Chapitre VII
Kate ne put rater l'entrée fracassante de Meredith, à croire que le poste était devenu une scène de théâtre. La rouquine sortit de l'ascenseur dans une robe rouge au décolleté provocateur. Elle semblait avoir repérée sa proie dès l'ouverture des portes.
L'actrice traversa l'open space en se déhanchant plus que de raison et elle avait un air trop enjoué pour être sincère. Meredith s'approcha lentement de Castle qui, vraisemblablement, s'était changé en statue de cire en apercevant son ex-femme.
- Oh Rick, mon Chaton ! s'exclama la rouquine.
- Meredith ? Mais qu'est ce que tu fais là ?
- Eh bien, je suis de passage à New York pour le grand rôle de ma vie. Et je comptais bien en profiter… si tu vois ce que je veux dire, annonça-t-elle en posant sa main sur le torse de l'écrivain.
- …
- On dîne ensemble… ce soir… disons 20 heures. Ca te laisse deux heures pour nous préparer quelque chose. Et ne t'inquiète pas, je servirais de dessert… dit-t-elle en passant sa langue sur sa lèvre supérieure et laissant ses yeux glisser le long de son corps.
La rouquine finit par reprendre la direction de l'ascenseur mais après avoir fait deux pas tout au plus, elle fit volte-face et se jeta avidement sur la bouche de Castle pour un baiser plus qu'approfondi.
- Non mais elle lui propose un détartrage ou quoi ?! S'écria la détective intérieurement.
Elle ne pouvait s'empêcher d'être jalouse. C'était la première fois qu'elle réagissait comme ça vis à vis un homme mais Rick n'était pas n'importe lequel. Et même si ce n'était pas dans sa nature, les sous-entendus plus qu'explicites de Meredith et son appétit vorace pour les lèvres de SON écrivain la rendait folle.
Elle feignait travailler en triant des papiers sur son bureau mais Castle ne fut pas dupe. Il aperçut par dessus l'épaule de son ex-femme, le regard intense qu'elle lançait à Meredith, et ce dernier parlait pour elle. Bien évidemment qu'il était flatté, comment ne pas l'être ? Kate aurait presque pu sauter au cou de l'actrice pour défendre son territoire. Un sourire étira ses lèvres. Il aimait beaucoup cette idée, il voulait devenir son territoire !
La jeune femme retenait tout son être pour ne pas intervenir. Mais au fond, elle l'enviait ! Elle rêvait d'être à sa place ! De pouvoir passer sa main dans ses cheveux tout en l'embrassant à pleine bouche. Mais Castle n'était que son partenaire, un ami tout au plus. Même si au fond, elle savait qu'il était tellement plus que cela. Et pour cette simple raison, elle n'avait aucun droit sur lui. Si ce soir, il voulait profiter de sa « brioche au beurre », il le pouvait. Elle s'apitoierait sur son sort, seule chez elle, devant un pot de glace et un épisode de Nébula 9.
Ryan et Esposito qui n'avaient rien raté de la scène ne pouvaient s'empêcher de penser que le jeu du chat et de la souris avait suffisamment duré car ils allaient finir par y laisser des plumes.
- Vous travaillez sur une affaire compliquée ? Demanda la rouquine en empoignant une fesse de l'écrivain.
- Euh… Un petit peu… en effet…
- Vous prenez les choses beaucoup trop à cœur, vous trouverez peut-être demain ! Rétorqua-t-elle en effaçant la trace de rouge à lèvres qui ornait le sourire de Castle.
- …
- Bon j'y vais… A toute à l'heure mon Chaton !
Meredith quitta le poste plutôt fier de son petit effet, Castle était toujours à sa merci. Ce soir, elle n'aura sans doute pas longtemps à attendre avant qu'il ne la déshabille.
- Vous ne vous dépêchez pas ? Un repas en deux heures, c'est plutôt court ! Lança Kate amèrement.
- Vous êtes jalouse ?
- Moi ? Non ! Bien-sur que non ! Mais il ne faudrait pas décevoir la dame… Essaya-t-elle de mentir.
- Oh mais si vous êtes jalouse !
- Oh que oui je suis envieuse de cette femme ! Je ne suis même pas certaine que le terme soit assez fort ! Pensa-t-elle.
- Castle la ferme ! Ou sinon je vous coffre ! Rétorqua sa muse se sentant piégée.
- Mmhh… On pourrait se menotter l'un à l'autre, dit-il avec un sourire charmeur.
Il voyait dans son regard qu'il l'avait déstabilisée et il ne s'en excuserait pas, bien au contraire. Elle était encore plus belle quand elle perdait le contrôle des choses.
Comment peut-il avoir réponse à tout et me déstabiliser autant ? Oh mon Dieu, ce sourire… Et puis l'idée d'être de nouveau menotté à lui ne me déplait pas, ce serait même plutôt l'inverse. Mais cette fois, se serait dans mon lit et sans animal exotique ! pensa-t-elle.
Mais elle aperçut la trace de rouge à lèvres et son amertume resurgit sans crier gare.
