(Leanne: tas de plume? C'est quoi cette histoire?)
Merci à tous pour vos commentaires, ça fait vraiment plaisir ;) Donc remerciements à Tsuki-no-ryu, Mimi70 et Armelle, nouvelle venue sur ma fiction (ça me fait trois lectrice, super xP)
Chapitre 7 : Parth Galen
Le groupe se répartit de façon plus ou moins égale sur les quatre barques que les galadhrims leur avaient données, d'éviter que le poids de l'une d'entre elles ne soit trop important et ne la fasse chavirer. Aragorn s'installa sur la première, accompagné de Frodon et de Sam. Boromir suivait avec Merry et Pippin, puis Legolas et Gimli, et enfin Mablung et Leanne. Cette dernière s'agrippait de toutes ses forces au bord de l'embarcation, visiblement peu habituée à voyager ainsi. Son visage blanc comme un linge fit sourire son compagnon de route, qui devait néanmoins ramer pour deux.
L'ange n'était pas la seule mal à l'aise : si Merry n'avait aucune difficulté à naviguer, son ami Pippin restait prostré, la tête dans les mains, demandant sans cesse à Boromir s'il était certain de contrôler la situation.
- Ecoutez, Merry, lança le Gondorien, exaspéré. Si jamais je perds la maîtrise de la barque, tout ce qui peut arriver, c'est que vous tombiez à l'eau. Au pire, que vous soyez emporté par le courant sur quelques mètres. Alors s'il vous plaît, taisez-vous un peu.
- C'est que… nous, les Touques, nous ne savons pas nager. Nous laissons la pêche aux Brandeboucs. Si je tombe, je coulerais à pic !
- Alors stoppez vos pleurnicheries sinon je sabote l'embarcation, grogna l'homme.
Le hobbit dû prendre cet avertissement au sérieux, car il ouvrit de grands yeux et se recroquevilla encore plus qu'il ne l'était déjà. Peu à peu, le paysage des berges changea, passant de la forêt profonde de la Lothlorien aux sous-bois de l'Argonath. La communauté étant séparée par plus ou moins de distance selon la force du courant, ce fut le silence qui régna la première partie de la journée. Néanmoins après quelques heures, Legolas héla la barque de tête dans laquelle se trouvait Aragorn.
- Nous devrions nous arrêter pour nous restaurer, dit-il.
- Ce ne sera pas nécessaire, répondit le rôdeur. Nous devons aller le plus rapidement possible pour éviter les mauvaises rencontres, et le seigneur Celeborn a veillé à nous fournir en lembas. Une bouchée de ce pain suffit à nourrir un homme pour une journée entière.
A ces mots, Merry se tourna vers Pippin.
- Tu en as mangé combien ? demanda-t-il.
- Cinq… et toi ?
- Quatre. Je pense que je ne pourrais plus rien avaler de la journée !
- Moi non plus…
Le voyage se continua donc sans interruption, personne ne prononçant un mot, si ce n'est entre les passagers d'une même embarcation et pour échanger quelques paroles seulement. L'ambiance était bien loin de l'enthousiasme commun qu'ils avaient en quittant Fondcombe, même pour les hobbits. La mort de Gandalf les avait tous profondément marqués, et si son absence n'avait pas été trop remarquée quand ils étaient en Lorien, elle était beaucoup plus dure à supporter dans le silence presque total.
Aragorn rompit enfin le mutisme obstiné du groupe en le prévenant de ce qui se trouvait derrière les collines qui bouchaient la vue du fleuve, qui effectuait un tournant abrupt quelques dizaines de mètres plus loin.
- L'Argonath, le domaine de mes ancêtres. Ici furent bâtit les statues gardiennes, effigies d'Elendil et d'Anarion, le frère d'Isildur. Elles furent dressées après la chute de Sauron, et préviennent les voyageurs de leur arrivée imminente aux chutes de Rauros, qui marquent la frontière entre le Rhovanion et le Gondor.
En effet, après des manœuvres assez délicates pour prendre le virage sans s'échouer, la communauté se retrouve en face de deux gigantesques statues. Chacune tendait une main devant elle, paume ouverte, comme pour intimer aux voyageurs de s'arrêter. Tandis que le visage de droite était barbu et sage, celui de gauche était imberbe et beaucoup plus jeune. Les trois barques passèrent entre les colosses côtes à côtes, exemptant les membres de la communauté de crier pour communiquer.
