CHAPITRE VII

Tout en haut de la tour d'astronomie, les Granger se tenaient la main, effrayés. Arthur et Molly avait eu beau les rassurer, ce monde sorcier leur paraissait de plus en plus hostile et devoir demeurer prisonniers du château leur causait des crises d'angoisse ingérables. De plus, se mettre dans la peau de sorciers ratés n'était pas chose aisée.

-Nous allons faire une série d'opérations magiques sur vous, pour modifier votre aura et que celle-ci devienne identique aux sorciers. Comme les Cracmols n'ont pas le droit d'être élèves à Poudlard, il apparaitra comme normal que vous ne fassiez pas partie des listes. Nous justifierons votre présence par le fait que blessés par un raid, vous vous êtes réfugiés ici, comme nombre d'autres sorciers.

-Justement, argua George Granger, la communauté connait notre statut de Moldu et nos noms.

-Je n'ai pas terminé, coupa sèchement Rogue. Il commençait à comprendre de qui provenait le bavardage intempestif d'Hermione. Je vais vous faire un sort de transformation et vous donner une potion. Votre propre mère ne vous reconnaitra plus. Mais je vous avertis : je ne connais pas bien l'issue de ce sortilège, vu qu'il n'y a pas eu de précédent sur des Moldus. Il peut être possible que ce soit irréversible. Aussi, vais-je m'efforcer de faire quelque chose d'esthétique. Il s'interrompit, en se demandant sur quels personnages il allait se baser. Il lui fallait en effet visualiser clairement un visage, et donc il fallait que ce soit quelqu'un qu'il connaisse…mais ne soit plus de ce monde.

Après une brève inspiration, il ordonna au couple de boire la potion, avant de psalmodier une longue suite de formules savantes.

Hermione ne put étouffer un cri. Rogue dépassait la mesure. Il avait transformé ses parents en deux Black, et pas des moindres : Sirius et sa cousine…Bellatrix !

-Miss Patil, commanda Rogue d'un ton satisfait. Je vous ai fait venir ici car j'ai entendu parler de vos dons en sortilèges esthétiques. J'ai dû me conformer a des personnages ayant existé, mais il ne faut pas non plus des copies conformes : Sirius et Bellatrix ont suffisamment fait les manchettes des journaux. Je vous prie de changer leur coiffure…et leur façon de se vêtir, également.

La jeune fille obéit, et c'est une Bellatrix aux longs cheveux auburn ondulés, retenus en un chignon assez strict, et vêtue d'un tailleur gris tout aussi strict, tandis que Sirius devint imberbe et blond. Elle ne savait rien faire en ce qui concerne les vêtements masculin, mais Arthur proposa de se servir dans sa garde-robe.

-Je vous remercie, Miss Patil.

Et lorsque la jeune femme salua et tourna le dos pour s'en retourner au dortoir faire ses potions, Severus prononça soudainement :

-Oubliettes !

Devant l'air réprobateur de Mac Conagall, de Harry et d'Hermione, il justifia :

-Je ne tiens pas à ce que l'identité de nos nouveaux amis s'ébruite. Et avec Miss Patil, s'était une certitude que dans l'heure, toute la communauté soit au courant.

Les autres ne dirent rien, sachant qu'hélas, une fois de plus, le maître des potions avait raison.

-A présent, nous allons Minerva et moi-même vous donner une aura de sorcier….acheva Rogue, en pointant sa baguette sur les Grangers, complètement effarés.

L'opération dura de longues minutes, durant lesquelles les deux sorciers durent réciter des formules incompréhensibles au commun des sorciers.

-Vous reprendrez l'identité de Wendell et Monica Wilkins que vous aviez en Australie, décréta Minerva. En outre, il serait plus sage de changer vos attributions. Monica, vous irez en cuisine, avec Molly…

-Quant à vous, Wendell, dit Rogue avec un sourire carnassier, sachez qu'il y a un art chez nous qui ne nécessite pas des compétences magiques…

Severus ménagea le suspense avant de compléter :

-…les potions ! Et j'en profite pour vous annoncer que nous allons regrouper le laboratoire où il devrait être, c'est-à-dire dans les cachots. Tous les ingrédients sont déjà bien rangés dans les étagères que l'on a pu refaire, et ce sera nettement plus approprié que dans un dortoir. Horace et moi nous relaieront pour officier et surveiller le bon état des choses… Miss Granger, veillez annoncer aux autres de l'équipe que nous déménageons aujourd'hui même !

