P'tit mot de l'auteure : *se jette à terre pour se prosterner* Je suis désolée ! Je vous présente mes plus plates excuses quant à mon retard ! Pardon pour l'attente que je vous fais subir ! Je suis une larve ! Je ne mérite pas de vivre ! Je m'en vais de ce pas faire un harakiri ! ... Non je déconne, je vais quand même écrire la suite u_u

Je suis sincèrement désolée, surtout quand je vois vos commentaires pleins d'enthousiasme qui réchauffent mon pitit coeur ! Je me donne à fond pour les chapitres qui suivent car c'est UN PEU le moment important de l'histoire : après tout, que serait le Titanic sans naufrage ? /SPAF/

Ce chapitre m'a fait pleurer des larmes de sang, subir des crises de désespoir, des pannes d'inspiration, et j'en passe ! Mais j'espère que ça en valait le coup... En tout cas, c'est le chapitre le plus long de cette fic !

Enfin bon, inutile de vous dire que voici venu l'instant Game of Thronesque alors sortez les mouchoirs (enfin, si vous voulez, hein...) ! Et les pierres à jeter sur l'auteure. Pointues. Je le mérite.

Allez, j'arrête de blablater et vous laisse à votre lecture pour aller écrire le chapitre suivant, lequel est, je vous rassure, déjà entamé de quatre pages :) Encore un très gros merci aux reviewers, followers, favoriters (je ne pense pas que ce mot existe mais bon...) et lecteurs, JE VOUS ADORE ! Et encore pardon ;_;

Bonne lecture et surtout n'hésitez pas à donner votre avis ! ;D


CHAPITRE VII

L'heure du cauchemar

La détonation des fusées de détresse retentit comme le glas. Leur lumière éclaira brièvement la foule se pressant sur le pont avant de retomber et de se noyer dans l'océan. Océan qu'Antonio regardait avec inquiétude se profiler de plus en plus dans le hublot à moitié immergé. Il venait juste de se remettre du coup de poing qu'il avait reçu d'un type qu'il ne connaissait que de visage, mais qui lui avait de cette manière transmis les salutations d'un certain Sadik Adnan. L'espagnol était resté prostré de douleur – enfin autant qu'il puisse l'être puisque menotté à la gouttière de la salle où on l'avait emmené – pendant un bon moment et quand il avait rouvert les yeux, l'homme était parti et l'eau avait englouti la moitié du hublot. Pour la énième fois, il appela à l'aide. Mais il n'y avait plus personne pour l'entendre.


- Ah, messieurs Adnan et Karpusi ! s'exclama Allistor en se levant pour accueillir ses invités. Vous voilà enfin ! Je vous attendais.

- Monsieur Kirkland, le salua Sadik. Comme vous me l'avez demandé, je suis venu mais je crains qu'il ne me faille vous annoncer un changement dans notre... emploi du temps.

- Oh, vraiment ? Vous m'en voyez profondément désolé. Puis-je en avoir la raison ? demanda Allistor sans se départir de son sourire courtois.

- J'ai usé de mon effet personnel pour débarrasser madame Adnan du vagabond qui lui rôdait autour. Il va de soi qu'il est dorénavant impossible de réitérer ce subterfuge pour « l'ami » de votre frère. Qui plus est, il me faut retourner auprès de ma tendre épouse au plus vite : la secousse que j'ai sentie ne me plaît guère, et je souhaite être près de ma chère femme au cas où elle aurait besoin d'être rassurée. Sur ce, je vous prie de m'excuser.

- C'est à vous, mesdemoiselles ! Approchez, je vous prie !

Allistor fut ramené au présent par les paroles du matelot. Il regarda Arthur aider leurs sœurs à embarquer dans le canot. Il retint un sourire : au vu de l'absence du français, il n'aurait même pas eu recours au stratagème proposé par Karpusi – lequel consistait à glisser discrètement la montre à gousset d'Adnan dans la poche du vaurien français pour l'accuser de vol et le faire arrêter... et pourquoi pas son compère espagnol avec, puisque le valet avait vu madame Adnan confier son médaillon en or à ce va-nu-pieds pour une raison qui lui était inconnue. Quand Allistor lui avait demandé pourquoi faire aussi accuser l'hispanique, le turc lui avait répondu en lui montrant le contenu de sa montre à gousset en ajoutant :

« Ce n'est pas parce que j'accepte le fils que je fais de même avec le père. »

Cette phrase avait suffi pour convaincre l'aîné des Kirkland de la légitimité du projet.

Le rouquin fronça les sourcils quand il vit son cadet être rejoint par un albinos qu'il reconnaissait comme l'ami roturier de Marguerite Williams. Il allait intervenir lorsque son frère pris l'initiative de congédier son interlocuteur, lequel disparut dans la foule après un regard curieux lancé en direction de l'aîné des Kirkland. Arthur s'approcha et Allistor crut qu'il avait eu tort de s'être monté la tête... jusqu'à ce que son cadet ne prenne la parole.

- Je ne viens pas avec vous.

Le rouquin cligna des yeux et pensa avoir mal entendu.

- Qu'est-ce que tu as dit ? demanda-t-il, dans le doute.

Le blond inspira et poursuivit avec détermination.

- Je dois retrouver Francis.

Son frère balaya ses propos d'un geste de la main avant de se saisir du bras de son cadet pour l'entraîner vers le canot.

- Ne sois pas idiot. Tu n'as pas à perdre ton temps avec un miséreux sans le sou tel que lui : tu as une fiancée à épouser. Je ne te permettrai pas de ruiner l'avenir de notre famille...

- Je m'en fous de tout ça !

Allistor ouvrit de grands yeux devant les paroles du blond, lequel le fixa d'un regard que son frère ne lui connaissait pas.

- Tu ne saisis pas. Je l'aime. Je l'aime au point de détruire notre famille de mes propres mains pour lui, jusqu'à effacer notre nom même, s'il le faut.

