..::..
Chapitre 6
– Vibrato imprévu –
Samedi en fin après-midi. Malgré le milieu octobre, le temps ce week-end était au beau fixe, seulement quelques nuages blancs tâchaient le ciel bleu. Mio était assise en tailleur sur son lit, la fenêtre ouverte, devant elle son ordinateur portable lisait la vidéo de leur concert, celle qu'un inconnu avait posté. Perplexe, la jeune fille tapotait ses doigts sur ses bras croisés. Le nombre de vues avait augmenté depuis la dernière fois, ça approchait le millier, alors devrait-elle s'en préoccuper ? Qui était les gens qui regardait, seulement des élèves qui voulaient écouter de la musique ? Elle ne savait pas quoi en penser. Est-ce que leur musique intéressait vraiment autant de gens ?
Finalement, elle arrêta la vidéo et ferma l'ordinateur, avant de s'affaler sur le dos. Elle n'avait pas envie de penser à ça maintenant, et encore moins de s'en occuper. C'était juste une vidéo de concert comme il devait y avoir plein sur le net, alors elle se contenta d'ignorer cette histoire. Et puis, l'adolescente songeait qu'elle avait d'autres choses plus importantes à penser. Ça faisait presque une semaine que son frère était passé la voir, et qu'ils avaient parlé. Depuis, ils ne s'était pas revu en personne, mais au moins, il avait échangés quelques sms et deux appels. Rien de très important en somme, mais elle avait quand même l'impression de pouvoir enfin avancer dans la bonne direction avec Tatsui. Peut-être qu'ils arriveraient à devenir plus proches ? Mais ça, « seul le temps peut le dire ». C'était une phrase que répétait souvent leur mère. Cette dernière disait aussi souvent qu'il fallait laisser du temps aux choses... Mio n'avait jamais comprit ce que ça voulait dire, avant. Peut-être qu'elle disait par là que tout les changements devaient forcément prendre du temps ? Et que ce qui se passait rapidement était mauvais ?
Mais penser à ce genre de chose la mettait mal-à-l'aise. Elle se frotta les yeux avec la paume de ses mains, soupirant longuement. Entendant un bruit à la fenêtre, elle tourna un peu la tête sur son oreiller, voyant Pluton qui rentrait. Le chat noir sauta sur le lit, et vint sans gêne s'installer sur elle, se couchant à moitié sur la poitrine de la jeune fille. L'animal se mit à ronronner quand sa maîtresse lui caressa la tête, et ferma les yeux. Mio se souvenait, elle l'avait trouvé il y avait environ deux ans, quand elle avait commencé à travailler. Le chaton était caché dans une pile de pneus derrière le garage, il avait l'air tout faible, et comme il n'était à personne et que personne n'en voulait, elle l'avait ramené chez elle... « au moins, quelqu'un m'attendra à la maison », s'était-elle dit quand le chat avait investi l'appartement et semblait vouloir y rester. Et bien sur, Ritsu avait été la première à lui demander comment elle allait l'appeler... d'ailleurs, cette dernière avait eut un comportement étrange cette semaine. Plus distante, et elle avait toujours trouvé un prétexte pour rentrer avant ou après le groupe, évitant ainsi de faire le trajet avec la bassiste, qui pas conséquent n'avait pas put lui demandait ce qui n'allait pas.
Mio attrapa son téléphone portable qui traînait sur le lit, et l'ouvrit. Hésitant quelques temps à regarder l'écran, elle tourna la tête vers Pluton.
– Je devrais l'appeler, à ton avis ?
Le chat se lécha la patte, et la passa derrière son oreille.
– Je prends ça pour un oui.
L'adolescente composa donc le numéro et attendit la sonnerie. Elle entendit tellement de tonalités qu'elle s'apprêtait à terminer l'appel, quand Ritsu décrocha enfin.
– Allô ? commença la batteuse avec une voix sans énergie.
– Salut, Ritsu, je ne te dérange pas ?
– Non, non...
Mio resta un peu silencieuse, se demandant qu'est-ce qu'il se passait en ce moment. Alors, elle décida qu'au lieu de tergiverser, elle allait directement demander à son amie... mais pas au téléphone, elle avait envie de la voir.
