Auteur : TheProblematique ( u/2176345/TheProblematique )
Titre : Veritas
Disclaimer : L'univers appartient à Gene Roddenberry et à J.J Abrams, et l'histoire à TheProblematique.
Avertissements : Traduction & fic slash assez graphique (traitant de relations amoureuses et sexuelles entre garçons).
Ce chap m'a donné un peu de fil à retordre et je ne suis pas entièrement satisfaite, mais je vous souhaite quand même une bonne lecture !
Chapitre 6 : Suppressio Veri
« Parlez-moi de cet "incident d'allergie". M. Spock semble avoir complètement ignoré des ordres directs dans cette instance, et j'ai besoin de savoir exactement ce qui est arrivé. »
« Oui ! » Jim sauta avec excitation dans sa chaise et effleura accidentellement des doigts le dos de la main de Spock qui était posée sur l'accoudoir, il était vraiment agité. Elle fut immédiatement retirée bien sûr, d'un geste aussi rapide que l'éclair.
Il surprit également le petit sourire indulgent de Moss face à cette évidente démonstration d'enthousiasme, car c'était quelque chose dont le jeune Capitaine n'avait pas fait preuve depuis leur rencontre.
« Oui, c'est vraiment des conneries ! Ça dit ici que… » Il relut l'entrée dans ce qu'il appelait maintenant La Liste de la Mort et se hérissa avec agacement. « … L'arrêt non prévu pour chercher du matériel médical commandé par le Capitaine intérimaire Spock a servi à soigner une simple allergie. D'abord, oui c'était imprévu, mais nous sommes quand même arrivés au rendez-vous à temps, et le protocole sur les arrêts non approuvés par Starfleet est au mieux vague, surtout si on considère que techniquement la santé d'un membre de l'équipage était en danger. Deuxièmement, cette "simple allergie" m'empêchait de respirer correctement, donc on pourrait affirmer que ça gênait mon commandement. »
« Vraiment ? » Moss gribouilla furieusement. Avec un stylo. Sur du papier. Jim le fixa, puis se tourna pour échanger un regard avec Spock mais ne trouva aucun regard sombre prêt à croiser le sien dans une complicité silencieuse. Au lieu de ça, le demi-Vulcain regardait intensément le carnet que l'avocat utilisait. « Mais on pourrait affirmer que vous n'étiez pas aux commandes, puisque M. Spock a été forcé de prendre la relève et que c'est lui qui a ordonné le détour du vaisseau. »
« Mais… mais ce n'est pas de ça que je parle. Bien sûr que je n'étais pas aux commandes, je viens juste de dire que j'en étais incapable… J'étais à l'infirmerie à cause de cette "simple allergie" ! »
Moss sourit et Jim avait déjà deviné que c'était un autre petit test.
« Bien sûr. Mais les avocats aiment retourner vos propres paroles contre vous. Donc, au lieu de "on pourrait affirmer que ça gênait mon commandement", dites "j'ai été forcé de me décharger de mon commandement à cause de ce sérieux problème médical". » Spock n'avait toujours pas jeté le moindre regard à son Capitaine. Moss continuait. « Tout ça est très utile. Je vais avoir besoin du journal de votre médecin-chef pour l'enregistrer comme preuve, bien sûr. »
« Pas de problème. » Jim fixait toujours Spock, son enthousiasme retombant, pour être remplacé par de l'agacement quand il devint apparent que son Premier Officier l'évitait délibérément. Qu'est-ce qui se passait, au juste ?
« Kirk ? »
Spock était-il en colère pour une raison ou une autre ? Peut-être que cette histoire avec Ben Finney l'avait dérangé plus que Jim l'avait cru ?
« Kirk. »
« Quoi ? Quoi ? »
Il y eut un silence, puis Moss poussa un profond soupir.
