d'entrer sur le terrain était enfin venue. Les visages des joueurs de Tōō étaient fermés. On pouvait y lire toute leur concentration et toute leur détermination. Quant aux visages des joueurs de Seirin, ils étaient pleins de rage contenue. Tandis que d'un côté, personne ne regardait l'équipe adverse, de l'autre, des regards haineux et méprisants étaient lancés, tous dirigés vers un petit turquoise qui ne les calculait même pas, bien trop concentré sur ce qui allait se passer sur le parquet.
Les équipes entrèrent, s'installèrent sur leurs bancs respectifs puis s'alignèrent au centre du terrain, à la demande de l'arbitre, afin de se saluer. Les salutations d'usage furent extrêmement froides, des deux côtés. Puis chacun se mit à son poste, et l'arbitre siffla tout en lançant le ballon en l'air. TIP OFF. Aomine prit facilement le dessus sur Kyoshi et fit directement la passe à Kuroko, qui redirigea de suite vers Sakurai qui marqua d'un magnifique trois points. Tōō ouvrait le score, mettant encore plus la rage à Seirin. Pour la remise en jeu, Seirin avait le ballon et pensait que, ayant joué avec Kuroko pendant un an, la misdirection ne fonctionnerait pas sur eux. Mais c'était sans compter sur le fait que la lumière d'Aomine était bien plus intense que celle de Kagami, qui s'était bien ternie. La colère l'empêchait de se concentrer correctement et il avait bien du mal à faire face à un Aomine en pleine possession de ses moyens. Pendant tout le premier quart-temps, Kuroko ne fit rien de nouveau, se contentant de disparaître comme il savait si bien le faire, respectant ainsi les consignes du coach. Cela n'empêchait pas la coordination ombre/lumière d'être parfaite. Riko avait beau demander des temps morts, ses joueurs n'arrivaient pas à conserver la balle suffisamment longtemps pour marquer. Quand la pause fut sifflée, le score était sans appel: 50-0 pour Tōō. Le public n'en revenait pas. Comment avaient-ils pu marquer autant en seulement 10 minutes de jeu contre l'équipe qui avait fini deuxième de la Winter-Cup? Pendant le deuxième quart-temps et la moitié du troisième, Kuroko resta sur le banc. Cela n'empêcha pas Tōō de mener la danse et d'enchaîner les paniers. Il faut dire aussi que Seirin, en manque de concentration, faisait beaucoup d'erreurs et de fautes. Puis, après environ 5 minutes de jeu dans le troisième quart-temps, Harasawa fit entrer Kuroko, en lui donnant pour consigne d'appliquer les nouvelles techniques qu'il avait mises en place à l'entrainement, avec sa lumière. Il prit place sur le terrain, fit un signe de tête au métis, qui afficha un sourire carnassier, et le jeu reprit. Kuroko était encore plus invisible que d'habitude et était complètement insaisissable. Ses passes prenaient un angle tellement aberrant, qu'on aurait pu croire qu'ils s'y étaient mis à plusieurs pour les faire. Le public était en liesse, n'en revenant pas d'assister à un tel spectacle. Riko était au bord des larmes quand l'arbitre siffla, signifiant ainsi une pause de 2 minutes bienvenue pour Seirin. Du côté de Tōō, on ne voyait que des sourires satisfaits. Il restait encore un quart temps à jouer, et ils avaient déjà largement dépassé les 150 points, alors que leurs adversaires n'avaient pas encore marqué.
Le match reprit pour les 10 dernières minutes de jeu. Seirin était résolu à ne rien lâcher, malgré le fait que la défaite était déjà certaine. Ils voulaient marquer au moins un panier, histoire de sauver l'honneur. Ils ne comprenaient pas qu'il n'y avait plus rien à sauver, après ce qu'ils avaient fait à leur ancien passeur. Et vu le manque de concentration de Kagami, il était loin de pouvoir entrer dans la zone. Aomine, lui, y entra dès le début de la dernière période. Il enchaina les dunks et les tirs improbables, mais il laissa le dernier à son ombre. Il fallait que ce soit le petit fantôme qui leur assène le coup de grâce. Et en utilisant à la suite son vanishing drive, puis son fantôme shoot, Kuroko marqua un buzzer beater. Score final: 203-0 en faveur de Tōō. Les supporters de Tōō exultaient. Jamais ils n'avaient vu pareil match. Du côté de Seirin, les joueurs, tout comme les supporters, étaient consternés. Les joueurs pleuraient. Jamais ils n'avaient subi pareille humiliation. Ce fut alors qu'Aomine se dirigea vers eux.
- Dites-vous bien que l'humiliation que vous ressentez, c'est même pas la moitié de ce qu'a ressenti Tetsu quand vous vous en êtes pris à lui gratuitement, que ce soit moralement ou physiquement. Et estimez-vous heureux qu'il n'ait pas porté plainte. Que ce soit pour ce qui s'est passé à Seirin ou dans cette ruelle.
Personne ne répondit quoi que ce soit. De toute façon, qu'y avait-il à dire?
Aomine retourna de son côté du terrain, et avant de ramasser ses affaires pour retourner dans les vestiaires, il attrapa Kuroko pas la taille et lui donna un baiser vorace, promesse de la soirée qu'ils passeraient tous les deux, en privé, pour fêter cette victoire comme il se devait. Les anciens coéquipiers du petit bleuté écarquillèrent tant leurs yeux que l'on aurait pu croire qu'ils voulaient les faire sortir de leurs orbites.
Quant à Kuroko, s'il se demandait encore s'il avait bien fait de fuir la génération des miracles, il était absolument sûr d'avoir eu raison de fuir Seirin. Il se sentait bien à Tōō, et surtout, il se sentait merveilleusement à sa place dans les bras de son grand basané.
*Alors voilà, l'histoire touche à sa fin. Il ne manque plus que l'épilogue. J'espère que cette histoire vous aura plu jusqu'à la fin, malgré ses imperfections. Je remercie toutes celles et tous ceux qui m'ont lue et qui m'ont suivie tout au long de cette aventure complètement nouvelle pour moi. Surtout un grand merci à tous ceux qui m'ont laissé une ou plusieurs review. Sachez que ce sont ces petits mots d'encouragement qui m'ont donné l'envie de continuer et d'aller jusqu'au bout. Vous n'imaginez pas à quel point j'ai été contente quand j'ai reçu ma toute première review (encore merci Deamon13). Rien que de savoir qu'au moins une personne avait lu le début de mon histoire et avait aimé, j'étais vraiment folle de joie. Merci aussi à tous ceux qui ont mis ma fic en favori et/ou qui l'ont followée. Je vous donne rendez-vous pour l'épilogue. Et n'oubliez pas la petite review, c'est devenu ma nouvelle drogue. Non, je plaisante, juste un carburant puissant.
Bises.
