Bonjour ! (Ou bonsoir)
En fin de compte, voici le deuxième chapitre de 'Umbrella Reverse'. Je me suis permis d'accélérer sur celui-là, car ce sera une histoire plus courte que les deux autres dont j'ai publié deux chapitres, et vous verrez assez vite où je veux en venir. En quelque sorte. Sûrement. Dans le prochain chapitre.
En tous cas, je bosse toujours sur les derniers chapitre de 'Code Nivans', ainsi que sur le premier chapitre de 'C-Terrors', alors vous ne resterez pas longtemps sans lecture. Je vous le... dis ^^
Bonne lecture ^^
-Ouais, dis-je en souriant malgré moi. Amis.
Ma main resta dans celle de Chris pendant encore quelques secondes, avant qu'il ne la lâche. Je remis mes mains dans mes poches par réflexe, mais il ne sembla pas relever. Je ne m'expliquai toujours pas, en revanche, la bonne impression qu'il me donnait depuis que je l'avais rencontré.
-Bon, ce n'est pas tout ça, mais je vais bientôt reprendre le boulot, moi, dis-je plutôt
-Oui, moi aussi, répliqua Chris en regardant sa montre. Alors allons-y.
Chris tourna les talons, et je le suivis. Il voulait sans doute me raccompagner jusqu'à mon labo, ce qui était gentil de sa part. Comme l'autre soir, où il avait voulu me raccompagner chez moi, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons. Nous nous sommes donc séparés devant mon lieu de travail, et il me demanda, sans doute sans aucune arrière pensée, à quelle heure je terminais. Je décidai, encore une fois, de lui dire la vérité, en lui disant que je finissais mon job à sept heures. Lui finissait à six heures, alors il me promit, avec un sourire qui me plut un peu trop, qu'il serait là à m'attendre. Pour le coup, ça m'arrangeait, parce que lui était décidé à m'attendre une heure. Mais moi, est-ce que je l'aurais été ? Je n'en étais pas sûr.
Je fus de nouveau à l'accueil de mon labo pharmaceutique presque en retard. Sherry m'attendait près de l'entrée, comme d'habitude. J'avisais son air sérieux, je savais que j'allais m'en prendre plein la figure. J'eus presque envie de faire demi-tour, mais je n'avais pas envie qu'elle gâche mon année parce que je n'étais pas venu une fois pour l'esquiver. Alors j'avalai bruyamment ma salive avant de me diriger vers elle, toujours les mains nerveusement dans ma poche. Étonnamment, quand je m'approchai, elle commença à me sourire.
-Quoi ? lui dis-je
-Je ne sais pas. Tu m'as l'air… changé.
-On en discutera plus tard. Allons-y, ou le prof va nous engueuler plus fort que tu ne le feras jamais.
-Oui, bien sûr, dit Sherry avec un rire que je ne compris pas
Résultat, on a presque couru pour ne pas arriver en retard dans la salle d'étude. Sherry et moi retournâmes à notre place, et ma partenaire de laboratoire m'accueillit avec un air neutre.
-Qu'est-ce que j'ai fait encore ? lui demandai-je
-Tu le sais très bien ce que tu as fait, Piers, me dit-elle d'un ton énervé
-Non. Eclaire-moi.
-Tu m'as fait attendre, idiot !
Deborah se marra bien fort, sans doute amusée par mon expression de complète incompréhension, et le professeur entra dans la classe. Comme d'habitude, un silence de mort retentit à ce moment précis. Le pouvoir de persuasion silencieuse de cette femme était impressionnant. Je comprenais d'où Sherry tenait son espèce de pouvoir d'overlord qui faisait que je faisais toujours ce qu'elle voulait. Enfin. Je me concentrai sur l'expérience que Deborah et moi faisions ce jour-là, le tout sans trop penser à Chris. Je ne suis pas sûr que le docteur Birkin apprécie que je foute en l'air une autre de ses précieuses théories sur l'évolution des virus.
L'après-midi passa beaucoup plus vite que je ne le pensais, et, au final, alors que je voulais penser moins à Chris, en réalité, j'y ai pensé encore plus. Le tout sans rien gâcher cette fois, heureusement. Je ne pouvais m'empêcher de considérer sa proposition de m'aider dans tous les sens dans ma tête, et j'ai fini par me dire : pourquoi pas ? Il me semblait tout à fait le type de personne qui aide son prochain, tout ça. Mais j'en connaissais une qui ne serait pas d'accord. D'ailleurs, j'avais deviné, devant l'étonnement de Chris en me voyant à son travail, qu'elle lui avait déjà parlé. Mais tant pis. J'avais déjà décidé de prendre le risque.
