Chapitre 7 : Visite allemande
Il était sept heures du matin et je n'avais pas dormis de la nuit. Je n'arrêtais pas de penser à Russia et à son… comportement… A mon comportement.
En même temps on ne pouvait pas dire que j'avais beaucoup résisté, enfin à part au début. Je m'étais laissé emporter tout doucement. Je ne pensais pas que quelqu'un s'intéresserait encore à moi de cette manière... Et voilà que le russe débarque et me fais sentir… Comment dire ? Il m'avait fait me sentir bien, tout simplement. J'ai sentit durant juste quelque instant le sentiment d'être redevenu de nouveau quelqu'un. Que j'existais. Je n'étais plus le prusse handicapé et inutile mais pour quelques minutes seulement j'avais été une simple personne qui prenait du plaisir.
Oh mon Dieu mais c'était quoi cette façon de pensée ! Revoir le monde extérieur était donc désormais une priorité avant que cela empire.
Bientôt j'allais me mettre à lire des romans d'amour…Me dis-je en levant les yeux au ciel.
De toute façon je savais très bien que Russia ne ressentait rien pour moi. Et puis je ne le souhaitais absolument pas ! Ce n'était qu'un putain de communiste complètement taré qui tuait des gens avec un robinet ! Avec un robinet ! Non mais sérieux !
Alors que je ruminais mes sombres pensées à propos du russe quelqu'un toqua à la porte. Tout doucement elle s'ouvrit laissant place à un lituanien doté de ce grand sourire qui lui est propre.
-Salut Prussia, j'ai une grande nouvelle pour toi ! Comment ça va aujourd'hui ? Dit-il avec enthousiasme.
-Bien bien… Répondais-je désintéressé en fixant la fenêtre.
Je remarquais du coin de l'œil que Toris ne bougeait plus et après un certain temps je reportais mon attention sur lui. Interrogateur, je fronçais les sourcils en le voyant me regarder bizarrement. Après avoir ouvert la bouche plusieurs fois pour la refermer aussitôt il prononça enfin une parole.
-Tu… Tu vas bien… ? C'est… C'est génial ! Dit-il en s'approchant lentement de moi avec un doux sourire.
-Euh… Bah ouais.
-Et tu as lu les livres que je t'avais donnés ? Questionna-t-il en voyant les quelques bouquins qui reposaient sur la table de chevet.
-Un peu.
Il cessa de parler pour s'asseoir sur le bord de mon lit. Un petit silence passa pendant lequel je l'observais. Il fixait ses chaussures comme si c'était la chose la plus intéressante du monde puis releva son regard vers moi. J'attendis qu'il commence en croisant les bras derrière la tête. En le scrutant à l'aide de mes yeux rouges et je sentis bientôt une gêne s'installer en lui. Au moins j'arrivais encore à faire peur à certain… Enfin après… On parlait de Lithuania là. Une poussière pourrait lui foutre la trouille. Il détourna le regard puis pris la parole pas très sûr de lui.
-Euh… Prussia… Je ne sais pas comment te le dire. Dit-il en souriant légèrement.
-Quoi ?
-Bon... Euh...
-Accouche.
-Ton frère est là...
A peine avais-je entendu la fin de la phrase que mon cœur s'emballa. J'écarquillais mes yeux de stupeur puis me redressa.
-Ludwig ? Dis-je dans un souffle.
Il hocha la tête en guise de réponse puis me lança un regard rempli de douceur.
-Il veux te voir Prussia. Il est dans le salon avec America et Russia.
Le salon qui était au bout du couloir ? Ludwig était juste à quelques mètres de moi… Je ne voulais pas craquer encore une fois mais je sentais une boule de plus en plus grossir dans ma gorge.
-Russia m'a même dit que tu pourrais le voir seul à seul. Continua Toris en se levant du lit. Je vais te préparer un costume ! Je veux que tu sois le plus classe possible !
Mon estomac se tordait encore et encore. J'avais l'horrible impression d'être dans un rêve où le réveil serait forcément trop brutal. Je m'accrochais le plus fort possible au drap du matelas pour ne pas partir. Je sentais les muscles de mes bras se tendres douloureusement ce qui me rappela avec bonheur que j'étais réveillé. Lithuania revint avec un bel ensemble en main.
-Je te laisse te préparer ou tu veux que je t'aide ?
-ça ira… Dis-je en regardant avec intensité le costard.
Il partit de la pièce sans un mot et referma la porte dans un dernier sourire.
