Deux Cœurs brisés

(Edit: Je vous prie de m'excuser, il y a eu un problème et j'ai reposté le chapitre 1 au lieu du 7. Merci à celles m'ayant prévenues - non, c'était pas fait exprès XD)

Bonne année! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes et que 2016 se passera mieux que 2015.

Bon, je vais être honnête, je pense que je vais avoir du mal à garder mon rythme d'écriture actuel. Là, j'en suis à un chapitre par semaine mais j'ai bien peur de devoir allongé un peu... Enfin, je vais voir. Avec un peu de chance, je m'avancerais assez pour que vous ne vous aperceviez de rien.

On m'a fait remarqué plusieurs choses dans les reviews, dont une en particulier.

Déjà, pardon pour les fautes en anglais. Pourtant, j'y travaille et je tente de ne pas faire des structures trop complexes pour éviter de m'embrouiller (mais comme je n'ai commencé à m'intéresser vaguement à cette langue que cette année, je suis encore mal à l'aise avec elle). Bon, j'essayerais à l'avenir de minimiser davantage les erreurs. D'ailleurs, ça vaut aussi pour les quelques mots que j'ai écris en russe ou en italien. Désolée si certains parlent la langue et voient des erreurs (mais je n'ai jamais fait de russe ou d'italien de ma vie, hélas T.T)

Merci pour les reviews et pour ceux qui prennent la peine de lire, je vous embrasse!

Ce chapitre est le dernier de la "première partie", si je puis dire. A partir du chapitre 9, la donne va changer et je vais (enfin) arrêter de creuser pour faire tomber mes personnages dans la médiocrité XD Pour les souffrances de Francis, il ne reste que ce chapitre et après, je vais pouvoir lui faire un peu remonter la pente. Par contre, je finis en beauté pour bien l'achever. Quand à Lilian, euh... difficile, même pour moi, de savoir ce qu'il pense XD...

Sur ce, bonne lecture!


Chapitre VII :

Le soir même de sa dispute avec Arthur, et juste après son délire avec ses ancêtres, Francis avait repris sa route dans les couloirs sombres de l'hôtel, marchant d'un pas hâtif, le regard oscillant sur toutes les portes qui défilaient devant lui. Il devait se dépêcher. Sa résolution ne devait plus flancher.

Il était peut-être bien minuit passé, les derniers couche-tard se résolurent à aller se reposer pour être en forme le lendemain, au moins pour suivre les réunions sans tomber la tête devant leurs feuilles. Mais Francis se ficha de son état de fatigue ou de sa maladie post-traumatique. S'il n'allait pas au bout de son idée cette nuit même, il s'en voudrait pour toujours. C'était le moment pour lui de prendre son courage à deux mains et de tenter une ultime percée dans le mur qu'il s'était créé.

Il lui fallait trouver Allemagne à tout prix.

Il devait lui parler avant de perdre tout son courage.

Il retrouva sa chambre, pas si loin de la sienne, et tapa à la porte avec une boule d'angoisse à la gorge. Très vite, trop vite, on lui ouvrit. Et à voir la lampe allumée derrière Ludwig, celui-ci avait certainement continué à travailler toute la soirée sans s'autoriser la moindre bribe de repos, comme d'habitude dira-t-on. Allemagne avait toujours une attitude sérieuse, c'était une qualité qu'on ne pouvait pas lui retirer.

Francis était très embarrassé.

Apparemment, Ludwig l'était tout autant. Ils se regardaient avec une sorte d'hésitation, le regard fuyant puis revenant, comme si leur paire d'iris aussi ne voulaient pas se supporter l'une l'autre. Impossible de se fixer dans le blanc des yeux plus de trois secondes, parce qu'un milliard de souvenirs leur revenaient. Et si l'animosité les avait quittée, les regrets étaient toujours là.

« Frankreich ? entama Allemagne d'une voix assez incertaine ».

Rien que ce nom mettait Francis dans un état second. Pourquoi était-il appelé « Frankreich » en allemand ? Angleterre était « England », Allemagne était « Deutschland », alors pourquoi la France était-elle toujours appelé « Reich », et pourquoi n'était-il pas plutôt « Frankland ». Un Reich, en allemand, c'est un Empire. Une Land est un pays. Hors, l'Empire français était mort avec Napoléon III.

Napoléon III… C'était lui qui avait déclaré la guerre à la Prusse en 1870. Le « Reich » Français s'était éteint à la fin de cette guerre-ci.

Décidemment, tout les ramenait à cette période.

« Je peux te parler, Ludwig ? »

Sa voix était mal assurée mais il n'y pouvait rien. Sa relation avec Allemagne était toujours assez compliquée après tout ce temps. Il avait sans cesse l'impression d'être indigne de le regarder, et il sentait que ce sentiment était partagé. Sauf qu'aujourd'hui devait changer. Francis ne pouvait plus se cacher de la sorte derrière ses peurs. Ouvrir le dialogue avec son époux était obligatoire. Après tout, comment pourraient-ils continuer comme ça ?

Ludwig hocha la tête et ouvrit sa porte en grand, le laissant passer dans son intimité. Comme on s'y attendrait de quelqu'un comme Allemagne, tout était admirablement bien rangé et propre. On pourrait même penser qu'il avait fait lui-même le ménage derrière les femmes de chambres.

