Coucou tout le monde ! Alors tout d'abord je suis vraiment désolée de ne pas avoir publié plus tôt :( Mais voici le chapitre 6 ! Ce n'est pas encore le meilleur, mais on arrive progressivement vers le vif du sujet, vous verrez ;)
Et je tiens à dire un grand merci à Sarah pour sa review, et encore une fois à CarOwliine (D'ailleurs, moi aussi je serais bien restée dans le plumard d'Eric hihi) Et également à Manollina pour sa review très sympa qui m'a fait très plaisir :D
J'adore lire vos reviews en tout cas, elles me motivent toujours à écrire la suite et à essayer de vous surprendre et de vous préparer à chaque fois un meilleur chapitre ! :)
Chapitre VI
Ce matin, après avoir ingurgité ma dose matinale d'anti-sérum, je fus surprise - et satisfaite - de constater qu'il commençait déjà à faire effet. Nous avions commencé la matinée avec les exercices de corps à corps. Marie, qui était à peine revenue de l'infirmerie avec de beaux hématomes, semblait plus frêle et étouffée que jamais. Mais Lize et moi étions là pour la supporter. Enfin, c'était un peu condescendant de ma part de prendre Marie en pitié, ce qui déjà n'était pas très joli, sachant que ce matin, le classement avait affiché :
1/ Roy
2/ Louis
3/ Lize
4/ Jeanne
5/ Antoine
6/ Daniel
7/ Emily
8/ Patrick
9/ Jon
10/ Elena
11/ Angie
12/ Marie
Et que comme Eric nous l'avait expliqué, seulement les 2/3 d'entre nous auront la possibilité d'accéder à l'étape suivante. Autant dire qu'il fallait faire partie des huit premiers... Ce qui n'était pas gagné d'avance, ni pour Marie, ni pour moi. Lize et Louis quant à eux excellaient, la preuve, ils étaient dans le top 3 derrière Roy, le petit préféré d'Eric. Elena et Jon n'étaient pas mauvais (en plus d'être en couple), au contraire, ils étaient même eux aussi très bons, mais moins que les autres. Leur passer devant ne serait franchement pas une mince affaire, et j'en venais même à douter d'un jour y parvenir. Le fossé qui séparait Elena, pourtant 10e au classement, de Marie et moi était énorme. Et Eric s'assurerait qu'il ne se comble pas. Je lui faisais confiance pour ça.
Après les entraînements en binômes habituels, vint l'heure des combats. Mon estomac se noua, Eric allait dévoiler la programmation des matches qu'il avait insidieusement préparés alors que le tableau était dans l'ombre, de manière à ce que chacun en garde l'agréable surprise. Il fit alors pivoter ledit tableau, et révéla :
1) Louis vs. Antoine
Ouf... Affronter Louis était tout bonnement impensable pour le moment. Déjà que j'avais du mal à combattre, si en plus il avait fallu que ce soit contre un de mes seuls amis ici, je pense que le sérum ne me l'aurait pas permis et se serait aimablement charger de me faire tomber dans les pommes.
2) Elena vs. Jon
Ah ça c'était vraiment mesquin... Ce gars était vraiment sans pitié. Je pouvais le voir du coin de l'œil esquisser un sourire malsain à la vue du couple éploré.
3) Marie vs. Emily
Bon... Ça aurait pu être pire pour Marie, mais Emily était quand même redoutable, il ne fallait pas la chercher et elle progressait à une grande vitesse. Ce n'était pas joué d'avance.
4) Lize vs. Jeanne
... Sans vouloir remettre en cause l'intelligence de M. le dictateur viking, le choix des combats ne me paraissait pas franchement pertinent. Même illogique.
5) Daniel vs. Patrick
Bon là c'était vraiment bizarre, il fallait qu'il explique un peu sa manière de réfléchir les matches, j'avais l'impression qu'il choisissait au pif là où ça ne l'intéressait pas, et cherchait seulement à tester psychologiquement et à effrayer ses victimes préférées.
6) Roy vs. Angie
Aaah bah là il battait des records ou en stupidité et incapacité totale de programmer des matches intelligents, ou en mesquinerie et petitesse mentale. Je penchais étrangement un peu plus pour la seconde option.
"Euh, y'a un problème je crois" interpela Roy "Pourquoi est-ce que je suis encore contre cette mioche ?" osa-t-il presque s'indigner face à Eric, Will levant les yeux au ciel, désapprouvant visiblement aussi l'organisation de son collègue.
