Chapitre 7 : Opération Séduction
« Qu'en dites-vous monsieur Potter ? »
La voix découragée du Professeur Sawbridge sortit James de sa somnolence. De nombreuses nuits passées sur ses devoirs accumulés après le match de Quidditch l'avaient privé d'une partie de son sommeil si bien qu'il avait contracté la fâcheuse habitude de s'endormir en cours.
- Hein ? Quoi ? répondit-il d'un air hagard
- Je vous demandais ce que vous sachiez sur les vampires ! lui dit-elle d'un ton désormais plus agacé
- Mais, c'est du niveau de Troisième Année ça madame ! On l'a déjà fait avec le Professeur Twonk, fit James, se rappelant avoir détesté ce cours quelques années auparavant.
- Merci monsieur Potter mais je connais le programme de mon cours. Vous avez en effet étudié de manière assez générale les vampires durant votre Troisième Année à Poudlard mais nous allons y revenir d'un point de vue plus anthropologique, si je puis me permettre d'utiliser ce terme.
Quelques Serpentards levèrent des regards hébétés à l'entente de mots qui n'avaient jamais fait partie de leur vocabulaire et Sirius et Remus se regardèrent en pouffant de rire.
- Je remarque cependant que vous étiez trop occupé à dormir sur votre table pour écouter mes explications ! Vous m'écrirez donc deux rouleaux de parchemin sur le sujet pour le prochain cours. Bien, quelqu'un d'autre ? Oui monsieur Trador ?
Satisfait d'avoir été désigné à la place de James, Michael se mit à réciter à toute vitesse :
- Un vampire est un mort-vivant se nourrissant du sang des vivants afin d'en tirer sa force vitale. Ils sont considérés comme des êtres et non des animaux. N'importe quel être humain, sorcier ou moldu, peut devenir un vampire, même si un vampire possédant des pouvoirs magiques est nettement plus dangereux. En effet, puisque le sujet meurt lors de la transformation, il perd son âme dans le processus. Elle peut lui être restituée à l'aide du sort Reddere Anima mais elle reste altérée et instable et ne peut...
- Faut vraiment que tu fasses gaffe James, c'est déjà la troisième fois que tu t'endors en cours cette semaine ! lui dit Remus avec un air soucieux
- Oui enfin c'est pas de ma faute si son cours est aussi inintéressant ! Quand on fait des duels je m'endors pas mais là c'était vraiment trop dur. Surtout que je vois vraiment pas à quoi ça sert de refaire un cours de Troisième Année.
- Tout à fait, monsieur Trador, dit le Professeur Sawbridge avec un sourire vers son élève
- C'est sûr que là c'est franchement inutile ! Enfin au moins elle t'as pas collé.
- Encore heureux ! Y a la moitié de la classe qui dort alors elle peut pas caser tout le monde. Et Herbert ronfle tellement fort que même Sirius l'entend !
Herbert était un surnom occasionnellement employé pour désigner Peter. Il s'agissait du prénom que lui avait attribué le professeur de Divination lors de leur premier cours en Troisième Année. Celle-ci avait prétendu être capable de deviner les noms de tous les élèves de la classe juste en explorant leur aura. Elle avait ainsi déclaré que l'élève à sa gauche s'appelait Herbert. Lorsqu'on l'avait contredit, elle s'était contentée de répondre, avec son intonation la plus condescendante, qu'il s'agissait de son nom spirituel mais que cette science était de toute façon bien trop compliquée pour des sorciers de Premier Cycle. Pour ne pas perdre la face, elle avait continué de le nommer ainsi à chaque fois qu'elle lui adressait la parole, à la plus grande hilarité de ses camarades chez qui l'habitude avait perduré. Peter était donc affalé sur sa table dans une position assez grotesque et émettait des ronflements si bruyants que sa voisine ne cessait de le fixer d'un air gêné tandis que Sirius, à l'autre bout de la classe, était pris d'un fou rire. Heureusement pour la jeune professeur ainsi que ses élèves, la cloche sonna quelques instants plus tard, faisant sursauter les quelques assoupis, sauf Peter.
Le professeur s'approcha alors de lui et laissa tomber le lourd ouvrage qu'elle utilisait pour faire son cours juste à côté de son crâne, ce qui le fit enfin quitter les bras de Morphée.
- Monsieur Pettigrow !
Peter leva les yeux vers elle, quelque peu effrayé. Il était rare que le Professeur Sawbridge s'énerve, mais lorsque c'était le cas, on le sentait généralement passer.
- C'est déjà la troisième fois en une semaine que je vous surprend en train de dormir dans mon cours. J'ignore ce qui provoque en vous une telle fatigue mais ma classe n'est pas un dortoir. Étant donné le nombre d'heures que vous avez passées assoupi ici, j'estime que des retenues tous les mardis pendant trois semaines pourront rattraper ce retard, n'est-ce pas ?
Peter déglutit mais ne la contredit pas. Elle se tourna à nouveau vers la classe.
- Bien, pour le prochain cours vous me ferez un rouleau de parchemin sur le sort Reddere Anima, et deux pour vous, monsieur Potter. Voilà qui devrait vous tenir éveillé pendant un bon moment ! lui dit-elle avec un regard appuyé.
Alors qu'il ouvrait la bouche pour protester, il sentit une main sur son épaule.
