Merciiiii d'être toujours là...
Ma relectrice est en congés, donc désolée pour les fautes :o(
Aller, hop : la suite !
- POV Regina -
« Que voudriez-vous que je fasse alors, Regina ? »
Les deux émeraudes d'Emma Swan me scrutent, scintillant de malice.
Son visage d'ange, arborant pourtant un air si diabolique en cet instant, est dangereusement penché à une vingtaine de centimètres du mien.
Ses deux mains, que je sens légèrement tremblotantes, sur lesquelles les miennes, moites, sont toujours enserrées : sont pratiquement posées sur mes hanches.
Son souffle se mêle au mien qui devient incontrôlable et erratique… Je perds le contrôle…
Et je déteste perdre le contrôle !
Comment se fait-il que cette horripilante blonde me mette dans des états pareils… !
C'est intolérable… ! Il faut absolument que je me ressaisisse…
Je ferme alors mes yeux en soufflant, reprenant calmement ma respiration.
- Madame Mills ?
M'interrompt le chuchotement de l'agaçante chasseuse de prime.
Je garde les yeux fermés, refusant de revoir tout de suite son troublant regard qui pèse sur moi.
- Regina ?
Non non non, pas encore. Je ne suis pas prête à me replonger dans la profondeur de ses jades…
Je fronce les sourcils et force la fermeture de mes orbes.
Je sens une douce chaleur prés de mon visage… très près… trop près… !
Tellement je suis concentrée sur mon souffle spasmodique et le trouble persistant en mon for intérieur, je ne me suis pas rendue compte que j'avais lâché les poignets de mon assaillante.
J'ouvre alors lentement mes paupières et vois une main s'agiter de gauche à droite devant moi.
Juste derrière se trouve le regard vert mais inquiet de la surprenante Miss Swan.
Pourquoi est-elle toujours là au fait ? Pourquoi n'a-t-elle pas fui comme tout le monde ?
Même si c'est pour Henry qu'elle est avec nous, elle a envers moi une attitude bien trop délicate pour que cela soit uniquement pour « son » fils.
Depuis quand des gens ont une attitude agréable avec moi… ?! Personne n'est « gentil » avec la terrible Regina Mills ! Alors pourquoi cette énervante Miss Swan l'est-elle… ?
Je sens deux mains chaudes prendre doucement en coupe mon visage.
- Regina… ? Est-ce que tout va bien ? S'il vous plait… Dites-moi quelque chose…
Les aigues-marines plantées dans mes hématites me transpercent douloureusement, mon souffle court se remet à s'accélérer et mon cœur à battre à un rythme effréné.
L'air affolé de la blonde en face de moi me ramène vaguement à la réalité, mais le contact de sa peau sur la mienne est plus fort, et il m'est impossible de faire le moindre mouvement ou de dire le moindre mot…
- C'était pour plaisanter Regina… Veuillez m'excuser… Je… Je suis vraiment désolée… Je… Je vous en prie… Pardonnez-moi…
Balbutie la garante de caution en face de moi, complétement dépassée par ma catalepsie.
Mais il m'est tout simplement impossible de réagir, de bouger ou dire quoique ce soit… Je suis comme figée dans mon propre corps, devenu rigide comme de la pierre…
Tout à coup, une lumière semble éclairer ses pupilles, la faisant brusquement détacher ses douces paumes de mes joues glacées.
- Je suis navrée, sincèrement… J'aurais pas dû poser mes mains sur vous… J'aurais dû, au contraire, savoir qu'il ne fallait pas…
Bredouille-t-elle, totalement désappointée, un air affligé sur la figure.
Ma peau libérée de la sienne, je reprends peu à peu vie.
Le sang semble à nouveau s'écouler dans mes veines, mes muscles recouvrer leur fonction motrice et mon cerveau le contrôle de tout mon corps.
- Franchement, je suis trop conne… !
Se fustige-t-elle.
- Langage Miss Swan !
Ne puis-je m'empêcher de la sermonner.
Ses yeux, qu'elle avait baissés sur la pointe de ses chaussures, remontent instantanément vers moi, méfiants, comme cherchant une réponse à son questionnement muet.
Les couleurs envahissent à nouveau mon épiderme et le froid quitte petit à petit mon corps.
Ses mains se tordent l'une l'autre, manifestant son angoisse à mon égard.
- Je vais bien Miss Swan.
Finis-je par dire.
Un sourire contrit sur son visage me répond silencieusement.
La voir ainsi, si mal à l'aise, à cause de ce qu'elle considère comme un mal qu'elle m'aurait infligé, me perturbe grandement de manière paradoxale.