Sur une table basse posée en plein milieu de la pièce principale, une armée de documents se battaient pour avoir de la place, jonchée par quelques stylos sommairement rebouchés. Les suites de l'hôtel étaient grandes, comme le témoignait ce charmant salon qui ouvrait sur la salle de bain et la chambre, grâce à deux portes parallèles.

Ludwig avait installé des oreillers à terre, face à la table basse, afin de travailler dans une position confortable. Un vrai petit coin de paradis.

« Je peux t'offrir quelque chose à boire ? proposa l'Allemand en jetant un coup sur le mini-frigo situé sous sa télévision.

_ Non merci, ça ira ».

C'était tellement rare pour eux de partager ce genre de moment. S'ils n'étaient pas devant au moins un membre de leurs gouvernements, ils ne restaient pas ensembles. C'était même la première fois qu'ils allaient l'un vers l'autre sans que ce soit par une obligation diplomatique. Francis s'en voulut un peu de le déranger pour un problème personnel, mais la situation ne pouvait pas durer et il craignait de perdre sa volonté s'il remettait tout à demain.

Entre Francis, Ludwig, Arthur et Feliciano, il y avait un orage constant. Leur erreur à tous était de ne pas avoir été assez clairs dans ce qu'ils voulaient.

Francis et Ludwig avaient le même problème : ils en désiraient un autre mais étaient soucieux de leurs responsabilités post-guerre.

Arthur avait voulu Francis mais à force d'être rejeté, il avait développé une haine violente pour lui et un déni total de leur amour passé.

Et Feliciano se contentait de regretter dans son coin, à l'affut d'une évolution dans l'histoire, et était toujours un peu amer lorsqu'il parlait d'Allemagne et de son abandon politique.

C'était l'heure de mettre les choses au clair. L'union franco-allemande devant à tout prix être préservée et il n'y avait qu'une seule solution à ce problème sentimental qui les divisait. Le seul moyen de préserver l'Europe d'une nouvelle crise, c'était de mettre un terme à certaines relations.

Francis devait renoncer à Arthur, Ludwig devait renoncer à Feliciano.

C'était simple à dire, mais dans les faits c'était un autre délire. Allez donc renoncer à des siècles d'affection pour finir marié à quelqu'un dont vous n'êtes pas amoureux !

Mais pourtant, il n'y avait pas de solution alternative. Mettre les choses au clair, c'était empêcher Arthur et Feliciano de souffrir davantage. Si on tuait les dernières traces de leur amour, ils auraient alors tout le loisir de faire leur deuil. En fait, à mesure qu'il y pensait, Francis se disait que c'était peut-être la connerie du siècle. Non, il devait assumer ses choix, un point c'est tout.

« Ça va faire bientôt quinze ans que la Seconde Guerre mondiale est finie, Ludwig.

_ Oui… Je sais…

_ Nous avons monté une union ensembles, au nom de la paix internationale.

_ C'est vrai… mais pourquoi tu… ?

_ Et nous sommes sur le point d'insuffler une monnaie européenne pour poursuivre ce but.

_ Euh… en effet, mais…

_ Mais toi et moi n'avons pas évolué depuis 1945 ».

Ludwig se tut en entendant cette triste réalité dont il soupesait toute l'ampleur. Ses yeux se voilèrent encore de regret, alors il les ferma en baissant un peu la tête, incertain quand à ce qui allait se passer maintenant. Ses lèvres se tordirent l'une contre l'autre en une ligne raide. Il semblait se retenir de dire quelque chose mais préféra laisser son conjoint s'exprimer jusqu'au bout.

« Nous n'avons jamais discuté de ce qui s'était passé. On ne s'est même pas engueuler de nos crimes de guerre respectifs. En fait, je n'ai même pas eu le loisir de te tenir responsable de quoi que ce soit. La libération de la France m'a juste permis de me reposer. Les années qui ont suivis ont été marqués par la reconstruction, et mon peuple voulait oublier au plus vite cette détestable parenthèse vichyste qu'on ne saurait tolérer. Maintenant, lorsque nous nous voyons, nous rougissons et détournons le regard. Et je sais pourquoi. Nous n'avons aucune idée de ce que pense l'autre. Tu es aussi incapable que moi de deviner ce que l'on pense maintenant de cette guerre.

_ Mais… On ne nous a pas laissé le temps de nous parler…

_ Je te le concède totalement. Mais là, nous avons trop attendu. Ludwig, je pense que nous avons tous les deux bien eu le temps de réaliser à quel point les choses nous ont échappées depuis 1870. Tout est parti en vrille si vite qu'on ne s'est aperçu de rien. Je n'ai pas vu à quel point je faisais souffrir mon entourage, trop obnubilé par ma rancœur pour toi ».

A ces mots, Allemagne sembla pâlir et passa une main nerveuse contre sa nuque. Il était bien d'accord avec Francis sur ce point, les deux derniers siècles avait été un bordel sans nom. Lui-même avait fait souffrir Feliciano comme un sans-cœur. France et Allemagne n'étaient pas si différents l'un de l'autre. En tout cas, ils avaient fait les mêmes choix. Chacun avait mis l'autre au centre de ses préoccupations et s'était délaissé de tout autre problème éventuel. Détester quelqu'un, c'était ne vivre qu'en s'interrogeant sur ce que l'autre faisait et comment le détruire.