- C'est pour rendre hommage à son père et son frère, tombés tous deux devant la Montagne du Destin, qu'Isildur leur donna ce visage, expliqua Aragorn.
- Ça ne vaut pas les jardins suspendus de Gondolin, maugréa Mablung, rendu irascible par les douleurs musculaires que lui valait le fait de ramer seul.
- La sagesse et le savoir-faire de nos ancêtres ont disparu, agréa le rôdeur. Mais admettez que ces sculptures ne manquent pas de beauté.
- Elles auraient en effet pu être belles, si elles n'étaient pas autant couvertes de mousse. On croirait presque que votre aïeul a une barbe verte.
- Le Gondor a pour le moment d'autres préoccupations que le nettoyage de ses frontières, intervint Boromir. Nous n'avons pas d'argent à gaspiller alors que nous sommes en guerre ouverte avec le Mordor.
- L'entretien des vestiges du passé ne représente pas de gaspillage ! s'écria Sam.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Simplement, tout notre capital tend vers la guerre, les armes et les armures, pas vers l'art.
- C'est un tort.
Tout le monde se retourna tant bien que mal vers Leanne, qui parlait pour la première fois du voyage. Elle semblait s'être remise de son inquiétude vis-à-vis de la navigation (contrairement à Pippin toujours solidement agrippé à sa barque).
- L'art fait partie de la beauté, et sans beauté le monde dépérirait. Je ne vous critique pas parce que vous vous consacrez à combattre un ennemi qui menace votre pays, mais si un jour vous réussissez à le vaincre, qu'aurez-vous protégé si vous ne vous occupez pas maintenant des richesses de votre nation ?
Boromir ne trouvant rien à répondre, il recommença à pagayer avec une énergie accrue. Mablung posa sa rame pour laisser la barque avancer poussée par le courant. Avec l'agilité commune à tous les elfes, il se retourna pour faire face à sa coéquipière. Le visage de celle-ci avait recouvré un peu de ses couleurs et elle le fixa de ses grands yeux verts.
- Essayez de ne pas trop l'irriter, commença l'elfe. Il peut paraître un peu… rustre, comme ça, mais c'est un homme bien, qui fait ce qu'il faut quand il le faut.
- Je ne voulais pas être méchante, s'excusa Leanne. Mais toute cette violence… A quoi peut-elle mener ? Tous ces morts, tombés pour la soif de pouvoir de quelques-uns… Le monde est rempli de belles choses accessibles à tous ceux qui veulent bien s'en rendre compte. Même vous, en cet instant même, je sais que vous n'hésiterez pas à tuer si c'était nécessaire.
Sa voix se fêla à la fin de sa phrase. Mablung haussa un sourcil, surpris.
- Je vous effraye ?
- Pour être honnête… un peu, hésita-t-elle. Vous êtes l'un des plus armés de toute la compagnie.
- J'ai une mission à remplir. Je m'efforce simplement de mettre toutes les chances de mon côté.
- Combien avez-vous ôté de vie ?
Cette question prit l'elfe au dépourvu. Oui, combien ? Il faisait partie des chasseurs les plus acharnés quand il s'agissait de tuer de l'orque. Mais cela comptait-il comme des vies enlevées ? Ce n'étaient que des créatures des ténèbres, après tout. Simplement, avaient-elles choisi de l'être ?
- Trop pour que j'en tienne encore le compte, répondit-il enfin.
- En êtes-vous heureux ?
- J'aurais en ce cas une drôle de définition du bonheur.
- N'auriez-vous pas préféré voyager de par le monde pour découvrir les merveilles qu'il renferme ?
- Je ne me suis pas posé la question. Mon destin ne m'a pas laissé le choix.
- Le destin n'existe pas. Croyez-vous réellement qu'une force plus forte que tout nous gouverne et écrit nos faits et gestes à l'avance ? Pensez-vous que c'était écrit que vous reveniez des cavernes de Mandos ?
- Je n'en sais rien. Je prends la vie telle qu'elle vient, et je me bats pour la sauvegarder le plus longtemps possible. Mais dîtes-moi, vous-même ne vous battez donc pas ?
- Personne de mon peuple n'a jamais manié d'arme. La seule contribution que nous consentons à donner à la guerre est de soigner les blesser par la force de nos chants.
