Mercredi, 30, novembre.

J'ai pleuré toute la nuit. De plus, je ne pouvais même pas téléphoner à Case pour lui demander de se justifier. Le lendemain, après une nuit horrible, passée à me morfondre, Donnie m'a écrit :

-Tu sais April, j'ai repensé à cela peut-être que Case ne se rappelait plus qui devait partir à -10. Ce n'est peut-être qu'un malentendu.

Merci Donatello pour cette pieuse consolation dix heures plus tard. Je n'ai pas répondu à Don J'ai décidé de ne pas voir les garçons. J'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée voir Casey, mais personne n'a répondu quand j'ai sonné. Que pouvais-je faire ? Je suis rentrée chez moi. Je n'ai pas téléphoné à Irma non plus. C'est à cause de cette sale peste que tout a commencé. Puis, j'en ai eu marre de broyer du noir à la maison. J'ai texté Raph.

-Salut R, Tu t'ennuies de Case? Tu veux boire une bière et fumer un splif avec moi sur les toits ? Je pourrais peut-être même te donner des points (émoticon sexy)

Je sais que je ne devrais pas être en colère contre Donnie, mais c'est plus fort que moi. J'ai l'impression quand quelque part, il jubile que ma relation avec Casey fasse boulette et ça m'enrage. Bref, cela a pris environ vingt minutes pour que Raph répondre, un texto vraiment peu enthousiaste.

-Ouais, pourquoi pas ?

Raph n'est pas un joyeux drille. Tout le monde le sait, mais le ton me semblait assez laconique pour l'activité proposé. J'étais un peu insultée : je proposais à Raph ses deux vices et je lui suggérai la possibilité d'avoir un quelconque truc sexuel ! Quel gars n'aurais pas sauté de joie ? Était-ce que la différence de points entre Leo et lui le décourageait à ce point ? Ou étais-je juste beaucoup moins divertissante que Casey, aucune idée, mais j'ai regretté presque mon invitation. De toute façon, j'étais blessée et c'était l'unique raison de mon offre. Même s'il l'ignorait, je voulais me venger de Casey. Je voulais lui faire mal comme il me faisait souffrir.

Raph est arrivé, en retard. Passer le gendarme de la fratrie des Hamato avait été ardu. Cette allusion à Léo m'a refait penser à la veille. Je voulais me changer les idées. A défaut d'être sereine, je voulais au moins satisfaire ma curiosité. Auparavant, j'ai demandé s'il avait des nouvelles de mon prétendu copain.

-Ouais, sa punition est levée vendredi.

-Il t'a parlé de moi ?

-Nope.

Raph était encore moins loquace que d'habitude. Je lui ai demandé si cela allait. Il a tiré une longue bouffée et m'a dit qu'il refuserait de répondre à toutes questions concernant Léonardo.

-Qui te dit que je veux t'en parler ?

-Donnie dit que tu es joliment obsédée par lui ces derniers-temps

-Non, pas par Léo. Seulement par votre dynamique familiale

-Ok. Et qu'est-ce que la grosseur de son membre à avoir là-dedans ?

-Raph, c'était de la pure curiosité féminine, ok ? Léo ne m'intéresse pas sur ce plan-là !

-Non, April, la phrase exacte est qu'aucun d'entre nous ne t'intéresse sur ce plan. Admets-le une fois pour toute !

-Voyons, Raph ? Pourquoi toute cette frustration d'un coup ?

-Je ne suis pas en colère. Seulement…parfois je regrette que nous t'ayons rencontré. Pas que tu n'es pas cool, il s'est empressé d'ajouter devant mon air blessé, jusque, tu vois là, il est trop tard. Tu vois c'est comme la purée d'algues. C'était notre ordinaire, mais depuis qu'on a découvert la pizza et d'autres trucs, on ne pourrait plus y revenir, tu comprends ?

Cela devait être la drogue qui rendait Raph si profond. Il était rare qu'il dise plus que deux phrases de suite. Je sentais que si je tirai juste un peu, un gros morceau du mystère allait se détacher.

