Auteur : Michmak

Traduction : Andeor

Disclaimer : J.K. Rowling pour les personnages et l'univers, Michmak pour l'histoire.

NdT : Le 7ème chapitre est disponible en VO sur ce site sous le nom de Michmak.


Chapitre 7 : Rogue.

Il n'aurait jamais dû revenir. Il n'avait pas besoin de la revoir, ça non. Et sa poitrine lui faisait mal. Transplaner de Pré-au-Lard à Sainte-Mangouste pour ensuite revenir avait failli le tuer. Assis dans son bureau, lumières éteintes, il fronça les sourcils. Peut-être la douleur dans sa poitrine était-elle en partie due au whisky absorbé quelques heures auparavant, mais il en doutait.

Pour être parfaitement honnête, il ne pensait pas que la douleur provenait de ses poumons brûlés. Il se sentait comme quelqu'un à qui on vient d'arracher le cœur. Jamais il ne reviendrait.

Avalant une nouvelle gorgée de Whisky Pur-Feu, il grimaça en sentant la brûlure de l'alcool lui dévaler l'œsophage, et se demanda combien de bouteilles il devrait descendre avant de l'oublier.

Il était ravagé. Toutes les illusions qu'il avait pu avoir à son sujet avaient été réduites à néant par une fille qui ne saurait jamais ce qu'elle lui avait fait.

Il avait eu une semaine infernale.

Il se souvint de son réveil à l'infirmerie. Il avait d'abord cru que tout un troupeau d'hippogriffes aux serres acérées lui avait labouré la poitrine. Poppy était dans son élément, papillonnant autour de lui en le réprimandant gentiment, comme un enfant pris en faute. Il avait horreur d'être chaperonné, en particulier par une insupportable commère qui se permettait de l'appeler par son prénom et de le taquiner sans répit.

Après lui avoir fait ingurgiter une gorgée du même ignoble breuvage que le soir précédent, elle lui avait dit en souriant : « Nettie m'est apparue ce matin par cheminette pour me demander de vos nouvelles. Je lui ai répondu que vous alliez bien, mon cher, mais que vous ne pourriez pas voir Hermione avant un petit bout de temps. Elle m'a dit de vous dire de ne pas vous inquiéter, vous retrouverez Miss Granger dans le même état que quand vous l'avez laissée. »

Il avait fait de son mieux pour l'ignorer, mais ses regards incendiaires avaient échoué à la faire brûler sur place, même s'il avait espéré le contraire.

Après un bref repos matinal, au cours duquel il avait imaginé une nouvelle variante de la mort d'Hermione entre ses bras, Albus était venu lui rendre visite, avec à la main un exemplaire du Daily Prophet du jour. Le canard à scandales avait réussi l'exploit d'à la fois l'encenser et le démolir, le tout en à peine trois pages. Alors qu'un article louait son courage dans le sauvetage de Denis Creevey, un autre insinuait qu'il avait sciemment provoqué cette explosion dans le but de pimenter un peu ses journées, maintenant qu'il n'avait plus à jouer le rôle d'agent double.

Dumbledore n'avait pas été content du comportement de Rogue, mais le professeur s'était contenté de hausser les épaules. S'il avait fait plus attention au cours au lieu de ressasser ses problèmes personnels, rien de tout cela ne serait arrivé. Grâce au ciel, Creevey avait survécu malgré son inattention. Il frissonna à l'idée de la tonne de paperasse qui l'aurait attendu si cette damnée tête de pioche était morte. Poppy avait éclaté de rire quand il avait partagé sa pensée avec Albus.

« On ne vous croit pas, Severus. Tout le monde sait que vous aimez bien vos élèves. »

Severus décida que subir le Doloris était encore préférable à s'appesantir sur les commentaires idiots et les sous-entendus stupides de la Médicomage.

