Disclaimer : Ceci n'est qu'un travail de fan, rien ne m'appartient et je n'en tire aucun salaire.
Note : Bonne lecture.
Merci pour toutes vos reviews !
Merci particulier à Lana à qui je n'ai pas pu répondre directement (tes reviews me touchent vraiment).
Fini le 24 avril 2012
Note 2 : entièrement retravaillé le 31 décembre 2014.
Je vous conseille de tout relire.
Bonne lecture.
Sujet d'évaluation
Cent cinquante-troisième jour
Je me dois de terminer ce dossier. Le dernier ajout. Il mettra un point final à toute cette connerie, ce gâchis. Il sera mon héritage aux Preventers, comme une ultime mise en garde contre celui qui les hante. Je le laisserai sur le bureau de Barton après avoir donné ma lettre de démission à Une. Il saura quoi en faire.
Et s'il ne fait rien…
J'ai déjà réfléchi à cette alternative. Elle m'a d'ailleurs longtemps empêché de me retirer. Préférant garder un œil vigilant sur le spécimen afin d'être prêt à toutes altercations. Des mois, presque des années. Une pression à la limite du supportable que je me suis infligé en toute connaissance de cause pour le contrer si nécessaire. Prêt à l'abattre à la moindre alerte, prêt à suivre mon instinct s'il s'avérait devenir une menace pour l'ordre planétaire. Mais ce dossier me conforte dans l'hypothèse que Maxwell n'est pas un danger public. Il n'est un danger que pour ceux qu'il convoite.
Il m'a choisi, j'abandonne.
Ceci devrait être suffisant pour interloquer qui que ce soit.
Moi à qui on a donné le nom d'un leader pacifique mais tenace qui a offert sa vie à son idéologie. Moi qui ai reçu un certain nombre de récompenses et médailles suite à ma résistance durant la guerre. Moi qui ai été programmé pour ne jamais perdre de vue es opérations en cours. Moi qui n'ai déposé les armes que pour mieux les reprendre.
Je le répète : j'abandonne.
Je ne me reconnais plus dans cette chose geignarde qui peine à se lever après s'être branlé, pour ensuite s'écrouler en chemin. Et s'il me fallait prouver la dangerosité de Maxwell, ces quelques lignes seraient particulièrement marquantes. Cet homme est une sangsue, un parasite qui se nourrit de la force de sa proie avant de l'abandonner, exsangue.
Comme expliqué dans les précédentes chapitres de ce dossier, Maxwell a été le satellite de ma personne pendant un temps interminable, si long que j'en avais pris l'habitude. Je crois bien que ma ténacité personnelle l'a surpris. Cette pensée est réconfortante. Quel que fut son acharnement, ma volonté l'a mis à mal.
Il m'a vaincu, pas abattu.
Ce fut pourtant la séance de torture la plus longue et la plus imaginative que je n'ai jamais vécue. Plus d'une fois j'ai bien failli me laisser porter par le courant, par son rythme, par son énergie. Me laisser porter et accepter le destin qu'il me faisait entrevoir : un nom sur son tableau de chasse. J'ai dû me battre, encore et encore, contre lui, contre la pression, les regards, la compassion, la rancune, la douceur…
Contre moi.
Et ensuite, plus rien.
Comme une injure à moitié déguisée, il est redevenu professionnel jusqu'au bout de sa natte, autant qu'il puisse l'être en tout cas. A attendre mes directives en bavardant avec Winner et en surfant sur Internet. Professionnel à sa manière en fait. Très compétent sur le terrain et pas un geste déplacé, pas un regard trop appuyé, pas un sous-entendu. A croire que nous ne n'étions que deux collègues sans passif. De ces individus qui débutent leur job dans une entreprise A et meurent à peine pensionnés de cette même entreprise. Des hominidés pour qui la conscience professionnelle tient lieu de structure sociale et affective. Les pithécanthropes des temps modernes dont le mode de communication se limite aux interactions entre pairs et spécialistes.
Des individus qui me ressemblent.
Tout son contraire.
Il aura poussé mon étonnement à son comble. J'en ai d'ailleurs rebaptisé mon dossier « l'énigme Maxwell », y compilant mes observations et y recherchant une autre ligne structurale. Il me semble qu'il me faille reprendre encore une fois mon analyse à zéro. Il a quelque chose de perturbant. De perturbé aussi. Comme un automate qu'on aurait reformaté, il paraît différent. Et même si son attitude envers moi est la seule à avoir véritablement évolué, je ne suis pas certain d'apprécier.
En relisant les dernières lignes de mon précédent rapport, là où m'avaient menées mes observations, je ne peux que grimacer en voyant à quel point je me suis alors fourvoyé.