"De quoi te plains-tu, initié ?" lança Eric sévèrement, clouant momentanément le bec de l'ex-Sincère, qui cependant se risqua à insister :
"Je l'ai déjà affrontée, est-ce que je ne peux pas avoir un adversaire un peu mieux classé ?" bredouilla-t-il. Eric eut alors un petit sourire en coin.
"Il me semble que tu n'as pas fini ton travail la dernière fois" déclara celui-ci avec la plus sournoise des faces que je lui connaissais. Roy s'arrêta net, repensant la belle offre d'Eric de foutre une belle raclée définitive à la 'paysanne'.
"Certes" répondit-il simplement à Eric, avant de lui tourner le dos pour me faire face "Essaie de pas t'évanouir, ce serait bête de t'asseoir sur la belle chirurgie esthétique que je vais t'offrir, t'en as bien besoin" railla-t-il, provoquant de grands éclats de rire chez ses cohortes, Jeanne et Patrick, et chez ses admirateurs, Antoine, Daniel et Emily. Les groupes semblaient s'être bel et bien formés, et les animosités commençaient à s'attiser.
Pour ne pas répondre à la provocation de Roy, je lui sortis le plus beau sourire dont j'étais capable. Le plus faux, et le plus hypocrite. En tant qu'ancien Sincère, il grimaça, avant d'aller s'installer aux côtés de ses comparses. Bâtard toi aussi, pensai-je très fort. Dire qu'il allait encore falloir que je me prenne une rouste par ce con... Le sérum me picotait déjà à cette idée. Ça allait être violent, je pouvais d'ores et déjà le pressentir.
Le combat d'Antoine et Louis fut assez bref, Louis étant l'un des plus puissants au corps-à-corps. C'était le plus grand rival de Roy, le seul qui pouvait véritablement faire clouer le bec à cet abruti par sa simple présence. Le sérum me picotait à nouveau. Il allait sincèrement falloir que j'arrête de penser en mal des gens, il ne fallait pas que je me laisse atteindre par sa bassesse et... me revoilà partie pour un petit speech Fraternel. Je finissais par me gaver moi-même... Tout recommençait à me gaver, je redevenais comme j'étais arrivée : blasée par tout, sans aucune motivation ni volonté. Je savais ce que j'avais à faire, mais j'avoue que je n'avais pas vraiment mis en pratique mes résolutions.
Puis vint le combat des deux tourtereaux, qui était assez dur à regarder car Eric, pas franchement satisfait par les timides échanges de coups des deux amoureux, les avait forcé à se frapper au moins une fois chacun sans parer, de manière à ce qu'ils puissent se lancer. Elena avait violemment frappé au visage son amant avec un crochet parfaitement exécuté, et Jon avait ouvert la lèvre supérieure de sa dulcinée d'un bel uppercut. Mais les plans d'Eric avaient marché, si bien qu'ils avaient fini par traduire leur tristesse en violence, et s'étaient violemment amochés tous les deux, Jon finissant par défaire Elena d'un violent coup de botte de combat dans la tempe, l'assommant d'un bruit sourd.
Ensuite ce fut au tour d'Emily et Marie. Et nous fûmes tous grandement surpris par la nouvelle détermination de Marie, qui certes avait toujours montré beaucoup de bonne volonté durant les entraînements et exercices, mais se surpassait réellement en s'impliquant intensément dans le match, jouant sur son habileté, sa rapidité, son agilité et sa petite taille pour assener de sales petits coups de coude ou de poing à Emily. Mais celle-ci restait bien plus forte qu'elle, et parvint à se débarrasser de Marie d'un violent poing en plein dans l'hématome de la mâchoire de Marie, que cette dernière avec tout fait pour protéger jusque là. C'était une ancienne Altruiste hurlant de douleur qui fut alors amenée à l'infirmerie. Ces combats étaient vraiment d'une violence inouïe. Ce principe de "jusqu'au KO de l'adversaire" était incroyablement vicieux... Pire, c'était pervers, et Eric prenait son pied.
Lize quant à elle ne s'en sortit pas trop mal, et il n'y avait pas à dire, elle était vraiment la plus Audacieuse de nous toutes. Ses coups étaient admirablement portés, ses prises honorablement exécutées, ses mouvements parfaitement ordonnés, elle semblait n'avoir aucune faille, sauf peut-être sa vitesse qui était à parfaire. Mais son niveau était impressionnant, je n'arrivais pas à comprendre comment certaines personnes dans le groupe parvenaient à combattre aussi efficacement alors que j'étais tout juste capable de mouvoir les punching balls. Jeanne ne se laissant pas faire, elle parvint à sonner suffisamment Lize pour créer une ouverture et, saisissant l'opportunité immédiatement comme une mouette fonçant sur un petit poisson sortant de l'eau, elle assena un puissant coup de coude dans le thorax de Lize, qui tomba suffocante sur ses genoux les mains autour du cou, alors que Jeanne passait derrière et écrasa violemment la tête de mon amie au sol, lui éclatant le front sur la surface rude du ring. J'avais mal pour Lize et le sérum me picotant, j'avais tourné la tête au dernier moment pour ne pas voir l'effusion de sang de ses vaisseaux éclatés.