Hermione fit la moue. Retourner dans ces cachots lugubres !

-Il vous faut peut-être des bougies, ou même des Lumilucioles pour que cela soit plus romantique, Miss Granger ? railla Severus

-Sortez de ma tête ! siffla la jeune fille

-Apprenez alors à faire de l'occlumancie convenablement, fillette ! Je vous signale que parmi les Inquisiteurs, il se trouve naturellement des Legillimens ! Ce fut une chance que nos deux zouaves n'en soient pas capables, ne prenez par un sort heureux du destin pour un acquis !

-Que faire pour les Nés-Moldus, s'inquiète Harry

-J'ai peut-être une idée, avança Wendell, qui semblait déjà entièrement remis de ses émotions, contrairement à son épouse qui conservait un teint blafard et des yeux exorbités.

-Qui est ? S'enquit sarcastiquement Rogue. Depuis quand les Moldus avaient-ils des idées ? La pauvre elle devait s'embêter toute seule !

-Eh bien, à l'infirmerie, j'ai vu qu'on utilisait des baguettes qui n'étaient pas propre à un sorcier. C'était des baguettes destinées à faire certains sorts médicaux, et n'importe quel sorcier pouvait les utiliser, du moins ceux qui avaient des compétences de medicomagie.

-Oui, c'est vrai que nous avons une réserve de baguettes, pour différents usages, mais aussi en remplacement provisoire au cas où la baguette d'un élève se briserait, confirma Minerva. J'en ai une bonne quinzaine de ces dernières dans mon bureau, resté intact. Elles devraient toujours être dans le tiroir où je les ai rangées.

-Ainsi, on échangera les baguettes des Nés-Moldus, on mettra la leur à l'abri, et on remettra les baguettes de l'école à la place, commenta Harry.

-Oui, mais vous oubliez que l'on sait détecter quel est le véritable propriétaire de la baguette. Ils verront que ces baguettes sont des génériques, objecta Hermione.

-Pas si on les brise, dit sombrement Rogue. Nous pouvons feindre un excès de zèle, et leur remettre les baguettes détruites… je proposerais même de le faire devant les Inquisiteurs. Pour plus de réalisme nous n'informerons pas les élèves concernés de notre projet.

S'ils se contentent de saisir les baguettes, c'est une chose. Mais s'ils décident de les emmener pour les jeter à Azkaban ou je ne sais où ? objecta Hermione, qui se souvint de ce que Rogue avait dit la veille au soir au sujet de Nés-Moldus transformés en esclaves domestiques.

-C'est un risque à courir, dit sombrement Rogue.

-Mais vous êtes maître des potions, commença Hermione

-Il semble oui, et en quoi cela ferait-il la différence ?

-Vous devez connaitre une potion capable de les mettre en incapacité…de quitter le château.

-L'idée n'est pas trop mauvaise, mais vous oubliez leur absence de scrupules : même couchés sur un brancard, ils risquent de les emmener. Et cela serait étrange que comme par hasard, tous les Nés-Moldus soient affligé de maux divers…

-Pas s'ils sont affligés de la même maladie…et que c'est contagieux ! intervint Wendell

-Une maladie contagieuse, dirent les autres en cœur. Mais oui, mais c'est bien sûr !

-Pour faire le change, on pourrait rendre malades les non-moldus, mais aussi quelques autres, des sorciers purs et durs ! Ainsi, les Inquisiteurs ne se croiront pas à l'abri, s'écria Hermione, au comble de l'excitation.

Les compères déclarèrent le plan parfait. MacConagall préconisa de l'appliquer peu de temps avant la visite des fonctionnaires, pour que les « malades » ne doivent pas subir leur état plus que nécessaire. Severus se chargeait de concocter la potion en compagnie d'Hermione. Il aurait bien réalisé le breuvage seul, mais la potion était délicate et demandait 36 heures d'une attention constante. Il ne pouvait s'épargner l'aide d'un assistant.

Ils furent interrompus par l'un des jardiniers qui demanda à Severus de la potion multiplicatrice pour les légumes. Grâce à Londubat, ils ne mourraient pas de faim et pourraient vivre en autarcie un temps indéterminé.

Cela faisait sept soirs qu'Hermione s'échinait à tenter de se transformer dans la salle sur Demande, en vain.

Minerva ne pouvait rien faire pour l'aider. Elle avait indiqué le mode d'emploi, à présent, il fallait s'exercer, inlassablement.