-Allô ? La Terre appelle Piers !
Je me rendis compte à ce moment-là que je regardais bêtement vers le plafond, comme à chaque fois que je me perdais dans mes pensées selon les deux personnes que je fréquentais le plus et qui étaient là, devant moi.
-Tu m'as demandé quelque chose ? dis-je à Deborah, qui m'avait réveillé
-Oui. Je t'ai demandé si tu rentrais avec moi ce soir.
-Non, désolé. J'ai autre chose de prévu.
Sherry partit la première, et son silence me faisait peur.
-Oh. Ok, dit Deborah. A demain alors.
Elle me fit un câlin rapide et partit à toute vitesse, sans doute pour rattraper Sherry. Quant à moi, je poussai un soupir, et je me dirigeai plus lentement que nécessaire vers la sortie, devant laquelle j'avais rendez-vous avec mon destin. Chris m'attendait bel et bien, et je voyais Sherry et Deborah, de l'autre côté de la rue.
-Désolé de vous avoir fait attendre, dis-je en me dirigeant vers lui
-Il n'y a pas de mal, dit Chris d'un ton conciliant. Et on peut se tutoyer, non ?
-Euh… Ouais, dis-je, étonné par sa franchise. Tu voulais faire quelque chose de précis ?
-Non. Juste te raccompagner. Et toi ? Tu avais prévu quelque chose ?
-Je n'avais même pas prévu qu'on se verrait ce soir, admis-je
Chris eut un rire, qui me semblait gêné, et au final, nous fûmes partis pour aller vers chez moi.
-Au fait, où habites-tu ? lui demandai-je
-Juste un peu plus loin. De l'autre côté du centre ville. Pourquoi ?
-Parce que ça me gênerait que tu me raccompagnes alors que tu habites à l'autre bout.
-Moi ça ne me gênerait pas. Ne t'en fais pas pour ça, ok ? dit-il avec un beau sourire
-Euh… Ok, balbutiai-je
Là encore, je fus surpris par son enthousiasme. Il m'avait paru évident, un peu après notre rencontre, qu'il avait été aussi intrigué par moi que moi par lui, mais là, c'était différent. J'avais presque l'impression qu'il me faisait du rentre dedans. Ça me faisait vraiment bizarre. Je ne pouvais m'empêcher de penser à ce que Sherry m'avait dit sur les risques, mais c'était trop tard maintenant.
-Au fait, sommes-nous plus tard ? demanda soudain Chris
-Comment ça ?
-Me parleras-tu des problèmes qui font que toi et ta copine ne voulez pas qu'on se fréquente ?
-Ce n'est pas qu'on ne veut pas. C'est qu'on ne peut pas, le corrigeai-je
-Je ne vois pas de grande différence, dit Chris en levant un sourcil
-Il y en a une, Chris. J'adorerais qu'on puisse réellement être amis, comme tu le souhaites, mais ce n'est pas aussi simple. Ça ne dépend pas que de toi et moi.
-Je comprendrais sans doute mieux si tu finissais par m'expliquer.
Je ne répondis rien, sans m'arrêter de marcher. Et Chris me fit une piqûre de rappel quand nous fûmes arrivés devant chez moi. J'avais beau me dire que j'étais prêt à lui en parler, j'avais toujours du mal. C'était la première fois que j'avais l'occasion de m'ouvrir comme ça, depuis Deborah. Et encore, avec elle, je ne l'ai pas fait. Mais Chris avait ce truc qui faisait qu'il inspirait la confiance.
-Je préférerais qu'on en parle ailleurs, dis-je
-Encore ? Où ?
-Il y a un parc désert pas loin. Suis-moi.
Nous fûmes donc repartis, une fois que Chris eut fini de manifester son amusement quant au fait que j'aimais bien lui parler dans des endroits tranquille. Comme s'il avait peur que je l'agresse, ou quelque chose du genre. Mais ça avait l'air de l'amuser. Sans doute à cause de l'anecdote pas tellement amusante de notre première rencontre. En parlant de ça, je m'étonnais un peu que, lui, n'en reparle pas. Bon, mes blessures étaient quasiment guéries et invisibles, mais quand même.
Une fois au parc, je m'asseyais sur une des balançoires, et Chris s'assit à côté de moi.
-Je t'ai dit que c'était par rapport à ce que j'étais, pas vrai ? commençai-je
-Oui, c'est ça. Que voulais-tu dire ?
