Un gros morceau. Mais j'ai essayé de le rendre plus amusant. (dans mes souvenirs il l'était.)
En tout cas, ceux qui étaient un peu perturbés par mes personnages seront contents. Des habitués reviennent.

Bonne Lecture !

Chap. 6 : Surprenante rencontre.

Le capitaine Olaf, Roger Spencer et Hermione prirent ensembles la direction du "sleepin' chess". Dès lors que la jeune fille était parvenue à se transformer en oiseau les remarques du lord redevinrent plus aimables. La jeune sorcière comprit un peu dépitée qu'il avait cherché à provoquer son ressentiment afin d'accélérer le processus. Ce qui, il fallait le reconnaitre, avait parfaitement fonctionné. Hermione était plus réceptive à la brimade que son ami Harry. Son caractère de première-de-la-classe accroissait cette réceptivité.

Au cours du retour, les trois marins avaient pratiqué le duel magique avec une virulence particulière. Le capitaine Olaf avait expliqué à la jeune fille que les mangemorts n'avaient pas tous été arrêtés. Certains de ceux qui courraient encore faisaient partie des plus dangereux. Il fallait donc être prêt à riposter à des sorts d'une rare violence. Néanmoins, seuls Olaf et les meilleurs sorciers d'Heuton-Pagnell étaient envoyés en mission à l'extérieur. Hermione serait basée dans le bourg pour servir de protection rapprochée à l'épouse d'un membre de l'Ordre du Phénix. Le capitaine lui expliqua qu'en raison des événements qui avaient conduits à la chute de Voldemort, les mangemorts en fuite considéraient l'Ordre du Phénix comme leur principale cible. Certains étaient déjà tombés sous les assauts. Ils avaient pour mission d'empêcher que cela ne continue.

Hermione avait pris la mesure de l'importante mission qui lui échouait. Elle promit de s'en acquitter sans faillir. Penser que des mangemorts puissent encore faire du mal alors qu'elle-même tenterait de détruire définitivement leur maitre lui était insupportable. Le capitaine lui répondit qu'il n'en doutait pas un instant. Il poussa sans ménagements la jeune fille dans l'ouverture de la porte de l'auberge. Roger profita du mouvement pour les saluer et prendre la direction d'une autre maison. Il était naturel qu'il souhaite rentrer auprès des siens. Il n'y avait guère de monde au bar ou dans la salle à manger. Hermione reconnut la plupart des habitués. Son mentor lui indiqua la direction dans laquelle elle devait regarder. Elle vit dans un coin de la salle à manger une jeune femme entourée de deux, non trois, enfants roux. La jeune mère en tenait un quatrième dans les bras. Hermione se sentit défaillir.

- Molly, Fred, George, Ron et Ginny Weasley. Balbutia-t-elle, blanche comme un linge. Elle n'avait jamais imaginé qu'ils aient pu fuir les mangemorts et vivre ailleurs qu'au Terrier.

- Je crois que tu les connais. Mais viens que je te les présente officiellement.

- Non ! cria presque la jeune fille tétanisée à l'idée de rencontrer son futur amoureux.

- Tu as déjà accepté cette mission, en plus de celle qui t'as amenée jusqu'à moi. C'est à toi de faire attention à ne pas changer ton avenir.

- Vous le saviez et vous me placez dans cette situation impossible ! la voix d'Hermione s'érailla. Elle était au bord des larmes.

- Tu as beaucoup progressé en occlumentie depuis que nous nous connaissons. J'en suis ravi. Mais cette part de toi est trop présente. Tu dois apprendre à la dissimuler, sinon le seigneur des ténèbres pourra aisément te vaincre.

Hermione absorbait docilement les informations que son capitaine venait de lui transmettre. Il la complimentait pour son effort en occulementie. Elle n'avait pas conscience d'avoir fait des efforts dans ce domaine bien qu'elle ressentisse moins fréquemment la présence du capitaine dans son esprit ces derniers temps. Ensuite, il avait choisi cette mission pour la renforcer et non pour la diminuer ou la contraindre. S'il le fallait, elle supporterait de côtoyer Ron enfant. Elle ravala ses larmes et se senti prête à suivre son mentor.

« §§§ »

Le capitaine Olaf et Hermione s'approchèrent tranquillement de Molly Weasley. Elle ne semblait guère porter attention aux nouveaux venus, toute préoccupée par ses enfants. Hermione calcula que Fred et George devaient avoir à peu près trois ans, Ron presque deux, et Ginny pas tout à fait un an.

Après un léger toussotement, le capitaine Olaf entreprit de se présenter à Molly Weasley.

- Madame, nous sommes envoyés par l'Ordre pour assurer votre sécurité. Articula-t-il doucement pour qu'elle puisse bien comprendre malgré le bruit qui les entourait. Je suis Olaf Thorsthon et voici Hermione… la voix du capitaine s'interrompit brusquement, ils n'avaient pas préparé cette scène. La jeune fille ne pouvait pas se présenter sous son vrai nom.

- Je suis Hermione Parkinson. Reprit Hermione en tendant vivement sa main vers la mère de Ron. Finalement, l'identité de la Serpentard pouvait lui être encore utile.

Olaf Thorsthon et Molly Weasley échangèrent quelques mots courtois avant que celui-ci ne prenne aimablement congé avec un regard appuyé vers sa partenaire. Hermione comprit la demande et commença à se placer auprès de sa victime. Il lui fallait entrer dans le cercle des amis de Molly Weasley. Une tactique bien plus efficace que le vulgaire garde du corps. Mais cette méthode avait quelque chose de déstabilisant pour Hermione. Elle connaitrait cette femme dans l'avenir. Elle savait déjà tant de chose sur elle.

Molly inconsciente des tensions qui animaient son interlocutrice lui présenta tour à tour son Frédéric, puis George, et Ronald qui courraient les uns après les autres tout autour de leur mère. Enfin, elle lui montra Ginevra, la petite dernière.

Hermione savait que Molly Weasley était une inénarrable bavarde. Elle comptait sur cet aspect de sa personnalité pour rendre leur coexistence plus supportable. Être le garde du corps de quelqu'un que vous connaissez depuis plus de 7 ans alors que cette même personne n'a aucune conscience de vous est une situation très surprenante. Pour tout dire, inédite. Seulement, la trentenaire Molly Weasley n'était pas exactement la femme mure que fréquentait naturellement Hermione. Cette dernière senti immédiatement une grande défiance de sa part.

- C'est Arthur qui vous a choisie ? demanda-t-elle avec une forte charge soupçonneuse.

- Arthur ? feignit Hermione satisfaite de sa manière d'ignorer les évidences.

- Mon mari. C'est lui, n'est-ce pas ! vous êtes tout à fait son type ! Molly fut parcouru d'un frisson de rage. Je vais le tuer cet hypocrite quand il va me tomber sous la main. Il ne peut pas s'en empêcher. Le cuistre ! Le reste de l'intervention se perdit dans des noms d'oiseaux qu'il n'est pas utile de retranscrire.

Hermione eut toute les peines de monde à faire entendre que le prénommé Arthur Weasley, de son état mari de Molly Weasley, n'avait strictement rien à voir avec sa venue. Voir cette jeune mère souffrir des tourments de la jalousie comme elle le fut à l'encontre de Lavande Brown frappa Hermione. L'image qu'elle avait construite de la mère de Ron était justement qu'elle était la mère de Ron, pas une femme ni une amie. Hermione était passé à côté de nombreux aspects de sa personnalité. Cependant, ce constat ne permit pas véritablement de détendre l'atmosphère. Molly Weasley engagea une conversation prudente sur des futilités en continuant d'observer Hermione. Elle devait se demander, sans doutes, en quoi son mari avait été attiré par la jeune fille et comment il avait pu obtenir qu'elle soit mutée à sa protection.

Un grand bruit coupa les conversations. Molly plaça d'autorité Ginny dans les bras d'Hermione et entreprit de tancer le responsable de tant de bruit. Une chaise avait fini par basculer sous la pression répétée des passages brutaux. Plus de peur que de mal heureusement. Ron, plus petit et moins habile que ses frères s'était étalé de tout son long. Un doigt d'onguent et il n'y paraitrait plus.

Les soins terminés, la chaise redressée, Molly chercha du regard l'endroit où elle avait pu poser sa petite dernière. L'affolement paraissait la gagner alors qu'elle ne trouvait pas l'enfant. Hermione s'approcha, Ginny gazouillant tranquillement dans ses bras.

