Chapitre VI
Accueil du F.E.S, garde de nuit.
L'homme portait des lunettes de soleil, fines qui lui donnaient un air sévère. Ce qui était somme toute, peu banal pour un homme qui se promenait de nuit, devant les grandes tours du F.E.S. Il avança lentement, et portait des gants et un costume trois pièces. Il était accompagné de deux hommes, particulièrement efféminés et maquillés. Il avança juste devant les portes vitrées, et verrouillées. Il posa sa main tout contre les vitres. L'homme, chargé de la surveillance de nuit était un brin chétif, et particulièrement jeune. Une recrue récente, probablement. Il devait avoir l'âge du secrétaire, et encore… Il releva la tête, absorbé par son roman policier le cœur battant. Il tendit le cou, et aperçut les trois visiteurs. Il le déposa tranquillement et se leva vers la porte d'entrée. Il était trois heures du matin, et l'aube n'était même pas encore là. Il ignorait pourquoi on venait l'importuner en plein milieu de la nuit… Il retint une exclamation irritée et marcha jusqu'aux baies vitrées.
L'homme, au milieu faisait sa taille. Celui qui portait des lunettes, oui.
Le gardien de nuit plissa les yeux, et vit le jeune homme baisser les lunettes qu'il avait sur le nez. Il les retira complètement, et fut happé par ce regard. C'était comme si le verre des fenêtres lui avait explosé au visage, et l'avait traversé avec une lenteur fascinante. Et il ne sentait pas sa peau se lacérer, il ne voyait plus les lumières. Il oubliait les deux autres hommes, présents eux aussi. Il n'y avait que cette étrange personne, aux cheveux noirs… Sans savoir pourquoi, ni comment il sortit le trousseau de clef de ses larges poches et ouvrit la porte avec lenteur. Il recula, et laissa passer l'homme avant de s'écrouler au sol.
L'homme aux lunettes fit un pas à l'intérieur. Il tourna la tête à droite, puis à gauche.
- Forces d'Exécution et de Surveillance, murmura-t-il, et bien je dirai que pour la surveillance, ils sont un peu faibles…
Les hommes qui l'accompagnaient étaient lourdement armés, et possédaient tous deux des fusils d'assaut. Le leadeur jeta un regard méprisant au jeune homme qu'il venait, de toute évidence, d'hypnotiser. Il eut un rire bref.
- Sasuke ?
- Hm ?
- Ne traînons pas, souffla Deidara, Madara-sama nous a ordonné de paralyser chaque étage. Tu dois préserver tes forces, d'accord ?
- J'ai décidé de ne pas obéir à Madara.
- Tu te fous de nous ?
Sasori ne dit rien, toujours aussi inexpressif. Il scruta le hall, remarqua les caméras.
- J'ai l'air de plaisanter ? demanda Sasuke en aboyant sur Deidara, vous allez m'écouter maintenant.
« Deidara… Je crois que c'est toi qui va te salir les mains, ok ? »
Résidence des hauts-gradés, numéro 0, quartiers du directeur Itachi Uchiwa.
Quatre heures du matin.
Itachi ne dormait plus. Il s'était levé, et n'arrivait plus à trouver le sommeil. Il buvait un verre d'eau, lentement. Il était torse nu, et son cou était couvert de petites rougeurs. Naruto l'avait mordu pendant l'amour, encore pour se retenir de crier trop fort. Il se caressa la nuque, lentement en s'asseyant dans le canapé. Il vida le contenu du verre et le déposa sur la petite table basse. Il tourna la tête. Sa porte était entrebâillée. Il poussa un bref soupir. L'appartement était plongé dans le noir.
- Dis-moi, tu comptes te montrer un jour ?
Aucune réponse. Il resta assis dans le sofa, calmement. Il sentit quelque chose de dur, et de glacé se coller contre son crâne.
- Je vois…
- Lève-toi, dit la voix.
- A vos ordres.
Itachi se leva doucement.
- Ne bouge pas.
- Très bien.
Quelques pas.
Et l'appartement fut illuminé. Itachi ne dit rien. Il attendait. Il entendait les pas se rapprocher de lui.
- Retourne-toi !
