Bonsoir ! Je reprends la publication normale après l'interlude d'Au clair de la lune (qui est en train de se développer de façon monstrueuse... X_X Mais je suis contente, je suis parvenue à y caser du shikaneji !) Ce chapitre 7 est un peu particulier, les différentes scènes ne suivent pas un ordre chronologique mais alternent les flash-backs. Il introduit aussi deux OCs indispensables au scénario - j'ai mis du temps à me décider à les utiliser, je voulais qu'ils donnent vraiment l'impression d'appartenir à l'univers de Kishimoto. Enfin, les dés sont jetés et je vous souhaite une bonne lecture !
Titre : Un simple malentendu
Auteur : Moonie Cherry
Pairing : Shikamaru x Neji
Genre : shônen ai, humour, action
Disclaimer : L'univers et les personnages de Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Résumé : À la suite d'un quiproquo, Shikamaru et Neji se retrouvent liés par le plus improbable des engagements.
UN SIMPLE MALENTENDU
7. Hyûga Ichizoku : ton univers impitoyable
Neji traversait le jardin familial lorsqu'une ombre mouvante attira son attention à la périphérie de sa vision. Le jeune homme avançait vers lui d'un pas nonchalant, longue silhouette dégingandée, épaules voûtées et mains dans les poches. Il ralentit lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
- Félicitations pour ta promotion, cousin, glissa-t-il à son oreille.
Un mince sourire étira les lèvres du tout nouveau jônin. Kirito cultivait avec soin sa réputation de Hyûga atypique. Sa façon de parler, frisant la familiarité plus que de raison, ses manières qu'Hiyori-sama aimait à qualifier de "rustiques", son allure de grand adolescent avachi : si ce n'était l'opale de ses yeux et la pâleur de son teint, on aurait pu le prendre pour un parent éloigné de Nara Shikamaru.
- Merci, dit Neji en hochant légèrement la tête. Je n'oublie pas ce que je te dois.
- Laisse tomber. Tu ne me dois rien, et surtout tu ne dois rien à ce clan.
Neji expira doucement. Le ton venimeux de son cousin ne lui avait pas échappé. Si au fil des années il avait appris à mieux s'entendre avec les membres de la Sôke, son oncle et ses cousines en particulier, il n'en allait pas de même pour Kirito. Bien que plus âgé, ce dernier vouait une haine inextinguible envers la maison principale, et rien ni personne ne semblait pouvoir modifier ses sentiments. La seule personne qui trouvait grâce à ses yeux était l'imperturbable Hatsue, le chaperon d'Hinata.
Depuis son combat contre Naruto, Neji considérait son existence d'une toute autre perspective. Rien n'était inscrit durablement sur les tables du destin, et son cours pouvait être détourné par les moyens les plus inattendus et surprenants. C'était la leçon qu'il avait apprise auprès de son cadet, et lorsqu'il pensait au jeune ninja, c'était avec une pointe d'affection et une infinie gratitude.
- Hé Neji.
- Oui ?
- Maintenant que tu es jônin, profites-en pour envoyer au diable toutes ces foutues traditions.
- Kirito-san...
- Sais-tu depuis combien de générations les Hyûga pratiquent le Jyûken ? Depuis combien de temps ses techniques n'ont pas bougé d'un iota ? Cite-moi un seul clan qui a choisi de s'accrocher à un taijutsu séculaire sans jamais chercher à l'améliorer !
- Le Poing Souple a toujours prouvé son efficacité.
- Jusqu'au jour où le clan tombera dans la décrépitude et sera terrassé par sa propre arrogance. Tu ne mérites pas ce sort-là, cousin.
Le plus âgé sortit quelques feuilles de papier de sa poche et les tendit à Neji.
- Il existe des tas de façons de faire du Jyûken une arme plus redoutable encore. Quand tu te sentiras prêt et que tu sauras quel est ton affinité naturelle, viens me voir.
Kirito releva le menton d'un mouvement hautain. De son allure qui disait au monde d'aller voir ailleurs s'il y était, il poursuivit son chemin.