-Eh bien c'est parce que l'expression "Les pêchés du père coulent dans les veines du fils" s'applique à moi. Dans une certaine mesure.
-Quelque chose par rapport à tes parents, donc, comprit Chris. Et c'est pour ça que tu ne m'as pas donné ton nom de famille ?
Il n'y a pas à dire, Chris est plus perspicace qu'il n'en a l'air.
-Oui, c'est pour ça. Je m'appelle Piers Birkin.
En tant qu'agent pour le BSAA, je savais que Chris connaîtrait ce nom. Et sa réaction ne se fit pas attendre longtemps. Il me regarda avec de grands yeux ronds, qui trahissaient son débat intérieur. Est-ce qu'il allait me juger, lui aussi, comme tous les autres, à cause du bordel que mes parents avaient foutu à Raccoon City il y a cinq ans ?
-Tu es… le fils de William et Annette Birkin ? bégaya Chris
-Oui.
Je ne lui dis pas tout de suite que j'avais été adopté quand j'avais cinq ans. J'attendis de voir comment il prendrait la nouvelle telle quelle. Sa réaction me surprit.
-Mais tu ne travailles pas pour Umbrella, si ? tenta-t-il
-Pour quel laboratoire crois-tu que je travaille ?
-Ah.
Et paf, deuxième information cinglante dans sa tronche. Quelque part, tant mieux. C'était bel et bien un bon moyen de me rendre compte de la loyauté que Chris voulait avoir envers moi, et de voir s'il était aussi digne de confiance que je le pensais. Il ne dit rien pendant quelques minutes, sans doute histoire de digérer, et, là encore, il ne dit pas ce à quoi je m'attendais.
-Pourrais-je savoir pourquoi ton amie était aussi déterminée dans l'idée de m'éloigner de toi ?
Les questions qu'ils posaient à chaque fois n'avaient aucun rapport avec les informations que je venais de lui donner. Je compris qu'il souhaitait refaire lui-même le puzzle que j'avais instauré dans son esprit.
-Pas mon amie, commençai-je par le corriger. Ma sœur, Sherry. Et si elle est aussi déterminée, comme tu dis, c'est parce que le BSAA a tué son petit-ami il y a deux ans.
-Oh. Je suis vraiment désolé de l'apprendre, dit Chris en baissant les yeux
-Ce n'est pas de ta faute.
A vrai dire, la logique aurait voulu que j'en veuille au BSAA, moi aussi. Surtout qu, moi aussi, j'aimais beaucoup Jake. Mais je me dis tout simplement que moi, qui ne voulais pas être jugé pour ce que j'étais, je n'avais certainement pas l'envie, et encore moins le droit, de juger les gens pour ce qu'ils n'étaient pas. Et puis… Comment étais-je supposé pourvoir en vouloir à Chris, après la cinglante amertume que j'ai entendue dans ses excuses ?
-Mais ça ne tient pas debout, reprit-il une bonne minute plus tard. Tu disais que les gens te jugeaient pour ce que tu n'étais pas, et là, tu viens de me dire que tu travailles bel et bien pour Umbrella.
-Je t'ai dit ça pour te tester, dis-je. En réalité, j'ai été adopté par Annette Birkin quand j'étais petit, et Sherry et moi jouons un double jeu dangereux, en étant des indics pour le FBC. Certains membres d'Umbrella l'ont découvert, ce qui fait que nous sommes recherchés à la fois par le BSAA et par Umbrella.
-Quand même, dit Chris avec un rire gêné
-Tu comprends le danger, maintenant ? dis-je. S'ils apprennent que je traîne avec toi, tu auras sans doute Umbrella au cul. Plus que nécessaire, ajoutai-je, voyant qu'il allait répondre
-Je vois, dit-il d'un ton pensif
Chris se plongea dans un silence méditatif, sans doute en train de faire ou de refaire le tri dans ce que je venais de lui dire, et, finalement, il me donna la réponse que j'espérais pas si secrètement que ça.
-Je me fiche pas mal de tes activités professionnelles ou du caractère de tes parents, Piers. On peut quand même bien s'entendre, tant que tu ne fais pas de mal à des innocents. Marché conclu ?
-Marché conclu, dis-je, plus que satisfait mais sans rien trahir
Chris poussa un soupir, en se balançant négligemment sur la balançoire, et je me surpris à faire mécaniquement de même. J'avais l'impression d'être en plein rêve romantique pour adolescente, mais, heureusement, le cœur n'y était pas. Ce serait carrément malsain.