- C'est pas la peine d'essayer, elle changera pas d'avis.
Viktoria fit une courte pause, comme prise d'une hésitation, puis continua avec un sourire engageant : Par contre, j'ai rien à faire ce soir, Spencer a décidé d'aller à ce stupide club de Slug. On peut se rejoindre à la bibliothèque ?
Quelque peu surpris, James accepta avec joie sa proposition et en oublia toute sa colère envers le Professeur Sawbridge.
Lorsque James prit le chemin de son dortoir ce soir-là, ce fut l'esprit empli de la satisfaction d'avoir achevé un devoir complet qui dépassait même les deux rouleaux demandés par sa professeur et le cœur plein d'espoir à propos de ses relations avec Viktoria qui ne cessaient de s'améliorer. Quand ils s'étaient retrouvés, elle lui avait raconté comment, en chemin pour venir le retrouver à la bibliothèque, elle avait entendu des bruits venant d'un placard à balai et avait surpris Mary et Steven à l'intérieur en train de s'embrasser et à moitié dénudés. Celui-ci avait apparemment rougi jusqu'aux oreilles, en bon Poufsouffle qu'il était, et avait débuté un long monologue pour tenter d'expliquer la situation qui était des plus cocasses. Cependant, étant quelque peu effrayé par Viktoria à cause de son appartenance à la maison de Serpentard et de sa réputation, il avait été parfaitement incapable de la regarder dans les yeux et de terminer une seule de ses phrases. Ainsi, Viktoria avait fini par lui dire que, même si elle savait très bien ce qu'ils faisaient dans ce placard à balai, tout le monde se fichait bien de la vie privée de ces minables de Poufsouffle. Elle avait conclu son récit par une remarque méprisante sur le visage de Steven et se déclara surprise qu'il ait réussi à se trouver quelqu'un avec qui sortir. James, trop habitué à ces insultes pour vraiment y prêter attention, se contenta de rire en imaginant la tête du jeune homme face à sa coéquipière.
Les deux élèves avaient fini par devoir se reloger dans un passage secret du troisième étage pour continuer à discuter car la bibliothèque fermait à huit heures et Madame Pince n'avait pas peur d'ensorceler de lourds ouvrages pour qu'ils se mettent à frapper les retardataires jusqu'à ce que ceux-ci quittent la salle. Enfin, ils avaient dû se séparer aux alentours de minuit car Peeves les avait repérés et s'était mis à chanter à plein poumons des grossièretés pour attirer Rusard afin qu'ils se fassent punir.
Au moment où James entra dans la salle commune, la poitrine encore secouée de rires au souvenir des plaisanteries échangées pendant la soirée, il entendit le bruit d'un encrier qui se brisait sur le sol. Il aperçut alors Lily qui était écroulée sur une table située dans un coin sombre de la pièce, profondément endormie. Se disant que cela n'était sans doute pas une position très confortable et qu'il se faisait tard, James s'approcha doucement de la jeune femme. À la lueur de la Lune qui brillait à travers les antiques vitres de la salle commune, elle ne lui avait jamais semblé aussi belle qu'en cet instant. Sa joue pâle recouverte de quelques discrètes mais charmantes taches de rousseur posée sur son parchemin, sa chevelure rousse étalée sur la table, s'accordant magnifiquement avec le bois acajou de la table, et ses yeux clos donnaient une image angélique et James ne put s'empêcher de ressentir un léger pincement au cœur à l'idée de perturber un sommeil si paisible. Il posa néanmoins la main sur son épaule gauche et la secoua délicatement. Ses paupières se soulevèrent alors :
- S'qui se passe ? demanda-t-elle d'un ton faible tandis que James se perdait dans les profondeurs émeraudes de ses yeux
- Oh ! Euh … je crois que tu t'es endormie et euh... je me suis dit... 'fin... vaudrait mieux que tu montes te coucher non ? lui répondit-il en tentant de regagner ses esprits.
Heureusement, Lily semblait trop engourdie pour remarquer son embarras. Elle jeta quelques regards autour d'elle puis, semblant se rendre compte de l'endroit où elle était et de l'heure avancée de la soirée, elle s'écria :
- Oh non, j'arrive pas à croire qu'il est déjà cette heure-ci ! Je devais avancer sur mon devoir de Métamorphose... et je me suis endormie ! J'y ai passé toute la soirée, j'ai même séché Slug pour ça !
James se dit que ça n'était pas un si grand sacrifice.
- C'est pas possible, mais comment je vais faire... ? »
Rassemblant ses affaires avec l'aide de James, elle continuait de se sermonner de ne pas avoir réussi à terminer son devoir. James l'interrompit avec un geste de la main :
- Oublie la vieille chouette ! Il faut que tu dormes sinon tu seras plus en état de faire quoi que ce soit demain.
Lily ne put s'empêcher de sourire à l'entente du surnom, étonnamment affectif, que les Maraudeurs avaient attribué au Professeur McGonagall. Elle voulut d'abord refuser mais, sentant une immense vague de fatigue la submerger, elle se rangea finalement à son opinion et le laissa l'aider à ranger ses affaires dans son sac. Avant de rejoindre le dortoir des filles, elle lui adressa un léger mais franc sourire accompagné d'un « Merci Potter ».