« D'accord. Très bien, j'en ai assez. Ce qu'on a dit hier ? Oubliez ça. Entièrement. Ça ne va pas aller. »
« Quoi ? »
Jim retomba dans sa chaise, ayant l'impression que l'air venait d'être aspiré de son corps. « Qu'est-ce que vous voulez dire par "ça ne va pas aller" ? »
« Oui, veuillez clarifier, » dit Spock, s'avançant légèrement dans son siège et croisant ses mains sur ses genoux. C'était sans aucun doute un geste inconscient, puisque ses oreilles vulcaines pouvaient recevoir chaque mot à la perfection, et où était la logique dans le fait de croiser étroitement ses doigts ?
« Je ne peux pas vous faire passer pour des collègues. Ça ne va pas être possible. Je vais aussi être incapable de faire en sorte que tout le monde ignore le lien évident qui existe entre vous deux. Et avant que l'un de vous deux ne songe à m'interrompre avec un discours courageux sur l'amitié, économisez votre salive et abstenez-vous. Écoutez-moi. »
Pour une fois, ils s'exécutèrent tous les deux. Dans le cas de Jim c'était par pure crainte, car il devint submergé par le genre de panique qui bloquait ses membres, pas par le genre qui lui éclaircissait l'esprit et lui donnait une poussée d'adrénaline pendant les situations de crise. Il n'était pas doué pour ce genre de truc… subtil… et sentimental. Il ne savait pas comment agir, et à l'heure actuelle, même penser avec un semblant de cohérence semblait être un défi.
« Amitié ou pas, liaison ou pas, je retire ce problème de l'équation. Ne vous occupez plus de vous distancer. Enfin, d'accord occupez-vous-en, pensez à agir normalement… comme des amis normaux. Mais à partir de maintenant, nous sommes au-dessus de toute cette spéculation dérisoire. Si l'accusation veut aborder le sujet, nous dirons "Vous êtes ridicules." S'ils prétendent que vous êtes ensemble nous dirons "Ce n'est pas pertinent pour cette cour." Mais je ne vais pas risquer que cette chose se retourne contre nous. Il est inutile de lutter contre l'inévitable ; je suis sûr qu'Areel voudra utiliser ça pour vous blesser d'une manière ou d'une autre et si elle est intelligente elle trouvera un moyen de s'assurer que ça ait l'air de – »
« Attendez. » Un effroi glacé tordit le ventre de Jim jusqu'à ce qu'il sente une crampe douloureuse. « Attendez. Areel ? »
« Oh, c'est vrai, je voulais vous le dire. Starfleet a mis cette jeune procureur sur l'affaire… et pour être honnête je ne sais pas à quoi ils jouent parce qu'elle fait la moitié de mon âge et ne doit pas avoir son diplôme depuis plus de deux ans, peut-être trois – »
« Areel Shaw, » interrompit Jim, d'une voix plate.
« Oui. Quelque chose ne va pas ? »
« Jim a déjà fait sa connaissance, » se proposa Spock. « Elle semblait entretenir des sentiments amoureux envers lui. »
« Quoi ? » Moss avait l'air d'être sur le point d'avoir une attaque.
« Non ! Quoi ? Non. Ce n'est pas… ce n'était pas du tout comme ça, » intervint rapidement Jim. Il fixa Spock et se sentit soudain seul, et… blessé, pour une raison inconnue. Spock refusait toujours de croiser son regard. « Nous nous sommes rencontrés à ce club il y a un an, mais ce n'est pas… il n'y a jamais rien eu… il ne s'est rien passé. »
« Mes excuses, » dit calmement Spock. Sa tête s'abaissa doucement et il sembla très humain à cet instant ; regardant ses genoux avec ce qu'on pourrait presque appeler de la honte… ou de l'embarras. Au minimum, de la confusion. « Je me suis… mépris. »
Mais… Spock ? Embarrassé ou confus ? Jamais.
Bon sang, qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?
« C'est… enfin, elle a seulement demandé une danse. » Jim baissa la voix et se rapprocha de son ami avec inquiétude. « J'ai dit "non", vous vous souvenez ? On vient juste d'en parler, qu'est-ce que… ? » Qu'est-ce qui avait changé ? Depuis une heure auparavant lorsque lui et Spock avaient combattu un ennemi commun et avaient gagné, en quelque sorte, qu'est-ce qui avait bien pu rendre le Vulcain soudainement mal à l'aise en sa présence ?