Quant au combat de Patrick et Daniel, il fut franchement moins intéressant à regarder. Les deux initiés étaient du même gabarit, du même niveau, et avaient les mêmes idées. Eric encore une fois dans l'objectif de les faire se mettre dessus, comme on exciterait un taureau lors d'une corrida, les provoqua, les traitant de tous les surnoms les plus efféminés et dégradants possibles pour un garçon, du style "pucelles", "vierges effarouchées" et je tairai les plus grossiers et vulgaires qui s'ensuivirent. Ce mec pouvait être d'une extrême misogynie dans son vocabulaire, et pire, même dans ses habitudes quotidiennes... Il transpirait le machisme. Enfin, le combat se solda par un presque double-KO, mais Patrick l'emporta finalement sur un Daniel lessivé et ensanglanté.
Puis vint mon tour, pour le plus grand plaisir de deux grands gaillards pas franchement sympathiques. Roy avait déjà foncé sur le ring, et m'attendait, appelant la foule (d'à peine une dizaine de personnes... ) à l'encourager et scander son nom dans l'attente de me faire perdre définitivement tout espoir. Mais quel espoir ? S'il savait... je n'en avais jamais eu. Je ne me faisais par ailleurs aucune illusion. J'allais essayer, pour la forme, et puis parce que autrement Eric ne me laisserait jamais tranquille, il fallait que je lui donne l'impression d'avoir tout donné, ça lui plairait bien de penser que pour moi la défaite serait une affreuse humiliation. Son expression toujours aussi sournoise imprimée sur sa face, il me fit signe de me dépêcher. Oh oui, il ne pouvait plus attendre, il brûlait d'impatience de me voir me faire corriger. Je montai alors sur le ring, de ma démarche nonchalante et peu motivée habituelle, je me postai grossièrement face à Roy, et attendis le coup de départ du match.
"Commencez !" nous somma Eric. Roy fonça alors soudainement sur moi, envoyant son poing dans ma direction, je me baissai l'esquivant de justesse. Il fallait que je le laisse frapper droit au but. La tête ou le thorax, ça devrait être pas trop mal. De toute manière avec le sérum de paix je ne pourrai jamais le frapper, alors ce combat ne rimait à rien. Ah si... Il offrirait un magnifique spectacle à Eric. Sauf que loin des combats de gladiateurs, ce qui lui était proposé s'apparentait plus à un lâcher de fauves sur une Blandine prise dans les filets. Roy agrippa alors subitement les cheveux, sans que j'eus le temps de m'écarter de lui, et tira ma tête vers le bas, faisant se rencontrer mon visage et son genoux. Et il me réserva trois jolis coups identiques d'affilé, éclatant mon arcade. Le sérum criait en moi, perçant dans mes veines, ne comprenant pas ce qu'il m'arrivait ces derniers jours, comment je m'étais retrouvée dans un tel climat de violence. Mais je ne pouvais que subir.
"Défends-toi un peu !" lança Eric, sans doute à mon attention. Mais lorsque Roy me lâcha, alors que j'aurais pourtant eu mille occasions de le frapper, je n'en fis rien. A quoi bon... Je ne pouvais rien faire à part attendre le KO. Ainsi, après maints coups, Eric ordonna-t-il à Roy de m'étrangler, quitte à mettre ma vie en danger. Roy ne se fit pas prier, et nul besoin de le lui demander deux fois, il était déjà posté derrière moi, son puissant avant-bras autour de ma gorge et resserrant son étreinte douloureuse, me bloquant la respiration, pendant que son autre bras était comme un étau autour de mes coudes et de ma taille, les emprisonnant fortement pour m'empêcher de me mouvoir. Je suffoquai, incapable de bouger alors qu'une alarme commençait à sonner au loin dans ma tête, gagnant en puissance et résonance au fil des secondes.