Mon frère est là.
Il m'attend.
Je vais enfin le revoir.
Je me relevais tout lentement puis en fermant les yeux je me concentrais sur le moindre bruit qui pourrait venir du salon. Non. Les voix de Russia et des autres ne parvenaient pas à mes oreilles… J'étais encore trop faible pour parvenir à récupérer mes sens surhumains de nation. Je me mis sur le fauteuil à petites roulettes (très pratique comme moyen de déplacement) et alla jusqu'au costume. Je touchais du bout des doigts le tissu et souris en sentant cette douceur me chatouiller sous les ongles. En quelques minutes qui furent, je l'admets, très laborieuse, j'enfilais l'ensemble chic que Toris m'avait choisi. Je devais être incroyablement awesome dans ce beau pantalon ! Je remis en place m'a cravate mais alors que j'allais sortir de la pièce je m'arrêtais au dernier moment. Je tournais la tête et vis l'autre fauteuil… Ce truc que j'avais évité de regarder depuis mon début d'enfermement dans cette maudite chambre. Mais je ne pouvais pas y aller comme ça… Je me rendis de l'autre côté de la pièce puis changea de moyen de locomotion.
Ce fauteuil roulant me donnait la nausée… Il me renvoyait directement ma propre image : un handicapé inutile et sans avenir. Mais je devais avouer que c'était bien plus confortable que cette pauvre chaise à roulette que Russia m'avait ''généreusement'' donné. Je poussais de toutes mes forces les deux grandes roues et avança jusqu'à la porte. C'est après quelques essais infructueux que je l'ouvris enfin et, dans un mouvement ample du bras, je me glissais pour la première fois depuis longtemps hors de ma chambre.
-Ah tu es prêt Gilbert ! Tu es élégant… Dit-il en me souriant.
Je ne répondis pas et alla directement vers le salon. Lithuania était à ma gauche et n'arrêtait pas de sourire. J'aurais presque jurais l'avoir vu sautiller à certain moment. Après quelques mètres je commençais déjà à me fatiguer. Mes bras devenaient de plus en plus douloureux si bien qu'on pouvait entendre ma respiration siffler.
-Tu veux que…
-Non. Coupais-je Toris. Je veux y aller seul.
Il ne répondit pas et se contenta de regarder droit devant lui.
Je ne suis pas finit. Je suis la Prusse. Je suis awesome !
Soudain une légère douleur me prit la main droite. Je continuais tout de même à rouler mais jeta un coup de d'œil en penchant la tête. Je n'avais plus mal, c'était passé. Cependant en tournant la tête vers la droite je tombais face à face avec un gigantesque miroir. Sans le vouloir mes bras arrêtèrent de me pousser et retombèrent mollement à côté de chaque roue. Je fixais mon reflet et resta bouche bée. Lithuania se retourna quelques mètres plus loin, n'ayant pas remarqué que je m'étais arrêté.
-Prussia ?
Je ne répondais pas et continua de me regarder. Qu'est-ce que c'était que ça … ?
-Hey… Prussia… ? Continua-t-il en s'avançant.
Ce n'était pas mon reflet ? Je n'étais pas cette personne ! Tout d'un coup deux larmes glissèrent rapidement sur mes joues. Devant moi se trouvait un homme amaigri, faible et pitoyable. Ma peau avait perdu cette belle couleur blanche qui me caractérisait tant. Elle semblait se décomposer tellement elle était sèche et sans vie. Mes cheveux eux, n'avaient apparemment pas été coupés depuis mon accident. Ils m'arrivaient jusqu'au bas des oreilles. Ils étaient si ternes qu'on pouvait voir quelques mèches grises parsemer ma chevelure habituellement blanche. Comment je n'avais pas pu le remarquer avant ? Mon souffle s'accéléra lorsque je vis quelques larmes revenir à la charge.
-Gilbert… Écoute-moi… Tenta Toris en comprenant la situation.
-NON !