Le matin suivant, Poppy accepta enfin de le laisser sortir de l'infirmerie, à la condition expresse qu'il prenne ses repas dans sa chambre et se tienne à l'écart des chaudrons bouillonnants. Elle avait aussi précisé, l'air de rien, qu'il était libre de rendre visite à M. Creevey quand il le voulait. Quand Rogue la gratifia d'un regard vide en lui demandant pourquoi il voudrait rendre visite au petit idiot qui avait failli le tuer, elle s'était mise à sourire.

« Vous rendez bien visite à Hermione. »

Mais il n'avait pas rendu visite à Hermione de la semaine. Tout simplement parce qu'il en était physiquement incapable. Sa poitrine continuait à lui faire mal à chaque inspiration, et le taux de probabilité pour un transplanage sans se diviser était tout bonnement terrifiant.

En outre, il ne tenait pas franchement à donner du grain à moudre au moulin à ragots qu'était devenu Poudlard. Il n'avait absolument aucune raison de rendre visite à Hermione, alors il ne le ferait pas.

Il avait compté sans ses rêves. Cette première nuit à l'infirmerie semblait avoir fait sauter les écluses de son esprit. C'était comme si, à chaque fois qu'il fermait les yeux, s'imposait à lui un nouveau rêve dont Hermione était le centre.

Au départ, il avait rêvé de sa mort, sur le sol de sa classe, ou au milieu du champ de bataille où elle gisait dans ses bras, désarticulée. Mais au cours des jours qui suivirent, cela changea du tout au tout. Et même si cela le faisait paraître encore plus cruel que d'habitude, il en vint à souhaiter de ne plus rêver que de sa mort, au lieu d'inventer ce qui jamais n'aurait lieu.

Dans l'un de ces rêves, il était dans ses appartements, la lumière du jour filtrant à travers les vitres. Mais le rêve s'était imperceptiblement transformé, le jour virant à la nuit, et la présence d'une autre personne dans la chambre s'imposant peu à peu dans son esprit. Il s'était dirigé vers son salon, et avait remarqué avec stupéfaction une autre personne assise dans son fauteuil favori auprès de la cheminée, un livre ouvert entre ses mains pâles. Sans même voir son visage, il savait de qui il s'agissait, il le ressentait au plus profond de son être. Ses cheveux formaient comme un halo autour de son visage, la chaleur du feu la nimbait d'une douce aura tandis qu'elle se levait pour lui sourire.

« Pas de chaudrons explosés, aujourd'hui ? Tant mieux » avait-elle dit, d'une voix qui tenait à la fois du timbre haut-perché d'un enfant et de la voix plus grave d'une femme. Avec du recul, il était incapable de dire s'il s'agissait vraiment de sa voix. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait plus entendue…

Dans un autre rêve, il sortait de l'école par un vivifiant matin d'automne, mais ses enjambées étaient plus petites que d'habitude, et un autre pas marquait la cadence du sien. Une main délicate était nichée dans le creux de son bras et, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle au monde, Hermione et lui étaient en train de réfléchir aux améliorations possibles de la potion Tue-loup. Le vent s'était levé, soulevant les feuilles et agitant l'air froid autour d'eux, et il lui avait galamment offert son écharpe pour protéger sa gorge. La rêve s'était évanoui quand elle avait, un sourire espiègle aux lèvres, transformé le vert et l'argent de l'écharpe en rouge et or.

Beaucoup d'autres rêves lui étaient venus au cours de ses siestes, et imprégnaient tant son esprit qu'il rendait grâce au ciel de ne pas avoir de cours à donner de la semaine, il sentait que ces rêves auraient risqué de le distraire bien plus que ne l'avaient fait ses précédentes pensées. Chaque matin arrivait, net et étincelant, le laissant chaque fois plus vide et seul. Jamais elle ne lui sourirait ainsi sur le chemin de Pré-au-Lard, ni ne porterait son écharpe, ni ne lui tiendrait la main avec une telle complicité silencieuse. Elle était toujours à l'hôpital, et tout cela à cause de lui.