Je crois que je n'aime ni la voir dans cet état, ni la sentir responsable de tout ceci.
Je lui adresse alors un maladroit, mais néanmoins sincère, sourire timide.
- Je vais bien.
Redis-je un peu plus distinctement.
- Je vous assure Regina, je m'en veux terriblement de ce que j'ai fait… Je le sais pourtant qu'il ne faut pas que je pose mes mains sur vous… Vraiment… Je suis une parfaite idiote…
Se blâme-t-elle encore une fois, froidement.
- Ça, dans l'absolu, ce n'est pas moi qui vous dirais le contraire Miss Swan… Vous êtes une parfaite idiote ! Mais, et ça m'écorche la bouche de vous le dire, néanmoins : parfaite…
Son regard s'illumine brusquement.
Bon, j'y suis peut-être allée un peu fort là… « Parfaite »… Il ne faut sans doute pas exagérer…
- Miss Catastrophe Parfaite, oui : c'est bien moi.
Sourit-elle gauchement. Puis, après un court silence :
- Peut-être un jour m'expliquerez-vous ce qui est si terrifiant pour vous dans un contact…
Ajoute-t-elle dans un murmure, plus pour elle-même que pour moi.
Je la détaille un instant. Son regard, habituellement si brillant et rieur, est maintenant sombre et lointain. Son sourire, si éclatant, a désormais disparu de son visage. Comme ses manières, tellement arrogantes, semblent avoir quittées son corps.
Et c'est la culpabilité qui a entièrement pris possession de tout son être.
Mais comment lui dire que ce n'est pas de sa faute si ma mère me battait dès que je ne faisais pas ce qu'elle voulait, comme elle le souhaitait, au moment où elle l'ordonnait, à tel point que j'ai dû à de nombreuses reprises rester enfermée chez moi plusieurs jours d'affilés afin que personne ne voie les traces sur ma peau ?
Qu'elle n'y est absolument pour rien si, par la volonté de ma « charmante » génitrice, j'ai été mariée de force à un homme bien plus âgé que moi qui aimait passer ses nerfs et se « soulager » sur moi de manière physique et violente, au point d'en avoir perdu un fœtus de plusieurs semaines et d'en être devenue stérile ?
Comment lui faire comprendre qu'elle n'a foncièrement aucune part de responsabilité dans cet effroyable passé qui me hante encore terriblement aujourd'hui ?
C'est tout simplement impossible… Finalement, ce n'est qu'une fine peau qui masque aux yeux du monde mes blessures, mais elles sont toujours là, bien présentes, à vif, brûlantes, douloureuses…
Et pourtant, Emma Swan a su voir sous ma carapace ces dommages irréversibles en moi. Elle a non seulement vu mais également compris les lésions profondes qui sont capables de me paralyser encore aujourd'hui…
Toutes ces cicatrices que je dissimule au plus profond de mon âme comme autant de faiblesses que l'on pourrait utiliser contre moi…
Mais non, pas elle. Pas Miss Swan. Elle ne s'en sert pas pour m'atteindre ou me faire du mal… Au contraire : elle tente du mieux qu'elle peut (même si ce n'est pas flagrant, après tout elle reste Miss Catastrophe… !) de m'en protéger, de m'épargner…
- Maman… ?! Tout va bien ?
Me demande Henry, l'angoisse transparaissant dans sa voix fluette.
Sous cet électrochoc, je me ressaisis immédiatement, remets mon masque parfaitement impassible et lui réponds, tout sourire :
- Oui mon grand, tout va bien. Quelle est la prochaine attraction que tu as envie de faire mon Petit Prince ?
Son regard me transperce quelques secondes, interdit, puis se dirige lentement vers Miss Swan, interrogatif.
Cette dernière hausse simplement les épaules, le considérant d'un air désolé.
- Et si nous allions nous rafraîchir les idées sur le Splash ?
Propose l'impétueuse Miss Swan.
- C'est quoi ce manège ?
Demande Henry, n'ayant aucune connaissance sur ce divertissement au nom assez évocateur qui ne m'inspire rien de bon.
- C'est une sorte de croisement entre le train fantôme, mais qui ne fait pas peur, et un grand huit, mais sans looping, le tout sur l'eau.
Explique la blonde, ravie de partager une fois de plus une information avec nous.
- Ça a l'air vraiment cool !
S'extasie mon jeune garçon, enchanté une fois de plus de la trouvaille de Miss Swan.
