Chapitre 6
Hiver 1942-1943
Les sentiments qui animaient Hermione et Drago n'avaient pas diminué durant le séjour de l'officier dans son pays. Ils s'étaient retrouvés comme ils s'étaient quittés. Bien qu'ils aient dû attendre une journée entière pour enfin se revoir.
- Tu m'as manqué ! fit Drago, en courant embrasser Hermione.
Elle avait attendu dans sa chambre qu'il rentre de la gare et avait ouvert les bras pour le serrer contre elle.
Et elle était encore sur les lieux au petit matin, lorsque le jour filtra par la fenêtre.
Elle ouvrit un œil, la joue contre le torse de son officier et sourit. Elle déposa un doux baiser sur son pectoral. Il remua dans son sommeil. Elle se glissa hors du lit, attrapa ses vêtements, éparpillés dans la pièce et se dirigea vers la salle de bain. Elle referma doucement la porte derrière elle, alluma la douche et se glissa dessous quand l'eau fut assez chaude.
Elle n'y resta pas longtemps cependant, de peur de réveiller Drago dans la pièce d'à-côté.
Elle s'habilla et retourna dans la chambre.
- Tu aurais dû me réveiller, lâcha Drago les yeux encore clos.
Hermione se pinça les lèvres. Elle l'avait réveillé.
- J'aurais pu t'accompagner sous la douche, fit Drago en ouvrant un œil, un sourire malin sur les lèvres.
Hermione rougit rien qu'en en pensant. Elle n'était pas encore habituée à tant de proximité avec un homme.
Drago se releva soudain et l'attrapa par la taille. Elle laissa échapper un cri en tombant sur le matelas alors que Drago la surplombait, les mains de chaque côté de sa tête.
Il se pencha pour l'embrasser, caressant ses cheveux du bout des doigts. Et elle ne put lui refuser les caresses qui suivirent.
- D -
Mais comme tout bonheur, il eut une fin.
C'était au courant du mois de novembre 1942.
Le postier avait apporté à Drago une lettre de ses parents. Il en avait été peu surpris d'abord jusqu'à en lire le contenu.
Hermione voyait son front se plisser au fur et à mesure qu'il progressait dans sa lecture.
Elle attendit poliment qu'il ait fini pour l'interroger sur le contenu.
- Est-ce que ça va ? Tu as l'air…tout retourné.
Drago lança violement la lettre sur son bureau et commença à faire les cents pas en jurant en allemand. Il avait essayé d'apprendre les rudiments de sa langue à Hermione, mais ce vocabulaire lui était parfaitement inconnu.
Hermione sursauta lorsqu'il frappa son bureau du poing.
- C'est…si grave que ça ? tenta la jeune fille.
Drago respira avant de lâcher, très irrité :
- Mes parents me préviennent qu'ils viendront à Paris pour les fêtes de fin d'année.
- Ah…
- Mais c'est pas ça qui me met hors de moi !
Hermione ne comprenait pas.
- Ils amènent « une jeune fille de bonne naissance » avec eux ! Je peux te parier la terre entière qu'ils vont vouloir nous fiancer !
Hermione ressentit un pincement violent au cœur. Une foule de question se précipitait dans sa tête mais aucune ne voulait franchir ses lèvres.
- Ils ne me laisseront jamais ! explosa Drago. JAMAIS !
Hermione le voyait déjà s'éloigner d'elle. Mais elle était incapable de faire le moindre geste pour le retenir même si ce n'était pas sa volonté qui manquait. C'était comme si ils étaient tous les deux attirés par des courants contraires.
- D -
A la suite de cette lettre, Drago s'était refermé sur lui-même. Il était très préoccupé par les évènements qui arriveraient très prochainement et ne parlait plus beaucoup. Des cernes d'anxiété étaient apparus sous ses yeux bleus.
Hermione se faisait muette en sa présence, pour ne pas dilapider le précieux temps qui leurs restait ensemble en paroles inutiles.