Est-ce que ce serait trop bizarre si Jim posait une main sur l'épaule de Spock ?
Moss prit une profonde inspiration pour se raffermir et tapota son bureau avec impatience.
« Excusez-moi. M. Spock, veuillez avoir la gentillesse de quitter la pièce ; j'aimerais parler au Capitaine Kirk. »
« C'est bon. Ça ne me dérange pas, laissez-le rester. »
Il avait dit ça sans réfléchir, bien sûr, parce que le départ de Spock était habituellement de mauvais augure, mais après qu'il ait parlé il réalisa que ce ne serait peut-être pas une si mauvaise idée d'entendre ce que l'avocat avait à lui dire en privé.
Cette petite crise lui fut évitée quand Moss secoua fermement la tête.
« Je suis désolé, M. Spock, mais c'est nécessaire. »
Un éclat de détresse passa momentanément sur les traits de Spock, puis il se leva de sa chaise d'un seul geste fluide. Il était certain que quelque chose préoccupait le Vulcain, puisque normalement aucune trace de tourment intérieur ne transparaissait sur cette façade de pierre.
« Désirez-vous que je reste à l'extérieur ? »
« Oui s'il vous plaît, Commandant, » acquiesça Moss. « J'aimerais vous parler aussi plus tard. »
« Très bien. »
Quand Spock se tourna pour partir Jim regretta de ne pas avoir touché l'épaule du Vulcain malgré tout, même si cela n'aurait servi qu'à rendre Spock légèrement mal à l'aise… parce que Jim savait que Spock savait que le geste se voulait réconfortant, et serait donc interprété comme tel.
« On se voit dans quelques – »
La porte se referma dans un glissement derrière lui et Jim réalisa, non sans irritation, qu'il s'était tourné pour fixer désespérément le dos de Spock, comme un chiot transi d'amour ou un truc tout aussi pathétique. Et si ce qui embêtait Spock en réalité était son comportement collant ? Et si Spock avait enfin réalisé que c'était, à la base, de la faute de Jim si tout ça arrivait ?
Le procès leur chamboulait les esprits.
Reprends-toi, Kirk. Il devait se réveiller ; il s'était déjà rendu compte qu'il s'appuyait trop lourdement sur son Premier Officier ; il devait prendre ses distances, se souvenir de qui il était et du fait que le soleil métaphorique ne se levait pas et ne se couchait pas avec le fichu Commandant Spock.
« Kirk. »
« Oui ? »
Moss croisa les doigts et soupira.
« Je crois que nous pouvons battre ces accusations. »
« Euh… d'accord ? »
« Je crois que ce sera difficile et que ça prendra du temps, mais nous pouvons gagner. Bien sûr que nous pouvons gagner. Les gens vous admirent et vous respectent, vous êtes apprécié dans la flotte maintenant – »
« Enfin je ne dirais pas vraiment ça. »
« Vraiment ? » Les sourcils de Moss montèrent à ses cheveux. « J'ai entendu dire que vous étiez l'un des Capitaines les plus aimés. »
« C'est peut-être l'impression que le net veut donner… mais c'est faux. Je ne suis pas… j'ai encore des choses à apprendre. Bien sûr. Et beaucoup de vétérans le savent. La plupart… en ont on va dire "marre" de ça… et certains n'aiment pas ça. »
« Hmmm. »
Il n'allait pas tomber dans le panneau. Il n'allait pas demander – « Quoi ? »
Bon sang.
« Rien. Il me semble juste que… vous êtes peut-être plus populaire que vous le croyez. »
À ces mots Jim ne put qu'émettre un bruit de dédain et secouer la tête.
« C'est quoi cette histoire comme quoi on vous a vus vous embrasser, alors ? »
Oh… Seigneur.