– Si on sortait ? Il fait beau aujourd'hui, que dirais-tu d'aller au parc ? En passant devant, en rentrant du travail, j'ai vu que malgré la saison, le stand de glace pilée était encore ouvert.
– Je sais pas, je... n'ai pas très envie de sortir...
– … S'il te plaît. S'il le faut, je viens chez toi pour te tirer de ta chambre ! Et ils ont même la glace que tu préfère, au sirop d'érable, annonça Mio avec un ton de suspens.
– Vraiment ? Alors vu tes arguments, je ne peux qu'accepter, soupira Ritsu avec un sourire dans la voix.
Mio sourit et raccrocha. Attrapant le chat noir pour le bouger, elle se redressa ensuite et s'étira les bras. Elle était rentrée du travail il n'y avait pas une heure, mais ça ne la dérangeait pas de ressortir, surtout pour voir Ritsu. Sans savoir pourquoi, elle était vraiment impatiente. Mais la bassiste ne se posa pas de questions, de toute façon on lui avait parfois dit qu'elle réfléchissait trop... alors elle se prépara en profitant simplement du fait qu'elle allait voir son amie.
Ritsu de son côté, juste après avoir raccroché, se laissa tomber sur son lit. C'était vrai que cette semaine, elle avait préféré ne pas se retrouver seule avec Mio. Elle avait toujours ces impressions, elle sentait toujours son cœur battre, se sentait vivante, et puis... elle ne pouvait s'empêcher d'apprécier chacun de ses gestes, mais il y avait toujours aussi ce petit sentiment de frustration, comme si elle attendait quelque chose, mais qu'en même temps elle savait que ça n'arrivera jamais. À chaque fois les paroles de sa mère tournaient dans sa tête. Une forte amitié ? Tout cela avec son état d'adolescente et toute la morale qu'elle avait entendue dessus ? Mais en même temps, est-ce que ce qu'elle ressentait ne collait pas avec ce que sa mère lui avait dit de l'amour ? Mais quel crédit pouvait-elle accorder à cette définition ? En tout cas elle avait essayé de s'éloigner un peu, le temps qu'elle comprenne tout ça, mais au final ça ne l'avait pas avancé à grand chose puisqu'elle en était toujours au même point.
Après une minute, Ritsu se redressa, se disant qu'il ne fallait pas qu'elle sois en retard. Après tout, elle allait simplement manger une glace avec son amie dans un parc, il n'y avait rien de mal à ça. Elle avait fait ça souvent. Alors pourquoi maintenant elle se posait autant de questions ? Elle n'avait qu'à être la Ritsu habituelle, et tout ira bien. Après s'être préparée, la jeune fille dévala les escaliers avec entrain.
– Ritsu ! Où vas-tu ? l'interpella sa mère en la voyant courir dans les escaliers.
– Euh... au parc. Je vais retrouver des amies, répondit la jeune fille en ouvrant la porte.
– D'accord, mais ne rentre pas trop tard.
L'adolescente acquiesça, et sortit rapidement. Sur le coup, elle avait préféré répondre à sa mère en utilisant les termes « des amies » plutôt que de dire directement qu'il s'agissait de Mio... peut-être avait-elle peur que sa mère se fasse des idées, ou plus généralement, qu'elle se remette à lui faire le genre de morale qu'elle lui avait déjà faite. Mais maintenant qu'elle était à l'extérieure, elle pouvait faire ce qu'elle voulait non ? Sa mère ne pouvait pas la voir... enfin elle espérait.
Sur le trajet, la jeune fille se tapotait les jours. Elle devenait paranoïaque ou quoi ? Elle trouvait qu'elle avait vraiment les idées et les sentiments en vrac depuis quelques temps, et qu'il était temps qu'elle se ressaisisse un peu. Mio avait l'air de s'inquiéter pour elle, et c'était quelque chose qu'elle ne voulait pas.. bien que d'un côté cela lui faisait plaisir, aussi. Alors elle inspira un grand coup, et se mit à chantonner une de ses chanson préférée en tapotant ses doigts dans le vide au rythme des notes de batterie. Après quelques minutes de marche, Ritsu tourna au coin de la rue, pile au moment pour voir Mio qui venait d'entrer dans le parc. Elle la regarda marcher de dos quelques secondes. La bassiste avait noué une partie de ses cheveux en petite queue de cheval lâche, derrière sa tête. Ça lui allait bien. Car c'était vrai que Mio était belle. C'était étrange qu'elle avait pas encore de petit-ami.