Et les parents de Drago avaient débarqués quelques jours avant Noël.
Hermione les avait guettés longtemps. Et elle les avait reconnus tout de suite. Combien de fois avait-elle nettoyé leur photo encadrée dans la chambre de leur fils.
Mais elle voulait surtout savoir à quoi ressemblait la jeune femme qui mettait en équilibre précaire sa relation.
Hermione chercha à la voir. Mais à chaque fois elle n'avait qu'une partie de son anatomie en vue, jamais sa personne en entier encore moins son visage.
Elle n'en pouvait plus de ne pas savoir. Cela la rendait malade.
Il était tard un soir et alors que son esprit ne la laissait pas en paix avec ça sur le chemin jusqu'à chez elle au détour d'une rue, elle fonça dans quelqu'un.
Elle releva machinalement les yeux. Et eu un moment de trouble.
Drago.
- Excuse…ez-moi ! fit elle rougissante.
En dehors de l'hôtel, ils ne se connaissaient pas.
Il lui sourit. Hermione s'apprêta à faire la même chose, mais eut un pincement eu cœur en remarquant qui accompagnait le jeune Capitaine.
Une très belle jeune femme. Grande, brune et très élégante dans son manteau d'hermine blanche.
Hermione s'en fuit.
Voir Drago en compagnie d'une autre femme, la retournait. Elle avait envie de pleurer.
Jamais elle n'arriverait à la cheville de cette femme. Qu'est-ce que Drago lui trouverait quand ils se reverraient ?
Elle fit un détour et entra au Warthog, le pub où son amie Ginny l'avait emmenée et où…Non. Elle refusait d'y penser.
Heureusement pas de chanson ce soir, elle n'avait pas le cœur à ça de toute manière. Hermione jeta un rapide coup d'œil autour d'elle et reconnu la chevelure de son amie au milieu de celle de ses frères.
Son amie l'aperçut.
- Hey, Miny ! Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Hum…Besoin de me changer les idées.
- Oh…Tu veux en parler ?
Hermione secoua la tête.
La serveuse et son décolleté arrivèrent et elle regarda Hermione de bas en haut avec un petit air supérieur.
- J'vous sers quoi ? fit-elle, sèche.
Hermione sortit quelques maigres pièces de sa poche.
- Ce que vous avez de plus fort.
La serveuse prit les pièces et alla préparer la consommation.
- Tu veux venir chez nous ce soir ? reprit Ginny.
Le chez nous c'était le petit appartement qu'elle partageait avec ses frères. Du moins les jumeaux et Ron. Bill et Charlie était déjà casés avec femmes maison ailleurs et Percy avait le sien.
Hermine accepta.
La serveuse lui ramena 10cl de vin. Hermione les vida d'une traite.
Ginny se tourna vers ses frères.
- Je rentre. Miny reste ce soir.
- Chouette ! firent les jumeaux en chœur.
Ces deux-là étaient toujours parfaitement synchro. Hermione sourit un peu.
Ginny et elle quittèrent le bar et aucun ne parla sur le chemin.
- Tu ne veux toujours pas te confier ? demanda Ginny. Ça te ferait du bien.
Hermione soupira.
- C'est pas que je ne veux pas. Mais je…peux pas.
- Ça concerne l'autre bosch là ?
Hermione soupira une nouvelle fois.
- En quelque sorte…
Un scénario germa dans son esprit à cet instant.
- Tout ce que je peux te dire c'est que…
Hermione inspira. Ça pouvait marcher.
- Disons que…notre petit espionnage va être compromis, je sens. Je l'ai vu avec une autre femme.
- Ah ?
- Une allemande, très belle. Je ne pense pas que notre…aventure continuera.
- Tu commençais à l'apprécier, hein ?
Hermione sursauta.
- Mais non, je… commença-t-elle.
- Arrête, je le vois bien.
Hermione soupira encore une fois. Ginny continua.