Son cadet le suivit du regard d'un air peiné. Après la mort d'Hizashi, Kirito avait toujours été là pour lui, une présence rassurante et protectrice dans les sombres couloirs de la Bunke. Dans le plus grand secret, il l'avait guidé dans son entraînement, lui expliquant les techniques du Jyûken réservées à la Sôke ainsi que la pratique du Kaiten. Ses encouragements lui avaient permis de se défaire un peu plus des liens qui l'enchaînaient à sa condition de faire-valoir au service de ses maîtres. Dans le même temps, Kirito sombrait un peu plus chaque jour dans l'amertume et la rancœur.
Neji devinait que le sceau maudit qu'il portait sur le front consumait Kirito comme au premier jour de son apposition.
oOoOo
- Shikamaru ! Sale traître !
L'intéressé poussa un grognement blasé. Depuis quelque temps, d'aucuns avaient contracté la fâcheuse manie de l'interpeller au beau milieu de la rue, que ce fût pour lui demander de rendre des comptes, l'insulter ou le menacer d'une mort lente et douloureuse. Il se retourna sans enthousiasme et haussa un sourcil en apercevant Naruto foncer vers lui. Sa course effrénée soulevait un nuage de poussière.
- Mais qu'est-ce que vous avez, Neji et toi ! Il suffit que j'aie le dos tourné pour que vous me fassiez ce coup-là ? C'est super vache !
Bon, d'accord. À peine rentré à Konoha, Naruto apprenait que deux de ses plus proches amis, mâles qui plus est, venaient de se fiancer. Shikamaru reconnut que ce genre de nouvelle était susceptible de provoquer un sérieux état de choc. Quoique... l'émotion dont le jeune Uzumaki était la proie semblait plus proche de la colère que du désarroi. Était-il possible qu'il eût des sentiments pour Neji ?
Le poing de Naruto l'attrapa par l'encolure de sa veste et l'attira à lui. Les deux ninjas se retrouvèrent nez à nez et Shikamaru perdit de son assurance.
- Eh là Naruto, doucement...
- Comment avez-vous pu me poignarder dans le dos d'une manière aussi lâche !
- Ce n'est pas comme si on l'avait voulu, tu sais...
- Vous auriez pu penser un peu à moi !
Shikamaru peinait à faire le rapprochement entre la réaction de Naruto et ses fiançailles, mais il se dit qu'il valait mieux ne pas en rajouter et se tint coi. Le blond se mit à le secouer comme un prunier.
- J'en ai marre qu'on me laisse sur le carreau ! s'écria-t-il, visiblement blessé.
- Je... je suis désolé, articula Shikamaru, à moitié étranglé. Si... si j'avais su... ce que tu éprouves... pour Neji...
Naruto cessa aussitôt de le malmener et cligna des yeux.
- Hein ? Éprouver quoi ?
Derrière eux, Sakura accourait en faisant de grands signes à l'adresse du jeune Nara, mais celui-ci ne comprit pas immédiatement ce qu'elle tentait de lui signifier. Il prit une profonde inspiration lorsque Naruto desserra enfin sa prise.
- Si tu es amoureux de lui, reprit-il, je comprends que notre engagement ressemble à une trahison.
Naruto eut un mouvement de recul si prononcé qu'il failli tomber à la renverse.
- Bon sang ! De quoi tu parles, Nara ?
- Hum... et toi ? répliqua-t-il, devinant qu'ils n'étaient pas du tout sur la même longueur d'onde.
- Mais de vos promotions au grade de jônin, bien sûr !
- Shikamaru ! intervint Sakura. Il ne sait pas encore !
- Qu'est-ce qui se passe ? dit Naruto d'une voix tendue, les paupières étrécies.
- Oh, trois fois rien, soupira Shikamaru d'un ton résigné. Neji et moi sommes fiancés.
Naruto ne daigna reprendre ses esprits qu'avec la promesse d'un bon dîner à l'Ichiraku Ramen Bar. Shikamaru et Sakura se placèrent de chaque côté d'Uzumaki et, un bras passé en travers de leurs épaules, soutinrent leur camarade paralysé par la stupeur jusqu'au petit restaurant. Sur le trajet, ils croisèrent Neji, qui profitait d'un repos bien mérité après le sauvetage réussi du Kazekage. Le jônin se pencha vers un Naruto plus mort que vif.