Ce soir, elle dut interrompre prématurément la séance. Une fête, la première au château depuis la victoire sur les Ténèbres, se déroulait dans la grande salle commune. Il s'agissait de donner un peu de joie aux résidents, mais surtout de nommer le sorcier qui serait le chef de a communauté.

L'ancienne école allait revêtir officiellement le statut de Communauté Sorcière Autonome. Bien entendu, elle devait se conformer aux règles et normes édictées par le Ministère de la Magie.

Minerva Mac Conagall, entourée de Harry Potter et de Severus Black, se tenait sur l'estrade faisant face à l'assemblée, comme le faisait autrefois Dumbledore lorsqu'il avait des annonce à faire.

La disposition des tables était redevenue la même, sinon qu'il n'y avait plus quatre maisons mais quatre grands clans, que rien n'opposait vraiment. La table jadis occupée par les professeurs l'était toujours, mais des places étaient aussi octroyées au trio d'or.

La directrice avait l'air épuisée. Les émotions et douleurs accumulées au cours de la longue lutte l'avaient fragilisée, et elle était déstabilisée par la disparition de Dumbledore. Si elle était une excellente directrice de maison, elle ne se sentait pas la poigne d'être le directeur de l'école, et encore moins le chef d'une communauté. Aussi ce fut d'une voix lasse qu'elle annonça :

-Comme vous le savez peut-être par l'émission de radio Potterville qui a été restaurée à l'initiative de Messieurs Lovegood et Crivey, ce lieu n'est plus une école, et devra devenir une communauté à part entière. Nous sommes occupés à bâtir autant de logement que possible dans le parc. Nos frontières s'étendent, jusqu'au lac, le lac nous appartenant, et à la forêt magique, que nous avons le droit d'occuper également. Je tiens cependant à préciser que l'interdiction de pénétrer la foret reste strictement d'application. C'est l'habitat de créatures magiques diverses avec lesquelles nous tenons à rester en paix. Seuls les sorciers désignés pour raisons majeure par le chef de la communauté seront autorisés à s'y rendre, et ce pour des périodes ponctuelles. A présent, pour la suite, j'aimerais que Severus prenne la parole…

L'intéressé s'avança, dominant l'assemblée de sa grande silhouette noire. Il était vêtu sobrement, à la mode sorcière comme toujours, mais avec de plus beaux habits. Des serpents étaient brodés en fil d'argent sur le col de la robe en broquart à motifs de dragons, ton sur ton. Ses cheveux propres et brillants ondulaient légèrement. Il observa d'une froide assurance quelques instants son public, affichant un visage charismatique, emprunt de noblesse. Il n'y avait plus cette grimace sarcastique et cette crispation des mâchoires qui lui déformait les traits. La chauve-souris des cachots avait disparu, en faveur d'un ténébreux seigneur.

La réaction du public féminin ne lui échappait guère, et il dut réprimer un sourire de satisfaction. Qui eut cru que l'adolescent, maigre échalas persécuté par un quatuor infernal, suivi de ce professeur aux cheveux gras et aux allures de croque-mort, cordialement détesté, puisse un jour séduire autant ?

-Comme annoncé par Minerva, sur décision ministérielle, notre sort est de devenir une communauté et nous sommes condamnés à vivre ensemble dans cette propriété qui nous appartient désormais, sans pouvoir en franchir les limites. Nous devrons nous gérer, nous alimenter, nous auto-suffire. Les seules relations avec l'extérieur seront assurées par les Aurors et eux seuls.

Un brouhaha de protestation s'éleva ans la salle. Les informations étaient donc vraies. Ils étaient tenus reclus dans cette école. La plupart avaient des parents à l'extérieur, comment allait-ils faire ?

Comme pour répondre à cette interrogation générale, Severus repris :

-Des hiboux pourraient passer, mais je ne suis pas certains qu'ils puissent arriver à bon port, et vice-versa…l'avenir nous le dira. Sachez que d'autres communautés du même type sont crées dans divers endroits du Royaume-Uni, à l'abri des Moldus. Cette mesure a été décidée par le Nouveau Ministère pour assurer notre survie. En effet, le gouvernement Moldu connait notre existence, et suite aux récents événements, nous craignent. Il est donc question de nous éliminer, comme cela se faisait dans les pages sombres de notre histoire passée. Pour échapper à cette nouvelle chasse aux sorciers, nous ne pouvons plus vivre parmi les Moldus, et nous ne pouvons courir le risque qu'un sorcier donne l'alerte accidentellement aux Moldus sur notre présence. Nous devons donc vivre confinés, et construire notre univers bien à nous.

