Chapitre 7 :

La fin des cours approchait au lycée Deimon. Tous les élèves quel qu'ils soient, fixaient avec impatience la pendule de la salle de classe, comptant les secondes au même rythme que celle de la grande aiguille. Et quand enfin celle-ci passa le chiffre douze et que la sonnerie retentit, tous se levèrent avant que le professeur ait fini sa phrase. Le seul but qui animait ces lycéens impatients, était de vite quitter le lycée et de profiter de leur weekend.

Pour ceux qui faisaient partis d'un club sportif en revanche, il en était tout autre chose. Ils s'empressaient rejoindre leur club respectif et de s'entraîner. C'était le cas des membres du club de football américain. Ils se pressaient avec d'autant plus d'entrain que chez eux, les retards n'étaient pas tolérés. L'arme qui était constamment pointée sur eux s'avérait être une motivation suffisante pour être à l'heure.

« On est là Hiruma-san ! s'exclama Sena.

- On est prêt pour l'entraînement ! poursuivit Monta. »

Une salve de tir les fit danser sur place. Puis les hurlements du quarterback les firent rejoindre leurs positions en un clin d'œil. Le temps pressait pour eux. Ce dimanche, ils assistaient au tirage au sort du tournoi de Kantô. Après, ils n'auraient que deux semaines pour se préparer au premier match.

Ayako observait tout cela de loin, assise sur le bord du terrain. Après quelques jours passés au lycée, elle avait fini par s'y faire tant bien que mal. Elle avait commencé à discuter avec les élèves de sa classe, son patron avait réaménagé ses horaires, et elle obtenait des notes plus que satisfaisante. Oui, elle s'était adaptée.

Elle regardait l'entraînement des Devil Bats attentivement. Chacun des joueurs se donnaient à fond. On pouvait sentir leur détermination à des kilomètres. Les linemen faisaient reculer leur machine à chaque impact. Les receveurs captaient les balles à une vitesse impressionnante et Sena était plus rapide que jamais. Depuis que le lycée connaissait son identité, il semblait libérer d'un poids, comme s'il avait enfin révélé sa véritable personnalité.

Au bout d'un moment, Ayako s'étira et se leva. L'entraînement allait sûrement être long alors autant ne pas s'éterniser. Elle avait autre chose. Elle quitta le terrain d'entraînement au moment où Hiruma tirait une énième fois en l'air.

Elle avait à peine franchi le portail de l'école qu'une tornade brune fonça sur elle.

« Super ! T'es enfin là ! s'écria Junko. Ça fait des heures qu'on t'attend.

- A… Ah bon ? s'étonna la jeune fille.

- Ouais, on avait à te parler, intervint une voix bien connue.

- Akaba ? »

C'était bien Akaba. Lui, Junko et Keiji l'avaient attendu pendant près de vingt minutes dans le but de lui annoncer quelque chose de « super ultra important » selon les propres mots de Junko.

« Et c'est quoi ce truc « hyper ultra important » ? interrogea Ayako.

- Super ultra important, rectifia Keiji en levant le doigt.

- Oh tais-toi ! le rembarra Junko. Non, c'est vraiment important. Hayato a trouvé un nouveau guitariste. »

Ayako ouvrit de grands yeux.

« Déjà ?

- Pas mal, hein ? fit la claviériste. Et il est excellent, je l'ai entendu jouer !

- Je précise que moi je ne l'ai pas encore entendu, moi, intervint Keiji.

- Mais comment t'as fait pour le trouver si vite ? interrogea Ayako.

- Le hasard, répondit Akaba. Je passais dans la rue quand je l'ai entendu. Ayako, c'est lui qu'il vous faut ! »

Ayako regardait son ami, l'air ébahi. Elle avait une totale confiance en Akaba mais qu'il ait trouvé un guitariste si rapidement et en plus par hasard… c'était un peu surprenant.

« Et c'est qui ce guitariste de génie ? demanda-t-elle.

- Là, je vais m'amuser, murmura Keiji avec un sourire.

- En fait, on sait pas, avoua Akaba. Je l'ai juste vu une fois dans la rue. Mais je sais où est son école.

- C'est là que je l'ai entendu, poursuivit Junko. Et je t'assure que c'est lui qu'il nous faut !