- Vous rigolez ? s'écria Mablung. Et si on nous attaque, que ferez-vous ?
- Eh bien, j'imagine que vous me protégerez, minauda-t-elle en lui faisant un clin d'œil.
L'elfe marmonna quelques instants dans sa barbe et reprit sa position habituelle pour se remettre à ramer.
- Je vous ai blessé ? fit l'ange derrière lui.
- Pas du tout, dit-il d'un ton contredisant ses paroles. Mais les autres commencent à prendre de l'avance, et je ne voudrais pas avoir à les rattraper de nuit.
En effet, le soleil commençait à décliner rapidement derrière les collines sur leur droite, et les autres barques n'étaient plus que de petits points beaucoup plus loin.
'-'
Ils montèrent le camp sur la rive ouest du fleuve. Tant qu'à faire, ils préféraient se faire remarquer par de potentiels espions de Saroumane plutôt que ceux de Sauron qui auraient vite fait de rendre leur rapport à Dol Guldur. L'endroit était entouré de grands roseaux sur lesquels se tenait une multitude de criquets qui emplissaient l'air de leur mélodie cliquetante. Quelques grenouilles complétaient cette musique d'ambiance, qui fit rire Leanne aux éclats. « Un rien suffit pour la rendre heureuse », se dit Mablung. Depuis combien de temps n'avait-il pas vu quelqu'un de vraiment heureux ? Il chassa ces sombres pensées et alluma le feu.
Ce furent les hobbits qui s'occupèrent du dîner, qui fut étonnement réussi, étant donné les nombreuses disputes qui éclatèrent entre eux pour tel ou tel ingrédient ou encore pour la dose correcte de sel et de poivre. La communauté se régala donc d'une soupe de légume accompagnée d'un peu de viande séchée, sauf pour Legolas et Leanne, tous deux végétariens. A la fin du repas, la jeune femme se tourna vers ses compagnons, et demanda d'une voix candide :
- Pouvez-vous me chanter quelque chose de votre pays ? Je n'ai entendu jusqu'ici que des chants elfiques, et je ne connais rien de ceux humains, nains ou hobbits.
Les compagnons s'entreregardèrent, aucun n'ayant de don particulier pour le chant. Seuls les deux elfes pouffèrent, exempts de cet exercice.
- Mais bien sûr, reprit Leanne, je ne les connais pas tous, et notamment pas de l'ancien temps.
- Quelle bonne idée ! se réjouit méchamment Gimli. Mablung, ne pourriez-vous pas chanter quelque chose à notre nouvelle amie ?
L'elfe lui lança un regard noir, mais ne protesta pas et commença à chanter. Sa voix grave et parfaitement maîtrisée résonna dans les collines, avec pour accompagnement le bruissement du vent et le clapotis de l'eau.
« Nous vivions du temps, de son air
Arrogants comme sont les amants
Nous avions l'orgueil ordinaire
Du "nous deux c'est différent"
Tout nous semblait normal, nos vies seraient un bal
Les jolies danses sont rares, on l'apprend plus tard
Le temps sur nos visages a soumis tous les orages
Je voudrais vous revoir et pas par hasard
Sûr il y aurait des fantômes et des décors à réveiller
Qui sont vos rois, vos royaumes ? Mais je ne veux que savoir
Même si c'est dérisoire, juste savoir
Avons-nous bien vécu la même histoire ?
L'âge est un dernier long voyage
Un grand départ et l'on s'en va
Il ne faut prendre en ses bagages
Que ce qui vraiment compta
Et se dire merci
De ces perles de vie
Il est certaines
Blessures au goût de Victoire
Et vos gestes, y reboire
Tes parfums, ton regard
Ce doux miroir
Où je voudrais nous revoir. »
Il se tut, et le silence revint dans le groupe. Puis, en premier, Sam applaudit doucement, et tout le monde se mit à féliciter l'elfe pour sa prestation.
- C'est ce que l'on chantait à la cour de Thingol ? demanda Aragorn.
- Non, répondit gentiment Mablung. C'est ce que Beren a chanté devant la maison de Luthien quand son père l'avait fait enfermée pour éviter qu'ils ne se revoient.
Un grand étonnement se peignit sur le visage du rôdeur.