Itachi fit volte-face.
Deidara le tenait en joue. Il serrait son imposant fusil, et tremblait un peu. Il semblait légèrement angoissé. Il le leva, canon face au visage d'Itachi. Ses yeux bleus étaient grandement ouverts. Quelques vaisseaux semblaient sur le point d'imploser. Et puis, sa grande chevelure lisse était plus sombre. Itachi scruta cette face longuement, en silence.
- Tu vas m'obéir maintenant.
Itachi esquissa un très léger sourire. Il plongea son regard dans celui de son agresseur.
- Qu'est-ce qui te fait rire ?
Deidara approcha l'embout du fusil, contre la peau du front d'Itachi. La tension était montée d'un cran. Et pourtant, Itachi n'affichait aucune angoisse, pas un brin de peur. Il continua de sonder le bleu de ses yeux parfaits.
- Voyons… Sasuke. Pourquoi t'es-tu déguisé de la sorte pour venir me voir ? Tu as peur ? Honte ?
« Deidara » recula aussitôt. Il paniqua, et il trembla d'avantage. Itachi leva la main et la passa tout contre la face de Sasuke, qui retrouva son véritable visage. Ce dernier lui infligea un coup brutal, la crosse du fusil dans l'abdomen. Le jeune homme serrait les dents, les yeux rougis par l'émotion et par la colère. Le directeur se tint le ventre, un genou au sol. Sa chevelure tombait vers le sol.
- Je t'interdis de me regarder dans les yeux Itachi.
Une mélodie se fit entendre. L'homme toussa plusieurs secondes. Il leva la tête. Sasuke passa sa main dans la poche de sa veste et en sortit un portable à clapet. Il sonnait. Sasuke répondit.
- Oui.
« Ce n'est pas Deidara ça… »
- C'est moi, Madara-sama.
« Tu sais que je déteste ça, quand les choses ne sont pas comme je les aies prévues… »
- Itachi est là, Madara-sama. Il est au sol.
Itachi baissa les yeux.
« Au sol… A genoux… Tu as tellement de chance, Sasuke de pouvoir admirer un tel spectacle. Très bien. Alors… J'aimerais l'entendre, veux-tu ? Laisse-moi parler à Itachi, comme c'était convenu.»
Sasuke éloigna le téléphone de son oreille. D'une main, il approcha le combiné de l'oreille d'Itachi, et de l'autre le tenait en joue.
- Parle, vociféra-t-il à son frère, parle, ou je t'explose.
Itachi ferma les yeux.
« Bonsoir Itachi. Comment vas-tu ? »
- Qu'est-ce que tu fais… ?
Madara rit.
L'homme retira la griffe d'acier aiguisée qu'il avait fixée à son index droit. Il avait passé le corps de Naruto, et avait su le déchirer de part et d'autre. Il observa son œuvre d'art. Naruto ne se débattait plus, et un filet de sang s'échappait de ses lèvres. Il n'arrivait plus à ouvrir les yeux, emporté par une énième hypnose. Son ventre présentait de multiples hématomes, dus à plusieurs fractures visibles aux cotes. Il y avait bien là cinq ou six cotes de broyées. Incapable de hurler, incapable de pleurer, Naruto sentait ses poumons se déchirer un peu plus à chaque expiration. Ses avant-bras avaient été brûlés avec lenteur, des lambeaux de chairs ridicules et pendants. Le corps nu de Naruto avait été sauvagement abusé. Son bassin était broyé, et plusieurs traces de griffures étaient là. De la sueur s'écoulait de lui.
Il était mourant.
- Oh, crois-moi tu ne vas pas aimer ce que je vais répondre, Itachi.
« Vraiment ? »
- Ca non… Je t'ai emprunté quelque chose. Et je m'amuse beaucoup. Allez, Naruto, embrasse donc Itachi.
Silence.
Itachi baissa les yeux. Sasuke fronça les sourcils. Il voulut se mordre les lèvres, jusqu'au sang.
« On dirait que Naruto n'arrive même plus à parler… Ton petit jouet est en train de crever, juste devant moi. »
- Ne lui fais pas de mal, murmura Itachi.