- Mais vous ne savez toujours pas qui il est, dit Ayako.

- On voulait t'en parler d'abord, expliqua le tight-end. »

Maintenant que c'était fait, rien ne les empêchait d'aller voir ce fameux guitariste. Ayako prit tout de même le temps de réfléchir, juste pour la forme. Trente secondes plus tard, elle embarqua Junko, Akaba et Keiji et partit à la recherche du guitariste.


« Je peux savoir ce qu'on fait là ? demanda Misaki.

- On cherche le nouveau guitariste, répondit Junko.

- Et on est obligé de se cacher pour ça ? poursuivit-il.

- Non, dit Akaba en sortant de la cachette.

- Hé ! protestèrent les deux filles. »

Le regard de reproche que leur lança le tight-end les firent taire instantanément.

Misaki soupira. Ses amis avaient débarqués à l'improviste au bar dans lequel il travaillait et l'avaient forcé à les accompagner sans daigner lui expliquer ce qu'ils préparaient. Ce n'est que pendant qu'ils cavalaient dans la rue alors qu'il essayait de mettre sa veste et son chapeau qu'il avait capté quelques bribes d'explications dont la principal : ils allaient avoir un nouveau guitariste.

Akaba les avait emmenés dans un quartier un peu huppé de la ville et ils s'étaient tous retrouvés à patienter dans une rue commerçante entre une banque, un restaurant, et un collège.

« Attends, fit Keiji. Me dis pas que le gars qu'on cherche est un collégien ?

- Si. Pourquoi ?

- Mais on peut pas avoir un collégien dans le groupe ! tempêta le batteur. »

Ayako et Misaki en restèrent bouche bée. Jamais ils n'auraient imaginé que le prodige que Junko et Akaba voulaient leur présenter était un collégien. Et il fallait être honnête : l'inquiétude de Keiji était légitime.

« Tu es sûr qu'il a le niveau ? interrogea Ayako.

- Aya, tu me connais, dit Akaba, je n'engagerai pas un amateur pour le groupe. Ce gamin a plus que le niveau.

- Mais il s'agit pas de niveau Akaba ! protesta Keiji. Un collégien, t'imagine la galère que ça sera pour un concert ? Nous, au lycée on a déjà du mal à trouver mais si en plus on se traine un gosse… »

Encore une fois, elle approuva Keiji. Les boites étaient intransigeantes sur l'âge des groupes qu'elles embauchaient. Mais puisqu'Akaba était si sûr de lui, pourquoi ne pas se fier à lui ?

« On va voir de quoi il est capable, dit-elle. On verra pour son âge plus tard.

- Le voilà, il arrive, prévint Junko. »

La claviériste désigna un jeune garçon qui venait de sortir de l'école. La masse de collégien qui sortait au même moment empêchait de le voir clairement, mais les cinq compères purent distinguer une silhouette petite et frêle.

« C'est lui ? interrogea Misaki. Mais il a quel âge ?

- J'en sais rien mais c'est vrai qu'il fait jeune, admit Akaba. »

Il voulut l'aborder mais au même moment un groupe de fille entoura l'adolescent.

« Ren-kun ! clama-t-elle l'une d'elles. »

Le dénommé Ren s'arrêta et Ayako put mieux voir son visage. Il était extrêmement difficile de lui donner un âge tant son visage était fin, un peu comme celui d'une fille. Après quelques instants de réflexion, elle réalisa que ce n'était pas des traits féminins mais plutôt une espèce de grâce.

« Ren-kun, reprit une des filles, tu veux bien nous jouer un morceau, s'il te plait ?

- Désolé, je ne peux pas, répondit-il. Ma mère veut que je rentre tôt.

- Oh s'il te plait, Ren-kun ! Un tout petit.

- Mais je n'ai pas ma guitare.

- C'est pas grave, on a emprunté celle de la salle de musique, dit une autre en montrant l'instrument en question. »

Le jeune garçon soupira et regarda sa montre. Il semblerait qu'il était coincé et qu'il devait jouer.

« D'accord mais juste un morceau, dit-il. »

Les filles approuvèrent en applaudissant. Ren prit les guitares, passa quelques minutes à l'accorder et commença à jouer. Dès les premières mesures, Ayako fut bouche bée. Ce gamin jouait très bien ! Pour quelqu'un d'aussi jeune, c'était impressionnant. La chanson était complexe mais il arrivait parfaitement à tout retransmettre.