- Je le sais, expliqua l'elfe, parce que j'étais chargé d'assurer sa protection.
- Je l'ignorais. D'après les anciens contes, Luthien est partie d'elle-même alors que Beren voulait qu'elle reste chez elle sans désobéir au roi.
- Les légendes disent ce qu'on veut bien leur faire dire…
- La nôtre raconte qu'il faudrait que nous dormions pour reposer nos muscles endoloris, maugréa Boromir. Demain, nous devrons encore ramer toute la journée avant d'arriver aux chutes de Rauros et de décider de la suite du chemin.
Le rôdeur acquiesça, et Legolas déclara qu'il prendrait le premier tour de garde. Alors que tout le monde se couchait, il s'écarta un peu du feu pour aller s'installer dans les branches d'un orme penché au-dessus du feu. Là, il sortit son arc, guettant le moindre mouvement suspect. Ce fut d'en haut de son observatoire qu'il vit Mablung approcher. Le chasseur grimpa avec facilité et s'assit à côté de l'elfe vert, les jambes pendant dans le vide.
- Je vous dois des excuses. Je vous ai accusé à tort de ne jamais avoir quitté votre forêt. J'ai parlé sans savoir.
- … Ce n'est rien.
- Mais dîtes-moi, pourquoi n'avez-vous pas protesté ?
- M'auriez-vous écouté si je l'avais fait ? A l'époque, et pourtant ça ne fait pas si longtemps, vous me regardiez comme si j'étais votre ennemi et ne m'adressiez la parole uniquement pour me critiquer.
Mablung baissa la tête.
- Beaucoup de choses se sont passées depuis. Je me suis rendu compte une fois encore que je n'étais pas infaillible.
Legolas resta silencieux un moment, et quand il reprit la parole se fut en changeant de sujet, ce dont Mablung lui fut reconnaissant.
- Vous avez réellement déjà affronté un Balrog ?
- Jamais seul, mais en effet, j'en ai tué un avec l'aide de deux autres elfes.
- Qui donc ?
- Un dénommé Unaldor, et votre père Thranduil.
- Pardon ? Mon père ?
- Je ne l'aimais pas, mais c'était un excellent archer, comme j'ai pu remarquer que vous l'étiez. Quand Beren a dérobé un silmaril à Morgoth, ce dernier a envoyé des centaines d'orques à sa poursuite, guidés par un Balrog. Je chassais quand je suis tombé sur l'homme, épuisé à force de courir. Je l'ai ramené chez Unaldor, qui recevait Thranduil ce jour-là. Etant donné que Menegroth était à plusieurs lieues, nous avons décidé de stopper nous-même les poursuivants de Beren.
- Mon père ne m'en a jamais parlé.
- Il a pourtant eu un des plus grands rôles dans l'affaire. Il a réussi à aveugler le démon de deux flèches, et Unaldor et moi avons pu lui sauter dessus malgré les flammes qui l'entouraient. On lui a coupé les tendons, et il s'est écroulé, impuissant. Il ne nous restait plus qu'à l'achever.
- Je ne pensais pas qu'il fut si facile d'abattre un démon de Morgoth.
- Ça ne l'est pas, et nous aurions échoué sans le talent de votre père.
- Merci.
- De ?
- De le reconnaître, et d'admettre que vous m'avez mal jugé.
- Je ne fais que tenter de réparer les torts que j'ai causés. Je vous souhaite une bonne nuit, Legolas. Réveillez-moi pour la relève.
- Entendu.
Mablung se laissa tomber de la branche et rejoignit sa paillasse, où il s'étendit. Mais il ne dormit pas : plus tôt dans la soirée, il avait repéré une forme sournoise camouflée sur l'autre rive. Apparemment, Gollum ne les avait pas quittés, malgré leur séjour prolongé dans les grandes forêts de Lorien…
'-'
Legolas vint le chercher vers le milieu de la nuit, comme prévu. L'elfe alla s'adosser contre un arbre, ne quittant pas des yeux la forme immobile de Gollum en face, tandis que son compagnon allait se coucher un peu plus loin.