Mon regard m'examinait de plus en plus vite. J'avais l'impression de voir un cadavre ambulant dans un costume de cérémonie. Le costard était bien trop ample et me donnait l'allure d'un gamin de 13 ans. Mais le pire était mes yeux… Il était d'une couleur rouge clair, presque rose selon la lumière. Où était passé cette couleur rouge sang qui me donnait l'allure d'une bête féroce et sans pitié ? Je ne ressemblais plus à rien. Plus de prestance, plus de style. Mon regard semblait vide et perdu face à cet homme que je ne reconnaissais même pas. Et puis avec ce foutu fauteuil roulant… Comment pourrais-je rester moi-même là-dedans ?! Je m'étais bien trompé encore une fois…
Je n'étais plus la Prusse… J'étais simplement un homme brisé… Je ne pourrais pas remonter la pente. Mon regard m'étais étranger, je ne sentais plus ce charisme qui m'allait si bien. Où était donc passé cet aura de conquérant et de dominateur…? Je pris les roues de mon fauteuil à pleine main puis fis demi-tour.
-Attend ! Qu'est-ce que tu fais ?! Me cria Lithuania en courant derrière moi.
-Je ne veux pas qu'il me voit comme ça. Laisse-moi tranquille. Dis-je en murmurant.
-Mais ça fait si longtemps qu'il ne t'a pas vu ! Prussia attend !
Soudain Toris se mit devant mon fauteuil et me coupa le passage.
-C'est ton frère.
-Je t'interdis de me couper la route ! Dégage ! Criais-je violemment.
-Il se moque bien de ton apparence ! Continua-t-il dans une tentative vaine de réconfort.
-Je te ne le redirais pas deux fois Toris !
-Prussia je t'en prie ! Ecoute moi, il ne faut pas que tu penses que…
Fou de colère je me penchais vers le lituanien et réussis à le prendre par le col de sa chemise. Je l'attirais vers moi brutalement et avec mon autre main je lui administrais une droite en pleine joue. Je déversais toute la haine de moi-même que j'avais accumulé dans mon ce coup. Il tomba par terre sous la force du choc et c'est dans un grognement que je sentis ma main se tordre. Si une simple frappe me faisait autant souffrir ça montrait bien que j'étais faible. Toris me fixais avec un regard triste et une larme s'échappa pour rejoindre la blessure que je lui avais affligé. Il se leva lentement et essuya d'un revers de main le sang qui s'écoulait un peu de sa bouche. Il me lança un regard déçu et s'avança vers moi. Mais alors que je croyais qu'il allait s'arrêter il me contourna et continua sa route comme si je n'étais pas là. Son attitude méprisante m'énervait au plus haut point… Alors que j'allais lui dire ma façon de penser il parla à ma place comme s'il avait deviné mes intentions.
-Quoi ? Tu veux encore me frapper ? J'avais pensé que la dernière fois que tu m'avais mis un coup de poing pareil c'était juste pour t'échapper et me protéger. Je me suis trompé en fin de compte.
Il fit quelques pas en direction du salon mais je n'en n'avais pas fini.
-Pour qui tu te prends pour me parler comme ça ?! Dis-je excédé et indigné. Tu sais ce que je viens d'endurer ?! Hein tu le sais ?! Toi tout ce que tu fais c'est passer tes journées à te cacher sous les jupes de ce connard de Russia et à attendre que la guerre se termine !
-La guerre est terminée Prussia ! Redescend sur terre ! Dit-il en se retournant pour me faire face.
-Je le sais putain ! Mais je suis handicapé si tu ne l'avais pas remarqué ! Je refuse que mon frère me voie comme ça ! Criais-je avec amertume.
Un silence s'en suivit où personne n'osait parler. Plus doucement, je repris la parole. En voyant mes mains trembler je croisais les bras fermement.
-C'est mon petit frère… Je suis censé le protéger… J'étais censé le protéger. Soupirais-je en détournant le regard. Et voilà ou j'en suis… Dans un putain de fauteuil ! A la merci du premier connard qui vient ! Comment je pourrais protéger le seul être en qui j'ai toujours cru en étant dans cet état-là ?! Je… Je ne suis plus son frère désormais… Il peut très bien se débrouiller sans moi… Ludwig serait beaucoup plus heureux sans m…
Alors que j'allais continuer Toris s'approcha rapidement de moi et me mit une claque retentissante. Le bruit se répercuta dans tout le couloir et un long silence s'installa. Je le regardais les yeux écarquillés et haussa les sourcils surpris.
-Ne termine pas ta phrase… Tu n'as pas le droit de dire ça. Dit-il déterminer. Allemagne est ta famille comme moi je suis ton ami. Alors si je dois te frapper pour que t'arrêtes de dire des conneries pareilles je le ferais.
Je ne répondis rien et baissa les yeux face à ses mots qui, à la fois me réchauffait le cœur et me rendait terriblement honteux.
-Je n'aime pas ce Prussia. Celui qui évite mon regard et renie son propre frère. Continua-t-il en me regardant.