« Quoi ? »
« Vous m'avez entendu. »
Jim grogna.
« C'est une blague. Ça doit être une blague, hein ? »
« J'aimerais bien, Capitaine Kirk. Malheureusement non. Les rumeurs volent littéralement par ici… et ce n'est pas une bonne chose. Les médias devraient arriver sur Theta dans environ une semaine – »
« Les médias ? Mais je croyais – »
« - avant que le procès commence, et je ne veux pas que de nouvelles histoires de cœur circulent sur le net. »
« Votre sens de l'humour craint. »
« Kirk, s'il vous plaît. »
Il ne put s'en empêcher ; sa paume s'abattit contre la table et il se leva, sa chaise se renversant avec fracas. « Bien sûr que nous n'avons pas… ! Fait chier ! Je déteste ça ! Je déteste tout ça ! C'est tellement… vous, les gens, et vos hypothèses stupides et… ! Ça me fait m'apitoyer ! M'apitoyer ! Avant je détestais les gens qui s'apitoient ! Et je veux y faire quelque chose mais chaque fois que j'essaie on dirait que ça ne fait qu'empirer notre situation, et Spock… oh non, oh par pitié ne le dites pas à Spock. » D'un mouvement brusque il s'appuya sur la table, sachant très bien qu'il affichait son air le plus sérieux et le plus implorant et que ses yeux paraissaient énormes de près. « S'il vous plaît, je ne veux vraiment pas qu'il le sache. »
Moss rencontra son regard avec une réserve froide. « Vous savez que soit il nous entend à travers cette porte, soit il finira par le découvrir. »
« Oui. Mais s'il vous plaît… pour l'instant, ne dites rien. Spock n'a pas besoin d'ajouter des complications émotionnelles à celles qu'il a déjà maintenant… je ne veux pas ajouter un autre fardeau… ce bordel est digne d'un cauchemar Vulcain. »
« J'en suis certain. »
Jim n'aimait pas la façon dont l'avocat parlait, comme s'il savait des choses que Jim ignorait, mais cette fois il était déterminé à ne pas se laisser prendre.
« Écoutez, Kirk. Je voulais vous parler en privé parce que je pense qu'il serait bon que nous clarifions l'un des points les plus importants de l'accusation une bonne fois pour toutes. »
"La voilà qui arrive," pensa Jim. "Entretenez-vous secrètement un amour passionné et refoulé pour votre Premier Officier… ?"
« Qu'est-ce qui fait que vous ignorez le protocole d'exploration chaque fois sans exception ? »
Oh. Quoi ?
C'était inattendu.
« C'est ça votre question finale ? »
« Oui. »
Il haussa les épaules. « Écoutez, j'aime partir en mission. Il n'y a rien dans les règlements qui interdit à un Capitaine de les mener, et rien de plus qu'une recommandation qu'i – que le Premier Officier reste à bord pendant que je suis sur la planète. J'admets que je prends souvent Spock avec moi, mais c'est parce qu'il est le meilleur Officier Scientifique du vaisseau. Et encore, nous n'y allons pas toujours ensemble. »
« Oh, ça je le sais. Je ne parle pas de ça. Je parle des occasions où il y a un danger potentiel, ou lorsque la section 6.2 est impliquée… ? Admettez que ce n'est pas joli. »
La section 6.2.a traitait de l'indisponibilité du Premier Officier d'un vaisseau pour se téléporter sur une planète en raison d'un problème de santé, et interdisait plus ou moins au Capitaine de partir également si c'était le cas, pour empêcher que les deux officiers supérieurs ne soient hors service et/ou impliqués dans une situation périlleuse. Le 6.2.b développait cela en disant que si ledit PO était sur planète et incapable de remonter, le Capitaine n'était pas autorisé à faire partie de l'équipe de recherche qui allait le récupérer, pour la même raison.
Techniquement Jim avait enfreint celle-là plusieurs fois, il le savait.