Une heure passa ainsi, avant qu'un gémissement ne se fasse entendre par un de ses compagnons. Il s'approcha du concerné, qui s'agitait en tous sens dans son sommeil, émettant parfois de petits cris de désespoir. Il s'agissait en fait de Leanne, crispée inexplicablement alors qu'elle dormait. Mablung entreprit de lui secouer un peu le bras, ce qui n'eut strictement aucun effet notable. Il la prit alors par les épaules et la redressa en l'appelant doucement. La jeune femme ouvrit brusquement les yeux, qui se remplirent instantanément de chaudes larmes.
- Calmez-vous, dit doucement l'elfe. Ce n'était qu'un cauchemar, rien de plus.
Mais ses pleurs redoublèrent, et ne sachant que faire, il la prit dans ses bras et la serra contre lui sans cesser de lui prodiguer les paroles les plus rassurantes qu'il put trouver sur le moment. Elle s'accrocha désespérément à sa tunique, comme si elle avait peur de tomber s'il la lâchait. Quand elle se fut un peu calmée, il la décrocha précautionneusement, doigt après doigt, et lui demanda ce qu'elle avait.
- J'ai vu… la mort, sanglota-t-elle. Votre mort, celle de Frodon et de tous les autres…
- Ce n'était qu'un mauvais rêve, Leanne. La nuit est calme, rien ne peut arriver, ne vous inquiétez pas.
- Pour le moment, rien… mais après ?
Ces paroles troublèrent l'elfe qui la rallongea sur sa couchette.
- Rendormez-vous. Je veille, et rien ne peut m'échapper. Je suis parfait, c'est bien connu.
Elle sourit légèrement à cette malheureuse tentative d'humour.
- Merci, Mablung.
- Ce n'est rien. Dormez, maintenant.
Elle ferma les yeux, mais ce fut pour les rouvrir quelques instants plus tard.
- Vous m'apprendriez à me battre ?
- Pardon ?
- J'en aurais sans doute besoin…
- On verra ça plus tard. Pour le moment, je vous le répète, vous devriez dormir.
Et lui-même alla se rassoir auprès de son arbre.
'-'
Le lendemain, Mablung se chargea lui-même de réveiller tout le monde aux premières lueurs à force de coups de pieds bien placés, ce qui lui valut de nombreux commentaires de la part desdits dormeurs, dont les muscles étaient déjà forts endoloris par le voyage fluvial effectués la veille.
- On a de la route aujourd'hui, expliqua-t-il pour faire taire les vigoureuses protestations. Moins on perdra de temps, mieux ce sera.
Tandis que tout le monde refaisait son paquetage en prévision du départ imminent, Legolas s'approcha de Mablung et l'entraîna à l'écart.
- Il y a quelque chose que se rapproche, dit-il. Mais ça ne ressemble pas à des orques ou des gobelins. C'est… autre chose.
- Je l'ai senti aussi. Ils ont une odeur étrange. Il faut reprendre la route le plus vite possible et atteindre les chutes de Rauros avant la nuit. Allez prévenir Aragorn, mais évitez de le dire aux hobbits : les inquiéter alors qu'il n'y a pas de danger immédiat n'est pas nécessaire.
- C'est aussi ce que je pensais. Soyez vigilants sur le fleuve, et si l'un de nous voit autre chose, qu'il prévienne l'autre tout de suite.
Mablung acquiesça avant de jeter son sac dans sa barque et de commencer à repousser celle-ci dans l'eau.
Tout le long de la journée, il scruta les berges, et vit que devant Legolas, Aragorn et Boromir faisait de même. Le rôdeur avait dû prévenir le Gondorien afin qu'au moins une personne de chaque bateau soit au courant de la situation. Quant aux hobbits, ils étaient toujours aussi insouciants, et Pippin, un peu remis de sa peur de l'eau, recommença à bavarder avec son cousin.
Un mouvement vif sur la berge à sa droite fit tirer à Mablung une de ses dagues, au le grand étonnement de Leanne, étant donné que l'elfe était resté plutôt calme et désinvolte tout au long de la journée de la veille. Il rangea son arme quand il se fut avéré que ce n'était qu'un grand cerf qui sortait des broussailles. Néanmoins, il continua à jeter un regard soupçonneux à l'animal jusqu'à ce que celui-ci ne disparaisse derrière les arbres.
- Mablung… dit l'ange derrière lui.
- Hum ?
- Je crois qu'il y a des choses qui nous poursuivent.
- Comment pouvez-vous savoir ça ? demanda-t-il, étonné.
- Je sens leurs esprits derrière nous.
