Quatre ans

Louis s'avança vers la demeure, imposante, impressionnante, surtout pour un enfant de quatre ans. C'était d'avantage un grand château, qui donnait sur le ciel le plus bleu que Louis n'avait jamais vu. L'ombre de la bâtisse mangeait presque toute la propriété. Tenant les mains de ses deux sœurs, il s'avança, gravissant les immenses marches avec ses petites jambes. Ils suivirent leur mère, qui courut dans les bras d'une parfaite inconnue aux yeux du petit-garçon, qu'elle prit pourtant tendrement dans ses bras :

- Voici le petit Louis ! s'extasia-t-elle dans un français parfait.

- Notre petit dernier, confirma Bill.

- Il est adorable !

La dame qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa mère, se pencha pour se mettre à sa hauteur :

- Je suis Gabrielle, la sœur de ta maman ! expliqua-t-elle.

Timide, il secoua l'une de ses menottes pour la saluer, avant de lui courir après, fasciné par le décor et la grandeur des lieux. Il se prit les pieds dans le tapis à l'entrée, mais sous les yeux de tous, loin de se démonter, il se releva, le sourire aux lèvres, et salua une armure qui faisait office de décoration. Louis tomba sous le charme du lieu.

- Voici donc mon petit-fils, s'exclama une voix.

Louis découvrit face à lui, une grande femme, élégante, un peu ridée, mais souriante. Elle avait une aura autour d'elle, qui attira le garçon à elle. Elle lui prit la main, et le guida jusqu'à la salle à manger :

- Tu aimes les histoires Louis ?

- Oui Madame.

- Madame ? Appelle-moi Apolline. Je suis ta grand-mère tout de même. Est-ce que tu connais l'histoire des menhir de Carnac ?

Sa grand-mère commença à lui conter l'histoire de trente mille menhirs très anciens de Bretagne, et il l'écouta, fasciné, charmé. Il tomba un peu moins sous le charme du menu, surtout quand, une fois arrivés devant la salle à manger, Gabrielle l'annonça :

- Lapin à la moutarde ! s'exclama-t-elle.

Victoire émit un petit cri dégoûté, et Dominique grimaça. Pourtant, elles terminèrent leurs assiettes, excitées à l'idée de parcourir les allées du château. On leur servit un fond de bouteille dans leurs verres. Le garçon fît tourner le liquide rouge, sous les yeux de ses parents :

- Il n'est pas un peu jeune pour le vin ? s'inquiéta Bill.

- J'ai commencé à son âge ! le rassura Fleur.

- Ce n'est pas rassurant, murmura le père.

Leur fils de ses deux mains, porta le verre à ses lèvres, et cracha son contenu, quand le vin, trop âpre pour son palais touchèrent ses lèvres. L'assemblée se mît à rire. Louis babilla dans chaises surélevée et quand ils quittèrent la table. Fleur l'en libéra et le laissa gambader, le surveillant d'un œil protecteur.

- Vous voulez voir là ou pousse le raisins ? demanda leur tante Gabrielle.

Les enfants ne se firent pas prier, et quand la jeune blonde ouvrit en grand les portes du jardin, ils s'y faufilèrent.

- La récolte est bonne cette année ? Interrogea Fleur.

- Oui. La production n'a jamais été aussi bonne ! Le vin de ce midi est issu d'un cru d'il y a deux ans. Celui de cette année sera mille fois meilleur ! s'enthousiasma la blonde.

Louis dévala les escaliers, suivit par ses sœurs : le viager des Delacour leur tendait les bras, grand espace de jeu pour trois enfants qui n'avaient peur de rien. Louis attrapa plusieurs grappe, enfournant dans sa bouche plusieurs raisins, du haut de ses quatre ans. Il les fît rouler entre ses doigts, imitant ses aînées, bien décidées à remplir leur ventre de fruit à défaut de vouloir le remplir de lapin.

Ça sentait le soleil, la joie, les vacances, les rires des enfants et des parents qui se mêlaient. Pour Louis, la France devint très vite un second foyer. Et quand il gouta, alors qu'il était plus vieux, le vin produit par le domaine des Delacour, il y ajouta une nouvelle saveur : celle de la noblesse, mais de l'innocence de ses jeux d'enfance, emprisonnés en bouteille.