Bonjour à toutes !
Je profite de ce chapitre pour vous souhaiter à toutes une très bonne année 2013, pleine de bonnes choses, de sourires, de joie, de réussite, et surtout de santé !
Place à l'histoire ! Merci pour vos messages, commentaires, et appréciations ! J'apprécie vraiment votre enthousiasme :) J'espère que cette suite vous plaira !
Merci à mes mamans d'adoption (E.S., à qui est dédiée la fiction, pour son courage devant la vie, et E-R), et à toutes celles qui m'ont donné des avis, des idées, ou autre !
Les personnages appartiennent à S. Meyer, et l'histoire est à moi.
Chapitre 6
Pov Bella
J'avais toujours la bouche ouverte. A vrai dire, j'étais … choquée ? Ebahie ? Effrayée ? Perdue ? Je ne savais pas trop. Peut-être un peu de tout ça. Et je ne savais pas quoi faire.
Ce n'est qu'au bout de longues minutes de silence, à entendre les insectes nocturnes, que je me ressaisis. Je clignai des yeux avant de porter mon attention sur ce qu'avait apporté Edward, et c'est en mangeant que je réfléchis. Un être imaginaire ne peut pas transporter d'objets solides, n'est-ce pas ? Or là, je pouvais toucher les paquets de gâteaux, et même manger. Donc il y avait des chances pour qu'Edward dise vrai, et que les fantômes existent bel et bien.
Je n'y croyais toujours pas. C'était si… impossible ! Et pourtant, je devais me rendre à l'évidence : j'avais senti le froid qui émanait de lui, ce froid qui avait soulagé la douleur de ma cheville, douleur qui revenait en force. Je me trainai jusqu'à la salle de bain où je pris deux antalgiques avant de retourner me coucher. Je mangeai la pomme, bus un peu de jus d'orange au goulot, puis me couchai, épuisée.
-Je ne sais pas si tu m'entends, murmurai-je doucement, mais… merci.
Je le pensais. Ce fantôme, cette présence, Edward… Peu importe ce qu'il était, m'avait aidé, et même si je ne comprenais toujours pas ce qu'il faisait ici, je lui étais redevable. Je m'enfonçai dans le sommeil sur une pensée : si Edward était réellement un fantôme, peut-être avait-il accès au monde de l'au-delà ? Charlie était peut-être lui-même un fantôme ! J'avais désormais l'espoir de pouvoir communiquer avec mon père, et c'est avec le sourire que je sombrai au pays des rêves.
Le lendemain, j'étais seule à mon réveil. Il me fallut dix bonnes minutes pour me motiver mentalement afin de me lever, moment difficile.
-Bon, je crois que je n'ai plus le choix…
Je passai rapidement à la salle de bain, descendis déjeuner, avant d'appeler Gladys. Celle-ci était chez elle, puisqu'elle commençait son poste à midi.
-Bella ? S'étonna-t-elle lorsque je la saluai. Qu'y a-t-il ma puce ? Ta voix m'inquiète.
-Eh bien… Je suis tombée hier, et je crois que je me suis cassé la cheville.
-Pourquoi tu ne m'as pas appelée de suite ? Me réprimanda-t-elle. J'arrive !
Elle raccrocha avant même que je puisse dire un mot. Je préparai mes papiers, consciente que je n'échapperai pas à l'hôpital. Un quart d'heure plus tard, Gladys ouvrait la porte, sans même frapper. Elle se mit devant moi, les mains sur les hanches, et le regard désapprobateur en voyant le bandage de fortune que j'avais fait le matin même.
-Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Et tu es toute pâlotte ! Franchement, tu n'es pas raisonnable Bella !
Sans me laisser répondre, elle me prit à bras le corps, me portant à moitié.
-Je n'avais pas si mal que ça, plaidai-je tandis que mon amie m'asseyait de force dans la voiture. Mais c'est en voyant l'état de ma cheville que je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose.
Je mentais pour ne pas passer pour plus folle que j'étais. Il y avait de fortes chances qu'elle me laisse au service psychiatrique si je parlais d'un fantôme qui me rendait visite quand ça lui chantait. Il fallait juste que je fasse attention à ne pas me contredire.
