Alors je dois vous dire qu'il s'agit certainement du chapitre qui me plaît le moins dans cette fic, du moins jusque maintenant (puisque je n'ai toujours pas terminé de l'écrire, hum... ; ) Entre le tourbillon d'action du chapitre précédent et la bataille épique (enfin... j'espère) qui va suivre, fallait faire retomber un peu la pression et que les frères trouve un semblant de plan auquel s'accrocher.
En attendant, j'espère que ce chapitre de transition vous plaira quand même un minimum! Si ça peut vous rassurer, le prochain chapitre est infiniment meilleur
Chapitre VII – Les derniers préparatifs
Tout ce dont Sam et Dean avaient envie, c'était de se laisser aller, de déverser leur trop plein d'émotions en hurlant et frappant dans tout ce qui bouge. Mais le danger était toujours trop proche, et l'aîné devait se concentrer pour ne pas quitter la route et percuter un arbre pendant que son cadet s'efforçait de ramener Ellen parmi eux.
« Sam, ça sert à rien, faut lui laisser le temps… » intervint Dean d'une voix rauque comme s'il n'avait pas parlé depuis des semaines.
Un rire jaune s'étrangla dans la gorge de Sam. « Le temps ?! Quel temps, Dean ? Du temps, on n'en a pas ! » Il regarda sa montre et secoua la tête en soupirant ; ses soupçons étaient confirmés. « On est officiellement samedi matin. Jo est morte, Ellen est complètement H.S. et demain soir, ça sera la fin du monde et… »
Dean ne laissa pas Sam terminer sa phrase ni continuer sur le fil de sa pensée ; il lui décocha un coup de poing dans la mâchoire. Pas très fort, mais suffisant pour que la douleur surprenne Sam. Suffisant pour réveiller toutes les autres souffrances que le choc avait anesthésiées. Sam ferma les yeux en grimaçant.
Dean observa son frère, soudain très inquiet de son silence alors qu'il avait justement cherché à le faire taire. « Sammy ? »
« Ca fait mal… »
Dean mordit sa lèvre inférieure, mais ne s'excusa pas. Regarder son frère souffrir n'était pas un spectacle des plus agréable mais était largement préférable à une crise de nerfs.
« Cette chienne frappe fort… Enfin, frappait. Heureusement qu'ils ne pouvaient pas nous tuer ou ils n'auraient pas hésité ! » remarqua Sam en passant un doigt sur l'hématome qui était en train de se former sur sa tempe gauche.
« Comment ça, ils ne pouvaient pas nous tuer ? » s'exclama Dean qui regardait plus son frère que la route fort heureusement totalement déserte.
« Dean, réfléchis une minute ! S'ils me tuent, je peux pas ouvrir la porte. S'ils te tuent, je n'ai plus aucune raison de le faire ! »
« Oh… » Dean était stupéfait de ne pas y avoir pensé plus tôt. « Enfin, je suppose que s'ils avaient pu nous neutraliser, ils m'auraient utilisé contre toi pour que tu ne refermes pas la porte ! »
« C'est très probable, oui. On l'a échappé belle, tout à l'heure ! » Sam passa les doigts sur tout son visage puis palpa l'ensemble de son corps pour constater avec soulagement qu'il n'avait rien de grave ; il avait de nombreuses contusions au visage et la moitié de son corps serait probablement recouvert de bleus le lendemain mais aucune fracture n'était à déplorer.
« Ma petite fille… » répéta Ellen à l'arrière.
Mais Sam ne l'écoutait pas. Désormais, il était inquiet pour son frère. « Dean, comment ça va ? »
« Assez bien pour rouler ma voiture et soutenir une conversation. C'est pas aujourd'hui que tu vas te débarrasser de moi, désolé chéri ! »
Assez bien pour faire des vannes moisies, aussi ! ajouta Sam intérieurement.
« Au fait, génie ! Tu t'es planté tout à l'heure… Ils auraient très bien pu nous tuer tous les deux sans problème ! » Dean arborait un petit sourire satisfait et refusa d'en dire plus pour que son frère lui demande de s'expliquer.
Sam claqua la langue pour montrer son impatience – ou son mépris, Dean ne le savait pas et ne cherchait vraiment pas à le savoir.