- Vous cherchez ceci. fit-elle en tendant délicatement le bébé de 9 mois.

- Oh, merci, que je suis confuse ! répondit aussitôt Molly Weasley soulagée mais confuse.

L'attitude de la mère de famille devint un peu moins guindée après cet intermède. Elle s'excusa finalement d'avoir suspecté des intrigues entre son mari et Hermione. Celle-ci lui affirma sans malice qu'Arthur était bien trop vieux pour elle.

- Mais nous n'avons que trente ans ! se récria Molly. Ce n'est pas si vieux tout de même.

- Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise. Excusez-moi. fit Hermione penaude. Elle avait répondu en visualisant le père de Ron et non le jeune homme qu'il était encore.

- Ce n'est rien. La guerre marque durement ceux qui y participent. Mon Arthur fait un peu plus que son âge. Et moi, m'occuper des enfants ne m'aide pas à améliorer mon apparence.

- Nous prendrons du temps pour cela. Avança Hermione, ravie de trouver une excuse simple et valable pour rester auprès de Molly.

Le visage de Molly s'illumina. Elle trouvait qu'il s'agissait là d'une excellente idée. En tant que mère de famille elle était bien trop négligée. De ce fait, elle ne satisfaisait pas pleinement le "repos du guerrier". Les gloussements qui accompagnaient la référence laissèrent Hermione dubitative. Il n'y avait pas mystère quant à ce que Molly entendait être le "repos" d'un guerrier. Hermione, gênée, se promit de ne pas tenter de mettre d'images sur la question.

L'embarras d'Hermione devait être palpable, car Molly rougit à son tour. Elle s'excusa d'être un peu crue et précisa qu'elle n'avait pas eu l'occasion de revoir son époux depuis presque 6 semaines. Cela commençait à sérieusement lui peser. Même si les enfants l'occupaient pleinement. Puis, pour passer à un autre sujet, Molly commença à détailler les besoins d'entretien dont avait manifestement et urgemment besoin Hermione. La jeune mère lista des pieds à la tête les nécessités d'intervention. Entre une nouvelle paire de chaussure, des vêtements sorciers plus standards et une bonne coupe de cheveux, tout Hermione serait soumis à un grand ravalement.

Hermione se demanda en quoi son habillement ou sa coiffure pouvait choquer. Elle portait une bonne vieille paire de baskets, un jean un peu élimé, un gros pull de laine vaguement troué, et ses cheveux flottaient docilement dans son dos. Bref, elle s'approchait plus de la femme des cavernes que de la sorcière moderne. Elle consentit donc à accepter les propositions de sa nouvelle amie.

L'après-midi passa agréablement. Les bavardages des adultes s'entrecoupaient parfois des interventions des enfants ou des réprimandes parentales. Ron se pelotonna même dans un coin pour se laisser gagner du sommeil du juste. Quand elles s'en aperçurent, les deux femmes fondirent devant le petit être respirant doucement, Molly par amour maternel, Hermione par amour tout court. Seule Ginny réclamait une attention constante. Du moins lorsqu'elle était éveillée. Elle passa une grande partie du temps dans les bras de sa future meilleure amie. Ce qui amusa beaucoup Hermione qui trouvait dommage le fait qu'elle ne pourrait probablement jamais s'en vanter.

Une horloge sonna dix-huit heures. La jeune Josy arriva encadrée de trois garçons roux. A sa tête Hermione devina que le reste de la fratrie Weasley n'avait pas été tendre avec elle. Les petits "Charles, William, et Perceval" présenta Molly visiblement fière de sa progéniture. Puis Josy s'adressa, passablement échevelée à Molly. Les deux femmes firent tout ce qu'il était humainement possible pour planifier la fin de la journée. Entre les bains, les repas et les préparatifs du coucher il ne resterait guère de temps aux adultes. Hermione confirma qu'elle n'aurait jamais sept enfants.

Comme prévu, les trois adultes durent se dédoubler pour parvenir à rassasier les affamés, laver ceux qui en avait le plus besoin, les habiller tous et enfin, les coucher. La famille Weasley occupait à elle seule la plus grande partie du second étage de l'auberge. Il avait été jugé plus sécurisant de placer l'ensemble des enfants à proximité de leur mère, mais aussi plus sage de les coucher chacun dans une chambre séparée, à l'exception de la petite Ginny évidemment.

On désigna d'office Josy pour surveiller l'étage des enfants pendant que Molly et Hermione descendraient manger tranquillement. Hermione se sentit épuisée. Le bruit constant de la journée avait passablement attaqué ses résistances. Elle ignorait qu'il fut aussi usant de tenir une petite troupe de sauvage roux. Molly, quant à elle, ne semblait pas particulièrement marquée par sa journée. Elle confirma même qu'elle se sentait plus détendue qu'à l'habitude. Le partage des tâches pensa Hermione qui reconnaissait enfin la mère de Ron. Elle songea avec effroi que l'attitude future de Molly était peut-être due aux jours qu'elles passeraient ensemble. Il faudrait qu'elle pense à s'excuser auprès de son amoureux. Plus-tard.

Comme à son habitude, Rodrigue vint en personne prendre la commande des jeunes femmes. Alors qu'il repartait en cuisine Molly prit à part Hermione. Elle lui signala que c'était bien la première fois que le patron du "sleepin' chess" venait lui-même en salle. Depuis son arrivée, trois semaines auparavant, elle n'avait jamais eu affaire qu'avec miss Abbott. La moue que fit Molly en articulant le nom de la gouvernante montrait à quel point elle estimait la stricte femme. Hermione la rassura de son soutien et elles laissèrent libre court à un grand fou-rire. Discrètement Hermione observa la porte des cuisines. Une fois de plus elle s'apercevait qu'elle bénéficiait d'un traitement de faveur. Même si elle appréciait Rodrigue, ces égards avaient tendance à froisser la susceptibilité de la jeune sorcière.

Un cri la ramena dans la réalité. La colère dont elle faisait preuve en constatant les avantages qu'elle obtenait des gens vivant à l'auberge s'était matérialisée. Elle tenait fermement sa baguette magique et des étincelles rougeoyantes s'en échappaient. Hermione sursauta en constatant que ses pouvoirs avaient beaucoup progressés. Elle avait lancé un sort d'allume-feu sans y prendre garde. La nappe menaçait de bruler complètement. Sans se démonter, d'un geste apparemment distrait la sorcière éteignit le début d'incendie d'un aguamenti.

Des voix s'élevèrent depuis une autre table. Elles commencèrent par convoquer d'urgence la gouvernante avant de commenter l'événement.

- Je te l'avais dit Al', cette petite, il vaut mieux s'en tenir éloigné.

- Maintenant, non seulement je te crois Jack. Continua Albert. Mais en plus, je vais être extrêmement poli. Sait-on jamais. En même temps, j'avais prévenu Rodrigue qu'il fallait refaire la couleur des nappes.

- Le blanc n'est plus à la mode. Mais comment veux-tu expliquer ça à un vieux garçon. Les deux hommes trinquèrent bruyamment pour clore leur intervention.

- Venez plutôt partager l'apéritif. Leur lança une Hermione moqueuse. Les deux hommes s'exécutèrent visiblement contents de leur sort. Elle appréciait qu'ils aient détourné l'attention de la maladresse de la jeune fille. Maintenant il fallait en payer le prix.

Au lieu de partager un repas simple et réparateur, Molly et Hermione subirent la présence de Jack et Albert, les deux plus jeunes membres de l'association de gardes du corps logés au "sleepin' chess". Au cours de la soirée Hermione vit que Molly se détendait. Elle avait vécu dans l'angoisse tout au long de la guerre et vivait séparée de son mari. Cela avait laissé des traces profondes dans son humeur. Mais le traitement énergique mis en œuvre par Hermione lui rendait son sourire. Celle-ci se sentait fière de cette réussite.

Peu avant minuit les convives se séparèrent faute de munitions. Rodrigue avait en effet refusé de les servir davantage en bière-au-beurre. Il avait invoqué comme prétexte l'usage abusif de sort de combustion dans un établissement de grand standing. Les exclamations moqueuses et les caricatures burlesques de Jack et Albert devant les remontrances et les prétentions de Rodrigue avaient achevé de le fâcher complètement.