Severus s'arrêta un temps avant de demander :

-Avant la suite, avez-vous des questions ?

Des mains se levèrent. Rogue désigna un premier sorcier, en qui il reconnut un Griffondor de la classe de Potter :

- Pourrons-nous communiquer entre les communautés ? Nous devons avoir des nouvelles de nos proches. Cela fait plus d'un mois que nous ne savons rien d'eux et eux rien de nous, visiblement.

-Le temps que les communautés se forment, se bâtissent, la chose risque d'être difficile. Ensuite, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas communiquer, voyager inter-communautés, voire procéder à des échanges. ..

Severus songea que, vu le discours pour le moins offensif des deux fonctionnaires, il avait plutôt l'impression de se trouver dans une prison dans laquelle il n'était pas question de sortir où que ce soit ni d'avoir de contacts avec qui que ce soit à l'extérieur. Il était visible que le Gouvernement souhaitait que les habitants de Poudlard soient oubliés du reste du monde sorcier. Alors oui, ces gamins avaient des parents à l'extérieur qui devaient se demander ce qu'ils étaient devenus. Mais Merlin seul sait ce que le Gouvernement leur avait raconté. Il est possible que Poudlard ait été annoncé comme complètement détruit, avec tous les élèves qu'il abritait, à l'occasion d'un raid meurtrier de Mangemorts rescapés, par exemple...Tout cela annonçait de sombres pronostics, qu'il n'était bien entendu pas nécessaire de faire partager aux résidents. Si seulement il pouvait avoir des nouvelles de Rita Skeeter…et où était donc passé Schaklebolt ? Une semaine, cela faisait long !

-Comment allons-nous faire pour nous nourrir, assurer le fonctionnement de la communauté ? s'inquiéta un autre élève, un rouquin.

-Monsieur Londubat met à profit ses talents de botaniste pour cultiver et multiplier des fruits et des légumes nourrissants. Vous en avez déjà dans votre assiette. Le lac regorge de poisson. Les géants nous ont offert un grand troupeau de moutons à cinq pattes. En outre, Hagrid et Firenze sont en pourparlers pour pouvoir chasser un peu de gibier dans la Forêt interdite…Des échanges commerciaux avec l'extérieur devraient être possible, sous le contrôle des Aurors, et cela se fera aux portes du domaine.

-Nous échangerions quoi, demanda Pancy Parkinson. Nous sommes des élèves ! Étonnamment, la jeune Serpentard n'avait pas voulu partir à Durmstrang alors que son nom était dans la liste des Sangs-Purs qui pouvaient s'y rendre.

-Oui, et qui ont eu notamment des cours de…potion ! Je sais de source sûre qu'à l'extérieur ils en ont un besoin impérieux. Nous pourrions en fabriquer de façon presque industrielle si vous vous décidiez à enfin appliquer en pratique ce que vous avez reçu comme connaissances. Vu qu'il s'agit de notre survie et de notre confort, j'ai dans l'idée que vous serez plus appliqués que d'ordinaire ! J'envisage d'étendre l'équipe de potionistes à trente chaudrons.

-Mais…les ingrédients…objecta l'un des Medicomages

-…se trouvent pour la plupart dans la forêt interdite et suffisent à réaliser quelques potions simples mais fort demandées. En outre, je vous annonce que Monsieur Londubat est parvenu à cultiver des espèces sauvages. Un simple engrais de multiplication fera le reste.

-Comment allons-nous faire pour poursuivre nos études, s'il n'y a plus d'école ? s'inquiéta Padma Parvati.

-Nous ferons comme actuellement : l'école se déroulera dans la bibliothèque et une tente a été dressée dans le parc pour pouvoir assurer d'autres cours. Nous vous fournirons la liste des livres qu'il faudra étudier pour pouvoir passer les épreuves auprès d'un officier ministériel. Des professeurs volontaires vous assisteront dans cette tâche. Un sort de multiplication sera jeté sur les livres concernés, pour qu'ils soient accessibles à tous. Les horaires des cours et le nom des professeurs seront affichés, comme cela l'est déjà maintenant – à la porte de la bibliothèque, ainsi qu'aux valves.

