Note d'auteur : Ce 7e chapitre répond au prompt "Se jeter dans la gueule du loup". Bonne lecture :)
Je remercie beaucoup Aredhel et CharlenePotter pour leurs corrections avisées et leurs avis très éclairant, merci beaucoup les filles ! :D
RAR Juliette54 : Difficile d'aimer sa mère en effet, mais son père n'est pas une blanche colombe non plus, bien que visiblement moins pète-sec^^ J'espère que la suite te plaira, merci pour ta review !
Le mois de juin était bien avancé, et ce jour-là le soleil était à peine masqué par les nuages dont la lourde présence orageuse empêchait cependant que le temps puisse être réellement radieux. Asteria ferma la fenêtre de sa chambre afin d'éviter qu'une pluie soudaine n'entre. Elle arrangea sa robe et ajouta une perle dans ses cheveux. Ses parents avaient prévu de l'emmener dîner chez les Higgs, des amis à eux, dont le fils Terence avait trois ans de plus qu'elle. Son nom ne lui disait strictement rien, mais c'était bien normal, elle ne s'était jamais intéressée aux élèves de la maison de sa sœur, qui avait été à Serpentard alors qu'elle-même avait étudié à Serdaigle.
La porte de sa chambre s'entrouvrit sur l'elfe de maison qui s'inclina légèrement avant de murmurer :
― Vos parents vous attendent, miss Asteria.
― Je viens tout de suite, dis-le-leur, répondit-elle en arrangeant une dernière fois sa coiffure.
L'elfe referma la porte et Asteria prit une cape dans son armoire avant de le suivre. Elle rangea sa baguette dans une poche intérieure de sa pèlerine, bien qu'elle doutât d'avoir à s'en servir. Elle rejoignit ses parents dans l'entrée. Sa mère était très élégante, comme toujours, mais la froideur sur son visage gâchait le tableau. Quant à son père, il rappelait les sorciers d'autrefois, vêtus de leur courte cape, d'un chapeau haut-de-forme et d'un gilet, sur lequel brillait la chaîne d'une montre à gousset. C'était le propre des grandes familles de Sang-Pur de vouloir perpétuer les traditions. Asteria aimait cette sorte de protocole, cette étiquette qui avait pourtant tendance à s'assouplir avec le temps.
― Je n'aime pas cette robe, fit remarquer sèchement sa mère. Je t'avais dit de mettre la verte.
― Je suis assez grande pour m'habiller toute seule, rétorqua Asteria sur le même ton.
Elle échangea un regard avec son père qui lui jeta un simple regard froid, comme pour appuyer sa mère. Cependant il n'ajouta rien pas et lorsqu'il donna le signal du départ, ils transplanèrent tous les trois chez les Higgs.
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Lorsqu'elle arriva, à quelques secondes d'intervalle de ses parents, Asteria découvrit une grande bâtisse, imposante et aux proportions harmonieuses. Les propriétaires étaient fortunés, cela se voyait – non pas à la taille du manoir qui aurait pu n'être qu'un héritage, mais à sa toiture impeccable, au jardin très bien entretenu et à d'autres détails qui montraient que les Higgs se préoccupaient de leur patrimoine.
― Tu aurais pu te coiffer plus soigneusement, souffla sa mère avec reproche, en arrangeant un peu ses cheveux. Voilà, c'est mieux comme ça. Tu verras, je suis sûre que leur fils est charmant, ajouta-t-elle d'une voix un peu plus douce.
Asteria haussa les épaules avec indifférence. Ce dîner ne l'enthousiasmait guère, elle espérait pouvoir faire la conversation à quelqu'un au lieu de s'ennuyer à attendre qu'on lui pose une ou deux questions sur ce qu'elle faisait dans la vie. Elle surprit un regard entendu entre son père et sa mère, et cela la mit mal à l'aise. Elle sentait que cette invitation avait un autre but que celui de se retrouver entre gens de la bonne société… Elle n'aimait pas être mise à l'écart, et les cachotteries de ses parents lui déplaisaient beaucoup.