« Il est super ! s'exclama-t-elle à voix basse. »

La grande surprise fut lorsqu'il se mit à chanter. À l'âge qu'il devait avoir, il aurait dû être en pleine mue. Mais au lieu d'un croassement disgracieux, ils entendirent une voix pure et étonnamment aigue pour un garçon.

« Et il sait chanter en plus ! s'étonna Misaki.

- Ça, par contre, on le savait pas, fit Akaba.

- En tout cas, c'est une bonne surprise, conclut Ayako. J'ai bien envie de le prendre.

- On t'avait dit qu'il était génial ! s'enthousiasma Junko. »

La chanson s'acheva et les spectatrices du moment partirent en applaudissement effrénés. D'autres élèves s'étaient arrêtés pour l'écouter et eux aussi applaudissaient avec enthousiasme. Gêné par tant d'attention, l'adolescent rendit la guitare et partit en vitesse. Seulement, Ayako lui barra la route.

« Salut ! lança-t-elle d'un ton joyeux.

- Heu… Salut, répondit-il, suspicieux.

- Ça va ?

- Qui êtes-vous ?

- Ah ! Je m'appelle Ayako. Et voici mes amis, Junko, Misaki, Keiji, et Akaba.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? demanda l'adolescent, toujours méfiant.

- En fait, on voudrait que tu fasses partis de notre groupe de musique, annonça son interlocutrice. »


Ren passa chez lui pour demander l'autorisation à sa mère de sortir ce soir, et après de tumultueuses négociations, il l'obtint. Il retourna donc voir le groupe d'amis qui l'avait attendu. Il les emmena alors dans un café non loin de chez lui.

« Donc vous voulez m'engager comme guitariste dans votre groupe de metal, résuma Ren. Mais… pourquoi moi ?

- Parce que t'es excellent ! s'exclama Misaki. Sérieusement, où est-ce que tu as appris tout ça ?

- Heu… Dans des cours ? Vous me trouvez vraiment si bon que ça ? »

Les cinq amis hochèrent la tête d'un air entendu. Oui, ils le trouvaient vraiment très bon.

« Je t'ai vu jouer une fois par hasard, expliqua Akaba, Et je suis revenu plusieurs fois après, on… ou plutôt, ils ont besoin de toi. »

Ren était à la fois perdu et gêné. Il ne savait pas quoi penser de cette proposition.

« Akaba, dit Ayako, était notre guitariste sauf qu'il doit partir. Alors on en a besoin d'un nouveau et toi, t'es celui qu'il nous faut.

- Vous êtes sûrs ?

- Oui !

- T'es peut-être un peu jeune, reprit Junko, mais c'est pas grave. On s'arrangera.

- Au fait, t'as quel âge ? demanda Keiji.

- Quatorze ans.

- Ouais, t'es vraiment un gamin… Aïe ! »

Considérant que sa remarque était déplacée, Junko avait donné un discret coup de pied à Keiji.

« N'écoutes pas Keiji, c'est un idiot qui ne parle pas assez pour trouver quelque chose d'intelligent à dire, lança la jeune fille tandis que Keiji la fusillait du regard. »

Les autres éclatèrent de rire et Ren se détendit un peu.

« Mais vous êtes sûrs ? demanda Ren. Je veux dire vraiment sûr de vouloir de moi ?

- Pourquoi crois-tu qu'on est là à essayer de te convaincre sinon ? fit Misaki.

- Tu n'es pas obligé de répondre tout de suite, dit Ayako. Réfléchis un peu et viens nous voir jouer pour te faire une idée. »

Ren baissa le regard sur son milk-shake et réfléchit à toute vitesse. L'idée de faire partir d'un groupe lui plaisait mais…

« Je ne sais pas si ma mère acceptera, murmura-t-il.

- C'est pas grave, relativisa Ayako. Comme je te l'ai dit, prends le temps de la réflexion. »

L'adolescent hocha la tête. Oui, il prendrait le temps de la réflexion parce que cette place de guitariste lui plaisait bien. Mais malgré tout, il craignait la réaction de sa mère qui avait totalement exclu la pratique de la musique.