Le visage de l'aîné des Kirkland pâlit sous le choc. Le plus jeune en profita pour se défaire de sa prise et filer sans demander son reste. Allistor le regarda se fondre dans la foule, interdit.


Arthur bénit son adolescence où, voulant devenir pirate, il avait appris à courir vite pour échapper à ses professeurs particuliers. Il fuit aussi rapidement qu'il le put, espérant semer son frère au cas où celui-ci se mettrait en tête de le rattraper pour lui remettre les idées en place – avec un peu d'aide de ses poings ou non.

Ses craintes fondirent comme neige au soleil lorsque Francis entra dans son champ de vision, situé au point de rendez-vous prévu. Ils ne s'étaient séparés que pendant un peu plus d'une dizaine de minutes et pourtant il sembla à Arthur que cela faisait une éternité.

L'anglais sourit lorsque son amant remarqua sa présence. Il lui aurait sauté au cou si son ami albinos n'était pas aux côtés du français.

- Ton copain dit avoir vu Tonio se faire arrêter, dit Gilbert lorsque Arthur les eut rejoints.

Le nouveau venu acquiesça, admettant que même s'il n'y avait pas prêté une grande attention sur le coup, la description que lui avait faite l'albinos semblait concorder avec l'homme qu'il avait croisé en rejoignant sa famille.

- Mais pourquoi une telle tuile lui arriverait ? se demanda Francis.

Arthur avoua qu'il n'en savait rien, sans pour autant faire part de ses soupçons concernant son frère et Adnan. Il poursuivit :

- Quoiqu'il en soit, il faut trouver où Antonio est enfermé. Je doute que le capitaine d'armes l'ait exhibé à la vue de tous, il doit sûrement se trouver dans les quartiers de l'équipage, donc dans un des étages inférieurs.

Francis et Gilbert échangèrent un regard. Pas besoin de paroles pour savoir qu'il leur fallait se dépêcher ou cela risquait de très mal terminer pour leur ami.

Tout en parlant, ils s'étaient dirigés à l'intérieur du navire et se trouvaient maintenant dans un couloir presque désert en première classe. Aucun membre d'équipage qui pourrait les aider n'était en vue.

- Je propose qu'on se sépare... commença l'albinos.

- J'ai une meilleure idée, le coupa Arthur en reconnaissant l'homme qui apparut au bout du corridor.


- Monsieur Honda ! Où est-ce que le capitaine d'armes enfermerait quelqu'un qui a été arrêté ?

L'architecte du Titanic ne comprit pas le but de l'anglais mais lui répondit sans attendre, comprenant qu'il y avait urgence au ton du blond et à l'inquiétude apparente le possédant lui et ses compagnons. Le japonais leur expliqua aussi clairement et rapidement qu'il le put mais le navire était un véritable labyrinthe, aussi cela cumulé au stress n'aidait en rien Francis et Gilbert à retenir les propos de leur interlocuteur. Heureusement qu'Arthur avait bonne mémoire. Lorsqu'ils prirent congé de l'architecte en catastrophe et que celui-ci disparut au détour d'un couloir pour vérifier qu'il ne restait plus personne dans les cabines, Francis embrassa brièvement son amant avec reconnaissance. Ce dernier, intrigué par cette soudaine marque d'affection sans raison apparente, ne chercha néanmoins pas à savoir le pourquoi du comment, se contentant de saisir la main du français pour l'entraîner à la suite du prussien qui s'élançait devant eux. Passant sous le dôme en verre, ils se ruèrent dans un ascenseur, manquant de renverser le steward en charge de l'engin qui s'écarta juste à temps. Francis ferma les grilles de fer, Arthur abaissa le levier de direction et l'appareil entama sa descente.


Le hublot se trouvait déjà un bon mètre sous la surface quand Antonio vit l'eau commencer à inonder la pièce. Il tenta pour la énième fois de se débarrasser de ses menottes, sans succès. Le tuyau auquel il était attaché était trop solide pour être cassé mais l'espagnol avait déjà essayé, ses poignets s'en rappelaient, de même que ses pieds. Mais aucun de ses coups n'avait réussi à endommager le tube de métal.


Les étages défilaient devant eux avec une lenteur insupportable. Pourtant, les trois hommes surent quand ils furent arrivés à destination : l'eau glacée qui vint accueillir leurs jambes leur arrivait au niveau du genou, leur arrachant à tous un cri de surprise. Sans plus perdre de temps, Gilbert rouvrit les grilles et le trio s'aventura hors de la cabine.

- Si l'eau continue de monter, on ne pourra plus utiliser l'ascenseur, constata Francis.

- On trouvera une autre sortie ! fit Gilbert avant de suivre Arthur qui prit la tête du groupe, étant le seul à se rappeler du trajet qu'ils devaient effectuer.


Antonio venait juste de grimper sur le bureau ayant dérivé jusqu'à lui, se mettant autant que possible hors d'atteinte de l'eau lorsqu'il entendit des éclats de voix. Après avoir tendu l'oreille pour être sûr de n'avoir pas rêvé, il réalisa qu'il connaissait ces voix et qu'elles criaient son nom.

- ICI ! JE SUIS ICI ! s'époumona-t-il. FRANCIS ! GILBERT ! JE SUIS LÀ !

Il ne fallut que quelques secondes aux trois autres pour localiser la pièce où était enfermé l'hispanique, guidés par ses cris. Fort heureusement, la porte n'était pas verrouillée et créa une petite vague lorsque le trio déboula dans la salle exiguë.

- Tonio ! s'écria Gilbert en voyant son ami.

- Mais bordel, qu'est-ce que tu fous là ?!

- Peu importe, il faut trouver la clé, fit Arthur en désignant les menottes de l'hispanique.

- C'est une petite en argent, je crois, lui répondit ce dernier.

Les hommes libres se mirent à chercher dans le placard où étaient entreposées diverses clés, dans l'armoire et les tiroirs du bureau mais ils ne trouvèrent rien.