Mais à quoi elle pensait encore ? Ritsu secoua la tête, et traversa la rue en courant. Arrivée par derrière, la batteuse se jeta sur son amie, l'attrapant en lui entourant les épaules de ses bras.
– Mio ! s'exclama la jeune fille en souriant.
L'interpellée, elle, avait sursauté, et se tourna vers son amie, qui arborait un air triomphant.
– Tu m'as l'air de bien meilleure humeur que toute à l'heure !
– C'est parce que je sais que tu vas m'offrir une glace. D'ailleurs allons-y vite, avant que ça ferme ! annonça Ritsu en attrapant son amie par la main et la tirant vers le stand.
Bien qu'il devait y avoir encore du temps avant que le stand ne ferme, mais peut-être était-ce simplement un prétexte pour tenir Mio par la main.
Les deux filles prirent donc leurs glaces, à la fraise pour la bassiste et au sirop d'érable pour son amie, un parfum plutôt pas commun et elle ne connaissait que cet endroit qui en faisait. Puis, elles allèrent s'installer sur un banc pour les déguster. Tout en mangeant, Mio regardait pensivement le soleil descendre lentement... c'était la fin de l'après-midi, mais il commençait déjà à descendre, se préparant aux couleurs chatoyantes de la soirée. C'était agréable, il ne faisait ni trop chaud ni trop froid, les rayons diffusant toujours leur chaleur, mais contrebalancée par une brise fraîche qui faisait lentement bouger le feuilles des arbres. Le parc était très calme, les quelques personnes qui y passait se promenaient avec leur enfants ou leurs chiens, ou tout simplement flânaient en attendant la nuit. Elle avait l'impression que c'était un moment de détente qu'elle attendait depuis longtemps.
Et elle était contente de le partager avec Ritsu, aucune des deux ne parlait, mais il n'y avait pas besoin, le silence était agréable, pour une fois. Mais la bassiste voulait aussi lui poser des questions, quitte à avoir une discussion plus sérieuse.
– Au fait Ritsu... je voulais te demander... est-ce qu'il y a quelque chose qui ne vas pas ? commença Mio, brisant le silence.
Prise de cours par la question soudaine, la concernée tourna la tête vers son amie, la cuillère en plastique transparent de sa glace encore dans la bouche. Elle eut un regard interrogateur, si bien que Mio continua, hésitante.
– C'est que... cette semaine j'ai eu l'impression que tu m'évitais.
Ritsu détourna les yeux, attrapa la cuillère et la replaçant dans le reste de sa glace. Elle ne savait absolument pas quoi lui répondre, car c'était effectivement vrai, elle l'avait évitée, mais... elle ne voulait pas lui dire pourquoi. Comment expliquer quelque chose qu'elle ne comprenait pas elle-même ?
La batteuse resta donc silencieuse, les yeux rivés sur sa glace.
– Est-ce que c'est... à cause de ce que j'ai fait la dernière fois que je suis venue chez toi... ? insista Mio.
– Non ! Ça... ça n'a rien à voir..., répondit tout de suite Ritsu, en relevant les yeux.
– Alors, c'est à cause de quelque chose que j'ai dit, ou que j'ai fait ?
– Non, ce n'est pas à cause de toi...
– Alors, qu'est-ce qui ne va pas ? Tu t'es disputée avec tes parents ? Ou quelque chose dans ta famille ?
La bassiste lui posait tellement de questions, que Ritsu se sentait coupable de ne pas pouvoir lui répondre. Que pouvait-elle lui dire ? Qu'elle l'évitait parce qu'elle voulait être tout le temps avec elle ? Dit comme ça, c'était tellement illogique que s'en était risible.
– Tu ne veux pas me dire ? continua Mio.
Son amie resta encore silencieuse, et un peu agacée, se tassa sur le banc en croisant les bras, avec une expression irritée. Elle ne pouvait pas lui dire pourquoi... elle-même était perdue en ce moment. Et cela la stressait un peu. La jeune fille aux cheveux noirs, elle, remarquant qu'elle venait de l'énerver avec toutes ses questions, soupira discrètement et mangea pensivement une cuillère de glace.