Après 4 nuits de rêves et quasiment une semaine sans la voir, il revint à Sainte-Mangouste. C'est au début de l'après-midi qu'il s'était décidé à aller la voir. Il avait besoin de constater de ses propres yeux qu'elle était toujours là, qu'elle ne s'était pas métamorphosée en fantôme qui reviendrait le hanter.

Un peu plus tôt dans la semaine, il avait fait vœu de ne pas retourner la voir tant qu'il n'avait pas trouvé un remède efficace. Il s'était promis de ne plus jamais se laisser distraire par des pensées la concernant, il avait déjà failli perdre un de ses élèves, et surtout, il ne voulait pas fournir à ses collègues un prétexte supplémentaire pour fourrer leur nez dans ses affaires. Le meilleur moyen d'atteindre ces objectifs était de cesser ses visites et de ne plus penser à elle.

Le problème était qu'il en était incapable. Entre ces rêves et les moments où il pensait à elle en se reposant en pleine journée, elle n'était jamais bien loin dans son esprit. Si bien qu'à la fin de la semaine, elle commença à lui manquer, ainsi que les quelques heures passées à ses côtés, la tranquillité sereine qu'il éprouvait en restant simplement à son chevet. Il essaya de le nier, de se dire que les moments qu'il avait passés avec elle à lui raconter toutes sortes d'anecdotes n'avaient en fait aucune espèce d'importance.

Sans cesse, il cherchait des arguments contre la suggestion de Poppy, celle selon laquelle il avait fini par éprouver des sentiments pour la jeune fille. Parce que si ç'avait été le cas, bonjour la honte… Un homme qui n'a qu'un seul proche ami, une jeune fille moitié plus jeune que lui, et qui ne pourrait jamais lui parler, lui sourire ou même se rendre compte de sa présence.

Il était à ce point perdu dans ses pensées qu'il lui fallu quelques minutes avant de se rendre compte que Nettie était dans la chambre aux côtés d'Hermione, en train de rincer ses cheveux pleins de shampooing. La jeune fille allongée n'était couverte que d'un léger drap fermement coincé sous ses aisselles, et qui moulait sa poitrine. Il pouvait même distinguer le léger battement de son cœur dans le creux de sa poitrine, et il se tint là, stupide, pendant de longues secondes avant d'enfin se tourner pour échapper à cette vision.

La Médicomage avait rapidement terminé les ablutions d'Hermione, l'assommant par son incessant babil, jusqu'à ce qu'il lui lance d'un ton cassant qu'elle pouvait partir. Ce n'est que quand la femme eut quitté la chambre, l'air crispé à la suite de sa désagréable remarque, qu'il s'autorisa à se retourner vers la jeune fille.

Ses cheveux étaient toujours légèrement mouillés, bien qu'il eût entendu la médicomage leur lancer un sort de séchage. Elle avait revêtu une chemise de nuit blanche, simple et pratique, mais ses bras étaient toujours nus.

S'approchant avec précaution du lit, il la regarda et soupira. Il était content d'être revenu. La sensation de vide qu'il avait éprouvée toute la semaine commençait déjà de s'évanouir, simplement à sa vue.

S'approchant d'elle, il se laissa tomber sur sa chaise et se tourna à nouveau vers elle. Sa peau semblait presque aussi pâle que la sienne, presque transparente sur l'os de la mâchoire. Elle avait des bras longs et fins, mais toujours un peu musclés. Il supposa que Nettie Pomfresh continuait de la manipuler pour empêcher ses muscles de s'atrophier et sa peau de s'abîmer, et il admit à contre-cœur qu'elle faisait du bon travail. Son regard descendit le long des draps jusqu'à ses mains. Il n'avait jamais remarqué combien elles semblaient petites. Elle avait des doigts effilés, et il se remémora soudain, comme s'il s'agissait d'un véritable souvenir et non d'un rêve, de la sensation de ces doigts au creux de son bras.

Pour la première fois de la semaine, il se sentait détendu, et c'est avec un soupir étouffé qu'il s'effondra de sa chaise. Sa poitrine se posa sur sa main, ses épaules s'affaissèrent d'elles-mêmes, ses paupières se firent de plus en plus lourdes, et peu de temps après, il était profondément endormi.