- Bravo pour ton tact, Nara, dit-il d'un ton acide.
- Il s'en remettra, se défendit l'autre. Tiens, regarde.
Il promena un bol de ramen fumant sous le nez de Naruto, qui renifla la délicieuse odeur et papillota des yeux.
- Ramen-chan ! s'exclama-t-il en s'emparant du bol. Toi au moins tu ne me trahiras jamais !
Il plongea ses baguettes dans son mets favori, touilla joyeusement les nouilles dans le bouillon et en prit une bouchée qu'il savoura avec une délectation exagérée. Le chef Teuchi approuva cette démonstration de gourmandise et servit le reste de ses clients. Après s'être calé l'estomac avec un premier bol et en avoir commandé un second, Naruto avoua sa surprise et son indignation à l'annonce des fameuses fiançailles. Ses camarades le mirent au courant de l'affaire, et Shikamaru fit part des hypothèses qui lui trottaient dans la tête. Neji demeura silencieux, laissant aux autres ninjas le soin de démêler les fils de cette histoire relativement tordue.
- Rhaaa, mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans ce village ? soupira Naruto, exaspéré.
- Bah tu sais, il n'y a pas plus pipeau que ces fiançailles, nota Shikamaru. Il sera aisé de les rompre une fois que le clan Hyûga sera revenu à un comportement plus raisonnable.
Sa remarque lui valut une taloche de la part du représentant dudit clan.
- N'insulte pas ma famille, Nara.
- Quoi ? Ce n'est pas vrai, peut-être !
- Il n'y a que la vérité qui blesse, mumura Sakura, pensive.
Naruto croisa les bras et se mit à grommeler.
- En tant que futur Hokage, réfléchit-il à voix haute, il est de mon devoir de vous aider...
- Naruto, je te rappelle que tu n'es même pas chûnin.
- Laisse-moi terminer ! En tant que futur Hokage donc, je crois qu'une petite visite au clan Hyûga s'impose. Je suis sûr qu'en bottant quelques derrières, tout finira par s'arranger et la situation rentrera dans l'ordre.
Neji eut un sourire en coin.
- Il te faudra user plus d'une paire de sandales pour botter leurs augustes derrières.
- Pas de problème, j'ai un bon coup de pied ! dit le blond en prenant une pose façon Maito Gai.
Sakura leva les yeux au ciel, et Shikamaru se renfrogna en constatant l'expression adoucie de son colocataire.
- Je te fais confiance pour cela, Naruto, dit le jônin d'une voix presque... affectueuse, songea Shikamaru, piqué au vif.
Le blond laissa échapper un rire satisfait.
- Je ne reviens jamais sur ma parole ! déclara-t-il en se frappant la poitrine. Je t'ai promis de débarrasser ton clan de ses injustices flagrantes, et je le ferai !
- Je n'en doute pas, l'assura Neji d'un ton où se mêlaient à présent l'amusement et la vénération.
Il était tard lorsqu'ils terminèrent leur repas et se séparèrent. Malgré la nuit qui se faisait plus profonde, Naruto semblait bénéficier d'un regain d'énergie et son amie avait bien du mal à le calmer. Shikamaru les entendit se disputer bien après qu'ils eurent disparu au coin d'une rue. Lui-même s'enferma dans un silence maussade que Neji finit par remarquer.
- Shikamaru, tu boudes ? demanda-t-il en souriant.
Le jeune Nara ne daigna pas répondre, vexé d'être si facilement percé à jour.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? insista Neji.
- Rien.
- Allons, je vois bien que quelque chose te chiffonne. Et j'ai l'impression que chaque fois que tu te mets dans des états pareils, c'est toujours de ma faute.
- Mais non. Qu'est-ce que tu vas imaginer ?
- Je n'imagine rien, j'analyse. C'est à cause de Naruto, alors ?
Shikamaru poussa un grondement de bête sauvage.
- Oh, j'ai visé juste.
Le plus jeune s'arrêta et fixa son camarade d'un regard brûlant.
- Pourquoi es-tu si familier avec lui ?