"Tu vas mourir si tu ne te défends pas un minimum, tu le sais ça ?" me demanda très calmement Eric "Parti comme il est il ne va pas t'endormir, il va t'écraser la trachée" continua de gentiment me prévenir l'homme responsable de mon état. Mais je pris soudainement conscience de l'urgence de la situation lorsque des pointillés apparurent dans mon champ de vision, alors que celle-ci se faisait floue et plus obscure. Un tunnel noir se dessinait en face de mes pupilles, un tunnel infiniment noir, fait de douloureuses ténèbres s'étirant et se rapprochant peu à peu de moi. Quel était ce tunnel ? Je n'en avais jamais vus pareils à celui-là, même avant de m'évanouir. Soudain, lorsqu'une silhouette se distingua, une silhouette indéfinie et effrayante, je sus que c'était peut-être elle. Un long masque gris de deuil et de douleur pendant de sa face meurtrie, amorphe et souffrante, je sus que c'était Elle. Titubant sans pieds, lévitant tel un fantôme de glaise, c'était la figure de la Mort.
Un cri perça dans ma tête, un hurlement perçant au loin. Non. Pas ça. Tout mais pas ça. Non. Le cri de la banshee se confondit à mon hurlement. Je rouvris soudainement les yeux, le cœur battant contre ma cage thoracique, le pouls tambourinant dans tout mon corps, un sentiment de peur me réanimant subitement. Je lançai ma tête brutalement en arrière, de toutes mes forces, heurtant violemment la mâchoire de Roy, qui dans un cri de douleur relâcha sa prise aussitôt. Je titubai un peu plus loin, reprenant ma respiration, au bord d'une crise de pleurs.
"Tu vas mourir" me menaça-t-il avec rancœur, se massant la mâchoire. Il releva la tête, et se prit alors violemment mon poing dans le nez. Je pouvais sentir son cartilage exploser sous mes phalanges alors que le sang fusa soudainement. Puis j'enchaînai instinctivement avec un vif coup de coude dans la poitrine, frappant son plexus solaire de toutes mes forces, et atteignant parfaitement mon but, puisqu'il se plia en deux, suffoquant. J'en profitai sur le champ, et d'un coup de pied rotatif d'une rare violence allai lui enfoncer mon pied dans la nuque. Il s'écrasa au sol dans un hurlement de douleur, et alors que je m'apprêtai à continuer à l'agonir de coups dans le thorax et à la tempe, deux puissants bras vinrent me saisir les épaules. Dans un réflexe de peur, je me retournai en levant mon bras, pour frapper de mon coude la tête de celui que mon instinct avait identifié comme un possible ennemi. Mais heureusement, Will - car il s'agissait de lui - esquiva immédiatement, et me bloqua contre lui, serrant ses bras autour de mes épaules comme des étaux, m'emprisonnant contre son torse.
"Calme-toi Angie, calme-toi, c'est fini, il est KO" tentait-il de me rassurer alors que je tremblais violemment, prise de convulsions, et me laissais éclater en sanglots contre sa poitrine confortante et musclée.
"J'emmène Angie à l'infirmerie, je t'envoie une équipe pour déplacer Roy, il a la nuque brisée, il ne faut pas qu'il bouge en attendant, maintiens-le en position de sécurité" lança Will vraisemblablement à l'attention d'Eric. N'osant pas me décoller de lui, Will passa alors un de ses bras sous mes genoux, l'autre toujours fermement enroulé autour de mes épaules, et me soulevant du sol, me plaqua contre lui. Je le sentis alors marcher rapidement vers l'aile médicale, nous éloignant de la salle d'entraînement. Il me déposa alors sur un lit.
"Marc ! On a une nuque brisée dans la salle d'entraînement des initiés transferts !" lança-t-il à l'infirmier, qui sut alors exactement ce qu'il avait à faire, et préparant ses affaires et un brancard, appela les autres infirmiers pour l'aider. Ils partirent tous en précipitation, me laissant seule avec Will dans l'espace blanc, glacial et médical. Will s'éclipsa pour quelques secondes et revint aussitôt avec une petite bassine et un linge blanc. Il tamponna doucement le linge trempé dans de l'eau froide contre mon visage, alors que je tentais de reprendre le dessus sur ma respiration saccadée.
"C'est fini Angie, c'est fini, tu es en sécurité" m'apaisait-il. Je hochai alors la tête, essayant tant bien que mal de me calmer et de contrôler mes inspirations et expirations. Une fois que je fus à peu près revenue à un état normal, bien que relatif, il s'assit près de moi, et enroula un de ses bras autour de moi, me blottissant à nouveau contre lui.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé Angie ?" s'enquit-il.
"J'ai... J'ai... " bégayai-je entre deux pleurs "J'ai cru que j'allais mourir" Will souffla alors, comme s'il était en colère contre quelque chose.
