Voici déjà l'avant dernier chapitre ;)

ooOoo

Je devais gagner du temps. Je ne savais pas comment nous sortir de là mais je devais à tout prix gagner du temps par tous les moyens jusqu'à trouver une idée géniale. Je me refusais à ce dénouement, je refusais de perdre Sherlock juste après les moments si délicieux que nous avions passé la veille. Pas après tout le bonheur qu'il m'avait déjà offert toutes ces années. Black pouvait dire ce qu'il voulait, sans mon compagnon j'aurais été bien incapable de refaire ma vie. Parce que Holmes était justement ma vie tout entière.

Je me forçai au calme et me jetai finalement à l'eau.

« Black, attendez ! Il reste de nombreux points à éclaircir. Si vous comptez me l'enlever, accordez-lui au moins le temps de m'expliquer les détails de cette enquête. Je veux savoir comment il en est venu à vous soupçonner. »

Voilà qui devait pouvoir nous occuper un petit moment. J'étais certain d'être parvenu à exciter la curiosité de Black et de nous offrir ainsi un peu de répit. De même je désirais absolument occuper mon compagnon. Les yeux brillants, les lèvres tremblantes, il avait l'air perdu. Plus que la perspective de sa mort prochaine, c'était plus certainement ses souvenirs douloureux qui l'assaillaient, or je ne voulais le voir aussi vulnérable. Mettre son génie en avant allait très certainement le divertir. Et ensuite… advienne ce que pourrait… mais je ne voulais rendre les armes sans me battre.

« Soit. Nous ne sommes plus à quelques minutes près je suppose, lança Black. Prouvez nous une dernière fois combien vous nous êtes supérieur Holmes.

- Sherlock ? appelai-je doucement. Sherlock, racontez-moi. Expliquez-moi tout ce que vous avez découvert. »

Comme s'il reprenait enfin pieds, mon compagnon porta les yeux sur moi et la petite lueur que j'y lue me rassura grandement. Il était de retour. Notre situation était certes toujours précaire mais au moins je l'avais retrouvé.

« Elémentaire, dit-il tranquillement. Les lettres m'ont paru dès la première lecture être une mise en scène. J'ai été confronté à bien des lettres de menaces durant ma carrière, or celles-ci semblaient fausses. Cela m'a bien sûr mis la puce à l'oreille, mais j'ai préféré attendre puisque cela pouvait être un canular à votre encontre. »

Tout comme moi, Black buvait les paroles du détective. Chez lui c'était une constante, ami ou ennemi, il parvenait à captiver tout le monde.

« Malin d'avoir utilisé les chaussures de votre fils pour laisser les traces dans la neige. Et dans l'affaire vous l'avez fait passer pour un sombre idiot. Mais vous n'avez pas songé à un détail, ce qui prouve bel et bien ma supériorité intellectuelle sur moi.

- Holmes ! » grognai-je

Qu'il étale sa science certes mais nous risquions gros s'il venait à vexer notre interlocuteur. Il me lança un regard vide pourtant, signe qu'il se fichait tout particulièrement de ce détail.

« Les traces qui venaient vers la maison était plus fraîches que celles en repartant. Ainsi la personne qui a marché là a d'abord quitté la maison puis est revenu et non l'inverse comme cela aurait dû être en cas d'intrusion. Or vous nous avez donné une version des faits qui ne collaient clairement pas. »

Donc mon compagnon avant déjà tout compris depuis la veille et pourtant il s'était bien gardé de m'en faire part. Bien sûr c'était loin d'être la première fois, quand je l'interrogeais ensuite à ce propos il disait préférer ne rien dire tant qu'il n'avait pas réuni toutes les preuves. A la vérité je souffrais de cette façon qu'il avait de toujours me mettre à l'écart. Comme si, malgré tous mes efforts, je n'étais jamais assez bien pour lui.

Et pendant que je me perdais dans ce tourment intérieur, Black, son arme toujours pointé sur moi, souriait, comme s'il était au centre d'un petit jeu des plus amusants.

« Apparemment votre réputation de fin limier est tout à fait justifiée, dit-il à l'adresse du détective. Et je ne suis parvenu à vous trompez autant que j'aurais souhaité manifestement. Qu'importe, tout se terminera tout de même comme je l'avais prévu.

- Une chose m'intrigue malgré tout, reprit Holmes, qui ne semblait nullement touché par le danger qui planait au dessus de sa tête. Habituellement les individus que je rencontre au cours de mes diverses affaires, plus sordides les unes que les autres, font tout pour protéger les personnes qu'ils aiment, allant jusqu'à mentir ou même tuer pour cela. Or depuis notre arrivée ici vous n'avez eu de cesse de faire des allusions laissant entendre que votre fils était derrière tout cela. Je n'y connais pas grand chose dans ce genre de relations filiales mais Watson semble y prêter beaucoup d'attention au contraire, ce qui me permet d'avoir certaines notions. »

Black me considéra un moment en silence, comme s'il tentait de chercher la portée de mon influence sur Holmes. Quelle que soit la conclusion qu'il en tira, il ne sembla guère convaincu que mon compagnon, à mon contact, soit capable de s'améliorer réellement dans ses rapports avec les autres. En témoignait le regard de dédain qu'il lui lança ensuite.

« Mon… fils comme vous l'appelez, n'est qu'un sinistre abruti. Nous n'avons en commun que le sang qui coule dans nos veines et croyez bien que si j'avais un moyen d'agir sur ce détail je ne m'en priverais pas. J'ai épousé sa mère simplement parce que je m'étais persuadé qu'elle m'aiderait à sortir de ma solitude. »

Le profond dégoût dans sa voix me mit proprement mal à l'aise. Comment pouvait-on détester à ce point ses proches ?

« Cette nouvelle famille n'a été rien d'autre qu'une erreur. Thomas n'a jamais été capable de rivaliser avec mon William. Il n'est qu'un boulet que je traine depuis plus de vingt ans. A présent que vous comprenez ce que vous m'avez enlevé Holmes, vous savez que vous devez mourir. »

A nouveau cette menace, ce ton froid. Et Holmes qui ne cillait toujours pas, comme s'il acceptait cette sentence pour les péchés du passé. Tout s'enchaîna alors très vite. Black orienta son révolver vers mon compagnon, j'en profitai pour tenter de me jeter sur lui dans le but de le désarmer. Je poussai un hurlement quand le bruit de la détonation claqua. L'odeur de poudre emplit la pièce et je reprenais de mon mieux mes esprits pour tenter d'appréhender cette situation dramatique.

TBC...