Neji marqua une pause. Puis il comprit ce qui tracassait tant son cadet et réprima ce qui ressemblait fort à un éclat de rire.
- Tu es jaloux ! fit-il d'une voix teintée d'incrédulité.
- On dirait que ça te fait plaisir.
- Mais non... bon, peut-être un peu. Quelque part, c'est presque flatteur.
- Parce que cela gonfle ton petit ego ?
- Nara, ne me donne pas une bonne raison de te frapper.
- Toi, tu apprécies les plaisanteries seulement si elles ne te prennent pas pour cible.
- Arrête de sous-entendre que je suis difficile à vivre, protesta Neji en faisant la moue.
- Hmm. J'admets que tu t'es grandement amélioré depuis quelque temps.
- J'aime mieux ça.
Shikamaru laissa le jeune homme le dépasser. Sa démarche était légère, et il aurait juré l'entendre fredonner. Il savait qu'il aurait dû aborder la question de l'ANBU et sa visite nocturne, mais l'allure de Neji reflétait une insouciance si peu ordinaire qu'il n'eut pas le cœur de gâcher ce bref moment de tranquillité.
oOoOo
Du haut de ses quatre ans, Hatsue puisait dans toutes ses réserves de courage pour empêcher son menton de trembler. Elle pressentait qu'un événement très grave était en train de se préparer. En tant que membre de la Sôke, et surtout en présence de la très vénérable Hiyori-sama, sa grand-mère, il ne fallait pas montrer sa peur ni sa lâcheté.
Son père avait posé une main sur son épaule, et sa chaleur rassurante se communiquait doucement à son propre corps. Derrière elle se tenait la silhouette altière de sa mère et, plus loin, l'oncle Hiashi-san qui n'était pas vraiment son oncle mais un parent au deuxième ou troisième degré, Hatsue n'était pas du tout sûre de savoir ce que cela signifiait. La généalogie des Hyûga était si compliquée que l'on courait toujours le risque d'épouser son propre cousin sans s'en rendre compte. Protéger la pureté du Byakugan était à ce prix.
Il lui semblait que cela faisait des heures qu'elle attendait dans la salle des cérémonies, au milieu de tous ces adultes aux mines sombres. Elle ne put réprimer un petit soupir impatient, et s'attira aussitôt plusieurs regards sévères.
Enfin, du bruit se fit entendre derrière les panneaux de papier. Des pas martelant le bois sombre du plancher, bientôt suivis par des cris aigus qui ressemblaient à ceux d'un animal terrifié. Les portes s'écartèrent et laissèrent passer un groupe d'hommes entourant un petit enfant.
Hatsue écarquilla ses yeux pâles. Le garçon, à peine plus jeune qu'elle, se débattait dans les bras de l'oncle Hizashi, luttant pour échapper à son étreinte. L'homme murmurait des paroles d'apaisement qu'elle ne pouvait comprendre mais, loin de calmer l'enfant, elles ne firent qu'augmenter sa fureur. Hatsue reconnut en lui Kirito, membre de la maison secondaire. Elle se souvint que les parents de ce dernier n'étaient plus de ce monde ; la rumeur voulait qu'ils aient disparu lors d'une mission mais certaines personnes, dont son père, émettaient des doutes quant à la véracité de cette explication.
L'humeur égale d'Hizashi dut être mise à rude épreuve, car il finit par plaquer le garçonnet au sol et lui intima de se tenir tranquille. Sa voix glaciale transperça Hatsue, et elle lança un regard plein de sympathie à l'enfant maintenu à terre.
Leurs yeux se rencontrèrent.
Kirito continua de donner du fil à retordre à son aîné, et finalement un jeune homme de la Bunke s'avança pour lui prêter main forte. L'épouse d'Hizashi aurait dû se trouver là elle aussi, songea Hatsue, mais elle s'était retirée de la vie publique depuis plusieurs mois déjà pour pouponner son premier né, un beau bébé aux joues rebondies qu'Hatsue avait un jour entr'aperçu et qui portait le nom de Neji.
Hiyori-sama, pareille à une statue de marbre, déplia ses vieilles jambes et se redressa lentement. Tous firent silence à mesure qu'elle fendait la foule et s'approchait du groupe des ninjas de la Bunke. Même Kirito cessa de remuer tandis que la matriarche progressait dans sa direction.