"C'est ce que Eric a essayé de te faire croire, mais je ne l'aurais pas laissé te tuer, tu imagines ? Eric a voulu te pousser dans tes derniers retranchements, il a voulu te tester... A n'importe quel prix" agonissait-il l'homme selon lui responsable de ma crise de panique. Roy arriva alors dans un brancard, le visage totalement ensanglanté, et la nuque fermement maintenue dans une épaisse minerve d'urgentiste.
Il me fallut près d'une heure pour retrouver mon calme total, mais je savais que je garderai des séquelles psychologiques de cette expérience. Je n'étais pas franchement du genre romantique hypersensible, mais je devais bien avouer que parmi mes plus grandes phobies se trouvait la Mort. Mais pas la mort, dans le sens de la cessation de toute vie, l'évènement soudain où tout s'arrête. J'avais peur de la Mort, celle qui venait vous prendre, cette allégorie imaginaire et pourtant belle et bien réelle, ce n'était ni la Faucheuse, ni la Banshee, ni la Dame blanche, c'était tout simplement la Mort, et depuis toute petite elle me faisait peur. Elle avait jadis hanté mes pires cauchemars, si bien que j'avais été internée en Clinique Fraternelle pour un traitement intensif au sérum de paix et de confort. Finalement Louis vint me voir à la fin des combats.
"Désolé, Eric voulait pas nous lâcher" s'excusa-t-il, jetant un regard sur Lize toujours endormie dans le lit voisin "Elle est toujours dans les vappes ?"
"Oui" répondis-je simplement, en me redressant pour partir avec lui. Il m'ouvrit la porte, et me laissa passer devant lui.
"Et toi... Ça va ?" me questionna-t-il.
"Je suppose que oui, ça va mieux" le rassurai-je avec un léger sourire "Les classements sont tombés ou pas ?"
"Non, pas encore. Eric nous a d'ailleurs expliqué que cet après-midi on aurait quartiers libres pour faire ce qu'on veut, mais qu'il faut simplement qu'on se retrouve à 23h à la gare, il a dit qu'il nous emmènerait quelque part"
"Ah... " fis-je d'un air désappointé que Louis détecta immédiatement.
"Qu'est-ce qu'il y a ?" s'enquit-il.
"Ce matin, Eric m'a expliqué que je n'y participerai pas" avouai-je.
"Pourquoi ça ?" s'étonna Louis.
"Et bien, je ne serais pas préparée à ça, selon lui" expliquai-je.
"Mais c'est ridicule... Même Marie, qui pourtant a un classement inférieur au tien y participe !" s'exclama-t-il avec véhémence.
"Écoute, tant pis, c'est pas grave, ça me permettra de m'entraîner un peu et de faire des exercices" relativisai-je "Il a peut-être raison après tout, je suis loin d'être préparée ou prête à affronter quoique ce soit de réellement... Audacieux"
"Arrête, c'est de l'acharnement ce qu'il te fait subir !" continuait-il à s'insurger "Je te le dis, même Marie vient. C'est ridicule, pourquoi est-ce que tu ne pourrais pas, tu n'es presque plus esclave du sérum en plus !"
"Oui, c'est vrai, mais tout de même, le sérum me handicape pas mal... C'est peut-être la raison pour laquelle... " repris-je avant qu'il ne m'interrompit.
"Mais non ! Ça ne rime à rien ! Tu viens de foutre complètement KO le type le plus haut placé du classement !" s'écria-t-il, me prenant les épaules et me secouant vivement "Tu as foutu une putain de raclée à Roy, sérieux"
"A ce point là ?" lui demandai-je, sceptique. Nous reprîmes alors notre marche vers le réfectoire pour prendre notre repas du midi.
"En quelques coups il était immobilisé, la nuque brisée, la face ensanglantée, et suffoquant au sol. Will est intervenu quand on a tous compris qu'un seul coup supplémentaire bien placé aurait pu même le tuer" m'expliqua-t-il d'un ton grave et sérieux, alors que je haussais les épaules.
"Mouais, c'était un pur coup de chance" me justifiai-je.
"Je ne pense pas non" me contredit-il à nouveau "Je pense simplement que tu n'arrives pas à détester assez les gens, que tu n'arrives pas assez à mettre ton côté Fraternel en retrait pour laisser place à l'Audacieuse qui est en toi. Le jour où tu y arriveras, je redouterai de t'avoir en adversaire"
"Arrête un peu, mes chevilles vont gonfler !" ris-je en lui donnant une petite tape dans l'épaule "Qu'est-ce qu'on mange ce midi ?" changeai-je ainsi de sujet.