Au moment de se quitter, Molly embrassa Hermione sur les deux joues en pleurant à moitié. Elle la remercia de la soirée qu'elle avait trouvée fabuleuse et lui souhaita une bonne nuit. Elles auraient à faire le lendemain.

Hermione songea que sa journée à elle n'était pas encore finie. Loin de là. Elle rédigea une note rapide pour le capitaine Olaf où elle décrivait l'état de la situation et ses espoirs de pouvoir profiter de son avantage tactique au cours des prochains jours.

"§§§"

"Mon très cher Arthur,

J'ai rencontré aujourd'hui une personne qui change de la monotonie locale. Elle m'a été présentée par le capitaine Thorsthon. Cet ami d'Albus Dumbledore. Tu avais raison il a une voix très désagréable, à la fois grave et grinçante.

Ma nouvelle garde du corps est plus sympathique que le précédent. Ce John Van-je-ne-sais-plus-quoi. Je crains cependant de ne pas lui avoir fait une bonne impression. J'ai laissé ma jalousie s'exprimer. Tu me connais. J'ai cru qu'il s'agissait de l'une de ces grues qui te tournent autour au ministère. J'espère qu'elle me pardonnera d'avoir été désagréable. Elle s'appelle Hermione Parkinson.

La journée à ensuite été extraordinaire. Hermione ne doit pas avoir bien plus de vingt ans mais elle à une certaine fibre maternelle. Ginny et Ron qui sont d'habitude si difficiles avec les inconnus ont été adorables avec elle. C'est comme s'ils se connaissaient déjà. Les journées seront moins longues à présent. Mais j'aimerais surtout que tu puisses revenir auprès de moi.

Il faut aussi que je te raconte notre soirée. Au moment du repas, Pansy et moi, nous avons partagé notre aversion pour la hautaine miss Abbott. Rien que d'y penser elle à presque carbonisé la nappe. Tu peux être rassuré, cette jeune fille est très puissante. Je suis autant à l'abri qu'auprès de l'Ordre du Phénix. Elle m'a présenté certains des habitués de l'auberge. Je dois reconnaitre que la soirée fut vraiment agréable.

Demain nous allons laisser les enfants à la petite Josy. Tu te souviens n'est-ce pas de cette serveuse un peu idiote ? Elle n'a pas inventé le Windgardium mais elle sait s'y prendre avec les enfants. Nous garderons seulement Ron et Ginny. Nous allons profiter de notre temps pour nous faire pomponner un peu. Et, surtout, refaire la garde-robe de la pauvre Hermione. Vivre avec des hommes lui a fait perdre presque toute féminité.

A bientôt,

Je t'aime, ta Molly.

P.S. Pendant que j'écrivais cette lettre une petite hirondelle s'est posée sur le rebord de ma fenêtre. Elle n'est pas farouche pour une mornille. Je suis certaine de pouvoir l'attraper. Mais elle est mieux en liberté. Au moins je sais que le printemps est arrivé.

"§§§"

Le réveil d'Hermione fut un peu plus brutal qu'à l'accoutumée. La vieille, elle avait prit un tour de garde devant la fenêtre de Molly Weasley. Mais après avoir manqué de se faire attraper par celle-ci, puis après avoir échappé à un gros matou, l'hirondelle trouva plus rassurant de se cacher sous ses draps. Elle dormait encore profondément lorsque l'orage éclata. Tous les enfants Weasley traversèrent le couloir du dessus, puis dévalèrent ensemble les marches de l'escalier. Il en ressortit un brouhaha insolite et des vibrations inquiétantes pour l'intégrité des murs de l'auberge. Les cris de Molly et de Josy accompagnaient avec retard les déplacements des bambins.

Quitte à être éveillée, Hermione se dit qu'elle serait aussi bien devant son déjeuner. Rapidement vêtue elle descendit sans hâte les marches. Elle s'étirait largement lorsqu'elle croisa miss Abbott. Elle lui présenta son bonjour en refreinant un bâillement. Tout ce qu'elle obtint fut un regard accusateur. Décidément, semblaient dire les yeux de la gouvernante, cette jeune fille n'a aucune éducation. Hermione s'en amusa, comme chaque fois.

Elle rejoignit Molly dans la salle à manger. Il fallut toute l'énergie des trois adultes pour parvenir à nourrir tous les fauves déchainés. Parfois Molly semblait abattue par la vivacité de ses enfants. Hermione aurait voulu lui affirmer que cela s'améliorerait avec le temps. Mais elle seule était en mesure de savoir que ce n'était pas vrai. Elle laissa Molly le dire sur le ton de la méthode Coué.

La matinée passa à ranger les dégâts occasionnés par les sept roux turbulents. Le repas du midi fut comparativement plus facile. Hermione sentait qu'elle prenait un certain coup de main en matière d'enfants. Elle pourrait en avoir plus d'un sans être débordée semblait-il. Elle eut aussi l'occasion de présenter lord Roger et son éternelle cigarette à Molly. Celle-ci, sur un ton péremptoire, fit comprendre qu'il s'agissait là de quelqu'un de très comme il faut. L'arrêt du tabac serait bénéfique. Remarque qui arracha un sourire franc à Roger Spencer. Hermione se glaça en pensant que la mère de Ron cherchait instinctivement à placer Hermione avec son ancien professeur de métamorphose. Au bout de quelques minutes de conversation Roger s'aperçut à son tour des manœuvres de Molly Weasley. Ce fut à une Molly dépitée qu'il fit part de la future naissance de son premier enfant et il serait bon qu'il aille retrouver la future mère, son épouse. En se levant il adressa un clin d'œil complice à Hermione qui se détendit un peu.

L'après-midi fut consacré aux jeunes femmes. A présent, elles s'entendaient à merveille. Ce fut un réel plaisir pour Hermione de se laisser guider dans les boutiques de vêtements. Elle troqua son vieux jean contre un neuf, abandonna ses baskets pour des chaussures plus résistantes. Elle se laissa convaincre par une paire de bottes en dragon. Une veste du même cuir fut acquise en remplacement de son blouson élimée. Les deux femmes bataillèrent un peu sur le choix du pull-over. Molly insistait pour le prendre bleu nuit pour faire ressortir ses cheveux, Hermione lui préférait un modèle crème plus anodin. Il fut finalement décidé de prendre les deux. On est jamais trop prévoyant avait tranché la vendeuse.

La partie lingerie ne fut pas non plus une mince affaire. Les deux femmes avaient des besoins à combler dans ce domaine. Cependant, Hermione n'avait pas l'intention de se laisser aller à autre chose que du confortable. Molly cherchait plutôt à émoustiller son mari.

Pour finir, elles s'installèrent chez un coiffeur qui les rendit nettement plus jolies. Mais Hermione savait qu'elle n'aurait pas le temps d'entretenir sa chevelure une fois de retour sur la bisquine. Ce qui la chagrinait un peu au vu du résultat obtenu par le coiffeur. Auparavant Hermione considérait son cas comme désespéré en termes de coiffure. Devant le travail accomplit par Léonard Kniff elle venait à douter. Le coiffeur prit ensuite soin de la chevelure de Molly et il faisait presque nuit lorsqu'elles sortirent enfin du salon. La brume s'était levée et pour ne pas gâcher le travail de Léonard Kniff, Hermione lança un sort d'imperméabilité sur elles-deux.

La soirée fut sage. Les enfants accaparèrent leur mère qu'ils n'avaient vue de l'après-midi. C'était épuisée qu'Hermione parvint à son lit. Elle était cependant satisfaite de sa journée. Sa relation avec la mère de Ron naissait sous de bons augures.

"§§§"

Les journées s'écoulaient à présent égales les unes aux autres. Hermione et Molly Weasley profitaient de leurs journées pour promener les enfants. Les beaux jours d'avril ne les obligeaient que rarement à rester au "sleepin' chess".

Leur destination de prédilection étant la vieille église d'Heuton-Pagnell. Au pied de l'austère monument se trouvait un charmant parc. Extension tardive du cimetière médiéval avait dit Albert Durillon, fin connaisseur de la question. Et de beaucoup d'autres d'ailleurs. Parfois Hermione avait l'impression de voir le futur Percy. Albert était comme lui vaguement assommant par force de culture savante qu'il estimait nécessaire de placer en toutes occasions.