Son père les annonça et la grille du parc s'ouvrit alors. Asteria marcha un peu en rentrait alors qu'ils pénétraient dans la propriété, pour pouvoir profiter du beau jardin. Les haies de buis étaient taillées en forme d'animaux. Elle reconnut un hibou, une licorne, un hippogriffe et un lion. C'était du très beau travail et elle se demanda si c'était un elfe qui faisait tout cela où s'ils avaient d'autres domestiques.
Lorsqu'ils entrèrent dans la maison, ils furent accueillis par Mrs et Mr Higgs. Mrs Higgs avait de très grandes dents et lorsqu'elle adressa un sourire à Asteria, cette dernière dut retenir une grimace, tant il était carnassier et peu chaleureux. Mr Higgs au contraire semblait plutôt enjoué et jovial. Il les salua très amicalement. Derrière eux se tenait un jeune homme, qu'Asteria devina être Terence. Son visage était inexpressif, elle se demanda si c'était un masque ou bien son air habituel. Il n'avait pas l'air très loquace, et marmonna un simple « Bonsoir » en la saluant.
Mrs Higgs leur fit signe de se diriger vers le salon et ils la suivirent. La pièce était richement meublée, comme l'entrée. Il y avait des trophées de chasse sur les murs, une cheminée de marbre, de très beaux fauteuils, et quelques tableaux. Cependant l'atmosphère demeurait froide. Elle voyait le sourire presque forcé de Mrs Higgs, celui glacial de sa propre mère. Leurs maris respectifs ne discutaient pas, semblant attendre que quelqu'un lance un sujet de conversation. Terence semblait s'ennuyer ferme, il pianotait du bout des doigts sur l'accoudoir de son fauteuil en lâchant de temps à autres des soupirs las.
― Que se passe-t-il au Ministère, William ? demanda Mr Higgs au père d'Asteria.
― Rien de bien intéressant en ce moment, répondit Mr Greengrass avec un haussement d'épaule que sa fille trouva très méprisant. C'est très calme. Tout est redevenu normal, comme avant le retour du Seigneur des Ténèbres.
Asteria grimaça à cette appellation. Ses parents ne s'étaient pas engagés aux côtés de Voldemort, bien que de Sang-Pur. Mais le mot « Seigneur » dans la bouche de son père… elle trouvait cela on ne peut plus déplacé, comme s'il manifestait un quelconque respect pour cet homme.
— Je vois, répondit Mrs Higgs d'une voix grinçante. J'imagine que tous ceux qui avaient été radiés de leur fonction durant la Guerre les ont reprises ?
Asteria comprit alors. Ces gens chez qui ils étaient prônaient sans aucun doute la pureté du sang, méprisant les nés-Moldus. Nul doute qu'ils avaient soutenu, ou du moins été en accord avec les idées de Voldemort. Voilà pourquoi son père parlait de cet être en ces termes, pour ne pas froisser leurs hôtes. Elle espérait que cette explication était la bonne, du moins.
— Bien sûr, répondit William Greengrass. Tout est pratiquement rentré dans l'ordre. La plupart des procès ont eu lieu, depuis le temps.
Mrs Higgs émit un ricanement moqueur et Asteria fronça les sourcils. Non, décidément, elle n'aimait pas cette femme. Mais elle se tut, peu désireuse de s'attirer des ennuis, et trouvant bien plus instructif d'écouter la conversation plutôt que d'y participer. Elle regarda du côté de Terence et le vit jouer machinalement avec ses boutons de manchette. Elle aurait aimé qu'il prenne part à la discussion, pour qu'elle sache quelles étaient ses opinions. Mais il semblait décidé à ne rien dire et laisser filer.
— La presse a beaucoup parlé de ça, dernièrement, renchérit la mère d'Asteria. Il y a eu le procès des Malefoy, en janvier, qui a défrayé la chronique.