- Y'a pas de clé, ici ! lâcha Gilbert avec angoisse.

Un silence désespéré régna dans l'habitacle pendant quelques secondes jusqu'à ce qu'Arthur ne prenne la parole.

- J'ai vu une hache en venant, fit-il avant de se hâter vers la sortie. Je reviens tout de suite.

Personne n'eut le temps d'émettre une objection, l'anglais étant déjà parti.

- Super, grimaça l'albinos. Et qui nous dit qu'il ne va pas se faire la malle et nous abandonner à notre sort, ce p'tit noblion de mes c...

- Moi, intervint Francis d'un ton coupant court à toute objection accompagné d'un regard noir adressé au prussien.

Gilbert leva les deux mains en signe de capitulation et se tourna vers leur ami prisonnier.

- Et toi ? Comment t'as fait pour te retrouver comme ça ?

- Je ne sais pas... J'étais avec Lovina, on cherchait sa sœur après que le navire ait tremblé... Elle a voulu vérifier si elle n'était pas dans leur suite, chez les premières classes. Je l'ai perdue de vue au détour d'un couloir et j'ai été retenu par des stewards – mes habits ont dû faire tâche, je suppose... Ensuite, deux types sont arrivés et l'un d'eux m'a accusé de vol. Je n'ai jamais rien volé mais ils ont trouvé le cadeau de Lovi, et un pendentif en or dans les poches d'un gars comme moi... Enfin bref, je n'ai même pas pu me justifier. Celui qui m'a accusé – à tort – a repris ce qu'il qualifiait comme la propriété de sa femme et, pour confirmer ses dires, il a sorti sa montre afin de nous la montrer.

Le ton de l'hispanique se fit amer alors qu'il baissait la tête pour ne pas croiser le regard de ses compères.

- Les deux objets comportaient une même photo identique alors ça allait de soi que ce gars ne mentait pas. Du coup, on m'a jeté ici.

Un silence consterné accueillit ses dires.

- Mais Scheiße ! Tonio, qu'est-ce que tu foutais chez les bourges ?! tempêta Gilbert.

- La sœur de Lovi est fiancée au capitaine, et pour ma défense : je ne l'ai appris qu'aujourd'hui ! protesta le brun.

Le retour d'Arthur mit fin à leur chamaillerie. Il était d'ailleurs temps : à part pour Antonio qui se trouvait toujours perché sur son bureau, l'eau leur arrivait maintenant à la taille. Quant à l'anglais, plus aucun de ses habits n'étaient sec, ce qui témoignait de la progression de l'eau dans certaines parties du bateau. Francis et Gilbert se précipitèrent vers le nouveau venu : l'un pour l'embrasser fougueusement, l'autre pour se saisir de la hache entre ses mains.

- Hé, amigo ! T'es sûr que tu ne veux pas d'abord essayer sur cette armoire ? demanda Antonio d'un ton peu rassuré en voyant l'albinos se diriger vers lui.

- On n'a pas le temps pour des essais ! rétorqua le prussien avant d'abattre brutalement la hache à l'aveugle, arrachant un hurlement à la gouttière comme à l'hispanique lorsque la lame frappa.

Le brun laissa échapper un second cri – de joie cette fois – en s'apercevant que non seulement il était libre mais qu'en plus il était physiquement intact : pas de sang, de main coupée ou d'égratignure, rien ! Le troisième cri se résuma à un juron lorsqu'il plongea dans l'eau glacée pour suivre ses camarades dans le couloir inondé où ils se trouvèrent immergés jusqu'au buste.


Sur le pont, les gens s'étaient rendus compte de la gravité de la situation et s'empressaient d'embarquer dans les canots de sauvetage. La galanterie était de mise mais nombreuses étaient les femmes qui refusaient de monter à bord sans leur mari. Les cris régnaient sur le pont, tout comme en-dessous où était retenu le plus gros des passagers du Titanic.


L'entrée des escaliers était bondée quand Arthur, Francis, Gilbert et Antonio arrivèrent sur les lieux.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda l'hispanique à l'adolescent qu'il avait vu avec ses petits frère et sœur auparavant, quand il était en compagnie de Lovina.

Le jeune blond vérifia que sa fratrie était bien endormie – car les enfants avaient réussi à trouver le sommeil malgré le vacarme – avant de lui répondre.

- J'ai entendu dire que le bateau coule. Mais les canots sont tous en train de partir...

Un soudain mouvement de foule lui fit reporter son attention sur les grilles qu'il vit alors s'entrouvrir. Il lui sembla voir quelques personnes réussir à passer avant que les barrières ne soient refermées. Le brun rejoignit ses comparses en retrait de la cohue.

- C'est sans espoir ici, fit-il.

- Allons trouver une autre sortie, dit Gilbert en prenant la tête du petit groupe.


Ils étaient perdus dans les entrailles du navire, cherchant une issue introuvable vers le pont supérieur. Ils avançaient en catastrophe dans les couloirs bondés de gens de toutes origines, de tout âge et tout aussi perdus qu'eux. Parmi les stewards qui passaient dans la foule, l'un d'eux leur lança les deux derniers gilets de sauvetage restés en sa possession à part celui qu'il portait lui-même. Gilbert en enfila un tandis que Francis insista pour qu'Arthur mette le second, lui assurant qu'il en trouverait d'autres pour Antonio et lui et qu'au pire, tous deux savaient parfaitement nager - ce qui n'était pas le cas du prussien ni de l'anglais. Après quelques minutes de course qui leur semblèrent interminables, ils s'engagèrent dans un escalier étroit menant à l'étage supérieur... et dont les grilles étaient aussi closes. Une dizaine de personnes s'y agglutinait, un steward de l'autre côté et loin d'être calme tentant de se faire entendre par-dessus le brouhaha de protestations.

- ... passez par l'escalier principal et vos problèmes seront réglés comme pour tout le monde... sortir de l'autre côté alors retournez à l'escalier principal...

Francis se fraya un chemin jusqu'aux barrières, suivi de ses compagnons.