- Elle a confondu le poste avec Broadway ou quoi ?!
- Pardon ? Demanda Castle surpris.
- Votre ex-femme fait son show en plein milieu du poste pendant une enquête qui plus est ! Elle n'a jamais pensé à postuler dans les films pour adultes, parce qu'elle semble en avoir saisi toute la subtilité !
- Mais… Euh… Enfin… Je n'ai rien dit, moi, quand Josh a débarqué !
- Il devait venir pour l'enquête, c'était un suspect dans une affaire de meurtre. Il ne m'a pas tripotée en plein milieu du poste !
- Comme si cette idée ne lui avait pas effleuré l'esprit. Il mourrait d'envie de s'attaquer aux boutons de votre chemisier ! Et je suis sur que ça ne vous aurez pas déplu ! Meredith n'a rien fait de mal à part m'inviter à diner ! Mais visiblement, c'est ce détail qui semble vous poser un problème !
- Ok, stop ! Le combat entre Rocky et Apollo Creed se termine maintenant ! Cria Ryan.
Beckett tenta de rester indifférente à cette dispute en se tournant vers le tableau blanc tout en mordillant le feutre qu'elle tenait, ce qui trahissait sa nervosité. Elle aurait dû le supplier de passer la soirée avec elle plutôt avec sa « brioche au beurre » mais Katherine Beckett ne suppliait jamais !
Castle attrapa sa veste, lui jeta un dernier regard et quitta le poste en regrettant déjà ses paroles. Il aimait la jalousie plus qu'apparente de Kate mais encore une fois, elle éluda le véritable problème plutôt que de lui demander de rester avec elle ce soir…
- Bravo Bro… Maintenant, c'est à nous qu'elle va pourrir la vie ! Marmonna Esposito.
Les Gars devaient déjà être dans leurs canapés devant le match des Yankees à l'heure qu'il était. Néanmoins, Beckett ne pouvait se résoudre à quitter le poste puisque si elle partait, elle penserait à Castle, à leur dispute stupide et l'imaginer dans les bras de son ex-femme fit s'échouer une larme sur le dossier qu'elle tentait de lire. Qui plus est, elle ne voulait pas abandonner les victimes. Elle resta jusque tard dans la nuit à relire, rayer, réécrire… avant de rentrer chez elle pour ne dormir que trois heure à peine.
Dire que la nuit de Castle avait été mouvementée était un euphémisme. Il se leva, et décida de préparer le petit déjeuné.
- Quoi de meilleure qu'une bonne guimauvelette pour commercer la journée ? Dit-il pour lui même.
- Euh… laisses-moi te répondre ? Tout ! Déclara Alexis sous le regard amusé de son père.
- Bon alors, omelette, bacon et fruits ?
- Nettement mieux ! Tu vas au poste ce matin ?
- …
- Papa ?
- On s'est disputé hier soir avec Kate…
- A cause de maman, je suppose…
- Tu supposes bien…
- D'après ce que m'a raconté de l'enquête l'autre soir, Kate a besoin de toi. Aujourd'hui plus qu'hier mais moins que demain alors peu importe vos problèmes ! Tu enfiles ta veste et tu fais ce que tu sais faire de mieux : être présent pour les personnes que tu aimes !
Après un petit-déj' père/fille qu'ils adoraient autant l'un que l'autre, Alexis prit son sac et fila. Elle fut suivit par son père qui héla un taxi en direction du 12th.
Beckett était arrivée de bonne heure, encore une fois, c'était les insomnies qui avaient gagné. Le poste était calme et à peine éclairé. Elle monta les escaliers pour rejoindre la salle de sport, où elle quitta les talons hauts, et ses vêtements pour un short et un débardeur noir.
A cette heure là, il n'y avait personne et le silence régnait. Un silence entre coupé par sa respiration haletante et les cris rageurs à chaque assaut. Elle aimait laisser aller sa frustration et sa colère sur les sacs de sable. Elle n'avait pas besoin de parler ou de se justifier pour ne pas le faire. Ils étaient là pour encaisser les coups qu'elle portait et c'était tout ce qui lui importait.
Castle ne put échapper à la réflexion d'Esposito sur son manque de ponctualité, vu qu'il était déjà 10h30. Ce matin, il était venu accompagné d'un seul café, un unique café noir et serré. Elle ne put le blâmer pour cela mais quand elle tenta de lire dans ses yeux, l'écrivain fuit ce regard auquel il ne savait que trop pardonner. Malgré le sage discours de sa fille, il ne parvenait à outrepasser la colère de la veille.
De son côté, elle n'osa pas lui adresser la parole, pour lui demander quoi ? Comment s'était passée la soirée avec son ex-femme ? Il avait certainement dû en profiter… Elle s'était littéralement offerte à lui. Même si le penser lui torturait l'esprit, l'entendre l'aurait achevée ! Cependant, Esposito n'éluda pas le sujet.
- Alors Bro, la « brioche au beurre » était toujours aussi survoltée ?
- Euh…
- Allé, Castle ! Javier et moi nous n'aurons jamais la chance de connaître une nuit dans le lit d'une actrice !