Il était dans ses appartements, mais ils étaient différents. L'espace semblait confusément plus petit, peut-être à cause de la penderie rajoutée contre le mur et des livres empilés de chaque côté du lit. Un peu intrigué, il entendit un bruit derrière lui.

Hermione se matérialisa sur le seuil de sa salle de bain, une serviette de toilette entourant ses cheveux mouillés comme un turban, et une expression rayonnante sur le visage. Elle avait emprunté une de ses robes, l'argentée avec un serpent sur la poche. La ceinture pendait, lâche, sur ses hanches, dévoilant une peau digne du supplice de Tentale.

« Pourquoi tu portes ça ? » lui demanda-t-il. Cela semblait tellement naturel de la voir ainsi, comme si la robe lui appartenait et qu'ils se trouvaient en fait chez elle et non chez lui.

« Oh, Severus ! » minauda-t-elle de ce timbre si particulier, entre l'enfant et la femme, qui traversait ses tympans pour l'atteindre au plus profond de son âme. « J'aime bien le velours. Quand je porte cette robe, j'ai l'impression d'être un chat. »

Une part de lui se laissait entraîner avec délectation dans le rêve, l'acceptant comme une nouvelle réalité en dépit de ses aspects irrationnels, tandis qu'un reste de conscience (quoique bien mince) considérait la scène avec gêne.

« Tu ressembles à une lionne mouillée » s'entendit-il lui répondre tandis que ses pas comblaient peu à peu l'espace qui les séparait.

« Et toi à une panthère prête à bondir ! » répliqua-t-elle en souriant. « Dis, tu ne voudrais pas me peigner les cheveux avant qu'ils sèchent en faisant des nœuds ? »

Elle se débarrassa de la serviette et secoua la tête en laissant tomber ses cheveux sur ses épaules, et lui tendit une brosse. « J'adore quand tu me brosses les cheveux. C'est tellement relaxant. »

Il s'empara de la large brosse et la regarda pendant un moment, sans trop savoir quoi en faire. Il leva les yeux : tous deux se trouvaient en face d'une coiffeuse, Hermione, assise devant, lui tournait le dos. « Alors, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? » le secoua-t-elle gentiment. Il vit son sourire se refléter dans le miroir.

La petite voix de sa bonne conscience, perdue au fond de ses pensées, fondait peu à peu sous l'effet de ce sourire. Il leva la main, ses boucles s'entourant autour de ses doigts en une douce caresse, et passa la brosse dedans à un rythme régulier. Le parfum de son shampooing était tout à fait délicieux, un mélange de freesia et de jasmin, si capiteux qu'il engourdissait ses sens.

Le silence environnant n'était troublé que par le doux bruissement de la brosse dans ses cheveux et leurs respirations. Hermione était assise, un bras négligemment posé sur la coiffeuse, la tête légèrement inclinée en arrière, touchant presque la poitrine de Severus qui continuait son ouvrage.

Il pouvait voir son cœur battre contre sa poitrine, et se demanda l'espace d'un instant quel serait le goût de ce mouvement, ce que ce serait de faire glisser sa langue jusqu'à la légère pulsation, de presser ses lèvres contre elle et de lécher ce point si sensible. Les mouvements de ses mains dans ses cheveux se firent plus langoureux. La brosse tomba à ses pieds avec un bruit sec.

Il se pencha en avant et sentit sa tête se diriger de son propre gré vers la nuque si alléchante, tandis qu'il murmurait son nom. « Hermione…

- Severus… »

« …Professeur ? Professeur Rogue ? Tout va bien ? »

Rogue se réveilla en sursaut. Les muscles de sa poitrine manifestèrent leur mécontentement de manière fort douloureuse tandis qu'il s'asseyait trop vite, sa tête s'écartant le plus rapidement possible du lit. Il s'était endormi à ses côtés, le corps recroquevillé en une position désagréable, à moitié tordu. Les draps avaient imprimé leur marque sur sa joue, et il pâlit sensiblement en se rappelant le sujet de son rêve.

