CHAPITRE 7
Ils empruntaient un escalier du château, après être sortis de la chambre.
—Fumseck! Reviens!
—Il est juste reparti dans votre bureau.
—Sûrement. Ce sort, c'était…
—"Sectis Infinitum"? Trancher l'infini, en latin. J'avais bien noté et mémorisé ce sort. Je m'étais dit que ça serait parfait pout tuer un basilic. Ou même un dragon.
—Je ne le connais pas. C'est de la magie noire?
—Sûrement… Je m'en fiche. Tout dépend de pourquoi on l'utilise, je crois.
—Je suis d'accord, mon garçon.
—En fait, tant qu'un sort ne demande pas de sang ou de tuer quelqu'un, je ne le considère pas comme tel…
Dumbledore lui sourit.
—Mais ce sort est redoutable. C'est bien qu'il soit inconnu, reconnut Harry.
—Tu l'as à peine touché avec l'épée…
—C'est seulement un canal pour le sort. Une baguette n'y survivrait pas. Plus on met d'énergie, plus il tranchera loin et fort. Mais il n'est pas si facile et demande beaucoup de puissance.
Albus le regarda attentivement. Un jeune homme assez maigre, pas très grand, certes bien musclé, mais bon… L'aura qu'il dégageait tout à l'heure contrastait fortement avec son allure. Et il n'avait pas l'air fatigué.
Ils arrivaient dans la grande salle. Sirius accourut vers eux.
—Où étiez-vous? Je vous ai cherché, mais…
—Nulle part, on se baladait, c'est tout, répondit Harry.
—Que fais-tu avec le choixpeau?
—Ah, je ne peux pas te le dire…
—Décidément, ne pas dire grand-chose est récurrent, chez toi.
Severus était arrivé derrière.
—Sev! Tu m'as tellement manqué!
Le nommé Sev écarquilla les yeux. Allait-il le ridiculiser à chaque fois?
—Avec Black, vous faites vraiment la paire.
Harry éclata de rire. C'était si vrai!
—Tu pourras te moquer de moi quand je saurai exactement qui tu es, et ce que tu trames, c'est clair?
—Le prends pas mal, Sev.
—Et arrête de m'appeler Sev! cria-t-il.
—Severus, dit Minerva qui arrivait elle aussi, soyez bon joueur avec votre collègue.
—Il ne vous appelle pas "Min" ou "Minerv"!
—Oh non, j'ai trop de respect pour elle, voyons.
—Humphfr… Et pas pour moi, c'est ça?
—Si. Bien sûr que si, fit Harry, l'air sérieux.
—Vraiment?
—Oui. Mais c'est tellement bon.
—Humphfr…
—Décidément, ne pas grogner grand-chose est récurrent, chez toi.
Albus, Minerva, et Sirius pouffèrent.
Harry sourit, attendant une réaction positive de Rogue.
—Tu m'a promis de me dire toute la vérité…
—Et je te la dirai.
Severus eut un petit sourire.
—Attendez, dit Sirius, j'ai bien compris que tu avais quelques secrets, Henry, mais… Je n'y comprends rien. Qui es-tu? Ton nom est vraiment Henry Diggle?
Tout le monde tourna la tête vers Harry. Lui, regardait Albus. Il ne savait pas trop si c'était le bon moment.
—A toi de décider, Henry.
—Humphfr…
—Y'a pas que moi... fit Severus.
Harry lui sourit, et prit sa décision.
—Ok, mais pas ici. Allons dans un endroit sûr.
—Mon bureau, donc.
Ils s'élancèrent vers les escaliers, Severus d'un pas vif.
—Oh Sirius, tu as des nouvelles de Remus? demanda Harry.
—Oui, Albus l'a invité, il viendra bientôt. Je pense qu'avec la Gazette de ce matin, il est maintenant au courant du pourquoi.
—La Gazette?
—La nouvelle de la capture de Pettigrow a été divulguée, ainsi que ma libération.
—Je vois… Tout le monde est au courant.
—Oui. Remus viendra vite.
Ils arrivaient devant la gargouille.
—Fraises tagada!
Il se retourna vers Severus.
—Ce sont de petits bonbons moldus… A la fraise, dit-il en levant l'index. Délicieux…
Rogue avait les yeux ronds. "Vieux décérébré", pensa-t-il.
—Et Harry?
—J'irai le voir le plus tôt possible, répondit Sirius. J'aimerais mieux ne pas être seul…
—Je pense que Henry viendra avec toi… déclara Albus.
—Oui, en effet, fit-il après un petit rire. J'aurai deux ou trois choses à leur dire…
—Mais… commença son parrain.
—Ah nous y voilà, le coupa Albus. Il leur tint la porte et les laissa passer. Harry était le dernier. Albus lui fit un clin d'œil.
—Tiens, où est Fumseck? fit ce dernier.
—Parti en vadrouille? lui proposa Harry.
Ils s'installèrent en le regardant. Tous attendaient qu'il commence.
—Alors?
—Attends Sev, c'est un peu compliqué, je sais pas par où commencer…
—Pourquoi ne pas faire comme avec moi, mon garçon? suggéra Albus.
—Vous avez raison. C'est plus parlant et plus… drôle.
Il prit sa baguette. Il la tourna vers son visage et murmura quelques formules compliquées. Des protections étaient en place pour qu'un simple Finite Incantatem ne suffise pas.
Son visage changea sous les yeux éberlués des autres. Un jeune homme brun et au visage plus fin que celui de Henry leur faisait un gros sourire. Albus aussi d'ailleurs.
—Mais… Je ne comprends pas, commença Rogue, pourquoi changer ton apparence? Tu es connu, ou recherché?