- Ouvrez ces grilles !

- Retournez à l'escalier principal.

- Ouvrez ces grilles tout de suite, répéta-t-il en pointant un index menaçant vers le steward.

- Retournez à l'escalier principal comme on vous le dit.

Francis se retourna pour croiser les émeraudes désespérées d'Arthur qui ne put que soupirer de résignation. Ce spectacle fit perdre son sang-froid au français qui se jeta contre les grilles, les secouant comme un fou furieux en invectivant le steward et la mère de ce dernier. Si le concerné eut un mouvement de recul, il n'obéit pas pour autant aux propos précédents. Voyant que les mots comme les actes étaient vains, Francis s'éloigna avant de repérer un banc juste derrière la foule.

- Gil ! Tonio ! appela-t-il en commençant à tirer sur le meuble fixé sur le sol pour l'en décoller.

Ni une, ni deux, l'espagnol et le prussien joignirent leurs forces à celles du blond et quelques secondes plus tard, le siège fut arraché du plancher dans un bruit de bois craquant. Sur l'initiative d'Arthur, la foule fut précipitamment écartée et les trois hommes purent foncer sur les grilles, le banc faisant office de bélier. Ignorant les cri du steward les enjoignant à remettre l'objet à sa place, il ne leur fallut que deux tentatives avant de faire céder les fines barrières de fer. Le chemin fut libre, le membre d'équipage assommé d'un coup de poing vengeur et les gens purent s'engouffrer dans la brèche, Arthur, Francis, Gilbert et Antonio parmi eux.


L'eau gagnait du terrain : le haut de la proue était déjà immergée quand ils sortirent enfin sur le pont. La panique avait monté de plusieurs crans et l'arrivée impromptue des seconde et troisième classes n'arrangeait en rien la situation, si bien qu'il devint ardu pour les matelots de contenir la foule qui se pressait vers le peu de canots de sauvetage restés à bord. Certains officiers allèrent même jusqu'à pointer un revolver sur les passagers pour maintenir un semblant d'ordre et partout, les marins en charge des canots devaient batailler pour empêcher d'autres passagers de monter. Dans la panique, deux embarcations manquèrent d'entrer en collision alors qu'une fusée de détresse vint à nouveau illuminer le ciel nocturne.


Berwald Oxenstierna souleva son fils sans aucune difficulté, le passant aux bras du commandant Beilschmidt qui remit l'enfant à sa mère installée dans le canot, les joues mouillées de larmes.

- Papa ! Papa ! appelait Peter en voyant que son père ne les rejoignait pas. Viens dans le bateau ! Papa ! Maman ! Pourquoi papa ne vient pas avec nous ?

Tiina ne put que serrer le petit corps de son fils contre elle, son nez plongé dans les fins cheveux blonds du bambin, incapable de contenir les sanglots qui la secouaient.


Ludwig s'interdit d'attarder son regard sur l'énième famille qu'il venait de séparer quand il jugea que le canot était prêt à partir.

- Feli ! cria-t-il afin de se faire entendre par-dessus le vacarme des passagers que les membres d'équipage avaient de plus en plus de mal à contenir. Feli ! Felicia !

Quelques secondes plus tard, la jumelle de sa fiancée apparut devant lui, accompagnée de Sadik Adnan et Héraklès Karpusi.

- Lovina, où est Felicia ? Le canot est prêt à partir, je veux qu'elle y monte avec vous, dit-il à la jeune femme.

- Je ne sais pas, répondit-elle, un air angoissé sur son visage ressemblant trait pour trait à celui de sa sœur. Elle aidait à embarquer la dernière fois que je l'ai vue...

- Peut-être est-elle déjà montée dans un canot ? proposa Sadik.

Son épouse et le commandant nièrent en chœur. Felicia Vargas était de nature peureuse, mais certainement pas lâche. Jamais elle n'abandonnerait ses proches, et encore moins lors d'une situation grave comme celle-ci.

- Je vais la chercher, déclara l'allemand. Montez dans le canot, je ferai monter Felicia dans un autre.

Le blond disparut dans la foule tandis que Sadik partageait une dernière étreinte avec son épouse en lui promettant qu'ils se retrouveraient à New York.


Eduard von Bock venait de finir sa partition lorsqu'il se fit bousculer par un passager paniqué.

- À quoi bon jouer ? Personne ne nous écoute, fit Toris Laurinaitis en abaissant son violon.

- Mais ils ne nous écoutaient pas non plus pendant le dîner, rétorqua Raivis Galante, un autre violoniste.

- Il a totalement raison, approuva Feliks Lukasiewicz, le violoncelliste.

- Jouons, mes amis, ça nous tiendra chaud, relativisa l'estonien en souriant.

Les autres membres de l'orchestre acquiescèrent puis se remirent en position. Orphée retentissait dans l'air lorsque deux blonds, un brun et un albinos passèrent en courant à côté d'eux.

- De la musique pour se noyer ! Maintenant je sais que je suis en première classe ! fit Gilbert à Antonio alors qu'ils talonnaient le couple devant eux.


- Les femmes et les enfants d'abord ! Reculez, nom de Dieu !

Plusieurs coups de feu se firent retentir, faisant sursauter la foule qui se pressait vers un canot, retenue avec grand mal par l'équipage. Jetant un coup d'œil au steward brandissant un revolver, Antonio secoua la tête en direction de ses compagnons.

- Essayons de l'autre côté ! lança Gilbert en s'élançant à travers la foule, précédé par l'espagnol et le français.

Arthur allait les suivre lorsqu'il se sentit retenu par une poigne de fer. Il se retourna pour voir le visage toujours aussi peu avenant de Héraklès Karpusi mais n'eut pas le temps de protester : un coup de poing vint le cueillir sur la mâchoire, l'envoyant chuter lourdement à terre.

- De la part de monsieur Allistor Kirkland, fit la voix du valet.