Au pied du lit, Nettie Pomfresh le regardait avec sollicitude. « Vous avez l'air encore plus pâle que d'habitude, professeur. Poppy sait que vous êtes là ? Je suis sûre que non. Si je puis me permettre, vous avez l'air de quelqu'un qui a besoin de quelques heures de sommeil. »

Rogue la regarda tandis qu'un flot de sang lui montait au visage, le rouge de celui-ci s'accordant à celui de sa colère. Il ne se souvenait pas vraiment de ce qu'il avait répondu à Nettie, mais ça n'avait pas dû être très aimable.

Quand elle le coupa dans son élan pour lui demander quand il comptait revenir, il dut s'appuyer au chambranle de la porte pour ne pas s'effondrer à cause de la douleur sourde dans sa poitrine. « Je ne reviendrai pas » avait-il dit en essayant de ne pas hurler à l'agonie. Il ne pouvait pas se permettre de revoir Hermione… Miss Granger. Plus jamais.

Saleté de Poppy, avec ses foutus sous-entendus et ses moqueries ! C'était de sa faute s'il rêvait à présent d'Hermione. Après tout, c'est elle qui avait suggéré qu'il pouvait avoir des sentiments pour la jeune fille. Sinon, il n'aurait jamais pensé à elle de cette façon-là. Il était aussi pervers que les gens le pensaient, convoitant secrètement la fille qu'il essayait de sauver, rêvant à ses douces mains et à ses sourires, et à des conversations qui n'auraient appartenu qu'à eux.

Pourtant, malgré toutes ses tentatives pour ne pas y penser, il ne pouvait faire autrement qu'accepter la vérité. Il tenait à la jeune fille, plus qu'il ne l'aurait dû. Il pensait même en être… amoureux.

Le vieux Johnny Walker savait y faire en matière de whisky Pur-Feu, et Severus lui en était fort reconnaissant. La brûlure de l'alcool dans ses entrailles fut la bienvenue durant les semaines qui suivirent, pour lui faire oublier sa tristesse. Il n'était pas retourné aux côtés de Miss Granger, même s'il en ressentait le besoin de manière presque compulsive. Il refusait de céder à ses plus vils instincts qui le forçaient à retourner la voir. Elle s'en sortirait mieux sans lui.

Son caractère, toujours prompt à l'emportement, avait empiré. Ses élèves comme ses collègues murmuraient qu'il était encore plus fêlé et aigri qu'avant la chute de Voldemort

Les chuchotements le faisaient sourire d'un air mauvais. « A quoi s'attendaient-ils ? Je suis un salaud dégénéré de la pire espèce. »

La journée, il faisait cours à ses élèves avec une férocité déchaînée qui ravageait tout sur son passage. Ses élèves en venaient à avoir peur de mal respirer, terrifiés à l'idée qu'il pourrait leur déverser dessus un flot d'insultes si méchantes et violentes qu'ils en seraient consumés sur place.

Cela plaisait à Rogue. Il n'y avait plus aucun incident pendant ses cours.

Ses collègues restaient à l'écart de lui, le traitant comme avant qu'il ne devienne un « héros de guerre », l'ignorant le plus possible et limitant leurs conversations avec lui au strict minimum.

Même Albus semblait respecter son espace vital, ce dont il lui était plus que reconnaissant. Rogue ne pouvait supporter de voir la déception et le dégoût se peindre sur les traits du vieil homme à cause de lui. Comment en serait-il autrement, quand il réaliserait que Severus avait abusé de sa confiance, qu'il en était venu à éprouver pour Miss Granger des sentiments inavouables chez un professeur à l'égard d'une de ses élèves.

Même si parfois une petite voix lui murmurait qu'Hermione n'était plus son élève, et ce depuis un petit bout de temps déjà, il l'étouffait aussitôt sous un torrent de culpabilité et de dégoût de soi si intense que la voix finissait par se noyer.