-Je suis vraiment désolée…Pourtant, je crois que Donnie semble avoir accepté que…

-Tu ne comprends pas. La maladie de Donnie est contagieuse. Il a infecté les autres. En fait, il lui suffisait d'infecter Léo, le grand patriarche qui prend arbitrairement toutes les décisions pour tout le monde. Léo atteint… De toute façon, je ne veux pas en parler. Léonardo veut qu'on enterre cela et Donnie m'a averti que tu tenterais de me faire déballer nos secrets de famille.

Donc, il y avait vraiment un secret quelque part…Il a continué un peu, disant que je ne comprenais pas vraiment leur situation. Que me connaitre était à la fois une bénédiction et une malédiction. Que désormais ses frères et lui ne pourraient plus être heureux, même si je leur apportais de la joie. J'étais toute étourdie. Je lui ai demandé ce qu'il voulait dire. Il n'a pas répondu, m'a remercié pour le joint et la bière et m'a dit qu'il devait rentrer avant que son grand frère s'inquiète. Je l'ai retenu un instant.

-Tu sais Raph, Léo ne peut contrôler votre vie sous tous ses aspects, pour toujours. Rien ne t'empêche de te barrer.

-Ah et que ferais seul ? Oui, la situation craint, mais pas au point de finir solo dans un coin d'égout ! Parce que sous aucune considération, Donnie ou Mikey vont désobéir à Léo. Et on ne laisse aucune tortue derrière, c'est la règle. On va vivre et mourir ensemble. Y a pas d'autres options. Le reste c'est du rêve. Du délire. Même Donnie n'y croit plus. Mais Léo ne peut pas briser le cœur à Mikey. Tu sais que le gamin croit encore au père Noel ? Léo nous interdit de lui briser son « innocence d'enfant ». Et tu sais pourquoi ? Léonardo crève d'envie d'avoir ses propres mômes, mais il sait qu'il n'en n'aura jamais. Alors, il défoule ses désirs frustrés de paternité sur Mikey. Mikey aura 40 ans et Léo lui achètera encore des figurines ! Il lui cachera encore ses œufs à Pâques ! Il le bordera encore le soir ! Il lui pardonnera toujours ses conneries ! Tu sais que maintenant Léo reçoit des cartes à la fête des mères ET des pères depuis la mort de Maitre Splinter ? Et aussi à la foutu fête japonaise des grands frères et…

Là, j'ai interrompu Raph dans ce qui semblait une crise absurde de jalousie. Même si j'avais aucune idée de qui il était jaloux exactement. De Léo qui aimait Mikey ou de Mikey qui aimait Léo.

-Mais pourquoi dis-tu qu'il ne pourra pas avoir d'enfants ? Karai…

D'un rire qui m'a vraiment fait frissonner, il m'a répondu :

-T'as vraiment rien compris, rouquine. Karai a beau être redoutable, Léo ne pourra jamais toucher une fille sans la casser en deux ! Il a beau étudier et peaufiner ses préliminaires, reste qu'aucune fille ne se contentera de ce genre d'artifices bien longtemps, aussi doué soit-il. On est pas compatible biologiquement aux femelles humaines, mais depuis toi et Donnie, il ne veut pas se le rentrer dans la tête. Toi-même, tu as dû t'en apercevoir ! On est des animaux, bon sang ! Qu'il le veuille ou non ! Il croit à l'amour courtois ou je ne sais quelle fadaise, mais ce ne sont que des subterfuges dont aucune femme ne se contentera. Même Donnie a compris ! Mais pas Léo cet incurable sentimental… ou peut-être que si, il le sait, mais il ne veut pas briser les illusions de son gamin chéri. Et il nous entraine tous avec lui dans ce cul-de-sac !

La colère montait. Et je n'étais pas certaine de comprendre. Est-ce que Raph voulait dire que…

-Mais si vous ne m'aviez jamais rencontré…qu'auriez-vous fait ?

Raph jeta le joint au loin :

-Tu comprendrais pas…

Puis, il a disparu, me laissant perplexe. Je crois que je vais laisser les garçons seuls pour un moment. De toute façon, j'ai mes propres trucs à régler avec Casey !