L'aspect bucolique du parc était renforcé par la présence d'arbres vénérables portant une ombre douce sur les grandes pelouses parfaitement entretenues. Mimosas, cèdres, et hêtres immenses étendaient leurs branches qui tanguaient docilement sur le rythme de la brise. Cet espace paraissait plutôt sinistre l'hiver précédent, sous la lumière du soleil d'été il devenait spécialement agréable et attirant. Par ailleurs les enfants aiment spécialement l'étang qui complétait le parc de l'église. Sur la petite étendue d'eau vivaient canards, poules d'eau, cygnes et autres échassiers. Une myriade d'oiseaux en tout genre s'était approprié les lieux, certains de trouver une nourriture abondante. Les enfants Weasley pillaient en effet sans vergogne la huche à pain du "sleepin' chess". De son côté, Hermione trouvait un certain plaisir à se trouver à l'ombre d'un grand chêne plongeant ses racines directement dans l'eau claire. Derrière se dressait l'imposante tour de l'église romane et devant on ne voyait que l'eau de l'étang, l'horizon s'arrêtant sur une haie de tilleuls. Les maisons du bourg d'Heuton-Pagnell étaient alors dissimulées au regard. Ainsi installée la jeune sorcière se donnait l'impression de profiter du parc de Poudlard. L'église faisant office de représentation symbolique de l'école de magie.

Les enfants semblaient avoir pleinement adopté leur baby-sitter. Ce fut même entre Hermione et Molly que Ginny fit ses premiers pas. C'était en juillet. L'événement arracha une larme à l'une comme à l'autre. Sa mère par fierté et sa future meilleure amie d'émotion. Elle partageait le quotidien de la famille qu'elle estimait le plus. Celle qu'elle souhaitait ardemment intégrer un jour. Pour cela il lui faudrait d'abord éliminer Voldemort. Et être aussi relevée de cette mission un peu facile à son goût, malgré tout le plaisir égoïste qu'elle y prenait.

Lorsque Josy n'était pas disponible pour aider les deux femmes, l'un ou l'autre des habitués se dévouait pour les soutenir. De ceux-là Jack paraissait être le plus apprécié des enfants. Ce mettre à quatre pattes et servir de monture pendant des heures expliquait certainement cet intérêt. Hermione aussi aimait sa présence. Par son âge il se plaçait entre Molly et elle. Ensemble ils pouvaient partager un humour commun, celui qui nait au sein d'une même génération. De plus, il s'agissait d'une véritable armoire à glace. Un grand blond qu'on aurait cru venir tout droit des steppes russe. Ce qui était le cas d'ailleurs. Hermione le soupçonnait de tenter jour après jour de la séduire. Sans effet évidemment. Mais cela ne semblait pas entailler son moral à toute épreuve.

"§§§"

Un matin Hermione senti quelque chose d'anormal. En parvenant au rez-de-chaussée de l'auberge du "sleepin' chess" elle remarqua qu'il y régnait un silence pesant. Les Weasley n'étaient pas encore descendus, Hermione avait pour habitude de profiter d'un peu de calme pour déjeuner avant de prendre en charge une partie des sept roux. En règle générale l'atmosphère de l'auberge était joyeuse au petit matin. Partager des collations reconstituantes et les dernières nouvelles permettait de mettre en train tous les habitués. Souvent Hermione avait le sentiment d'habiter dans une colonie de vacances ou, plutôt, de vivre en collocation avec des étudiants. L'ambiance était toujours joyeuse, souvent propice aux excès. L'actualité était rythmée par les arrestations de mangemorts ou par leurs méfaits. Souvent on faisait mention de tel ou tel que l'on connaissait et qui avait été blessé, malmené ou arrêté. Mais jamais elle n'avait pu observer un malaise aussi épais. Même Rodrigue toujours affable et empressé à son égard ne parut pas prendre conscience de la présence de la jeune sorcière. Aucun des hommes présents ne bougea, Hermione ne vit aucune des serveuses habituelles, un silence mortel et angoissant régnait en cuisine. Tout était suspendu, arrêté en attendant Merlin savait quel ordre supérieur.

Hésitante, Hermione ne savait trop comment s'informer de la situation sans froisser la susceptibilité des personnes plongée dans cette catatonie. Le silence poursuivit son œuvre. Manifestement personne ne souhaitait le rompre. John lui-même semblait incapable de lever son verre de whisky pur-feu jusqu'à ses lèvres. Jack et Sherman encadraient un Albert visiblement abattu. Rodrigue et Roger, face à face, étaient plongés dans une discussion silencieuse. Devant tant de peine la sorcière comprit aisément qu'il venait de se produire quelque chose d'extrêmement grave. Son esprit passa alternativement d'Olaf Thorsthon à Arthur Weasley puis à Dumbledore. Mais elle savait qu'aucun d'eux n'avaient été victimes d'accidents ou d'attaques. Du moins dans le passé qu'elle connaissait.

Enfin, John Vangard leva son verre aussi haut que son bras tremblant le pouvait. Une bonne partie du contenu du verre se répandait selon les oscillations auxquelles il était soumis. Personne n'avait à cœur de le faire remarquer.

- Pour Alice et Franck Londubat. A mes amis. Proclama-t-il d'une voix mal assurée. Puis il avala rapidement le contenu restant dans son verre. L'ensemble des personnes réunies autour du zinc répétèrent l'homélie et firent de même.

Hermione, le visage entre les mains, fut frappée par la réalité. Elle avait totalement oublié les parents de son condisciple et ami Neville. Pourtant elle savait qu'ils avaient été victimes du sortilège de doloris. Elle savait quand et par qui ils avaient été frappé. Ils en étaient devenus fous. Les voir lors de l'année écoulée lui avait totalement chamboulé le cœur et l'esprit. Et, alors qu'elle prenait la peine de transformer le petit quotidien insatisfaisant d'Harry, elle en oubliait un autre de ses amis. Les larmes qui commençaient à couler le long de son visage reflétaient sa honte plus que son émotion. Elle s'en voulait profondément d'avoir privilégié "l'Élu" plutôt que Neville. D'autant que celui-ci était autant concerné par la prophétie que Harry lui-même. Elle aurait dû prévoir de le protéger aussi. Elle avait agit en parfaite égoïste en ne privilégiant que Harry.

Une main ferme se posa sur son épaule. Elle n'eut pas même la force de sursauter. La nouvelle de l'attaque contre les Londubat l'anéantissait.

- J'aurais pu éviter ça. balbutia-t-elle pour elle-même.

- Non ! Quand bien même tu aurais passé les vingt prochaines années à les surveiller. Affirma le capitaine Olaf en maintenant la pression de sa main sur l'épaule d'Hermione. Il est presque impossible d'arrêter des fous criminels. Les mangemorts qui ont attaqué Alice et Franck croupiront bientôt à Azkaban.

- Lestrange, Bellatrix et Rodolphus Lestrange. Articula péniblement Hermione. Ils semblaient ignorer l'identité des coupables. Elle devait les renseigner. Le capitaine Olaf la dévisagea un instant. Hermione se concentra sur l'information qu'elle souhaitait lui transmettre par légilimentie afin qu'il n'y ait aucun doute.

- Messieurs. fit le cap'taine de sa voix forte et grinçante. Lestrange ! Tous les habitués un instant plus tôt endeuillés se tournèrent vers leur chef. D'un regard ils comprirent de quoi il retournait. Sans un mot d'excuse, sans un signe ni un seul au-revoir, ils quittèrent silencieusement l'auberge. Elle savait qu'ils transplaneraient sitôt dehors. Une haine farouche tordait la plupart des visages. Le capitaine Olaf venait de lâcher la meute. Mais Hermione ne prit pas la peine de plaindre leurs futures victimes.

Doucement, le capitaine Olaf conduisit sa protégée jusqu'au bar à présent dégagé de toute présence. Même Rodrigue avait disparu. Pendant que la troupe sortait précipitamment, Molly Weasley descendait l'escalier encadrée par toute sa marmaille, aidée par l'indispensable Josy. Le mouvement de ces hommes décidé l'avait troublé. Elle restait perdue au milieu des marches, blafarde, attendant une douloureuse vérité.

- Dites-le moi, c'est Arthur ! C'est ça ? Ils l'ont eu. Je le sens ! Elle commença à s'affoler, menaçant de chuter dans les escaliers, de se blesser elle ainsi que l'enfant qu'elle tenait dans ses bras. Hermione, Josy et le capitaine Olaf durent réagir instantanément. Ils devaient absolument éviter une crise d'hystérie de la jeune mère.