- Et tu verras, tout en haut, juste avant la grande descente, il y a un gros ballon suspendu, et on a droit à une surprise si on tape dedans !
Affirme-t-elle, un immense sourire s'étirant sur ses lèvres, les yeux à nouveau étincelants.
Je préfère de loin la voir comme cela, réjouie, pleine d'entrain, extasiée comme une enfant, tout simplement : vivante.
Et puis, une fois de plus, elle a su détourner la situation plutôt gênante et redonner le sourire à Henry.
Celui-ci est le premier à descendre du carrousel, excité de découvrir un tout nouveau stand, sous ours en peluche toujours sous le bras et se tourne vers nous :
- Vous venez ? J'ai trop hâte de monter sur le Splash maintenant !
La garante de caution me sourit anxieusement, craignant certainement ma réaction à sa proposition.
- On y va mon grand, allons voir quelle nouvelle torture Miss Swan va encore nous faire endurer.
Affirmé-je, jetant un regard complaisant qui contredit totalement mes paroles vers la concernée, qui en profite pour m'adresser un clin d'œil.
Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel, prête à entendre une autre de ses remarques que je commence à apprécier :
- Je suis toujours sur Terre, près de vous Madame Mills, arrêtez de me chercher aux cieux.
Alors que je sens le coin de mes lèvres s'étirer, je me retourne brusquement pour lui cacher mon sourire naissant et tout en m'avançant dans la foule je lance :
- Oh, rassurez-vous Miss Swan, je sais bien que vous êtes là, sur le sol, près de moi : vous rampez à mes pieds depuis plus de 2 heures à présent…
Je l'entends rire ouvertement dans mon dos puis s'élancer à ma poursuite, pour se mettre à ma hauteur et marcher près de moi, son visage éclairé d'un immense sourire.
Nous avançons côte à côte, dans un étrange silence.
Elle nous guide, nonchalamment, vers l'affreuse attraction au nom évoquant de monstrueuses éclaboussures.
Et en effet, lorsque nous arrivons devant le manège en question, je ne peux que frissonner devant les personnes qui descendent, complètement trempées, des sortes de troncs d'arbres servant de wagonnets.
- J'ose espérer que vous n'avez pas l'intention de me faire monter dans cette… chose… pour m'inonder de la tête aux pieds Miss Swan.
- Oh… ! Rassurez-vous Regina, je n'ai pas besoin de « chose » pour vous inonder.
S'exclame la blonde, dans un rire sardonique, rempli de sous-entendus.
Mais je n'ai pas le temps de répliquer que nous sommes poussés vers l'entrée des enfers sous-marins.
Miss Swan saisi délicatement mon coude et me pousse pratiquement à l'avant d'un de ces troncs tout mouillés…
- Regardez ! À l'avant, juste derrière la sorte de pare-brise, c'est quasiment sec : on est protégé des éclaboussures de la descente finale.
Me dit la blonde, sur un ton bienveillant.
Nous nous retrouvons donc assises toutes les deux sur le premier banc à l'avant du tronçon de faux bois, Henry et son Teddy sur le rang juste derrière.
La femme qui me perturbe le plus depuis les 2 dernières heures de ma vie me sourit affectueusement, ne rendant pas les choses plus faciles pour mon self-control.
Le radeau de fortune se met à balloter de gauche à droite avant de se mettre à avancer péniblement.
Les clapotis de l'eau tout autour de nous ne m'inspirent rien qui vaille.
Je m'accroche fermement à la barre de fer devant moi quand nous pénétrons dans une grotte sombre où la musique entêtante me fait froncer les sourcils.
Miss Swan, sentant probablement la tension qui s'est installée en moi, se tourne vers moi, m'adressant un sourire se voulant rassurant.
Elle approche sa main au-dessus de la mienne qui est agrippée au barreau, pour la poser dessus, mais se ravise au dernier moment.
Elle se contente de me regarder tendrement, ses émeraudes plantées dans le fond de mesyeux.
Soudain elle s'exclame :
- Regardez : des éléphants ! Avec un prince Indien là !
Effectivement, plusieurs paysages sous forme de scènes apparaissent devant nous, au détour d'un virage…
Finalement, je suis transportée par ce que je vois et emportée par l'extase dont fait preuve Miss Swan à chaque nouvelle évocation qui s'offre à nous.
Notre bateau de fortune sort de l'antre aux panoramas magiques, nous montrant cette fois un tableau représentant quelques dinosaures.
- Maman ! Tu as vu ! Il y a un tricératops !
- Oui, on le voit Henry.