Sonné, Arthur ne put rien faire lorsque le grec le chargea sur son épaule comme un vulgaire sac de marchandise. Cependant, il lui restait assez de bon sens pour comprendre sa situation.

Allistor l'a envoyé. Et il est en train de me ramener à lui.

Cette pensée l'emplit d'une terreur encore plus grande que celle provoquée par le naufrage. Un peu revigoré par l'adrénaline, il se mit à se débattre en criant :

- Francis ! FRANCIS !

Il fallut quelques secondes au français pour l'entendre par-dessus le brouhaha qui régnait. Il réagit au quart de tour lorsqu'il comprit que son amant était en détresse, mais la foule l'empêchait de se frayer un chemin vers le grec massif qui s'éloignait avec Arthur.


Arthur avait abandonné l'idée de se débattre tant que ses deux pieds ne seraient pas revenus au sol. De plus, il avait perdu Francis de vue dans la foule paniquée et était presque certain qu'il les avait perdus lui aussi. Ce ne fut qu'une question de minutes avant que Karpusi ne le repose à terre, sans trop de délicatesse, mais sans le lâcher pour autant. Le blond tenta à nouveau de se débattre mais le grec était trop fort, et un nouveau coup de poing au visage vint mettre fin à ses efforts. Il n'était pas assez fort pour le faire tomber et faisait moins mal que celui qui l'avait à moitié assommé, mais cela n'empêcha pas Arthur de jeter un regard haineux à son auteur. Auteur qu'il eut le déplaisir de reconnaître comme son frère, lequel l'attendait devant un canot.

- I will not suffer your misbehaviour anymore, little brother. Now get in the boat.

L'insulte d'Arthur se fit recouvrir par une voix connue et adorée.

- Laissez-le tranquille !

Une tornade blonde tomba sur Karpusi qui dut relâcher Arthur pour se défendre. Francis savait se battre, mais le valet encore mieux et il ne lui fallut qu'un instant pour maîtriser le français dans une étreinte qui pourrait être mortelle s'il le voulait. Le grec se tourna vers Allistor, attendant silencieusement les instructions du roux sans défaire sa prise.

Pendant l'altercation, l'aîné des Kirkland s'était saisi du cadet pour le mener en direction de l'embarcation, et ce non sans peine, son frère ne se laissant pas docilement faire... avant de voir la position délicate dans laquelle se trouvait son amant.

- Je ne t'aime peut-être pas mais tu restes mon frère, s'expliqua Allistor devant la question silencieuse du plus jeune Kirkland qui se demandait pourquoi son aîné s'était donné la peine de le retrouver. Maintenant, monte dans ce canot.

- Je ne pars pas sans lui, rétorqua Arthur en désignant le blond toujours maîtrisé par Karpusi.

Le roux le fixa un moment avant de faire un signe au grec, lequel relâcha Francis. Arthur se dégagea de la poigne de son frère et se plaça aux côtés de son amant. Il savait que toute tentative de fuite était compromise par la présence du valet, et il vit dans les yeux bleu ciel que le français le savait aussi.

- Tu peux lui dire adieu, fit Allistor d'un ton dépourvu de compassion ou même de sympathie. Mais il ne vient pas.

Son frère s'apprêtait à répliquer lorsque Francis intervint. Peu lui importait de mourir ou non : l'essentiel était qu'Arthur soit sauvé. Et il avait bien compris que le rouquin et lui partageaient le même avis, quoique pas pour les mêmes raisons.

- Monte dedans et ne t'en fais pas pour moi, le rassura Francis.

- Mais...

- This one is more clever than you, fit Allistor d'un ton cinglant mais non dénué de sarcasme. Fais ce qu'il te dit.

Arthur ne se donna pas la peine de lancer un regard noir à son aîné, ses yeux émeraudes ne quittant pas Francis.

- Je m'en sortirai, sourit ce dernier. J'ai survécu à bien pire.

L'anglais lui jeta un long regard hésitant avant de se jeter sur ses lèvres. Allistor soupira d'agacement alors que le couple enlacé partageait un baiser passionné. Arthur finit par y mettre fin à contrecœur mais ne s'éloigna pas pour autant. Il resta ainsi, ses bras passés derrière la nuque de Francis, ceux du français autour de sa taille, leurs lèvres si proches que les nuages de leurs souffles ne faisaient plus qu'un.

- Je t'aime tellement...

Francis ne répondit pas. C'était inutile. Ses yeux bleus secs de toute larme débordaient d'amour. Il lui vola un dernier baiser papillon avant de relâcher sa prise sur le corps de son amant. Arthur se détacha du français avec réticence avant de se faire attraper le bras par son frère qui le mena au canot et dans lequel il fut contraint de monter. Une fois qu'il fut installé, Arthur ne quitta pas Francis des yeux. Ce dernier lui sourit tout le long, le regard amoureux et rassurant.

Arthur aurait dû se sentir apaisé mais ces yeux bleus n'éveillèrent en lui que du doute et de la culpabilité. Allistor prit place dans l'embarcation à moitié pleine et les membres d'équipage s'attelèrent à la mise à l'eau, descendant lentement le canot par soubresauts. Une énième fusée de détresse fut tirée dans le ciel, éclairant la nuit et donnant une teinte surnaturelle à Francis, comme si tout cela n'était qu'un mauvais rêve.

Le mauvais rêve, c'est ce qui m'attend si je fais ça. Si je pars, si je le laisse là, si je vis sans lui.

Après tout, que pouvait bien être une existence sans Francis à part un horrible cauchemar ?

« À l'arrivée du bateau, je m'enfuirai avec toi. »

Maintenant, il en était sûr, le Titanic n'arriverait jamais à aucun port. Mais il savait ce qui lui restait à faire.