La moindre relation, plus ou moins amicale, qu'ils aient eu les autres pays d'Europe n'avaient servie qu'à rebondir sur cette haine. C'était comme ça qu'ils s'étaient retrouvés à manipuler tous ceux qui avaient le malheur de se montrer un tant soit peu attentif à leur misère. Et la Première Guerre mondiale n'était due qu'à ce stupide jeu des alliances. Sans elles, cela aurait été une autre guerre franco-allemande, comme il y en avait eu, un conflit entre eux deux, loin de tous. Cependant, les conséquences de leurs actions diplomatiques avaient amenées le monde entier à subir ce conflit.

« Il faut qu'on arrête de se comporter comme des choses fragiles et qu'on arrête de considérer l'autre comme une victime qu'il faut ménager. Cessons de nous regarder avec toute la tristesse du monde dans les yeux, déjà. Toi et moi avons fait des erreurs, mais il faut qu'on tourne la page.

_ Comment pourrait-on ? Après ce que je t'ai fait subir lors de ton occupation, tu devrais me fuir comme la peste.

_ Et moi ? Ne t'ai-je pas humilié cyniquement avec mon « Diktat » ? Je t'ai kidnappé après la Grande Guerre pour te rabaisser, je t'ai enchainé à une chaise pour t'expliquer en détail tout ce que j'avais fait pour te vaincre.

_ J'étais en tort.

_ C'était immature de ma part.

_ Mais tu avais des droits et des raisons de le faire.

_ Certainement pas. Pour un pays ayant créé les Droits de l'Homme et du Citoyens, j'ai plutôt l'impression d'avoir craché à la figure de ma République. Ne parlons même pas de la Seconde Guerre mondiale, elle ne suscite en moi que dégoût et regret.

_ Pourtant, tu es une victime.

_ Si ça avait été le cas, tout serait allé pour le mieux. Mais tu sais bien que je n'étais pas qu'une victime.

_ Tu t'es défendu contre moi.

_ Simple reflexe d'instinct de survie. Moi, j'ai couché avec celui que tu aimais juste pour avoir ce que je voulais. Cela correspond en tout point avec la définition d'une putain, tu ne crois pas ?

_ Arrête, tu te trompes…

_ Et alors quoi ? Nous allons passer notre nuit, que dis-je : notre vie, à rappeler à l'autre, chaque jour que Dieu fait, ce que nous avons fait au cours de ces deux derniers siècles ? Tu n'as pas envie de passer à autre chose ? De pardonner et d'être pardonné ? Les générations se succèdent et se distinguent de leurs prédécesseurs. La haine que la France vouait à l'Allemagne n'a plus lieu d'être aujourd'hui.

_ C'est trop simple…

_ Non, c'est toi qui complique tout. Nous sommes mariés, Ludwig. Je suis ton époux politique. Ça aurait dû s'arrêter là mais nos dirigeant ont eu peur et nous ont mariés aussi humainement. Soit. C'est trop tard pour regretter, il faut qu'on aille de l'avant. Je deviens fou à me tourner vers le passé. J'ai des hallucinations, j'ai les nerfs à fleur de peau, j'ai le cœur en miette et j'ai des cauchemars insondables. Arrêtons de nous faire du mal, Ludwig. Ça a assez duré ».

Ça a trop duré, aurait-il voulu préciser.

« Alors qu'est-ce qu'on doit faire ? craqua Allemagne en prenant sa tête entre ses mains. Je ne sais même pas ce qu'on attend de moi ! A part te concerter dans toutes les grandes décisions de ma vie, je ne sais pas ce que je dois faire pour l'Europe !

_ Nous devons reprendre les choses en main. Beaucoup de choses nous ont échappées. A commencer par Feliciano et Arthur ».

En entendant ces deux noms, Allemagne redressa la tête, le regard plus dur, plus assuré. Il venait de comprendre où France voulait en venir. En effet, les deux personnes de leur entourage ayant le plus souffert de leur amertume mutuelle, c'était bien ces deux-là.

« Je pense que par respect pour eux, il nous faut débattre de l'attitude que l'on va devoir adopter à partir de maintenant.

_ Inutile, c'est une impasse, soupira Allemagne alors qu'il se frottait le visage par fatigue. Nous ne pouvons pas nous permettre de penser à eux dans notre situation. Si jamais nous commençons à nous rapprocher d'eux, nos gouvernements vont croire que nous cherchons à recommencer des jeux d'alliance pour débuter une autre Guerre mondiale.

_ J'en suis arrivé à cette conclusion aussi… »

Francis s'assit sur le canapé, à côté de Ludwig, remarquant les traits de plus en plus tirés de son partenaire. Peu à peu, l'Allemand réalisait jusqu'à quel point sa relation avec Italie était vouée à la mort. Avant d'être Ludwig Beilschmidt, il était l'Allemagne. Impossible de mettre le bien-être de son pays et de la paix internationale de côté par pur sentimentalisme. Francis avait fait le même constat avec Arthur.