« Ils n'ont pas vraiment besoin de nous, en réalité. Ils peuvent très bien nous buter et récupérer le Colt pour ouvrir eux-mêmes la porte ! » expliqua Dean sur un ton fiévreux, heureux d'avoir pour une fois trouvé un argument surpassant celui de son frère.
Sam ne laissa cependant pas le temps à Dean de savourer sa victoire plus longtemps. « Dean, ça t'arrive d'écouter quelque chose et de t'intéresser à ce que les autres font de temps en temps ? Ca fait des mois que Bobby et moi on a réussi à immuniser le Colt contre les forces du mal. L'arme a été bénie, aucun démon ne peut la toucher. C'est basique mais très efficace. »
Le sourire de Dean s'effaça instantanément. « Merde alors ! »
Sam tenta de le raisonner. « Ne fais pas cette tête, c'est une très bonne chose ! Ca empêche les démons de l'utiliser et ça nous a sauvé la vie par la même occasion. » Voyant que son frère boudait toujours comme un enfant, Sam ajouta : « Mais c'était bien pensé quand même, dans un sens morbide et défaitiste… »
Dean ne dit rien mais Sam aperçut le coin de ses lèvres se retrousser en un minuscule sourire.
« Faudra que tu m'expliques comment tu fais à toujours faire en sorte que je me sente mieux quand je sors une connerie… Quand c'est le contraire, je me fous de ta gueule pendant des heures ! » expliqua Dean, les yeux rieurs.
« Que veux-tu… Je suis le fils prodige ! » railla Sam.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? » demanda Dean, faussement vexé.
« Que je suis absolument génial et que tu crains vraiment ! » répondit Sam en le toisant.
Dean voulut lui donner un coup dans l'épaule mais jugea que son frère en avait assez pris quelques minutes auparavant. Un sanglot d'Ellen sur la banquette arrière les ramena à la réalité. Ils venaient d'être attaqué par une cinquantaine de démons, Jo en était morte, et eux faisaient de l'humour…
Sam, de son côté, constatait avec horreur la même chose que son frère. Il se dit alors que le monde pourrait totalement s'écrouler qu'il s'en moquerait éperdument si son frère était à côté de lui et cela lui faisait atrocement peur. Tout le monde le lui avait dit et répété ces derniers mois ; Dean était sa plus grande faiblesse, et cela pouvait se révéler dangereux pour les autres. Tant pis, pensa-t-il, le choix est déjà fait depuis longtemps !
« On va bientôt arriver… Tu crois qu'ils nous ont suivi ? » s'inquiéta Dean.
« Je pense pas, non… Un nuage géant, ça passe pas inaperçu ! Et s'ils avaient vraiment voulu nous chopper, on serait jamais arrivé aussi loin. »
Les coups d'œil permanents que Dean jetait dans les rétroviseurs montraient bien qu'il n'était pas totalement convaincu mais ils arrivèrent à la ferme sans encombre. Lorsqu'ils sortirent de la voiture, Sam grimaça en constatant l'état désastreux de l'Impala. Il grimaça encore plus en remarquant que Dean avait minimisé ses blessures ; sa démarche était un peu raide et un filet de sang coulait de sa cuisse.
Ne voulant pas vexer son frère, il ne releva pas et ouvrit la portière arrière pour extirper Ellen de la voiture. Il la porta plus qu'il ne la supporta jusqu'à l'intérieur où les attendaient les autres. En les voyant, Missouri et Tamara poussèrent un petit cri de surprise pendant que Bobby enlevait brusquement sa casquette, le visage grave. Jefferson comme Ruby ne montrèrent aucun signe d'affection ou de commisération.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda la jeune blonde à peine Ellen installée sur l'un des lits de camp que Bobby avait déniché Dieu sait où pendant leur absence.
« La bande de Lilith nous a attaqué sur le chemin. Ils ont eu Jo, et maintenant Ellen est complètement dans les vapes ! » expliqua brièvement Sam en s'installant précautionneusement à l'une des rares chaises qui tenaient encore debout.
« Je pense pouvoir faire quelque chose pour elle… » marmonna Missouri en fouillant dans son gigantesque sac de cuir. Elle en sortit des tonnes et des tonnes de choses, si bien que Dean dut se retenir de ne pas faire une blague sur Mary Poppins.