- De quel côté sont-ils ?
- La berge ouest. Vous le saviez, n'est-ce pas ?
L'elfe ne répondit pas, continuant à pagayer en regardant droit devant lui.
- Pourquoi n'avez-vous pas prévenu les autres ? fit-elle, accusatrice.
- Certains sont au courant. Nos poursuivants ne sont pas tous proches, donc il est inutile d'effrayer tout le monde.
- C'est vicieux, bougonna-t-elle.
- C'est de la stratégie.
Il s'attendait à une réplique cinglante, mais à son grand étonnement, rien ne vint. Il tourna la tête et la vit les bras croisés, à fixer le fond de la barque.
- C'est pas vrai, vous boudez ?
- Je fais ce que je veux.
« Mais quelle gamine… » Il se remit à ramer en souriant tout seul. Ça faisait plaisir de voir que certaines personnes gardaient toujours une âme d'enfant.
- Je vous entends, vous savez.
- J'avais oublié ça. Vous pouvez arrêter ça, par pitié ? J'ai l'impression d'être sans cesse espionné.
- Et si je ne veux pas ?
- Gamine.
- Elfe abruti.
Ils continuèrent un moment à s'envoyer des insultes quelques peu plus fleuries que celles-ci, avant que Mablung ne se résigne et ne s'enterre dans un profond mutisme. Ils mangèrent en silence dans la barque, et n'échangèrent plus un mot jusqu'à ce qu'un grand bruit d'eau ne se fasse entendre devant eux. Aragorn leur fit alors signe de s'arrêter, malgré le soleil encore bien présent dans le ciel.
Quand ils eurent accosté, ils débarquèrent rapidement toutes leurs affaires en prévision d'un voyage terrestre le lendemain.
- Ce sont les chutes de Rauros ? demanda Frodon.
- Oui, lui répondit Aragorn. Nous sommes arrivés à Amon Hen, le siège de la vue. C'est la croisée des chemins, là où nous devons décider de la route à prendre. Nous avons deux choix : porter les barques le long des chutes puis les remettre à l'eau et continuer vers le sud jusqu'à Minas Tirith, ou bien traverser le fleuve et arriver en Emyn Muil, puis traverser les marais des Morts pour arriver à la Porte Noire.
- Ce serait de la folie ! s'exclama Boromir. Il faut apporter l'anneau au Gondor, afin d'utiliser sa puissance contre son créateur ! On ne peut l'amener directement entre ses mains !
- Nous en avons déjà parlé, dit Aragorn d'un ton coupant. L'anneau ne peut être contrôlé : c'est lui qui, peu à peu, contrôle son porteur. Pour ma part, je préférerais éviter de l'amener à Minas Tirith.
- Ça nous permettrait pourtant de déposer Leanne, intervint Mablung.
- J'avais prévenu que ce n'était pas une priorité.
- C'est à Frodon de décider du chemin à suivre, dit alors Legolas.
Le hobbit ne dit rien sur le moment, observant ses compagnons tour à tour.
- J'ai besoin de réfléchir seul.
- Vous ne devriez pas vous écarter du camp, le prévint Mablung.
- Je n'irais pas loin.
'-'
La fin de la journée se passa ainsi, chacun vaquant à ses occupations, dans un silence total, en attendant que la décision ne tombe. Et puis, soudain, Sam remarqua le bouclier du Gondorien adossé à un tronc, mais sans son propriétaire.
- Mais où est Boromir ?
Aragorn se redressa d'un bond, tandis que les deux elfes tendaient l'oreille.
- Ils sont ici, souffla Mablung. Ils nous ont rattrapés…
Aussitôt, Sam, Merry et Pippin sautèrent sur leurs pieds et s'éparpillèrent dans les bois en criant le nom de Frodon. Avant que les autres aient pu réagir, ils étaient déjà loin. Le rôdeur lâcha un beau chapelet de jurons.
- Legolas, Gimli, essayez de retrouver Merry et Pippin ! Je vais à la recherche de Frodon. Mablung, restez ici et veillez sur Leanne.
Et il s'en fut dans la forêt, suivi de l'elfe vert et du nain.
- Comment peut-il croire que je vais rester ici à attendre tranquillement qu'ils se fassent tous tuer… soupira Mablung. Quoi qu'il arrive, restez derrière moi, ordonna-t-il à la jeune femme.