« Mais cette règle est idiote, » se vit-il dire. « En gros, si Spock est en danger quand je suis déjà sur planète je peux essayer de le secourir moi-même… mais si je suis sur le vaisseau quand ça arrive, je ne peux pas ? »
« Je ne dis pas que la 6.2 se tient, Kirk. Je dis que vous l'avez enfreinte à de multiples occasions en sachant très bien ce que ça impliquait. »
« Argh. »
« Et M. Spock aussi. »
« Vraiment ? »
Il tenta de se souvenir… oui, par deux fois Spock s'était téléporté avec les secours… Jim se permit un bref sourire. Il se souvint de Spock lui disant dans ce labo comment il avait obtenu la liste et "Je crois que vous avez toujours fonctionné en estimant que je respecterais les règles quelles que soient les circonstances…"
« Mais nous pouvons argumenter contre ça, » dit Moss d'une voix rassurante et confiante. « Ne vous inquiétez pas, j'ai fait des recherches dans le dossier d'autres Capitaines – »
« Attendez, vous avez le droit de faire ça ? »
« - et j'ai trouvé un récurrence assez intéressante dans la plupart des affaires qui amoindrira vos erreurs. Je ne crois vraiment pas que tout ça justifie de retirer M. Spock de son poste à l'Enterprise et de le réassigner sur un autre vaisseau. »
« Oh. Bien. Merci. »
Moss afficha un sourire qui ne contenait qu'une pointe de condescendance. « C'est mon boulot. »
Jim leva les yeux au ciel, mais pour la première fois il eut l'impression qu'il pourrait faire confiance à cet homme.
« Donc… c'est vraiment tout ce que vous vouliez me dire ? »
« Oui, en gros. Je vous reverrai ici après le déjeuner, alors ? »
« D'accord. »
Jim se précipita vers la porte, impatient de parler à Spock et de discuter de ce qui le contrariait (d'une manière détournée et exaspérante, sûrement, vu que Spock prendrait un certain temps à admettre qu'il puisse ressentir de la "contrariété"), mais ensuite…
« Kirk ? Un instant. »
« Quoi ? »
« Ces… accusations. Elles semblent un peu innocentes pour être menée devant une cour martiale. Elles auraient plus leur place dans un rapport d'avertissement, vous ne trouvez pas ? »
Les doigts de Jim effleurèrent le panneau de contrôle à côté de la porte, mais il ne se retourna pas. Bien sûr qu'il y avait réfléchi. Bien sûr qu'il y avait pensé dès l'instant où Spock lui avait expliqué les charges (ou, enfin, peut-être après qu'il ait fini de paniquer et tout ça). Simplement, il n'aurait jamais cru que l'avocat militaire irait jusqu'à lui en parler.
« Ouais. C'est ce que je me suis dit. »
« Je vais parler franchement, James. Connaissez-vous quelqu'un dans l'Amirauté qui aurait quelque chose contre vous ? Parce qu'une chose pareille serait très facile à arranger, bien sûr, et techniquement vous avez bel et bien enfreint le règlement… le simple fait de le signaler engendre un procès. Mais vous n'êtes pas le premier Capitaine à le faire et vous ne serez pas le dernier, alors je ne sais pas vraiment quel était le but… espérer que vous perdiez contre toute attente et soyez séparé de M. Spock, et que vous entachiez tous les deux vos dossiers brillants et immaculés ? Saboter délibérément Starfleet en ruinant la réputation de leur tête d'affiche avec un scandale ? »
« Pitié ne m'appelez pas comme ça – »
« Vous voir faire face à ce que vous craignez le plus et vous forcer à accepter la fragilité de votre situation ? Vous aider ? »
Jim serra le poing et ressentit à nouveau cette colère, cette colère irrationnelle envers… envers le monde, envers son injustice parce qu'il n'avait aucune autre cible à viser.