Rogue avait tout essayé pour mettre fin à ses rêves, mais rien n'avait marché. Même la potion pour un sommeil sans rêve n'était pas assez forte pour bannir Hermione de son esprit. Alors, il s'engourdissait l'esprit à grand renfort de whisky Pur-Feu et tâchait de rester éveillé le plus longtemps possible. Ces rêves le tuaient à petit feu.

Tous ceux qui le connaissaient ne seraient pas surpris d'apprendre que c'était un homme passionné et émotif. Ce qui les surprendrait serait d'apprendre que toutes ces passions, en long, en large et en travers, et suite à ses visites à Sainte-Mangouste, ne se focalisaient plus que sur la jeune fille.

Jamais il n'avait eu des sentiments aussi intenses de toute sa vie. Jamais il ne s'était autant haï. Il avait perverti son vœu de la sauver, une intention aussi pure qu'altruiste, en un sentiment vil et malsain. Il se demanda si, toute sa vie durant, il était voué à détruire tout ce qui pouvait lui apporter une lueur d'espoir, si tous ses efforts seraient toujours imprégnés de la part diabolique qu'il sentait en lui.

Si Hermione avait été en possession de tous ses moyens, nul doute qu'elle se serait enfuie en hurlant à la minute même où elle aurait soupçonné ses sentiments à son égard. Jamais elle ne l'accueillerait avec bienveillance comme elle le faisait dans ses rêves, avec sourires et mots doux, avec ces caresses qui le rendaient complètement soumis à ses pieds. Il n'était qu'une bête. C'est pour son bien qu'il se tenait à l'écart d'elle et qu'il tentait de se noyer dans l'alcool.

Plusieurs semaines après qu'il eut arrêté ses visites, Potter tambourina violemment à sa porte. Le jeune homme n'eut même pas la correction d'attendre une invitation à entrer, et si Rogue n'avait pas dû terminer précipitamment son verre de whisky, il aurait pulvérisé le garçon sur place.

Au lieu de cela, il leva un sourcil dédaigneux. « Potter. Quelle mauvaise surprise. »

Potter se jeta dans le fauteuil en face de Rogue, remarquant d'un air irrité les effluves d'alcool qui émanaient de son professeur.

« Un peu tôt dans la soirée pour se bourrer la gueule, non ?

- Soit vous évacuez, soit vous vous servez un verre. Ca m'est égal.

- Vous êtes un salaud, vous êtes au courant ? » siffla Harry en se servant un verre.

« Ca n'est que maintenant que vous vous en rendez compte ? Tsss tsss tsss, Potter. J'ai toujours su que vous étiez lent à la comprenette. Que me vaut le déplaisir de votre visite ?

- Je ne peux pas croire que vous ne m'ayez rien dit à propos d'Hermione ! »

Rogue ricana. « Je ne savais pas que nous étions devenus des confidents. Pourquoi vous dirais-je quoi que ce soit à propos d'Her… de Miss Granger ?

- Parce qu'elle est en train de mourir, bordel ! Nettie Pomfresh m'a dit qu'elle est en train de mourir, et je ne peux rien y faire ! » Le jeune homme tremblait de colère, et il commençait à avoir les larmes aux yeux. « Je suis allé la voir aujourd'hui, et elle… elle… » Sa voix se brisa soudain, et les larmes roulèrent sur ses joues. « Je n'ai plus qu'elle au monde, et je suis en train de la perdre. Je ne peux pas croire que vous ne m'ayez rien dit.

- Que voulez-vous dire ? » Rogue sentit soudain le froid l'envahir, comme si on le plongeait dans un bain d'eau glacée. Le muscle qui devait lui servir de cœur commença à tambouriner douloureusement contre sa poitrine. « Comment ça, elle est en train de mourir ?

- Vous le savez bien ! Vous allez la voir tous les jours ! C'est Albus qui me l'a dit, il y a plusieurs semaines, quand je lui ai demandé ce que vous fabriquiez. Il m'a dit que vous étiez en train de chercher un antidote, c'est vrai ? » demanda-t-il avec empressement.