-Arrête Bella, je ne te crois pas. Tu manges correctement ? Je n'en ai pas l'impression.
Elle continua à maugréer dans son coin, conduisant sèchement. Nous arrivâmes rapidement au petit hôpital de Forks, dans un silence pesant. Toujours sans un mot, elle m'aida à marcher (sautiller plutôt) jusqu'au hall d'arrivée des urgences, où une infirmière nous prit de suite en charge, m'amenant un fauteuil roulant.
-Le docteur ne va pas tarder, nous apprit-elle en m'installant sur un lit, tirant le rideau afin de cacher le patient voisin, qui dormait.
Je la remerciai, et patientai avec Gladys.
-Je ne suis pas contente Bella, finit-elle par dire. Je croyais que tu pouvais t'assumer toute seule, mais…
-Je m'excuse Gladys, dis-je doucement. C'est juste que je n'ai pas trop le moral, mais ça ira mieux après. Et puis, je t'assure que j'ai besoin de ça, de rester ici, près de Charlie.
-As-tu été sur sa tombe récemment ?
Je baissai la tête, coupable.
-Non, mais je me sens proche de lui, rien qu'en restant à proximité. Quant à ma cheville, je t'assure que c'est un accident malheureux, et je pensais que ça n'était pas grand-chose.
-Mouais…
Mon amie n'avait pas l'air très convaincu, mais au moins, elle cessa ses reproches. Un médecin arriva quelques secondes plus tard. Il examina ma cheville, me faisant grimacer plus d'une fois.
-Ce n'est pas beau à voir, dit-il. Il y a de fortes chances que ce soit cassé, mais nous allons vous faire une radio pour en être certains. Une infirmière va emmener mademoiselle Swan. Je vous offre un café Gladys ?
Celle-ci accepta, et ils partirent bras-dessus, bras-dessous. Un membre du personnel soignant vint me remettre dans le fauteuil pour me conduire à la radiologie. Je n'eus pas à attendre mon tour, et seuls deux clichés furent nécessaires. Une fois faits, je fus ramenée à mon lit. Gladys y était déjà, en grande discussion avec le médecin qui observa rapidement les radios.
-Pas de doute possible mademoiselle : vous avez une superbe fracture de la malléole interne ! Un plâtre pendant trois semaines, et normalement tout rentrera dans l'ordre.
Il sortit, et un infirmier arriva. Il commença à préparer des choses, avant de me poser le plâtre.
-Le médecin vous a préparé une ordonnance pour des antalgiques. Essayez de garder la jambe élevée la nuit, ça sera moins douloureux. Revenez dans trois semaines pour qu'on vous enlève le plâtre.
Je hochai la tête, prenant la boite de cachets pour quelques jours, puis la paire de béquilles qu'il me tendait en le remerciant. Gladys et moi allâmes ensuite à l'accueil des urgences pour remplir les papiers administratifs. Ce fut vite fait, et je fus libre de rentrer chez moi. Enfin, la villa que je considérais comme mienne.
Encore une fois, mon amie fonctionnaire de police fut d'un grand secours, puisqu'elle me reconduisit à la villa, et m'aida à m'installer au salon avant de prendre les choses en mains. C'est limite si elle ne m'attacha pas au canapé, ma jambe placée sur deux coussins, eux-mêmes posés sur la table basse. J'avoue que la fatigue m'emporta presque de suite, et je m'endormis à moitié. Gladys me tira de ce demi-sommeil en posant un lourd plateau sur la table.
-Bien, alors tu as de quoi grignoter jusqu'à ce soir, des antalgiques, de l'eau, du thé bien chaud et le téléphone. Tu as intérêt à m'appeler si tu as le moindre problème, un étourdissement ou autre, et tu ne bouges pas d'un pouce, sauf besoin pressant. Je reviens ce soir pour te faire manger.
Elle respira à peine le temps de sa tirade, tandis qu'elle m'observait en faisant les gros yeux. Je souris, tant sa vivacité me faisait rire.
-Tout ira bien Gladys, ne t'inquiète pas. Je réussirai à m'occuper de moi, je t'assure.
-C'est ce que tu me répètes depuis deux mois Bella, mais si j'en juge par ta maigreur et tes cernes dignes du Grand Canyon, ce n'est pas réussi.
