Voilà le dernier chapitre de la première partie de la fiction. Il me semble qu'il s'agit du plus long ( même si comparé à d'autres, il reste très court. Oui Kailyn, c'est toi que je vise x) ).
Bonne lecture !
Elément perturbateur
Jonouchi avait été battu trois fois par son père. La première occurrence avait eu lieu lorsque ce dernier avait perdu son emploi. La deuxième, après que sa mère soit partie. Et la troisième, pour une raison que le blond avait à présent oubliée. Depuis, il avait soigneusement évité sa demeure, traînant à l'extérieur le plus longtemps possible.
Cependant, lorsqu'Isono l'y déposa, il sut que retarder l'échéance ne serait que superflu. Se dirigeant vers la cuisine comme un cochon vers l'abattoir, il baissa les yeux devant son père. Ce fut ainsi que le compteur des violences subies par Jonouchi s'incrémenta.
L'adolescent ne se rendit pas en cours la semaine suivante, se contentant d'un confinement approfondi dans sa chambre. Il passait son temps à ressasser les souvenirs qu'il partageait avec sa sœur, même les plus insignifiants, ou encore, à simplement rester couché sur son lit, un casque masquant ses oreilles.
Ses amis lui avaient rendu visite le lendemain de l'enterrement, s'inquiétant de son état. Il ne leur avait cependant pas ouvert. Ce qui ne les avait pas empêché de revenir le surlendemain après l'école, et encore le sur-surlendemain. Ceux-ci étaient rapidement chassés lorsque le géniteur du blond était présent. Mais lorsqu'il était absent, ils se bornaient à appeler leur ami, le supplier de leur parler, même une minute. La porte restait néanmoins désespérément close. Jonouchi n'avait envie de voir personne. Et encore moins de « parler ».
Un jour, son état léthargique fut cependant troublé. Les souvenirs du visage, du sourire, des pleurs de sa sœur avaient été furtivement éclipsés par une paire d'yeux bleu ciel. Une paire d'yeux suintant de pitié. Suivi d'une admonition.
« Continue ton cinéma. »
L'adolescent sursauta. Assis sur son lit, il laissa ensuite sa tête reposer sur le mur jouxtant celui-ci. Était-ce réellement cela ? Ne faisait-il que s'apitoyer sur lui-même ? Se complaire dans sa souffrance, l'apprécier, tel un masochiste ? Au point d'en arriver à un état suffisamment pathétique pour mériter un tel regard de Kaiba. L'homme dont il souhaitait gagner le respect. L'homme par qui il souhaitait être reconnu. Et, plus surprenant, l'homme qui l'avait aidé.
Evidemment, le PDG demeurait à ses yeux « un enfoiré de première catégorie », doté d' « un putain d'égocentrisme incurable ». Mais aussi, une personne qu'il admirait, pour son talent aux duels, son aplomb, et sa capacité à gérer sans anicroche une des plus grosses entreprises du Japon parallèlement au lycée.
Dire qu'il avait éveillé la pitié de cet homme. Non pas que la tâche soit ardue. Seulement, il n'avait pas pensé avoir l'air pitoyable. Envoyant un poing valser contre le mur, Jonouchi jura. Il était en train de devenir le genre de personnes qu'il méprisait : un être veule ayant abandonné tout espoir. Il devait se reprendre. Mais surtout, se rendre sur la tombe de Shizuka. Pour s'excuser. Plus que probablement dans le vide.
Le bus déposa l'adolescent à quelques dizaines de mètres du cimetière. L'air était froid, annonciateur du mois de décembre. Et bien que le blond ne porte qu'une fine veste d'automne, il ne frissonnait pas. Ses pas étaient fermes. Il voulait voir sa sépulture de ses propres yeux.
Jonouchi chercha longtemps, sillonnant les tombes à la recherche de son nom. Jusqu'à ce qu'enfin il la trouve. Petite tombe de granit discrète colorée d'un bouquet rougeoyant, probablement déposé par sa mère. L'adolescent tomba à genoux devant le cliché de sa sœur souriante. Les souvenirs qu'il avait désespérément tentés de conserver lui paraissaient si flous à côté de cette image éblouissante. Si irréels.
Les larmes coulèrent sur ses mains encrassées par la terre raclée par ses ongles. Comment pouvait-il être devenu incapable de se représenter correctement le sourire étincelant de Shizuka ? Ses souvenirs étaient-ils voués à lentement s'estomper ? Ne subsisterait-il un jour plus que les photos afin de la lui remémorer ?