- C'est Jenny qui va être ravie d'apprendre que tu t'ennuis au lit, Kévin ! Réplica Beckett en se dirigeant vers la salle de pause.
- Eh bien… En fait… La soirée était fabuleuse, je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer… Elle a été surprenante, inventive et diabolique !
... Flashback ...
A 20h, comme prévu Meredith frappa la porte. Castle prit une grande respiration, puis ouvrit ce qui le séparait encore de la mère d'Alexis.
- Meredith ! dit-il avec un sourire forcé.
- Chaton ! Prêt à commencer par le dessert ? Grrrr… grognât-elle en ouvrant son manteau pour laisser apparaître son déshabillé rouge.
- Wow… Oui… Ecoute, pour ce soir ça ne va pas être possible… Pour ceux qui suivent non plus d'ailleurs…
- C'est Kate n'est-ce pas ? Tu n'as jamais pu résister à tes muses ! Kyra, Sofia, moi et maintenant elle… Richard, tu deviens beaucoup trop sentimental. Allé viens, on va s'amuser et demain tu lui raconteras que tu m'as mise à la porte. Je ne t'en tiendrais pas rigueur.
- Ce soir, je passe la soirée avec notre fille car même si tu as tendance à l'oublier, tu as encore une FILLE ! claqua-t-il. Donc, je te souhaite une bonne soirée, dit-t-il en refermant la porte.
L'écrivain avait prévu de se mettre en mode « papa ». Alors après avoir mit Meredith dehors, il proposa une partie de laser game à sa fille. Martha n'étant pas là ce soir, le loft allait pouvoir devenir un véritable terrain de jeu.
La jeune femme ne refusait jamais une partie avec son père, elle venait de quitter Ashley et toutes les distractions étaient bonnes à prendre. Et puis, ce jeu résumait à lui seul, cette relation fusionnelle qu'ils avaient. C'était toute leur histoire. Elle avait su manier le pistolet avant même de savoir marcher.
Après une bataille d'une heure, Alexis acheva l'écrivain d'un tir longue portée en pleine poitrine. Il resta cloué sur place, l'élève venait de surpasser le maître !
La matriarche poussa la porte et découvrit un loft dévasté. Debout sur le canapé du salon se trouvait sa petite fille qui extériorisait une joie immense à contrario derrière le plan de travail de la cuisine, son fils tirait une mine boudeuse. Elle se demandait encore aujourd'hui, lequel des deux préférait ce jeu. Surement Castle… Cette pensée étira un large sourire sur ces lèvres, son fils ne grandirait jamais.
Pendant le repas, Alexis ne manqua pas de raconter dans les plus larges détails la défaite de son père, sa fuite sous le piano, son cri de frayeur lorsqu'elle sortit de sous l'escalier ou sa chute à côté du canapé. Castle ne pouvait pas nier même si il n'abandonnerait pas aussi facilement. Rome ne s'est pas faite en un jour, elle avait peut-être gagné la première bataille mais certainement pas la guerre !
Cette phrase lui rappela terriblement l'affaire. Sans un mot, il se leva, salua sa mère puis sa fille et s'enferma dans sa chambre. Il était adossé à la tête du lit, son téléphone entre les mains. Il faisait défiler les différentes photos de Kate qu'il avait prises à son insu. Chacune de ces photos contait une histoire, leur histoire, le chemin parcouru depuis la première enquête, l'évolution de ses sentiments…
Ces souvenirs firent un effet d'électrochoc… A la fin de l'enquête, il avouera à Beckett qu'il ne peut plus vivre sans elle à ses cotés, sans s'endormir dans ses bras et ou s'éveiller sous ses baisers.
... Flashback ...
- Donc c'était formidable parce que…? C'est vraiment pas cool Castle ! Râla le latino.
- Je sais… Déclara le romancier un sourire aux lèvres en regardant sa muse qui se débattait avec la machine à café.
Il mit alors sa rancœur de côté et s'approcha délicatement. Il lui prit la tasse des mains et leurs doigts s'effleurèrent légèrement. Ce fut bref mais tellement intense, jamais une femme ne l'avait autant électrisé par un simple touché.
C'était peut-être un crime parfait. Aucune piste, aucun suspect, aucune justice. Kate retournait le problème dans tout les sens mais impossible de comprendre. On ne pouvait pas être aussi méticuleux, il suffisait de trouver le chaînon manquant.
Tory et Ryan examinèrent les vidéos de surveillances des deux quartiers mais rien. Cet homme était un fantôme ! La première victime était secrétaire médicale, la seconde avocate, une seule chose les reliait, ils avaient croisé la route de Beckett. Il fallait donc approfondir cette voie mais qui lui en voulait au point de tuer ses proches ? Cette liste était interminable. Après plus de dix ans dans les forces de l'ordre et des états de service comme les siens, de nombreuses personnes finissent par vous en vouloir.
Il était pratiquement midi lorsque Ryan exulta en trouvant l'adresse d'une boutique spécialisée dans les vieux uniformes.