- Peut-être qu'il vaut mieux que vous vous quittiez maintenant. Avant que l'un de vous ne s'attache trop à l'autre. S'il doit se marier, tu en souffriras moins si vous vous séparez maintenant.
Hermione la fixa sans dire un mot.
- Oui…Tu as raison…lâcha-t-elle, finalement.
Bien sûr qu'elle avait raison.
Seulement, il était trop tard.
Hermione l'aimait déjà.
- D -
Le lendemain, elle alla travailler avec Ginny. Les deux jeunes filles avaient passé une courte nuit car elles avaient beaucoup discuté et les garçons étaient rentrés, un peu éméchés, dans la nuit.
Hermione avait pris son service en espérant ne pas croiser Drago.
- D -
Hermione allait partir après sa longue journée. Elle rangeait son plumeau, lorsqu'on déposa un baiser dans son cou.
Elle sursauta et fit volte-face, prête à frapper son agresseur.
Elle se ravisa de justesse en voyant la chevelure platine.
Hermione rougit et jeta des regards anxieux de chaque côté du couloir.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? murmura-t-elle. On ne devrait pas se voir.
- Et si j'en ai quand même envie ?
- Je suis française. Tu es allemand… et peut-être bientôt fiancé.
Drago fixa ses souliers quelques secondes puis releva la tête vers elle.
- Justement. Je voulais te parler de ça.
- De quoi ?
- Viens.
Il prit sa main et l'entraina dans sa chambre. Là, il inspira profondément.
- Je suis fiancé. Officiellement.
Hermione aurait voulu crier que c'était impossible, que c'était une blague qu'il lui faisait. Mais au lieu de ça elle resta figée sur place, le cœur en miettes.
- Crois-moi je n'ai aucune envie qu'elle soit ma fiancée mais…
- Alors pourquoi l'est-elle ?
Hermione avait été sèche. Elle le regrettait.
- Ça ce voit que tu ne connais pas mon père.
- Je t'en prie, présente-le moi.
Drago soupira.
- C'est pas ça. C'est…Il a refusé que je formule mon avis.
- Mais il s'agit de ta vie !
Drago fit un pas vers elle et allait dire quelque chose, lorsque la porte s'ouvrit.
Un homme, grande, à la stature militaire et platine comme Drago entra, suivit d'une femme blonde à la beauté froide.
- Sonn, ist alles in Ordnung?
- Ja, Vater. Hum…Sie ist Hermione, ein… Freudin.
Le père de Drago la dévisagea, hautain.
- Guten Tag, fit Hermione, la voix fluette en tendant la main.
Mr Malefoy la regarda mais ne la serra pas. Hermione retira sa main, mal à l'aise.
Un silence gênant se fit dans la pièce.
- Mon fis é fioncé, lâcha le père de Drago.
- Je sais, répondit poliment Hermione. Le Capitaine me l'a annoncé.
- Le mariache é préfu…
- Vater ! Bitte ! Ich kenne sie nicht !
Le père fit volte-face vers son fils.
- Ich kannte nicht deiner Mutter ! Und doch ! Deine Verlobte ist von einer guten Familie abstammend. Du wirst sie heiraten ! Für die Ehre unserer Familie !
Hermione ne disait rien. Premièrement, parce qu'elle comprennait Drago quand il disait que son père ne le laissait pas émettre son avis, et deuxièmement parce-qu'elle n'avait pas tout compris. Juste une chose : elle n'épouserait jamais Drago.
Celui-ci eut le malheur de jette un œil à Hermione. Son père le remarqua immédiatement. Il avait compris.
- Je vais m'en aller…murmura-t-elle en quitta la pièce où régnait une pression insoutenable.
A peine sortie, elle se plaqua contre le mur et reprit son souffle. Mais elle entendait le père de Drago poser des questions sur elle et s'indigner que son fils côtoie une personne que travaille.
Elle fila chez elle, sans même prendre le temps de se changer.
