Une salle sombre, presque totalement noire. Les murs recouverts de photos et d'articles en tout genre, des mots annotés un peu partout. Des piles entières de dossier reposaient sur la table. La seule source de lumière dans cette salle était la lueur blafarde que projetait l'écran de l'ordinateur portable sur Izaya et le plafond. Il était assis en tailleurs sur le canapé. Une épaisse couette le recouvrait presque totalement et seuls son visage et ses mains paraissent hors de celle-ci. Il pianotait à une vitesse effarante sur les touches du clavier. Ses yeux parcouraient en un instant les sites qui s'ouvraient puis se fermaient les uns après les autres sur l'écran. Il avait d'énormes cernes sous les yeux. Il ne savait pas à quand remontait son dernier repas et cela devait faire bien deux ou trois jours qu'il n'avait pas dormi. Il n'avait pas le temps de le faire car dans un moment à peine, son poursuivant le rattraperai et alors ça en serait fini, Game Over. Et il était hors de question qu'il perde. Ce n'était tout simplement pas envisageable. En plus, il y était presque. Plus que quelques recherches à effectuer et il aurait toutes les cartes en main. Très bientôt, ce n'était que le temps de quelques minutes à peine et il n'aurait plus qu'à mettre son plan en marche. Il se leva pour se préparer un thé. Il quitta pour la première fois sa couette depuis au moins 72h et marcha à travers le petit salon dans lequel il se trouvait actuellement. Il avait dû quitter momentanément son appartement afin de ne pas se faire remarquer et se trouvait actuellement dans l'une de ses nombreuses planques de la ville. Il s'apprêtait à franchir l'encadrement de la porte quand il fut pris de violents vertiges. Menaçant de s'écrouler à tout moment, il s'accrocha in extremis au mur. Ce n'était pas le moment ! Encore un peu. Juste l'affaires de quelques minutes, une demi-heure tout au plus. Mais pas maintenant ! Ses vertiges s'étant calmés, il se dirigea vers la cuisine mais ses jambes le lâchèrent. Il s'effondra sur le sol et ses paupières se fermèrent automatiquement tandis qu'il sombrait dans un sommeil des plus profond.
Izaya se réveilla, la lumière du jour éclairait vaguement la pièce à travers les petits espaces présents sur le store. Il se releva. Malgré le fait qu'elle l'ait interrompu en plein pendant ses recherches, cette sieste inopinée avait au moins eu pour effet de redonner des forces et même s'il avait l'estomac dans les talons, au moins, maintenant, il était en pleine forme. Il alla achever les derniers réglages nécessaires à l'exécution de son plan et se prépara enfin repas bien mérité. Plus que quelques heures à passer dans cet endroit des moins accueillants et il pourrait enfin retourner chez lui. L'informateur alluma la télé et regarda les informations. Apparemment, le fameux assassin fantôme avait mystérieusement disparu sans laisser de traces. Normal, vu que sa dernière cible était cachée et qu'il ne savait pas où elle se trouvait. Il sourit en y pensant. Et dire que la personne en question attendait depuis trois semaines d'enfin pouvoir l'assassiner. Il avait disparu à son nez et sa barbe. La prochaine fois, il évitera de le provoquer aussi directement en duel, peut-être...
L'homme à la capuche noire avançait, dans l'ombre des lampadaires. Il était accompagné d'une autre personne légèrement plus petite qui tentait maladroitement de se mouver aussi agilement que son acolyte, tout vêtu de noir, lui aussi. Ils étaient à la recherche de quelqu'un. Une personnes qu'ils recherchaient activement depuis maintenant presque trois semaines, et ils l'avaient enfin trouvé. Le plus grand des deux menaient la danse et conduisait l'autre vers l'endroit en question. Après une bonne quinzaine de minutes à déambuler dans les rues sombres de la ville, le premier s'engagea dans une ruelle suivi de son compagnon. Il le laissa volontairement lui passer devant et quelques secondes plus tard, ils arrivèrent au bout de la rue. Mais il n'y avait aucun chemin qui en débouchait. C'était un cul de sac. Le petit commença à s'énerver.
-Mais tu te fous de moi, Vorona ! Je croyais que tu m'emmenait là où était ce satané informateur !
La personne en question se contenta d'ignorer la question quand son téléphone vibra dans sa poche. Elle décrocha et lu le SMS avant de le ranger purement et simplement. Il contenait les directives à suivre, or, il n'était pas encore temps d'agir.
-Vorona ! Et réponds-moi quand je te parle ! C'est moi qui vais te payer à ce que je sache !