« Donc on fait comme ça ? fit Ayako. Tu réfléchis et tu viens nous voir en concert ?

- Ça marche, répondit Ren. Quand est-ce que vous le faites ce concert ?

- Oui, Ayako, on le fait quand ce concert ? lança Keiji.

- On s'arrangera. On te préviendra quand on le saura. »

Ayako lui sourit. Le petit groupe quitta ensuite le café. Avant de partir, Ren laissa son numéro de portable à ses nouvelles connaissances, lesquelles le quittèrent en lui faisant de grands signes amicaux. Au final, la première impression de Ren ne fut pas négative et même plutôt positive. Certes, ils étaient un peu excentriques mais la chaleur qu'il dégageait lui avait fait du bien.

De leur côté, le groupe s'était rangé rapidement de l'avis de Junko et Akaba : Ren était parfait.

« Il est un peu réservé mais, je suis d'accord, il assure, dit Keiji.

- Même si c'est un gamin ? ironisa Junko.

- Il a quatorze ans, c'est-à-dire juste deux ans de plus que nous.

- Trois pour moi, rétorqua Akaba.

- Et moi quatre, soupira Misaki. Je me sens vieux tout d'un coup.

- Mais non, Misaki ! le rassura Ayako. T'es pas vieux, t'es juste plus âgé que nous. En fait, t'es notre grand-frère !

- Je te remercie, Aya. C'est très flatteur. »

Ils partirent d'un grand éclat de rire. La perspective d'avoir un nouveau guitariste leur enlevait un poids. Toutefois, il restait un détail à régler.

« On le fait où ce concert, Ayako ? interrogea Junko.

- Heu… je sais pas encore, répondit la jeune fille. Mais on va trouver !

- Comment ? continua Misaki.

- Je trouverais !

- Ayako, t'as pas la moindre idée de comment on va le faire ce concert, lança Keiji.

- Heu… »

Ils avaient sans doute régler le problème du guitariste manquant mais ils en avaient soulevé un autre : où faire un concert ? Comment ? Auparavant, ils pouvaient compter sur quelques connaissances pour obtenir une place dans une salle mais ils s'étaient arrêtés pendant plus d'un an. Et dans ce milieu, tout allait très vite.


« C'est moi ! clama Ayako en rentrant chez elle.

- Salut, lui répondit son frère de la cuisine. »

Elle déchaussa et le rejoignit dans la cuisine. Une odeur de poisson frit flottait dans l'air.

« T'es rentré plus tôt aujourd'hui ? s'étonna-t-elle.

- Non, je suis à l'heure, dit-il. C'est toi qui es rentré plus tard. »

Il désigna l'horloge du micro-onde et Ayako remarqua qu'il était largement plus de vingt-heures. Ça alors ! La discussion avec Ren avait duré si longtemps ?

« Désolé, s'excusa-t-elle. J'avais des trucs à faire.

- Oh, ça fait rien. Seulement, la prochaine fois, préviens s'il te plait.

- Ouais, j'avais pas vu l'heure. »

Musashi sortit une poêle dans lequel il versa une poignée de légumes.

« Dis-moi, commença Ayako en sortant une boisson du frigo, c'est bien ce week-end qu'à lieu le tirage au sort ?

- Ouais. Pourquoi ?

- Oh comme ça.

- Ayako.

- Bon, d'accord. J'ai un truc à demander à l'autre abruti. »

À ces mots, Musashi éclata de rire.

« Que tu demandes quelque chose, c'est déjà rare, s'esclaffa-t-il, mais en plus à Hiruma…

- Oh, la ferme ! On peut pas dire que j'ai le choix, c'est le seul à pouvoir m'aider.

- Pourquoi ?

- En fait, on a besoin de faire un concert mais on ne sait pas où. Dans la mesure où il a tout un tas de contact, je me suis dit qu'il pourrait peut-être m'en filer quelques-uns.

- Tu crois qu'il acceptera ?

- Peut-être, moyennant quelque chose d'autre.

- Fais attention, Ayako, jouer à ça avec lui, c'est dangereux.