Francis savait qu'il devait partir, rejoindre Antonio et Gilbert, se soustraire au regard émeraude fixé sur lui pour leur éviter plus de peine à tous les deux. Il le savait, mais il ne le pouvait pas. Tout son corps, tout son esprit étaient tendus vers un seul être : Arthur. Il n'agissait même pas de sa propre volonté : c'était une question de besoin. Il devait voir l'embarcation atteindre saine et sauve la surface, il le devait. Alors il restait là, accoudé à la rambarde, ses yeux plongés dans ceux d'Arthur qui s'éloignait de plus en plus de lui.

Soudain, la mer émeraude quitta le ciel azur et Francis regarda avec effroi ce qui se passait en bas.


Arthur entendit son nom crié mais il ne sut dire par qui. Toute son attention était concentrée dans un seul but : rejoindre Francis. Il ne se rappelait même pas s'être élancé et avoir sauté du canot pour se rattraper à la rambarde de bois poli bordant la promenade du pont des premières classes. Le métal dur et glissant privait ses pieds d'un quelconque appui et pendant quelques secondes, Arthur crut qu'il allait tomber. Fort heureusement, deux hommes à son niveau s'empressèrent de le ramener à bord du Titanic. Sans attendre, l'anglais se mit à courir en direction du pont supérieur. Il lui sembla entendre la voix de Francis mais il lui importait infiniment plus de le retrouver en chair et en os.


- Non ! Arthur ! NON !

Francis eut à peine fini de crier que les pieds de l'anglais disparaissaient, témoignant de son atterrissage – non sans risques – sur le navire en perdition. Le blond s'élança à travers la foule en direction du pont inférieur, déchiré entre le désespoir et le bonheur d'être rejoint par celui qu'il aimait. Il arrivait au bas de l'escalier, sous la coupole de verre, quand Arthur se jeta à son cou. Une pluie de baisers s'abattit sur le visage de l'anglais alors que Francis ne cessait de le traiter d'idiot. Et ses mains plongées dans les longs cheveux du français, Arthur ne pouvait s'arrêter de lui dire qu'il l'aimait, encore, encore, encore et encore. Agrippés l'un à l'autre comme si leur vie en dépendait, ils s'étreignirent aussi fort qu'ils le pouvaient, respirant mutuellement le parfum de l'autre.


Le cœur de Lovina battait la chamade. Elle savait que le capitaine se devait de couler avec son navire, et elle savait que Felicia le savait. Elle savait aussi que son mari allait sûrement partager le même sort que le foutu allemand, de même que le foutu valet grec, et ce malgré la promesse qu'il lui avait faite.

Elle savait aussi que Juan avait besoin d'elle.

Elle avait hésité avant d'obtempérer, jetant un regard aux canots déjà partis qui s'éloignaient, espérant trouver une silhouette qu'elle n'avait pas revue depuis la secousse.

« Il a dû se perdre dans la foule. Si ça se trouve, il est déjà dans un canot. »

Elle s'en était convaincue.

Et Juan avait besoin d'elle.

Elle ouvrit la montre à gousset que Sadik lui avait donné avant de monter à bord du canot. Les boucles brunes, le visage d'ange riant et les yeux semblables aux siens figés sur le papier lui arrachèrent un sourire.

Oui, son fils avait besoin d'elle.


Vash Zwingli sentait la situation lui échapper. Lui et ses collègues peinaient à retenir les passagers terrorisés qui luttaient pour accéder aux canots restants. Il avait dû aller jusqu'à faire usage de son pistolet à des fins dissuasives, mais la terreur de l'eau l'emportait sur la crainte du plomb.

- N'avancez pas ! Comprenez bien que je tire sur le premier qui essaie de passer ! N'avancez pas !

Vash jeta un regard derrière lui. Pour chaque marin qui retenait la foule paniquée, c'était de l'aide en moins apportée à ceux qui se démenaient pour préparer un des tout derniers canots qui restaient.

- Reculez, nom de Dieu !

Un homme se précipita en avant et celui à ses côtés fut poussé de derrière. Vash tira sur le premier et voyant le second s'approcher, lui logea une balle dans le torse.

- GILBERT !

L'albinos s'effondra, un autre homme brun le tenant dans ses bras alors qu'une tache rouge fleurissait sur son gilet de sauvetage blanc.

- Relève-toi ! Gil ! Bastardo ! cracha-t-il en direction de l'officier avant de reporter son attention sur son ami en se lamentant.

Vash regarda d'un air consterné un mince lac rouge se former à partir du corps sans vie de l'albinos et glisser vers lui tel un doigt accusateur. Un silence de mort s'était installé, uniquement troublé par les plaintes de l'espagnol, le brouhaha lointain de la foule et le grincement du paquebot sombrant lentement sous les eaux. Le second du capitaine se tourna vers les membres d'équipage s'affairant toujours auprès du canot, leur adressa un salut des plus graves et leva son arme à sa tempe.

- VASH ! NON ! hurla un des stewards.

Sa voix fut couverte par la détonation, suivie du bruit d'un nouveau corps heurtant la surface de l'océan.


Après être passé et repassé dans la foule parmi les passagers affolés et les stewards s'affairant à ériger les canots pliables, Ludwig se retrouva à l'avant du Titanic. Jetant un regard effaré à l'eau envahissant la proue du navire, il sentit l'angoisse monter d'un cran en lui : il devait absolument trouver Felicia au plus vite !

Il tourna les talons et faillit repartir dans la foule lorsque son regard fut attiré par un mouvement derrière l'une des vitres de la timonerie. Y reportant pleinement son attention, il vit une silhouette se dessiner à travers le verre épais.

« Se pourrait-il que... »

À cette pensée pleine d'espoir et de désespoir à la fois, son cœur fit un bond. Pataugeant dans l'eau glacée sans s'en soucier, Ludwig se dirigea vers la salle d'un pas rapide, sa progression accompagnée d'un bruit d'éclaboussures. Quand il atteignit le seuil, il ouvrit la porte à la volée.

- FELICIA !

L'italienne se retourna en sursaut, le teint plus pâle que jamais. Un petit sourire triste se dessina sur ses lèvres à la vue de son bien-aimé, mais son corps tremblant et sa main serrée sur l'imposant gouvernail trahissaient la terreur qui l'habitait à cet instant.