- Rassurez-vous, il va bien ! intervint chaleureusement Olaf que sa claudication empêchait de s'approcher suffisamment vite de Molly. J'ai insisté auprès d'Albus. Il pourra bientôt venir vous rejoindre.

L'information rassura immédiatement Molly qui se détendit et pu achever sa progression dans l'escalier. Ses enfants étaient déjà installés autour de la table. La mention de leur père avait attiré leur attention. Charlie et Bill se réjouissaient déjà bruyamment de la visite prochaine de leur père. Ils n'avaient pas conscience du temps qui s'écoulait mais trouvait toute absence paternelle trop longue à leurs goûts.

Miss Abbott apparut enfin dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Son habituel regard l'accompagnait. Elle semblait compter le nombre de personne déjà assises, ainsi que le nombre de place restant à pourvoir. Tout dans son attitude marquait la désapprobation et le dédain. La gentillesse émanant naturellement de cette femme revêche compléta de remettre d'aplomb la jeune mère. D'un air de défis elle finit d'installer ses enfants et commanda sept déjeuners.

- Huit ! ajouta Hermione vivement en se précipitant pour aider Molly.

- Neuf ! compléta le capitaine Olaf de sa voix caractéristique. Et, bien cuits les œufs, s'il vous plait. acheva-t-il. Puis il vient s'assoir à la même table que les jeunes femmes, prenant le jeune Percy sur les genoux pour pallier le manque de siège.

Le déjeuner fut aimable. Le capitaine Olaf rassura Molly sur l'état de santé des Londubat. Ils avaient été affreusement torturés mais ils s'en sortiraient. En tant que vétéran et ami des Londubat il ne pouvait pas douter de leur rétablissement. Le ton employé par le rude marin emporta l'adhésion de Molly Weasley. Elle n'avait d'ailleurs aucune raison de mettre en doute sa parole. Cependant, Hermione plongea ses yeux dans ceux du capitaine. Elle entreprit de lui transmettre à nouveau des informations. La première fois elle s'était contentée de donner les noms des coupables. Cette fois-ci elle souhaitait montrer ce qu'il était advenu des amis du capitaine. Elle se concentra sur ses souvenirs des deux pauvres hères qu'elle avait rencontrés à Sainte-Mangouste. L'arrivée d'images qu'elle ne connaissait pas lui signifia qu'elle parvenait à entrer dans l'esprit du capitaine. D'un cillement il écarta ses propres souvenirs pour se concentrer à son tour sur le message que voulait lui transmettre son élève. Le visage du capitaine sembla s'effondrer. Voir ses amis rester enfermés dans leurs souvenirs d'enfance s'imposait à lui. Ses certitudes quant à leur prompt rétablissement s'estompaient. Le capitaine Olaf fit comprendre en retour à Hermione qu'il fallait s'en tenir à la version officielle. Il n'était pas utile de répandre une si mauvaise nouvelle.

Ce soir-là il n'y eut aucune information supplémentaire, bonne ou mauvaise, concernant les Lestrange. Pas plus que les jours suivants. Hermione se sentait bouillonner de rage contenue et de remords. Mais elle comprenait les raisons de sa présence à Heuton-Pagnell auprès des Weasley. Il était possible que les mangemorts aient compris que Voldemort souhaitait s'en prendre à un garçon né en 1980. Ils n'étaient pas au fait de la prophétie, ce qui était catastrophique. Tous les autres enfants nés sur la même période risquaient un sort similaire. Son Ron était sur la liste des victimes potentielles. Elle entendait s'opposer à ces monstres encapuchonnés.

Le surlendemain les habitants du « sleepin' chess » apprirent avec étonnement que ce fut le jeune Barthy Croupton qui avait été arrêté pour ce crime et qu'il croupissait déjà à Azkaban, reconnu coupable par un tribunal extraordinaire. Hermione était visiblement abattue par la nouvelle. Les véritables coupables s'en sortiraient sans crainte. Elle était écœurée. Jack la rejoignit et lui promit qu'ils les coinceraient pour autre chose. Il y avait l'embarras du choix. Il ponctua sa promesse du sobriquet qu'il affectionnait de lui donner : seagull[1].

"§§§"

Le week-end vint et Arthur Weasley put retrouver sa famille au "sleepin' chess". Hermione par discrétion préférait passer les jours de visite du mari de Molly en compagnie de ses meilleurs amis à Heuton-Pagnell. Elle savait pouvoir compter sur Albert et Jack. Ils étaient plus âgés qu'elle mais ils lui reconnaissaient certains talents. Surtout, ils ne faisaient preuve d'aucune hypocrisie alors que de nombreuses personnes de passages flattaient la jeune disciple du puissant Olaf Thorsthon. Lorsque le jeune père était libre, Roger Spencer se joignait à eux.

Lorsqu'ils étaient réunis, c'était débauche de rires et de cris. Ils trouvaient amusant de transformer la salle de repas en espace d'entrainement au duel. Transformaient divers objets en plantes ou en animaux qui s'égaillaient ensuite partout dans l'auberge. Le personnel de service passant des heures à tenter de les remettre en place. Parfois Hermione croisait les regards émerveillés des jumeaux. Ils paraissaient apprendre des innombrables fantaisies qui émaillaient ces journées festives. Elle se pinçait les lèvres en pensant qu'elle était peut-être à l'origine de la carrière des jumeaux. Il faudrait qu'elle s'excuse de beaucoup de chose à l'avenir.

Arthur Weasley, quant à lui, n'était pas visible très longtemps lorsqu'il venait jusqu'à Heuton-Pagnell. Son épouse dévouée semblait prendre un malin plaisir à lui prouver sa satisfaction de l'avoir enfin sous la main. S'il était possible d'exprimer ainsi leurs absences.

Il n'avait donc guère l'occasion de nouer de bonnes relations avec Hermione. La jalousie de Molly continuait probablement de s'exprimer de cette manière. Au cours des repas qu'ils avaient partagés, Hermione confirma les indications sommaires de Molly. Il paraissait marqué par les événements récents. Malgré tout il restait un bel homme de trente-deux ans. Ses cheveux roux, qu'il avait aimablement légués à tous ses enfants, lui assurait de conserver longtemps l'image d'un homme jeune. Ses traits étaient plus tirés qu'à l'accoutumée. Du moins, c'est ce qu'il semblait à Hermione. Elle savait qu'Arthur se remettrait de cette période difficile. Elle ne pouvait néanmoins rassurer son amie Molly sans se trahir.

Les deux jeunes femmes avaient atteint un tel degré de proximité que Molly Weasley n'envisageait plus d'entreprendre quoi que ce soit sans avoir obtenu la participation préalable d'Hermione. Cette situation arrangeait de fait la jeune sorcière qui voyait ainsi sa mission facilitée. Pourtant, une telle complicité lui pesait. Elle ne pouvait s'empêcher de voir la mère de Ron pour ce qu'elle était. La mère de son ami. Veiller soigneusement à ne pas laisser échapper des informations qu'elle n'était pas sensée connaitre l'épuisait nerveusement. Heureusement cette mission offrait quelques compensations. Notamment de connaitre avec précision l'emplacement de tous les grains de beauté de son futur soupirant.

Á la fin de ce week-end, le premier du mois d'août, Arthur Weasley regagna le ministère particulièrement tard. Molly avait peine à dissimuler ses activités des dernières heures tant sa coiffure était ruinée. Exceptionnellement, elle avait revêtu sa robe de chambre hors de sa chambre. Ce qui signifiait clairement qu'elle avait eu peu de temps pour s'apprêter. Au moment de partir Arthur gratifia toutes les personnes présentes dans la salle à manger d'un sonore "bonne journée". Tous les habitués présents lui répondirent avec de grands sourires entendus. Puis Arthur posa un baiser sur la joue de son épouse et lui glissa qu'il viendrait la chercher définitivement la semaine suivante. Il n'aurait pas dû garder pour ces derniers instants cette confidence. Il eut bien du mal à s'extraire de l'étreinte de son épouse reconnaissante.