Elle laissa passer quelques longues secondes, avant de reprendre, se disant qu'il valait mieux expliquer pourquoi elle posait autant de questions.
– Pardon si je suis insistante... c'est que... tu es toujours là pour m'aider. Mon frère m'a dit que tu lui avait parlé sérieusement, et que ça l'avait fait réfléchir. Alors... je pense que j'aimerais t'aider, aussi.
– Ah... mais ce n'est pas la peine, Mio ! Arrête de t'inquiéter...
– Dis-moi comment je pourrais te remercier au moins ? s'enquit la bassiste.
– Ben, tu m'offres une glace pilée ! C'est pour ça que je suis venue hein ! répondit Ritsu avec un sourire espiègle.
– Pff ! Tu ne pense vraiment qu'à manger ! s'exclama son amie en souriant à son tour. Et en plus, tu as prit la glace extra-large, c'est deux fois plus cher.
– T'en fais pas ! Mon père a fait plein de de yakisoba ! Il en fait toujours trop, comme il adore ça... je t'en apporterai si tu veux ! Et estime-toi heureuse, j'aurais put te demander autre chose, de m'embrasser par exemple !
La jeune batteuse s'amusa ensuite à donner un coup de coude à son amie, qui la regarda comme si elle était une extraterrestre, ne sachant absolument pas d'où venait cette idée qui tombait comme un cheveux sur la soupe. Ce qui fit beaucoup rire Ritsu, qui aimait toujours taquiner sa bassiste préférée.
–... Sérieusement ! Arrête avec tes plaisanteries douteuses, t'inventes vraiment des idées bizarres pour me gêner toi alors ! râla Mio en croisant les bras d'un air renfrogné.
L'adolescente au serre-tête sourit en finissant sa glace au sirop, puis jeta le pot vide dans la poubelle juste à côté. Elle étendit ses jambes, croisant les chevilles, et mit ses bras derrière sa nuque, s'affalant tranquillement sur le banc. Elle avait peut-être angoissée pour rien tout compte fait... puisque en ce moment, elle se sentait bien, au calme avec son amie, elle profitait de sa présence, de sa chaleur. D'ailleurs, lorsqu'elle tourna la tête vers elle, elle croisa son regard. Ritsu devina ce qu'elle pensait « ce n'est pas très féminin de s'asseoir comme ça » ou une remarque de ce genre, Mio lui disait souvent ça. Mais c'était loin d'agacer la batteuse, qui lui fit un grand sourire enjoué. Et à sa grande surprise, l'autre jeune fille lui rendit son sourire en hochant légèrement la tête, l'air doux et reposé, un simple regard serein qui était très rare dans les pupilles de Mio, surtout depuis quelques temps. Mais maintenant, elle semblait paisible, ouverte, elle aussi semblait profiter de cet instant de cet instant d'apaisement.
Et le premier mot qui vint à l'esprit de Ritsu pour décrire cet air fut séduisant. Oui c'était ça, en ce moment elle trouvait Mio séduisante. Quand cet adjectif se forma en toute lettres dans son esprit, la batteuse en rougit et détourna les yeux. Mais après tout, il n'y avait rien de mal à trouver une de ses amie belle... pensa t-elle. La bassiste appuya tranquillement son dos contre le dossier du banc, levant un peu le menton pour regarder la cime des arbres du parc. Les deux filles restèrent silencieuses un instant, profitant du repos légitime du week-end.
– Dis, Mio... as-tu déjà embrassé quelqu'un ? questionna soudainement Ritsu, la tête posée sur ses bras croisés et tournée vers le ciel.
La bassiste tourna la tête et soupira, embarrassée par ce genre de question. Dire que la conversation tournait maintenant autour de ça alors qu'au départ, elle voulait simplement demander à son amie ce qui n'allait pas... mais Ritsu semblait beaucoup plus détendue et de meilleure humeur qu'elle l'avait été cette semaine.
– Tu devrai déjà savoir que non ! Pas la peine de poser la question... lui rappela Mio.
– Ben, moi je trouve qu'arriver en deuxième année de lycée et n'avoir jamais donné de baiser à personne, c'est triste, annonça la batteuse avec un sourire amusé.
– N'importe quoi ! Ce n'est pas triste. Et tu peux parler, toi non plus tu n'a jamais embrassé personne, je te rappelle, se défendit son amie en lâchant un soupir railleur.