C'était foutu.

« Il faut que je fasse comprendre à Italie que… que ça ne sera désormais plus possible entre nous, murmura l'Allemand en baissant la tête. Ça vaut mieux pour nous tous… Et toi… il te faut renoncer à Angleterre…

_ Oui… C'est la meilleure solution. Tout au moins, c'est mieux que de continuer à s'autodétruire ».

Ils étaient en train de se briser ultimement par amour, comme des sacrifiés. Briser les derniers liens qu'ils avaient avec Feliciano et Arthur, c'était les préserver de la souffrance causée par leur amour non retourné. Par contre, Ludwig et Francis sentaient que le plus dur serait pour eux, puisqu'ils étaient la contrainte de cet amour réfuté. Des regrets les envahissaient déjà.

« Je ne sais pas si je serais capable de ne plus aimer…, avoua Allemagne. Ça me semble impossible. Je veux dire… toi et moi avons des sentiments comme des humains normaux, et… y renoncer par devoir me semble infaisable.

_ Eh bien… Essaye de m'aimer, dans ce cas…, proposa Francis d'une voix chancelante ».

L'aveu fit relever la tête de l'Allemand. Il regarda son compagnon avec un air stupéfait, le corps soudainement raide. Il essayait de comprendre comment interpréter cette proposition. Si Francis faisait cette demande avec ce peu d'entrain, c'était sûrement qu'il se parlait aussi à lui-même. Allemagne ne mit pas longtemps à comprendre le plan implicite de son camarade.

« T'aimer… ? répéta Ludwig en le regardant fixement. Tu penses que…

_ Si nous sommes mariés et contraints de ne pas aimer ceux qui nous sont chers, je pense que nous avons cette solution pour ne pas mourir d'un manque d'affection. Surtout que… j'aimerais enterrer définitivement la hache de guerre avec toi… alors peut-être que si tu m'aimais, les choses se passeraient mieux ».

Surtout, Francis se demandait s'il était réellement possible d'oublier la personne que l'on aimait en fondant dans les bras de quelqu'un d'autre, comme l'avait fait Angleterre avec Inde.

Allemagne baissa les yeux sur ses genoux, prisonnier d'une réflexion sans fin. Les plans du Français avaient toujours été un peu foireux mais radicaux et efficace. Généralement, quand France décidait de quelque chose, il faisait tout pour le réaliser. Il avait voulu une République, il l'avait. Il avait voulu Arthur, il l'avait. Et maintenant, il voulait l'oublier, alors il le ferait. Du moins, il essayerait.

Ou alors, Francis se voilait complètement la face et ne faisait ça, inconsciemment, que pour se venger de la trahison d'Arthur. Cependant, c'était ces histoires de trahison qui l'avaient perdu, alors il doutait que ce soit son réel but. Même sentimentalement humilié par Angleterre, il n'aurait plus la force de jouer les casse-cou par représailles. Il en avait déjà suffisamment abusé ces dernières années.

Simulant une tendresse qu'il avait donné à tant d'autres, Francis se força de glisser ses doigts sur la main de Ludwig, au moins pour lui montrer qu'il était avec lui dans cette épreuve et qu'il ne l'abandonnerait pas, que leur animosité passé n'avait plus lieu d'être et qu'il fallait tourner définitivement la page sur cette période de haine qui ne leur avait apportée que des souffrances. L'Allemand le regarda mais ne réagit pas, le laissant faire en silence. A part le tictac régulier de l'horloge, tout n'était que silence, que Francis se décida à briser.

« Pardon… Mon idée était déplacée et irrespectueuse de tes sentiments. Je suis navré de mon propre manque de respect… »

Un gémissement étouffé échappa à Allemagne. Ce son attira le regard de son conjoint qui fit alors face à une expression qu'il ne lui avait jamais vu avant. La bouche de Ludwig tremblotait de regrets mais paradoxalement, son regard n'était que détermination et courage. Toute sa puissance se ressentait, trahie par ses lèvres, créant un visage assez expressif. France déglutit avec peine, écrasé par ce charisme et ce caractère. Il avait un peu peur, semblait-il. Et Allemagne semblait aussi dans un état primaire. Cependant, sa détermination sembla avoir pris complètement le dessus. C'était surprenant de le voir si sûr de lui après des années de doute, où il avait paru erré de mois en mois dans l'attente de sa fin.

Francis venait de comprendre que son conjoint avait accepté leur sort.

Tout était clair, ils s'étaient silencieusement mis d'accord sur la marche à suivre. Ils allaient jouer au couple de toute leur âme, jusqu'à convaincre Arthur et Feliciano en leur for intérieur que c'était bel et bien fini. Ils allaient porter le coup de grâce à tout leurs sentiments, un coup à en mourir eux-mêmes. L'espoir devait mourir, ils l'assassineraient d'une main commune. C'était ça ou souffrir encore en vain contre un avenir déjà tout tracé.