Et il s'enfonça à son tour dans les profondeurs du bois.
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Aragorn, malgré ses talents de pisteur, perdit rapidement la trace de Sam. Il décida donc de se rendre sur la colline d'Amon Hen, où il pourrait se rendre plus facilement compte de la situation. Mais quand il y arriva, ce fut pour y voir Frodon, serrant les poings.
- Frodon ?
Le hobbit sursauta et cria de surprise, mais se calma en voyant le rôdeur.
- Il s'est emparé de Boromir.
- L'anneau, où est-il ? s'inquiéta Aragorn.
Alors Frodon recula, tremblant de peur.
- N'approchez pas !
- Frodon, attendez ! J'ai juré de vous protéger !
- Mais… pouvez-vous me protéger de vous ?
Aragorn resta interdit, étonné par ces paroles. C'est alors que le hobbit desserra le poing, révélant l'anneau détaché de sa chaîne. Il le tendit vers le rôdeur.
- Vous, vous le détruiriez ?
L'homme posa sa main sur celle du hobbit et s'agenouilla. Mais au lieu de prendre l'artefact, il referma la main de son porteur. C'est à ce moment qu'il remarqua la flamme bleue qui commençait de briller autour de Dard.
- Jusqu'au bout j'aurais été à vos côtés. Jusque dans les flammes du Mordor.
- Je le sais. Alors veillez sur les autres, en particulier Sam. Il ne pourra comprendre.
- Allez, Frodon. Courez. Courez !
Le hobbit partit à vive allure, et Aragorn se retourna pour faire face à la vingtaine de grands orques qui grimpaient la colline.
'-'
Mablung se mit à courir, épée dégainée, quand il entendit le son du grand cor de guerre de Boromir. Ça ne pouvait signifier qu'une chose : il était en mauvaise posture. Il stoppa net quand une sorte de grand gobelin lui passa devant. La créature, remarquant l'elfe, se retourna vers lui et brandit son cimeterre.
- Mais tu es quoi, toi ? souffla le chasseur.
- Nous sommes les guerriers Ourouk-Haï !
- Ourou-quoi ?
Mais en guise de réponse, l'ourouk lui sauta dessus en vociférant. Mablung esquiva aisément la charge et le faucha d'un rapide revers de sa lame. Il se retourna pour regarder Leanne, qui fixait le cadavre d'un regard effrayé.
- Ne restez pas planté là ! s'énerva l'elfe. Suivez-moi ! On a pas de temps à perdre !
Sans attendre de réponse, il reprit sa course et arriva dans une petite clairière que traversait une dizaine d'ourouks. Une seconde sonnerie de cor se fit entendre. Il soupira et sauta sur les monstres, en abattant trois avant qu'ils ne puissent réagir. Parant le coup d'un d'entre eux, il en tua un quatrième en projetant un de ses couteaux dans son front. Il trancha ensuite le bras de son adversaire et l'acheva et tirant sa dague et en lui tranchant la gorge d'un seul geste rapide et fluide.
- Mablung ! Attention derrière toi !
Il se retourna juste à temps pour arrêter la charge d'un des orques. Lui assenant un coup de genoux dans l'entrejambe, il termina le travail en le décapitant proprement. Les trois derniers tentèrent de fuir, mais il saisit son arc et les abattit méthodiquement. Puis il se retourna vers l'ange, qui avait tout observé cachée sous les arbres.
- Je rêve ou vous m'avez tutoyé ?
- Je… peut-être… tu… enfin vous… bégaya-t-elle.
Mablung sourit mais son expression se figea quand une troisième plainte s'éleva, lui rappelant l'urgence de la situation. Il repartit donc vers l'origine de l'appel.
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Boromir tomba à genoux. Cette fois, il savait qu'il ne pourrait plus se relever.
- Pas les hobbits, souffla-t-il, mais ces paroles sortirent en même temps qu'un filet de sang.
Il réussit tout de même à faucher un ourouk de plus. Mais leur chef s'avança, toujours avec son fichu arc entre les mains. « Le plus puissant guerrier peut être tué d'une seule flèche ». Il l'avait dit souvent quand il était capitaine au Gondor à présent il l'avait vérifié. L'orque tendit la corde de son arme, à moins d'un mètre de lui. Impossible de le manquer. Et pourtant, quelque chose le percuta, et la flèche partit loin dans les bois. Tandis que son sauveur providentiel combattait le monstre, le Gondorien se traina contre un arbre. Mourir assis, pas la face contre terre. Jamais.