À mesure que les jours raccourcissaient avec l'arrivée de l'hiver, les Préfets se retrouvèrent assignés d'une nouvelle tâche : patrouiller dans le parc avant la tombée de la nuit pour s'assurer qu'aucun élève n'y était car les portes du château étaient désormais verrouillées à vingt-et-une heures pour éviter tout risque d'intrusion. Ils devaient donc, à tour de rôle selon leur maison, vérifier tous les coins et les recoins de l'immense parc. Ainsi, il était assez tard quand, le mercredi de suivant, quand l'entraînement de Quidditch fut annulé à cause du froid, Remus et Lily s'écroulèrent sur un des canapés de la salle commune.
- Quand je pense que je dois encore faire mon devoir de Métamorphose pour demain, réviser pour le test de Runes de lundi, apprendre les propriétés du Saule Cogneur pour mardi et m'entraîner aux sortilèges d'apparition ! fit Lily d'un ton éreinté en hochant la tête. J'arrive pas à croire qu'ils puissent nous donner autant de devoirs ! Ils croient qu'on est des robots ou quoi ?
- Des quoi ? demandèrent James, Sirius et Taylor d'une seule voix
- Je vous expliquerai plus tard, leur répondit Remus avec un soupir de lassitude tandis que Mary, qui s'apprêtait à sortir son manuel d'Étude des moldus pour leur lire une définition, reposait son sac d'un air dépité.
- Tu sais, je peux t'aider à réviser si tu veux ? proposa James après quelques instants d'hésitation en s'efforçant d'effacer toute trace de ce qui pourrait être pris comme un sarcasme.
Lily le sonda quelques instants du regard avec méfiance avant de répondre.
- C'est vrai ? Oui ce serait super ! dit-elle, un peu étonnée, pendant que ses amies et les autres Maraudeurs échangeaient des sourires entendus. T'es vraiment bon en Métamorphose donc ça pourrait m'aider...
- Avec plaisir, dit James qui n'en croyait pas ses oreilles.
Lily Evans venait d'accepter de passer du temps avec lui après trois ans de tentatives de séduction avortées !
- Je suis libre mardi soir si tu veux, continua-t-il sur un ton plein d'assurance
Cependant, Lily grimaça à cette phrase :
- Ah non, je suis désolée mais mardi c'est pas possible. Je fais mon devoir de Potions avec Michael.
- C'est ça, dit Mary en levant les sourcil d'un air entendu, votre devoir...
- Oui, notre devoir de Potions ! Va pas chercher des sous-entendus, répondit Lily avec fermeté mais en rougissant quelque peu
Il était vrai que Michael était assez attirant mais ils ne sortaient pas ensemble pour autant. Ou en tout cas, pas encore... James sentit comme son ventre se serrer et répliqua péniblement, tout en tentant de masquer son émotion :
- Non mais je comprends, ça fait rien.
Il n'avait jamais aimé Michael Trador. Il devait reconnaître cependant que leur mauvaise relation était en partie due à son propre comportement. En effet, Michael était, à son entrée à Poudlard, un garçon de petite taille et plutôt enrobé. Il avait connu une poussée impressionnante d'acné pendant sa Troisième Année. Ainsi, les Maraudeurs s'étaient moqués de lui à plusieurs reprises par le passé. Rien de bien terrible non plus, on était loin du degré de méchanceté qui avait été influé à Rogue, à la fois à cause de son appartenance à la maison Serpentard, mais aussi à cause de sa proximité avec Lily qui rendait James malade de jalousie. Mais assez pour créer une animosité mutuelle. À la rentrée de Cinquième Année, c'était un Michael considérablement grandi et aminci qui était monté dans le train sous le regard ébahi de ses camarades. Toute trace d'acné avait disparue et le beau visage qui était caché dessous depuis si longtemps voyait enfin le jour. Il fut nommé préfet cette année-là et rejoint l'équipe de Quidditch de sa maison au poste de Gardien laissée vacant par Colin Chang. Il devint le garçon le plus convoité de l'école, plus même que Sirius qui était parfois méprisé à cause de son arrogance, et toutes les filles furent à ses pieds. Les Maraudeurs cessèrent alors de s'en prendre à lui mais gardèrent une certaine amertume à son égard.
En cet instant précis, il semblait à James que Michael Trador avait surgi dans la pièce pour venir piétiner le peu d'espoir qu'il avait osé laisser naître. Pris d'une bouffée de colère, il entendit à peine la voix navrée de Lily qui se rattrapait :
- Enfin ce sera pour une autre fois hein ? dit-elle doucement avec un sourire d'excuse
- Oui, répondit-il désabusé, c'est ça, une autre fois. »
Déçu, il se renfrogna et ne dit plus grand chose jusqu'à la fin de la soirée. Lily fronça les sourcils en s'appliquant à ignorer la boule qui se formait dans sa gorge à la pensée du regard de James lorsqu'il avait quitté la salle et reprit sa conversation sur la dernière chanson de Célestina Moldubec avec Mary, sans grande conviction toutefois.
Le lendemain, James fut tiré de son habituelle somnolence du petit-déjeuner par des exclamations provenant de la table des Poufsouffles.
- S'qui s'passe ? réussit-il à articuler sans s'adresser à quelqu'un en particulier tandis que Sirius baillait à s'en décrocher la mâchoire, lui octroyant une vue sans pareille sur ses molaires.