-Cet accident m'a secouée, avouai-je. Je crois que j'ai déprimé, mais je sens que ça va changer. Et puis, ce soir, tu travailles, alors concentre-toi là-dessus, et si tu y tiens, passe me voir demain matin, avant de prendre ton poste.
Ses yeux se rétrécirent, me scannant pour vérifier mes dires. Je sentais que quelque chose avait changé, mais pas à cause de ma cheville. Plutôt à cause d'une apparition. Finalement, elle hocha la tête.
-Très bien, soupira-t-elle. Prends bien soin de toi ma chérie.
Elle se pencha pour m'étreindre avant de filer. J'attendis cinq secondes après avoir entendu la porte d'entrée claquer pour soupirer. Je laissai ma tête partir en arrière en soufflant.
-Tu as gagné, monsieur le fantôme ! C'est bel et bien cassé ! Tu as un autre diagnostic à poser ?
J'entendis un petit rire, qui m'énerva. Je tournai mon visage vers le bruit, et le vis. Il était assis sur le vaisselier, les jambes croisées, et m'observait. Heureusement, je n'avais pas trop à me dévisser la tête pour le regarder.
-J'avais peu de chances de me tromper, affirma-t-il en sautant pour se mettre debout par terre. Même un malvoyant l'aurait vu !
Je haïssais son sourire arrogant et ce ton qu'il prenait pour me parler, comme si j'étais une enfant.
-Tu as décidé de me croire ? Demanda-t-il finalement en s'appuyant au mur en face de moi.
-Je pense, dis-je doucement. Tout est si… improbable ! J'ai l'impression d'être dans un mauvais film fantastique, et que tu vas me sauter dessus en criant : je t'ai eue !
-J'aimerai, mais je ne le ferai pas. J'ai mis des années à accepter, alors j'imagine qu'une simple humaine, qui a son corps bien à elle, ne peut pas comprendre, et surtout croire en ça.
Il s'assit, comme s'il était las, et laissa sa tête reposer contre le mur.
-Pourquoi es-tu ici Edward ? Osai-je murmurer.
Ma question lui fit fermer les yeux et il soupira avant de déglutir durement.
-Je ne sais pas. Je suis mort, et quand j'ai ouvert les yeux, je n'étais pas au paradis. Ni en enfer d'ailleurs. J'aurais préféré y aller plutôt que d'être… moi maintenant.
Je ne sus que répondre. Il semblait souffrir, mais j'ignorais si c'était physique ou moral. Ma prochaine question était très indiscrète, et je ne savais pas comment il réagirait. Je tentai de le dérider.
-Allez, je suis sûre que ça a certains avantages ! Tu as des supers-pouvoirs, comme traverser les murs ou voler ?
Ma question le dérida, et il sourit, un sourire en coin assez mignon.
-C'est bon pour les films ça, ainsi que pour les pseudo-scientifiques et les anonymes superstitieux en mal de reconnaissance qui inventent tout un tas de côtés positifs. Je ne crois pas que ce soit une bonne chose d'être un fantôme.
-Ce serait une punition, selon toi ?
-Peut-être. Je ne crois pas avoir autant souffert quand j'étais en vie, mais j'ai sans doute des fautes à expier.
-Sans doute ? Tu ne te souviens pas ?
Il secoua la tête.
-Je n'ai pas de souvenir de ma vie humaine, sauf mes derniers instants. Se souvenir est douloureux, comme tu pourrais avoir mal à la tête après avoir trop lu. Tout ce que je sais, c'est que depuis ma mort, il ne se passe pas un jour sans que je souffre. Les vivants sont en grande partie responsables d'ailleurs.
-Je… Tu as mal à cause de moi, là, tout de suite ? M'inquiétai-je. Pourquoi ?
-Je ne sais pas. Mais j'ai remarqué que plus j'étais proche d'un vivant, et plus ma souffrance augmentait, multipliée par cent, mille parfois. Et avec toi, c'est…
Il ne termina pas sa phrase, aussi je n'insistai pas. Je ne voulais pas le faire fuir, parce que je voulais percer son mystère.
-Tu peux entrer en contact avec d'autres morts ? Le questionnai-je.