Au final, nous nous sommes retrouvés à échanger des banalités, comme ce qu'on faisait réellement dans la vie, comment s'était passé notre journée, et autres, et avant que je ne m'en rende compte, la nuit était déjà bien tombée - normal pour un mois de décembre - mais je ne vis l'heure que quand mon portable vibra violemment dans ma poche. C'était Sherry qui me demandait ce que je foutais, et il était quasiment huit heures et demie. Alors que j'étais sortie du labo à six heures. Classe.
-Tu dois y aller ? devina Chris en voyant ma tête, sans doute
-Ouais. Je peux voir ton téléphone, deux minutes ?
-Bien sûr.
Chris me tendit son portable, et je tapotai, rapide comme l'éclair, quelque chose qu'il ne comprendrait pas avant un moment, à mon humble avis. Je lui rendis, et il m'offrit un regard intrigué.
-Mon numéro, expliquai-je. Je t'ai donné mon numéro.
-Ah, merci. Tu ne veux pas le mien ?
-Tu n'auras qu'à m'appeler ou m'envoyer un message dans deux heures. A la prochaine.
Je me levai d'un bond, pour ainsi dire, et je me cassai du parc avant que Chris n'aie le temps de répondre, ou même de réagir. C'était un grand garçon, il s'en remettrait. En une dizaine de minutes, je fus de nouveau chez moi, et deux minutes supplémentaires firent que j'arrivai dans ma chambre pour m'affaler dans mon lit. Bien entendu, le fait de voir les lumières clignoter me fit froid dans le dos, je savais ce que ça signifiait. Un regard vers ma porte me confirma ce que je pensais.
-Que veux-tu ? lançai-je à Sherry, qui ne bougeait pas
-Je pensais que tu étais mature, mais là, j'ai l'impression de parler à un gamin en pleine crise d'adolescence, dit ma sœur en mettant sa tête dans sa main
-J'ai seize ans, Sherry. Ça devait bien arriver.
-Tu ne comprends pas, Piers, dit-elle en venant vers moi. Je t'ai mis en garde, je l'ai mis en garde, et vous n'en faites qu'à votre tête. J'ai l'impression de me mettre entre Roméo et Juliette.
Sherry s'assit sur mon lit, au niveau de mes genoux, et je ne pus m'empêcher de bouillir légèrement. Quand je disais que le côté romantique de ma façon de voir les choses était ironique.
-J'ai eu une intuition, me justifiai-je en lui tournant le dos pour cacher ma gêne
-Lui aussi, apparemment. Et tu sais comment on appelle ça, deux personnes qui ont la même intuition sur l'autre en même temps ?
Je regardai Sherry, pour lui faire signe que non. J'avais une certaine appréhension par rapport à sa réponse, et elle ne me déçut pas.
-On appelle ça des âmes sœurs, dit-elle d'un ton moyennement amusé
-Tu es ridicule. Ça ne t'est jamais arrivé à toi ?
-Si. Avec Jake.
Comme à chaque fois que Sherry parlait de lui, j'entendais ce profond chagrin dans sa voix, et il se reflétait inexorablement en moi. Cette perte m'avait affecté, aussi, alors je n'osais même pas imaginer comment se sentait Sherry. Et rien que de l'entrevoir, ça me brisait le cœur. D'ailleurs, elle dut voir mon débat intérieur sur mon visage, car elle reprit avec un ton sarcastique.
-Imagine qu'il arrive la même chose à Chris, dit-elle. Là, tu te sens mal, mais ce n'est rien comparé à la délicieuse souffrance que l'on ressent quand quelqu'un qu'on aime souffre ou meurt par notre faute.
-Je le sais, Sherry.
-Tu le sens, tu le sais, et tu continues de me désobéir. Pourquoi ?
Je baissai les yeux, inutilement car j'étais déjà allongé. Je ne savais pas pourquoi je ne l'avais pas écoutée. Au début je le voulais, mais… La vérité, c'est que, malgré ce que je me répétais, je ne pouvais m'empêcher de penser à Chris. C'était ridicule. Le pire, c'est que je ne pouvais même pas me dire que c'était parce qu'il m'avait sauvé la vie, non. C'était simplement parce qu'il était entré dans ma vie. Je retournais le problème dans tous les sens, et je me mis presque à croire à l'histoire d'âme sœur de Sherry. Elle me l'expliquait elle-même, et elle s'obstinait à l'éloigner de moi. C'était vraiment le comble de l'ironie.