Quand Arthur fut enfin partit et que Molly reprit ses esprits, elle fut accueillie par un tonnerre d'applaudissement dans la salle à manger. Tout le monde prit la peine de féliciter la jeune femme pour son retour prochain chez elle. Hermione entendit Albert persifler à Jack qu'il était heureux que ce soit cette nouvelle et non celle d'une prochaine naissance. La remarque qui était destinée à rester entre eux fut entendue par la plupart des convives. La majorité préféra en rire, d'autres restèrent dans l'expectative, Hermione leur signifiait par des gestes affolés de faire silence. Molly avait entendu cette remarque mais ne la releva pas. Ce qui arracha un soupir de soulagement au fautif. Le pauvre ne comprit pas tout de suite pourquoi il ne parvenait pas à attraper ses couverts, puis comment il se faisait que son assiette demeura désespérément vide malgré les aliments qu'il s'obstinait à y verser. Par contre, Hermione trouva que Molly était particulièrement douée en ce qui concernait les sorts de récurage et de manipulation des couteaux.

Une fois que le déjeuner fut achevé Molly décida d'emmener Hermione se promener. Il y avait tant de choses à régler avant son départ. Hermione la soupçonnais de ne pas savoir comment lui dire adieu. Elle-même n'était pas très à l'aise. Car, en plus de ses sentiments personnels, ce départ ne signifiait-il pas la fin de sa mission ?

Un regard sur un exemplaire de la gazette du sorcier posé sur une desserte devant la porte d'entrée permit à Hermione de comprendre pourquoi Arthur Weasley envisageait de reprendre avec lui son épouse. La veille, Rodolphus Lestrange avait été trouvé ligoté dans le grand hall du ministère. Soumis à un veritaserum il reconnut sans difficulté toutes les attaques auxquelles il était soupçonné d'avoir participé. Pour le moment le ministère ignorait qui pouvait être à l'origine de cette arrestation. Le fait qu'elle ait eu lieu hors des cadres légaux ne semblait surprendre personne.

"§§§"

Les deux jeunes femmes parvenaient au parc de l'église d'Heuton-Pagnell et n'avaient toujours échangé aucun mot. L'une comme l'autre paraissait ébranlée par le prochain départ de la famille Weasley.

- J'espère que nous pourrons rester amie… balbutia timidement Molly.

- Évidemment. Répondit sans hésitation Hermione. Sa prompte réponse paru soulager la mère de famille. Hermione se demandait comment elle parviendrait à respecter sa promesse. Une franche discussion risquait d'avoir lieu dans une quinzaine d'années. Et Hermione n'était pas persuadée d'échapper à une montagne de reproches biens sentis.

Molly paraissait à présent totalement rassurée et parlait à s'en faire tourner la tête. Hermione avait quelques peines à suivre toute les explications que lui donnait la mère de Ron. Les descriptions du Terrier se mélangeaient avec l'arbre généalogique impressionnant des Weasley, il était question de goule dans le jardin et de gnomes dans le grenier, ou l'inverse. Le bonheur irradiait de Molly Weasley et Hermione en était satisfaite. Á défaut d'avoir protégé la mère de Ron et Ginny, elle avait réussi à lui faire passer du bon temps. Ce qui l'avait soulagé des tensions de la guerre des ténèbres.

Molly continuait de parler en brassant l'air toute à son excitation. Mais Hermione ne l'écoutait plus. Elle avait entendu au loin le bruit caractéristique d'un transplanage. Instinctivement elle se mit à serrer sa baguette magique plus fermement dans sa main, prête à la sortir de sa poche. Sans prévenir un éclair fusa dans leur direction. Sans un mot Hermione poussa Molly à l'abri derrière le muret d'enceinte du parc. Elle se tourna ensuite vers le point d'origine du sort maléfique qu'elles venaient d'éviter.

Deux mangemorts apparurent, leurs visages dissimulés sous leurs masques caractéristiques. Mais Hermione n'hésita pas une seconde lorsqu'elle les interpela :

- Bellatrix Lestrange. J'avais hâte de vous vaincre. Merci de venir jusqu'ici.

- Petite fille tu vas t'écarter que je puisse débarrasser le monde de quelques roux. ricana Bellatrix.

- Ouais, le seigneur des ténèbres a besoin de sang, on va lui en donner. Ajouta le second mangemort d'une voix grasse et vulgaire.

- Je ne crois pas ! crâna Hermione cherchant à gagner un peu de temps. Elle doutait de pouvoir éliminer sans dommages les deux mangemorts.

Comme cela était prévisible, Lestrange ne prolongea pas la conversation. Cette femme d'action dévoyée n'aimait que le sang et la douleur. C'est d'ailleurs à un sort de doloris qu'Hermione fit d'abord face. Elle l'esquiva ainsi que le sort que lui lança le second mangemort. Ils étaient encore loin et la rapidité d'exécution d'Hermione, ainsi que sa souplesse lui permettait pour le moment d'éviter d'être touchée par un sort. Elle hurla à Molly de s'enfuir pendant qu'elle retenait ses adversaires. Mais la pauvre était tétanisée, tenant ses deux plus jeunes enfants serrés contre elle.

Hermione ne pouvait pas se laisser abattre sans causer des dégâts chez ses adversaires. La crainte de perdre Ron, Ginny et Molly lui donnait une énergie inépuisable. Contre toute attente c'est elle qui fit mouche et mit hors de combat les deux mangemorts. Malheureusement, en raison de la distance qui la protégeait, ces sorts de stupéfixion n'avaient qu'une efficacité limitée. Ils se relèveraient rapidement. Hermione mit à profit le court délai qu'elle venait de se ménager pour emmener Molly à l'abri. Tout d'abord elle avait pensé trouver refuge dans l'église. Mais les mangemorts n'auraient aucune peine à leur couper la route. Le parc représentait la seule issue. Il y avait quelques buissons où elle pourrait dissimuler les Weasley. Sans réfléchir plus elle tira Molly dans la direction qui lui semblait la plus sure. Pour libérer la jeune mère paniquée elle prit Ron tout contre elle, le protégeant de son propre corps. L'écart entre elles et les mangemorts s'accroissaient péniblement.

Elles parvenaient aux premiers buissons lorsque les hurlements de Bellatrix reprirent. Hermione mit à profit une dénivellation qui les dissimulait un peu aux regards des mangemorts pour cacher Molly et ses enfants dans les arbustes. Un sort de dissimulation complétait la protection des branchages. Elle eut à peine le temps de finir que Bellatrix se dressait devant-elle. Un trait vert jailli de la baguette de la plus fidèle des laquais de Voldemort. Hermione se préparait à être terrassée par le sort. Elle ne fut que violemment bousculée.

Quand elle reprit ses esprits elle vit qu'Albert tendait sa baguette dans sa direction. Il avait laissé passer la chance de vaincre Bellatrix pour la sauver. Le sort impardonnable de mort alla se perdre dans l'eau sans faire de dégâts. Le second mangemort lança un sort de doloris sur Albert, Hermione se leva pour stupéfixier Bellatrix. Les sorts se croisaient rapidement. Les entrainements au duel des deux jeunes gens leur permettaient d'éviter les sorts les plus dangereux. Mais ils peinaient à rendre les coups. Hermione ignorait combien de temps elle passa à se défendre. Mais elle sentait l'épuisement la gagner progressivement.

Les deux jeunes gens s'appuyaient l'un contre l'autre et menaient une ronde constante pour se protéger des sorts qui fusaient. Á un moment Hermione senti le corps d'Albert se recroqueviller. Il avait été touché. Avant d'avoir pu réaliser ce qui venait de se produire elle entrevit une lueur sur l'étang. Un cygne qui venait de s'y poser se transformait. Roger Spencer, dégoulinant, l'eau jusqu'à la taille se lança à son tour dans le duel.

Les mangemorts étaient déstabilisés par l'arrivée d'un nouveau combattant, mais il ne leur faudrait que quelques secondes pour mettre Hermione hors de combat et se trouver en position de force face au lord. Ce que vit Hermione la choqua profondément mais lui permit de l'emporter dans son duel.

Roger, le visage dur, les yeux étincelant de colère et de haine, leva son bras droit et n'eut pas besoin de prononcer le sort. Un éclair vert toucha en plein le second mangemort qui s'effondra pour ne jamais se relever. Bellatrix Lestrange semblait abasourdie de constater que les défenseurs de la loi puissent employer les sorts impardonnables. Le lord n'eut pas le loisir de prouver à Bellatrix qu'il pouvait renouveler l'expérience.

Hermione stupéfixia Bellatrix par un sort qui l'atteignit en plein. Elle s'approcha de la mangemort inanimée et la ligota d'un incarcerem où l'on pouvait ressentir toute l'animosité dont était capable la jeune sorcière.