Un véritable déluge noyait sol. Et l'adolescent était incapable de l'enrayer. Lorsqu'il porta un nouveau regard trempé au visage de sa sœur, s'ajoutèrent à ses questions les réminiscences de l'enterrement. De son irrespect. De son inconscience.
- Pardonne-moi, murmura-t-il d'une voix enrouée. Pardonne-moi.
Il répéta cette supplique encore et encore. Jusqu'à ce que les pleurs noient également ses cordes vocales. Sa poitrine était transpercée d'une douleur insoutenable, telle de multiples piques s'enfonçant dans son cœur meurtri. Les larmes l'empêchaient de respirer correctement. Il n'en pouvait plus. C'en était trop pour son pauvre corps.
Cette souffrance allait-elle seulement cesser un jour ? Ou était-il condamné à passer le reste de sa vie sous son joug ? Plus les pleurs ruisselaient, plus il en avait l'impression. Il ne parviendrait jamais à se relever après un tel choc.
L'adolescent resta encore longtemps après que ses larmes se soient taries. Il ne parvenait pas à quitter la tombe, à quitter ce qu'il restait du corps de sa sœur. Puis, finalement il se résigna, s'éloignant en lui promettant qu'il reviendrait.
Lorsque Jonouchi atteignit le trottoir longeant la rue où il habitait, il aperçut ses amis au loin, en train de frapper à sa porte une énième fois. Alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, ceux-ci le repérèrent et se hâtèrent de l'intercepter.
- Cette fois-ci tu ne t'échapperas pas Jonouchi ! cria Honda en le retenant par la capuche de son manteau.
Lorsque le blond fit volte face, la vue de ses yeux rouges et cernés clouèrent ses camardes sur place. Comptant en profiter pour s'éclipser, il fut arrêté par la voix d'Anzu, en pleurs.
- Jonouchi, s'il te plaît, sanglotait-elle en essuyant vainement ses larmes, arrête de constamment nous éviter !
Sa voix se brisa sur les derniers mots. Yugi reprit avec une fermeté inhabituelle :
- On veut t'aider. Laisse-nous t'aider !
- Je me demande bien ce que vous pouvez tant faire pour « m'aider », rétorqua amèrement l'adolescent.
- C'est vrai qu'on ne sait pas ce qui te pourrait te rendre le sourire, mais rester tout seul n'est certainement pas une bonne solution ! assena Yugi, les sourcils froncés.
Anzu pleurait toujours, soutenue par Honda dont les mâchoires semblaient décidées à s'écraser mutuellement.
- Au moins, je suis tranquille, tout seul, contesta le blond.
A ces mots, le brun s'enflamma :
- Ah oui, tu te sens tranquille ?
Ses poings se serrèrent, après avoir préalablement laissé Anzu aux mains de Yugi. Il allait profondément regretter ce qu'il allait hurler, mais sa fureur l'avait mis à bout. Lui aussi, souffrait de la mort de la femme qu'il aimait.
- C'est vrai que depuis plus d'une semaine, tu passes ton temps, tranquille, dans ta chambre. Mais dis-moi, tu comptes continuer jusque quand exactement ? Un mois, une année, toute ta vie ? Ou alors, tu préfères devenir un ivrogne ? Un alcoolique ? Il me semble que tu as déjà bien expérimenté ça ! Oh, mais laisse-moi deviner, c'est à ça que tu passes tes journées maintenant, à te bourrer la gueule pour oublier ?
Honda s'était attendu à recevoir un coup de poing, ou encore un coup de pied bien placé. Au pire, une dérouillée dont il se souviendrait longtemps. Mais certainement pas à ce qui s'en suivit. Jonouchi s'était retourné pour lui faire face, puis avait fondu en larmes.
Le brun, tout d'abord interloqué, balaya ensuite la gêne pointant dans son buste d'un revers de la main. Jamais encore il n'avait vu son ami pleurer. Il finit par poser une paume se voulant rassurante sur son épaule.
- Jonouchi, ça va aller. On va t'aider. Ca va aller, ne put-il que murmurer.
Après un certain temps, le blond chuchota entre deux pleurs :
- Je suis désolé. Tellement désolé. Je ne fais que de la merde. Je suis désolé.
N'y tenant plus, Anzu se jeta dans ses bras, suivie de Yugi et Honda. Leur câlin collectif poussa les quelques passants à devoir emprunter le bord de la route pour accéder à la suite du trottoir.