Elle prononça un bref discours, puis se pencha et prit le visage de l'enfant entre ses doigts déformés par l'arthrose et les longues années de pratique du Jyûken.
Hatsue frémit. Son père resserra sa prise sur sa frêle épaule lorsqu'Hiyori-sama requit leur présence auprès d'elle. D'un geste qui ne souffrait aucune opposition, il la poussa vers la vieille femme. Hatsue commença par résister.
- Allons, ma fille, dit-il d'une voix teintée de tristesse.
Le regard de Kirito était posé sur elle, insondable, immense, attentif. Elle ne pouvait s'en détacher et se laissa faire lorsque son père saisit son poignet et tendit sa petite main vers Hiyori-sama, paume ouverte.
Elle poussa un cri lorsque la lame du couteau entailla la chair fragile. La matriarche préleva le sang sur le bout de son index, puis l'appliqua sur le front de Kirito. Le symbole de l'oiseau en cage prit forme sur la peau de porcelaine.
Haletante, Hatsue regarda sa grand-mère activer le sceau maudit des Hyûga.
Plus tard, alors que son père lui enseignait le jutsu secret qui permettait de libérer le sceau et de tuer son porteur, les oreilles d'Hatsue étaient toujours emplies des hurlements de Kirito.
oOoOo
Le chemin de Nara Shikaku rencontra la route d'Hyûga Hiashi, par une belle matinée d'été.
Au même moment, leurs enfants respectifs se débattaient l'un dans les affres de la paperasserie administrative, l'autre dans le trouble que suscitait certain ninja porteur du Kyûbi. Le neveu d'Hiashi partageait avec sa plus jeune fille un entraînement qui tenait à la fois du parcours du combattant et de la chasse au trésor. Inuzuka Kiba se demandait comment dévoiler son béguin sans avoir l'air d'une genin énamourée, tandis que Shino pariait sur le fait qu'il se dégonflerait le moment venu. Avec maladresse, Rock Lee complimentait Tenten sur sa coiffure, et la jeune fille invoquait toute une série d'armes bien affûtées pour punir le malotru qui osait se moquer de ses macarons. Ino écoutait d'un air morose son ami Chôji vanter les délices du nouveau menu concocté par le restaurant barbecue, et songeait qu'il serait bien difficile de mesurer ses charmes face au croustillant irrésistible d'un morceau de bœuf grillé. Naruto et Sakura apprenaient à s'accommoder des deux nouveaux membres de l'équipe 7 : le capitaine Yamato et son humour pince-sans-rire, ainsi que le mystérieux Sai dont l'absence totale de subtilité, selon Naruto, s'apparentait à la bêtise la plus crasse.
- Nara-san, salua le jônin.
- Bien le bonjour, Hyûga-san.
- Hum, belle journée.
- En effet, répondit Shikaku, et il se racla la gorge pour dissimuler un début de sourire moqueur.
La situation était certes embarrassante, mais ce n'était pas une raison pour qu'ils restent plantés au beau milieu de la rue comme deux vieux imbéciles. L'heure du déjeuner n'allait pas tarder, et il proposa à l'autre homme de réserver une table dans le petit restaurant où l'équipe de son fils avait pris ses habitudes.
Shikaku rit sous cape. Assurément, l'aristocratique Hiashi avait perdu l'habitude de se fourvoyer dans de modestes gargotes depuis qu'il s'était retiré du service actif. Son palais délicat ne devait souffrir que les mets préparés par ses cuisiniers personnels ou les menus raffinés que l'on servait dans les restaurants des quartiers chics.
Le chef du clan Nara se remémora l'époque où ils n'étaient encore que de jeunes chûnin mal dégrossis. En ce temps-là, Chôza ne jurait que par les boulettes de bœuf du père Hashimoto. Inoichi collectionnait les râteaux suite à l'utilisation de techniques de drague profondément douteuses. C'était un temps où la féroce Inuzuka Tsume et son non moins féroce Kuromaru étaient considérés comme les oinin les plus prometteurs. Aburame Shibi trouvait follement amusant de glisser de pleines poignées de puces dans les pantalons de ses professeurs, et Uchiha Fugaku clamait à qui voulait l'entendre qu'il débarrasserait le Pays du Feu de tous les voleurs et bandits de grand chemin qui l'infestaient.