Ils feraient passer le message à toutes les Nations, aideraient la rumeur à gonfler et ne la démentirait pas. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Angleterre et Italie les détesteront enfin et arrêteront leurs misérables tentatives pour attirer leur attention. Italie cesserait de contempler Allemagne du coin de l'œil et Angleterre cesserait de se donner à ces anciennes colonies pour oublier cet ancien amour. En les brisants une ultime fois de la sorte, ils mettraient un terme à toutes les douleurs, ils n'allaient laissés que la colère, la haine et l'amertume. Sentiments moins douloureux que les regrets, la tristesse et la mélancolie.

Oubliant tout chagrin éventuel, ils s'attrapèrent fermement pour s'enlacer avec toute la conviction dont ils pouvaient faire preuve. Dans leur souci de tourner la page, ils cherchèrent chez l'autre ce qui les réconforterait. D'un autre côté, ils éprouvaient sans conteste un plaisir masochiste à se libérer de leurs chaines émotionnelles, surtout Francis qui devait à tout prix se détacher de l'adoration qu'il vouait à Arthur, avant de ne perdre définitivement ses esprits.

Leur étreinte sembla brouillonne, leurs gestes étaient hasardeux mais assurés. S'ils se décidaient à quelque chose, ils voulaient le faire bien et avec assurance. Avec l'esprit embrumé de questions muettes, ils se retrouvèrent vite à échanger un baiser forcé, toujours en quête d'une histoire d'amour qui pourrait éventuellement fonctionner entre eux. Sous le joug de quelques glapissements de surprise, Francis sentit la porte de la chambre frotter son dos, sans qu'il ne sache vraiment comment ils étaient passés du canapé à là.

Ils savaient qu'en faisant l'amour, ils franchiraient un cap important.

Alors ils commencèrent à se déshabiller sommairement, écrasés contre la porte, le désir en course dans leurs veines. Leurs gémissements ne furent même pas retenus derrière leurs lèvres, ils se fichaient qu'on les entende de derrière l'entrée. Pire ! Ils voulaient qu'on les entende ! Il fallait que tout le monde sache, surtout Arthur et Feliciano. Ils devaient s'imposer définitivement en tant que couple. Mais pas n'importe quel couple. Un couple fort, le premier couple d'Europe.

Allemagne plaqua son avant-bras contre la porte, maintenant son partenaire de l'autre, ce qui provoqua un son lourd et brusque, loin de toute discrétion. Leurs coups de reins se voulaient tellement violents que le martellement de leurs corps contre la porte continua encore, accentué par leurs cris.

Si seulement cette fouine d'Espagne pouvait passer dans le couloir à ce moment-là, les entendre, et vider son sac devant quelqu'un après avoir compris ce qui se passait. De toute façon, ils feraient tout pour que cela se sache. D'une manière ou d'une autre, ils seraient grillés dans leur étreinte.

Dans cette optique, Francis tira plus haut ses cris de plaisir lorsqu'il se sentit fondre dans l'union charnelle. Le bois de la porte irritait son dos alors qu'il se sentait scié en deux, enlacé dans des bras musclés qu'il n'aurait jamais cru voir autour de ses reins. Il hurla presque lorsque Ludwig força sa verge à s'enfoncer au plus profond de lui, puis il écouta ses grognements jusqu'à ce qu'ils deviennent de lourd gémissement, à l'image des siens.

Maintenant, c'était sûr qu'on les entendait.

Ils mordirent même la lèvre de l'autre pour y laisser une marque explicite de leur union. Tout devait servir à leur projet de romance forcée. Tout était redevenu un plan, une machination complexe comme ils en avaient tant eu ces dernières années. Les stratèges qui sommeillaient en eux s'étaient réveillés pour cet ultime plan, n'œuvrant pas l'un contre l'autre pour une fois, mais bel et bien ensembles.

Francis tenta de son mieux de ne pas repenser à ce qui lui était arrivé avec cette même personne sous son occupation. Il ne devait surtout pas se rappeler de ça maintenant, au risque de nuire à leur bonne entente en devenir. Il ne devait voir que l'humain dans les gestes de Ludwig, et la Nation dans les décisions. Ne pas faire d'amalgames, ne pas se souvenir des choses qui fâchent.

Et surtout, ne plus penser à Arthur, pas même dans cet orgasme qui le fit hurler dans les bras de cet autre.

Ne pas penser à lui. Trop tard. Ne pas l'aimer.

Echec.

O*0~.o.~0*O

Après avoir rassemblé son courage, Lilian avait lâché l'hallucination gênante avec laquelle il avait discuté en vain pendant plus d'un quart d'heure pour s'élancer sans conviction dans les couloirs. Décidemment, son père et sa mère étaient un vrai duo comique lorsqu'ils étaient réunis. C'était à se demande comme l'Empire Romain était parvenu à la mettre en cloque aussi souvent. Non parce que la famille de Francis était infiniment plus nombreuse que celle de Britania ou celle de Grèce. A part dans celle des asiatiques, il n'y avait pas plus vaste famille chez les Nations. Gaule devait tout de même être un minimum amoureuse de l'Empire Romain pour l'avoir laissé tremper son biscuit aussi souvent.

Elle devait avoir pratiqué le déni un nombre incalculable de fois.

Ouais, c'était bien la mère d'Italie, pas de doute là-dessus.