- Imbécile, assena l'adolescente dont les larmes coulaient toujours. Tu n'imagines pas à quel point tu nous as inquiétés tout ce temps. Demain, on passe la journée ensemble, dimanche aussi. Et lundi tu viendras à l'école, c'est un ordre ! Dieu sait ce qui t'arrivera si tu me désobéis.
- Tu peux la croire, reprit Yugi. Elle peut être effrayante quand elle veut.
Les coins des lèvres de Jonouchi s'étirèrent. Un léger sourire apparut sur son visage. Depuis quand n'avait-il plus entendu de répliques aussi banales ?
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Le blond passa comme promis le week-end en compagnie de ses amis. Ils parlèrent. Restèrent silencieux. Aidèrent l'ancien voyou à se remettre en ordre au vu des nombreux cours qu'il avait manqués. Firent des parties de Duel de Monstres. Parlèrent encore. Puis restèrent à nouveau silencieux.
Jonouchi finit par loger chez Yugi la veille du premier jour de la semaine. Ce temps passé en compagnie de ses amis lui avait fait du bien. Il avait pu se changer les idées, malgré qu'à chaque fois que ses pensées se tournaient vers Shizuka, une sourde douleur empoignait son cœur.
Alors que Yugi dormait sur son lit surplombé par le velux, Jonouchi fixait les quelques étoiles visibles à travers celui-ci. Le futon sur lequel il était étendu n'était pas des plus confortables, mais ce n'était pas cela qui l'empêchait de rejoindre les bras de Morphée. Il pensait à l'école, au retard qu'il avait accumulé – il aurait d'ailleurs intérêt à trimer pendant les vacances de Noël s'il souhaitait réussir son année –. De fil en aguille, ses pensées glissèrent vers sa classe, à la façon dont les élèves réagiraient après sa longue absence, mais aussi probablement à la rumeur qui avait dû s'y étendre après l'enterrement. Puis, arriva le visage de Kaiba, accompagné de son regard bleuté. Il ne s'agissait plus du regard de pitié qu'il lui avait adressé un jour de tempête, mais bien du regard triste, compatissant, qu'il lui avait offert après lui avoir cuisiné le riz.
Le blond devrait le remercier. Il avait fait de même avec ses amis, juste avant qu'ils quittent la maison du tricolore. Cependant, le PDG avait aussi sa part de responsabilité dans sa décision – encore fragile – de ne pas se laisser abattre. Sans compter le fait qu'il se soit occupé d'un pitoyable ivrogne en phase terminale. Oui, il devait le remercier sans faute.
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Seto se perdait dans la montagne de documents qui envahissait son bureau. Cela faisait des jours qu'il ne parvenait plus à travailler correctement. Il avait cependant totalement refusé de délaisser son dimanche en compagnie de son petit frère. Résultat, il était contraint de travailler à plus de deux heures du matin la veille du premier jour d'école de la semaine. Le brun était conscient qu'il passerait plus que probablement une nuit blanche. Les affaires qu'il lui restait à traiter devaient être prêtes pour le lendemain à dix-huit heures pile.
Il était également conscient de ce qui empêchait son esprit de pleinement se concentrer. L'absence de Jonouchi. Il avait plusieurs fois songé à lui rendre visite – si son foutu inconscient désirait tant le voir, mais surtout si cela lui permettait de se remettre correctement au travail par après, qu'il réalise cet ô combien stupide souhait –. Le brun n'avait néanmoins jamais pu s'y résoudre. Il se rendrait au domicile de Jonouchi, bien. Et après ? Il allait rester planté devant lui sans prononcer mot ? Car il n'avait strictement aucune idée de discours pseudo-réconfortant et aucune envie d'en trouver. Convaincre une compagnie de se soumettre à la sienne – contre son gré, ou non – lui paraissait une entreprise bien plus simple.
Après que Seto ait perdu ses parents, personne ne l'avait consolé. Pas même Mokuba. Celui-ci était encore trop jeune à l'époque. Il n'avait pas vécu le décès de leurs géniteurs de la même manière. Aujourd'hui encore, le PDG se demandait si son petit-frère avait été conscient de ce que la mort impliquait à ce moment. Bien sûr, cela avait peiné ce dernier de ne plus voir ses parents. Mais avait-il compris que cela serait définitif ? Aurait-il simplement été capable de saisir ce que « définitif » signifiait ? A présent, le cadet l'avait bien évidemment compris. Le brun ne pouvait d'ailleurs que remarquer le regard envieux qu'il jetait parfois aux familles qu'ils croisaient dans la rue le dimanche. Mais malgré tout, Mokuba n'avait pas subi leur perte. Le PDG n'était même pas sûr que celui-ci ait gardé de clairs souvenirs de leurs enterrements respectifs. Il ne pouvait néanmoins lui en vouloir. Lui, donnerait tout pour se débarrasser de ces souvenirs réfractaires.