Asteria se fit plus attentive. Ce procès l'avait elle-même un peu secouée et elle n'était pas contre en savoir un peu plus. Alors qu'avant cela elle aurait été capable d'apprécier Drago Malefoy, elle ne pouvait aujourd'hui plus supporter l'idée qu'il vienne lui parler. Elle s'en voulait d'ailleurs de n'avoir pas appris plus tôt ce qu'il avait fait pendant la Guerre, elle aurait ainsi évité de lui accorder sa confiance. Peut-être était-il très enfantin de retourner ainsi sa veste, mais c'était plus fort qu'elle. Plusieurs de ses amis avaient perdus des proches durant cette période, et les moindres personnes impliquées plus ou moins directement dans ces massacres n'auraient jamais son pardon, encore moins son estime.
— Je ne vois plus Lucius au Ministère, répondit son père. Il a dû être démis de ses fonctions, même si l'information n'a pas été confirmée.
— Ou alors il est trop lâche pour se montrer en public ! répliqua Mrs Higgs. Cet homme m'est toujours sorti par les yeux ! Tant d'arrogance… Terence connaissait son fils, n'est-ce pas Terence ?
L'intéressé releva la tête et opina mollement.
— Et vous Asteria, vous le connaissiez ?
Asteria sursauta lorsqu'on prononça son nom. Les regards étaient braqués sur elle. Elle n'avait jamais parlé à ses parents des quelques fois où elle avait rencontré Drago Malefoy, sachant parfaitement qu'ils ne tenaient pas cette famille dans leur cœur.
— Non, répondit-elle aussi calmement que possible. Ma sœur était à Serpentard comme lui, de la même année, mais je ne l'ai jamais côtoyé.
— Vous n'étiez pas à Serpentard ? demanda Mrs Higgs, l'air étonné.
— N-non… J'étais à Serdaigle, balbutia Asteria, interloquée.
— Oh.
Elle aurait dû s'en douter. Une famille prônant la pureté du sang ne pouvait jurer que par Serpentard. Elle détestait ces préjugés. Sa sœur, avant de mourir, avait toujours été adulée par ses parents et leurs proches. Rien d'étonnant à cela : elle était belle, prometteuse, élève à Serpentard, intelligente…
— Les Serdaigle ont eux aussi la vertu de l'intelligence, fit remarquer Mr Higgs à sa femme.
— Oui, c'est vrai, répondit-elle comme à contrecœur.
Asteria se sentait de plus en plus mal à l'aise. Elle n'était pas sotte, non, loin de là. Et cela l'amenait à se demander ce qui se tramait. Elle avait curieusement l'impression de s'être jetée tout droit dans la gueule du loup en accompagnant ses parents. Il était évident qu'ils avaient une idée derrière la tête. Elle le découvrirait bien assez tôt.
— Passons à table, voulez-vous ? dit soudain Mrs Higgs en se levant.
Mr Greengrass se leva à son tour et offrit son bras à leur hôtesse. Mr Higgs l'imita en proposant le sien à Mrs Greengrass. Terence fit de même avec Asteria qui l'accepta non sans une certaine réticence puis ils se dirigèrent de concert vers la salle à manger. La pièce était, à l'instar du salon, richement décorée. Les murs étaient ornés de somptueuses tapisseries et les meubles étaient sans doute tous des pièces uniques, résultats d'un travail délicat. Oui, si elle n'aimait pas les Higgs – ou du moins Mrs Higgs – Asteria appréciait leur goût pour l'ornement et l'ameublement. On la fit asseoir à côté de Terence, lequel était à côté de sa mère. En face d'eux s'étaient assis Mr Higgs et les parents d'Asteria. Personne ne présidait l'assemblée, c'était inhabituel, mais sans doute voulaient-ils montrer qu'ils se considéraient comme des égaux, hôtes comme invités.
Asteria essaya d'engager la conversation avec Terence, elle ne comptait pas se taire toute la soirée et écouter parler leurs parents, ce serait d'un ennui mortel.
— Que faites-vous depuis que vous avez quitté Poudlard ? demanda-t-elle poliment au jeune homme.