-Je sais pour quelle raison tu me demandes ça, et la réponse est non, je n'ai jamais rencontré ton père.
J'ouvris la bouche pour protester mais ne trouvai rien à dire. Il avait raison bien sûr, mais ça me mettait en colère qu'il ait si vite compris. Avant que je ne puisse poser une autre question, il avait disparu.
-Mais ! Edward ! Appelai-je, sans obtenir de réponse.
Je le cherchai du regard, mais il semblait être parti. Comment faisait-il, s'il n'était pas capable de passer à travers les murs ? Savait-il disparaître ? Finalement, j'allumai le poste de télévision et trouvai un documentaire historique.
La soirée se passa bien : je fis chauffer des frites au four, et un hamburger surgelé, puis mangeai au son des informations. Je m'allongeai sur le divan, me couvris du plaid, et mis un film, mais les antalgiques que j'avais pris au dîner firent que je m'endormis avant même d'avoir pu voir la fin.
Pov Edward
Elle grognait dans son sommeil, les sourcils froncés. Sa jambe plâtrée était surélevée sur deux coussins, mais son corps était mal installé, cassé sur le divan. Je comprenais rarement ses divagations nocturnes, mais cette nuit-là, quelques mots étaient plus compréhensibles que d'autres. Sans surprise, elle demandait pardon à son père, et promettait qu'elle essayait très fort. Je ne savais pas ce qu'elle essayait, mais ça ne me plaisait pas trop.
Encore une fois, je ne pus rester toute la nuit, tant je souffrais de sa proximité. Mais à mon retour au petit matin, j'entendis une phrase qui m'interpela.
-J'ai pris ma décision.
Elle rajouta quelque chose, mais rien d'intelligible. Je me demandai si c'était une bonne ou une mauvaise décision, et à quel sujet. J'espérais de tout cœur que ce n'était pas en rapport avec son défunt père, et qu'elle ne souhaitait pas le retrouver. Ce n'est pas forcément que sa vie ou sa mort m'intéressait, mais je savais que revenir sous la forme d'un fantôme n'était vraiment pas une bonne chose. Et puis, j'aimais bien la mettre en colère…
Ensuite, elle ne parla plus, se réveillant doucement. Je le savais à la manière dont son cœur battait, son rythme augmentant légèrement lorsqu'elle sortait du sommeil. Je n'arrivais pas à comprendre comment cela se faisait que tous les sons, dont les battements de cœurs des vivants, étaient amplifiés. Ainsi, je pouvais entendre ce que faisait Bella alors que j'étais à un kilomètre de la villa. C'est comme cela que je savais lorsqu'elle revenait de ses visites en ville, ou qu'elle se lavait, faisait le ménage, le jardin (elle chantonnait quand elle jardinait), à manger…
Quand je fus certain qu'elle allait se réveiller, je sortis, voulant l'observer de loin. Je la vis se frotter les yeux avant de les ouvrir, puis s'asseoir avec difficulté en grimaçant. Bella regarda autour d'elle avant de souffler.
-Bon, ben quand faut y aller…
Je souris à son ton las, la regardant évoluer avec ses béquilles. Elle arrivait assez bien à se débrouiller, et elle se prépara un bon petit-déjeuner, tel qu'elle aurait dû en prendre dès son arrivée ici. Avait-elle enfin décidé de se reprendre en main ?
Je la laissai finir son repas, pour me montrer tandis qu'elle mettait ses couverts au lave-vaisselle. Lorsqu'elle se retourna, elle poussa un cri, mettant une main sur sa poitrine, comme si elle essayait d'apaiser son cœur affolé.
-Arrête de faire ça ! S'écria-t-elle. Tu ne peux pas sonner, comme tout le monde ? Ou frapper à la porte ?
La jeune fille semblait furibonde. Elle se déplaça jusqu'à l'escalier qu'elle entreprit de monter, marche après marche, en faisant comme si je n'étais pas là.
-Tu vas m'ignorer longtemps ? Ricanai-je en la suivant de loin.
-Tu m'as bien ignorée la dernière fois, rétorqua-t-elle. Je te rends la monnaie de ta pièce.
-Je ne t'ai pas ignorée, je suis parti, nuançai-je.