Une fois notre déjeuner terminé, nous nous séparâmes. Louis voulait retourner à l'infirmerie voir si Marie et Lize allaient bien, et je soupçonnai alors qu'une petite flamme soit née dans son cœur, se ravivant chaque fois qu'il était aux côtés de ma belle amie. Jolie pensée en soi, Louis et Lize iraient parfaitement ensemble. Tous les deux avaient fait leurs preuves, ils étaient de réels Audacieux, aussi bien dans les entraînements que dans leurs comportements quotidiens. Et puis, plusieurs fois j'avais déjà eu le sentiment que Louis ne cherchait pas qu'une simple amitié avec Lize, j'avais le flair Fraternel pour ça.
Ainsi n'insistai-je pas pour l'accompagner. Peut-être serait-ce l'occasion pour eux de parler un peu et de se rapprocher, pourquoi pas après tout. J'avais de toute manière prévu depuis bien longtemps d'aller m'entraîner, et là se présentait une occasion rêvée. Tous les initiés transferts allaient déserter la salle d'entraînement qui nous était réservée pour aller traîner dans la Fosse, ou dehors. Je me surpris moi-même de l'initiative que j'avais entreprise, car mes choix de plein gré se faisaient toujours très rares. Du bon sens. Je mettais cette initiative-là sur le compte du bon sens. Il fallait que je m'entraîne, c'était une nécessité et non plus une contingence.
J'entrai alors dans la salle d'entraînement, encore chauffée par la sueur de nos combats et animée par nos affrontements passés. Elle n'avait plus cette apparence glaciale habituelle. Peut-être au final était-ce tout simplement parce que je commençais à m'y habituer ? Quoiqu'il en soit je décidai de rallumer toutes les lumières, dévoilant le ring, le tableau affichant toujours l'ordre des matches, et les punching bags. Je me dirigeai vers ceux-ci. Voyons voir... Qu'est-ce que je devais travailler en priorité... Les coups de pieds ? Les coups de poings ? La vitesse ? La force ?
Étant donné la faiblesse de mes membres, il allait bien falloir que je commence à les muscler, et plus particulièrement mes bras. Certes, ils n'étaient pas frêles pour autant, car chez les Fraternels, grimper aux arbres était une des activités favorites de mes anciens compagnons, j'avais donc dû le suivre de nombreuses fois. Néanmoins, pour être Audacieuse, cela ne suffisait pas. Il fallait que chacun de mes coups se fasse violent, vif et précis. Je commençai ainsi à frapper le punching bag avec des coups d'avant-bras que j'essayais de faire justement les plus violents, vifs et précis possibles. Je donnais toute la puissance que j'avais en moi, toute la rapidité dont j'étais capable, et essayais de viser des points précis que je me fixais.
Puis une fois que je fus lassée de ce travail là, je passai à celui des jambes. J'étais très nulle en coups de pieds. Chaque fois qu'il avait fallu s'entraîner face aux punching bags justement, j'avais toujours fait preuve d'une médiocrité assez sublime. Lever la jambe, garder mon équilibre, et frapper avec surtout, ça ne me réussissait pas. Je repensai alors soudainement à ce que j'avais fait à Roy. Avait-ce réellement marché ? Ce coup de pied rotatif lui avait-il réellement brisé la nuque ? J'avais besoin de retrouver ce moment, ce moment précis où je ne sais trop quoi m'avait animée pour donner tout ce que j'avais.
Je frappai alors le punching bags avec mes jambes, alternant de temps en temps, sentant mes muscles abdominaux travailler en même temps, m'engourdissant légèrement, et témoignant de l'efficacité de l'exercice sur mes muscles. Des gouttes de sueur commençaient alors à dévaler sur mon front. Je les essuyai grossièrement d'un revers de poignet, et continuai à me concentrer sur mon exercice. Jusqu'à ce qu'une voix me fit sursauter, me faisant décocher un violent coup de pied dans le punching bag qui bascula soudainement en arrière, je me retournai alors.
"Qu'est-ce que tu fais ?" me lança Eric, qui les bras croisés et appuyé contre un des piliers de salle me dévisageait du regard. Je déglutis, qu'est-ce qu'il voulait encore ?
"Je m'entraîne" expliquai-je.
"Je dirais plutôt que tu essaies de t'entraîner. Parce que là tu fais n'importe quoi" me balança-t-il avec un mépris à peine voilé. Je retins du maximum le soupir qui m'échappa alors. Je retournai face à mon punching bag, tournant le dos à Eric, ne supportant plus de lui servir de bouc émissaire. Mes coups traduisaient ma colère, se faisant de plus en plus violents dans le punching bag, au fur et à mesure que ses répliques s'enchaînaient, titillant le reste de sérum de paix qui logeait encore dans mes veines, mais qui s'était déjà beaucoup estompé.