-Je ne le renie pas… Dis-je tous bas. Et tu le sais.
Il soupira d'exaspération et se plaça derrière mon fauteuil.
-Aller… On retourne dans ta chambre. Je dirais à Ludwig que tu es malheureusement trop malade pour venir.
-Merci… Dis-je lassé.
-Et je ne me cache pas derrière les jupes de Russia ! Me dit-il en souriant.
Je souris faiblement à mon tours puis retomba dans mon état de désespoir.
-Toris… ?
-Hmm ?
-Tu pourras me couper les cheveux ?
-Pas de problème Gilbert. Dit le lithuanien en se penchant pour me faire un bisou sur la joue.
Allemagne était finalement partit de la demeure Braginsky. Je l'avais vu sur le seuil de la porte lorsqu'il se dirigeait vers sa voiture. Malheureusement, il avait été bien trop loin pour que j'arrive à voir son visage. Seule sa chevelure blonde platine avait été bien visible. Après une courte poignée de main avec Lithuania il partit par le sentier qui mené à l'entrée du terrain. Je l'avais suivis du regard jusqu'au bout mais la voiture disparut rapidement derrière les arbres du jardin.
Je ne regrettais pas. Ou peut-être un peu. Je ne savais pas tout compte fait…
Je soupirais puis me passa la main dans les cheveux. Depuis que le lituanien les avaient coupés je sentais une nette différence et je devais bien avouer que jamais je ne pourrais adopter le style capillaire de France. On ne peut pas livrer bataille dans ces conditions ! Enfin… Ce n'était pas comme si j'allais faire quelque chose de mes journées.
Je n'avais toujours pas revu le russe depuis… Depuis l'incident.
Ah qu'est-ce qu'il pouvait m'énerver! Je n'en pouvait plus... En repensant à lui le sang me monta à la tête. Dire qu'il avait mis ses mains sur… Sur ma… Ach Mein Gott… Je n'arrivais même pas à le dire moi-même…
Non mais ce type m'avait branlé quand même ! Putain ! Et je me suis laissé faire ! Mais qu'est-ce qu'il ne tourne pas rond chez moi ?! C'était clairement de l'harcèlement sexuel ! Sur un handicapé en plus. Ce gars n'a aucune morale. Et puis de toute façon, si j'aurais eu l'audace de refuser il m'aurait faire boire son putain d'aphrodisiaque donc bon… Autant céder à ses envies et… NON PUTAIN ! Mais qu'est-ce que je dis ?! Je devais résister !
Pour la deuxième fois je soupirais. Depuis que le russe m'avait touché j'avais comme... des montées d'optimisme. Si l'on pouvait appeler cela de l'optimisme… Parfois je voulais me battre. Le battre. Mais tout de suite après je retombais dans une profonde lassitude en me disant que tout cela ne servait à rien, que je n'étais plus personne et blah blah blah… Plus les jours passés plus je devenais lunatique et irrité. Surtout lorsque je repensais à ce connard. Ce type me rendait totalement dingue. Si seulement il pouvait partir très loin et ne plus jamais revenir…
Tout d'un coup, la porte s'ouvrit brutalement faisant place à un russe fou de colère. Quand on parle du loup…
-Toi ! Dit-il méchamment.
Houlà… Qu'est-ce que j'ai fait encore… Me dis-je en plissant les yeux.
-Tu pourrais toquer.
-Pourquoi t'es pas venu ?! Cria-t-il en se plantant devant le lit.
Ah c'est pour ça… Bon… Mensonge éhonté et excuse foireuse ou élan de sincérité ?
-J'avais super mal aux dents… T'a bouf me donne des caries ! C'est pas de ma faute si c'est dégelasse ! Dis-je indigné.
-Je l'avais fait venir exprès ! J'ai cédé aux demandes d'America pour toi ! Je me suis fait passer pour un faible pour satisfaire ton putain de manque affectif ! Hurla-t-il au bord de l'hystérie.
Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Normalement lorsqu'il était en colère il criait un bon coup et c'était fini. Parfois il me tabassait et tout était réglé. C'était la première fois que je le voyais aussi désemparé face à mon attitude. Je ne pensais pas que j'avais un tel pouvoir sur lui…
-Vocabulaire Russia ! Lui dis-je d'un ton supérieur. Eh bien qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu n'avais qu'à rester toi-même et continuer à faire ton salopard de base.