Bella se retourna vivement, ses yeux lançant des éclairs, mais elle bascula en avant. Je la rattrapai et l'emportai jusqu'en haut des escaliers, la laissant bouche bée. Je m'étais éloigné à nouveau, l'observant du bout du couloir. Quand elle ferma la bouche, elle avait l'air encore plus en colère et déterminé. Elle sautilla jusqu'à sa chambre où elle se choisit des vêtements. Toujours sans m'approcher, je la détaillais, surveillant ses gestes, juste au cas où.
-Tu vas rester là encore longtemps ? S'impatienta-t-elle alors que je la suivais jusqu'à la salle de bain.
Je haussai les épaules.
-Je peux m'en aller si tu veux.
-Non ! S'il te plaît, reste.
Sa dernière phrase avait été chuchotée, telle une prière. Je hochai la tête : cela dut la rassurer puisqu'elle ferma la porte de la salle de bain. Je m'installai dans sa chambre, sur le lit, et jouai avec le ruban carmin. J'entendais l'eau couler dans la salle de bain, et quelques jurons qui me faisaient sourire. Bella avait un fort caractère ! La couleur de ses joues était presque semblable au rouge de ce morceau de tissu aujourd'hui, et c'était plus mignon à voir que la pâleur. Mon esprit divagua vers la propriétaire de ce ruban. Elle était venue ici un soir d'automne, grelottant dans sa petite robe d'écolière. Blonde, avec de grands yeux bleus, de petites quenottes marrantes…
-A qui est-ce ? Demanda doucement la voix douce de Bella.
Je sursautai, fait rare vu mon ouïe, puisque je pouvais entendre tous les bruits à un kilomètre alentours, et que j'avais l'étonnante capacité de faire plusieurs choses à la fois, de penser à différents sujets en même temps. Or, je n'avais pas fait attention à ce qu'il se passait autour de moi. La jeune fille était assise sur le lit, près de moi. Je me redressai pour lui répondre, sans quitter l'étoffe des yeux.
-A une petite fille. Elle est morte ici, il y a quarante-cinq ans. C'était l'automne, mais il faisait froid, et elle était trempée. Elle a trouvé la villa un soir, et elle voulait juste s'abriter. Je n'ai jamais su pourquoi elle errait dans cette forêt, ni d'où elle venait exactement. Elle était déjà malade, et malgré tous mes efforts, le feu dans la cheminée, les vêtements chauds… Sa fièvre est montée. Je lui ai fait à manger, faisant juste réchauffer de la nourriture industrielle toute prête, mais ça ne servait à rien, parce qu'elle ne digérait même pas une simple soupe. J'ai voulu la ramener à sa famille, mais elle m'a dit que ses parents étaient morts, son père en France au front, sa mère d'épuisement. Deux jours après notre rencontre, elle a rendu son dernier souffle, en me donnant ce ruban en cadeau, pour que je ne l'oublie pas.
Mes mots firent place au silence. Il n'y avait rien à ajouter. Je me souvenais de sa petite voix aigüe, de sa petite main froide, et de son envie de courir le monde avec moi. Je lui avais raconté ce que j'avais vu dans mes voyages, mes errances, et elle avait adoré. Elle n'avait pas eu peur de moi, pas eu peur du fantôme que j'étais. Un jour, elle s'était coupée avec un verre, et j'avais sucé son sang en la regardant dans les yeux. Je ne sus pourquoi, mais cela apaisa pour quelques minutes l'atroce souffrance qui me parcourait à longueur de temps, et qui augmentait encore à l'approche d'un humain. Quand elle retira son doigt de ma bouche, elle avait juste souri, et m'avait remercié. Ce fut la seule dont la proximité me redonna un peu d'espoir en l'avenir.
-Comment s'appelait-elle ?
-Elisabeth Bishop.
Bella posa lentement sa main sur la mienne. Je relevai la tête pour la regarder dans les yeux. Elle m'observait, et son visage exprimait la compassion.
-Je suis désolée pour toi Edward. Quel âge avait-elle ?
-Sept ans, dis-je laconiquement, ne voulant plus parler à ce sujet.
La prise sur ma main se fit légèrement plus ferme, et je vis que Bella serrait ma main, assez fortement pour faire blanchir la jointure de ses doigts.