— Mon père veut que je prenne sa suite au Ministère, répondit Terence. Il ne m'a pas trouvé de poste mais je l'assiste régulièrement, pour apprendre son travail.
— Ca a l'air passionnant, marmonna Asteria, sans grande conviction.
Terence esquissa un sourire avant de répondre :
— Ne vous forcez pas, personnellement je trouve ça totalement inintéressant. Mais vous savez ce que c'est, c'est la règle de l'aristocratie sorcière. Vous-même, vous devez avoir cette pression, non ?
Asteria secoua la tête en répondant :
— Non, pour l'instant on ne m'a forcée à rien. Je suppose que ce n'est qu'une question de temps, après tout j'ai quitté Poudlard depuis bientôt trois ans. Mais j'imagine que la pression n'est pas la même selon si on est un homme ou une femme.
Elle avait eu vent de la société moldue, de la façon dont la femme était considéré il y avait de cela quelques dizaines d'années, et encore à présent. La société sorcière était en avance sur bien des points, mais l'idée communément répandue chez l'aristocratie sorcière était que la femme n'était pas celle qui travaillait. Sa mère n'avait jamais travaillé, elle avait toujours su recevoir leurs hôtes, gérer la renommée de leur famille dans le monde, mais c'était son père qui par son haut poste au Ministère avait contribué à la richesse de leur famille. Cette situation ne gênait pas Asteria outre mesure. Elle n'avait pas la moindre envie de chercher un emploi. Elle lisait énormément, se documentait sur tout. A vrai dire, elle avait toujours rêvé de faire de l'astronomie. C'était sa matière préférée à Poudlard, avec la Métamorphose.
— Vous n'avez pas besoin de travailler si vous épousez quelqu'un de riche, observa Terence.
— Je ne raisonne pas de cette façon, rétorqua Asteria. Je n'épouserai jamais quelqu'un pour son argent. Il y a beaucoup de domaines qui m'intéressent, je me consacrerai peut-être à l'un d'eux un jour.
Elle n'osa ajouter qu'elle n'avait pas beaucoup songé au mariage, encore. Ses parents n'avaient pas caché leurs intentions de hâter les choses, de lui trouver un mari, mais elle n'était pas pressée de leur faciliter la tâche. Elle aimait sa liberté, sa solitude, elle ne voulait pas se séparer de cela.
— Dites-moi, Asteria ? demanda soudain Mrs Higgs, la faisant sursauter à nouveau tant cette voix était désagréable. Quelles activités pratiquez-vous ?
— Vous voulez dire… qu'est-ce qui m'intéresse ?
— Non, si vous faites de l'art, de la musique, si vous lisez…
Asteria n'aimait pas du tout ce ton. Pour qui se prenait-elle ? On n'était plus au XIXe siècle, elle n'avait pas à lui parler comme si elle avait des droits sur elle sous prétexte qu'elle était une femme plus âgée. Asteria répondit néanmoins :
— Je fais un peu de piano, mais très peu. Je dessine, aussi. J'aime beaucoup l'aquarelle.
— Avez-vous déjà fait du Quidditch ?
— Non, répondit-elle. Je ne suis montée sur un balai que durant les cours de première année, à Poudlard, je n'aime pas ça du tout.
— C'est bien, ce n'est pas un sport de jeune fille distinguée,
Asteria ne souhaitait pas s'attirer d'ennuis, mais les préjugés de Mrs Higgs l'insupportaient.
— Je connais des filles qui jouent au Quidditch, ça ne les empêche pas d'être parfaitement distinguées !
— Un nom en particulier ?
Asteria se mordit la lèvre. Non, évidemment qu'elle n'avait pas de nom à l'esprit, elle n'avait jamais côtoyé les joueurs de Quidditch de Serdaigle, encore moins des autres maisons. Elle se souvenait de Cho Chang, qu'elle avait toujours trouvée très belle, sans jamais lui avoir parlé. Elle savait qu'à Serpentard, l'équipe de Quidditch ne comptait pas de filles. Et dans les autres maisons… Il y en avait une à Gryffondor, Ginny Weasley, une fille très jolie, mais la voix de Mrs Higgs la coupa dans ses réflexions :
— C'est bien ce que je pensais. Votre sœur ne jouait pas au Quidditch je suppose ?