« Je n'ai pas rendu visite à Miss Granger depuis l'incident Creevey » grogna Rogue. « Mais vous feriez mieux de me dire pourquoi Nettie Pomfresh pense qu'elle est en train de mourir.

- Mais à cause de tout, » murmura Harry « elle perd ses cheveux, et son corps… elle est toute tordue et desséchée, et sa peau est toute grise… Je suis allée la voir ce matin, et elle ressemblait déjà à un cadavre. Je… J'ai… La dernière fois que je l'ai vue, elle était comme elle a toujours été, et ça n'était que deux semaines auparavant ! Et aujourd'hui, elle ne semble faite que de brindilles. »

Rogue se leva brusquement, jetant son verre et l'écoutant se briser avec un étrange détachement. « Il faut que j'y aille. » A la vue des larmes du garçon et de la pâleur de ses joues, il se sentit presque en empathie avec lui. « Allez chercher Albus, dites-lui de venir me retrouver à Sainte-Mangouste. »

Il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre, mais en tous cas pas au corps qu'il retrouva étendu sur le lit. Elle allait bien plus mal que ce que Potter lui avait expliqué. Elle avait l'air beaucoup plus mal en point que lors de leur première rencontre à Sainte-Mangouste, quand elle n'avait plus de cheveux et qu'elle ressemblait à un chaton écrasé.

Au cours des dix-huit derniers mois, elle avait peu à peu recouvré l'air de vigueur et de santé qu'elle avait habituellement. Il pensait d'ailleurs que c'était à cause de cela que Potter avait tant de mal à aller la voir, elle était exactement comme avant de tomber dans le coma, c'était comme si à tout moment elle pouvait se relever et lui poser tout un tas de questions qui finiraient par l'exaspérer, même s'il adorerait mesurer son intelligence à la sienne.

Mais maintenant… Doux Merlin ! Sa peau, d'ordinaire ambrée comme du miel, était à présent plus blanche que les infâmes toasts trempés de lait que Poppy lui apportait pour son petit-déjeuner à l'infirmerie de Poudlard. Sous sa peau, il pouvait discerner tous les angles de ses muscles. La fine couche de muscles, encore présente deux mois plus tôt, avait disparu et elle était à présent recroquevillée dans une position presque fœtale sur son lit. Ses merveilleux cheveux, qu'il avait rêvé de caresser et coiffer, étaient devenus plats et sans vie, rêches et cassants comme de la paille, contrairement à la masse de lourdes boucles qui s'étaient entortillées autour de ses doigts et agrippées à sa peau les rares fois où il s'était autorisé à les toucher.

Nettie Pomfresh le regardait presque avec pitié tandis qu'il restait bouche bée devant le corps d'Hermione.

« Pourquoi est-elle sur le côté ? » demanda-t-il. « Pourquoi elle a les bras et les jambes comme ça ? »

« Ca arrive quand les patients sont dans le coma depuis trop longtemps. Les tendons perdent leur élasticité et se rétractent. »

Rogue ne répondit pas et s'approcha du lit en levant la main. « Elle a tellement maigri… On dirait qu'on pourrait la briser d'un seul geste… Qu'est-ce qui s'est passé ? » Aucun sarcasme dans sa voix. Juste de la tristesse, et peut-être une sourde plainte.

« Je ne sais pas » répondit Pomfresh. « Son état a commencé à se dégrader après votre dernière visite. Je ne peux plus rien faire pour elle. »

« Je ne peux pas accepter ça, » murmura-t-il. « Par tous les saints... »

Il se retrouva à genoux à ses côtés, écartant des yeux d'Hermione ses cheveux rêches.

Ils n'avaient absolument pas changé. Ils étaient toujours vides et morts, couleur de boue, quand ils avaient autrefois été noisette et or, pétillants d'une intelligence qu'il estimait au moins égale à la sienne. Il regardait son propre reflet dans ses yeux. Leur seul vide le rabaissait, l'accusait. Il lui avait fait faux bond, avait trahi sa promesse.