« Il est un peu trop tard pour me demander ça… Mais… Je suis un homme de valeurs. Alors, je vais te donner une chance de le sauver, car tu te doutes bien… Je ne fais pas ça pour mon…»
« Plaisir. »
La voix de Madara était sexuelle.
- Je t'écoute.
« Je lui donne une chance. Je te donne une chance, à toi aussi. On reprend les F.E.S. Tous les deux. Toi et moi… Et Naruto vivra. »
Sasuke frémit.
- Quoi ? s'écria-t-il en approchant le téléphone, qu'est-ce que vous êtes en train de dire ? Ce n'était pas du tout ce qui était prévu ! Vous deviez tuer Hashirama et moi, moi je devais … Je devais le tuer lui.
Madara poussa un long rire. Ce rire était si particulier. Ce n'était pas un rire joyeux. Il était incroyable. Sasuke en eut les jambes coupées. Il en oublia même de tenir en joue Itachi.
« Oh Sasuke… Sasuke, par pitié ne me dis pas que tu as appris toutes ces choses, parcouru les méandres de l'hypnose ces derniers temps pour ne pas tomber dans les mensonges, toi aussi ? Dans ce théâtre où nous jouons tous, il y a les marionnettistes… Et les marionnettes… Et… Je peux te poser la question maintenant. De quel côté suis-je ? Et de quel côté es-tu ? »
Sasuke avait la gorge serrée. Il n'arrivait plus à parler.
« Repasse-moi Itachi, imbécile. Car, si tu ne le fais pas, je peux t'assurer qu'on retrouvera un mort de plus demain matin. »
Le jeune homme se retourna, et tendit le portable à Itachi sans prendre la peine de tendre son fusil. Itachi prit le téléphone. Il était attentif.
« Allô ? »
Madara sourit. Il observa les pierres incrustées dans le revolver qu'il tenait à la main. Il était très fier de cet objet, qu'il avait fait forger à Full Face, lui-même par des artisans villageois. Le canon était d'une couleur particulière, et l'objet très esthétique. Beau. Puissant. Madara retint un soupir. Il écoutait la voix d'Itachi, comme s'il lui déclamait son amour. Il jeta un regard à Naruto, insensible.
- Itachi. Je vais tuer Naruto si tu n'acceptes pas cette proposition.
« Alors, fais-le. »
Madara eut un temps de réflexion. Un arrêt. Il se figea, battit des cils trois fois.
- Peux-tu répéter ?
« Tu me proposes la vie de Naruto, ou bien mon allégeance envers toi, n'est-ce pas ? N'allons pas par quatre chemins, Madara on sait très bien ce qu'on est en train de faire, maintenant. »
- La vie de Naruto, Itachi. Elle va s'arrêter dans quelques secondes si tu n'acceptes pas ce …
Madara ne bégayait jamais. Ce n'était pas dans ses habitudes et pourtant, les mots étaient difficiles à trouver. Ses lèvres étaient plus sèches, il passa une main dans son épaisse chevelure.
- Ne joue pas avec moi Itachi, si tu ne m'en crois pas capable. J'ai tué bien plus que tu ne tueras jamais dans ta putain de vie.
« Oh, je sais que tu en es capable… Alors, je le répète une fois de plus… Fais-le. Mais tu ne m'auras jamais. Je suis désolé… Madara-sama.»
Itachi avait susurré ces derniers mots, le regard intense. Madara avait les yeux grands ouverts.
Une détonation traversa le portable, retentit jusqu'à l'oreille d'Itachi. Madara avait perforé le ventre de Naruto d'une balle, d'une seule.
Le recul avait été assez puissant, mais Madara savait tirer.
Et, à bout-portant la balle ne rata pas sa cible.
Madara avait déposé le téléphone.
Il souffla fort de longues secondes, emporté par l'angoisse et troublé par le comportement d'Itachi. Il observa le sang s'écouler au sol en cascade.
« T'es content, maintenant que tu as perdu tout ce que tu avais ? »
« Il ne te reste plus que moi on dirait. »
« Tu vas crever seul, Itachi. »
Madara saisit le portable.
- C'est fait, Itachi. Naruto est mort.