- T'en fais pas, je sais comment jouer avec lui. »

Le jeune homme soupira. Comme tous les grands frères, il avait une légère tendance à protéger sa petite sœur même quand celle-ci s'avérait parfaitement capable de se défendre. Musashi surveillait donc sa sœur quand il pouvait. Mais il y avait une chose sur laquelle il voulait rester le plus neutre possible : les relations entre Hiruma et Ayako.

« Si tu le dis, dit-il. T'auras qu'à venir au tirage au sort, tu pourras lui poser la question à ce moment-là.

- Ouais… »

Elle resta évasive, fixant d'un air détaché la table de la cuisine.

« Ayako ? fit Musashi.

- Au fait, grand frère, tes légumes sont en train de brûler. »


Comme convenu, Ayako avait accompagné son frère au siège de la Ligue. Ils étaient arrivés peu après Hiruma et bien après Kurita et Komosubi, trop enthousiasme pour rester tranquillement chez eux à attendre. Les autres membres de l'équipe étaient arrivés ensuite au compte-goutte, d'abord Yukimitsu, Suzuna et Mamori (qui s'était offert une nouvelle coupe de cheveux pour l'occasion) et finalement les trois frères (qui n'avaient pas manqué de reprocher sa présence à Ayako). Plus le temps passait, moins Ayako parvenait à trouver le moment propice pour faire sa demande à Hiruma. Et après réflexion, cela l'arrangeait bien.

À moins de dix minutes du début du tirage au sort, il ne manquait que Sena et Monta. Mamori commençait à s'inquiéter alors qu'Hiruma regardait sa montre avec l'air de celui qui attend impatiemment que le spectacle commence. Lorsque les deux joueurs finirent par apparaitre au bout de la rue et complètement affolés, Hiruma sortit deux bombes et les balança en hurlant :

« Les retardataires doivent brûler en Enfer ! YA-HA ! »

Sena et Monta volèrent un instant dans les airs avant de retomber lourdement sur le sol. Ils se redressèrent et s'excusèrent devant leur capitaine qui avait sa tête des bons jours de menace.

Ce contretemps achevé, les Devil Bats purent se rendre sereinement à la réception. Ayako les laissa à l'entrée à la salle de réception, n'ayant pas l'autorisation d'y entrer.

« Tu es sûre que ça ne te dérange pas, Ayako-chan ? lui demanda Mamori.

- Mais non, pas du tout, la rassura la jeune fille. Je n'ai pas le droit d'y assister, ce n'est pas grave. Ne t'inquiète pas, j'attendrai bien sagement ici.

- Bon, très bien.

- Croise les doigts pour nous ! lança Suzuna. »

Ayako éclata de rire et mima le geste. Les deux filles lui sourirent et suivirent le reste de l'équipe dans la salle et les portes se refermèrent. Un curieux pressentiment envahit alors Ayako.

Une fois seule, elle resta quelques minutes encore face à la porte close. Plusieurs minutes s'écoulèrent et elle commença alors à avoir faim. Elle alla donc chercher une barre chocolatée à la machine. Puis, elle eut soif ensuite et alla se chercher à boire. Les minutes passaient beaucoup trop lentement.

Elle se demandait comment cela se passait, là, à l'intérieur. Ayako chercha alors un moyen s'il n'y avait pas moyen de savoir ce qu'il se passait à l'intérieur. Elle colla d'abord son oreille contre la porte puis tenta de regarder à travers le trou de la serrure. Puis elle abandonna lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était sûrement ridicule.

Son curieux pressentiment se mua en mauvais pressentiment. Elle sentait qu'il allait se passer quelque chose de pas très réjouissant lors de ce tirage au sort. Elle tenta alors de se remémorer les équipes qui participaient au Kantô. Il y avait déjà les Seibu Wild Gunmans et les Ôjô White Knights. Elle avait également appris d'Akaba que les Taiyô Sphinx et les Hakushû Dinosaurs s'étaient qualifiés. Avec les Devil Bats, cela faisait cinq équipes. Il restait donc trois places mais qui étaient les équipes ? Elle avait beau fouiller dans sa mémoire, elle n'arrivait pas à s'en rappeler. Et pourtant elle savait que dans les noms qu'Akaba lui avait cités, il y en avait de très important ! Rah ! Bon sang, qui oubliait-elle ?