Seto abattit son poing rageur sur son bureau. Ces pensées commençaient à le faire sortir de ses gonds. Son bras insoumis effectua alors un ample mouvement sous la colère. Si ample que celui-ci renversa la pile de dossiers siégeant à ses côtés. Le PDG se sentit exploser. La totalité de ses papiers gisait à présent sur le parquet entourant son bureau. Mélangés, certains pliés, ils étaient complètement éparpillés.
Alors que de multiples jurons, insultes et autres joyeusetés franchissaient ses lèvres, Seto se baissa pour ramasser le capharnaüm. Sa rage atteint de nouveaux sommets lorsqu'il se rendit compte qu'aucune des feuilles n'était numérotée.
- Pourquoi diable ne les ai-je pas agrafées ! cria le brun, manquant de déchirer un début de rapport au passage.
Respirant une grosse goulée d'air, le PDG tenta de se calmer. Cela ne l'avancerait à rien de s'énerver. C'était d'ailleurs cela qui avait originellement causé ce désastre. Il allait donc gentiment ramasser toute cette paperasse, joyeusement la trier, reprendre là où il s'était arrêté dans la bonne humeur, puis achever ses obligations avec le sourire. Et accessoirement, il allait dès le lendemain rendre visite à Jonouchi, lui balancer n'importe quelle merde lui passant par la tête, puis reprendre le cours de sa vie sans plus s'inquiéter pour qui que ce soit, excepté lui-même ainsi que Mokuba. Ravi de cette décision consistant probablement en l'une des meilleures de son existence – juste après la prise de pouvoir de la KaibaCorp et l'explosion d'Alcatraz – il commença à disposer ses papiers sur plusieurs piles, correspondant chacune à une affaire précise.
Seto fut contraint, comme escompté, de passer une nuit blanche. Alors que les sept heures du matin approchaient, il fut cependant satisfait de constater qu'il avait réussi à achever son travail. Après avoir rendu visite à Jonouchi, il pourrait tranquillement récupérer le sommeil perdu.
Le brun enfila son uniforme en vitesse, déjeuna rapidement face à son frère qui ne manqua pas de lui faire remarquer qu'il avait une sale tête, prit deux cafés pour la route – histoire de ne pas s'endormir à même son banc – et fila dans la voiture. Il arriva un peu plus tard qu'à son habitude – bien que cela soit toujours trop tôt pour la plupart des autres élèves –. Après s'être assis au fond de la classe, il n'eut néanmoins pas à attendre longtemps avant que l'ombre d'une bruyante discussion le tire de ses rêveries. La bande à Yugi entra dans la pièce, augmentant le volume des parasites sonores.
Lorsque le PDG aperçut Jonouchi parmi eux, son cœur loupa un battement. Il se sentit même presque… heureux. Mettant cet étrange comportement sur le coup de son état de fatigue avancé, il laissa à nouveau son esprit se vider de ses pensées.
La matinée fut longue. Très longue. Malgré les effets excitants de la caféine, Seto ne parvenait pas à se concentrer. Les dossiers qu'il avait traités la nuit dansaient devant ses yeux, leurs mots se mélangeant pour former d'incompréhensibles phrases. Détournant toute son attention des cours, il se forçait alors à se rappeler tel ou tel détail concernant chacune de ses affaires – bien que cela soit strictement inutile maintenant que celles-ci étaient classées –.
Ce fut avec un soulagement non-dissimulé que le brun se rendit sur le toit du bâtiment lors du temps de midi. Il laissa sa tête se reposer sur le grillage et ferma les yeux. Dès la fin des cours, il pourrait rentrer chez lui et dormir. A présent que Jonouchi était revenu en cours, il n'avait plus besoin de lui rende visite.
Alors qu'il laissait aller la totalité de son corps contre le grillage bordant le toit, la porte de la cabine d'accès s'ouvrit, laissant apparaître Katsuya. Le PDG se raidit aussitôt. Il n'aimait pas qu'on le découvre dans un de ses rares moments de détente.