Rogue laissa quelques minutes à l'assemblée pour digérer les informations, avant de reprendre de sa voix profonde :

-A présent, il reste à élire celui ou celle qui sera le chef incontesté de notre communauté. Nous allons faire circuler le Choixpeau. Chacun y glissera le nom de la personne qu'il souhaite voir diriger la communauté. Le sorcier désigné devra assurer la charge et ses responsabilités jusqu'à nouvel ordre. Le chef de la communauté aura tout pouvoir. Il commencera par désigner ses adjoints, à qui une obéissance scrupuleuse sera due. Comme dans toute communauté, il faut que l'ordre et la discipline règnent, sous peine de sanctions. Nous sommes cent-vingt personnes à devoir vivre ensemble dans les meilleures conditions qui soient. Vous avez un quart d'heure pour réfléchir… dans le silence absolu !

Les sorciers de l'assemblée s'observaient les uns-les autres, sans oser prononcer une parole.

Le choix était cornélien. Rogue était plus charismatique que jamais et il occupait déjà pratiquement la place, mais il était insupportable comme professeur, alors en tant que chef d'une communauté, il devait être un véritable dictateur. En même temps, il fallait quelqu'un qui avait de la poigne. Mac Conagall avait l'air à bout de forces, et elle ne s'était pas distinguée particulièrement durant ce premier mois d'après-guerre, mais on la savait juste. Le Survivant était un brave garçon, à l'occasion des réunions de l'Armée de Dumbledore il avait prouvé qu'il pouvait s'adresser à une assemblée, transmettre un enseignement et un idéal…mais de là à être un vrai chef…Plusieurs élèves, surtout des Serpentards bien entendu, mais d'autres élèves aussi, voyaient en Drago l'étoffe d'un chef, mais serait-il être impartial ? Granger était une tête, mais de là à l'imaginer à la tête d'un petit gouvernement…la seule perspective de devoir l'entendre prononcer un discours découragea les meilleures volontés. On se souvint aussi de la bravoure de Londubat, qui s'était distingué en dirigeant la résistance dans la salle sur demande durant le règne de terreur des Carrow, mais surtout en tuant Nagini à l'aide de l'épée de Gryffondor et en faisant seul front à Voldemort. En outre, c'était grâce à lui que l'on pouvait se sustenter, vu que les denrées alimentaires promises par le gouvernement n'arrivaient jamais. On songea à d'autres professeurs, comme Sinistra, car il ne fallait pas oublier que la communauté était essentiellement constituée d'adolescents, voire même d'enfants.

Lorsque tous les votes furent recueillis, Minerva retourna le choixpeau et le déposa sur le scriban pour qu'il annonce le résultat.

-Mmmh…Drago Malfoy, 10 voix, Harry Potter…33 voix, Minerva Mac Conagall…20 voix, Hermione Granger…4 voix…Neville Londubat..5 voix…le reste des votes, donc 48 voix…allant à … Severus Black !

Severus fut un instant stupéfait, mais il parvint à conserver son masque impassible. La plupart des élèves qui jusqu'il y a peu s'arrachaient les cheveux à l'idée d'avoir cours en sa pénible compagnie l'avaient élu comme chef. Il y avait aussi bien entendu le vote des blessés des infirmeries, qui le voyaient comme un héros après avoir lu moult articles à son sujet dans les journaux et magazines. C'était bien entendu avant que toute livraison de la presse ne soit bloquée par le gouvernement. Les seules maigres nouvelles de l'extérieur qu'ils obtenaient étaient via les Aurors, qui eux-mêmes n'étaient plus dans le secret des dieux.

Des applaudissements fusèrent de tout part.

S'il n'avait pas été Severus Rogue, il aurait été ému aux larmes.

-Je vous remercie de votre confiance, dit-il brièvement. A présent, si vous le permettez, je vais constituer mon équipe …

Le silence absolu se fit dans la salle. L'ancien directeur de Serpentard allait-il une fois de plus favoriser ceux de la maison.

-…Minerva sera mon adjointe et me remplacera en cas de besoin. Elle assurera mon remplacement s'il advenait que je devais disparaître, charge à elle d'assurer le mandat ou de repasser au suffrage.

Une salve d'applaudissement salua cette première décision.

-Messieurs Potter et Malfoy géreront la sécurité de la communauté, avec le concours des Aurors, bien entendu. Ils me rapporteront immédiatement tout souci. Monsieur Reeves, Medicomage, dirigera les infirmeries, aidé de son collègue et de Madame Pomfresh. Monsieur Londubat aura la charge la culture de plantes comestibles et curatives. Il se constituera une équipe suffisante pour ce travail. Madame Vector et Firenze s'occuperont de gérer le chantier des maisons dans le parc tandis que les équipes de réparations se trouveront sous la houlette de Filius Flitwick. Les cuisines et l'intendance sera dirigée par Molly Weasley.