- Et il y a même un talarurus !
Ajoute l'impétueuse blonde à mes côtés.
Je ne vois pas du tout de quoi elle parle, mais la crois sur parole : elle a déjà prouvé de nombreuses fois ses connaissances importantes sur divers sujets…
Elle se tourne vers moi, capte mon regard sur elle et je rougis instantanément.
Elle me sourit, encore et toujours, et je m'empourpre un peu plus, détournant la tête.
Tout à coup, notre pirogue se met à pencher dangereusement en arrière, grimpant une impossible pente au son inquiétant de « cla-clack… cla-clack… cla-clack… ».
Voulant saisir à nouveau la ferraille pour me cramponner, j'attrape par mégarde la main de Miss Swan qui était déjà posée là.
Le contact me brûle immédiatement la peau et je me retire promptement, le sang battant mes tempes, mes mains devenant moites.
La chasseuse de prime ôte également sa main du métal et se tourne vers moi :
- Regina… Regina… ! Regardez-moi ! Il va falloir vous accrocher, parce que là : ça va secouer !
Me dit-elle en me montrant le sommet que nous allons atteindre.
Cet effroyable bruit continue de retentir dans mes oreilles : « cla-clack… cla-clack… cla-clack… »
Mes doigts blanchissent alors sous la pression que j'exerce sur la barre d'acier.
Au moment où nous arrivons tout en haut, Henry s'écrit :
- C'est ça le ballon qui permet d'avoir une surprise Emma ?
Mais sans attendre de réponse, je le vois se lever du siège.
Alors que je blêmis immédiatement, et il tape dans l'objet en question et se rassoit aussi rapidement avant que notre canot ne se mette à dévaler à vive allure la descente.
- Oh mer… credi ! Madame Mills : penchez-vous en avant !
M'enjoint Miss Swan, exécutant elle-même l'ordre.
Je me incline donc au plus proche de la bulle qui fait office de pare-brise et voit la profonde flaque se rapprocher à un rythme fou.
Lorsque notre embarcation entre en contact avec l'eau, une immense gerbe passe par-dessus notre abri de fortune et s'écoule lourdement sur Henry et sa peluche.
Je me retourne pour voir s'il va bien, et je le vois rire aux éclats, ravi d'avoir pris une douche.
Alors que je vais lui lancer un regard noir désapprobateur et une remarque acerbe pour l'accompagner, je vois son regard se lever un peu plus loin au-dessus de nous et entend la blonde aux yeux jades murmurer :
- Oh, bon sang… Regina… Je suis désolée…
Ne comprenant pas, je me retourne vers l'avant et c'est là que je le vois :
Un arrosoir géant suspendu au-dessus de notre rivière vient de s'abaisser, libérant une pluie diluvienne sur notre canot de fortune.
Henry rugit d'un mélange de joie et de peur.
Emma Swan ferme les yeux et rentre la tête dans les épaules.
Et ma fierté, tout comme moi, succombe à un déluge.
- MISS SWAN !!!
Hurlé-je, lorsque l'orage s'arrête enfin, les cheveux collés au visage.
- Puis-je savoir pourquoi vous avez dit être désolée pour… ça…
Dis-je en nous désignant, tous les trois, trempés jusqu'aux os.
Elle me regarde d'un air désolé, la tête rentrée dans les épaules… mais ne répond pas.
- Vous saviez, n'est-ce pas… Vous saviez… !
Elle baisse les yeux vers le sol.
- Oh oui… Vous saviez… ! C'était…
- La surprise qu'offrait le ballon!
S'exclame Henry, totalement en joie.
Nous finissons par arriver à la fin du parcours et descendons, dégoulinants, de notre galère… dans tous les sens du terme… !
Nous avançons, dans un silence pesant, dans une contre allée de la fête foraine.
Soudain, Henry s'arrête devant un stand avec des miroirs déformants.
Miss Swan se met derrière lui et ils observent leur image dans l'un d'eux, stoïques.
Ne les voyant pas bouger, je m'approche à mon tour pour contempler notre reflet.
Et nous voilà, tous les trois, imbibés d'eau, les vêtements collés à la peau, les cheveux plaqués au visage, l'air hagard, des gouttes glissant le long de nos corps jusqu'au sol et formant sous chacun de nous une flaque.
Cette vision monte doucement à mon cerveau, s'imprimant lentement.
Et tout à coup, je suis prise de soubresauts venant de mon ventre, qui grimpent lentement vers mes épaules puis atteignent le fond de ma gorge.
J'explose alors de rire.