Quand bien même tout cela n'avait été que le fruit de son imagination, ce dialogue décousu avait fait réfléchir le Français. Déjà, il avait compris à quel point prendre ses médicaments était nécessaire dans sa situation, sa folie n'étant toujours pas guérie. Par ailleurs, il se demandait si Rome n'avait pas eu raison de lui conseiller de mettre un terme à l'amour d'Angleterre. Y mettre un terme de manière brusque et cassante. Il devait marquer Oliver au plus profond de son âme.

Pour une fois, il devait le marquer autrement qu'en se le tapant. Quelle nouveauté dans leurs rapports ! Il y avait encore trois siècles, cette idée ne leur aurait même pas traversé l'esprit. Lilian avait toujours eu la certitude que, quel que soit leur régime ou situation politique, Oliver était toujours prêt à le recevoir, dans tous les sens du terme.

Aussi paradoxal cela puisse-t-il être, Angleterre avait toujours été l'entité la plus stable de sa vie.

Lilian jura intérieurement alors qu'il força le pas en direction de la chambre de Karl. Il devait vite le voir avant de regretter sa résolution. Là, il commençait à glorifier inconsciemment Oliver ou il ne se connaissait pas. Apparemment, son intériorité n'était pas très chaude à l'idée de renoncer à son voisin territorial.

Maintenant qu'il essayait de se débarrasser de la trace d'Oliver dans sa vie, il se rendait compte d'à quel point il éprouvait… de l'affection pour lui.

Affection n'était pas amour, mais c'était déjà trop pour quelqu'un comme Lilian.

Il se retrouva à taper contre la porte de son conjoint, provoquant une légère douleur dans ses mains toujours blessées. Cependant, il l'ignora par habitude de la souffrance et par lassitude. S'il n'était pas caractérisé par sa vivacité dans la vie de tous les jours, c'était encore plus le cas actuellement. Il avait beaucoup trop donné de sa personne depuis quelques décennies.

En fait, son rêve le plus cher s'incarnait en un simple lit, loin de tout, où on le laisserait se reposer le temps qu'il faudrait. Il voulait une chambre isolée, complètement blanche et aux volets ouverts sur une large fenêtre vacancière, avec un courant d'air frais au-dessus de sa tête. Il s'y voyait, couché à plat ventre, les jambes enroulés autour d'un édredon fin, le son des vagues heurtant la plage. Il sentait presque l'odeur marine d'une plage déserte, sur une île encore jamais colonisée, une île que personne ne connaissait et où personne ne le trouverait. Il n'aurait plus besoin de haïr le monde, de tuer M. et Mme Tout-le-monde pour X ou Y raison politique.

Il voulait juste se reposer sur ce grand lit, sentir un air si frais et pur qu'il n'oserait pas le souiller de ses cigarettes répugnantes. Puis alors que ses yeux seraient clos sous le poids de la tranquillité, il sentirait la douceur idyllique d'une main chaude lui caresser la tête. Il lui grognerait dessus pour la forme, pour cacher qu'en fait ça lui plaisait, et enfin, il se laisserait aller. Les fragments de « je t'aime, honey » lui parviendraient comme une sérénade lointaine dont il n'aurait pas à se soucier. Il se laisserait choyé des heures, des jours, des semaines durant, sans se réveiller, toujours à sentir cette main glisser sur ses mèches emmêlées.

Plus personne ne viendrait l'emmerder.

Et il resterait seul avec lui.

Son fantasme se brisa en mille éclats lorsque la porte qu'il martelait s'ouvrit enfin, sur une figure choquée, embarrassée et figée, celle d'Allemagne, son ancien bourreau, celui qui l'avait contemplé dans sa gênante déchéance, celui qui avait réussi à le percer à jour et à le mettre dans tous ses états.

« F-Frankreich ? Que… Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Il fallait comprendre l'embarras d'Allemagne. Jamais il n'avait vu Lilian frapper si désespérément à sa porte un soir de meeting. Surtout pas avec cet air-là, dans une période où ils étaient tous les deux gênés et prisonniers de leurs propres coups-bas.

Au croisement du couloir adjacent, Espagne s'était accoudé au mur, caché, et pianotait sur son téléphone d'un air détaché. Il ne voulait pas s'engager dans le couloir voisin tant que France serait là, ce serait importun. Surtout qu'il avait senti que quelque chose de bizarre se tramait dans l'esprit de son frère. Rien que de le voir face à Allemagne de son plein gré, c'était la prémisse d'un gros bordel en perspective. Le fier Andres Fernandez Carriedo était même en train de se demander s'il ne devrait pas intervenir ! Lui ! Lui qui restait toujours en retrait !

Le problème était que si Lilian avait un plan précis en tête, il ne pouvait se permettre de lui mettre des bâtons dans les roues. Frère un jour, frère toujours, même s'ils s'étaient déjà mis des coups par le passé et qu'ils n'iraient pas jusqu'à dire qu'ils s'adoraient. Façon, France n'adorait jamais personne, alors à partir de là, n'espérons rien de sentimental.

Andres entendit quand la porte s'ouvrit et reconnut la voix choquée de Karl. Qui ne le serait pas ?

Cependant, il vit une silhouette se rapprocher de lui sur la gauche, dans le couloir désert.