- Je sais pas, répondit Peter, ils ont l'air de regarder quelque chose dans le journal
Le même journal dont Remus était en train de lire la page des sports, sans voir ce qu'il se passait autour de lui.
- Rem', qu'est-ce qu'il y a dans le journal ? l'interpella Sirius dans un nouveau bâillement
- Quoi ? Oh, euh... Je sais pas. Attendez.
Remus tourna fébrilement les pages en survolant leur contenu jusqu'à s'écrier :
- Là ! Oh non, encore une attaque de Mangemorts sur des moldus !
Peter et James déplacèrent carafes, verres et autres objets situés sur la table et Remus y étala son exemplaire de la Gazette du Sorcier. Les quatre amis se penchèrent immédiatement dessus.
- Attendez, Yates comme... commença Peter
- Anthony Yates, oui ! confirma Sirius
James tourna machinalement la tête vers la table des Poufsouffles bien qu'il sût que c'était parfaitement inutile. Non, Anthony Yates n'était pas assis à table à côté de ses camarades qui discutaient bruyamment avec des regards horrifiés et désemparés. Non, il n'était pas près de les rejoindre, car ses parents et sa petite sœur avaient été tués par des Mangemorts.
Le mardi suivant, James se montra irritable toute la journée et refusa de tourner les yeux vers Lily. Il lui semblait que Michael ne cessait de lui jeter des regards arrogants. Il passa tout le cours de Potions à écrabouiller ses ingrédients avec des gestes rageurs tandis que Viktoria tentait de le calmer et de comprendre ce qui n'allait pas. Elle n'obtint cependant que des regards noirs en réponse et finit par abandonner, lui déclarant avec exaspération qu'elle ne lui reparlerait qu'une fois qu'il aurait arrêté de se comporter comme un enfant de cinq ans. Une fois arrivé au dîner, l'humeur de James s'était considérablement améliorée. En effet, il avait décidé de ne plus perdre son temps à ruminer sa colère contre ce crétin de Serdaigle qui n'en valait pas la peine. Il proposa à ses camarades une escapade nocturne dans le parc de l'école mais, une fois n'est pas coutume, tous deux refusèrent, même Sirius. En même temps, le mardi était le jour où Darren allait à son club de Bavboules. Taylor n'était donc pas accompagnée de son éternel acolyte et se montrait parfois suffisamment conciliante pour plaisanter avec lui. Remus, quant à lui, avait un devoir long et compliqué d'Arithmancie à faire et il comptait sur l'aide de Doug, le frère de Mary. Il proposa à James de les accompagner à la Bibliothèque mais celui-ci s'empressa de décliner, d'autant plus qu'il risquait d'y croiser Lily et son rival. Peter, lui, était toujours collé. Il semblait que tout le monde était occupé ce soir.
Viktoria avait décidé de laisser Potter ruminer tout seul. Il voulait se montrer grognon ? Fort bien ! Mais sans elle. Elle s'appliqua à travailler pendant le reste de l'après-midi et ne tenta plus de faire la conversation. À la fin des cours, elle rejoint Spencer avec soulagement, ce qui n'avait pas été tellement le cas ces derniers temps. Celle-ci lui offrit son plus beau sourire et elles se dirigèrent vers la Grande Salle en discutant joyeusement. Après le dîner, une fois qu'elle avait regagné sa salle commune une chouette effraie lui apporta un morceau de parchemin, suivie de près d'un hibou grand duc portant une lettre. La lettre était couverte d'une écriture qu'elle ne connaissait que trop bien. Elle tremblait rien qu'à l'idée de ce qu'elle pouvait dire et décida de repousser l'épreuve de sa lecture. De toute façon, elle ne voulait pas l'ouvrir dans cette pièce bondée. Elle la fourra dans la poche gauche de sa robe et déplia le morceau de parchemin à la place :
Je suis désolé. Ça te dis de te promener dans le parc pour que je me fasse pardonner ? Je t'attends dans l'entrée à neuf heures moins le quart.
J.
Elle sourit, attendrie, malgré elle, par ces excuses inattendues, jeta un coup d'œil en arrière. Spencer était en pleine discussion avec Ignotus Knightley et ne remarquerait sans doute même pas son absence. Elle ressentit un pincement au cœur à cette pensée. Merlin, combien elle donnerait pour revenir au temps où leur relation était si simple ! Juste un regard, et elles se comprenaient. Pas besoin de mots. Désormais, les mots qu'elles échangeaient sonnaient creux. Il y avait l'illusion de la joie et de la sincérité, mais en vérité, elles savaient bien toutes les deux que tout n'était plus qu'apparence. Il y avait longtemps que leur relation avait commencé à s'éroder et c'était à des miettes qu'elles s'accrochaient pour tenter de sauver toutes ces années passées ensembles, qu'elles n'aient pas été en vain. Viktoria baissa jeta un coup d'œil à sa montre, vit qu'il était huit heures quarante et décida de le rejoindre. Alors qu'elle pliait le parchemin pour le glisser dans sa poche droite, ses yeux tombèrent machinalement sur la bague argentée ornée d'un « V » fait d'émeraudes qu'elle portait à l'index gauche. Son estomac se serra quelque peu et la lettre qu'elle venait de recevoir lui parut terriblement lourde contre sa hanche. Elle ferma les yeux un instant, au bord des larmes, prit une grande respiration et se mit finalement en marche.