Les premiers temps, ceux de l'ignorance et de l'effarement, sont morts. Aucun déni maintenant, aucune possibilité d'obscurcissement de mon jugement. Et de même que les mois écoulés m'avaient fait accepter sa présence imposée comme une évidence dans mon environnement immédiat, tout autant que j'en avais fini par accepter ses attouchements déplacés pour ne pas avoir à réagir de manière intempestive, je ne peux en rester là. Il a une fois de plus évolué, je le rapporte.
Je me dois donc d'y ajouter un point supplémentaire.
IV. Le désintérêt
Dans toute cette histoire, le passé est actuellement une donnée supplémentaire à prendre en compte.
A l'instant où je pris en considération de préférer la fuite à ma moralité, j'avais atteint une fatigue tant physique que psychique, prêt à tomber dans une extrémité qui m'aurait valu la cour martiale. Bien que je ne les ai pas remerciés de vive voix, Barton et Chang ont toute ma reconnaissance pour m'avoir arrêté avant qu'une de mes balles ne se loge dans le crâne épais d'un chercheur de seconde zone. J'en étais en effet arrivé à utiliser n'importe quel prétexte pour me laisser aller à la violence -gratuite puisque en dehors du service-. Il ne m'avait même pas poussé à bout, juste une goutte d'eau dans un océan d'énervement dont le nom est « Maxwell ».
Encore et toujours…
J'ai supporté jusqu'au maximum de mes capacités, montrant une patience liée à une extrême prudence que je n'aurais pas accordée à tout le monde. Maxwell est intriguant. Pour tous. Et tous lui donnent une place particulière.
Certains l'encensent allant à pousser la bêtise jusqu'à l'aveuglement.
J'ai retrouvé dans mes notes, datant du 4 décembre 205, une série de photographies des graffitis des toilettes masculines des différents services. J'ai déjà fait état des indications obscènes qui y figurent. Cela illustre parfaitement mes observations : la vie sexuelle de Maxwell est des plus complètes et florissantes. Sa perversité n'a pas de limite. Et, le plus surprenant, cela plait. D'ailleurs, si on en croit les annotations à moitié effacées, il préférerait les services des gratte-papiers aux hommes de terrain. A moins que les révélations beaucoup plus imagées ne proviennent que d'un niveau de langage supérieur. Cela ne m'apporte que la nausée…
D'autres l'abhorrent jusqu'à en risquer leur job.
Si j'ai moi-même réussi à me contrôler, il n'en est pas de même pour tous. Mes vérifications quant à ses états de service ont mis en lumière les diverses altercations qui lui sont reprochées. Il n'en est jamais l'instigateur bien entendu, mais jusqu'à quel point ne les a-t-il pas cherchées ? Après tout, la brutalité fait partie intégrante de notre quotidien et, si j'en crois les avis des divers psychologues de l'organisation, un conflit peut servir de soupape aussi sûrement que le sexe. Je ne peux sur ce point que les croire sur parole.
Nombreux sont ceux prêts à tout lui pardonner, quels que soient ses actes.
Parmi ces derniers se range Winner, pour peu qu'il continue de l'amuser. Ou de l'occuper. Ou de lui faire je ne sais quoi. Cela fait longtemps que je ne cherche plus à comprendre leur relation plus que fusionnelle.
Chang ensuite. Il lui est utile dans sa propre méthode de décompression. Maxwell le punching-ball. Maxwell le mannequin de combat. Maxwell le shazi à découper. Maxwell et lui se sont trouvés et ne se lâchent plus.
Nos supérieurs enfin, Une en tête. Si j'en crois les signatures de son dossier personnel, ils ont d'ailleurs déjà beaucoup toléré, lui passant ses frasques sans plus de remontrance qu'une tape sur les doigts. Il peut, sans complexe, se permettre tout et n'importe quoi pour peu qu'il s'excuse platement et promette de ne plus recommencer. Ils passent l'éponge. Pourquoi ? Me pardonneraient-ils avec autant de flexibilité ? Je suis loin d'en être persuadé. Si mes compétences lui sont supérieures, Maxwell a un je-ne-sais-quoi qui fascine et lui ouvre de plus nombreuses portes que pour le commun des mortels.
Et moi ? Pourrais-je faire table rase ? Pourquoi ? Jusqu'à quel point ?
La réponse est on-ne-peut-plus claire.
Jamais.
J'avais sérieusement pensé à faire de cette Xième mission commune la dernière de ma carrière et à me reconvertir comme attaché à la personne de Réléna. Des missions futiles de garde du corps sur toutes les terres habitées m'avaient semblé des vacances agréables loin de ce parasite.