Lorsque le visage rayonnant de niaiserie de Romano apparut, Andres manqua de se foutre une baffe. Tout… tout mais pas lui. Il n'existait personne en ce monde de moins discret que Flavio A lui tout seul, il allait faire capoter le plan de France en attirant l'attention sur eux !

« Andr… ! commença à crier l'Italien alors que l'Espagnol était déjà sur lui pour le bâillonner avec sa main ».

Son ancien protégé dans les bras, main contre bouche, Espagne jeta un coup d'œil furtif vers le couloir où évoluaient le Germanique et le Français, toujours camouflé par son mur. Flavio se débattait partiellement, un peu étonné mais pas franchement convaincu que s'enfuir de ces bras chauds soit profitable. Après tout, Romano était raide dingue d'Espagne, il lui courait après où qu'il aille et adorait passé du temps chez lui pour faire un peu de ménage et de cuisine. Il n'allait pas rater cette occasion d'être dans ses bras forts et caramélisés de soleil.

Fort heureusement, Espagne l'avait bâillonné à temps.

Enfin… heureusement ou pas. Il se demandait toujours si les idées de son frère latin étaient claires.

« Bon sang, chuchota-t-il à Flavio. Ne fais pas de bruit, ils ne doivent pas nous repérer ».

L'Italien secoua sa tête de haut en bas pour lui certifier qu'il ne ferait plus aucun bruit à partir de maintenant. Andres put donc le relâcher de son emprise, s'obligeant cependant à le garder à l'œil, dès fois que cet imbécile ne se prenne à remettre le couvert. Romano, la curiosité accrue, se colla à Espagne pour être le plus proche possible du mur, et pouvoir ainsi observer de qui ils se dissimulaient de la sorte.

Andres ignora l'appel de la chair que produisait le contact entre le corps luxurieux de l'Italien et ses propres hormones frustrées. Pourquoi Diable Flavio se sentait obligé de se coller à lui en se penchant en avant ? Il ne pouvait pas juste se plaquer contre le mur, droit, et tourner un peu la tête ? Non ? Il était obligé de se pencher pour bien lui montrer les courbes et la flexibilité de son corps ?

« France et Allemagne ? chuchota l'Italien en se redressant, toujours positionné à une distance indécente de son ancien tuteur. Qu'est-ce qu'ils font ?

_ J'en sais foutre rien. J'écoute pour savoir.

_ Wah… Mon Andres écoute aux portes ? Tu devrais passer l'oreille contre la mienne lors de mes nuits de solitude, tu entendrais des choses excitantes ».

Espagne devait ignorer cette libidineuse invitation. A la place, il constata que son frère latin venait d'entrer dans la chambre de Karl en le poussant légèrement du plat des mains, dans une allure assez… langoureuse. Mais qu'est-ce qu'il foutait ? Lilian qui touchait volontairement quelqu'un ? Lilian qui touchait volontairement Allemagne ? Lilian qui entrait dans la chambre de quelqu'un ? Mais qu'est-ce qui était en train de se passer exactement dans cet hôtel de possédés ?

« Notre frère prépare un mauvais coup, conclut Flavio en souriant avec tendresse, les joues un peu rouges alors qu'il se laissait tomber dans les bras d'Andres.

_ Tu as l'air de bien le prendre, remarqua ce dernier.

_ Ohoh~ ! Le connaissant, ce n'est rien de plus qu'une machination politique comme il y en a tant eu.

_ Une machination politique à l'encontre d'Allemagne ? Impossible, contra l'hispanique qui réfléchissait trop pour se rendre compte que son ancien protégé abusait de sa chaleur corporelle. Lilian n'est pas prêt à rejouer avec le feu de sitôt. Il a bien assez souffert comme ça.

_ Qu'en sais-tu, mi amore ?

_ Ce connard est mon frère, je te rappelle.

_ Le mien également.

_ Et tu trouves ça normal, ce qui se passe ici ?

_ Pfff…, soupira-t-il. C'est trop n'importe quoi ! Laisse-le un peu se gérer, il est grand ! De toute façon, ce n'est sans doute rien d'important, tu te montes à la tête trop vite. Ils sont diplomatiquement « mariés », c'est donc normal qu'ils discutent ensembles le soir alors qu'on les a réunis dans le même hôtel ».

Espagne fit la moue, lançant un regard noir à la porte. Il détestait avoir un mauvais pressentiment sans en connaitre la source. Ça lui donnait envie de tout casser – plus que d'habitude.

« Cesse de te tracassez et viens plutôt dans ma chambre, susurra l'Italien d'une voix langoureuse tandis qu'il glissait un genou entre les jambes de son amour fuyant ».

Espagne joua les fortes têtes et resta à réfléchir, sans donner de réponse et sans bouger.

« J'adore te voir résister à tes pulsions. C'en est d'autant plus bandant lorsque tu te lâches. Surtout quand tu le fais entre mes reins~ !

_ Flavio… Je te prie de ne pas dire ce genre de chose à voix haute. On aura l'air de quoi si on nous entend ?

_ D'un couple, mi amore ».