Severus s'interrompit un instant, avant de poursuivre :

-Qui mieux qu'un Gobelin peut gérer les affaires d'argent ? Aussi la trésorerie et les livres de comptes seront tenus par Monsieur Gripsec…

Un murmure de protestation s'éleva lorsque le gobelin s'avança en clopinant. Il n'était pas encore entièrement remis de la terrible attaque dont il avait été victime.

-Malgré son acte traître lors de l'épisode à Gringotts visant à récupérer la coupe-Horcruxe, nous avons choisi de lui faire confiance. En outre, je lui ai une fois de plus sauvé la vie en abattant le Mangemort qui allait l'achever d'un sort impardonnable. Monsieur Gripsec m'est redevable, et cette dette, je lui ai demandé de la reporter à l'intérêt de la communauté, expliqua Harry Potter.

Severus acheva d'attribuer les rôles, promettant de nouvelles nominations en fonction des besoins.

Exceptionnellement, la bièreaubeurre coulait à flot. On vidait sans complexe les derniers tonneaux, ne sachant pas de quoi l'avenir serait fait.

Hermione buvait sans restriction, vexée de ne s'être vue attribuer aucun rôle dans la direction de la communauté. Mais qu'espérait-elle de Rogue, qui la détestait cordialement ? En outre, elle était aussi frustrée de ne pas parvenir à se transformer en un quelconque animal. Le temps filait et les Inquisiteurs allaient revenir ! Pour couronner le tout, Ron lui proposa du whisky Pur-Feu glané on ne savait où. Elle but à plusieurs reprises cul-sec, pour se retrouver finalement passablement éméchée. Ginny et Ron durent la traîner jusqu'à sa couche. Une fois allongée, la tête tournait de façon insupportable et fermer les yeux accentuait encore le phénomène. Soudain, elle se sentit mal : des sueurs froides, puis elle vomit.

-Par Merlin !

Elle vit deux pieds non loin de l'endroit où elle avait rendu son dîner.

Oh non…Rogue !

Les Nés-Moldus faisaient la file pour recevoir la potion qui allait les transformer en malades repoussants. Justin Finch-Fletchley était en tête, suivi des frères Crivey. Dean Thomas devait participer aussi par précaution. Son père était sorcier, mais il a quitté sa mère et Dean a été élevé dans un milieu Moldu par sa mère et son deuxième époux : Mr Thomas dont Dean a pris le nom. Il était donc officiellement peut être considéré comme un Né-Moldu même si en fait, génétiquement, il a le statut de Sang-Mêlé. Dix autres sorciers avaient déjà avalé le breuvage.

Ils avalèrent tous le breuvage infect – Rogue s'ingéniait à donner un gout insupportable à ses potions.

L'assistance était limitée à Minerva, Hermione et Harry. Il valait mieux que les autres croient vraiment à une maladie. Severus était persuadé qu'ils allaient envoyer un Occlumens. Et de toute façon, ils étaient capables de vouloir soumettre des résidents au veritserum. Il avertit Potter qu'il lui ôterait des souvenirs compromettant avant la visite des gens du ministère. Quant à Granger, il était temps qu'elle se décide à se transformer en quelque chose ! Ce n'était plus qu'une question de jours. Bon, dans le pire des cas, elle pourrait avaler elle aussi la potion de maladie, mais celle-ci devait être prise suffisamment à l'avance pour donner le temps aux bulbons de se développer.

-Granger, il va falloir vous décider : soit vous faites comme les autres, soit vous disparaissez ! Car si vous y parvenez, encore faudra-t-il que nous justifions votre disparition !

-Je vais encore essayer ce soir, soupira Hermione qui n'avait pas la moindre envie de se voir infliger la peste bulbonique.

-Je vous rappelle que cette maladie sera contagieuse dès l'apparition des bulbons ! Alors soit, je vous donne l'antidote comme à tous les autres, mais vous devenez un Animagus et vous vous rendez utile pour une fois en allant espionner le monde Moldu et le Ministère, soit vous attrapez la maladie et je vous mets en quarantaine avec vos petits camarades !

-Je vous en prie, si vous pouviez m'aider…

Elle eut honte du ton suppliant de sa voix, mais elle était à bout.

Rogue dans un profond soupir envoya Harry installer les malades dans une salle de classe désaffectée.