A son plus grand étonnement, le blond vint s'asseoir à ses côtés – celui-ci se contentait d'habitude de la façade de la cabine –. Ils se regardèrent un moment, se jaugeant mutuellement, puis détournèrent le regard. Seto sentit une fois de plus l'étrange sentiment de bien-être le gagner. Rompant le silence, il déclara, les yeux fixant un point à l'opposé de Jonouchi :
- Tu as l'air d'aller mieux.
- Oui.
Le silence s'installa à nouveau. Puis, leurs regards se croisèrent. Katsuya murmura alors :
- Enfin, plus ou moins.
- Les premiers mois sont les plus difficiles. Après, le temps commence tout doucement à faire son œuvre.
- C'est ce qu'il paraît, répondit platement le blond, pas très convaincu.
Plantant ses yeux bleus perçants dans les siens, le PDG assena :
- Je n'ai pas dit que ta vie allait reprendre son cours normal une fois que suffisamment de temps aura passé. Elle ne sera plus jamais comme avant. Mais tu finiras par t'habituer. C'est tout.
Les yeux du brun s'assombrirent. Suffisamment pour que Jonouchi comprenne qu'il évoquait là à mi-mot son passé. D'après ce qu'il avait compris, son camarade avait perdu ses parents lorsqu'il était enfant. Il devait savoir de quoi il parlait. Ce dernier devait – à peu de choses près – avoir traversé les mêmes moments que lui, voire pire. Et cela le fit se sentir infiniment proche de Kaiba.
Ce devait être le moment propice. Le moment idéal.
- Kaiba, commença l'ancien voyou. Merci.
Ce simple petit mot de gratitude bouleversa Seto. Cela devait faire des mois, non, des années que personne ne le lui avait adressé.
- Je veux dire, continua la d'adolescent, gêné par le silence persistant de son interlocuteur, tu m'as bien remis les idées en place quand on s'est battu, avec la tempête et tout. Mais à l'enterrement aussi. Je veux dire, tu m'as sauvé la mise ! Et en prime tu t'es occupé d'un mec complètement déchiré. Donc, enfin, merci.
Reprenant petit à petit ses esprits, Seto répliqua :
- D'un triple abruti tu veux dire.
Baissant la tête, Jonouchi ne put que confirmer :
- Oui, d'un triple abruti complètement déchiré.
- Qui, en prime, a accompli l'exploit de boucher ma douche, ajouta le brun, les sourcils froncés.
- Quoi ! J'ai bouché ta douche ? Moi ?
Le blond s'interrompit, tentant de se rappeler les événements.
- Tu as probablement vomi dans la douche, et sur la carpette en prime, railla le PDG.
- Même si j'étais bourré, je n'aurais quand même pas vomi dans une douche enfin ! Disons que, j'espère, hésita-t-il en détournant le regard.
Les sourcils de l'ancien voyou se plièrent sous son effort de réflexion. Il devait absolument se rappeler. Ce que le brun racontait ne pouvait être vrai. Puis, quelques flashs traversèrent son esprit. Honteux, il avoua alors :
- Je n'ai pas vomi dans la douche. J'ai vomi sur la carpette que j'ai ensuite lavée dans la douche.
- Ce n'est pas beaucoup plus intelligent. Je dirais même que c'est pire !
- Oh, ça va, j'avais d'abord foutu le plus gros dans les toilettes, répliqua le blond, faisant à nouveau – plus ou moins fièrement – face à l'adolescent.
- Voyez-vous ça, il est vrai que cette action ô combien propice à la situation change tout ! commenta le PDG. Il est clair à présent que ce que tu as fait ce jour-là découlait d'une intense cogitation.
Katsuya éclata alors de rire. Cette situation avait dû être tellement ridicule. Il donnerait tant afin de pouvoir observer la tête qu'avait tiré Kaiba devant cet incident ménager.
- Et qu'as-tu donc fait après ça ? demanda le blond, curieux.
- Un coup d'acide caustique a rapidement réparé les dégâts.
- Voilà qui découle également d'une intense cogitation.
Le brun ne put empêcher un léger sourire étirer discrètement ses lèvres, avant de rétorquer :
- La douche était débouchée après ça.
Les deux adolescents continuèrent à discuter, jusqu'à ce qu'il ne reste que quelques minutes avant la reprise des cours. Avant de partir, le blond ne put s'empêcher de réitérer sa reconnaissance :
- Encore merci, Kaiba.