C'était un temps béni et innocent qui malheureusement n'avait pas duré, et Shikaku n'était pas homme à se laisser bercer par des souvenirs lointains et nostalgiques.
- Bien, dit-il en posant sur le grill quelques tranches de viande crue. Quelles nouvelles du clan Hyûga ?
Hiashi haussa un sourcil.
- Quelles nouvelles du clan Nara ? répliqua-t-il, peu enclin à médire sur le dos de sa propre famille.
- Ni bonnes ni mauvaises. Plusieurs biches ont mis bas la semaine dernière, ce qui occupe grandement les journées de ma femme. Shikamaru ne se débrouille pas trop mal dans ses nouvelles affectations, d'après Tsunade-sama.
- C'est un garçon très méritant, acquiesça Hiashi.
- N'est-ce pas... Bon, et si nous arrêtions de tourner autour du pot ? Les choses commencent-elles à bouger de votre côté ?
- J'ai pu garder secrètes mes investigations jusqu'ici, et j'aimerais que cela continue. Tant que je n'obtiendrai pas de certitude...
Shikaku se pencha vers son vis-à-vis.
- Hiashi-san, n'oubliez pas que c'est vous qui avez requis notre aide. J'ai accepté de ne rien dire à mon fils, mais ne vous faites pas trop d'illusions à son sujet. Il aura découvert le fin mot de l'histoire avant même que vous n'ayez un début de réponse.
Hiashi rendit les armes dans un soupir. Lutter contre le chef du clan Nara, même avec des mots, était une cause perdue d'avance.
- Je crains que la tragédie du clan Uchiha ne se répète avec le clan Hyûga. Je ne parle pas seulement du massacre, se hâta-t-il de rectifier, mais surtout des dissensions et des guerres intestines. Ma famille est au bord du déclin, je le crains.
- N'allez-vous pas trop vite en besogne ? Le nom des Hyûga est encore très respecté, même au-delà des frontières du Pays du Feu.
- Ce n'est que l'arbre qui cache la forêt. Ces fiançailles... étaient un moyen de faire prendre conscience aux Anciens qu'il faut absolument changer nos traditions.
- Un peu radical, comme moyen, nota Shikaku avec ironie.
- C'était ce que j'espérais, avoua Hiashi. Choquer les esprits, et surtout extirper mon neveu de la Bunke. Je suis navré que Shikamaru ait dû pâtir de mes mauvais calculs.
- Bah, ne vous inquiétez pas pour cela. Mon fils joue peut-être les paresseux, mais il fera tout pour aider un camarade dans le besoin.
- Je n'en doute pas. Dites-lui...
- Oui ?
- Dites-lui de se méfier des Hyûga de la Bunke. En particulier de ceux qui tenteraient de rallier Neji à leurs complots.
- Avez-vous des noms ?
Hiashi détourna la tête, refusant d'en révéler davantage. Shikaku comprit que l'homme était déchiré entre son désir de protéger son neveu, et la loyauté indéfectible que le clan exigeait de ses membres.
oOoOo
Hatsue inspira doucement, le dos collé contre l'écorce d'un vieux chêne de la forêt bordant Konoha. Elle avala sans bruit de petites bouffées d'air, une main plaquée contre son cœur qui battait à tout rompre. L'ennemi l'avait embusquée alors qu'elle rentrait d'une mission particulièrement éprouvante. Le goût du sang et de la peur persistait sur sa langue.
Lorsqu'elle se sentit à nouveau maîtresse d'elle-même, elle quitta son abri de fortune et activa le Byakugan.
Là. À trois cents mètres devant elle et approchant à la vitesse d'un ouragan fou. Plus qu'une forme humaine, c'était la circulation du chakra qui apparaissait sous ses yeux, vivante et dangereuse comme une flamme vive.
Le ninja fut sur elle en un éclair, fendant l'air de sa silhouette longiligne. Hatsue bondit en arrière et lança des shuriken pour se donner le temps de se mettre hors de portée de la première attaque. Il anticipa le mouvement et évita les armes d'une torsion du buste.