Un énorme poids l'oppressait, lui écrasait la poitrine. Il pouvait presque voir le nimbe de la Mort entourer le jeune corps. Il se rendit compte que si elle mourrait, une partie de lui, qu'il commençait tout juste à reconnaître et à accepter, mourrait avec elle.

Il la regarda à nouveau dans les yeux, se rappelant leur couleur originelle, déterminé à ne pas la laisser partir. Il se sentit sombrer dans le brun, tendant son esprit vers le sien, l'appelant par son nom. Il entendait l'écho de sa propre voix résonner dans l'immensité vague de son esprit, et ce son lugubre le fit frissonner. Il avait été fou de penser qu'il allait retrouver ici une partie de la jeune fille qu'il avait perdue.

Elle n'était plus là. Sa seule chance de rédemption s'était évanouie. Quel idiot il avait été.

Il leva sa main et lui souleva délicatement la tête, sentant sous sa peau les os du crâne. « Non ! » implora-t-il dans son esprit, « Non ! »

C'est alors qu'il le sentit, un imperceptible frôlement, quelque chose qui avait effleuré son esprit. Le contact avait été doux, attirant, au point qu'il en vint à se demander s'il ne l'avait pas imaginé. Il concentra son attention et son regard, et reprit ses appels. « Miss… Miss Granger ? Hermione ? »

Il traversa un vestibule dont les murs tombaient en poussière, dépassa de grands arbres et tenta de se frayer un chemin au milieu des décombres et de pans de bâtiments en ruine. En face de lui, il distinguait une porte noire vaguement familière, à moitié vermoulue, qui pendait de travers sur ses gonds.

Au bout d'un long moment, il parvint au niveau de la porte entrebâillée et la poussa doucement. Le bois s'effrita sous ses doigts et la poussière ainsi dégagée disparut avant même de toucher le sol. Il plissa les yeux au milieu du nuage de sciure, n'osant plus respirer. Il l'entendait pleurer. « Hermione ? »

Il n'y avait que d'épaisses ténèbres. Soudain, elles se métamorphosèrent en un tourbillon de couleurs. Ses genoux ployèrent sous la masse de sentiments qui s'imposèrent à lui, colère, douleur, solitude, désespoir, des sentiments si sombres qu'il les sentit sur le point de le submerger et de l'emporter à jamais.

« Severus ? » Sa voix était celle d'un ange, de la grâce, de la guérison, du salut. « C'est toi ? C'est vraiment toi ? »

Il tomba à genoux devant elle, tâchant de se convaincre que l'humidité qui baignait maintenant ses yeux était uniquement due à la poussière de la porte. « C'est moi, Hermione. Je suis là. »

Elle sauta hors du fauteuil dans lequel elle était lovée, se jeta à son cou et se pelotonna contre sa poitrine. « Severus, où étais-tu ? Tu m'as tellement manqué ! »

Sur le sol de la Salle de Potions en ruines, entre les dalles craquelées par le désespoir, des fleurs se mirent à éclore.


NdT. Ouf ! Voilà un chapitre bien long, et très éprouvant à traduire. Mais nous voici arrivés à un tournant de l'histoire ! Severus et Hermione vont-ils enfin parvenir à communiquer ? En tous cas, pauvre Harry, il m'a vraiment fait de la peine. Sa réaction est à la fois très touchante, et typiquement Potterienne. Demander de l'aide à ceux à qui l'on tient... (si si, j'ai la certitude qu'il tient un peu à Rogue ).

Ce chapitre arrive en avance, mais c'est pour vous consoler: je crains d'être dans l'impossibilité d'updater avant une dizaine de jours car le travail reprend... Mais la traduction continue, n'ayez crainte.

Libre à vous de me confier vos réflexions (sur cela ou sur autre chose) à l'aide du petit bouton bleu en bas à gauche… Et merci à tous les aimables reviewers ! C'est pour ça qu'on aime feufeunet ! A bientôt, tous !