« Ils n'auraient pas dû impliquer Spock, alors, » éructa-t-il finalement. « Si c'est ce que c'est, une sorte de… d'avertissement ou quoi. Une sorte de tentative détournée de me façonner, d'essayer de me rendre meilleur, plus froid, plus détaché, je ne sais pas. Ils ont fait une grosse erreur en impliquant Spock. S'ils diffament ne serait-ce qu'un tout petit peu la réputation de mon Premier Officier et essayent de l'arracher à mon vaisseau, à… s'ils lui font ça… »
« …Ah ? Vous allez les faire souffrir ? »
Jim entra violemment le code d'ouverture et la porte s'ouvrit.
« Non. Mais je vais les faire enrager. »
ooo
Spock attendait à l'extérieur, le dos contre le mur opposé sans le toucher, une main tenant l'autre par le poignet, droit comme un i et ne montrant aucun signe de fatigue. Ses yeux se tournèrent brièvement vers Jim quand il arriva, puis il regarda de nouveau droit devant lui.
« Hé. »
« Capitaine. »
Après un salut bref il dépassa Jim, avec une allure seulement légèrement plus rapide que la normale, ce qui indiqua néanmoins à Jim avec une certitude horrible et éclatante que Spock essayait de s'éloigner de lui le plus vite possible.
« Attendez. »
Son bras s'élança sans son consentement et attrapa le poignet de Spock quand il arriva à sa hauteur ; forçant le Vulcain soit à se libérer, soit à continuer à avancer en obligeant Jim à tituber derrière lui.
Spock s'arrêta de manière à ce qu'ils se tiennent côte à côte mais dans des directions opposées, sauf que la tête de Jim était tournée pour regarder le visage de Spock mais ce dernier se contentait de regarder droit devant lui.
« Regardez-moi, » lâcha Jim, la peur et la colère alimentant sa voix. Il était nerveux et tendu et il avait besoin de Spock ; il ne pouvait pas faire ça tout seul.
« Ce n'est pas vraiment une demande logique, Capitaine, » répondit calmement Spock. Mais il se tourna, avec un regard prudent et une expression soigneusement impassible, dissimulant sûrement une émotion inconnue.
« Dites-moi ce qui ne va pas. » Apparemment demander gentiment n'était plus d'actualité et maintenant il ne pouvait plus que donner des ordres. Tant pis, il mettait ça sur le compte du stress de ces deux derniers jours, et aussi de la manière dont la mâchoire de Spock se serrait avec ce qui devait être de la colère ; une vue étrangement distrayante.
« Relâchez-moi d'abord. Il n'est pas nécessaire de recourir à l'agression physique. »
Jim se déplaça sur le côté de manière à ce qu'ils soient encore plus proches ; son épaule effleurant la poitrine de Spock et sentant immédiatement la manière dont les muscles de Spock se tendirent encore plus à ce contact. Il fut soudain content que le couloir bien éclairé soit vide et qu'ils n'aient pas en plus à faire semblant, parce qu'au moins maintenant il pouvait fusiller Spock du regard, lâcher la main de son Premier Officier mais ne pas lui donner le luxe d'avoir un espace vital, et résister à l'envie de se donner une claque, tout à la fois (ouais, il était un pro du multitâches).
« Expliquez-vous. »
« Écartez-vous, s'il vous plaît. »
« Je m'inquiète pour vous, Spock ! Vous ne le voyez pas ? »
« Écartez-vous, s'il vous plaît, Jim. »
En réprimant à peine un grognement de frustration, Jim fit deux pas en arrière et se passa une main dans les cheveux, se sentant fiévreux, hors de contrôle.
« Je suis désolé de vous avoir touché. Mais… mais qu'est-ce qui vient de se passer ? Je veux dire… tout allait bien et tout à coup vous redevenez distant comme… C'est à cause – est-ce que j'ai fait quelque chose qui vous a embêté ? Vous pouvez me le dire, Spock, c'est bon, je sais que parfois on ne se comprend pas et je vous ai peut-être offensé d'une manière ou d'une autre ? Juste… dites-moi comment arranger ça et je le ferai, mais s'il vous plaît. S'il vous plaît, laissez-moi arranger ça. Si je peux aider en quoi que ce soit… ? »
Spock resta silencieux pendant ce qui sembla être un temps infini, ses yeux sombres fixant ceux de Jim d'une manière qui lui donna presque envie de retirer ce qu'il avait dit et de demander à Spock de détourner le regard, par pitié, parce que c'était un peu trop, cette façon dont ça rendait Jim incapable de bouger ; ses membres étaient figés et son souffle lui semblait presque être une intrusion, une agitation inopportune, donc peut-être que respirer était devenu inutile… ?
