7.

S'étant découvert une sorte de passion commune dans le bricolage, Albator et Arthur avaient repris le chemin de la cave sitôt le flan au caramel du dessert avalé mais non sans avoir donné un coup de main à la vaisselle et au rangement.

- Me permettez-vous une question, Arthur ?

- Comme si je pouvais vous en empêcher ! Vous êtes envahissant pour quelqu'un de passage !

- Pourquoi vous obstiner sur votre Régulateur ?

- Parce que c'est ma nature !

- Et ceci, c'est quoi ? poursuivit le jeune homme en prenant une sorte de bracelet sur la table. Une autre partie irrésolue du Régulateur ?

- Non, plutôt un gadget de ma confection, un signal à distance au cas improbable où mon Régulateur s'allumerait, expliqua l'ancien ingénieur en passant machinalement le bracelet à son poignet droit. Cet objet va bientôt prendre la poussière avec tous mes joujoux non finis.

La sonnerie extérieure retentit, le visage de Cécilia apparaissant sur l'écran d'un des ordinateurs d'Arthur qui activa l'ouverture de la porte blindée.

- Cécilia ? fit-il en fronçant les sourcils, la jeune femme faisant preuve d'une fébrilité inhabituelle.

- Il faudrait que vous veniez voir le breaking news !

- Je peux le faire d'ici, marmonna Arthur en usant d'une télécommande pour faire se soulever un panneau révélant ainsi un écran incrusté dans le mur.

La journaliste poursuivait son flash d'information.

- … Trois nouvelles Iles Volcaniques sont apparues en Méditerranée. Ce sont les plus grosses depuis le début des séismes il y a sept semaines. Selon les Scientifiques du Conseil Terrien, le compte-à-rebours fatal a commencé pour le cœur de l'Europe. Le Conseil s'est réuni d'urgence. Prochain flash si une décision est prise une fois de plus au niveau mondial.

Cécilia tressaillit encore plus, saisissant le bras de son père.

- Pourquoi ne sembles-tu pas surpris ?

- Malheureusement parce que c'est l'évolution inéluctable depuis presque le premier jour. Quoi que ce soit qui agite les fonds sous-marins, rien ne peut l'arrêter. C'est ainsi, ma chérie. Heureusement, nous sommes loin, je doute que l'onde de destruction nous atteigne. Tu peux remonter, il sera bientôt l'heure d'appeler un taxi pour emmener Lorelei à la fête d'anniversaire de sa copine de classe où elle est invitée pour cette soirée et où elle doit passer la nuit.

- Oh papa, tous ces gens…

Bien qu'il s'agisse d'inconnus pour elle, la jeune femme semblait réellement bouleversée, ce qui émut Albator et Arthur, ce qui ne pouvait que renforcer leur impuissance.


Cécilia finissait de préparer la petite valise rose de sa fille et l'avait descendue de la chambre quand son père surgit de l'escalier de la cave tel un pantin hors de sa boîte.

- Papa ?

- Je vais profiter du taxi de Lorelei. Nous partons tous les trois.

- Comment cela ? Où vas-tu ?

- Je dois me rendre à l'aéroport. Je retourne aux Etats-Unis.

- De quoi ? s'étrangla la jeune femme.

- Le Conseil Terrien me rappelle.

- Mais tu es tout juste retraité ! protesta encore Cécilia.

- Les réflexions de tous les scientifiques sont plus que jamais nécessaires à être rassemblées.

- Papa !

- Ce n'est pas une bonne idée, vous n'êtes plus vraiment à la page, glissa Albator depuis le fauteuil où il devait faire mine de suivre le fil d'actualité sur sa tablette car il avait de toute évidence pas manqué un mot de l'échange !

- Vous, la ferme, vous n'avez pas à vous mêler d'une situation qui vous échappe plus encore ! D'ailleurs, vu que Lorelei sera chez son amie, que je pars, je dois vous prier de faire également votre bagage car je ne vous laisserai certainement pas seul avec ma fille !

- Tous les voyages sont dangereux ! insista Albator sans tenir compte des protestations d'Arthur. S'il vous arrivait quelque chose, ce serait pire que la prolongation de mon séjour ici !

- Votre avis n'est pas sollicité, Albator. Je vous répète de ne pas mettre votre nez dans ce qui ne vous concerne pas un instant !

- Vous devriez m'écouter, poursuivit le grand brun balafré. Cécilia a raison : vous êtes à la retraite, profitez-en !

- Si vous continuez, en dépit de mon âge, je vais vous coller mon poing dans la figure, tout militaire déserteur que vous soyez ! Cécilia, je vais me préparer. Que tout le monde soit prêt pour dans une heure !

Albator gagna à son tour sa chambre pour boucler une fois de plus son sac à dos, mais absolument pas résigné !