L'entrée était déserte à cette heure-ci, les élèves ayant tous rejoint leurs salles communes ou la bibliothèque. James était adossé à l'immense porte et il lui offrit un sourire d'excuse en la voyant.
- Écoute, commença-t-il d'un ton rapide, car il n'était pas vraiment habitué à s'excuser, je suis vraiment désolé de t'avoir parlé comme ça, j'étais énervé et ce...
- C'est bon, le coupa Viktoria d'une voix douce qu'il ne lui connaissait pas, je t'en veux pas.
Elle avait elle aussi l'air un peu perdu. Il lui sourit à nouveau en silence.
- Par contre, va falloir que tu m'expliques comment tu veux sortir dans le parc en plein milieu de la nuit alors que toutes les sorties sont verrouillées et surveillées, reprit-elle
- La porte est pas encore fermée, les préfets sont en train de vérifier qu'il n'y a personne dehors. Et t'inquiètes pas pour eux, répondit-il d'un ton espiègle en sortant une cape de sa poche, je sais comment faire pour qu'ils ne nous voient pas...
Avec un air triomphant, il déplia lentement sa cape d'invisibilité.
- Je comprends mieux comment vous avez fait toutes ces bêtises, murmura Viktoria en riant cinq minutes plus tard
Ils venaient de dépasser tant bien que mal le Saule Cogneur. Il n'était pas facile de marcher convenablement tout en maintenant leurs corps dissimulés. À quelques mètres d'eux, Rogue était en train de fouiller dans un buisson d'un air mécontent.
- Quel imbécile celui-là ! dit Viktoria en l'observant, ça doit être le Serpentard le plus insupportable que j'aie jamais connu. Et j'en ai connu beaucoup, crois-moi !
Ils continuèrent à avancer en silence et passèrent à côté des serres de Botanique où le Professeur Sawbridge et le Professeur Feronia étaient en train de discuter malgré l'heure tardive. Une fois qu'ils furent certains que plus aucun préfet ne traînait dans le parc, ils retirèrent la cape et commencèrent à se promener le long du lac.
- Honnêtement James – c'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom – c'est à cause de Lily Evans, hein ?
Viktoria avait prononcé cette phrase avec tant d'assurance que James ne vit aucun intérêt à tenter de nier. Il acquiesça alors silencieusement et, voyant qu'elle semblait l'écouter avec beaucoup d'intérêt, commença à lui expliquer les raisons de sa colère tout en poussant du bout du pied un caillou qui traînait là. Il finit par se confier à elle à propos de ses sentiments pour la jeune Gryffondor tandis que Viktoria lui faisait part de son inquiétude grandissante face au comportement de Spencer qui se faisait de plus en plus agressif à l'égard des élèves des autres maisons ainsi que son discours qui s'était endurci contre les moldus et les nés-moldus. C'était tout juste si elle reconnaissait encore, en de rares occasions, son amie d'enfance. Ils partagèrent ce soir-là des souvenirs de leurs premières années à Poudlard qui amenèrent beaucoup de rires. Elle lui confia également supporter de moins en moins les autres élèves de sa maison et avoir peur que certains tournent mal. Ils parlèrent jusque tard dans la nuit avant de rentrer à l'école par un passage secret. Ils étaient désormais capables de parler de nombreuses choses et James se sentait vraiment à l'aise avec elle. Au cours de tous les moments qu'ils avaient passé en semble, ils avaient discuté des Serpentard, du fait que Viktoria avait cru à la pureté de sang mais n'y croyais plus, de leurs familles, de la frustration de Viktoria – pourtant excellente joueuse de Quidditch – de n'avoir jamais pu faire partie de l'équipe de sa maison car ils ne prenaient pas de filles... Le seul sujet tabou était Spencer Selwyn. L'unique fois où James avait eu le malheur de l'aborder sans que ce ne soit Viktoria qui la mentionne en premier, elle s'était refermée comme une huître et lui avait répliqué qu'il ne savait pas de quoi il parlait. Ce soir-là, James se mit au lit en se disant que sa soirée n'avait pas été perdue finalement. C'était étrange des fois comment se formaient des amitiés, improbables et inattendues.
Lily s'était, quant à elle, éveillée de très bonne humeur. Elle était heureuse de passer la soirée avec Michael qui était quand même un des plus beau garçon de l'école. Oh, bien sûr, ce n'était pas cela qu'elle appréciait le plus chez lui. C'était quelqu'un de très gentil et drôle avec qui elle aimait passer du temps. Mais il fallait reconnaître que le physique ne gâchait rien. Elle sourit en le regardant s'affairer en cours de Sortilèges avec un air de grande concentration. C'était quelqu'un d'intelligent et de plutôt doué en classe, rien d'étonnant étant donné qu'il était à Serdaigle. Elle avait quand même de la chance de l'avoir en binôme ! Elle se disait parfois que le Choixpeau magique les avait mis ensemble non seulement car ils se complétaient académiquement, mais aussi car ils avaient des caractères compatibles.