L'heure suivante, Ellen avait ingurgité l'étrange breuvage concocté par la vieille afro-américaine et en était à la fois revigorée et calmée. Evidemment, la mort de sa fille faisait toujours des ravages en elle mais elle avait retrouvé la capacité de penser et de s'exprimer. Sam et Dean, quant à eux, avaient désinfecté leurs plaies et appliqué un cataplasme boueux et odorant sur leurs contusions qui leur donnait l'air de militaires en mode camouflage. Le parfum n'était pas agréable mais le remède faisait effet.
Désormais, chacun allait de sa théorie et donnait ses prévisions quant au déroulement de la soirée du lendemain. Dean et Tamara se montraient résolument optimistes, contrairement aux autres qui attendaient une fin malheureuse.
Sam de son côté ne disait rien, perdu dans ses pensées. Il se détestait pour ce qui était en train de se passer et n'arrivait pas à comprendre comment les autres parvenaient à ne pas le lui reprocher. Jo était morte et c'était entièrement de sa faute, et pourtant Ellen ne semblait pas lui en vouloir. Au contraire, elle semblait diriger toute sa haine et sa révolte contre Lilith et Sam songea qu'il était sûrement meilleur pour lui d'en faire de même. Au lieu de culpabiliser inutilement et de se lamenter sur son propre sort, il canalisa la rage qui bouillonnait en lui vers le démon à l'apparence de fillette ; il s'avéra que ce n'était pas plus compliqué que cela. C'était même beaucoup plus simple pour lui d'avoir quelqu'un à blâmer pour ses propres erreurs.
« Je propose qu'on y aille tous dès minuit pour un effet de surprise ! » proposa Tamara.
Dean secoua la tête. « Ils seront déjà prêts à nous recevoir, Lilith est loin d'être stupide ! On ferait mieux d'y aller au dernier moment, histoire de pouvoir se préparer un maximum avant le baroud d'honneur. » opposa-t-il.
« Je suis d'accord avec le garçon ! » tonna une voix caverneuse qui appartenait à Jefferson.
« On ira quand on sera prêt. Ni plus tôt ni plus tard. » dit simplement Sam. Il ne cherchait pas à entrer dans le débat ; il venait juste de prendre une décision. Il sentait que s'il ne le faisait pas, personne ne le ferait et il fallait absolument qu'ils aillent tous dans la même direction, que ce soit la bonne ou pas. Bizarrement, personne ne contesta son autorité. Il en tira du réconfort et du courage et décida de continuer dans sa lancée.
« Il faut qu'on profite un maximum du temps qu'il nous reste avant de passer à l'offensive. Il faut refaire un maximum de balles pour le Colt, créer un gros volume d'eau bénite, éventuellement fabriquer des talismans anti-possession pour ceux qui n'en ont pas… » Il s'arrêta pour fixer Ruby.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle mal à l'aise.
« Ton poignard… Tu peux en fabriquer d'autres ? »
La jeune fille se mordit la lèvre inférieure. « C'est très compliqué et très dangereux à fabriquer… »
Sam la coupa. « Tu peux ou pas ? »
« Je peux peut-être en faire un avant demain soir mais c'est vraiment pas certain ! » finit-elle par avancer.