Ayako tournait en rond dans le hall, se tordait les mains et se demandait sans cesse si les Devil Bats étaient passés. Il lui semblait qu'une éternité s'était déroulée depuis qu'ils étaient entrés dans le hall alors que cela faisait à peine un quart d'heure. À un moment, elle avait cru entendre des coups de feu étouffés dans la salle. Sans doute, un coup d'Hiruma. Donc, cela devait être leur tour. Et qui affrontaient-ils ?

Ayako soupira et se laisser à terre. Elle regardait encore et encore les aiguilles de l'horloge défilées beaucoup trop lentement quand tout à coup…

VLAM !

Les portes du hall s'ouvrirent à la volée et firent sursauter la jeune fille. Quatre jeunes hommes portant un uniforme s'apparentant à un habit de moine avaient fait leur apparition. L'un était baraqué et portait une écharpe d'inspiration bouddhique, le deuxième était plus petit, les cheveux hirsute et un chakra rouge sur le front. Le troisième avait le crâne rasé et ressemblait à s'y méprendre à un moine. Quant au dernier, celui qui menait la petite bande et qui ouvrit les portes de la salle de réception, portait des dreadlocks, des lunettes de soleil et un air ô combien insupportable.

Les Shinryûji Naga.

Elle se répétait mais elle avait vraiment un mauvais pressentiment.


Son mauvais pressentiment s'était confirmé en beauté ! Les Shinryûji Naga était l'équipe la plus forte du Kantô, ils avaient gagné neuf fois d'affilé le tournoi. Seul Ôjô arrivait tant bien que mal à rivaliser face à ceux que l'on appelait les dieux du Kantô. Et les Devil Bats affrontaient ces mêmes dieux au premier tour. Rien que ça.

Les joueurs avaient quitté le siège avec des têtes de condamnés à mort, se demandant pourquoi le mauvais tirage était toujours pour eux.

« Les Shinryûji Naga… murmura Sena, la main au ventre. »

Même Suzuna d'habitude si enjouée ne trouvait rien à dire. Kurita, lui était complètement abattu.

« Ça va aller ? demanda Ayako à son frère. »

Musashi ne répondit pas. Le regard noir, les sourcils froncés et les mâchoires serrées il affichait sa tête des mauvais jours.

« Bah ! Ils sont pas invincibles ! tenta de dédramatiser Monta. »

Peine perdue. L'atmosphère était même encore plus tendue.

Hiruma marchait un peu en retrait du groupe en mâchant son éternel chewing-gum. Ayako alla le rejoindre.

« Alors ? demanda-t-elle.

- Alors quoi ? répliqua Hiruma.

- Tu viens d'apprendre que tu allais affronter la meilleure équipe de la région et c'est tout l'effet que ça te fait ?

- Tu veux que je réagisse comment, fuckin'musicienne ? Il faudra bien qu'on les affronte si on veut aller au Christmas Bowl. »

Un point pour lui. Il avait raison, pour aller au Christmas Bowl, il fallait battre les meilleurs, Shinryûji y compris.

« Tu sais comment tu vas t'y prendre ? poursuivit Ayako.

- J'y réfléchis. »

C'est à ce moment-là que les Nagas sortirent de la Ligue, l'air plus arrogant que jamais.

« Tch ! Ce fuckin'dread est toujours aussi arrogant ! ricana Hiruma, son sourire démoniaque aux lèvres. »

Ayako haussa les épaules. Musashi les rejoignit à ce moment-là.

« Il ne change pas, soupira-t-il.

- Agon ? s'exclama Ayako. Le jour où il changera, il pleuvra de l'argent !

- Le fuckin'dread ne devrait être aussi sûr de son talent, fit Hiruma. Ça pourrait lui jouer des tours.

- En fait, je suis sûre que t'es ravi d'affronter Shinryûji, lança Ayako. Rien que pour faire payer à Agon ce qu'il a fait. »

Il ne répondit pas mais le sourire qui s'étirait sur son visage servait amplement de réponse. Les Shinryûji passèrent alors tout près d'eux et Agon ne se gêna pas pour leur jeter un regard méprisant. Pendant une fraction de seconde, Ayako eut l'impression que son regard s'était attardé sur elle. Mais elle se faisait sûrement des idées, les Shinryûji étaient passé très vite.

Sa main droite semblait la brûler de nouveau…