-Comment es-tu décédé ?
Sa question me surprit, je ne m'y attendais pas. Enfin, pas maintenant. Je haussai les épaules.
-Ça n'a pas d'importance, finis-je par dire. Le résultat est là.
-C'est comment, d'être un fantôme ? Questionna-t-elle encore.
Je pris le soin de bien choisir mes mots.
-Pas très drôle. Comme je te l'ai dit, pas de supers-pouvoir pour voler, traverser les murs… Juste une impression d'être éternellement en forme, extraordinairement fort, tout en souffrant continuellement. Peut-être que ça finira un jour.
-C'est pour cela que tu essayais de me chasser ?
-Oui. J'avais une petite vie presque à mon goût, à l'écart des humains pour souffrir moins. Ton arrivée m'a enragé, mais ton comportement m'a intrigué.
-Mon comportement ? S'étonna la jeune fille.
-Ne fais pas l'innocente Bella, tu te laisses mourir. Ça fait deux mois que je t'observe, et même si je suis mort, je sais qu'il faut manger pour vivre.
La jeune humaine baissa les yeux, l'air coupable. Avant de les relever, déterminée.
-Je n'ai rien à dire là-dessus. Je suis juste fatiguée, et j'ai un petit appétit. Tu n'es pas de ma famille, tu n'as pas à me dire quoi faire.
En colère, elle prit ses béquilles en mains et redescendit au rez-de-chaussée. Nullement désarçonné, je la suivis, restant à plusieurs pas d'elle par sécurité. Comme la tête de mule qu'elle était, elle alla chercher l'aspirateur, le poussant maladroitement avec une de ses cannes.
-Si tu dois rester là à me regarder, tu peux t'en aller Edward, lâcha-t-elle soudain.
-Tu penses réellement arriver à passer l'aspirateur dans ton état ? Ris-je. Tu pourrais faire la poussière des lustres aussi, ou les vitres, à nouveau. Quoique, tu pourrais t'amuser à repeindre le plafond !
-Ah ah ah ! Fit-elle en se tournant vers moi. Je dois faire le ménage, je suis payée pour ça. Laisse-moi tranquille.
Bella alluma l'engin et commença à nettoyer, le manche bloqué sous son bras. C'était très distrayant de la regarder faire. Au prix de nombreux efforts, de grognements et de cris, le salon fut propre. Je crus qu'elle allait continuer, mais elle s'assit en soufflant, pâle à nouveau. Je pris place sur la table basse, ce qui me valut un regard noir.
-Il y a des fauteuils si tu es fatigué. La table est propre, et n'a pas besoin de ton postérieur sur elle.
Je ne bougeai pas, me contentant d'un grand sourire. Je n'allais certainement pas obéir à une humaine ! Elle dut le comprendre puisqu'elle soupira en rejetant la tête en arrière. Nous restâmes silencieux durant une minute et quatorze secondes. Puis elle releva la tête, le visage fermé.
-Pourquoi t'obstines-tu à m'embêter Edward ? Va trouver une autre victime !
-Pas question ! Rétorquai-je. C'est moi qui ai trouvé la villa en premier, alors c'est à toi de dégager.
-C'est un raisonnement de gamin, tu t'en rends compte, n'est-ce pas ? Se moqua la jeune fille. Tu as quel âge pour dire ça ? Treize, quatorze ans ? En fait non, ça doit approcher les dix ans.
Pov Bella
J'étais énervée. De quel droit se permettait-il de me juger ? Et maintenant, il voulait que je lui laisse la maison, alors que moi, je faisais quelque chose d'utile ? Puéril, voilà le mot qui le caractérisait à ce moment. Je dus le vexer, parce que soudain, il ne fut plus là.
-Bon débarras ! Criai-je, certaine qu'il m'entendrait. Et ne reviens pas !
J'attendis quelques secondes avant de me remettre debout et de monter. Direction : la première des salles de bain. Je comptais en faire une ce matin, et les deux autres l'après-midi. Une fois les produits d'entretien à portée de main, je m'assis par terre et commençai mon nettoyage : récurer la baignoire et le lavabo, laver les miroirs, et faire briller les robinets. Je frottai fort, évacuant ma rage. La rage d'avoir perdu mon père, la rage de ne pas être venue plus tôt, la rage de ne pas l'avoir connu, la rage de me sentir si seule… Et maintenant, la rage d'être envahie par un fantôme.