« Bien… Mets-toi au travail tout de suite alors ! » Il fit une longue pause comme s'il débattait d'un point crucial avec lui-même puis poussa un long soupir résigné. « Je suppose qu'on devrait également prévenir un maximum de chasseurs de ce qu'il va se passer. Faire circuler l'information que Sam Winchester va ouvrir la porte des Enfers une nouvelle fois. »
« Certainement pas ! » protesta Dean d'un air indigné. « On aura déjà bien assez à combattre avec les démons, je veux pas en plus affronter une armée de Gordon en puissance pour sauver tes fesses ! »
« Crois-moi, une fois que j'aurai ouvert la porte, ils auront d'autres préoccupations que ma personne. »
« Mais si on s'en sort, tout le monde voudra ta peau ! Tu veux pas être fugitif jusqu'à la fin de tes jours quand même ? »
Sam commençait à être agacé par l'acharnement de son frère. « Ca changerait pas énormément de maintenant… Et puis avec d'autres chasseurs autour de nous, les démons auront plus de boulot pour nous empêcher de fermer la porte, c'est tout bénéfice. »
« Mais… »
Sam frappa du poing sur la table, faisant sursauter tout le monde. « Ca suffit Dean ! Si c'est le prix à payer pour éviter la fin du monde alors qu'il en soit ainsi. Je serai l'ennemi numéro 1 dans les deux camps mais tant pis, c'est nécessaire ! C'est toi qui me l'a dit tout à l'heure, il faut savoir prendre des risques. »
Dean n'était pas enchanté d'entendre ses propres arguments se retourner contre lui mais ne contesta pas, ravalant son instinct protecteur de grand frère. Il commençait à comprendre à quel point Sam avait besoin de tout mettre en œuvre pour éviter d'être responsable d'une apocalypse ; il n'y avait rien de plus normal.
« OK… c'est toi le chef ! »
Une nouvelle fois, personne ne s'éleva contre ce fait.
Les heures qui suivirent, tout le monde s'activait : Ruby tentait de créer une nouvelle arme efficace contre les démons, Ellen et Ruby bénissaient de grandes quantités d'eau avant de les mettre en bouteille (ils avaient trouvé un stock complet de vieilles bouteilles en verre à la cave), Bobby coulait méticuleusement de nouvelles balles pour le Colt, Jefferson et Tamara annonçaient l'ouverture imminente de la porte dans l'univers des chasseurs (personne ne remit en compte leur parole, tout le monde prétextant avoir toujours trouvé très louches la famille Winchester) et le frères nettoyaient toutes leurs armes, s'entretenant à voix basse.
« Sam… Demain soir, je veux pas que tu me quittes d'une semelle d'accord ? Tout le monde va tenter de t'atteindre alors tu resteras derrière moi compris ? »
« Dean, tais-toi deux secondes OK ? Je compte pas me sauver alors arrête de me stresser comme ça ! Tu te doutes bien que moi aussi, je veux garder un œil sur toi. »
« C'est vrai ? »
« Bien sûr que oui ! » s'emporta Sam, s'attirant les regards curieux des autres. Il se racla la gorge et baissa la voix afin que seul son frère puisse l'entendre. « S'ils arrivent à te capturer… ils pourront me faire faire n'importe quoi… »
« N'importe quoi… » reprit Dean qui était à la fois touché et effrayé par le dévouement de Sam à son égard. « Dans ce cas, on n'a plus qu'à veiller l'un sur l'autre et tout ira bien ! »
« Ne répète pas ça à Bobby si tu veux pas entendre parler des Bisounours… » grommela Sam qui ne s'était toujours pas remis de cet affront fait par leur vieil ami au début de cette longue journée.
« Bon, je suis peut-être un peu trop idéaliste mais toi tu vois carrément tout en noir. Faut positiver ! Essaye de faire croire à tes troupes que tout est encore possible ! Tout le monde a besoin d'espoir tu sais… » sermonna Dean.
« J'ai déjà du mal à me faire à l'idée que vous suivez mes "ordres" alors croire que tout est possible… » Sam leva les yeux au ciel. « Mais je vais faire de mon mieux. Après tout, on a le Colt, Ruby a son poignard, on en aura peut-être un deuxième… Les chasseurs seront présents en masse… Si la réussite est possible, on a tout fait pour. »
Comme pour confirmer ses dernières paroles, Ruby poussa un cri triomphant. Elle tenait une des dagues préférées de Sam à la main et la lame brillait d'une lueur orangée diffuse. Le cadet des Winchester la regarda avec convoitise.
« Tu as réussi ? On a une nouvelle arme capable de tuer les démons ?! » s'empressa-t-il de demander.
« En effet ! » s'exclama Ruby, très fière d'elle. « Mais je ne pourrais pas en faire d'autre, ça demande trop d'énergie. » ajouta-t-elle lorsqu'elle devina la question que Sam allait ensuite poser.
Sam eut l'air déçu mais ne fit aucun reproche. Il ne remettait certainement pas en cause le talent des autres chasseurs mais Ruby était indéniablement la plus puissante de leurs alliés et il tenait à ce qu'elle soit en état de combattre le moment venu.