Il ferma les yeux, c'est le moment, il va dire "Je voudrais une réduction significative de la fréquence et de la durée de nos interactions," et il ne pourrait pas le supporter, que Spock le repousse pour de vrai ? Pas question, non, c'était impossible…
Puis il y eut une main chaude sur le haut de son bras, le saisissant à nouveau avec une poigne ferme ; il ne l'avait même pas entendu faire ce pas en avant, le sale sournois furtif, puis il y eut la voix profonde de Spock, douce et pleine de… regret ?
« Je suis désolé. Vous n'êtes pas responsable de mes problèmes personnels actuels… Je ne voudrais pas donner la mauvaise impression. »
Jim ouvrit les yeux et sourit un peu, une puissante vague de soulagement s'engouffrant en lui et le faisant presque frissonner. « Ben, c'est ça le problème, voyez ? Quand vous ne voulez rien montrer, c'est très facile pour moi de deviner que vous cachez quelque chose. »
La surprise voleta si rapidement qu'il la manqua presque.
« C'est très perspicace de votre part, Jim, » dit Spock.
« Et il fait aussi dans les compliments. On peut dire que vous savez comment flatter un Capitaine. »
Comme il s'y attendait, un petit froncement de sourcils mignon suivit ces paroles. Mais ensuite Spock haussa un sourcil et Jim était tellement heureux de voir qu'il était de retour qu'il faillit céder à son envie de le prendre dans ses bras, ce qui aurait été idiot bien sûr.
« Vous voulez en parler ? »
« Vous désirez discutez de la raison pour laquelle je mets encore davantage mes émotions à distance ? »
« Je peux mettre mes émotions à distance ! Je peux carrément le faire ! »
Ils échangèrent un sourire (Jim sourit, Spock… fit son truc) et c'était mieux parce que ça restait non-dit, une private joke, un moment intime qu'ils étaient les seuls à comprendre et ça avait manqué à Jim, pendant ces quelques dernières minutes, ce qui quand on y réfléchissait rendait sa presque-crise de panique assez idiote, mais là encore il s'agissait de Spock.
« Je crois que M. Moss attend ma présence. »
« Ah… c'est vrai. J'avais oublié. »
Complètement.
Oups ?
« Alors… je peux vous attendre. Si vous voulez. »
« Ce ne sera pas nécessaire, vous n'avez pas encore eu l'occasion de visiter les installations. »
Il était vrai que Jim avait hâte d'explorer un peu, oui, mais il préfèrerait vraiment le faire avec un Spock à embêter à ses côtés.
« Vous non plus, » fit-il remarquer.
« Ce ne sera pas nécessaire, » répéta Spock. « Cependant, je vous retrouverai ici après l'intermède de restauration. »
Ce n'était pas une question.
« L'intermède de restauration ? Sérieux ? Ça vous tuerait de dire "déjeuner", hein ? »
« La mort par utilisation d'expressions familières est hautement improbable, Jim. »
Et une blague. Jim eut un sourire satisfait et donna une tape sur le biceps de Spock. « D'accord, d'accord, on se voit plus tard. »
Au final il réalisa que Spock avait adroitement évité de répondre à la question de savoir ce qui n'allait pas chez lui, mais ce n'était pas grave. Un homme pouvait bien avoir sa vie privée.
Évidemment Jim finirait par le découvrir, parce que si quelque chose avait embêté Spock alors Jim allait trouver ce que c'était et lui mettre son poing à la figure, mais il pouvait attendre.
S'il y avait bien une chose qu'il était, c'était obstiné.