Puis, il quitta le toit, plantant là un PDG encore plus troublé qu'après son premier remerciement. Lorsque ce dernier avait regardé les yeux bruns munis d'une nouvelle, mais faible étincelle de vie, il avait réalisé. Il était amoureux de Jonouchi.
Une fois la porte de la cabine refermée, Seto réalisa une seconde chose. C'était la première fois que le blond quittait le toit avant lui.
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L'année scolaire avançait. Après les vacances de Noël, vinrent les premières neiges, peu persistantes en pleine ville. Les élèves de terminale du lycée de Domino étudiaient d'arrache pied afin de préparer leurs rudes examens de fin d'année. Lorsqu'une douce température céda à la rude froideur de l'hiver, il n'y eut plus que ce mot sortant de leurs bouches.
Jonouchi avait quelque peu repris du poil de la bête, principalement grâce à une étude poussée lui ayant permis de régulièrement se changer les idées lorsqu'il retournait chez lui. Néanmoins, il craquait encore certains soirs. Était-ce à cause du noir oppressant qui l'entourait ? Était-ce parce qu'il était seul ? Toujours est-il que de lourdes larmes trempaient ses joues et son matelas, tandis que le manque de Shizuka se faisait cruellement sentir.
Le blond avait pris l'habitude de se rendre sur sa tombe chaque week-end. Parfois en compagnie de ses amis. Parfois seul. Il n'y avait jamais croisé sa mère, mais reconnaissait, déposé sur la sépulture, un bouquet de fleurs rouge sang semblable à celui présent lors de sa première visite. Lui, n'apportait jamais de fleurs. A quoi bon en cueillir ou en acheter si c'était pour que celles-ci fanent en moins d'un jour et salissent la tombe ? Par ailleurs, la photo de sa petite sœur suffisait à enjoliver celle-ci.
Katsuya avait petit à petit renoué les liens avec ses amis. Il ne les évitait plus aux pauses, ni durant les temps de midi, ou tout du moins, durant certains de ceux-ci. Il lui arrivait régulièrement de disparaître une fois la sonnerie retentie, puis de réapparaître comme par magie au début du premier cours de l'après-midi. Bien que ceux-ci lui aient souvent demandé où il était allé, ou ce qu'il avait fait, le blond détournait rapidement le sujet de conversation, ou s'il n'avait pas d'idée, répondait vaguement via des « quelque part » ou « quelque chose ». Jamais il ne leur avouerait qu'il passait ces temps de midi sur le toit en compagnie de Kaiba. Même lui trouvait cela étrange. Yugi et les autres avaient donc fini par abandonner, se résignant à adhérer à la théorie stipulant que leur ami leur cachait l'existence d'une quelconque petite amie.
Ces banals quotidiens laissèrent ensuite place aux examens, puis, à la remise des diplômes. Jonouchi, malgré ses nombreuses absences, avait finalement pu obtenir le sien. Bien que ses résultats frôlent le sol au ras des pâquerettes, il estimait que ses nombreux efforts avaient payé. Il ne désirait de toute façon pas poursuivre ses études. Il se hâterait de trouver un travail, économiserait pour acheter un petit appartement loin de celui de son père, et conserverait son rêve d'un jour devenir duelliste professionnel dans un coin de sa tête.
Après la cérémonie, la bande à Yugi se promit de garder contact malgré la distance – Anzu allant commencer ses études aux Etats-Unis –, puis, chacun repartit chez lui.
Alors que le blond s'apprêtait à quitter le lieu qu'il avait fréquenté durant trois longues années, il aperçut Kaiba au loin. L'ancien voyou n'allait probablement plus jamais croiser sa route. Ils n'avaient échangés leurs numéros, et fondamentalement, n'avaient aucune raison de se revoir.
Seto finit par remarquer l'adolescent le fixant. Il lui adressa ce qui ressemblait à un sourire, lui tourna le dos et s'en alla. Katsuya sentit alors une pointe de tristesse tendrement percer son cœur.
Et voilà, fin de la première partie !
Pensez-vous que ce chapitre conclut bien la période lycée ? Je l'espère :) Sans parler de la déclaration silencieuse de Kaiba ( bon Dieu, j'espère qu'il n'est pas trop OOC à ce moment... Enfin, dans ma tête, il n'est pas OOC. Mais sur papier, peut-être qu'il le paraît ! Comment ça, je suis compliquée ? C'est juste un effet de l'imagination x) ).
A bientôt !