« Tout le contraire de Tay et Spencer Selwyn. » pensa-t-elle en riant intérieurement
Elle n'était plus sortie avec personne depuis Matthew Johnson, un Poufsouffle qui avait un an de plus qu'elle, en Cinquième Année. Et encore ! Cela n'avait été que l'histoire de quelques semaines après une soirée du Club de Slug – quel nom stupide pour un club ! – avant que James ne se mette à le martyriser et qu'il ne rompe. Même Severus avait passé des heures à tenter de la convaincre qu'il n'était pas assez bien pour elle. Severus… Non ! Elle ne devait plus penser à lui ! Elle trouvait Michael d'autant plus sympathique qu'il n'était pas arrogant, ayant pourtant toute la gente féminine de l'école qui bavait sur son passage, à part peut-être les Serpentards. Il était très populaire désormais mais ça n'avait pas toujours été le cas. Elle savait qu'il avait souffert des humiliations des élèves vert-et-argents les années précédentes, ainsi que de celle de James Potter.
Elle fronça les sourcils à cette pensée. L'idiot et méprisant James Potter ! Combien elle pouvait le haïr quand il se montrait si blessant et égocentrique. Il semblait considérer les autres comme des moins que rien à côté de l'élève excellent et fauteur de trouble et du joueur de Quidditch populaire qu'il était. Mais il avait changé. Elle ignorait ce qu'il avait bien pu se passer dans sa tête et dans sa vie cet été-là mais le James Potter qui était revenu n'était plus le même que celui avec qui elle avait passé son temps à se disputer les cinq années précédentes. Elle découvrait un nouveau côté de sa personnalité, plus posé, plus calme, mais aussi plus mélancolique. Jamais elle n'aurait utilisé ce mot pour parler de James Potter encore quelques mois plus tôt ! Elle devait reconnaître que ce nouveau James lui plaisait nettement plus et elle se sentait capable d'envisager une amitié avec lui. A peine avait-elle formulé cette pensée qu'elle sentit que cela sonnait faux…
Elle eût alors comme un sursaut et remarqua que cela faisait plusieurs minutes qu'elle le fixait. Heureusement, il était dos à elle au premier rang car ses amis et lui étaient arrivés en retard – « sans doute pour se faire remarquer » avait commenté Taylor – et avaient été obligés de prendre les dernières places libres. Elle se tourna alors à nouveau vers Michael qui lui offrit un sourire plus éclatant que ceux des publicités Colgate qui passaient à la télévision de ses parents et elle se dit qu'elle avait peut-être ses chances…
La journée défila beaucoup trop lentement à son goût quand, enfin, elle partit le rejoindre à la bibliothèque après le dîner en croisant Viktoria Jugson et James dans l'entrée. Ces deux-là semblaient passer énormément de temps ensemble ! Elle se demanda ce qu'il pouvait bien trouver à cette harpie de Serpentard. Elle repoussa cette pensée et monta les étages en silence. Michael était déjà assis seul à une table dans un coin sombre de la pièce et rangea un morceau de parchemin en la voyant arriver. Il lui sourit immédiatement et ils passèrent une très bonne soirée à discuter de leurs groupes de musique préférés et à échanger des souvenirs de leurs camarades de classe ainsi que de leurs familles. Michael posa sa main à côté de la sienne sur la table et leurs doigts ne cessèrent de se frôler tout au long de la soirée. Lily se sentait bien avec lui. Cependant, quand elle croisa ses pupilles bleu-saphir, elle ne put s'empêcher de les comparer à celles d'une douce couleur noisette de James.
- Attention, tempête de Hale en approche en provenance de la salle de Sortilèges, fit Sirius en tentant d'imiter la voix qu'avait l'animateur de la radio moldue qui annonçait les prévisions météo.
Les Maraudeurs avaient inventé cette expression pour qualifier l'état dans lequel se mettait Taylor quand elle était au maximum de sa colère. En effet, ses gestes étaient si rapides et sa voix si glaciale qu'elle faisait l'effet d'une tempête de neige qui s'abattait sur la tête de son interlocuteur.
- Et moi je prévois des chutes de Sirius Black si tu continues comme ça ! lui répondit Mary qui s'approcha de son amie pour essayer de la calmer et de l'empêcher de se jeter sur Spencer.
Un coup d'œil dans sa direction permit à James de remarquer que Viktoria connaissait exactement la même situation de son côté avec sa propre amie.
En effet, les deux jeunes femmes avaient passé tout le cours à s'insulter et à renverser diverses substances, telles que de l'encre ou de la colle magique, sur les affaires de l'autre. Tout cela était parti d'une remarque de la jeune Serpentard sur les cheveux de sa partenaire de travail qui avaient été teintés d'un rose assez hideux pendant le cours de Métamorphose qui avait eu lieu juste avant. Taylor, n'ayant pas encore eu le temps de chercher le contre-sort et étant très sensible aux critiques faites à son apparence, était partie au quart de tour. Le conflit aurait viré à la confrontation physique si le Professeur Flitwick n'avait pas été présent. Cela semblait d'ailleurs être sur le point de se produire. Les deux élèves se débattaient de toutes leurs forces tout en continuait de s'insulter copieusement. Spencer agitait sa baguette avec des mouvements précipités en essayant d'articuler un maléfice entre deux injures tandis que Taylor ne prenait même plus la peine d'utiliser la magie pour attaquer son adversaire.
- Calmez-vous mesdemoiselles ! fit la voix calme mais autoritaire du Professeur Dumbledore
Tout le couloir, jusque-là fasciné par la dispute entre les deux élèves, devint silencieux à la vue du directeur. Celui-ci arborait un visage des plus sérieux et ne semblait pas prompt à la moindre plaisanterie.