La personne qui l'accompagnait garda tout son sang froid face aux menaces implicites du plus petit et lui répondit sur un ton calme, aucune expression sur le visage. Elle était habituée à côtoyer des gens bien plus intimidants et dangereux, ainsi, l'autre ne lui faisait aucunement peur. Si elle avait voulu le tuer, elle n'aurait eu aucun mal et aurait été fini en cinq secondes même pas.
-Il arrivera bientôt. Pour l'instant, il n'est pas encore temps pour lui de se montrer.
Malgré l'appréhension qui l'habitait, il avait confiance en sa partenaire. Il savait qu'elle remplissait toujours ses missions et qu'Izaya viendrait. Il se mis donc à attendre, patiemment. Au bout de cinq minutes environ, l'informateur apparut en haut du mur formant un cul de sac. Il dominait la scène de quelques mètres de haut et affichait un sourire mauvais. L'homme en habits noirs se figea instantanément tandis que la personne la plus dangereuse de tout Shinjuku prenait la parole.
-Merci de me l'avoir amené, Vorona. C'est très gentil de ta part.
Ses paroles respiraient l'hypocrisie et l'ironie. En même temps, il le faisait volontairement. L'homme en noir devint soudainement très pâle il explosa, la colère et la peur au ventre.
-Traîtresse ! Tu m'as trahi !
Il s'élança vers son acolyte avec un couteau qu'il avait sorti de la poche de son manteau mais celui-ci l'esquive sans peine, lui fit un croche pied et le retourna par terre avant de lui attraper les mains et de les plaquer dans son dos. Elle lui aurait volontiers réglé son compte mais il ne devait pas encore mourir. Son employeur en avait encore besoin et puis, cela était spécifié dans les ordres. Elle n'avait pas le droit de le tuer. Et puis, ce qu'il disait était faux, en plus.
-Je ne t'ai pas trahi. Je t'ai apporté la personne que tu m'avais demandé. Mon travail est fini. Maintenant, ma mission, c'est que tu restes ici.
Cette situation divertissait Izaya au plus haut point. Il ne regrettait pas d'avoir du passer trois semaines dans cet appartement insalubre. Observer la personne qui avait tout fait pour le tuer dans un tel état était terriblement amusant. Un rire machiavélique s'échappa de sa bouche. Il se tenait le ventre tant il trouvait tout cela des plus drôles. Il descendit finalement de son perchoir et s'approcha de la personne immobilisée au sol.
-Hé bien, tu fais moins le fier, maintenant. Tu as toujours envie de me chercher des ennuis ?
L'homme à terre tenta de cracher sur Izaya mais celui recula vivement d'un grand pas.
-Et malpoli en plus de ça. Je pensais que tu aurais plus de répondant... Non seulement tu n'es pas capable de tuer toi même tes victimes mais en plus tu n'as aucune repartie. Quel bien piètre tableau tu nous affiche là...
Izaya haussa légèrement les épaules en tournant le dos à la personne victime de ses manigances. Il avait visiblement heurté la fierté de celle-ci car elle plissa les yeux et lui répondit, un air hargneux sur le visage et la voix tremblant de colère.
-Parle pour toi ! C'est pas moi qui m'amuse à manipuler tous les gens de cette ville pour que tout se passe comme je le souhaite sans avoir à quitter un seul instant mon appartement luxueux, en haut de ma tour d'ivoire !
Izaya regarda l'homme qui l'avait ouvertement critiqué de biais et son sourire diabolique s'élargit encore. Il sortit son couteau à cran d'arrêt et le pointa en direction du mystérieux assassin.
-Finalement, tu es plus amusant que je ne le croyais. Mais le temps est écouler. Il est maintenant l'heure de dévoiler ton identité, tu ne crois pas ?
L'homme à terre paru surpris pendant quelques instant. Il n'aurait donc pas découvert qui il était ? On parlait quand même du plus grand informateur de tout Tokyo quand même... Et surtout d'Izaya Orihara... Il était impossible que celui-ci ait pu passer à côté d'un tel détail.
-Parce que tu ne l'as pas trouvée ?!
Izaya ricana en s'approchant de sa victime. Il était vraiment simple d'esprit. Même son Shizu-chan aurait amplement compris de quoi il voulait parler.
-Oh, non. Moi je sais très bien qui tu es... Je parlais plus pour Vorona, pour qu'elle sache qui lui a demandé d'assassiner toutes ces personnes...
Il s'accroupit devant l'homme vêtu entièrement de noir et saisit sa cagoule. Il la transperça de son couteau à cran d'arrêt qui déchira lentement le tissu sombre dans un suspense insoutenable et révéla enfin l'identité de la personne qu'elle abritait des regards.