« Je peux ? » demanda-t-il en tendant la main.
Ruby déposa le manche du poignard dans sa paume et il resserra ses doigts autour de l'objet. Sam constata qu'il ressentait exactement la même chose que lorsqu'il tenait le Colt en main. Un sentiment de puissance, d'invulnérabilité.
Il fit quelques mouvements du poignet ; la lame glissait parfaitement dans les airs, tranchant des gorges imaginaires avec une facilité déconcertante.
« C'est parfait ! » jugea Sam avec une réelle chaleur dans la voix. Il tendit ensuite la dague à son frère du côté du manche.
« Tu veux pas le garder ? » demanda Dean, les sourcils froncés.
« Pas besoin puisque j'aurai le Colt. » Il développa sa pensée, voyant que son frère ne le suivait pas. « Si je dois ouvrir la Porte, faudra bien que je l'aie sur moi ! »
Dean hocha la tête, montrant qu'il avait compris. Cela ne lui plaisait pas beaucoup ; il s'était habitué à ce que ce soit lui qui ait le Colt en main. Mais une fois de plus, il savait que Sam avait raison. En constatant qu'absolument tout le monde était exténué, il regarda sa montre. Il était six heures du matin. Il étouffa un bâillement avant de proposer aux autres de se coucher et de prendre le premier tour de garde. Tous acceptèrent de bonne grâce.
Quelques minutes plus tard, malgré toute sa volonté, les paupières de Dean se fermèrent d'elle-même et il s'endormit sur la table. Lorsqu'il se réveilla, il était persuadé de n'avoir fermé les yeux qu'une courte poignée de secondes mais la lumière qui abondait dans la salle et la présence de son frère à ses côtés lui affirmèrent qu'il s'était trompé.
« Pourquoi tu m'as pas réveillé ? » demanda-t-il d'une voix enrouée par le sommeil.
Sam haussa les épaules. « A quoi bon ? J'avais plus sommeil alors je t'ai laissé dormir, pas besoin de veiller à deux. »
Dean fit une grimace. « Les démons auraient pu nous trucider dans notre sommeil ! »
« Tu te serais réveillé si quelqu'un était entré, comme tout le monde ici ! Laisse passer, on n'y peut plus rien ! » assura Sam.
« Je ne te savais pas si philosophe dès le matin. »
« Euh… ce n'est pas parce que tu viens de te réveiller qu'on est le matin ! Il est déjà quinze heures, en fait. » fit Sam en tapotant sa montre du bout du doigt.
Dean se redressa et s'étira longuement, faisant craquer ses articulations et faisant rouler ses muscles endoloris. « Je vendrais mon âme pour une bonne douche ! » se plaignit-il
Sam le fusilla du regard ; Dean eut un sourire coupable et baissa brièvement les yeux.
« C'est juste une expression ! » se justifia-t-il en passant la main dans ses cheveux. Puis il tenta de changer de sujet. « Qu'est-ce qu'on va faire jusque demain soir ? »
Sam haussa les épaules, sa colère étant redescendue aussi vite qu'elle était montée. « Se reposer, se préparer… Profiter du calme, c'est peut-être la dernière fois ! »
Dean souffla, exaspéré. « Tu te rappelles de ce dont on a parlé ? »
« Oui oui, être positif, bla bla bla… » récita Sam à moitié convaincu. « J'aimerais tellement qu'on se casse de cet endroit pourri mais j'ai peur qu'on se fasse attaquer une nouvelle fois ! »
Ce fut Ruby qui offrit la solution. Tous les deux sursautèrent en entendant la voix de la jeune fille ; ils ne l'avaient pas vue approcher. « Je peux brouiller les pistes temporairement le temps d'un voyage. Mais il faudrait déjà trouver un endroit où aller pour ne pas perdre de temps à errer sur les routes. »
« On est sept, ça va être difficile de trouver un endroit où on ne serait pas séparés. » fit remarquer Dean.
« On pourrait squatter une maison vide en attente d'être vendue ou louée ! » avança Sam.