– … Ben, on n'a qu'à y remédier !
S'exclama Ritsu en se redressant soudainement, d'un ton enthousiaste. Elle venait de proposer ça sans sans réfléchir, de manière totalement impulsive comme souvent. La jeune fille se pencha pour fixer les yeux bleus gris de son amie, qui eux aussi la regardait d'un air surprit. La réponse de Mio ne se fit pas attendre.
– Q-quoi... ?
– Moi je pense que pour un premier baiser, autant le faire avec quelqu'un qu'on connaît bien et en qui on n'a confiance, non ?
– … Laisse moi deviner, comme une meilleure amie par exemple ? Tu y tiens vraiment à cette idée bon sang..., répliqua Mio en secouant la tête.
La bassiste se tassa un peu plus sur le banc en voyant l'air insistant que venait de prendre Ritsu, qui pencha la tête et l'a regarda comme si elle attendait une réponse. Immédiatement, ce que lui avait expliqué Madame Tainaka lui revint en tête, et surtout l'affreux moment de gêne quand cette dernière le avaient surprise dans la chambre de sa fille. Restant silencieuse quelques instants, les yeux perdus dans le vide, Mio eut une drôle d'impression, l'idée d'embrasser Ritsu... ça la déroutait quelque peu, car son cœur venait de décider soudainement de se mettre à battre plus rapidement, et elle avait chaud aux joues, sans savoir si c'était uniquement parce qu'elle était gênée.
– Mais de toute façon... on ne peut pas. C'est mal de faire ça..., fini par marmonner la jeune fille en gardant la même expression, comme si elle se parlait à elle-même.
– Et... si personne ne nous voit... est-ce que c'est toujours mal ? En plus... c'est juste un baiser... ça ne peut pas être mal, répondit du tac-au-tac Ritsu qui avait déjà deviné que sa camarade allait dire quelque chose dans ce genre.
Mio releva les yeux, embêtée, ne sachant quoi répondre. C'était vrai, si personne ne le savait... était-ce mal ? Elle ne pouvait pas dire ça, ce n'était pas parce que c'était un secret que ça enlevait le côté mauvais de la chose, pensait l'adolescente. Mais, comme venait de le dire son amie, un baiser ce n'était pas grand chose, essaya t-elle de se convaincre... elle s'en trouvait partagée, la-dessus, d'un coté elle se disait qu'il ne fallait pas, mais de l'autre... n'en avait-elle pas envie... ?
Ses pensées furent stoppées quand elle entendit une sonnerie venir de la poche du jean qu'elle portait. Mio sortit son portable, et ouvrit les yeux de surprise en voyant le rappel et la note s'afficher sur l'écran.
– Mince ! Il faut que je me dépêche d'aller poser mon chèque ! s'exclama t-elle en se levant soudainement du banc.
– Hein ? Un chèque en plein milieu du mois ? questionna Ritsu, dubitative.
– Oui, enfin, ce sont les heures supplémentaires du mois dernier... mon patron n'est pas toujours très régulier, et en plus il a eut des problèmes dans ses papiers, et... mais bref. Des trucs administratif un peu embêtants.
– Tu ne peux pas y aller plus tard ? continua la batteuse, assez déçue que son amie doive partir maintenant.
– Non, demain c'est dimanche, ça sera fermé... et j'aimerais qu'il soit encaissé le plus tôt possible.
Certes elle pouvait aussi y aller lundi, mais... c'était surtout un prétexte pour se sortir de cette situation embarrassante. Elle ne savait pas où Ritsu voulait en venir... ou plutôt, elle le savait et cela lui faisait un peu peur. Pourquoi est-ce qu'elle proposait soudainement ça ? C'était encore un moyen de la mettre dans l'embarras ? Ou une autre plaisanterie douteuse ? Mais elle avait l'air sérieuse sur ça... enfin, autant que pouvait l'être la batteuse.
– J'y vais, à lundi, annonça t-elle en faisant un signe de main.
– Á plus...