Le sauveteur d'Hermione était sorti de l'étang et constatait le décès du second mangemort. Hermione encore sous le choc préféra se concentrer sur Albert. Celui-ci était avant tout épuisé. Le duel qu'il avait mené avec la jeune fille s'était achevé sur un pétrificatus plutôt douloureux. Cependant il ne garderait pas de séquelle de ce sort-là. Il avait, par contre, protégé de son mieux la sorcière. De ce fait il avait été bien plus que de raison atteint par les sortilèges des mangemorts. Hermione le remercia d'un souffle. Elle était très émue des efforts qu'il avait déployés pour être touché à la place de la jeune fille. Elle s'effondra à ses côtés traversée de spasmes. Elle avait fourni beaucoup d'efforts au cours du combat et elle se sentait épuisée, honteuse, coupable.

Un bruissement dans les arbustes rappela à Hermione que Molly et ses deux derniers s'y dissimulaient. Elle leva machinalement le sort de dissimulation. Á présent Jack, Rodrigue, Maria Abbott, John et Sherman accouraient vers eux. Á la grande surprise d'Hermione, Maria Abbott s'approcha d'abord de Molly, constata l'état de choc et indiqua à Rodrigue qu'il fallait l'emporter aussitôt à l'auberge pour lui fournir un bon remontant. Elle observa la jeune fille toujours agenouillée, en déduisit un grand état de fatigue et préconisa de l'emporter elle aussi à l'auberge. John tenta vainement de soulever Hermione. Elle ne voulait pas abandonner son sauveur. Enfin, Maria Abbott approcha Albert. Elle fit un bilan de ses signes vitaux. Rien n'était anormal compte tenu des circonstances. La petite main de la gouvernante se posa sur Hermione. Elle lui adressa un regard compatissant et bienveillant qu'Hermione ne connaissait pas.

- Vous avez du mieux que vous pouviez mademoiselle. Maintenant il faut me laisser faire mon travail. expliqua-t-elle doucement à Hermione.

- Votre… travail. Hermione comprenait enfin pourquoi la gouvernante avait tant de mal avec ses fonctions. Elle était médicomage.

- Vous m'avez bien comprise. fit Maria comme si elle entendait le désarroi d'Hermione. Laissez-nous, je vous le ramènerais, n'ayez aucune crainte.

Rassurée quant au devenir d'Albert, Hermione accepta enfin les sollicitations de John et pu se lever. Il l'encadra jusqu'à parvenir jusqu'à Bellatrix. Á ce moment il la confia à Sherman. Et, prenant à part Jack et Roger il signifia qu'ils devaient emporter ces mangemorts au ministère sans tarder. Ils disparurent dans un éclair emportant le mangemort mort et Bellatrix Lestrange. Les larmes aux yeux, épuisée, Hermione se laissa guider jusqu'au "sleepin' chess". Pendant qu'elle s'éloignait Maria Abbott s'affairait autour d'Albert qui commençait à reprendre des couleurs.

"§§§"

Reprendre son souffle…

C'était là la seule préoccupation d'Hermione. Elle avait suivi sans rechigner le jeune Sherman jusqu'à l'auberge où se trouvait déjà Molly et ses enfants. Le trajet lui sembla être un rêve. La brève course-poursuite, et le combat l'avaient épuisé au-delà de tout entendement.

De plus, elle n'était pas certaine de supporter une confrontation avec Molly. Elle fut entendue. Lorsqu'elle pénétra dans le hall de l'auberge elle ne vit personne. L'ensemble des habitués devaient avoir été engagés pour sécuriser le bourg d'Heuton-Pagnell. Imaginer qu'il puisse encore y avoir des mangemorts errant tout autour arracha un frisson douloureux à la jeune fille. Mais ce n'était plus son problème. Elle venait de venger Neville en permettant d'envoyer l'un des bourreaux de ses parents à Azkaban. Il s'en était fallu de peu pourtant pour qu'elle soit tuée. Les frissons étaient devenus des tremblements convulsifs. Hermione tenait debout parce que Sherman la portait presque totalement à présent. Celui-ci hésitait, ne savait pas trop comment faire. Il avait été désigné comme infirmier mais ne pouvait faire mieux qu'être ambulancier.

Au moment où Hermione allait finalement défaillir, Rodrigue descendait précipitamment les escaliers. Il injuria copieusement Sherman qui restait planté au milieu du hall sans se décidé.

- tu fais pis que rien à rester là, andouille. Assena-t-il durement au jeune homme.

- Laissez Rodrigue, je vais bien. fit Hermione tentant désespérément de se dégager de l'étreinte de son accompagnateur.

- Vous ne feriez pas deux pas ! trancha Rodrigue. Vous en avez plus que vous ne l'imaginez. Maintenant il faut vous reposer.

Il ne vint pas à l'esprit de la jeune sorcière de mettre en doute les affirmations de l'aubergiste. Elle voulait faire bonne figure mais elle était incapable de bouger ne serait-ce qu'un pied. S'arrêter avait été fatal pour sa mobilité. Avec douceur Rodrigue la mena, la souleva plutôt, jusqu'à un fauteuil proche. Il lui mit un verre d'une boisson ambrée dans la main et lui indiqua de boire. Machinalement, presque inconsciente, Hermione porta le verre à ses lèvres brulantes et desséchées. Le liquide la brula en descendant dans sa gorge. Elle crut enfin mourir. L'agression lui arracha une larme de douleur.

- C'est du cognac français. Fabriqué par les moldus. précisa Rodrigue. De la réserve d'Albert.

- J'ai toujours su qu'il avait bon goût. se surprit à répondre Hermione.

- Vous allez déjà mieux. Très bien, très bien. reprit Rodrigue. Puis il se détourna de la jeune fille et appela pour que Josy vienne prendre en charge la jeune sorcière.

Quand la jeune Josy au physique ingrat vint enfin, Hermione sentait ses sens reprendre le dessus. Elle pouvait à nouveau bouger. Les événements précédents paraissaient sortir d'un rêve, d'un cauchemar plus exactement. Josy la prit délicatement par le bras et la guida vers les escaliers. Hermione remercia en deux mots Rodrigue et Sherman. Parler représentait un effort presque surhumain.

Les deux filles montaient les marches tranquillement. Hermione se sentait un peu mieux et observa sa garde-malade. Elle en faisait de même. Dans le regard de Josy Hermione cru distinguer une immense admiration. Et comme pour répondre à l'interrogation muette d'Hermione, Josy exprima ses sentiments.

- Comme cela a dû être grisant. Deux mangemorts, le combat, les sorts qui volent dans tous les sens. Fit-elle d'abord excitée. Mais je n'aurais le courage de me lancer là-dedans. Hermione pensa qu'on ne se lançait pas dans les affrontements. La plupart du temps ils viennent à vous tous seuls. Vraiment, je vous trouve grandiose ! conclut Josy.

- J'aurais préféré rester tranquillement à la maison. articula Hermione. Josy rougit un peu en remarquant que la sorcière victorieuse était aussi particulièrement éprouvée.

- Tous les autres trouvent aussi que vous avez été très douée. finit-elle par ajouter en matière d'excuse.

Hermione esquissa un sourire. La petite Josy venait probablement de lui faire un très beau compliment. Mais c'était surtout la confiance que les autres lui témoignaient qui la touchait. Au travers des mots maladroits qu'employait Josy c'est tout le soulagement des sorciers normaux qui s'exprimait. Pendant la guerre seul l'Ordre du Phénix, les habitants du "sleepin' chess" et des agents du ministère avaient pu maintenir la cohésion du monde magique. Le reste de la population vivait dans la crainte. Il était rare pour eux de pouvoir exprimer leurs sincères remerciements à ceux qui les avaient protégés. Pour Josy, Hermione faisait partie de ces sauveurs. Celle-ci était touchée mais savait qu'elle devait la vie à la réaction d'Albert et à leurs entrainement plus qu'à tout autre chose.

Josy lui apprit que Molly Weasley était couchée. On lui avait donné un remontant, manifestement le même que celui qu'avait reçu Hermione, puis on l'avait couché. Ses enfants, Ron et Ginny, avaient été réconfortés et couchés auprès de leur mère. Sans mystère Josy s'apprêtait à faire de même avec Hermione. Celle-ci ne se sentait pas de s'opposer aux directives de la jeune serveuse.