Je ne pouvais pas m'en empêcher… Pas après ses attouchements. Je devais le provoquer pour que notre relation redevienne comme avant. Le russe me fixait avec des yeux de prédateur et alors que je pensais qu'il allait s'approcher de moi il quitta la pièce. Juste avant de claquer la porte il me lança un regard froid et me dit dangereusement.
-Demain tu attaques la rééducation. Que tu ne le veuille ou non.
Le claquement de la porte résonna à travers la chambre et me fis froncer les sourcils.
-Eh bah… Dis-je pour moi-même.
Je ne vois même pas comment je pourrais remarcher. Je ne peux pas bouger. C'est simple pourtant. La rééducation ce n'est pas possible. Je levais les yeux au ciel et me renfonça dans mon oreiller. Il peut encore rêver…
Il n'arrivera jamais à me faire sortir de cet enfer.
Le lendemain je reçu une visite d'un médecin russe très réputé. Lithuania était présent et me faisait la traduction.
-Et là qu'est-ce qu'il dit ? Demandais-je blasé en regardant Toris.
-Il dit que chaque matin et chaque soir il faudra te faire une piqûre pour stimuler tes muscles. Il faudra aussi que tu fasses des exercices d'étirements à l'aide de tes bras pour garder tes jambes actives pendant que le produit agit.
-Une piqûre dans chaque jambe ?! Demandais-je en haussant les sourcils.
Le médecin haussa la tête en guise de réponse pendant que je me renfrognais dans mes couvertures.
-Quand est-ce qu'il pourra remarcher docteur ? Dit le lituanien avec espoir.
Le médecin lui répondit et en voyant l'expression de Toris je compris vite que je n'allais pas fouler le sol avant longtemps.
-A partir de quand je pourrais ressentir à nouveau quelque chose ? Dis-je en prenant un air désintéressé.
J'attendis la traduction de Lithuania patiemment en observant le docteur. Il était très petit et avait une petite moustache grise qui allait parfaitement avec son crâne à moitié dégarni. Il semblait aussi en bon point et portait une longue veste blanche propre aux médecins de notre époque.
-Très vite d'après lui. Le touché reviendra rapidement. Ce sont les muscles qui seront difficiles à bouger. D'après les radios, des petits morceaux d'os se sont logés dans les tissus musculaires rendant la communication avec ton cerveau et tes jambes difficiles. Les piqûres que je t'administrerais vont stimuler les zones musculaires et ainsi dissoudront, en quelque sorte, les fragments d'os coincés. Me dit Lithuania avec des petits gestes explicatifs. Au moins ta colonne vertébrale a été épargnée.
-Bon… Très bien… Murmurais-je en regardant par la fenêtre. C'est génial mais tu ne m'as pas dit quand est-ce que je pourrais remarcher.
Un silence se fit dans la pièce pendant lequel Toris chercher ses mots. Il soupira et prononça la réponse fatidique.
-Deux ans minimum si tu fais tous les exercices demandés et si ton corps accueille bien le traitement.
Je fermais les yeux et encaissa la nouvelle.
Deux longues années coincé avec le russe…
-Deux ans c'est rien dans la vie d'un immortel comme moi. Dis-je en relativisant.
Enfin si j'existe encore. La jeunesse c'était l'Allemagne. Il est le renouveau et je suis l'ancêtre. Je ne pense pas que la Prusse se relèvera de cette dernière guerre alors que l'Allemagne à tout un monde à reconquérir. Ludwig a devant lui un bel avenir au sein de l'Europe car il arrivera à regagner la confiance de nos voisins. Pas moi.
Le docteur continua à parler avec le lituanien quelque temps puis nous salua poliment. Il quitta la chambre d'un pas assuré et dès qu'il ferma la porte Toris pris la parole.
-Ne t'inquiète pas Gilbert ! Dit-il rapidement. Je t'aiderais ! Je ferais tout ce qu'il faut pour que le traitement soit plus rapide ! Et puis tu pourrais encore un peu réfléchir pour ton frère…
-Non Toris. Je reverrais Ludwig que lorsque je serais redevenu moi-même. Pendant ce temps… Merci de m'aider comme ça… Lui dis-je en lui faisant un petit sourire de gratitude.
Il sourit à son tour puis après une brève discussion il partit de la pièce pour me ramener à manger.
L'après-midi se déroula normalement, sans accident notable. Pour la première fois Lithuania m'administra les piqûres dans chacune de mes jambes. C'était horriblement douloureux mais je réussis tout de même à refouler les larmes qui me venaient. J'avais assez pleuré devant lui.