Espagne était tenté par l'aventure. Il convenait que ce serait préférable pour lui de rejoindre Flavio dans une étreinte charnelle bestiale plutôt que de faire le gué devant une porte close, toute la nuit durant. Après tout, Lilian savait se gérer seul. Et Romano devait avoir raison, ce n'était sans doute qu'une réunion entre les deux pères de l'Union Européenne, rien de plus, rien de moins.

Il était déjà en train de baisser sa garde face aux caresses éhontées de son camarade quand un bruit de verre brisé explosa de la chambre d'Allemagne.

Même Flavio avait sursauté et s'était jeté dans ses bras comme une princesse, avec un cri aigu échappé de ses lèvres.

« Ok, j'ai rien dit ! C'est toi qui as raison ! concéda l'Italien en tremblant comme une feuille. Il se passe un truc pas net du tout ! »

Prenant son courage à deux mains, Espagne lâcha Flavio – qui chuta misérablement au sol dans un cri outré – puis il avança vers la chambre d'où provenait le son. Si Allemagne et France étaient en train de se battre, ça allait encore chier en Europe, et personne ne voulait que ça chie plus que ce qu'ils vivaient actuellement. Andres était donc résolu à intervenir pour arrêter ce massacre avant qu'une Troisième Guerre mondiale n'éclate. Ça ne serait pas bon du tout.

Cependant, sa détermination le quitta lorsqu'un « boum » bien sourd retentit contre la porte qu'il s'apprêtait à toucher. Inquiet pour lui, Flavio s'accrocha à son bras pour le garder contre lui, argumentant comme il pouvait pour le défendre de risquer sa peau dans cette histoire.

Sa mise en garde fut cependant coupée lorsque les bruits peu rassurants recommencèrent à éclater de derrière la porte. Flavio, en grand courageux, se réfugia derrière Espagne, les larmes aux yeux, lui demandant de le protéger comme quand il était petit. Andres lui demanda de se taire lorsque des sons plus précis se firent entendre.

Et il crut halluciner en entendant les gémissements de Karl et les grognements de Lilian.

Romano repassa aux côtés d'Espagne en comprenant aussi que les choses étaient différentes de ce qu'ils pensaient. Automatiquement, les joues de l'Italien s'enflammèrent et il les claqua de ses deux mains pour cacher son embarras, gesticulant sur place. En fait, Flavio n'avait aucune retenue quant à sa propre sexualité, mais lorsqu'il était question de celle de quelqu'un d'autre, il devenait plus prude qu'une vierge. Le contraste était toujours assez violent à constater.

Les deux voix derrière la porte se mêlèrent, entrecoupées de sons de baiser violents et de glapissements de douleurs. Espagne entendit même Lilian dire « Dépêche-toi… » ou encore « mords… » et d'autres choses absolument incompréhensibles pour quelqu'un comme lui.

A ses côtés, Espagne vit l'Italien trépigner sur place, secouant la tête de gauche à droite dans un mouvement de déni total.

« Ohhh ! Andres ! On ne peut pas rester là ! Je vais mourir ! lui dit-il en atténuant sa voix pour que les deux hommes derrière la porte ne l'entendent pas.

_ Euh… Euh… Euh… Oui, euh… Attends… Je réfléchis…

_ Y a pas à réfléchir, on doit partir !

_ Mais… mais qu'est-ce qu'il se passe, au juste… ? tenta de comprendre l'hispanique. Ça n'a aucun putain de sens… Lilian, bordel… A quoi tu joues ?

_ Laisse-le et allons-nous-en ! insista l'Italien en lui tirant la manche. On en parlera au calme, seuls et tranquilles. Mais pour l'heure, laissons-les ! »

Espagne se laissa tirer en trottinant, ne pouvant cependant pas ôter ses yeux de la porte martelée, jusqu'à ce qu'au tournant d'un couloir, elle disparaisse soudainement de sa vue. Et alors qu'il courait loin de là, son cœur se mit à battre à une vitesse folle, parce qu'il essayait désespérément de comprendre et que le stress et l'incertitude le rendait fou.

Et Flavio qui n'arriverait certainement pas à tenir sa langue… Mais il ne semblait pas que France ait voulu garder ça secret, sinon il n'aurait pas été aussi bruyant. Après tout, Lilian était du genre discret et ne haussait presque jamais la voix, surtout pas pendant le sexe. Au contraire, il ressemblait à un glaçon la plupart du temps – ce qui avait le don d'énerver ses partenaires, avant qu'il ne se mette à les déchirer de l'intérieur jusqu'à les tuer de plaisir. Oui, Lilian avait déjà assassiné des gens par orgasme. Une mort atroce et déshonorante.

Bref, c'était donc le comble de l'étrangeté que de l'entendre se payer du bon temps comme ça. Avec Allemagne.

Mais qu'est-ce qui leur avait pris ?

De quoi avaient-ils parlés ?

Quel était leur but ?

Et surtout…

A quoi son frère jouait-il ?


Oui, j'ai tenté une petite originalité entre les deux textes en montrant la même scène de différents points de vues. C'est la première fois dans cette fic que je fais ça, alors n'hésitez pas à réagir pour me dire si ça passe .

Merci encore d'avoir lu! A la semaine prochaine pour le chapitre Fruk! Oui, ENFIN du Fruk, bordel! Et un chapitre beaucoup plus long que les autres, en plus!

Biz'!