Asteria se figea. Elle vit ses parents qui avaient immédiatement tourné la tête vers Mrs Higgs. Un silence de mort plana un instant avant que Mr Higgs ne le brise en disant d'une voix complaisante :
— Excusez mon épouse, elle n'a pas voulu vous blesser.
Asteria le vit jeter un regard noir à sa femme et le trouva encore plus sympathique.
— Ma mère est vraiment indélicate, je suis désolé, marmonna Terence.
— Non, ça ne fait rien, répondit Asteria en se détendant, contente de voir que son voisin n'était pas aussi insupportable qu'elle l'avait pensé au début de la soirée.
— Je vous prie de m'excuser, ajouta Mrs Higgs d'une voix qui peinait à masquer son embarras. Mangez, ça va être froid.
Sans un mot, chacun obéit et attaqua le plat apporté par un elfe de maison quelques minutes plus tôt. Asteria avait été la seule à le remercier, les autres personnes ne lui avaient pas accordé un regard, y compris Terence. Ils mangèrent en silence. La remarque de Mrs Higgs avait considérablement refroidi l'ambiance. Comment pouvait-on être aussi indiscret, aussi maladroit ? Et ne pas s'excuser ensuite, laisser son mari le faire ? C'était intolérable. Plus le temps passait, plus Asteria ne désirait qu'une chose : partir. Elle entendait le grondement du tonnerre dehors et le martèlement des gouttes de pluie sur les vitres des fenêtres. Elle aurait préféré être à l'extérieur à se promener par ce temps plutôt qu'ici, à s'ennuyer et tenter vainement de combattre les préjugés de Mrs Higgs.
La mère d'Asteria lança une nouvelle conversation, sur une nouvelle loi dont elle avait entendu parler à propos d'un établissement de droits en faveur des elfes de maisons. Ne voyant aucun intérêt à participer à cette discussion qui allait encore tourner à un débat rétrograde, Asteria se tourna vers Terence et lui demanda le plus calmement du monde :
— Vous connaissiez Drago Malefoy ?
Il sembla surpris par sa question.
— Très peu, je dois dire. Je ne l'ai jamais vraiment côtoyé, il avait un an de moins que moi.
— Mais… vous l'appréciiez ?
— Non, il était insupportable. Un sale gosse, toujours à cracher dans le dos des gens, pourri gâté. Et puis aujourd'hui, son rôle et celui de sa famille dans la Guerre n'est plus à prouver.
Asteria acquiesça lentement. C'était bien ce qu'elle pensait, elle n'était pas la seule à mépriser Drago Malefoy pour ses actes, mais elle avait désormais la preuve qu'il était naturellement méchant. Elle doutait qu'on puisse réellement changer, c'était sa nature d'être lâche et sournois. Alors il avait bien pu l'empêcher de se suicider, ça ne changeait rien à ses actes ignobles durant la Guerre.
— Asteria, vous n'êtes pas fiancée, je suppose ? demanda Mrs Higgs.
L'interpellée s'étouffa avec un morceau de viande. Comment, la vieille harpie n'allait pas la lâcher ?
— Pardon ? s'exclama-t-elle entre deux quintes de toux alors que Terence lui tapait dans le dos en levant les yeux au ciel.
Asteria surprit ses parents jeter des regards lourds de reproches à Mrs Higgs. Celle-ci sembla soudain confuse, comme si elle avait dit une bêtise – oh oui, et pas qu'une…
— Amaranta, maintenant ça suffit, trancha sèchement son mari. Ne pose plus de questions à Asteria, tu fais preuve d'un tel manque de délicatesse…
— Mais… ce ne sont que des questions ! répliqua Mrs Higgs, l'air sincèrement surpris.
— Des questions auxquelles je ne veux pas répondre !