Je venais de fermer la lampe de chevet et je m'apprêtais à dormir lorsque j'entendis la porte s'ouvrit dans un crissement sinistre. Je me relevais à l'aide de mes coudes et plissa les yeux pour apercevoir quelque chose.
-Il y a quelqu'un ? Dis-je d'une voix que je voulais assurée.
Je tâtonnais à ma droite pour trouver la lampe mais je ne voyais rien dans le noir et mes tentatives furent vaines. Soudain je sentis une odeur très forte de vodka. Il était là.
-Tu savais ce que le docteur m'a dit depuis longtemps, n'est-ce pas ? Dis-je en essayant de le localiser.
Je fixais avec intensité l'obscurité et tenta d'apercevoir une ombre mais seul les meubles me faisaient face.
-Da. Me répondit-il simplement.
Il semblait s'être calmé par rapport à hier mais sa voix était inhabituel.
-Je ne pensais pas que j'allais rester ici deux ans. Voir plus.
-Moi si.
Un silence pesant planait dans la salle et je sentais que l'atmosphère était tendue. Comme toujours lorsque le russe était en ma présence.
-Je savais depuis le début que tu m'appartiendrais pendant un bon bout de temps. Tu es à moi et j'y veillerais personnellement. Me dit-il supérieur.
-Je ne suis pas ta chose…
-Si et tu es mon jouet préféré d'ailleurs. Continua-t-il dans un petit rire à faire froid dans le dos. Malheureusement tu es un peu cassé… Mais ne t'inquiète pas je vais te réparer.
Tout d'un coup je sentis le matelas se pencher vers la gauche, signe que quelqu'un s'y était assis. Je tournais rapidement la tête dans sa direction et aperçu une grande forme noir qui me surplombait de toute sa hauteur. Je ne voyais à peine son visage mais je savais qu'il devait être terrifiant.
-Comment ça ? Dis-je un peu en tremblant.
Il ne répondit pas et se contenta de me regarder. Soudain les nuages qui recouvraient la lune se dissipèrent et un faible rayon de lumière éclaira quelque peu la pièce. La première chose que je vis fut ses yeux. Un regard violet et complètement fou qui me fixait sans me voir. Il semblait absorbé par quelque chose et était totalement déconnecté de la réalité.
Dire que j'avais un peu peur était un euphémisme.
Il puait l'alcool encore plus que d'habitude et j'avais la bizarre impression qu'il tanguait un peu. Non… Russia ne pouvait pas être bourré… ? Si ?
-Russia… ça va ? Dis-je en me relevant un peu plus pour essayer d'être le plus grand possible. Non mais c'est pas que je m'inquiète pour toi mais c'est que je voudrais dormir donc bon…
Le russe cligna des yeux plusieurs fois puis me regarda en fronçant les sourcilles.
-Tu m'énerves. Grogna-t-il.
-Pourquoi ? Lui répondis-je sans me dégonfler.
J'avais un mauvais pressentiment concernant la suite des événements. Je ne voulais pas qu'il me touche… Surtout s'il était soûl. Il ne pourra pas se contrôler.
-Parce que tu me fais des choses bizarres.
-Quoi ? Dis-je sans comprendre.
-Je vais te tuer. Comme ça tu arrêteras. Continua le russe sans me répondre.
Une bouffée de chaleur me prit et je sentais mes mains trembler.
-Arrêtes Russia… C'est pas drôle…
D'un coup le communiste se rapprocha de moi mais alors que j'allais crier il tomba sur moi et s'endormit. Sa tête reposait sur mes cuisses et bientôt un léger ronflement envahit la pièce.
-Euh… Russia… Dis-je en le secouant un peu.
Le russe ne réagit pas et se contenta de s'accrocher à moi avec sa main en émettant un petit grognement.
-D'accord… Dis-je pour moi-même.
Je rapprochais ma tête pour sentir son odeur et fis une grimace lorsque le parfum d'alcool envahit mes narines. Il n'y avait pas que de la vodka… Il avait dû faire des mélanges. Je me rallongeais sans trop savoir comment réagir. Pourquoi avait-il bu au point d'être totalement ivre ? Je fermais les yeux et tenta de trouver le sommeil mais, comme la nuit précédente, pas moyens d'y parvenir. Et comme d'habitude c'était à cause d'un certain russe qui, après avoir envahi ma tête, avait envahi mon lit.