Puis, je me suis tâté. J'étais plus solide, plus résistant, plus tenace, et la fuite n'était pas une solution. Je me suis égaré. Ma tension, mes pulsions, mon stress n'étaient plus mesurables. Cette dernière opposition -si je puis utiliser un tel euphémisme-, il y a deux jours, huit heures et une dizaine de minutes, m'a prouvé la démesure de mes ambitions. Je ne peux plus attendre une possible assignation auprès de Réléna mais me dois de tout bonnement démissionner. Nous n'avons plus aucune attache.
Si ce n'est une seule. Unique mais inquiétante.
Bien que la honte tente à me submerger -sensation des plus déplaisantes- je me dois de la mentionner. Maxwell pourrait user de la même stratégie en vue d'obtenir les faveurs forcées d'une autre proie.
Telle une souillure, je ne peux nier sa contribution à mon présent mal-être dans un domaine des plus personnels : mes cauchemars. Je ne sais pas comment il a fait, comment il est parvenu à pénétrer mes barrières jusqu'à mon subconscient pour plonger profondément dans mon inconscient.
Les faits sont indubitables : les rêves se sont précisés de manière exponentielle. Tout autant que son attitude gestuelle envers moi mais dans une amplitude contradictoire. En effet, plus il prend ses distances et me fait le plaisir de m'ignorer, plus mes nuits sont agitées. Après réflexion, un statu quo m'aurait davantage convenu.
La gradation fut cependant d'une lenteur à mettre en évidence. J'ai continué, nuit après nuit, à me réveiller en sueur, le corps dans un état de choc proche de la panique, sans que je n'en apprenne davantage. Je suis ainsi incapable de pointer de manière précise l'instant où le changement s'est produit. Il s'est juste avéré effectif un matin. Alors que j'attendais que mon corps se calme peu à peu, j'ai pris conscience que l'affolement de mes signaux vitaux s'apparentait à une sensation de manque. Le vide douloureux d'une addiction absente. Une sensation proche de certains entraînements effectués dans ma jeunesse sur L1, avec pourtant une différence notoire et indéfinissable, de l'ordre du ressenti. Quelque chose d'intrinsèque au cauchemar. Pourtant, toutes les vérifications quant à l'usage d'une drogue ou d'un procédé alternatif en vue de perturber mes connexions neuronales, se sont révélées négatives. Je ne subis aucune pression extérieure d'aucune sorte.
Dans un accès de rage peu reconnaissable, j'ai même questionné Winner sur les capacités des New Types. Pour une fois peu porté sur une diplomatie de comptoir, il m'a observé un instant, l'ahurissement parfaitement lisible sur son expression, avant de me donner un véritable cours magistral, bien que clair et précis, sur les facultés recensées.
Aucune ne correspond.
Ce n'est donc pas un don mais une malédiction directement attachée à Maxwell. Nous sommes indéniablement liés. Enfin, je le suis car la réciproque n'est pas effective. J'enrage de m'être abstenu de prendre en compte mes propres facteurs physiques, seulement les effets combinés de la fatigue et de la tension, et non pas mes réactions en sa présence. Le cœur qui s'emballe, les muscles bandés, le souffle court. Le manque. L'addiction.
Il a parfaitement manœuvré et m'a rendu accro, les rêves comme seule échappatoire à sa présence. J'imagine son expression épanouie face à ma déconfiture, persuadé d'avoir gagné, de m'avoir piégé dans son jeu. Une veuve noire. Tissant sa toile, engluant sa proie, l'enrobant dans un cocon et l'y laissant pourrir. Son présent désintéressement est-il une conséquence de l'acquisition de ma personne? Ou le jeu a-t-il duré trop longtemps à son goût?
Qu'importe, une banale addiction ne m'effraie pas le moins du monde.
Depuis que j'ai accepté cet état de fait, j'ai retrouvé une certaine sérénité. Une ligne de conduite claire m'est apparue. Je sais à quoi m'en tenir, j'ai tiré les conclusions logiques d'une continuité de données me permettant d'en sortir un nouvel objectif. Il ne m'aura plus. C'est tellement évident que j'en ai retrouvé le sommeil.
Un système binaire. Maxwell égale énervement, questionnement, cauchemars. Absence de Maxwell égale concentration, détente, sommeil. 1-0, le choix est rapidement effectué.
J'ai dormi plus de quarante-huit heures sans que les messages démontrant l'inquiétude factice de Winner ne viennent troubler ma nuit, prouvant par la même occasion le bien-fondé de mon raisonnement. Il est à retenir que son esprit intrusif l'a poussé à prévenir le service administratif de mon absence. Bien que ça m'exaspère de le reconnaître, il m'a ôté une épine du pied. Il m'a fait passer pour malade. Acceptable. Et m'incite à me reposer et à revenir en forme. Non approprié.
Je ne reviendrai pas.
Que Maxwell aille se faire voir.
Plus que le chapitre final à attendre.
N'hésitez pas à me faire part de votre avis, je ne mords pas (ou si peu).
A bientôt
Anaste