Asteria mit sa main devant sa bouche à peine eut-elle prononcé ces mots. C'était plus fort qu'elle, ils étaient sortis sans qu'elle puisse les retenir.
— Asteria ! s'exclama sa mère. Enfin je t'en prie, un peu de tenue !
Hors d'elle, Asteria se leva de table, provoquant un grand bruit quand sa chaise racla le sol.
— J'ai parfaitement compris votre petit jeu, vous tous ! s'exclama-t-elle le cœur battant. Les dîners arrangés pour me faire rencontrer des hommes à marier ? Vous êtes donc tombés si bas ? siffla-t-elle à l'adresse de ses parents. Et vous, qui depuis toute à l'heure cherchez à savoir si je pourrais faire une belle-fille correcte ! ajouta-t-elle pour Mrs Higgs. Qu'est-ce que vous croyez ? Ce genre de chose se faisait il y a un siècle, vous pensez sérieusement que je me serais laissée marier à n'importe qui ?
Elle vit Terence grimacer un peu, comme vaguement vexé.
— Excusez-moi, Terence, ajouta-t-elle, ce n'est pas contre vous. Mais j'en ai plus qu'assez de vos simagrées ! Je ne veux plus entendre parler de mariage, est-ce bien clair ? Je savais que je n'aurais jamais dû venir à ce dîner. Vous pouviez faire ce que vous vouliez de Daphné, en faire votre petite princesse et lui tracer la vie que vous vouliez pour elle, mais pas moi ! Ça, jamais !
Elle n'en revenait pas de s'être ainsi emportée, ça lui ressemblait si peu… Elle avait toujours été plutôt fière de se dire calme, posée voire même douce. Cette furie qui venait de s'exprimer, c'était vraiment elle ? La seule explication valable était que tous ces mots, tous ces reproches, elle les enfouissait en elle depuis bien trop longtemps et que les questions de Mrs Higgs ayant été la goutte de sang de dragon qui fait déborder le chaudron, elle avait explosé. Elle reprit son souffle. La dernière fois qu'elle s'était emportée de la sorte, c'était lorsque ses parents lui avaient montré cette lettre de Daphné, qui leur disait qu'elle était triste de voir Asteria moins aimée qu'elle. Asteria s'était rendu compte qu'ils n'avaient jamais tenu compte de cette remarque et leur avait alors clairement fait comprendre qu'il n'y aurait plus entre eux que des relations cordiales.
— Excusez-moi, dit-elle en inclinant la tête.
Puis elle sortit complètement de table et se dirigea vers l'entrée. L'elfe se précipita à sa rencontre, sa cape sur le bras, qu'il lui tendit.
— Asteria ! cria sa mère. Reviens ici tout de suite !
Elle ne répondit pas, sachant que se disputer avec sa mère ne la mènerait à rien. Elle salua l'elfe qui s'inclina profondément devant elle, puis se dirigea vers la porte d'entrée et sortit de la grande maison sans un mot de plus. Dehors la pluie tombait à verses et de temps à autres, des éclairs illuminaient le ciel. Qu'importe, Asteria couvrit sa tête de son capuchon et sortit du grand parc. Elle serait sous peu trempée jusqu'aux os, mais la pluie qui glissait sur elle et imprégnait ses vêtements la calmait. Elle n'aimait pas se mettre en colère, mais Merlin que cela faisait du bien !
Ses parents étaient bien naïfs s'ils espéraient pouvoir la marier simplement en lui faisant rencontrer des gens lors de tels dîners. Il était temps qu'ils apprennent qu'elle était loin d'être sotte et qu'elle n'était plus la jeune fille crédule d'autrefois. Et après ce dîner désastreux, elle avait bon espoir de leur avoir inculqué la chose.
Note de fin : J'aime beaucoup cet OS parce qu'il marque enfin le moment où Asteria décide de se prendre en main, j'espère qu'il vous aura plu autant que j'ai aimé l'écrire :) Merci d'avoir lu et à mardi pour le chapitre 8 !