"Ça ne sert à rien. Ce que tu fais ne sert à rien. Tu es faible. Tes coups sont faibles" enchaînait-il, m'enrageant véritablement alors que je tentais de reporter cette frustration de ne pas pouvoir le cogner, dans le punching bag. Il m'énervait sérieusement, et il le savait parfaitement, et je lui donnais raison, et je détestais ça. J'étais tellement concentrée à contrôler ce surplus de rage, que je ne le sentis même pas se faufiler derrière moi, dans mon dos, et poser une main sur mon épaule. Je sursautai à nouveau, et par réflexe me retournai en tentant de lui assener un coup de poing. Il me le bloqua très simplement, en agrippant mon poing dans une de ses grandes mains gantées de mitaines de cuir. Je tirai alors sur mon bras, mais il ne lâcha pas ma main.
"S'il te plaît" lui demandai-je exaspérée mais néanmoins très calmement de me rendre mon poing. Il eut alors un rictus suivi d'un petit rire méprisant.
"Ton problème, c'est que tu ne te révèles que lorsque tu te sens en danger" analysa-t-il de son esprit Érudit "Tout à l'heure c'était en danger de mort. Là, je suis agréablement surpris de comprendre que tu te sens en danger face à moi" Je secouai alors à nouveau mon bras pour qu'il me lâche. En danger ? Face à lui ? C'était possible, mais j'en doutais considérablement. J'étais simplement exaspérée. Il reprit alors, du ton le plus insidieux que je lui connaissais :
"On va voir comment tu réagis alors face à un danger encore plus alertant" décréta-t-il avant de me saisir la gorge de son autre main, et de presser son pouce contre ma trachée, me bloquant douloureusement la respiration. Je tentai dans un premier temps de ne pas paniquer, cela me ferait gaspiller du souffle. Il me fallait réfléchir très rapidement à une manière de le contrer. Je ne pouvais pas de mon seul autre bras lui retirer sa poigne, mais j'avais mes jambes, et ses mains étant toutes les deux occupées, je pouvais peut-être envisager de déstabiliser ses prises en le frappant... sous la ceinture admettons. Et c'est ce que je fis. Mais visiblement de manière très prévisible, puisque avant même que mon pied ne rencontre ses parties sensibles, il balaya mon autre jambe et me fit basculer en arrière. Je retombai alors sur le dos, sur un sol glacial à la surface violemment rude, l'arrière de ma tête se heurtant assez pour que je sente un petit tournis m'engourdir les sens.
Mais Eric n'avait pas dégagé son pouce qui pressait toujours autant contre ma trachée, et alors que je pouvais discerner un sourire malveillant se dessiner sur son visage, je commençai à cruellement manquer d'air, et à lui donner raison en paniquant. J'eus l'impression de me faire administrer une piqûre d'adrénaline, et mes jambes se mouvèrent alors soudainement pour donner des coups vains dans le vide. Eric se posta alors très calmement à califourchon sur moi, m'écrasant de sa lourdeur et m'immobilisant complètement au sol. Mes mains faiblardes agrippaient avec détresse sa poigne qui désormais commençait à véritablement m'étrangler. Le frapper, il fallait que je lui fasse mal. Je serrai mes poings de toutes mes forces, et allai lui enfoncer un violent coup de poing dans les côtes, qui à ma plus grande satisfaction lui échappa une réaction, puisqu'il se pinça la lèvre inférieure, celle à laquelle pendait un de ses piercings en forme d'anneau.
Il agrippa alors de sa main libre mon poignet, et me le planta au dessus de ma tête, contre le sol. Je tentai alors de ma deuxième main de repousser sa poigne, mais ce fut une très mauvaise idée de ma part, puisqu'il en profita pour me plaquer les deux poignets en même temps au sol, en pressant son avant-bras libre dessus. J'étais désormais totalement prisonnière, son corps pressant contre mon buste, son avant-bras m'immobilisant les poignets au dessus de ma tête, sa main pressant ma gorge, alors que son visage s'était penché au dessus du mien, séparé seulement par quelques centimètres. Et je me débattais comme une bête enragée, vexée et honteuse de cette position d'impuissance complète, et exaspérée, énervée contre lui. Est-ce que ça l'amusait ? De m'humilier, de m'enfoncer encore plus que je ne l'étais déjà ? J'étais venue m'entraîner et voilà ce que cela m'apportait. J'avais fait un mauvais choix, une nouvelle fois. Ça m'apprendrait à prendre des initiatives.