-Parce que je n'ai jamais essayé de t'éloigner de Jake, dis-je finalement. J'aurais pu, mais je ne l'ai jamais fait. Tu sais pourquoi ?
Sherry ne répondit pas. Elle savait très bien ce que j'allais dire, parce que c'était elle-même qui me l'a dit, il y a relativement longtemps.
-Parce qu'il vaut mieux connaître le bonheur et le perdre…
-Que ne pas le connaître du tout, me coupa-t-elle. Tu es gonflé de me ressortir mes propres puchlines, dit-elle d'un ton presque amusé
-Je me suis dit que si je n'arrivais pas à te raisonner, toi-même tu y arriverais, ricanai-je
-Ne dis pas de bêtises, petit frère, dit Sherry en riant. Tu sais que j'ai toujours raison.
Je me redressai pour prendre Sherry dans mes bras. Comme ça, sans raison. Ou plutôt si, je savais très bien pourquoi. Ça arrivait à chaque fois qu'on parlait de Jake. Elle gérait vraiment mieux son chagrin que moi, c'était ridicule. Elle me serra contre elle, en caressant la racine de mes cheveux, au niveau de ma nuque. C'était son moyen à elle de me calmer, et ça marchait presque tout le temps.
-Donc ? Tu vas continuer à voir Chris ? finit par dire Sherry
-Oui, dis-je sans réfléchir. Il sait ce que je suis, et je continuerai de le voir tant qu'il le voudra.
-Ou alors, tu vas te changer en stalker ? s'esclaffa-t-elle
-Ne sois pas ridicule, bégayai-je
-Allez, bonne nuit mon petit Piers. Demain, nous en reparlerons.
Sherry m'embrassa sur le front et se leva de mon lit avant de sortir de ma chambre. Je retombai le dos sur mon lit, incapable de fermer l'œil. il faudrait que je dorme, je serais debout tôt demain, mais rien à faire. Ma discussion avec Sherry revenait sans cesse dans ma tête. Chris, Jake, Sherry, toutes mes données se mélangeaient à une vitesse ahurissante.
Et puis, mon téléphone portable sonna. Numéro inconnu. Je décrochai, un peu méfiant.
-Allô ? dis-je
-Bonsoir Piers, dit une voix que je reconnus tout de suite
-Salut Chris, dis-je, soulagé d'un seul coup. J'avais un peu oublié que tu devais m'appeler. Ou plutôt, je m'attendais à ce que tu m'envoies plutôt un message.
-Ah. Eh bien non, moi je préfère parler de voix à voix, tu vois ?
-Je vois, dis-je bêtement amusé par sa répétition
Et là, pour la première fois depuis que je le connaissais, un silence maladroit s'installa entre Chris et moi. Ce qui n'était pas vraiment étonnant, à bien y penser. Il fallait bien que ça arrive. Je crus même l'entendre se racler silencieusement la gorge, et je luttais pour ne pas faire de même. C'est comme ça que je me rendis compte que, en réalité, je voulais lui parler plus. Le problème était que, là, tout de suite, je n'avais rien à lui dire.
-Pourra-t-on se revoir demain ? demanda-t-il finalement
-Si tu veux. Mais je finis les cours à seize heures. Je ne sais pas si…
-Ne t'en fais pas pour moi, me coupa gentiment Chris. Je t'attendrai devant ton école. A demain.
-A demain.
Je raccrochai et je me laissai de nouveau tomber sur mon lit. Je me souvins seulement à ce moment-là que j'avais effectivement dit à Chris où était mon école. Aussi, j'appréhendais déjà l'interrogatoire de Deborah par rapport au fait que je lui ai posé un lapin aujourd'hui. Je savais qu'elle m'avait vu avec Chris, comme elle venait de partir avec Sherry. Et bizarrement, juste après ça, je m'endormis à une vitesse surnaturelle.
Le lendemain matin, appelons ça un incroyable retour de karma, pour la première fois depuis une éternité, je tombai sur mon père dans la salle à manger. Je lui adressai un vague coucou, auquel il répondit presque sans lever le nez de son café, et j'allai préparer mon petit-déjeuner. Je me demandais à quel point il était au courant de ce qui m'arrivait dernièrement, si Sherry avait craché le morceau. Je savais qu'elle ne l'aurait pas dit à notre mère, pour des raisons évidentes, mais aurait-elle été capable de le dire à notre père ? Je poussai un soupir, et je me dirigeai vers la table pour m'asseoir près de mon père, qui venait d'ouvrir son journal.