-Minerva a dû certainement vous expliquer que tout dépend de vous ! Que voulez-vous que je fasse pour vous aider dans votre transformation ?

-J'en ai bu des litres de votre potion, et récité des centaines de fois cette fichue formule : ça ne fonctionne pas ! s'écria Hermione, à bout de nerfs.

-Ma chère, calmez-vous, intervient Mac Conagall. Je vous avais pourtant averti que cette discipline mettait des années à maîtriser ! Nous avons eu le mérite d'essayer. Maintenant, il serait plus judicieux d'avaler cette potion et de rejoindre les autres malades !

-Jamais ! s'écria Hermione. Et comment-ferez-vous sans moi en pays Moldu ? Vous serez très rapidement repérés.

Les deux professeurs devaient se rendre à l'évidence : Hermione était d'une aide précieuse pour aller espionner les Moldus.

Severus se pinça l'arête du nez, agacé. Cette gamine ne vivait que pour étaler son savoir, mais lorsqu'était venu le moment de la mise ne pratique, il n'y avait plus personne.

-Minerva, pouvez-vous nous laissez je vous prie ? articula-t-il d'une voix froide.

Une fois seuls, Rogue croisa les bras et observa son élève en fronçant les sourcils.

-Ne me regardez pas comme cela ! Vous comptez enlever des points à Gryffondor ?

-Vous n'êtes pas meilleure en sarcasmes qu'en métamorphose, Granger ! gronda Severus. Avant de poursuivre, d'une voix mielleuse : mais après tout, ce n'est pas moi qui finirai comme esclave dans une arrière-cuisine…

Le vol d'une mouche l'interrompit, et il allait l'écraser par réflexe lorsqu'il se rappela :

-Rita, reprenez votre forme humaine !

La journaliste s'exécuta. Rogue nota que la plume à papote avait disparu et que la journaliste état passablement échevelée.

Rita s'effondra en larme contre le torse de son amant

-Rita, pouvez-vous me dire à quoi rime tout ceci ?

-Severus chéri, c'est affreux, ils m'ont retiré ma licence !

-Severus chéri ? laissa échapper Hermione avant de porter sa main à la bouche.

L'homme lui adressa un regard noir. Qu'elle se transforme en insecte, tiens, qu'il puisse l'écraser !

-Qui a fait cela ? Pourquoi ?

-Ombrage ! Dolorès Ombrage, hoqueta la malheureuse.

-Comment cela est-il possible ? Ombrage est à Azkaban !

-Elle en est sortie ! Et elle est redevenue sous-secrétaire d'Etat auprès du ministre !

Rogue étouffa un juron.

-Elle risque de nous rendre une petite visite ! Heureusement que nous avons mis en place l'épidémie de peste bulbonique ! La connaissant, elle va rapidement faire demi-tour.

-Severus ! Qu'est-ce que je vais devenir ?

-Ecoute…

-Emmène-moi encore dans la salle sur Demande, voulut-elle en affichant un air gourmand.

Hermione n'en crut pas ses oreilles et ne pouvait faire autrement que d'observer l'étrange couple avec un air complètement abruti, la mâchoire tombante.

-Granger ! Vous transformer en âne bâté ne vous sera pas d'un grand secours pour quitter Poudlard, railla le maître des potions. Continuez donc à vous entraîner.

Rita Skeeter se colla au torse de Severus en regardant la jeune fille avec dédain. Elle se souvenait très bien de cette amie de Potter qui l'avait menacée de révéler son statut d'Animagus non déclaré au Ministère. Petite peste !

Rogue revint tard dans la nuit, la plupart dormait déjà. Pas Hermione, qui n'était toujours pas parvenue à se transformer en quoi que ce soit.

-Par Merlin, même Pettigrow, un sorcier médiocre, est parvenu à se transformer ! gronda Severus sans aucun préliminaire, tout en se jetant dans le lit tout habillé.

-Parce qu'il a été aidé en cela par ses amis ! répliqua Hermione. Un peu de soutien, ça ne ferait pas de mal. Ce n'est pas en me houspillant sans cesse que vous allez obteni…

-Mais Miss, moi je ne cherche pas à obtenir quoi que ce soit de vous ! C'est vous qui voulez sauver votre peau, qui vous croyez indispensable et qui avez peur d'avoir le museau chargé de bulbons !

-Ça vous ressemble bien d'avoir eu l'idée de cette maladie ! D'affreux bulbons remplis de pus verdâtre et rependant une odeur pestilentielle...