La jeune fille resta assise sur le banc, regardant son amie repartir. Analysant la situation et prenant un peu de recul sur ses attitudes, elle se demanda vraiment pourquoi elle venait de proposer ça, et à Mio en plus. C'était étrange, pendant un instant elle avait eut l'impression de percevoir quelque chose à travers l'autre jeune fille... s'était-elle trompée ? Ou avait-elle vu seulement ce qu'elle voulait voir ? En tout cas, elle avait l'impression que Mio venait de se sauver, d'esquiver la situation. Et il y avait de quoi, Ritsu ne pouvait pas lui en vouloir... maintenant, elle savait comment se sentait son amie par rapport à ce qu'elle avait fait la dernière fois qu'elle était venu chez elle. Sortant son portable à son tour, elle regarda l'heure, et se dit qu'elle ferait mieux de rentrer avant que le crépuscule ne finisse par tomber. Inspirant un grand coup l'air frai du parc, la jeune fille se leva avec entrain du banc, se disant qu'il ne fallait pas s'en faire, même si sa relation avec Mio était un peu étrange en ce moment, ou plutôt, elle l'a ressentait comme étrange, tout allait s'arrangeait. Tout comme avec Tatsui, son amie lui avait dit que c'était en bonne voie, alors tout irait bien maintenant ! Il fallait bien un peu d'optimisme parfois !
En entrant dans la banque, Mio soupira longuement en se disant qu'elle aurait dû venir bien plus tôt. Il y avait la queue à tout les guichets. Le bâtiment sentait le renfermé, et tout le monde à l'intérieur avait une expression neutre voir fatiguée, sans compter le brouhaha habituel dans ce genre de lieu, en bref ce n'était pas un endroit ou l'on aimait s'attarder. La jeune fille se mit dans une file d'attente, personnellement elle était plutôt patiente, mais attendre une demi-heure pour quelque chose qui ne prendrait que quelques minutes à faire, c'était un peu frustrant.
Heureusement sa queue avançait plutôt vite, et elle put rapidement faire ce qu'elle avait à faire... c'était un peu déprimant tout de même, de voir cette espèce d'usine à paperasse, elle voulait juste sortir rapidement. Seulement, alors qu'elle venait de quitter la guichet, elle entendit son prénom. Se retournant pour voir qui venait de l'appeler, elle reconnu Tatsui assit devant une table en verre couverte de papiers.
Mio vint donc vers lui pour le saluer, et désigna les papiers d'un geste de la main.
– Tu es aussi venu pour ce genre de paperasse ?
– Oui en quelque sorte ! Vu l'état de mes finances, j'avais besoin d'un rendez-vous avec un conseiller... mais là, ça fait dix minutes qu'il est parti pour aller « chercher des papiers importants »... mais je commence à croire qu'il prend sa pause café. Tu veux t'asseoir ?
Le jeune homme désigna le second siège à côté de lui. Mio acquiesça, contente de pouvoir se poser après avoir attendu de longues minutes debout. Ils restèrent silencieux quelques temps, Tatsui fixant sa sœur.
– Qu'est-ce qu'il y a ? questionna la jeune fille en remarquant son regard appuyé.
– Rien... je me disais seulement que tu avais beaucoup grandi. Tu deviens une belle femme, sourit simplement Tatsui.
Prise de court par le compliment inattendu, Mio détourna rapidement les yeux, baissant la tête à cause de la petite gêne.
– Épargne-moi ce genre de commentaire..., marmonna t-elle.
Encore quelques temps de silence passèrent, et comme le conseiller ne revenait toujours pas, Mio engagea la discussion, que quelque chose qu'elle voulait lui demander. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment, mais elle voulait lui en parler maintenant.
– Dis... comment as-tu fait, après que tu sois parti ? Tu étais seul ?
Un peu surprit par la question, Tatsui se cala dans son siège, croisa les jambes.
– En fait... j'ai demandé mon transfert dans l'orphelinat d'une autre ville. Quand j'y suis arrivé, j'ai tout de suite trouvé du travail, et je me suis m'y à mon compte. Au début, ce n'était pas facile avec les études, puis à force je me suis habitué à travailler tout le temps. J'ai eut une bonne période quand je suis devenu étudiant... jusqu'à que je perdre mon job.
– Étudiant ? Tu es allé à l'université ?
– Oui, je n'y suis pas resté bien longtemps, mais c'était tout une aventure pour y entrer... il faudra que je te raconte ça, un jour. Mais dis moi plutôt, toi, tu es allée en famille d'accueil je crois ?