Et puis un chant s'éleva, pur et magnifique. Il baissa les yeux vers sa poitrine. Les deux flèches se désintégrèrent et les blessures qu'elles avaient causées se refermèrent. Un miracle. Mais ça ne changerait rien. Il ferma les yeux, sachant qu'il ne les ouvrirait plus jamais pour observer ce monde.
'-'
Mablung s'arrêta quand il se rendit compte que Leanne ne le suivait plus. Elle s'était arrêtée et fermait les yeux.
- Mais qu'est-ce que vous faîtes ? Pas le temps de prier !
- Il faut que je chante. Maintenant. Je le sens.
Alors l'elfe, voyant qu'il ne pourrait rien faire de plus, attendit auprès d'elle. Le chant commença, et évidemment, il ne manqua pas d'attirer des ourouks curieux. Il abattit tous ceux qui se présentèrent, d'une flèche chacun. Quand la voix de l'ange se ternit, il se retourna vers elle juste à temps pour la rattraper tandis qu'elle tombait, inconsciente.
Il repartit donc en la portant sur une épaule.
'-'
Aragorn trancha le bras de son adversaire et planta son épée dans son torse, mais celui-ci attrapa la lame et la tira vers lui pour approcher son visage du rôdeur. Il se dépêcha donc de dégager son arme pour décapiter l'ourouk.
Il prit le temps d'aspirer deux grandes gorgées d'air pur, épuisé par son combat avec un ennemi bien plus coriace que d'habitude. Il courut ensuite vers Boromir, et fut fort étonné de voir ses blessures guéries. « Le chant », pensa-t-il. Lui-même n'aurait sans doute pas tenu longtemps si la mélodie guérisseuse ne s'était pas fait entendre. Il se pencha sur son ami, et poussa un soupir de soulagement en constatant qu'il respirait encore.
- Le chant guéri les blessures, mais il a perdu beaucoup de sang, expliqua une voix derrière lui.
C'était Mablung, portant dans ses bras le corps de Leanne.
- Elle est… ?
- Non, simplement épuisée par l'énergie nécessaire à cette magie.
- Ils ont emmené Merry et Pippin.
- Où est Frodon ?
- Je l'ai laissé partir.
Legolas et Gimli arrivèrent à cet instant, mais non accompagnés de Sam.
- Nous lui avons dit de retourner au camp, expliqua l'elfe. Le chemin était libre.
- Il faut partir chercher les hobbits, dit Gimli. On ne va pas les laisser tomber comme ça.
- Et Frodon ?
- Il doit prendre son propre chemin. Le nôtre en est séparé pour le moment.
- Pas pour moi. J'ai une mission.
- Nous l'avons tous, intervint Legolas. Mais l'heure n'est plus aux serments, mais au choix. J'irais reprendre Merry et Pippin aux mains des ourouks.
- Moi aussi, dit le nain.
- Mablung ? demanda Aragorn.
Il devait choisir. Abandonner ses amis, et poursuivre la mission confiée par les Valars, ou sauver ses compagnons et protéger d'une autre manière le chemin de l'anneau. Mais quel était son destin ? « Le destin n'existe pas ». Ces paroles lui revinrent en mémoire, et il fit son choix.
- On doit prévenir les galadhrims que Boromir est ici, qu'ils le soignent. Je porterais Leanne pendant la poursuite.
- Dois-je comprendre que vous venez ?
- Vous devez comprendre que je ne laisse pas mes amis tomber.
Ils allumèrent un grand brasier près de la berge, pour avertir les elfes, et laissèrent Boromir à côté. Ils se rendirent par contre compte que Sam avait apparemment suivi son maître et traversé avec lui. Ils décidèrent donc de repartir sans mener plus loin leurs investigations. Puis Mablung cala l'ange encore inconsciente sur son épaule, et ils partirent en courant sur la piste des orques.
'-'
La fin de La Communauté de l'anneau! Je n'ai jamais aimé que Boromir finisse par mourir, malgré sa trahison. Première utilité de Leanne x)
Merci à tous de m'avoir lu et suivi jusqu'ici, j'espère que vous continuerez ;)
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