- Dépêchez-vous de rejoindre vos classes plutôt que de traîner dans les couloirs. Et vous, miss Jugson, veuillez me suivre dans mon bureau.
- Quoi ? répondit Viktoria d'un air scandalisé, Mais comment ça ? J'ai rien à voir avec ça !
- Mais oui, renchérit Spencer d'une voix forte, Vika n'a rien fait, c'est Hale qui nous a provoquées !
- Non mais n'importe quoi ! répliqua immédiatement Taylor avec un nouvel accès de colère
- Peu m'importe de savoir qui a commencé cette dispute stupide ! Vous feriez mieux de vous diriger vers votre prochain cours, déclara le Professeur Dumbledore d'un ton sec. J'aimerai vous voir dans mon bureau, miss Jugson, pour m'entretenir avec vous d'un autre sujet. Quant à vous, ne vous ai-je pas dit d'aller en classe ? ajouta-t-il en regardant les Maraudeurs, Lily et Mary qui étaient restés à observer la scène.
- Oui, bien sûr monsieur, fit Remus en faisant un signe de tête à ses amis. Les élèves quittèrent le couloir en échangeant des regards d'incompréhension. Lorsque James se retourna, tous deux étaient déjà partis.
Le mardi suivant, la dernière semaine de classe avant les vacances de Noël, Lily vint trouver James avec un grand sourire, chose relativement rare puisqu'elle avait passé les cinq années précédentes à le détester.
- Alors, on révise ensemble ce soir ?
James, pour qui la perspective de passer une soirée avec Lily avait été anéanti deux semaines auparavant, répondit immédiatement
- Oh oui, bien sûr !
- Bon, bah, euh... reprit Lily en rougissant face à l'enthousiasme de James, on se retrouve vers sept heures devant la bibliothèque ?
James acquiesça et Lily poursuivit son chemin vers la table du petit déjeuner que James venait de quitter en lui adressant un signe de la main. James passa donc le reste de la journée à attendre à la fois avec impatience et nervosité la fin des cours. Il était ravi de pouvoir enfin passer une soirée avec Lily mais il allait falloir qu'il marche sur des œufs pour ne pas gâcher cette occasion unique.
Dix minutes avant que la cloche du château ne sonne sept heures, James était déjà en train d'attendre devant la porte de la bibliothèque. Voyant qu'il lui restait encore du temps, il se passa nerveusement la main dans les cheveux et répéta, pour ce qui semblait être la millième fois, ce qu'il allait lui dire. Il ne fallait pas qu'elle le prenne encore pour un gamin immature, ou qu'elle s'énerve à cause de lui. Non. Ce soir, c'était l'Opération Séduction de Lily. Il s'était bien préparé : il avait mis sa cape par-dessus sa robe, bien qu'ils n'aient pas prévu de sortir dans le parc il avait enfin retiré les poils de chien que Sirius avait mis dans la capuche de sa robe il y avait bien trois semaines de cela, et il avait tenté pendant une bonne dizaine de minutes de dompter ses cheveux mais le résultat était loin d'être parfait. Enfin, il s'était exercé à sourire sans avoir l'air trop arrogant, chose difficile pour quelqu'un d'aussi conscient de sa popularité que lui.
Il leva son poignet à hauteur de ses yeux : 18H54. Encore six atroces minutes à attendre ! Il était à la fois effrayé et excité. Mais c'était l'excitation qui avait le dessus. Enfin ! Enfin une soirée avec juste Lily et lui ! Et dire qu'ils allaient la passer dans cette bibliothèque ennuyeuse... Oh, mais ! Il lui vint une idée. Oui, ce serait parfait !
Il se mit à sourire d'un air béat, le regard perdu dans le vide, puis se dit que ça n'était plus la peine de réviser sa conduite. Il agirait naturellement, c'était là tout son charme. Glissant une main dans la poche de sa robe, il laissa son regard vagabonder. Le couloir, comme tous les autres du château d'ailleurs, était décoré pour les fêtes de fin d'année. Ici, les elfes avaient disposé tout un amas de guirlandes rouges et vertes ainsi que de boules bleues et dorées la nuit précédant le premier jour de décembre. Les traînées rouges et vertes semblaient se poursuivre tout au long du couloir jusqu'à se rejoindre au-dessus de la porte de la bibliothèque où une guirlande rouge et une verte étaient étroitement entortillées pour former une sorte de « V » à l'envers. Cela le fit penser à Viktoria. Elle avait réagi étrangement quand James lui avait parlé des vacances de Noël, comme si cette simple idée lui faisait horreur. Pourtant, elle ne semblait pas être de ces élèves qui aiment tellement les cours qu'ils en tiennent les vacances en aversion. Ce genre d'élève existait-il vraiment d'ailleurs ? Il en avait vu des élèves comme ça, à commencer par Mary qui avait un côté je-sais-tout un peu énervant parfois, mais pas au point d'incarner un tel cliché. Mais il fallait qu'il soit sympa avec Mary, elle était tout de même une des meilleures amies de Lily. Déjà qu'il était plus ou moins la cause de la fin de l'amitié entre Rogue et Lily... Non pas qu'il le regrettât ! Non, au contraire, il s'en félicitait. Mais ça n'était pas la peine de se mettre plus à dos les autres amies de la rousse. Oh et puis de toute façon, il l'aimait bien Mary, juste pas pendant les cours. Heureusement qu'il n'avait été mis en binôme avec elle ! Cette idée le fit rire, non Steven allait bien mieux avec elle ! Le pauvre, il n'avait toujours pas remédié à ses problèmes de rougissements intempestifs. Enfin, lui ne valait pas beaucoup mieux quand Lily était dans le coin... Lily ! Il jeta un coup d'œil à sa montre.