—Ni l'un ni l'autre, Sev. Du moins, pas ici. Connu, je veux dire.
Personne n'osa continuer. Minerva finit par prendre la parole.
—Qui êtes-vous? demanda-t-elle gentiment.
—Oh! J'oubliais.
Il chassa quelques cheveux et dévoila son front.
La stupeur était visible chez les trois personnes.
—Je le savais! Je le savais! Enfin, je m'en doutais un peu, se reprit Minerva.
—Ah oui, et comment? demanda Rogue sur un ton sec, énervé qu'elle puisse s'avérer plus intelligente que lui.
—Oh, différentes choses. Pas importantes. L'important, c'est… Harry?
—Oui? fit le susnommé en souriant.
—Mon filleul a onze ans, c'est impossible! s'exclama Sirius.
—T'es vraiment stupide, Black, l'insulta Severus. Tu ne comprends donc pas?
—Mais...
—Qu'est-ce qui pourrait expliquer tout ce qui s'est passé ces derniers jours? Le fait qu'il sache pour Peter, qu'il connaisse ce château comme sa poche, que Dumbledore lui fasse confiance aveuglément, et j'en passe?
Sev avait vite compris, lui. Sirius détailla Harry et s'arrêta sur ses yeux.
—Tu… tu as les yeux de Lilly…
—On me le dit souvent…
Sirius se tut quelques instants.
—Mais… Pourquoi?
Harry s'arrêta de sourire.
—Parce que j'ai tout perdu…
—Euh… comment ça? hésita Sirius, voyant la mine du jeune homme.
—J'ai perdu mes parents, mais ça tu le sais déjà. J'ai perdu mes meilleurs amis, Ron et Hermione… J'ai perdu des amis formidables, comme Remus, Hagrid, Neville, et tant d'autres.
Il hésita.
—J'ai… j'ai perdu mon parrain. Un homme formidable.
Sirius le regardait avec émotion.
Harry se pencha légèrement vers lui.
—Mais c'était un vrai chien la plupart du temps.
Sirius éclata de rire. Harry le suivit.
Les autres ne comprenaient pas mais les laissèrent faire. Pendant deux bonnes minutes.
—Oh par Merlin! fit Sirius en essuyant ses larmes.
—Vous nous expliquez? demanda Minerva.
—Oh, eh bien… commença Sirius. Disons que c'est vraiment étonnant que vous soyez un modèle d'autorité pour moi… dit-il en la regardant.
Harry comprit où il voulait en venir.
—...quand on sait que vous êtes une animagus chat…
Harry pouffa.
—...et que je suis…
Il se transforma. Le chien noir était comme dans les souvenirs de Harry.
Il commença à courir partout, jouant vraiment au parfait petit chien. Il lécha la main de Harry, et aboya sur Severus. Puis il se retransforma.
—D'accord, je vois, finit Minerva avec un grand sourire. Vous m'aviez toujours caché vos talents en métamorphose, alors…
—Bah, James était un cerf.
Instant de silence.
—Bah oui, j'étais un animagus, Peter en était un aussi, vous croyez vraiment que James Potter n'aurait pas pu l'être?
On sentait dans ses paroles toute la fierté que Sirius éprouvait à propos de son meilleur ami.
—Ah, ça ne m'étonne pas tant que ça, fit Albus.
—Ayant connu James, non, en effet, confirma Minerva.
—Severus? Surpris? demanda Sirius.
—Je haïssais James, mais… Je veux bien lui reconnaître certains… talents.
Il avait rougi sous l'effort.
—Mais pourquoi?
—Remus. On l'accompagnait.
Toutes les personnes étaient au courant pour Remus. Ils comprirent vite.
—Alors, Hen… Harry? fit Sirius. Dis-nous en plus, s'il te plaît.
—Hum… Voldemort va revenir.
Ils semblaient tous horrifiés.
—Enfin, il était revenu… Maintenant, tout va changer.
—Tu as vraiment perdu tout le monde?
—Oui… Enfin, non. Minerva, vous étiez encore vivante. Et Molly, aussi.
—Et moi? demanda Severus.
—Voldemort t'a tué.
Severus déglutit.
—Je vois. Et Albus? demanda-t-il à sa place.
Aïe. Comment leur révéler ça?
—Eh bien… Vous étiez mourant, Albus… Oh, pas une maladie, rassurez-vous. Je vous le dirai plus tard. Il s'est fait tuer par un espion, en faisant en sorte que sa mort soit utile. La classe, toujours…
Albus lui répondit par un sourire.
—Allez, ne faites pas ces têtes, vous autres. L'Histoire ne se répétera pas. Je vous en fais la promesse.
—Dis-moi juste une chose, Harry, lui dit Albus. Cette guerre a-t-elle été si meurtrière pour que tu perdes tout le monde?
Harry baissa les yeux. Il n'aimait pas parler de ça.
—Euh, non, murmura-t-il presque. Nous avions vaincu Face de serpent…
Les trois tiquèrent.
—...Un peu plus tard, tous mes amis se sont réunis pour me faire une surprise… Pour mon anniversaire. J'allais avoir 18 ans.
Tout le monde sentait sa douleur dans ses yeux et sa voix à l'évocation de ce souvenir.
—C'était vous, Minerva, qui étiez venue me chercher. J'étais à Poudlard ce jour-là… C'était fin Juillet, mais pas le 31. Une surprise, quoi.
Il déglutit.
—On est allé au Terrier, soi disant pour une urgence… On venait d'arriver à côté quand…
Il pleurait, maintenant.
—La maison a explosé.