-Vous tenez peut-être à ce qu'Ombrage face une résidence prolongée chez nous ?

Hermione alla répliquer mais…cette trace…

-Vous avez du rouge à lèvre sur la joue !

Rogue effaça vivement la trace du délit.

-J'avais des informations à obtenir, grommela t'il

-Ça doit être des révélations de tout premier ordre, grinça Hermione qui songea « Rogue, bourreau des cœurs ! Qui l'eut cru ? »

-Il faut bien que les personnes qui savent se transformer fasse le travail d'espionnage, siffla Rogue tout en se déshabillant sans prendre garde à la présence de la jeune fille.

-Sait-elle où est passé Kingsley ? demanda soudainement la jeune fille en détournant les yeux.

Rogue se leva, pour repousser le pot de Tubéreuse Pleureuse de Neville, laquelle gémissait à pierre fendre et inondait le sol. Il était à présent torse nu. Une statue grecque que la blancheur de la peau sous la lumière lunaire accentuait s'il le fallait encore l'impression d'être taillée marbre. Plusieurs longues zébrures témoignaient de combats passés.

-Non, justement, maugréa-t-il. Il a disparu ! Et j'ai appris des autres Aurors qu'ils avaient désormais interdiction de sortir de la communauté !

-Quoi ? Ils se retrouvent prisonniers comme nous ? Mais alors, nous n'avons plus aucune communication avec l'extérieur.

-Non, à part Rita. Mais elle a perdu sa licence. Elle ne peut désormais plus écrire et elle craint d'avoir bientôt avantage de tracas. C'est de ma faute, je lui avais demandé de décrire notre condition.

- Elle avait jusqu'à présent assez bien le champ libre dans la Gazette du Sorcier…

-Et bien, maintenant, elle ne l'a plus. On confisque les baguettes sans arrêt pour le moment. Cela risque bien de lui arriver à elle aussi.

Hermione sentit comme de l'inquiétude et de la sollicitude dans le ton de la voix de son ancien professeur. Était-ce possible ? Elle ignorait pourquoi, mais en pensant à eux deux ensemble, elle avait une boule au ventre.

Hermione se leva vivement. Elle voulait aller aux sanitaires se passer un peu d'eau froide sur le visage. Elle pensait que sa tête allait exploser. Lorsqu'elle glissa sur la flaque de larmes un peu visqueuse de la plante de Neville. Elle allait valser à terre la tête la première si Rogue ne l'avait pas retenue dans ses bras. Un moment surprise, elle voulut se dégager mais les muscles noueux se serrèrent encore d'avantage.

-Mais, que ? Lâchez-moi maintenant, ça va merci, balbutia Hermione.

-Silence, murmura Severus d'une voix de velours. Des sorciers dorment je vous signale.

Il avait fait une terrible erreur dans le passé. Il avait aimé en secret, n'ayant jamais eu le courage de déclarer sa flamme. Et elle était partie avec un autre. C'est ce qui risquait d'arriver encore une fois. Elle irait avec l'un de ces crétins boutonneux. Weasley par exemple. Quoi que ce dernier traînait beaucoup avec Miss Brown ces derniers temps. Il n'était pas amoureux de Granger. Mais il avait envie d'elle, et il en avait assez de refréner ses passions, de faire passer ses envies loin derrière les besoins des autres. En outre, cette jeune sorcière n'était plus son élève et demain, tous serait peut-être morts.

Sa captive avait renoncé à se débattre, et elle restait à présent immobile, figée en fait par la surprise. Elle sentait une chaleur envahir son ventre…Et son bas-ventre.

Rogue se rapprocha, se baissa suffisamment pour que ses lèvre atteigne celles de la jeune fille. La raison voulait qu'elle se dégage, mais elle se laissa prendre, ouvrant même légèrement la bouche. Ce fut suffisant pour que Severus y glisse une langue experte.

Rogue, le professeur Rogue était en train de l'embrasser ! Et elle sentait que sa langue à elle jouait le jeu, le plus naturellement du monde. Ses jambes se dérobèrent et Rogue qui la serrait toujours dans ses bras l'assit sur son lit. Le grincement d'un lit voisin se fit entendre et Rogue lâcha lentement sa proie pour aller s'allonger dans sa propre couche.

-J'espère que vous voilà plus motivée à présent…glissa-t-il d'un ton suffisant.

Rogue était redevenu lui-même, mais Hermione gardait le goût du baiser et le souvenir de sensations sublimes.