Ruby hocha la tête. « Je vais partir dans la ville la plus proche faire un tour de reconnaissance. Je reviens le plus vite possible. »
L'instant d'après, elle avait disparu. Les deux frères profitèrent du sommeil des autres pour aller faire leurs ablutions dans le petit ruisseau à l'extérieur malgré le froid mordant. Lorsqu'ils revinrent à l'intérieur, ils trouvèrent Missouri éveillée, occupé à relancer le feu dans la cheminée.
« Vous l'avez laissé mourir ! » reprocha-t-elle en disposant des petits rondins de bois de manière savante.
« On est pas vraiment experts en feu de cheminée, Missouri ! » opposa Sam.
Missouri ne répondit pas. Dean leva les yeux au ciel ; il était persuadé que s'il avait répondu la même chose de la même manière, la vieille femme l'aurait menacé d'une fessée ou d'une autre chose dans le même style. Jefferson et Bobby se levèrent peu de temps après, puis ce fut le tour de Tamara. Ellen dormait toujours à poings fermés.
« Missouri… Vous lui avez donné quelque chose ? » s'inquiéta Dean.
Elle eut l'air scandalisée par la question. « Tu demandes si je l'ai droguée ?! La réponse est non, évidemment ! C'est seulement le contrecoup du choc, c'est tout à fait normal ! »
Quelques heures plus tard, Ruby fut de retour. Voyant que tous les regards étaient braqués sur elle, elle se racla la gorge. « J'ai rien trouvé, cinq toutous de Lilith me sont tombés dessus. J'ai réussi à en tuer trois, les deux autres m'ont poursuivi pendant une éternité ! »
« T'es sûre d'avoir réussi à les semer ? » invectiva Sam.
« Bien sûr, sinon je ne serais pas revenue ici ! » rétorqua-t-elle avec humeur.
« Alors qu'est-ce qu'on va faire ? » demanda Dean, presque boudeur.
« On va rester ici, trancha Sam. On n'a pas vraiment le choix et puis de toute façon, le déplacement aurait été dangereux et surtout très pénible, avec le stock d'eau bénite à transporter. » Il regarda autour de lui et secoua la tête. L'endroit n'était vraiment pas à son goût ; c'était encore pire que la majorité des motels dans lesquels ils s'étaient reposés à travers tout le pays.
Cependant, ils disposaient d'un confort rudimentaire ; ils pouvaient s'allonger et se reposer sur des paillasses, ils avaient de l'eau à disposition et Bobby avait même ramené de quoi sustenter tout un régiment pendant une bonne semaine lorsqu'il était sorti chercher Tamara et Jefferson. Le seul inconvénient, comme Dean l'avait soulevé fort à propos un peu plus tôt, était qu'il ne pouvait pas se doucher. Alors, ils allèrent braver le froid et la morsure glaciale de l'eau du ruisseau pour se nettoyer de façon sommaire par groupe de deux ; l'un montait la garde pendant que l'autre faisait sa toilette.
Avant que le soleil ne disparaisse tout à fait dans le ciel, Dean regarda les dégâts occasionnés par les démons sur sa voiture. Les vitres étaient complètement explosées et la carrosserie toute cabossée mais rien de critique en définitive ; Dean avait eu beaucoup plus de travail après l'accident qui leur avait coûté la vie de leur père. L'intérieur en revanche serait plus difficile à récupérer : des tâches de sang imprégnaient le cuir un peu partout, l'une des ceintures avait été coupée et le plafond avait été éventrée par un coup de couteau malheureux.
Une odeur nauséabonde irrita le nez de Dean pendant son inspection méticuleuse. Il chercha rapidement et trouva vite l'objet du délit ; une main énorme était en train de pourrir sur le plancher. Dean grimaça, sortit un mouchoir d'une de ses poches et saisit la chose à deux doigts, peu désireux de la toucher. Il alla ensuite s'en débarrasser en la jetant dans des fourrés un peu plus loin.
La soirée passa lentement et l'ambiance était tendue comme un fil sur le point de se rompre. On parlait peu et chacun méditait dans son coin. D'un commun accord, ils se couchèrent de bonne heure. Cela leur permettrait d'être en forme pour le lendemain et surtout, le sommeil leur éviterait de trop s'affoler à la perspective de ce qui devait arriver le lendemain.