19H10.
Tiens, elle était un peu en retard. Cette fois bien trop fébrile pour se concentrer sur autre chose, James passa les minutes suivantes à échanger des regards entre sa montre, la porte de la bibliothèque et le bout du couloir par lequel Lily était censée arriver.
19H12.
Elle n'allait pas tarder maintenant. Elle avait peut-être fini de manger un peu tard.
19H13.
C'était vrai qu'il avait eu pas mal de monde au dîner. Son pied, qui tapait nerveusement contre le sol depuis plusieurs minutes, accéléra le rythme. Que faisait-elle donc ?
19H14.
Elle avait pourtant dit qu'elle viendrait ! Aurait-elle changé d'avis ? Avait-il fait quelque chose qui lui avait déplu ?
19H15.
Enfin, elle ne pouvait pas le laisser comme ça ? Non. Elle allait venir.
19H16.
Et si on l'avait retenue ? Oui, elle était sûrement avec ce traître de Trador !
19H17.
Il avait dû trouver quelque chose, une raison stupide, et elle avait accouru. Il aurait dû savoir qu'elle le lâcherait pour cet imbécile ! De toute façon, il passait toujours en dernier ! De rage, la main plongée dans sa poche droite se resserra autour de la carte du Maraudeur. Heureusement, celle-ci était ensorcelée pour résister à la violence et aux taches.
19H18.
Il était temps de s'en aller maintenant. Tout l'espoir emmagasiné en lui se déversa sous forme d'une amère déception dans sa bouche qui lui brûla la gorge quand il déglutit. Qu'il avait été stupide ! Qu'il se sentait honteux d'avoir cru que Lily viendrait ! Ses amis et elles devaient bien rire à cette heure-ci en pensant au tour qu'elles lui avaient joué. Était-ce ce que ressentaient tous leurs camarades que James et ses amis avaient humiliés ? Il y réfléchirait à deux fois maintenant qu'il comprenait ce que cela faisait. Relâchant doucement le morceau de parchemin, il resserra sa cape autour de son corps raidi par le froid et la colère et se détourna de la porte.
« Potter ! »
Son cours fit un bond dans sa poitrine : Lily venait d'apparaître, essoufflée, au bout du couloir de la bibliothèque et articula entre deux respirations :
- Désolée mais... J'ai croisé... le professeur... Slughorn... et... il m'a parlé... pendant vingt minutes... et je...
Toute la colère de James s'évanouit en un instant et il sourit malgré lui, un grand et chaleureux sourire. Il la trouvait impossiblement plus adorable avec le teint rougi et les cheveux décoiffés par sa course.
- Je comprends, répondit-il en riant, quand il commence à parler lui c'est plus possible de l'arrêter !
Lily arriva à son niveau. Il attendit qu'elle ait pleinement retrouvé son souffle pour reprendre :
- Bon, maintenant faut que tu me dises : est-ce que tu veux réviser dans des vieux bouquins poussiéreux avec Madame Pince qui te gueule dessus toutes les deux minutes ou est-ce que tu préfères t'entraîner aux sortilèges ?
- J'aimerai bien m'entraîner et échapper à cette vieille folle... dit Lily avec une grimace tout en jetant un coup d'œil vers la porte pour vérifier qu'elle n'avait pas été entendue
- T'inquiètes pas, elle est encore plus sourde que le Professeur Binns quand elle dans sa bibliothèque.
Lily sourit et reprit :
- ...mais je vois mal où on pourrait aller sinon. La salle commune est toujours pleine en hiver...
- Moi je connais un endroit, dit James avec un air malicieux, suis-moi !
James entraîna Lily le long des escaliers jusque dans un couloir désert au septième étage. Là, il lui montra un bout de tapisserie étrangement décoré.
- Passe trois fois devant cette tapisserie en pensant très fort à ce que tu cherches, lui dit-il
Voyant que Lily le dévisageait comme s'il lui avait poussé une seconde tête, il l'encouragea :
- Vas-y, fais-moi confiance !
Celle-ci lui jeta un dernier regard suspicieux avant de faire ce qu'il lui demandait. Voyant que rien ne se passait, elle marcha de nouveau vers lui.
- Voilà, et alors ? dit-elle avec un soupir d'exaspération.
Elle ne comprenait pas où il voulait en venir.
- Retourne-toi, dit James avec un sourire en coin
À la plus grande surprise de Lily, une porte était apparue sur le mur derrière elle. Elle se retourna alors vers James et celui-ci fit un geste pour l'inviter à ouvrir la porte. Elle poussa timidement l'anneau de métal qui servait de poignée et se retrouva dans une pièce immense remplie de livres et d'objets parfaitement adaptés à la pratique de la métamorphose. Émerveillée pendant un instant, elle tourna finalement la tête dans la direction de James qui lui dit sur un ton joyeux :
- Bienvenue à la Salle sur Demande, Lily !