- Mais... Qu'est-ce que tu fais là, mein Schatz ? demanda doucement Ludwig d'un ton ahuri.

Felicia avala sa salive, rassemblant tout son courage pour empêcher sa voix de trembler autant que son corps.

- Le... le capitaine est censé quitter le navire en dernier, répondit-elle. C'est ce que tu m'as dit.

Ludwig la regarda sans rien dire pendant un instant, puis il referma la porte derrière lui. Ses pas engendrèrent de nouvelles éclaboussures à cause de l'eau qui s'était insinuée dans la pièce alors qu'il rejoignait sa fiancée. Felicia tressaillit lorsque le blond la serra dans ses bras. Relâchant la barre, elle se blottit contre lui avant de laisser libre cours à ses larmes, le visage enfoui contre son torse.


Antonio finissait de nouer les lacets du gilet ensanglanté de Gilbert lorsque l'eau vint lécher ses genoux en vagues écumantes. Dans un grincement d'outre-tombe, le Titanic céda de plus en plus de terrain à l'océan, décidant les passagers restés sur le navire à couper les cordes qui reliaient toujours le peu de canots restants au paquebot. Mais l'eau monta de leurs cuisses jusqu'aux épaules en un clin d'œil et nombreux furent ceux qui rebroussèrent chemin vers la partie encore préservée du bateau, fuyant les vagues de l'Atlantique qui poursuivaient leur funeste festin.


Nearer, My God, to Thee, prit fin lorsque les eaux ne furent plus qu'à quelques mètres des musiciens, l'océan ayant déjà commencé à engloutir goulûment le navire. Les instruments à corde se turent et ne restèrent plus que les cris pour toute musique.

- Mes amis, fit solennellement Eduard en fixant la furieuse avancée de l'eau. Ce fut un privilège de jouer avec vous ce soir.


L'eau amassée contre les vitres les faisait dangereusement grincer sous son poids. Ludwig fixait l'océan droit devant lui, celui qu'autrefois il surplombait mais qui maintenant le submergeait. Dans ses bras, Felicia se tenait serrée contre lui, tremblante. Son visage pressé contre le torse de son fiancé, elle ne pouvait soutenir la vue des eaux noires qui se dressaient devant eux, uniquement retenues par les vitres transparentes mais qui réussissaient néanmoins à s'infiltrer dans l'habitacle en de fins jets. Elle sentait le cœur du blond battre aussi vite que le sien, presque en rythme. Elle ne se concentrait que sur ce son. C'était la seule chose qui empêchait la terreur de s'emparer de son être tout entier, de son esprit, de sa raison. Ça, et les bras puissants de Ludwig autour d'elle, rassurants, protecteurs. Elle ne vit jamais les larmes couler sur ses joues impeccablement rasées, pleurant non pas parce qu'il avait peur, mais parce qu'il avait échoué à sauver celle qu'il aimait.

Il embrassait ses cheveux quand la première vitre explosa sous la pression, libérant une cascade glacée qui se mêla de suite aux larmes du commandant. Les autres vitres se brisèrent presque simultanément et des torrents d'eau et de morceaux de verre frappèrent le couple de plein fouet.


Et tandis que sous la coupole de verre ne résonnaient plus que les cris de terreur mêlés à l'assourdissant bruit de l'océan s'appropriant les lieux, l'eau envahissait les couloirs de première classe avec une force inouïe, défonçant les portes, parfois même en les brisant au passage.


La vitesse avec laquelle l'avant du Titanic avait plongé sous l'eau était hallucinante. Alors qu'un instant plus tôt il s'affairait à scier une épaisse corde à l'aide d'un canif, Antonio s'était bien vite retrouvé forcé à nager pour sa vie, s'éloignant du bateau qui, en sombrant, aspirait tous ceux qu'il pouvait.

C'était la panique et, malgré le vacarme des cris et des éclaboussures, Antonio entendit un bruit. Plusieurs fois. Il n'y prêta pas plus d'attention que cela : seul l'idée de nager occupait son esprit. Nager sans s'arrêter, et atteindre un des canots qui dérivait non loin de lui.

Puis il entendit un autre bruit, différent des autres. Plus grave, plus long. Plus proche. Il n'eut que le temps de se retourner pour voir l'immense cheminée orange du Titanic fondre sur lui.


Le fracas de la cheminée entrant en collision avec la surface de l'eau fut presque noyé par le boucan de la foule affolée. Parmi elle, Arthur et Francis avançaient péniblement en jouant des coudes, comme tout le monde, quand la première coupure d'électricité eut lieu. Une vague de panique saisit les passagers, suscitant moult cris alors que le français poussait son amant vers l'avant. Ils avaient atteint l'escalier quand la lumière revint au bout de quelques secondes. Devant eux, un homme gravissait les marches tel un mort-vivant, marmonnant une prière.

- ... même si je marche dans l'ombre de la vallée de la mort...

- Tu veux pas marcher un peu plus vite dans ta foutue vallée ?! cria Francis en le forçant à accélérer.


Lors d'une nouvelle coupure de courant, les deux blonds avaient désormais atteint l'arrière du bateau bondé de monde. Francis s'arrêta un moment au bastingage et se pencha pour voir l'avancée de l'eau. Partout, les gens criaient, couraient ou se jetaient dans l'océan. Certains se blessaient dans leur chute, d'autres encore flottaient ou ne réapparaissaient pas à la surface une fois qu'ils l'avait heurtée. Sans attendre, Arthur le tira par le bras, le faisant reprendre leur course contre la montre.

L'avancée se fit plus difficile au fur et à mesure que le pont sous leurs pieds basculait de plus en plus à la verticale. Le couple dut s'accrocher au bastingage pour continuer à avancer. Francis usa de toutes ses forces pour atteindre péniblement le garde-fou de la poupe, tirant Arthur d'une main et le serrant contre lui une fois son bras fermement agrippé à la rampe blanche et lisse. L'anglais se permit quelques secondes de répit en soufflant lorsque sa tête reposa sur l'épaule de l'autre blond un bref instant.