– Ah ça... oui c'est vrai. Mais je n'y suis pas restée longtemps.
– Pourquoi ? La famille n'était pas accueillante ?
– Non... ce n'était pas vraiment cela... Dans la famille, il y avait déjà trois autres enfants. Enfin ! Enfants... deux d'en eux étaient à l'université, et le troisième allait bientôt finir le lycée. Ils venaient tous d'endroits différents, mais étaient arrivés bien avant moi. Ils étaient comme des frères et sœurs. Bien sur, ils avaient tous de bonnes intentions, ils essayaient de m'intégrer, mais... j'étais simplement... l'étrangère qui vivait sous leur toit. Il n'y a rien d'autre à dire.
Mio marqua une pause, et laissa échapper un soupir avant de reprendre.
– De toute façon... à cette époque, je crois que j'étais plus souvent chez Ritsu que chez eux, continua la jeune fille avec un léger sourire.
La discussion s'interrompit lorsque que le conseiller revint enfin et se rassit à sa place, en face de la table. Il ne prêta pas attention au fait qu'une jeune fille s'était jointe à eux, et se mit à parler plusieurs minutes avec certains mots que Mio de comprenait pas, le tout en désignant des écritures sur des tas de papiers en vrac sur la table en verre. Tatsui hocha plusieurs fois la tête, tout le long du monologue de l'autre homme.
Cela dura encore quelques minutes, jusqu'à que le conseiller ne finisse enfin par les laisser partir. Il serra la main du jeune garçon, avant de réclamer la personne suivante...
– Je suis sure que tu as hoché la tête en te disant « je vais faire semblant de comprendre pour que le rendez-vous se finisse vite »..., annonça Mio en s'étirant les bras.
Elle et son frère commencèrent à marcher vers la sortie côte à côte. Tatsui ouvrit la bouche pour répondre, mais le seul son que put entendre sa jeune sœur fut une détonation qui résonna dans le bâtiment. Ce bruit lui vrilla les oreilles, et immédiatement elle eut le réflexe de se prendre la tête entre les mains. Elle n'avait jamais entendu ce son en vrai, mais elle le reconnu tout de suite. C'était un coup de feu.
Et il avait été tellement fort que pendant plusieurs secondes, elle n'entendit presque plus rien... rien qu'un sifflement suraigu, comme un acouphène. Pourtant, elle comprit rapidement qu'un homme à la voix forte était en train de hurler quelque chose, et au même moment, lorsqu'elle rouvrit les yeux, dans son esprit ce qu'elle ne voulait pas croire se confirma. Tout le monde était accroupit, les mains sur la tête, l'air terrorisés, devant un homme, portant un masque blanc sur le visage. Mais la première chose que vit la jeune fille, fut l'arme à feu qu'il tenait pointée en l'air, prête à tirer.
Elle reconnut ensuite son prénom. Son grand-frère venait de l'appeler, lui tirant fortement le bras pour l'obliger à se baisser. Sans réfléchir, Mio se mit immédiatement à genoux, fixant le sol alors que l'acouphène s'estompait. Elle entendit plusieurs hommes hurler des ordres à quelqu'un, des gémissements plaintifs, le bruit de lourdes bottes qui foulaient le carrelage de la banque. Était-ce vraiment en train d'arriver ? Ce n'était pas possible, ce genre de chose n'arrivaient qu'aux informations, le soir à la télévision, ou dans les journaux. Mais en relevant prudemment les yeux, elle ne pouvait que se rendre à l'évidence. La banque se faisait braquer, et tous ici, étaient des otages. Le cœur de l'adolescente s'accéléra encore un peu plus, ses mains tremblaient. Elle avait peur, et la même pensée lui traversa l'esprit, une pensée qu'elle avait eut quelques temps après l'accident qui avait coûté la vie à ses parents « ça n'arrive jamais qu'aux autres »...
– Mio, Mio... ça va aller... ils vont partir... reste juste tranquille..., lui chuchota Tatsui, assit à genoux les mains sur la tête, tout comme elle.