Je ne me ménageai pas, m'employant à rendre impeccable cette pièce. Pour un peu, on pouvait se voir dans le lavabo en porcelaine ! Je souris toute seule, fière de mon travail : si les propriétaires devaient revenir maintenant, ils pouvaient se laver sans souci !
Une fois la première salle de bain terminée, je décidai de m'attaquer à la seconde, n'ayant pas assez faim pour manger. Là encore, chaque poussière fut traquée et chassée, chaque trace de calcaire fut débusquée et effacée. Ce n'est que lorsque je fus en nage et épuisée que j'abdiquai, lâchant l'éponge. Je dus reprendre mon souffle avant de me relever pour aller manger.
J'eus un étourdissement tandis que je descendais les marches, mais je réussis à me retenir à la rambarde, faisant tomber une de mes béquilles. Sauf qu'elle ne fit aucun bruit : Edward était au pied des escaliers, ma béquille en main. Je descendis le reste des marches en sautillant et tendis la main, mais le fantôme ne me rendit pas la canne.
-Tu peux me la passer Edward ? J'en ai besoin pour marcher.
Il la fit tourner dans ses mains, tel un bâton de majorette.
-Tu n'as pas dit le mot magique ! Se moqua-t-il.
-S'il te plaît, soupirai-je.
Je récupérai la béquille et allai jusqu'à la cuisine.
-Je me demandais quand est-ce que tu daignerais te nourrir, continua-t-il.
En arrivant dans la pièce, j'eus la surprise de trouver la table dressée, ainsi qu'un plat de… De quoi ?
-Qu'est-ce que c'est ? Demandai-je en plissant le nez.
-Des escargots ! Dit-il, tout fier. Les français en raffolent !
J'eus envie de vomir, mais réussis à rester neutre.
-Pourrais-tu, s'il te plaît, enlever cette cochonnerie de devant moi ? Je n'ai vraiment pas le goût d'essayer des aliments exotiques.
Il haussa les épaules mais ne bougea pas. Il fallut que ce soit moi qui prenne le plat et le jette à la poubelle. A la place, je préparai une laitue, sous le regard curieux d'Edward, avant de m'asseoir et de manger. Lui s'assit en face de moi, ses yeux sombres me scrutant.
-Tu devrais te reposer un peu Bella. Tu deviens aussi pâle que moi, et je doute que ce soit la mode ces temps-ci.
-J'irais si je veux, rétorquai-je, mauvaise. Occupe-toi de toi, et laisse-moi tranquille.
-Tu aimes autant ta tranquillité que moi, rit-il doucement. Dommage qu'on soit deux ici, et qu'aucun de nous ne veuille déguerpir !
Je ne répondis rien, mais je savais qu'il avait raison sur un point : j'étais exténuée, et j'étais presque en train de m'endormir à table. Lorsque je n'eus plus faim, je ne débarrassai même pas mon assiette presque pleine, préférant aller me coucher cinq minutes sur le divan, me couvrant d'un plaid. Mon épuisant revenant vint s'asseoir à mes côtés, sa froideur parvenant sur mon épiderme, là où le t-shirt à manche courte ne couvrait pas ma peau. Pour une fois, il ne semblait ni moqueur, ni en colère, ni triste. Je n'étais pas certaine de ce qu'il éprouvait en ce moment. Il m'observait tandis que je laissais mon corps se remettre de la fatigue du matin. Nos regards se croisaient de temps en temps.
-Pourquoi cherches-tu à te tuer, Bella ? Me demanda-t-il soudain.
Ici se termine ce chapitre... Vos impressions ?
News côté vie personnelle : j'ai à nouveau du travail, ce qui signifie moins de temps pour écrire en théorie. Je vais voir comment se passent les deux semaines à venir, puis je verrai si je dois revoir à la hausse ou à la baisse mon rythme de parution.
Bon courage pour la repise du boulot/cours/activités ! J'espère que vous avez pu profiter à fond des congés et des fêtes. Et en attendant le 20 janvier, prenez soin de vous !
Bisous