Les pieds d'Hatsue atterrirent sur une branche, qu'elle quitta aussitôt pour s'élancer plus haut.
Kirito la suivit et engagea un combat rapproché.
Ils pratiquaient tous les deux le Jyûken avec une rare intensité. Contre des adversaires ordinaires, leurs attaques faisaient mouche à chaque coup porté. Hatsue faisait de son mieux pour éviter les soixante-quatre Poings, et répliquait avec la Paume du Hakke.
Elle était persuadée qu'elle aurait pu l'emporter sur l'autre ninja, si seulement sa sandale n'avait pas dérapé sur une écorce traîtreusement glissante.
Avec un sourire triomphant, Kirito bloqua plusieurs de ses tenketsu et précipita sa chute au milieu des fourrés.
Couverte de blessures, le corps paralysé, Hatsue se résigna au sort qui l'attendait. Elle se demanda si Kirito choisirait pour elle une fin rapide et magnanime, ou bien s'il tirerait plaisir de ses ultimes souffrances.
L'adolescent atterrit sans bruit et s'approcha d'elle. Il lui fallut déployer des trésors de courage pour ne pas ramper comme un vulgaire animal. Elle ne hurlerait pas, elle ne supplirait pas. Non, elle resterait une Hyûga jusqu'à la dernière seconde. Forte et orgueilleuse, crachant au visage de la mort qui avançait vers elle, inéluctable.
- Tu comptes suivre les traces d'Uchiha Itachi ? railla-t-elle en se redressant sur un coude.
Kirito se pencha au-dessus d'elle, ombre menaçante parmi les feuillages d'un vert tendre.
- Ce n'est pas l'envie qui me manque, dit-il entre ses dents. Notre clan ne mérite pas la place qu'il occupe sur cette terre.
- Et tu as l'intention de commencer par moi... Je comprends, soupira-t-elle.
- Vraiment ?
Il leva les mains et dénoua son bandeau frontal. Le sceau apparut sous les fines mèches de sa frange.
- C'est ton sang que je porte sur mon front, dit-il. Tu as le droit de décider de mon sort, ici même si ça te chante. Alors ?
Est-ce qu'il plaisantait ? Hatsue le fixa de son regard opalescent. Kirito semblait tout à fait sérieux. Alors qu'il s'apprêtait à la tuer, il lui offrait le choix d'activer le sceau et de sauver sa misérable existence.
Elle secoua la tête.
- Tu es sûre ? Moi, je n'aurai pas ta compassion.
Les paupières de la jeune fille se fermèrent. À cet instant même, elle se rendit compte qu'elle accepterait tout de Kirito. La vie, la mort... tout cela n'avait plus d'importance du moment qu'il était près d'elle.
Le garçon poussa un gémissement désabusé et se laissa choir à ses côtés.
- Tu compliques tout, Hatsue !
- Pourquoi...
- Ce serait tellement plus simple si j'avais le cran de tous vous tuer. Mais je ne suis pas Itachi.
- Je suis heureuse que tu sois toi.
Kirito ouvrit la bouche, mais sa réponse mourut sur ses lèvres. Loin au-dessus de leurs têtes, une nuée d'oiseaux blancs traversa le ciel sans nuage.
- Je devrais te détester plus que toute autre personne, finit-il par dire.
- Tu le peux en effet. Je suis celle de la Sôke qui est liée à ton sceau.
- Peut-être que tu ne devrais pas hésiter. Active-le.
- Alors il me faudrait mourir ensuite.
Il lui lança un regard surpris, presque indigné.
- Je ne veux pas que tu meures !
- Je ne veux pas que tu meures non plus. Jamais je ne libérerai le sceau.
Le visage de Kirito fut soudain à quelques millimètres du sien. De sa joue il effleura celle d'Hatsue.
- Crois-tu que l'on puisse briser l'oiseau en cage ? Crois-tu qu'il soit possible de fuir loin du clan, loin de Konoha ? murmura-t-il à son oreille.
Un sourire confiant étira les lèvres d'Hatsue.
- Oui, je le crois.