La jeune fille fit un timide signe de la tête en regardant son frère. Lui aussi avait le regard apeuré. Les hommes aux masques blancs hurlèrent à quelqu'un de se dépêcher, et Mio n'osait pas lever les yeux pour regarder ce qu'il se passait. Elle voulait juste que tout cela se termine vite... qu'ils partent, qu'ils les laissent tranquille. Alors qu'il y avait moins de deux minutes, tout était normal, la vie suivait son cours, et maintenant... il avait suffit de quelques secondes pour que tout bascule.
Et puis, un autre son vint perturber le bâtiment. Celui des sirènes de police, qui se rapprochaient très rapidement. Un des hommes se précipita devant l'une des fenêtres, et lâcha un juron avant de descendre précipitamment les stores, et hurla à un autre d'aller barricader la porte. Pourtant savoir que les policiers étaient prévenus ne rassura pas du tout la jeune fille. Comment cela allait-il arriver ? Tout les gens ici allaient être prit en otage, jusqu'à que les braqueurs se rendent ? Était-ce vraiment comme cela que ça se passait ?
Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était attendre et prier pour s'en sortir. Les secondes étaient affreusement longues, et même sans le voir, Mio sut que les hommes ne savaient pas non plus quoi faire, ils n'avaient peut-être pas prévu que les policiers arriveraient aussi rapidement... elle n'avait même pas vu combien ils étaient en tout, les hommes aux masques blancs. Il y avait plusieurs voix, qui s'engueulaient chacune plus fort que l'autre.
Lorsque le téléphone se mit à sonner, sur la table se trouvant à moins de deux mètres d'elle, Mio eut un violent sursaut. Pourquoi sonnait-il maintenant ? Ça allait attirer l'un d'eux tout près d'elle ! Angoissée, elle retint sa respiration comme si elle voulait devenir invisible, lorsqu'elle vit un des braqueurs, ou plutôt ses bottes noires, passer juste devant elle. Il répondit au téléphone, et se mit à insulter son interlocuteur en le traitant de « sale flic ». L'adolescente ne suivit pas la conversation, elle savait juste que l'homme s'énervait de plus en plus. Il insultait, parlait fort, tournait en rond devant le groupe d'otages, si bien qu'un second homme vint vers lui pour lui ordonner de lui donner le téléphone... mais au ton de sa voix, le second devait être une femme. Mio ne l'avait même pas remarqué avant qu'elle ne s'adresse à l'autre braqueur.
– Passe moi le téléphone imbécile ! Et choppe-moi un des otages, qu'ils voient qu'on rigole pas ! ordonna la femme.
L'homme lui passa donc l'appareil, et s'approcha du groupe d'otage. Il en saisit un par l'épaule, l'obligeant à se lever. Levant rapidement les yeux, la jeune fille vit l'arme à feu se lever vers l'otage, qui suppliait son ravisseur de lui laisser la vie, mais lorsque la femme fit un signe à l'autre braqueur, Mio ferma les yeux et appuya ses mains sur ses oreilles. La détonation résonna, suivit du bruit du corps lourd qui s'affaissait sur le sol. Il l'avait tué, sans hésitation, ces gens disposaient de la vie de leurs otages comme ils le souhaitaient, et il l'avait tué ! C'était juste... irréel. L'esprit de l'adolescente n'arrivait pas à réaliser vraiment ce qu'il venait de se passer, il était occupé à essayer de contenir le flux d'émotions négatives qui stressait dangereusement son organisme, l'angoisse le faisant trembler de toute part, lui donnant la migraine et bloquant la respiration.
– Tue-en un autre.
À ces mots, prononcés par la femme d'une voix froide, l'homme obéit. Et le cœur de Mio rata un battement quand il saisit Tatsui à l'épaule, en le tirant brusquement pour l'obliger à se mettre debout. Relevant rapidement la tête, et en voyant son frère s'éloigner d'elle, tenu par le meurtrier, elle eut une sorte de déclic. Pas question que son grand-frère subisse le même sort que l'autre otage. Sans réfléchir une seule seconde, la jeune fille se leva d'un seul coup et s'élança.
– Arrêtez, lâchez-le ! Hurla t-elle agressivement en direction de l'homme.
Elle ne fit rien d'autre. La dernière chose qu'elle vit, se fut le canon de l'arme se pointer vers elle, et encore une fois, une détonation. Et puis, plus rien.
Merci d'avoir suivit :D (la fin est un peu abrupte tout de même x) )
A bientôt pour la suite ! N'hésitez pas review, toussa toussa ;)