Avec douceur Josy l'aida à enfiler une tenue pour la nuit. Elle lui fit apporter un repas léger et elle insista pour qu'elle le mange. La nourriture paraissait tourner sans fin dans la bouche d'Hermione. Elle n'avait pas faim, ne ressentait pas la nécessité de se forcer. Cependant, une part d'elle-même savait qu'elle devait reprendre le dessus.

Après tous ces soins Josy finit par prendre congé. Enfin seule soupira Hermione. Elle s'allongea sous les couvertures, s'attendant à fondre en larmes. Pourtant rien ne vint. Le temps passé avec Josy lui avait permis de reprendre pied dans la réalité et d'évacuer une grande partie du stress post-traumatique. Elle put laisser son esprit vagabonder librement sans craindre d'être dépassée par un flot de mauvais souvenirs ou par des angoisses. Ce qui se révélait plaisant.

Hermione songea que ses amis habituellement si gentils étaient transfigurés par les combats. Elle-même ne devait pas être belle à voir. Leurs sentiments les plus profondément enfouis avaient tendance à rejaillir lors de ces combats. La facilité déconcertante avec laquelle les haines, les passions, prenaient le pas sur les actions conscientes la mortifiait. La frontière entre le bien et le mal lui apparaissait à présent dans toute sa vérité. Ténue et fragile.

Il fallait être un sorcier particulièrement fort pour ne pas se laisser aller à la facilité des sorts noirs, puissants, efficaces, faciles finalement. Elle n'en avait que plus d'estime pour Dumbledore, Thorsthon et même Harry. Mais Roger Spencer lui paraissait plus inquiétant. Elle peinait aussi à prendre conscience qu'elle était à l'origine de l'enfermement de Bellatrix.

Après des heures de réflexion sur ces capacités à résister à l'attrait des sorts interdits, à réfléchir sur ses faiblesses, Hermione s'endormit d'un sommeil sans rêves. Heureusement.

"§§§"

Le lendemain matin de son épuisant combat Hermione descendit dans la salle à manger beaucoup plus tard qu'à l'habitude. Elle y trouva avec plaisir Albert et Jack encore attablés. Elle échangea avec eux d'amicaux bonjours. Jack la félicita avec beaucoup de chaleur. Il lui avoua que, jusqu'à la veille, il se demandait ce que le capitaine Olaf lui trouvait. La voir en action l'avait proprement stupéfié. Hermione accepta les compliments, un peu gênée. Elle précisa fort à propos qu'elle n'était pas seule. Après avoir reçu des nouvelles rassurantes d'un Albert visiblement radieux elle décida de se joindre à la table des Weasley qui se trouvait un peu plus loin.

Les enfants roux ne paraissaient pas affectés par les événements de la veille. Hermione se demanda dans quelle mesure leur mère et leurs baby-sitters les avaient informés. De leur côté, Ron et Ginny, les deux seuls véritablement concernés semblaient totalement insouciants. Cela rassura Hermione.

Pendant qu'elle s'approchait, Molly se détacha de la table. Elle était pâle et des cernes marquaient le manque de sommeil. Elle n'avait pas passé une bonne nuit. Sa coiffure n'était pas aussi nette qu'à son habitude. Hermione craignait que Molly soit encore un peu fébrile à cause des événements de la veille.

La mère de famille embrassa Hermione et serra fort son étreinte. La jeune sorcière en déduisit que Molly ne parviendrait pas à exprimer autrement ses remerciements. Hermione la laissa faire, ne cherchant pas à s'extraire de l'étouffement involontaire où Molly la maintenait. Elle était touchée par l'absence de paroles de la mère de Ron. Les mots n'étaient pas assez forts pour exprimer ce qu'elles ressentaient toutes les deux. L'une pleurant en silence parce qu'elle ne savait pas comment exprimer sa gratitude, l'autre parce qu'elle avait sauvé son propre avenir.

Après de longs instants Molly relâcha son étreinte, s'excusa de s'être laissé déborder par ses sentiments. Hermione l'assura qu'il n'y avait pas de mal. Les enfants s'impatientaient de souhaiter le bonjour à leur amie et manifestèrent leurs mécontentements assez bruyamment. Hermione fit le tour complet de la table pour déposer un baiser sur chaque joue des gentilles têtes rousses. Ce qui convenait visiblement au plus grand nombre, et particulièrement à Charlie.

Le déjeuner se déroula très tranquillement, aucune allusion ne fut faite aux événements de la veille. L'étreinte partagée par les deux jeunes femmes avait soldé la question. D'une certaine manière Hermione était soulagée. Elle n'aurait pas supporté de devoir entendre des remerciements tout au long du repas. D'autant qu'elle ne parvenait pas à s'attribuer la résolution de la situation. Pour elle Spencer et Durillon avaient joué des rôles tout aussi importants, voire plus. Sans eux elles seraient mortes.

C'est un Arthur échevelé et débraillé qui déboula comme une tornade dans l'auberge du "sleepin' chess". Il courut droit vers ses enfants et son épouse, ignorant tous les signes de bienvenue et d'apaisement que lui adressaient toutes les personnes présentes. Il prit Molly contre son cœur, embrassa du regard, et sembla les compter, tous les roux attablés. D'un hochement de tête il remercia Hermione d'avoir sauvé sa femme et deux de ses enfants. Les retrouvailles entre Molly et Arthur durèrent encore longtemps. Finalement il fit assoir la jeune mère prit à son tour place à table.

En quelques mots il remercia vivement Hermione. Il s'empêtrait un peu dans les mots tant il avait du mal à exprimer ses angoisses passées. Mais ce n'était pas tant les mots que la manière de les dire, la chaleur dans le regard et dans la voix, qui touchèrent Hermione. Cette sincérité ne peut être feinte.

Enfin quand tout le monde fut calmé, rassasié ou remercié, Arthur consenti à partager une information qu'il avait gardé par-devers lui. Dumbledore leur permettait de rentrer au Terrier. Ils pouvaient reprendre une vie de famille normale. Hermione se senti soulagée pour eux. Sa mission s'achevait, et elle s'éloignerait de Molly, mais elle savait qu'ils seraient enfin en sécurité, libres de construire la vie dont ils rêvaient.

Les adieux s'éternisèrent. Non seulement parce que les affaires des Weasley étaient depuis longtemps éparpillées au travers de toute l'auberge, mais aussi parce que Molly faisait durer les derniers instants qu'elle partageait avec celle qu'elle concevait comme étant sa meilleure amie. Hermione savait ce qui se passait, et elle savait devoir aider les Weasley à partir. Son silence accroissait leurs difficultés mais elle ne pouvait se résoudre à les quitter définitivement. Du moins pour les prochaines dix années.

Finalement il n'y eut plus rien à ranger, plus rien à trouver et le moment tant redouté était atteint. Arthur et les enfants embrassèrent rapidement la jeune sorcière en la gratifiant d'au-revoir mouillés. Elle assura chacun des enfants qu'ils se reverraient bien un jour et qu'il ne fallait pas être triste. Elle garda pour elle le fait, qu'elle seule saurait à l'avenir qu'ils se connaissaient lorsqu'ils croiseront pour la première fois l'Hermione Granger âgée de 11 ans.

Les adieux de Molly furent, comme souvent, silencieux et humides. Elles s'étreignirent et se promirent de s'écrire autant que possible. Avec un dernier signe de la main Molly rejoignit sa famille.

C'était fini.

Jack attrapa tendrement Hermione et la serra de ses bras puissants. Elle aurait voulu pouvoir se dégager de cette étreinte qu'elle ne désirait pas.

- T'en fais pas Seagull, nous on reste là.

- Je sais. Mais, moi, combien de temps vais-je rester encore ? répondit-elle, songeuse.

- Tu as l'intention de t'en aller à ton tour ? s'exclama le colosse en faisant pivoter la jeune fille de manière à la regarder droit dans les yeux.

- Je n'ai jamais dit que je resterais Jack. Fit l'intéressée, baissant les yeux pour ne pas croiser le regard inquisiteur de celui qu'elle savait être un amoureux transi.

- Mais… balbutia Jack, effondré.

- Ne t'attache pas à moi, Jack, s'il te plait. Hurla Hermione en se dégageant. Elle courut jusque dans sa chambre sans poser le regard sur quiconque.

- Seagull ! avait grondé Jack. Mais il n'avait pas pu bouger.


[1] La mouette. Nda.


Next week : This is my quest !
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