Lorsqu'il rouvrit ses yeux, il croisa ceux aussi apeurés que les siens d'une jeune femme aux traits asiatiques, tenue contre la rambarde par un grand homme blond aux yeux du bleu clair propre au peuple russe. Il se tenait comme un rempart entre elle et le vide où de plus en plus de personnes tombaient, soumises à la loi de la gravité se faisant de plus en plus sentir.

Des pleurs se firent entendre à la gauche de l'anglais, lequel tourna la tête pour y découvrir un homme bruns aux yeux vert pâle remplis de larmes et tenant une petite fille dans ses bras.

- Chut, ne pleure pas, ma chérie, c'est bientôt fini...


Jamais Lovina ne s'était plus haïe que maintenant.

Elle ne pouvait pas rester là, à ne rien faire. C'était impossible. Elle ne pouvait pas abandonner sa sœur, sa petite sœur, à une mort certaine. Elle ne pouvait pas regarder le bateau couler avec sa sœur ou encore attendre qu'elle meurt de froid dans l'eau glacée si elle ne se noyait pas. Elle ne pouvait pas rester immobile, les yeux et la bouche béants, à regarder sa sœur mourir.

Elle se dit que tant que le navire n'était pas encore sous l'eau, elle pouvait toujours se jeter à l'eau et nager, sauver Felicia, ou du moins essayer. Mais elle ne fit rien. Paralysée par la peur et par le froid, elle ne faisait rien à part regarder le Titanic sombrer lentement mais sûrement vers le fond de l'océan.


Alors que le paquebot virait inéluctablement à la verticale, emportant des gens vers l'océan qui s'entêtait à engloutir le navire, Francis raffermit sa prise sur le corps de l'anglais serré contre lui. Arthur ne voyait rien du funeste spectacle qui se déroulait derrière lui mais les cris suffisaient à lui tordre les boyaux de peur. Cris qui redoublèrent alors que l'électricité du Titanic rendait son dernier souffle, plongeant tous et toutes dans l'obscurité.

Un énorme craquement sinistre retentit alors que le navire se fendit en deux en son milieu jusqu'à la quille, la brèche emportant plusieurs malheureuses personnes se trouvant là. Arthur hurla avec Francis et tous les autres passagers en état de crier lorsque la poupe retomba brutalement à l'horizontale, heurtant violemment la surface de l'eau dans un bruit assourdissant.

Mais le pont ne resta pas immobile longtemps car il commença presque aussitôt à se redresser, entraîné par la proue immergée. Les hurlements reprirent de plus belle alors que les gens lâchaient prise et qu'ils dévalaient la pente de plus en plus raide, tombant dans les bras glacés de l'océan qui les attendait en bas.

Après un bref regard en arrière, Francis entreprit d'escalader le garde-fou.

- Faut passer de l'autre côté ! indiqua-t-il à son amant.

Il eut à peine le temps de finir sa manœuvre qu'Arthur se trouvait déjà suspendu aux barres, les pieds dans le vide. Aidés par l'adrénaline, les deux jeunes gens réussirent à se retrouver tous deux du bon côté de la barrière, serrés l'un contre l'autre. Du coin de l'œil, l'anglais vit que le couple à leur droite se trouvait dans la même position que la leur. Plus personne ne se trouvait à sa gauche : Arthur ne sut jamais quand le père avait lâché prise dans la cohue générale.

Nombreux étaient les gens qui, suspendus dans le vide, abandonnaient de gré ou non et chutaient, leurs corps se heurtant parfois à d'autres corps, les emportant avec eux, ou à des objets, produisant ainsi une sorte de mélodie sordide faite de cris et de bruits sourds.

La poupe resta immobile pendant un court instant, presque perpendiculaire à la surface de l'océan avant de commencer à s'y enfoncer, comme si elle n'aspirait avidement qu'à rejoindre sa moitié au fond de l'Atlantique.

- Oh my God, oh my God, oh my God... jura Arthur en voyant l'eau se rapprocher.

- Je sais que ce n'est vraiment pas le moment pour être romantique, mais c'est ici qu'on s'est rencontrés ! lança le français.

- Et c'est ici qu'on se quittera, fit son amant d'un ton amer.

Francis l'embrassa furieusement sur la tempe.

- Non mon amour, on ne va pas se quitter, je te le promets.

L'anglais en eut le cœur réchauffé mais n'en laissa rien paraître, aussi bien parce que c'était dans son caractère que parce que l'angoisse lui vrillait le ventre devant l'eau écumante qui se rapprochait vite, trop vite.

- Le bateau va nous aspirer, prend ta respiration quand je te le dis ! fit Francis. Fais des battements de jambes pour remonter à la surface. Surtout ne lâche pas ma main.

Arthur acquiesça alors que ce qui restait du Titanic s'enfonçait inexorablement dans l'océan, et ses passagers encore à son bord avec.

- Maintenant !

Il inspira un grand coup.

Puis soudain ils furent sous l'eau. Et leurs mains se lâchèrent.


Scheiße : merde (allemand)

Amigo : ami (espagnol)

I will not suffer your misbehaviour anymore, little brother. Now get in the boat : je ne souffrirai pas ton mauvais comportement un instant de plus, petit frère. Maintenant monte dans le canot. (anglais)

This one is more clever than you : celui-ci est plus intelligent que toi. (anglais)

Bastardo : bâtard (espagnol)

Mein Schatz : ma chérie (allemand)

Nearer, My God, to Thee : plus près de Toi, Mon Dieu (anglais)

Oh my God : oh mon Dieu (anglais)


Berwald Oxenstierna : Suède

Peter Oxenstierna : Sealand

Tiina Oxenstierna : Nyo!Finlande

Toris Laurinaitis : Lithuanie

Raivis Galante : Lettonie

Feliks Lukasiewicz : Pologne