-Bonjour papa, lançai-je, tout hasard
-Bonjour Piers, dit-il, sans me regarder. Comment vas-tu ?
-Je vais bien. Et toi ?
-Bien aussi, merci. Qu'est-ce que tu racontes depuis le temps ?
Mon père prit une gorgée de café, pendant que je réfléchissais. C'était bête, je sais, mais je réfléchis avant de répondre à cette question. Je ne dis donc pas la première chose qui me passait par la tête, évidemment, et optai pour la seconde.
-Deborah fête l'anniversaire de sa sœur la semaine prochaine, le vingt-et-un. Je passerai la soirée et la nuit chez elle, et je rentrerai le lendemain, avant midi.
-Ta sœur n'est pas invitée ? dit papa d'un ton suspicieux
-Si. Mais elle a autre chose de prévu.
-Quelque chose d'important ?
-Je suppose, oui, dis-je en haussant les épaules. En tous cas, elle ne m'a pas donné les détails.
Mes parents n'étaient évidemment pas au courant du double jeu de Sherry et moi, en tant que figures importantes d'Umbrella. Je ne pus donc pas dire à mon père qu'elle allait voir le directeur du FBC pour notre rapport mensuel mercredi prochain. Cependant, j'ai dû dire quelque chose qu'il ne fallait pas, car mon père me fixa avec encore plus de suspicion.
-C'est vrai que ta sœur est une cachottière, elle tient ça de sa mère. Et toi, fils, que me caches-tu ?
Je faillis avaler ma salive de travers, et mon père dut le voir car il sourit. Et quand William Birkin souriait, ce n'était jamais bon signe. C'était un sourire calculateur et presque carnassier, que je ne voyais pas souvent mais que je connaissais bien, car Sherry avait parfois le même.
-Qu'est-ce qui te fait dire que je te cache quelque chose ? tentai-je
-Tu n'as pas touché à ton petit-déjeuner, pour commencer. Et c'est la première fois depuis une éternité qu'on discute aussi longtemps. J'en déduis donc que tu meubles parce que tu as peur de dire quelque chose que tu ne voudrais pas dire. Ai-je bon ?
-Oui, soupirai-je
-Donc tu ne veux vraiment pas m'en parler ? ajouta-t-il d'un ton plus conciliant
-Pas pour le moment, admis-je. Je t'en parlerai quand j'aurai moins de doutes.
-Comme tu veux.
Mon père se replongea dans son journal, et, dans ma poche, mon téléphone vibra. Je lançai un regard à mon père, qui n'avait pas réagi, et je sortis de la salle pour voir de quoi il s'agissait. C'était Chris, qui me proposait de m'attendre devant chez moi pour me déposer à l'école. Après un rapide coup d'œil dans la chambre de Sherry, qui dormait encore à poings fermés, je lui dis qu'on devrait plutôt se rejoindre au niveau du parc où nous nous sommes vus le soir précédent. Il a répondu tout de suite qu'il était d'accord. Je laissai échapper un soupir, et je retournai dans ma chambre pour finir de me préparer. Je me surpris à dévaler les escaliers pour aller à mon rendez-vous, pour ainsi dire, et je vis, au regard de mon père qui me regardait passer, que la conversation était loin d'être terminée.
En quelques minutes, je fus de retour au parc. Chris m'attendait déjà, sur la même balançoire que pendant notre dernière entrevue. Il se leva quand il me vit, et vint vers moi pour me tendre la main.
-Bonjour Piers, me dit-il d'un ton poli qui semblait habituel
-Bonjour Chris, dis-je en lui serrant la main. Comment ça va ?
-Bien, merci, dit-il avec un sourire. Et toi ?
-Pas trop mal. Je crois que j'ai avalé mon petit-déjeuner de travers.
Chris rit. Qu'est-ce qui m'a pris de dire ça ?
Cependant, il ne fit pas de commentaire, et il me déposa à mon école, en me promettant de revenir me chercher au même endroit demain matin.
-On ne se voit pas ce soir ? laissai-je échapper
-Non, ce soir je ne peux pas. Et puis… n'abusons pas des bonnes choses, hein ?
J'allais répondre quelque chose, mais il me coupa la parole, pour ainsi dire, lorsqu'il m'ébouriffa les cheveux en souriant. Il partit, en me faisant un signe de la main, et je ne sus trop pourquoi mon cerveau a eu autant de mal à redémarrer, pour le coup. En tous cas une chose était sûre : il était vraiment trop tard pour revenir en arrière.