Soudain, je sentis mes jambes ralentir leurs mouvements incessants, et mes bras s'engourdir. Je commençais à sérieusement manquer d'air. Je suffoquai alors que ma vision se faisait de plus en plus floue. Non, pas encore. Pas comme tout à l'heure. Je ne voulais pas que ça recommence. J'avais l'impression que mes yeux roulaient vers le haut, indiquant que j'étais prête à tourner de l'œil d'un moment à l'autre et ainsi de m'évanouir complètement. Je sentis alors la poigne d'Eric se desserrer, et peu à peu, l'air revenir dans ma gorge. J'inspirai profondément, profitant immédiatement de cette libération, alors qu'Eric m'immobilisait toujours au sol. Je réalisai alors que ses yeux étaient plantés droits dans les miens, et plus proches que jamais puisque son visage n'était plus qu'à quelques millimètres de toucher le mien. Ses yeux polaires me fixaient, comme me scrutant de l'intérieur, cherchant à percer chacun de mes secrets.
Soudain, sa bouche s'entrouvrit d'une façon très sensuelle, et sa main vint caresser du bout de ses doigts ma joue, redescendant jusqu'à mon cou tout en caresses et légers frôlements plutôt agréables... s'ils n'étaient pas d'Eric. Sa main glissa alors vers la bretelle de mon débardeur noir, et lorsque je le sentis la retirer, j'eus une réaction instantanée. Je lui assenai un coup de tête d'une rare violence, explosant mon front contre le sien, et sentant même du sang fuser, sans trop savoir si c'était le mien ou le sien. Il fut alors déstabilisé, et j'en profitai sur le champ pour le repousser en arrière, et me défaire de lui. Néanmoins, il me rattrapa de sa main droite, sa main gauche pressée contre son front alors qu'il tentait de se remettre du choc qui apparemment l'avait bien sonné. Je tentai alors de me dégager de sa poigne, secouant violemment mon poignet, mais n'y parvenant pas, je ne pus que le voir se relever visiblement assez enragé. Il leva alors son poing, comme pour me frapper, et ce fut instantanément mon instinct qui agit pour moi : je lui décrochai une violente claque du revers de ma main, qui me fit sans doute plus de mal à moi qu'à lui. Toujours est-il qu'il lâcha immédiatement mon poignet, et me laissa m'écarter.
"Qu'est-ce que tu pensais faire ?!" m'exclamai-je dans un réel choc, alors que même le sérum de paix n'agissait plus, laissant place à ma défense naturelle.
"Est-ce que tu sais qui est-ce que tu viens de claquer ?" tonna sa voix, comme un véritable orage au loin d'une plaine.
"Tu n'avais qu'à pas... " commençai-je avant qu'il ne m'interrompe.
"C'en est fini de toi, de toute manière. Ce soir, si tu ne viens pas à l'activité, tu n'auras aucune chance de remonter le classement, et tu ne peux pas venir. Tu vas donc quitter les Audacieux, c'est moi qui te le dis" me menaça-t-il.
"Alors c'est ça le leader des Audacieux ? Tu abuses d'une initiée verbalement, avec acharnement et puis dès que tu essaies de profiter d'elle et qu'elle te rejette, tu la fais passer à la caisse ?! Non mais t'as un sérieux problème !" m'emportai-je. Il leva la main, à nouveau comme pour me frapper, mais je ne bougeai pas d'un pouce, lui faisant complètement face. Qu'il ose, ce gars n'était qu'un lâche, pas un audacieux. Il interrompit son geste, me lançant un regard noir.
"Va-t-en" me lança-t-il "Sur le champ" Et il n'eut pas à me le dire deux fois, puisque je quittai immédiatement la salle d'entraînement, au paroxysme de la tension, de la haine, du stress et de l'angoisse.
C'est tout pour ce 6e chapitre qui était introducteur de beaucoup d'éléments certes pour le moment futiles, mais qui vont s'avérer quelque peu décisifs pour la suite. Encore une fois, le chapitre 7 ne devrait pas arriver trop tard ^_^
Héhé, si vous saviez ce que je vous réserve pour la suite... Je crois que je tiens un scénario assez particulier hihi
A bientôt pour le prochain chapitre, plein d'action, et la suite de la fanfiction :D
En tout cas je suis assez impatiente de lire vos reviews ! N'hésitez pas à me dire ce qui vous a plu, mais aussi ce qui vous a déplu, ou ce qui vous manque, ce que vous aimeriez lire et trouver mais qui n'est pas au rendez-vous ^^
